:
]
:
n.
ù
4
ÉCR L US
< m
3 Ctx-
2
Otx
_
>
C)
ep
un
LLE COLLECTION
$ LES RELATIONS DE VOTAGES
PAR MERET PARTERRE,
QUI ONT ÉTÉ PUBLIÉES JUSQU'À PRÉSENT DANS LES DIFFÉRINTES
LANGUES’DE TOUTES LES NATIONS CONNUES:
CONTENANT
Ce qu'il y a de plus remarquable, de plus utile, € de mieux avéré, dans les Pays où les
F'uyageurs ont pénétré, : °
Touchant leur Situation, leur Etendue, leurs Limites, leurs Divifions , leur
Climat, leur Terroir, leurs Produétions , leurs Lacs , leurs Rivières,
leurs Montagnes, leurs Mines , leurs Citez & leurs principales
Villes, leurs Ports, leurs Rades, leurs Edifices, &c.
AVECLES MOEURS ET LES USAGES DES HABITANS,
LEUR RELIGION, LEUR GOUVERNEMENT, LEURS ARTS ET LEURS
SCIENCES, LEUR COMMERCE ET LEURS MANUFACTURES;
POUR FORMER UN STSTÈME COMPLET D'HISTOIRE ET
DE GEUGRAPHIE MODERNE, QUI REPRESENTERA
!
L'ÉTAT ACTUEL DE TOUTES LES NATIONS.
ENRICHIE DE CARTES GÉOGRAPHIQUES
Nouvellement compofées fur les Obfervations les plus autentiques ;
DE PLANS er DE PERSPECTIVES ; DE FIGURES D'ANIMAUX,
pe VEGETAUX,HABITS, ANTIQUITEZ, &.
[4
NOUVELLE EDITION,
Revie fur l'Original Anglois, €? où l'on a non feulement rétabli avec foin ce qui a été fup-
primé ou omis par le Lradusteur ; éva:tement diftingué fes Additions du Refte de l'Ou-
vrage ; Ê$ corrigé les Endroits où il set écarté du vrai Sens de Jon Auteur ;
Maïs même dont les Figures & les Cartes ont été gravées par & fous la Direétion:
de J. vanner Scucey, Elève diftingué ducélèbre PIcarT LE ROMAIN.
TOME HUITI È M E.
LE
pr L 4 HATE,
Chez PIERRE DE HOND T,
M DCC XLIK.
Avec Privilége de Sa Majefté Impériale, €? de Nos Seigneurs les Etats de
Hollande £ de Wejt-Frife.
d'it P
il
27 28 sw 430
— mm — 7"
Chaoma-ing}Arvtun
= 2
Avertisfement Jet Campent >
On RS L plie LES AZARTARES MorovR?
Lie OC OLS Soumis a da Ain sg €
Haas ere ar ART 2 | ma * Mogoise of MONGAALSE D
PEUT netreté 3 neces © E" TAAREZEN. s €
Lure a da Céey e, On Vo-cheu
4 remeder £ dennant 7 fr
eu da — LA Hp des
Je rage né cte files À
des Routes. . dathen as te
en re eve toutes es
par vr de d ue on
d he a ur le Vie for& ortæ -
1e € dé
LA Lo, dans va tai Lot.
pr Avertislement
on de F R— \
NI te PAU TARTARES
que cette pie faite à Parts Avkonor Meur] Lac
étott tres Oprectueuse. Par cette 23
ason, cr nné une G) pie D = LL. O eue)
exact de celle NOLOFS ‘ s
et ainsi le Pu lason, Work Ueir/Lac :
ad autant @\ : _2r KOKON OR "a
FL de “L
es ê gage” NO
Dus ang#Changge *
ne vane he #1
de à DELA
PF »% Why LR rs A TTE
Vao Aa
En £ she pre S
- Cine
D de A Fe &
SI-NGAN ns AURN
x >>»
lt, V
menthe Lui, PRE MEN. Be TARTARENS
Nora . Zie de Verklaaru G
deeze EE int Nerigt
er, VAN ons — _
Peel,
Atr-men {
SArue Van
31
| Ror'rs PEcv f) 2 es KRywôte
3 KONINGRYK P E/G Ù,
Dur eviter La confèsion on n'a margue sur
tte Gurte que des Villes du Premier vrdre et quel -
ues unes dusecond, Les LPremieres sont en
maine es autres en Italigue, supprimant par
, moyen des mots de Æu,et de Chew qui
Ÿ cructrisent Le Premier ct de Second ordre. E M
Om verwarring te myden, zyn in deeze = S rakiun cheu
Kaart alleen gebragt de Steden van den Eers- ‘ À ë
ten Stand, betékend met ROMYNSE, en eenisen Ju
van den Tweden, (a IrazraAnsz Letteren. waar-
door grootendeels de de woorden si de Fuof Bu,enCHEU,
. HAY NAN
49 IEOL,en CHEW, Li den Kers :
DR Stand, pause espaard zyn A gs
L
| NUS KE 7 à gt
RE 2 7 A EE 9 _13p 5
1. Va ee (A 2%
* en van CHINA.om te dienen tot de HISTORISCHE BESCHRY
g 44#\0 141 Ja } 40 447 48 149 15Ù 151 152
te pus Le RL ji) Gén =
X D in yanS 4
>» Y
10 ONG» 2. & LA
ae Wii cheu + Le
Q À ue cheu
A me etongnins \TR Me any BE DA ee
La 4 k — hf, Â Le © ©
w E GoLrr A ncheu / “R : & NZ
px L/ROYAUME
PEecHxLi1 tie à %
Zokituo à 4 JL 4
TL nvr- cheu . : dé” suhttié
/
bide Re Ein ag rh ONINGRYK ,
H *Quarpi " 4 de RSS P- Lcheuts Si pui
ris NS 0 | . (am =
0 eng 2 à UF rNAN ©Tsin(cheu x
%e } j uYangééChangie , r 74 i HAN-'7T ON 3 suchanse, Àort du)
, Ping-Yang 5 om 1 Î
ang Le Wei LÉ doig
CAN 2
BYen-cheu Ar u
à EVIL, + api] rad ee EN A
au . à &.2 + Aa s ZAC Y | 35
DAT TRS | |
ot Mond der Geele ivier. (3) ZT. Quedpaert 34
«A peau
ta E
ms 7.
PEN « À
fong-vang WA
Lt r
1 Cheu ' Yang-cheu [T4
Asa NANKINCAC INA ='uy tre Many Arou,ou à ll
n € ÿ ” } ps À Loids Il Fu à FRS 3}, he du Ent Fleuve,vf Mond der Groote Rivier. |
, Syane: vangh£ ee apte , Ke LS, 22 2 : ” 32
NY re nm re du Lau OS PRE Ale de ong-mir ou Kyang-ey
cheri : à Te nt: DE Late À
: . Â- Se Ü j ANC
2 axe vpn | ganle à LÉ KIA T nc Kyang bu ï
Ki 6! n è ’ ses, 4 à FU |*
a À Sy RQ an deu Van King) Sea ty Ajuny, À. |
de #1 AS Ai lg NE CHEUP ST NES ;
> VI x | % " 4 ASS] . Cheu chan -
à A d iycoue PS PE 5
Ÿ Ange “ki n3
6 ou cheufs.."
d Le 0f
"Char te, EÉ ne LE va
D re nian y” CHE KYAN
: Chygheu
up, : cran
bino d u 77 ke e
Lier cran ;
U Q U A N} Guns é sé AVE . Wen che ' er Li
F ing cheu à] RYAN FT » EE ms Æ \ |
D. d 7 /Paui 77€ Holsieu ” VW?
É L'ile : fo,
er
r +
ES ou Led des Zriheurs,
EURO GE Vislers Fi
z' EMPIRE
zA CHINE
D L.TAY-WAX où FORMOSA
: AT uen than, É ns
Luy cheu
R
iun cheu M E $
. HAY NAN CO
Longitude dur Meridien de l'Ile de Ferx
Lengte van den Meridiaan van 'tEiland( “770:
.Lreues communes de
al van 100 Gemeene Franale Mvuex,25, in éen Gr.
25 © 400 Z
28 429 22lo 131 132, 473 434 210 430 437
ISCHE BESCHRYVING der RE&IZEN, door N.Berrain, Ingeniewr des F'anefen Zeev
aan. 1” 2.
Anita À
+ LR
7
pe LES »
une Crrte
pie sur Fee que ée
Fagh res, ont donñes, Wa e
ble, ayvunt tvuré, qu'elle man-
matt de cette netteté st neces -
are u da Gecy €, On à cru
Y gg pt et donnant celle c
peur eu" da uelle on 8 suis de
172 ua ont, € par
des 5 usées « es LAS gui
en ont relevé toutes des Prorinées
par or de lË ereur, ét l'on
a suivi pour des, Nora cr® -
graphe gus M' l'AbES ent
u adopte dans sa taducluon .
&t Avertisiement
regarde l'édition de France, TARTARES
Ch s'etvrt erçu à LA HAY%, . ,
gue. cette grue Pacte ë AITE Av konor£ Mer] Zac
pet tres pre sé
dé A LE TA Ce ete
éTtadc € NOL +4
“A ainsi ) My VAT TT
sget 54 ée Pie dre d'autant DE KOKON OR
pe AU EE |
; A0 ons da
presente de M MPN.Be n° 5 TARTAREN Fo
Nora . Zie de Verllaarine ne | na,
ip cleeze Kan tint Her ist lac. Vor n lèr À
€ nn,
HUE, NAN ONS z
\I vel, ©
>"
ne | A7 Uleir AT)
7 2 4 44115 6 CL) 420 y |
ee | AR
( C St. laoma-ing}Avtun C H
Avertisiement et Campent
On a mn « dans Le : LES ZARTARES
uMOGOZS S'ourni
HONGOLSE of Mon
TARTAAR
>>»
Aunlà ù 2,4
Len F/
\'E
Leangt 7 2
euny >
ù
NORSE
ne,
ss
Le 4°
\®r
t
|
lu
| # l'}
p [l
| | /
} eo |
in \
[! |!
TT CNT TNT TITI
if dit qui ï ü [LL LIEN tt tt
“un ITU “i mn
“in “ u nou
ui nu Ù '
| CORTE AN ti l
{il
| La | |
| LR
! |
qu V4 Î
|
fl}
IVINI TE domestique “des THINOIS. OZS.
ES TOTRE
G É N Ë R A LE
DES VOYAGES
DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XV°. SIÉCLE.
HUITIÈEME PARTIE.
VOYAGES EN ASIE.
RE EE Xkc SEEN Déc NET cc ER: Déc véc ER HE ATEN: MB: ic ER Déc MERE KEEDS
Suite du LIVRE SECOND.
DESCRIPTION DE LA CHINE,
CONTENANT
La GEOGRAPHIE, ET L'HISTOIRE CiIvViLeE
ET NATURELLE DU Pays.
SENS Ste fe RER US EE LE: RE RD 2e RER: EE eee Een EG onto
CH A PI T'R E I I
Qualités, Mœurs € Ufages des Chinois.
E que les Chinois appellent beauté parfaite , confifte dans un Morurs rr
grand front, un nez court, de petits yeux bien coupés, un vi- Usacrs DE
fage large & quarré, de grandes orcilles, une bouche de gran- LA CHINE,
deur m ediocre, & des chiev eux noirs; car ils ne peuvent fup- vue que
porter une chevelure blonde ou roufle. Les tailles fines & aifées a de
n'ont pas en d'agrément pour eux, parce que leurs habits font fort larges & beauté,
VIIL, Pa a ne
2 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Moruns rr ne font point ajuftés au corps comme en Europe. Ils croient un homme bien is d
Usaces De fait lorfqu'il cit gras & gros, & qu'il remplit, fuivant les termes de l'Au- re
LA CHINE teur, fa chaife de bonne grace. Pas
Leur figure uoiQuE les chaleurs exceïlives qui fe font fentir dans les Provinces En
ordinaire. Méridionales, fur-tout dans celles de Quang-tong, de Fo-kyen & de Yun- ls ©
nan, donnent aux Payfans, qui vont nuds jufqu'a la ceinture, un teint brun 2 P
& olivitre, ils font naturellement’aufi blancs que les Européens, & l'on peut | k PF
dire en général que leur phyfionomie n'a rien de défagréable, La plipart ont tree
méme la peau fort belle & le teint gracieux jufqu'a l'age de trente ans. Les 4
Lettrés & les Docteurs, fur-tout ceux de baïle extration, ne fe coupent ja- ne
mais les ongles. Ils affeétent de les laifler croitre de la longueur d'un pouce, (on :
pour faire connoitre qu'ils ne fonc point dans la necutfite de travailler pour & fr
Ce des vivre. À l'egard des femmes, elles font ordinaireinent de la taille moyenne ; et
femmes. elles ont le nez court, les veux petits, les cheveux noirs, les oreilles jon- la (
gues & le teint aflez rude (4). Mais leur vifage refpire un air de gaicté, & L
leurs traits font réguliers (2).
:
Lourewac. Les Chinois, en général, font d'un caractère doux & traitable. Ils ont url
ière. beaucoup d'aabilité dans l'air & dans les manières, fans qu'il y paroïffe aucun mett
Empire melange de dureté, de païon & d'emportement. Cette modération fe fait melt
qu'ils ontfur remarquer jufques dans 1: Peuple. Le Pere de Fontaney, Jéfuite, ayant ren. grol
eux-mêmes, Contre au milieu d'un grand chemin un grand embarras de voitures, fut fur- atté |
pris qu'au-lieu d'entendre prononcer des mots indécens, ou de voir la difpu- Ci
te animée, comme en Europe, jufqu'aux injures & aux coups, il vit les cha- db
reticrs fe faluer civilement & s'entr'aider pour rendre le paflage plus libre. avec
Les Europééns qui ont quelqu'afaire à déméler avec les Chinois, doivent fc gar- rins
der de toutes forces de vivacités & d'emportemens. Ces excès paflent à la Chine Lion
pour des vices, contraires à l'humanitc: non que les Clunois ne foient auili Doua
ardens & aufli vifs que nous; mais ils apprennent de bonne-heure à fe ren- d'eux
dre maitres d'eux-m’mes. droit
Modefiie Leur modele c't furprenante, Tes Lettrés paroiffent toûjours avec un Père
Sep A compofe, fans accompagner Lurs expreflions du moindre gefte. Les fem caraé
FSU AC mes fonc encore plus réfervees. Elles vivent conftamment dans la retraite, eft à
avec tant d'attention à fe couvrir, qu'on ne voit pas meme paroitre leurs tifice
mains au bout de leurs manches, qui font fort longues & fort larges. Si elles le rel
préfentent quelque chofe à leurs plus proches parens, élles le pofent fur une mod
table & leur laitlent la peine de le prendre. Els font fort choquées de voir lichc
les picds nuds à nos Saints dans les images de peinture. Magalhaens (c) ju- él
ge qu'elles ont raifon. ve d
Quoique les Chinois foient maturellement vindicatifs, fur-tout lorfqu'ils défa
font animés par l'interet, il cft rare qu'on leur voie prendre des mefures vio- m
lentes { particu‘icrement fi ce font des perfontfes de dittincüion.? Ils difimu-7% diet
lent leur réflentiment, & gardent fi bien les apparences qu'on les croiroit in u'il
fenfibles aux outrages. Mais s'ils trouvent l’occafion de ruiner leurs ennemis, L
ils ne manquent point de la faifir. Les voleurs mémes n'employent point d'au- (d
tre Ce
à fui
(a) Angl. & le teint ficuri. R. d. E. pag. 107: & Chine da Pére du Ilalde, ubi & (J
(b) Chine du Père du Halde, pas. 262 fup, pig. 259. a bas
Ce) Relation de la Chine par Magathacus, ,
DE LA CIINE,Lav. II Car. IL 7
, 7 tre méthode que l'artifice. On en voit qui fuivent tes Barques des Voyageurs Morts re
Chen | ou des Marchands, & qui fe louent entre ceux qui les tirent für le Canal Im. L'acrs va
l'Au- périal, dans la Province de Chan-tong; ce qui leur eft d'autant plus aifé, que ou ee
F l'ufage étant de changer de Matelots chaque jour, ils ne peuvent étre facile. ET OMES
vinces ment reconnus. Pendant la nuit ils fe gliflent dans les cabines, ils endorment < nnolilent
Yun- les paflans par la fumée de certaines drogues, & dérobent librement fans être point lavios
x di apperçus. Un voleur Chinois ne fe laffera point de Jüivre un Marchand bte
pendant pluficurs jours, pour chercher l'occafion de le furprendre, D'autres
F La pénctrent dans les Villes, au travers des murs les plus cpais, brülent les
j portes, ou les percent par le moyen de certaines machines qui brilent le bois
CUIR fans flamme. Ils s'introduifent dans les lieux les plus fécrèts d'une mai.
Ré fon; & les 1 Tabitans font furpris à leur réveil de trouver leur lic fans rideaux
Linda & fans couverture, leur chambre fans tapifferic & fans meubles, & de ne dé.
ES couvrir aucune autre trace des voleurs que le trou qu'ils ont fait au mur ou à
ue la (d) porte.
Le, LE Pére le Comte avertit les Européens qu'ils ne doivent rien prôter Penchantdes
aux Chinois fans avoir leurs süretes , parce qu'il n'y a point de fond à faire Chinois à ta
Es ont fur leur parole. Ils commencent par emprunter une petite fomme, en pro. Peu
. mettant de reftituer le capital avec un gros interet. Ils éxécutent cette pro-
le fait mefle; & fur le crédit qu'ils s'établiffent , ils continuent d'emprunter de plus
M groffes fommes. L'artifice fe foutient pendant des années enticres, jufqu'a ce
ue fur- que la fomme foit aufli groffe qu'ils défirent. Alors ils difparoïffent (e).
difpu- Ce n'eit pas, remarque le méme Auteur, qu'on ne trouve jamais parmi eux : Exceptiog
es cha- de bonne-foi ni d'honneteté. Il fe fouvient, dit-il, qu'en entrant à la Chine Monvrabie,
libre. avec fes Compagnons, étrangers, inconnus, expofts à l'avarice des Manda- .
PA rins, on ne leur fit pas le moindre tort dans leurs perfonnes ni dans leurs
ue biens; & ce qui lui paroït beaucoup plus extraordinaire , un Commis de Ia
1e audi Douane, c'eft-a-dire, un homme naturellement avide, refufa de recevoir à
je ren- d'eux un préftut malgré toutes ICUTS INltances , en proteftant qu'il ne pren-
droit jamais rien des Etrangers. Mais ces exemples fon rares, fuivant le
ee Un Père le Comte, & ce n'eft pas fur un feul trait qu'il faut fe former l'idée d'un
s fem- caraétére National. Ne pourroit-on pas s’imaginer, au contraire, que ce qui
(Faite, eft arrivé dans une Ville Maritime, grande & marchande, où l'avidité, lar-
à leurs üfice & la fraude doivent régner plus qu'ailleurs, ne doit point être rare dans
ss le refte de la Nation? Auñli le Père du Halde en porte-t'il un jugement plus Te Père dg
LE Une modéré. En général, dit-il, les Chinois ne font pas aufli trompeurs & aufñi qe nee 3
e voir liches que le Pere le Comte les repréfente; mais ils ne manquent guëres l’oc- vanta rule.
c) ju. cafion de tromper les Etrangers. Ils s'en font même une gloire, On en trou- ment que le
+ ve d'affez impudens, lorfque la fraude eft découverte, pour s’excufer fur leur Pérele Com-
fqu'ils défaut d'adreffe. ,, Il paroit afez, vous difent-ils, ,, que je m'y füuis pris fort “*
mr , mal Vous étes plus adroit que moi, & je vous promets de ne plus na-
rt € drefler aux Européens. En effet, on prétend que c'eft de quelques Européens
AU qu'ils ont appris l'art de tromper (f). Un Capitaine Anglois ayant fait mar-
EMIS, ché
- d'au- (d\ Du Hade, ibid. les Européens dans les Ports de Mer, Aucon-
tre ‘a Ce) Mémoires du Père IeComte, pag. 242. traire, on doitfe fouvenir que dans l'intérieur
| & fuivantes. des terres, le téiñnoignage de tous les Voya-
e, ubi ie Cf) Cette remarque parcit vraie, car les geurs précédens cit favorable à leur honné-
“ principales tromperics des Chinois Fo tete, Ê
 2
MoEurs ET
USAGES DE
LA, Cine.
Avanture co-
mique d'un
Anglois.
Tromperies
Chinoifes.
Dre quoi l'in-
térèt les tend
capables.
Politique fa-
milière aux,
Chinois.
Goût de quel-
ques Cantons
pour la chica-
ne.
Laveitu eft
eneftime à la
Chine,
4 VOYAGES DANS LEMPIRE
ché à Canton pour quelques balles de foie, fe rendit, avec fon Interpréte, à
la imaifon du Marchand, pour éxaminer s’il ne manquoit rien à la qualité de
fa marchandife. 11 fut content de la première balle; mais les autres ne con-
tenoient que de la foie pourrie. Cette découverte l'ayant irrité, il fe foulagea
par des reproches fort amers. Le Chinois les écouta fans s émouvoir, & lui
fit cette reponie: ,, Prenez-vous-en à votre coquin d'Interpréte, qui m'a pro-
tefté que vous n'éxaminiez point les balles |
Cerre difpofition à tromper eft commune, fur-iout parmi le Peuple. Les
Chinois de cette condition employent toutes fortes dé moyens pour falfifier
tout ce qu'ils vendent. Quelques-uns pouflent la tromperie jufqu'à ouvrir l'ef-
tomac d'un chapon, pour en tirer la char. Enfuite, remplifant le trou, ils
le ferment avec tant d'adreffe, qu'on ne s'apperçoit de rien avant que la pièce
foit fervie. D'autres ne contrefont pas les jambons avec moins d'art, en cou-
vrant une pièce de bois d'une efpece de terre, qu'ils fravenc revetir d'une
peau de pore {z). Cependant Du 1 lalde, & Le Comte meme, reCconnoiflent
qu'ils ne pratiquent ces petites friponneries qu'a legard des Etrangers, &
que dans les Villes éloignées de la Mer, un Chinois ne peut fe perfuader qu'il
y ait tant de mauvaife foi fur les Cotes.
Lorsqu'izs ont en vüe quelque profit, ils employent d'avance toutes
leurs rufes pour s'inlinuer dans les bonnes graces de ceux qui peuvent favorifer
leur entreprife. Ils n'épargnent ni les préfens ni les fervices. Sans aucune
apparence d'intérêt, ils prennent, pendant des annces entières, toutes fortes
de caractères & toutes fortes de mefures pour arriver à leur but (h).
Les Seigneurs de la Cour, les Vicerois des Provinces & les Généraux d'ar-
mée , font dans un perpétuel mouvement pour acquérir ou conferver les prin-
cipaux potes de l'Etat. La loi ne les accorde qu'au mérite; mais l'argent, la
faveur & l'intrigue ouvrent fous main mille voies plus sûres. C'elt ce qui leur
fait attribuer , par le Pere le Comte, la qualité d’exceilens Politiques. Ce gé-
nie leur eft auûi particulier que celui du ('ommerce. Il n'y a point de Cour en
Europe où l'habilete & l'adiefe ait plus de part à tous lès événemens. L'ap-
lication continuelle des Chinois et à connoitre les gouts, les inclinations,
l'humeur & les deffeins les uns des autres (à).
Dans quelques cantons, le Peuple eft fi porté à la chicanc, qu'on y enga-
ge fes terres, fes maifons & fes meubles, pour le plaifir de fuivre un procts
ou de faire donner la baftonade à fon ennemi. Mais il arrive fouvent que par
une corruption plus puiflante, l'accufé fait tomber les coups fur celui qui l'ac-
cufe. De-la naiflent entr'eux dés haines mortelles. Une de lcurs vengeances
eft de mettre 1C feu à la maifon de leur ennemi pendant les ténébres. Cepen-
dant la peine de mort, que les loix impofent à ee crime, le rend afez rare.
On voit aufli des caracteres afez généreux pour fe pardonner mutuellement
(&) & convenir d'une reconciltion fineire,
APRÈS tout, les Chinois les plus vicieux ont un goût naturel pour la ver-
tu, qui leur donne de l'eitime & de l'admiration pour ceux qui la pratiquent.
Ceux qui s'aflujetuiffent le moins à la chafteté, honorent les perfonnes cha
39
Ces,
(g) Du Halde, ubi jup. pag. 279. & fui-
vantes; Mémoires du Per. le Comte, pag. 241.
(h) Du Haide & Le Comte, sig,
:) Le Comte, pag. 243.
(
(&) Du Halde, ubi fup. pag. 27%
tes, Î
Infcri
nence
vulgai
beauct
moign
qui on
de l'E
& dan
MA
feétior
conve
les Ch
tiles d
ficurs ,
Cours,
fur la
d'Aqui
L E :
foie q1
l'indufl
d'ebèn
leurs é
de trio
deur.
de leur
font p
rope,
dépenf
LL
gé mais |
vani |
qu'ils Ê
piltolet
notion
CE
Chinoi
ont po
abando
hors d
ment q
is pu
2 DE LA CHINE, Liv. Il Crar. Il. ÿ
ite, à tes, fur-tout les veuves. Ils confervent, par des Arcs de triomphe & par des Mozers sr
ité de Infcriptions, la mémoire des caracteres diftingués qui ont vécu dans laconti- Usaces pa
: con- nence , qui ont rendu fervice a la Patrie, & qui fe font élevés au-deffus du 4 Enix
ulagea vulgaire par quelqu'action remarquable ou par leur vertu (7). Ils apportent
& lui beaucoup de foin à dérober la connoiflance de leurs vices au Public. Ils té-
a pro- moignent la plus profonde véneration aux auteurs de leur naïflance & à ceux
qui ont pris foin de leur éducation. Ils refpeétent les vieillards, à l'éxemple
e. Les de l'Empereur même (m). Ils déteftent, dans les actions, dans les paroles
lffier 0 & dans les geltes, cout ce qui décéle de la colére ou la moindre émotion (x).
ir l'ef- ii MacaLuaEns obferve qu'ils ont porté la Philofophie morale à fa per- Efprit des
ou, ils 0 feétion; qu'ils en font leur principale étude, & le füjec ordinaire de leurs Sul
| pièce converfations. Il ajoute qu'ils ont l'efprit fi vif & fi pénétrant, qu'en lifant
Nn CoU- es Ouvrages des fefuites, ils entendent facilement les queltions les plus fub-
d'une tiles de Pmlofopiue, de ‘Théologie & des Mathématiques. Il en a connu plu-
oi flent fieurs, qui, fans aucune inftruction, autant qu'il put en juger par leurs dif-
rs, & cours, comprenoicnt des raifonnemens fort difficiles fur la Nature Divine &
er qu'il fur la ‘Trinité, qu'ils avoient lüs dans une, Traduction Chinoife de $S. ‘Thomas
d'Aquin par le Pere (0) Pagliun.
toutes Les vernis de la Chine, la porcelaine & cette variété de belles étofes de Leur indu£
vorifer foie qu'on tranfporte en Europe, font des témoignages aflez honorables de He ne
aucune l'induftrie des Chinois. Il ne paroït pas moins d'habileté dans leurs ouvrages bé
s fortes d'ebène , d'écaille, d'yvoire, d'ambre & de corail. Ceux de feulpture &
leurs édifices publics, tels que les Portes de leurs grandes Villes, leurs Arcs
ix d'ar- de triomphe, leurs Ponts & leurs Tours ,ont beaucoup de noblefle & de gran-
: prin- deur. Ils reu iffent egalement dans tous les autres Arts. ‘out ce qu fort
ent, la de leurs mains porte un caractere d'elegance convenable à leur gout. S'ils né
qui leur font point parvenus au degré de perfection qui diitingue les ouvrages de l'Eu-
Ce gé- rope, leur unique obiftacle cit la frugalité Chinoife, qui met des bornes à la
Cour en dépenfe des Particuliers, |
L'ap- LL cit vrai qu'ils vue anvius d'invention Que Houus pour les méchaniques :
ations , gr mais leurs inftrumens font plus fnples ; & fans avoir jamais vû [aupara-
vant ] les modeles qu'on leur propoie, ils les iimitent facilement. Cet aintr
y cnga- qu'ils font a prefent des montres, des horloges, des miroirs, des fulls, des
lprocés piftolets, Ô: d'autres chofes dont ils n'avoicnt point anciennement la moindre
que par notion, ou qu'ils ne connoiffoient qu'imparfaitement (p).
jui l'ac- CEPENDANI ils ont une fi haute opinion d cux-memes, que le plus vil Prévention
peances Chinois regarde avec mepris toutes les autres Näuons. Dans la pailion qu'ils qu'iis ont em
Cepen- ont pour leur Pays & pour leurs Ufages , Où ne leur perluaderoit pas d'en 20 ES à
vz rire. abandonner la moindre pratique, ni qu'il fe trouve queique chofe d'eftimable Du
lement hors de la Chine. On s'efforce en vain de leur faire entreprendre férieufe-
ment quelqu'ouvrage dans le gout de l'Europe. À peine les Miionaires ont-
la ver- + ils pu obtenir, des Architectes Chinois, de leur baur une Egjlife dans le Pa-
tiquent. lais,,
s chat ; .
tes | q ) Comme d'être morts pour fauver leur (n) Du Halde, ubi Jup. pag. 280.
honneur, leur ami, &c. Co) Relation de la Chine par Magalhaens,.
(m On en a rapporté ci-deffus un exem- pag, 88. & 103.
ple, que Du Halde cite, en y joignant quel- Cp, Chine du Père du Halde, uui fupré,
le ques autres circonitances, pag. 277
Hs A 3
\
\
RENE 2-2 Ce ARRDE RP EEE TETE DE D ER PIS
15
N°
CARACTPRE
Er UsAGrs
DES CHINOIS.
fravail des
Chinois pour
leur fubfiftar-
CC:
Ils mettent
tout à prouit,
Juqu'où
leur attention
s'étend,
6 VOYAGES DANS L'EMPIRE
lais, fur le modéle envoyé de france. Quoique les Vaifleaux de la Chine
foient mal conftruits, & que les Habitans ne puiflent refuter de l'admiration
à ceux qui viennent de l'Europe, leurs Charpenticrs paroiflent furpris lorf-
qu’on leur propofe de les imiter. Ils répondent que leur fabrique cit l'an-
cien ufage de la Chine, Mas cet ufage cit MAUVAIS , leur dites - vous.
N'importe, repliquent-ils. C'elt aflez qu'il foit établi dans l'Empire ; &
l'on ne peut s'en ecarter fans bleffér la juitice & la raifon. Îl paroit néan-
moins que cette réponfe ne vient que de leur embarras. Ils craignent de ne
pas plaire aux Européens qui veulent ies employer; car leurs véritables Ar-
tiftes entreprennent toutes fortes d'ouvrages, fur les modéles qu'on leur (q)
préfente. | . 1 : |
Le Peuple ne doit fa fubfiftance qu'a la continuité de fon travail. Aufli ne
connoit-on pas de Nation plus laborieufe & plus fobre. Les Chinois font en-
durcis au travail dès l'enfance. Ils employceront des jours entiers à fouir la ter-
re, les pieds dans l'eau jufqu'aux genoux ; & le foir ils fe croiront fort heu-
reux d'avoir pour leur fouper un peu de riz cuit à l'eau, un potage d’her-
bes & un peu de thé. Ils ne rejettent aucun moyen pour gagner leur vie.
Comme on auroit peine à trouver dans tout l'Empire un endroit fans culture,
il n’y a perfonne, à quelqu'age qu'on le fuppofe, homme ou femme, fourd,
muet, boiteux, aveugle, qui n'ait de la facilité à fubfifter. On ne fefert, à la
Chine, que de moulins à bras pour broyer les grains. Cet exercice, qui ne
demande qu’un mouvement fort fimple, elt l'occupation d'une infinite de pau
vres I fabitans.
Les Chinois feavent mettre à profit plufieurs chofes que d’autres Nations
croient inutiles. À Peking, quantité de familles gagnent leur vie à vendre
des allumettes. D'autres, à ramafler dans les rues de petits lambeaux de foie,
de laine, de coton ou de toile, des plumes d'oifcaux, des os de chiens, des
morceaux de papier, qu'ils nettoycnt foigneufement pour les revendre. Ils
tirent parti des ordures mémes qui forrent du corps. On voit, dans toutes les
Provinces, des gens qui s'occupent à les ramalier; & dans quelques endroits,
fur les canaux, des Barques qui n'ont point d'autre ufage derricre les maifons.
Les Pavfans viennent acheter ces immondices, pour du bois, de l'huile &
des légumes. Chaque rue d'une Ville a fes commodités pour le foulagement
du Public, & les propriétaires en tirent un honnete avantage.
MaALGRé la fobriété & l'indufirie qui régnent à la Chine, le nombre des
Habitans eft fi prodigieux, qu'ils font toûijours expofés à beaucoup de mifere,
Il s’en trouve de fi pauvres, que fi la mère tombe malade ou manque de lait,
l'impuiffance de nourrir leurs enfans les force de les expofer dans les rues. Ce
fpeétacle eft rare dans les Villes des Provinces; mais rien n'eft plus commun
dans les grandes Capitales, telles que Peking & Canton. D'autres engagent
les Sages-femmes à noyer leurs filles dans un bafin d'eau, au moment de leur
naiffance. La mifére produit une multitude incroyable d'efclaves, dans les
deux féxes; c'eft-à sue, de perfonnes qui fe vendent, en fe réfervant le droit
de pouvoir fe racueter. Les familles aifées ont un grand nombre de ces do-
mefliques, volontairement vendus, quoiqu'il y en ait auf qui fe louent com-
me en Europe. Un père vend quelquefois fon fils, vend fa femme, & fe
vend
la Chire
miration
pris lorf-
_eft l'an-
CS - VOUS.
pire ; &
it néan-
nt de ne
ables Ar-
leur (q)
Aufñi ne
font en-
ir la ter-
fort heu-
e d’her-
leur vie,
culture,
, fourd,
fert, a la
,quine
: de pau-
Nations
à vendre
de foie,
iens, des
dre. Ils
outes les
endroits,
maifons.
l'huile &
lagement
mbre des
e mifere.
de lait,
rues. Ce
commun
engagent
t de leur
dans les
t le droit
: ces do-
ent COoMm-
ne, & fe
vend
ve 2
SV. Schley fuir .
_{ Un: Empereur. en robbe.
Chineesie Keizer,in zyn Staatsi-kleed .
; |
\ . $ (4 A ÉPperquE ce son habit ordinaire.
eesle Reizer,in ZVn gewoon Gewaad .
4: 4 Un Patsun .
Een Boer .
4. Un Bonze .
Een Bonze.
W
5 =
i où. #2
6 18 :
ns Un
4 =
Fra LS Du
| FIGURES (CHINOISES.
CHINEESSE AFBEELDZELS, uit pv HALDE .
DT TELE
om
k ; vend lui
NW Provinc
teur, il
L'HA
H conlif
replie ft
vec quai
manches
poignet
ception
dont les
contient
comme
teaux.
EN E
fouvent
les hau
*
ie
différen
C'eit u
chaleurs
commu
. faicnud
peu d
mouton
tres-finc
printen
forte di
Tou
partien
eft le p
tres po
pie e't
Ava
qu'iis b
prefere
Tarcarc
alaiffer
fes (v
net, d
coup d
IOUTS
cntendr
vend lui-m£me à vil prix. Mais, s'ii le peut, remarque agréableraent l'Au-
teur, il fe concente de wendre fa famille (r).
L'HABILLEMENT dés hommes eft convenable à la gravité qu'ils affectent.
I confifte dans une longue robe qui tombe jufqu'à terre & dont un pan fe
replie fur l'autre. Celui de deflus s'avançant du côté droit, y et attaché a-
vec quatre ou cinq boutons d’or où d'argent, l'un affez près de l'autre. Les
manches font larges vers l'épaule; mais elles fe rétréciffent par degrés jufqu'au
poignet; & finilfant en fer à ch.val, ciles couvrent toute la main, à l'ex-
ception du bout des doigts (5). La ceinture @it une large écharpe d'argent,
dont les deux pointes tombent jufqu'aux genoux. On y attache un étui, qui
contient une bourfe, un couteau , & deux petits batons, dont on fe fert
: | comme de fourchettes. Anciennement les Chinois ne portoient pas de cou-
À teaux. Il eft rare méme que les Lettrés en portent aujourd'hui.
EN Et, l'ufage eft de porter, fous la robe, des hautes-chauflus de toile,
fouvent couvertes d’une autre pare, qui eft de taifetas blanc. En hyver ,
“ les hautes-chaufles font de fatin, pique de foie crue où de coton. Dans les
| ÿ Provinces du Nord, on porte des pelliffes fort-chaudes. La chemife eft de
| * différentes fortes d'étofe, fuivant les faifons. Elle cit fort large, mais courte.
C'eft un ufage aflez commun, pour entretenir la propreté dans les grandes
chaleurs, de porter fur la peau un filet de foie, qui empéche la fucur de fe
communiquer aux habits. Dans la meme fañon, les Chinois ont le col tout à-
faicnud ; mais en hyver ils portentun colier, ou de facin ou de fable (r), ou de
peau de renard, attaché à leurs robes, qui font alors doublées de peau, [de
% mouton | ou piquées de fois & de cocon. Les gens de qualité ont des peaux
trés-fines , foit entièrement d2 fable, foit de renard, bordé de fable. Au
printems, ils bordent leurs robes d'hérmines ; & par-deflus ils portent une
forte de cafaque à courtes manches, doublée ou bordée dans le même goût.
Toures les couleurs ne fe portent point indifféremment. Le jaune n’ap-
partient qu'à l'Empereur & aux Princes de fon fang. Le fatin à fond rouge
= eft le partage d'une efpèce de Mandarins, aux jours de cérémonie, Les au-
tres portent ordinairement le noir, le bleu ou le violet. La couleur du Peu-
= pie c't gencralement le bleu ou le noir.
Avanr la conquete, les Chinois étoient pañionnés pour leur chevelure,
qu'ils humect ient d'effences; & cc goût étoit porté fi loin, que plufeurs
préférèrenc la mort à la loi qui leur fut impofée de fe rafer la tête comme les
Tartares. Après s'être foumis aux vainqueurs, ils recommencent aujourd’hui
à laifler croître affez de cheveux für le fommet d: la tète, pour les mettre entref-
fes (vu). Leur couverture de tete, en Eté, eft un petit chapeau, ou un bon-
net, de la forme d'un entonnoir. Le deéhorselt de Aattan, travaillé avec beau-
coup de propreté. La doublure eft de facin. Du fommet fort une grofle tref-
‘:
—
: | ë | fe
À | ra (r) Relation de la Chine par Magalhaens, où le Traduéteur a mis le moc Ge fable, qui
= M pag. 121. n'eit plus en ufage à préfent dans ce fens,
: (s) Cc bout fert comme de gants. En hy- KR. d. fl.
LA | ver, les Chinois retirent les mains dans leurs (vw) Ccs opiniîtres Ctoient nommés par
—— manches, & les font fervir de manchons. les Portugais Chinois de Cubello, ou «d'la
(t) Angl. où de Zibeline ; & c'eft toû- chevelure, Ils fuivoient le parti de Koxinga,.
jours la même forte de fourure, qu'il faut Poyes les Ainbafjades Hollandoifes.
catendre dans la fuite de ce Partgraphe, à
DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. IL 7
CatACTERE
ET USAGES
DES CHINutS.
Hahil! ent
des Chinois.
Habits d'Eté ”
& d'Ifyver.
Couleurs
réfRrvéese
Chevelure
& bonnets des
Chinois.
CARACTERE
LT U:aGss
pis CuiNois.
Autre for-
te de bonnets.
Bottes Chi-
noiles,
Bas des
Grands & du
Peusle
Lalrile
è
Ihabits des
SREREN
icimnimes,
fatin rouge ou bleu.
fans bottes.
Celles de cheval font de cuir, [
préparé, que la fouplefle en eft admirable,
coufus & doublés de coton.
d'une large bande de pluche ou dé velours.
hyver pour entretenir la chaleur des jambes, autant font-ils infupportables
pendant l'Eté. On en prend alors de plus convenables à la faifon. Le Peuple,
pour épargner la dépenfe, porte des bas d'étofe noire. Ceux dont les perfon-
nes de qualité ufent dans leurs maifons font de foie, fort propres & fort
commodes. Lorfqu'ils fortent pour quelque vifite d'importance, ils portent
de deffous, qui font ordinairement de toile ou de fatin, une
longue robe de: foie, prefque toùjours de couleur bleue, ceinte d'une échar-
pe; & par-deflus le tout, une cafaque où un manteau court, de couleur noire
ou violette, qui ne pañle point les genoux, mais qui eft fort ample, avec des
manches courtes & larges. Ils prennent alors un petit bonnet, qui reprefente
dans fa forme un cône fort court, couvert de foie voltigeante , ou de crin
‘ornement, ils ont aux jambes des bottes d'é-
fur lcurs Pabits
Enfin, pour achever
tofe & un Cventail à la main (y).
rc de l'autre féxe, rien ne donne tant de luftre aux charmes natu-
rels des Dames Chinoïfes, que la modeflie extraordinaire qui éclate dans leur
air & dans leur parure. Leurs robes font fort longues. Elles en font tellement
couvertes, de la téte jufqu’aux pieds, qu'on ne voit paroitre que leur vifige.
Leurs mains font tofjours cachces fous leurs À
droicnt jufqu'à terre {i elles ne prenoient foin
leur habit cit ou rouge, ou b
: F 11
ICC, 11 Giics
| )". Tir
Pere du IT,
VOYAGES DANS
fe de crin, qui fe répand jufqu'aux bords. Ce crin, qui cft trés-fin & trés.
clair, vient des jambes de certaines vaches, & fe teint d'un rouge fort lui-
fant. Les Mandarins & les Lettrés ont une autre cfpéce de bonnet, qui leur
eft propre & que le Peuple n'a pas la liberté de porter. La forme reflémble
à celle du premier; mais il eft compofé de carton, doublé ordinairement de
Le fatin du dehors eft blanc, & coupé par une large
bande de la plus belle foie rouge (x). Les perfonnes de diftinétion fe fervent
fouvent de la première de ces deux fortes de chapeau, fur-tout à cheval &
dans le mauvais tems, parce qu'il les met à couvert de la pluie, & qu'il ett
plus propre à les garantir du Soieil par devant & par derriere. En hyver, ils
portent une autre efpèce de bonnet fort chaud, bordé de fable, d'hermine
ou de peau de renard, & terminé au fommet par une touffe de foie rouge.
La bordure de peau eft large de deux ou trois doigts & produit un fort bel
effet, fur-tout lorfqu'elle ft d'un beau fable noir & luifant.
Les Chinois, fur-tout les perfonnes de qualité, n'ofent paroître en public
Elles font ordinairement de foie, particulièrement de fatin, ou
de calico, & fort bien ajuftées à la jambe; mais elles n'ont ni genouilleres ni
de vache ou] de cheval, fi bieny=
Les bas de botte font d'ctofe,
Il en fort de la botte une partie, qui eft bordée
Mais autant qu'ils font utiles en
ou véœCrte.
fort avancées en âge
üs & la tète panchée ,
l'EMPIRE
grandes manches, qui defeen-
La couleur de
eu de femmes portent le noir
Elles marchent d'un pis
ke comme de vraies Reli-
icufes, dit l'Auteur, ou comme des Dévotes de profefiion, Maisleur marche
de les retenir.
'cre lu Comte,
& trés-
FE ee = HOME Te
-eflemble - |
ment de
inc large
e fervent
cheval &
qu'il ett
yver, ils
l'hermine
ic rouge.
n fort bel
OT
A
OS
gl!
|
y ne il À |
MTNNILLIIL DS |
en public
fatin, ou
ulleres ni
, fi bienyF
d'ctofe,
{t bordée
uiles en
»portables
e Peuple,
es perfon-
es & fort
ls portent
fatin, une
inc cchar- :
leur noire )
avec des
reprefente
u de crin =
ottes d'é- _
IT
im
WP
CNE
TITI
| 1! [ll | 111
MINT
| it || 11li {lil
mes natu-
dans leur
tellement |
|
f
|
l
ur vifage.
1 defcen-
oulcur de
nt le noir
ct d'un pas
aies KReli-
ur marche
n'eft
| LADITE STUNNMNNONNMMMNNEOMTNNMENNNNNNIONNNnnnMnnnnnnmnE
lu Comte,
IT
V1!
[11
DAMES CHINOISES,trés de nv HALDE .
| CHINEESSE JUFFERS, uit pv Haine.
gn'eft
gers
ferre
regai
dre |
mon
L
Que
teni
DE LA CHINE, Liv. IL Cunar. Il. o
gén'eft pas sûre, [ & elle a quelque chofe de défagréable aux yeux des Etran-
gers,] parce qu'elles ont les pieds d'une petitefle extraordinaire. On les leur
ferre dés l'enfance avec beaucoup de force, pour les empécher de croître; &
regardant cette mode comme une beauté, elles s'efforcent encore de les ren.
dre plus petits à mefure qu'elles avancent en àäge. Aufi affectent-elles de les
montrer en marchant.
Les Chinois mémes ne connoiflent pas bien l'origine d'un ufage fi bizarre.
Quelques-uns s'imaginent que c'eft une invention de leurs Ancêtres, pour re-
tenir les femmes au logis ; mais d’autres regardent cette opinion comme
unc fable, Le plus grand nombre eft perfuadé que c'eft une mode établie par
la Politique, pour tenir les femmes dans une continuelle foumiflion (3). Il
cft certain qu'elles font extrémement renfermées , & qu'elles fortent peu
de leur appartement, qui eft dans la partie la plus retirée des maifons, où
elles n’ont de communication qu'avec les femmes qui les fervent. Cepen-
dant on peut dire en général, qu'elles ont la vanité ordinaire à leur féxe,
& que ne paroiflant qu'aux yeux de leurs domeftiques, celles ne laiflent pas,
chaque jour au matin d'employer des heures entières à leur parure. On añù-
re qu’elles fe frottent le vifage avec une forte de pâte, pour augmenter leur
blancheur ; mais que cette pratique leur gäte bien-tot la peau & précipite
les rides.
Leurs ornemens de tête confiftent en plufieurs boucles de frifure, entre-
mélées de petites touffes d'Or & de fleurs d'argent. Quelques-unes fe la pa-
rent d'une figure de Fong-wbang , oifeau fabuleux (4), qu'elles portent en Or,
en argent ou en cuivre, fuivant leurs richeffes & leur qualité. Les aïles de
cette figure, mollement étendues fur le devant de la coëffure, embraffent le
haut des temples. La queue, qui eft aflez longue, forme une forte d’aigrette
au fommet de la tête. Le, corps eft fur le front. Le col & le bec font fufpen-
dus fur le nez. Mais le col eft joint au corps par un reflort fecret , à l'aide
duquel il joue négligemment & fe prete au moindre mouvement de la tête ,
‘fur laquelle il ne porte que par les pieds, au milieu de la chevelure. Les fem-
mes de la première qualité paroïffent quelquefois avec une forte de couronne,
compofée de plufieurs de ces oifeaux joints enfemble. L'ouvrage feul en eft
fort cher.
LEs jeunes filles portent ordinairement une autre efpèce de couronne,
dont le fond n'eft que de carton, mais couvert d'une très-belle peau. Le de-
vant s'élève en pointe fur le front. Il eft chargé de diamans , de perles &
d’autres ornemens. Au fommet de la tête elles ont des fleurs naturelles ou
artificielles , melées de petits poinçons ou d’aiguilles, dont la pointe offre
quelques joyaux. Les femmes avancées en âge, fur-tout celles du commun,
fe contentent d'une pièce de quelque belle étofe de foie, paflée plüufieurs fois
autour de la téte. On la nomme Pau-teu , qui fignifie Envelope pour la téte.
Au refte, les méthodes de parure ont toûjours été les mêmes à la Chine, de-
puis le commencement de l'Empire jufqu'a la conquête des Tartares, qui,
fans
(z) Pourquoi chercher d'autres raifons que on donne auñfi la préférence aux petits pieds ?
leur goûtspuifque dans la plüpart des autres Pays Aa) Tel que le Phænix des Grecs.
VIII. Part. B
CaracTERY
ET Usacres
LES CritNots,
Petiteffe de
leurs pieds,
On cherche
licaufe de cet
ufage.
Vanité des
femmes Chi-
noifes.
Leur coëffu.
re,
Jeunes filles.
Changement
de la parure
Chinoïite au
tems de la
conquête.
10 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Canacrere fans rien changer aux autres ufages du Pays, forcèrent feulement les vaincus que;
sr Usaces à prendre leur habillement (2). | ae un Li-pr
ps CO. MacaLuaEzns obferve que la Nation Chinoife porte la curiofité fort loin chiv
dans fes habits. Le plus pauvre eft vetu décemment, avec le foin de fe con. de ré
former toûjours à la mode. On eft étonné, dit-il, de les voir le premier jour faire
de l'an dans leurs habits neufs, qui font d'une propreté admirable, fans que gers
la pauvreté paroiffe y mettre aucune diftinction (c). ge Vi
lies C
(b) Du Halde, ubi fup. pag. 281. & fui- 125. & fuiv. fur |
vantes. Memoires du Pére Le Comte, pag. (c) Magalnaens, pag. 102. L)
cc,
EE l'occ:
Li de , HOT des 1
Cérémonies Chinoifes dans les devoirs de la Sucicté Civile. L.
CHPeRE I: n'y a rien où les Chinois apportent plus d'éxactitude que dans les céré- es
CuiNoises. monies & les complimens. Ils font perfuadés que l'attention à remplir les le fer
devoirs de la civilité, fert beaucoup à purger l'ame de fa dureté naturelle, à de dé
Ancien Livre former la douceur du caractère, à maintenir la paix, l'ordre & la fubordina-
ré tte
als tion dans l'Etat (a). Entre les Livres qui contiennent leurs régles de poli- sr
tele, on en diftingue un qui a plus de trois mille ans d'antiquitc, où chaque fépar
article eft explique avec aflez détendue. Les falutations communes, les vili- finite
tes, les préfens, les fetes , & toutes les bicnféances publiques ou particu- Len
litres paflent plutot pour autant de loix que pour des formalités établies par qui «
l'ufage. LAPS
Variété des LE cérémonial eft fixé pour les perfonnes de toutes fortes de rangs , con!
Din Rances. avec leurs égaux ou leurs fupérieurs. Les Grands fçavent quelles marques de fori
refpect ils doivent rendre à l'Empereur & aux Princes, & comment ils doi- bonn
vent fe conduire entr'eux. Les Artifans memes, les Payfans & la plus vile po- l'ous
pulace, ont entr'eux des régles qu'ils obferent. [ls ne fe rencontrent point- A:
fans fe donner mutuellement quelques marques de politeffe & de complaifan- LéH
ce. Perfonne ne peut fe difpenfer de ecs devoirs, ni rendre plus où moins L'un.
que l'ufage le demande. tôt c
Rigueur du P£Nuaxr qu'on portoit au tombeau le corps de la dernière Impératri- parut
écrémonil. ce, un des Princes du Sang ayant appellé un Ao-lau, qu'il vouloit interroger pour
fur quelqu'affaire, le Ko-liu s'approcha & fe mit à genoux, contre l'ufage, de pi
pour faire fa réponfe: mais le Prince le laiffa dans cette pofture, fans lui dire U
de fe lever. Le lendemain, un Au accufa devant l'Empereur le Prince & plac:
tous les Ko-laus; le Prince, pour avoir fouffert qu'un Oficivr de cette conf- ACCO
dération parût devant lui dans une poture 1 humble; & les Aoaus, particu- la qu
liérement celui qui s'éto't agenotull*, pour avoir d'shonoré le premier pofte la pl
de l'Empire, [ & les autres pour ne s'ecre pas oppofés à cette poiture humi gauc
liante, ou du moins, pour n’en avoir pas in'truit l'Empcreur.] Le Prince ap- L
porta pour excufe quil ignoroit la loi, où l'ufig: fur ect article, & que d'ail- s'ils
leurs il n’avoit point éxigé ceuce foumition. Mais le No-li cita, pour repli- en b
que quil
cit «
07”"a) Cela paroit être une vérité ff éviden- ésemples pour la confirmer.
te, qu'il n'eft pas nécujiuire d'aporter des
vaincus
rt loin
fe con-
er jour
ans que
S CCré-
iplir les
telle, à
ordina-
de poli-
chaque
les vili-
Jar tiCU«
lies par
rangs ,
ques de
ils doi-
‘ile po-
t point-
plaifan-
. MOINS
>Cratri-
Troger
ufage,
ui dire
nce &
confi-
irticu-
poite
humi
e ap-
d'ail-
repli-
que
DE LA CHINE, Liv. Il. Cnap. IL. rt
que, une Loi d'une ancienne Dynaflie. Aufi-tôt l'Empereur donna ordre au
Li-pu, qui cftle | *ibunal des Céremonies, de chercher cette Loi dans les Ar-
chives, & fi cile ne fe trouvoit pas, d'en faire une qui pût fervir déformais
de régle invariable. Le ‘Tribunal du Li-pu eft chargé fi fcrupuleufement de
faire obferver les cérémonies de l'Empire, qu'il n'éxemte pas meme les Etran-
gers de ecite obligation. Avant qu'un Ambafladeur paroïfle à la Cour, l'ufa-
ge veut qu'il foit inftruic pendant quarante jours & foigneufement éxercé dans
les cérémonies, comme un Comedien récite fon rôle avant que de monter
fur le théatre.
La plupart de ces formalités fe réduifent à la manière de faire la révéren-
ce, de flechir les genoux, & de fe profterner une où pluficurs fois, fuivant
l’occalion, le lieu, l'age ou la qualité des perfonnes, fur-tout lorfqu' on rend
des vilites, qu'on fait des préfens & qu'on traite fes amis.
La méthode ordinaire des Salutations, pour les hommes, eft de fe coller
les deux mains fur la poitrine, en les remuant d'une manière afcétueufe, &
de baifler un peu la tete en prononçant Tjfin-ifin, expreflion de politeffe, dont
le fens n’eft pas limité. Lorfqu'on rencontre une perfonne à qui l'on doit plus
de détérence, on commence par joindre les mains, qu'on lève d'abord dans
cette fituation ; enfuite on les baïfle jufqu'a terre, en courbant le corps à pro-
portion. Si deux perfonnes de connoiflance fe rejoignent après une longue
féparation, tous deux tombent à genoux & baïflent la tete jufqu'a terre. En-
fuite fe relevant , ils recommencent deux ou trois fois la meme cérémonie,
Le mot de /% fe répite fouvent dans les civ.lités Chinoifes. Aux perfonnes
qui arrivent, la premiére queftion qu'on leur fait efl Na-fo; c'eft-a-dire: Ne
vous cft-il rien arrivé que d'heureux dans votre voyage ? Loriqu' on leur demande
comment ils fe portent , leur reéponfe eit Kau lu Jo bung fo, qui fignifie,
fort bien, graces à votre abondante félicité. Lorfqu'ils voient un homme en
bonne fanté , ils l'abordent avec le compliment Twng-fo ; dont le fens elt,
lous portez la profpérité peinte fur votre vilage; ou, Fütre air annonce le bonheur.
Au commencement de la Monarchie, lorfque la fimplicité régnoit encore
il étoit permis aux femmes de dire aux hommes, en leur faifant la révérence ,
L'un-fo; c'elt-a-dire, Que toutes fortes de bonheur vous accompagnent. Mais aufli-
tôt que la pureté des mœurs eut commencé à fe corrempre, ce compliment
parut une indécence. On réduifit les femmes à des révérences muettes ; &
pour détruire entièrement l'ancieuuc coutume, on ne leur permit pas même
de prononcer le meme mot en fe faluant entr ‘cles.
UN ufage conftant du Peuple, c'eft de faire toûjours prendre la première
place au plus agé de l'Affemblée. Mais s'il s’y trouve des Etrangers, elle elt
accordée à celui qui eft venu du Pays le plus éloigné ; à moins que le rang ou
la qualité ne leur impofent d’autres loix. Dans les Provinces où la droite cit
la place d'honneur, on ne manque jamais de l'offrir. Dans d’autres lieux, la
gauche cit la plus honorable. à
LoRSQUE deux Quans, ou deux Mandarins, fe rencontrent dans une ruc;
s'ils font d'un rang cg gal, ils fe faluent fans quitcer leur chaife & fans fe lever,
en bauffant d'abord Icurs mains jointes, & les levant enfuite fur leur tete; ce
quils répetent plufieurs fois jufqu'a ce qu'ils fe perdent de vue. Mais fi l'un
cit d'un rang inférieur , il doit faire arreter fa chufe, ou defcendre s'il et
B 2 à
CérÉmMonrrs
ET Civitires
DES CHinors,
Lipu, Tri
binal des Cé
réinoniss.
Diverfes me
thodes de
lutations Ghi-
noifes,
Réferve des
femmes.
Ufages ci-
vils du Peu-
pie.
Salutations
des Manda-
rins,
CÉRÉMONIES
prs CHINoïs.
Refped des
cunes gCns
pour leur pé-
se K pour
leur maitre.
Différentes
expr.flions de
ivilité,
Méthoue.
des Vifitez
Chinoifes,
re VOYAGES DANS L'EMPIRE
à cheval, & faire une profonde révérence. Les inférrurs évitent, autant
u'ils le peuvent, l'embarras de ces rencontres.
RiEN n'eft comparable au refpeët que les enftns ont pour leur père, & les
écoliers pour leur maitre. Ils parlent peu & fe tiennent totijours debout dans
leur préfence. L'ufige les oblige, fur-tout au commencement de l'année, le
jour de leur naiffance & dans d'autres occafñons, de les faluer à genoux, en
frappant plufieurs fois la terre du front.
Les regles de la civilité ne s'obfervent pas moins dans les Villages que
dans les Villes; & les termes qu'on emploie, foit a là promenade & dans les
converfations, foit pour les falutations de rencontre, font toijours humbles
& refpectucux. Si les Chinois s'apperçoivent, par Exemple, qu'on prenne
quelques foins pour leur plaire, Tey-/in, difent-ils obligeamment; c'eft-à-di.
re, ous êtes frodigues de votre cœur. Si vous leur avez rendu quelque fervice,
ils vous diront: Sye pu t/yn; Mes remercimens doivent être immortels, S'ils
craignent d’avoir interrompu quelqu'un qui leur paroit occupe; üun-lan, di-
fent-ils; Je fuis extrémement incommode. Te tjui; J'ai commis une grande
faute en prenant trop de liberté. Lorfqu'on les prévient par quelque politef-
fe, ils s'écrient: Pu kan, pu kan, pu kan; c'eft-à-dire, Je n'ofe, je n'ofe, je
n'ofe. Le fens qui demeure fous-entendu, elt: Souffrir que vous preniez
tant de peine en ma faveur. Si vous leur donnez quelque louange, ils ré-
pondent Ai kan, qui fignific: Comment oferai-je me perfuader ce que vous
dites de moi; Lorfqu'ils prennent congé d'un ami qui a diné chez eux, ils
lui difent: ou man, où Tuy man; Nous ne vous avons pas traité avec aflez
de diftinétion. Jamais ils n'employent dans leurs difcours la première ni la fe-
conde perfonne ; à moins qu'ils ne parlent familierement à quelqu'ami. Fous
& Moi pafleroient pour une incivilite grofficre. Ainfi, au-lieu de dire: Je fuis
fort fenfible au fervice que vous m'avez rendu: ils diront: Le fervice ‘que le
Seigneur, ou le Doéteur, a rendu au moindre de fes ferviteurs ou de fes cco-
liers, l'a touché très-fenfiblement. De meme, un fils qui parle à fon pire,
prendra la qualité de fon petit-fils, quoiqu'il foit l'ainé de la famille & qu'il
ait lui-meme des enfans. On emploie fouvent auñi fon nom propre, pour:
marquer plus de refpect; car les Chinois ont plufieurs noms, fuivant leur rang
& leur age (D). Enfin, il n'y a point de Nation qui les égale pour la iul
titude & la variété des titres qu'ils fe donnent dans leurs complimens; mais
faute de termes équivalens, on réuiuit mal à les exprimer dans les hinages
de l'Europe (c). É
U N article de la politefle Chinoife cft de rendre des Vifites le jour de la
naiffance, au commencement de là nouvelle année, aux fêtes, à la naiflanee
d'un fils, à l'occafion d'un mariage, d'une dignité, d'un voyage, d'une mort
&c. Ces vifites, qui font autant de devoirs pour tout le monde ; ion
pour les écoliers à l'égard de leurs maitres & pour les Mandarins à l'égard de
leurs fupérieurs , font ordinairement accompagnées de petits prefens , & de
quantité de cérémonies dont on €ft difpenfe dans les vifites communes & fa-
milières..
ON
#
{
{ hine dd : Le / FN
b) Chine du Pére du Halde, ubi fupra, (ce) Magalhaens, pag, 102,
pag. 291, À fuiv.
ON
fte dans
en form
rèfpeétt
cére Ai
fe préfe
qu'a ter
u'on v
don
étre bla
Tou
nes de €
fait doi
devant !
Mandar
rend le
te prom
rin fe c:
compte
dre, de
fienne
une per
a la lib
grandes
FECCVOIT
domeitic
l'un ver
domefti
ventail
pour lu
les ceré
nois.
quelles
génuile
rauche
par letq
tre mot
gant lu
ailis; C:
un pan
LoR
d'un ai
meme
vous tü
de baifl
(4) €
autant
> Xles
ut dans
née, le
ux, en
ges que
dans les
iumbles
prenne
{t--di-
fervice,
s, S'ils
lan, di-
grande
politef-
’ofe , je
preniez'
ils ré-
UC vous
CUX, ils
rec affez
ni la fe-
l'ous
Je füuis
ce que le
{cs éco-
n pére,
& qu'il
:, pour
"ur rang
Ja mul-
5 Mais,
angagces
ur de la
iflance
e mort,
fur-tout
gard de
, & de
cs & f1-
OX
DE LA CHINE, Liv. Il. Crrar. 1" rÿ
ON commence par délivrer au portier un billet nommé Tye-tfe, qui confi-
fte dans une feuille de papier rouge, légérement ornée de fleurs d'or & plice
en forme d'ecran (4). Sur un des plis OL leur nom, avec quelques termes
rèfpeétueux , fuivant le rang de la perfonne. Par exemple, Le tendre X fin-
cére Ami de Votre Excellence, & le Difciple perpétuel de votre Doctrine,
fe préfente eh cette qualité pour rendre fes devoirs & faire fa révérence juf-
qu'a terre. Le mot un cheu pay exprime ce dernier fentiment. Si Ja perfonne
u'on vilite eft un ami familier, ou n'eft diftingué par aucun rang, il fuit
: te du papier commun. Dans les ocçations de deuil, le papier doit
étre blanc. ”
Tourrs les vilites qui fe rendent à un Gouverneur, ou à d'autres perfon-
nes de diftinction, doivent fe faire avant le diner; où du moins celui qui la
fait doit s'etre abflenu de vin, parce qu'il fcroit peu refpeétucux de porter
devant une perfonne de qualite l'air d'un homme qui fort de table, & que ie
Mandarin s’offenferoit s'il fentoit l'odeur du vin. Cependant une vilite qui fe
rend le méme jour qu'on l'a reçue, peut fe faire l'après-midi , parce que cet-
te promptitude à la rendre cit une marque d honneur. Quelquefois un Manda-
rin fe contente de recevoir le Tye-t/e, par les mains de fon porticr, & tient
compte de la vifite en faifant prier par un de fes gens celui qui la veut ren-
dre, de ne pas prendre la peine de defecndre de fa chaife, Enfuite il rend la
fienne le meme jour, ou l'un des trois jours fuivans. Si celui qui vifite eft
une perfonne égale par le rang, ou un Mandarin du _ méme ordre, fa chaife
a la liberté de traverfer les deux premicres cours du ‘Fribunai, qui font fort
grandes, & de s'avancer jufqu'a l'entrée de la Salle, où le Mandarin vient ie
recevoir. En entrant dans la feconde cour, vis-à-vis la Salle, il trouve deux
domeitiques, avec un parafol & un grand éventail, qui s'inclinent tellement
l'un versl'autre, enle conduifant, qu'il ne peut ni voir nictre vû. Ses propres
domeftiques le quittent aufli-tôt qu'il et foru de fa chaife; & le grand é-
ventail étant retiré, il fe trouve afléz prés di Mandarin qu'il vifite,
pour lui faire fa réverence. Cet à cette diflance que doivent COMMenCCr
les cérémonies, telles qu'elles font expliquées fort au long dans le Rituel Chi-
nois. On apprend dans ce Livre à quel nombre de réverences on cit obligé ,
quelles expreflions & quels titres on doit employer, quelles doivent étre les
génuilexions , les différens tours qu'on doit Eure, tantOt à droite & tantôt à
rauche, car les places d'honneur varient fiivant les lieux; les geftes mucts
par lefquels le maitre de la maifon vous prefie d entrer, fans prononcer d'au-
ure mot que Jjfin tjin 3 le relus civil que vous en faites d'abord, en pronon-
çant Pu kanÿ la falutation que le maitre doit fure à la chaife où vous allez étrè
ailis ; car il doit lui faire une profonde révérence, &l'eventer légèrementavee
un pan de fa robe pour en ôter la pouficre, | |
LoRsQUE vous avez pris place fur votre chaife, vous devez déclarer ,
d'un air grave & férieux, le füujet de votre vilite, On vous répond avec la
meme gravité & quantité de réverences. Il faut foigneufement obferver de
vous tenir anis fort droit, fans vous appuyer contre le dos de votre chaife;
de baïifler un peu les yeux, fans tourner la vüe; de venir les mains etendues
fur
(4) Onfçait que les écrans de Ja Chine font plis comme nos éventails de femmes, R, d.F,
> »
P 3
Cérémonie:
DES CHinois,
Préparations
pair lefquelles
Oo! COtMeCt:
Lrs
Ce qui fe
pafte dans que
vilite,
ed he
CÉRÉMONIES
pD£s Cuinois.
Manière de
prendre con-
gé,
Manivre dont
le Pere Bou-
vet fut reçu,
avec la qualité
de King-chay.
14 VOYAGES DANS L'EMPIRE
fur vos genoux, & les pieds dans une éxaéte égalité l’un près de l'autre,
Après un moment de converfation , un domeftique proprement vêtu, entre
avec autant de tafles de ché qu'il y a de perfonnes dans l'affemblée. Ici les
foins doivent recommencer pour obferver éxaétement la manière de prendre
la tafle, de la porter à la bouche & de li rendre au domeftique. On fort en-
fin, avec d’autres cérémonies. Le maître de la maifon vous conduit jufqu'à
votre chaife ; & lorfque vous y étes entré, il s’avance un peu, pour atten-
dre que vos porteurs vous ayent foulevé. Alors vous lai dites adieu, & fa
réponfe confifte dans quelques expreilions polis.
LorsqUu'ux Aing-chay, ou quelqu'Envoye de la Cour (e), rend vifite fur
fon pañlage , aux principaux Mandarins des Villes, 1l cit précédé d'environ
trente perfonnes, qui marchent deux à deux devant fa chaife, les uns avec
des bains de cuivre, fur lefquels ïls battent en mefure comme fur un tam-
bour; d'autres, avec des enfcignes & de petites planches vernies, fur lefquel-
les on lit en gros caraëtères d'Or, King chay ta jin, c’eft-à-dire, Seicneur (F)
Envoyé de la Cour. Quelques-uns portent des fouets à la main; d'autres, des
chaines ; d'autres ont fur les épaules certains inftrüimens dorés, & peints
d'une grande variété de figures, dont quelques-uns ont là forme d'une grande
croix, avec une tête de dragon au fommet, ou des batons qui reMemblent
aux verges de nos Huifiers. On en voit aufi avec de longs bonnets de feutre
rouge en forme de cylindre, d'où pendent deux groffes plumes dorces. Leur
office ft d'avertir le Peuple à haute voix de fare place dans les rues. A la
tète de cette cavalcade cit un porteur, Oflicier inférieur du ‘Fribunal, qui
porte dans un grand ctui le 7/\e-t/e, ou lesbillets de vifite préparés pour les
Mandarins & les autres perfonnes de diftinétion que le King-chay fe propofe
de voir. Des deux côtés de fa chaife marchent deux ou quatre de fes domefti-
ques. vecu: galamment, Le convoi cit fermé par un grand nombre d'autres
perfonnes à pied. Mais cette multitude d'affiftans n'eft compofée que d'Etran-
gcrs, qu'il loue pendant fon fejour dans la Ville. Il en refte quinze derrière
lui, qui ne quitteat point fon logement.
des haut-bois, des Bfres & des tambours, qui ne paroïffent loués que pour
incommoder les voifins par l'eclat continuel de leurs Inftrumens; car il ne fort
& n entre perfonne qu'ils ne faluent à grand bruit. { Les autres font occupés =
au fervice du dedans. ÿ
ON fe formera une idée plus jufte de la réception que les Mandarins doi-
vent faire aux Envoyes de la Cour, par celle qu'ils firent à Nan-chanr-fu au Pé-
re Bouvet, Mifionaire Jéfuite. Quoiqu'on en ait deja lù le fond dans fon pro-
pre récit, il ne fera pas inutile d'en rappeller deux ou trois circonttances
pour ne rien omettre Ici fur ect article, 1. Avant qu'il füt entré dans la Bar-
que pour traverlér la riviere, les Secretaires du Viccroi & des grands Man-
darins vinrent au-devant dé lui & lui préfentérent, de la part de leurs Mai-
tres, le Tye-tfe, ou les billets de compliment, 2. Après avoir pris le thé, le
Viceroi & le General s tant levés, avec IC refte de 14 Compagnie, préfenté-
rent à l'Envoyé le billet des prefens qu'ils devoient lui faire, & qui con-
fiftoient
de 4 sa n'eft propr ment qu'un AN er chiy pour lui faire honneur.
tait ais revêtu d’une: ranid ! (f) ;
tL Les a nee (f) Ou Grand Homme.
C, & quon quuiie d'Envuye ou de jung
Six { fe tiennent ] à fa porte, avecÿ
fftoient «
mettre à
fins lui er
fence. Ils
ple, acco
tes appo
réfens ;
! Dans
Mandarin
Pufage eft
peut juge
mefures ©
yes, qu
de nerfs «
font mari
Ge Me-vu, |
fens des a
tre provil
te fa fuite
Lors(
les civilite
vos dome
hation. À
fiffez ce q
ardez le
Lcharer €
refent, :
jugé à pr
de renvoy
fr, cet.
à hardiefl
Sr cc
font ls m
féns, dan:
ume, &
lies font
remcrcimc
dre que le
le commu
œepté un
Ceux qui
emplois,
Les fu
gant de fo
Mmes. Si
t(z) C'ef
ϝ cit Ccrit
de l'autre.
vêtu, entre
ce. Ici les
de prendre
On fort en.
uit Jufqu'à
pour atten-
licu, & fa
d vifite fur
‘ d'environ
*s uns avec
(Tr un tam-
fur lefquel-
Secneur (F)
autres, des
, X peints
une grande
refl:mblent
ts de frutre
recs. Leur
rucs. À la
ibunal, qui
res pour les
fc propofe
fes domefti-
bre d'autres
que d'Etran-
nze derrière
DE LA CHINE, Liv. Il. CHar. II. 15
£ftoient dans quelques provifions pour fa Barque. Enfüuite ils AA se
mettre à table. 3. Lorfqu'il fut rentré dans fa Barque, les principaux ! Jan a-
fins lui envoyèrent des billets de vifite, qui furent aufi-tot fuivis de leur pré-
fence. Ils vinrent fucceilivement, X le Gouverneur parut au, à leur éxern-
ple, accompagné des Préfidens de deux l'ribunaux ne . Se \ :
ites apporterent à l'Envoyé autant de Li-tans (g) ou de nouvelles lifkes de
réfens; c'eft-a-dire, de rafraichiffemens & de provifions. .
! Dans le pañlage par eau, au-lieu des tables couvertes de pue que les
Mandarins de chaque Ville devoient tenir prêtes pour . le Ring-chay,
Fufage cit d'envoyer la même efpèce de provilions à bord de Pass NE
peut juger de la qualité de ces préfens par ceux du ne étoient ce
mefures ou deux boifaux deriz blanc; deux mefures . ue | Ho
@yes, quatre poules, quatre canards, deux paquets heï . M De
de nerts de Cerf, qui pallent à la Chine pour un aliment € icieux pi .
font marinés & féchés; deux d’entrailles d'un certain animal Marin, deux de
> Me-yu, [ou de féche,7] autre poiflon; & deux vafes remplis de vin. Les pré-
Jorte, avec
S que pour
aril ne fort
nt occupés “
darins doi-
fu au Pè-
18 fon pro-
on'tances ,
ans la Bar-
ands Man-
leurs Mae
le thé, le
, préfenté-
qui con-
{iftoicnr
“+
fens des autres Mandarins étoient peu différens. Un Envoyé n'a point d'au-
tre provifion à faire dans fa Barque, parce qu'ils fuihfent pour lui & pour tou-
D celui qui veut vous faire un prefent vient en pe na L oo
Jes civilités ordinaires il vous offre le billet, que vous remettez à ner un Fe
vos domeitiques, en marquant votre reconnoiffance par une profonde i-
hation. Aufi-tôt que le Mandarin s'eft retiré, vous Lez le Par choi-
fiffez ce qui vous convient. Si vous acceptez tout ce qui vous ct offert, vous
ardez le billet, & fur le champ vous en écrivez un de remerciment, pour
clurer que vous avez tout accepté. Si vous ne retenez an je parte au
réfent, vous expliquez dans votre billet Ge temereinen ce que a
jugé à propos de garder. Mais lorfque vous n'acceptez rien, vous PR
de renvoyer le billet & le prefent, avec un autre billet qui doit contenit Je Pi
fr, c'elft à-dire, que ce font des perles précieufes auxquelles vous n'avez pas
ardiefle de toucher. , no.
ns Me fait le préfent vous l'envoie par fes domeftiques nee ie
fônt ls mêmes. Mais s'il envoie le billet avant que: d'avoir ac 1eté cs pré-
féns, dans la vue d'acheter ceux qui pourront vous plaire, vous Rtente ie
ume, & vous marquez par de petits cercles les piéces que vous a
les font achetées autli tot. Vous les recevez, & vous Cri ee e
remerciment où vous cxpliquez Ce que vous avez reçu > fans oublier AE ne
dre que le refte ef une précieufe perle. Dans plufieurs pecañons à te les que
lè commencement de l'annce, la cinquiéme ee Le Re _
œæpté un préfent, la bienfcance vous ee . ci SU ne à pue
Ceux qui viennent d'une perfonne confiderable, ne par k ance
emplois, doivent être reçus avec une profonde inc us He
Les fimples Lettres, qui s'écrivent entre des Parsicuilers, cs | 1e
gant de formalités, qu'elles caufent fouvent . Re a . .
Mes. OI VOUS CCTIVEZ à quelque perfonne de ditinction , do
ECg) C'eft un papier, comme le Tyetfe, fens, avec leur lite
à elt écrit le nom de celui qui oitre les pré. ,
”
,
Cénimoxrrs
DES CHinois,
En quoi con-
filtent les pré-
fens qui fe
font aux King-
chays,
Formalités
pour l'acccp-
tation des
préivns,
Autres for
malités,
Manidre d'é.
crire des Let:
tres,
CÉRÉMONIES
DES CHINOIS.
Manière de
les plier & d'y
mettre l’a-
dretle,
Deux fortes
de fetiins,
Saile & tables,
6 VOYAGES DANS L'EMPIRE
ployer du papier blanc, plié & replié dix ou douze fois comme un écran;
mais il doit etre orné de petites bandes de panier rouge. Vous commencez
à écrire fur le fecond pli & vous mettez votre nom au bas de la page. Le
ftvle coute beaucoup, parce qu'il doit etre différent de celui de la converfa-
tion. Il doit étre proportionné auiti à la perfonne & au caractère. Plus la
Lettre eft courte, plus elle eft refpeétueufe. On doit obferver une certaine
diftance entre les lignes. Les titres varient fuivant le rang & la qualité. Le
fccau, lorfqu'on en met, eft pofé dans deux endroits; au-deflus du nom de
la perfonne qui écrit, & au-deflus du premisr mot de la Lettre: mais on fe
contente ordinairement de le mettre dans un petit fac de papier qui l'enve-
lope. Si l'écrivain cit en deuil, il met au-deflüs de fon propre nom une
petite bande de papier bleu. La Lettre fe met dans un fac, au milieu du-
quel on applique une tranche de papier rouge, de la longueur de la Lettre &
large de deux pouces, fur laquelle on écrit Nui han, c'elt-a-dire, la Lettre ef
dedans. Enfuite on met le paquet dans un fecond fac de papier pius épais,
avec une bande de papier rouge, qui porte le nom & la qualité de la perfon-
ne à qui l'on écrit. La Province, la Ville & Ile lieu de fa demeure fe met-
tent au revers, en plus petits caraètéres. Les ouvertures, au haut & au
fommet de cette feconde bande, font cachetées proprement, & le fceau
imprimé fur les deux bouts, avec ces mots: Au fong, qui fignifient , garde
é feel. On écrit aufli entre les deux fccaux la date de la Lettre; c'eft-à-
dire, l’année & le jour. Lorfque les Mandarins envoyent à la Cour des dé-
pèches qui demandent une diligence extraordinaire, ils attachent une plume
au paquet. Ce figne oblige les Couriers de marcher nuit & jour fans s'ar-
réter.
$. III.
létes 3 Amufemens des Chinois.
IL ny a point d'occafñon où la politeffe Chinoife ne foit fatiguante &
ennuyeufe pour les Européens , elle l'eft particulitrement dans les fetes,
parce que tout s'y pañle en complimens & en cérémonies. On dittingue à la
Chine deux fortes de feftins; l'un ordinaire, qui confifte dans un fervice de
douze ou quinze plats; l'autre, plus folemnel, où l'on fert vingt-quatre plats
fur chaque table, avec beaucoup de formalités. Pour obferver ponctuelle
ment le cérémonial, on envoie trois T\e-tfes, ou trois billets à ceux qu'on
veut inviter. La premicre invitation fe fait un jour ou deux avant la fete;
la fcconde, le matin du jour meme, pour faire fouvenir les convives de leur
engagement & les prier de n'y pas manquer; la troifiéème, lorfque tout étant
prépare, le maitre de la maïfon veut faire connoitre, par un troifième bil-
lt, l'impatience qu'il a de les voir.
La Salle du feitin elt ordinairement parée de pots de fléurs, de peintures,
de porcelaines & d'autres ornemens. Elle contient autant de tables qu'il ya
de perfonnes invitces, à moins que la multitude des convives n'oblige de les
placer deux à deux ; mais il eft rare de voir trois perfonnes à la même table.
Ces tables font rangées fur une meme ligne, de chaque côté de la falle, &
les convives places vis a-vis l’un de l'autre. Ils font aflis dans des fauteuils à
: bras
bras.
comm
le ver
fouvei
en pr
touch.
me ic:
1:60:
il com
vin da
placée
cline *
X sai
taile d
mag,
il fait
fur la
inclina
de lui
fer auf
maitre
tes, d
petits
place f
ment :
fon pr
à Dr
vive in
d'acce
à tous
barras
TE
cinq €
toute
fois la
bles, |
& cou
Ils pre
quant
au pri
vitacic
ficme.
Enfin
vre,
7 (a
d'hotel
NE
un écran;
commencez
| page. Le
la converfa-
re. Plus la
ne certaine
qualité. Le
du nom de
mais on fe
qui l'enve-
re nom une
1 milieu du-
la Lettre &
la Lettre ejè
plus épais ,
de la perfon-
euré fe met-
y haut & au
& le fecau
ifient , garde
re 3 C'eft-à-
Cour des dé-
t une plume
ur fans s'ar-
fatiguante &
ans les fetes,
hitingue à la
n fervice de
t-quatre plats
ponctuelle-
h Ceux qu'on
vant la fete;
vives de leur
le tout étant
troificme bil-
e peintures,
les qu'il ya
oblige de les
méme table.
c la falle, &
es fauteuils 4
bras
D E LA
pras. Le devant de chaque table ef
COLIN, Liv. Cap: Ib 17
Etendu d'une ctofe de fs Ê a l'aiguille,
comme un devant d'Autcl; & quoiouciles foient fans napes & fans frvi
le vernis leur donne un grand air de proorerc.
fouvent couvertes de grands
i 2ETCS,
Les deux extrémités font
mets tout dépecis & rangés
en pyramide, avec dis Ieurs Xe gros citrons 41 fommet. ;
touche ï mais à Ces pyramides.
| ivre NNTOUE Irals
me ic; hgures de fucre en Italie.
plats, chrrg2s de
Mais on ne
Eiles ne fervent que pour l'ornement, com-
Lorseue le maitre de la maifon introduit fes convives dans c
il commence par les faluer Fun apres l'autre,
etre fall,
E nfüite, fe faifi apporter du
in dans une tafle d'argent, ou de ee celaine, ou de quelque bois précie: ik,
ph icce fur une petite LouCOUpe l'argent, 11 11 prend des deux mains, il s'in-
cline vers.fes AIMER il tourne é vifage vers la grande cour de la maifon
& s'avance au haut de la falle, La, Icvant les yeux au Cicl, & foutenant la
tale dans fes mains, il répand le vin à terre, pour reconnoitre, par cet hoin-
mage, quil ne poflide rien dont il n'ait obligation à la faveur célefte, Alors
il fait remplir de vin une grande Coupe d'argent ou de porc ceküne, qu'il places
fur Ja table à laquelle il doit etre añis; mais ce n'eft qu ape ès avoir fait uns
inclination au principal convive , qui répond à cette civilité en s'efforçant
de lui épargner une partie de la peine par l'empreffement qu'il a de faire ver-
fer auf du vin dans une coupe, comme s il vouloit la porter fur la table du
maire, qui cit toujours la plus baffle, Le maitre l'arrete par d'autres civili-
tes, dont l'ufige prefcrit les termes. Auïli-tôc le Maitre-d'hotel apporte deux
petits batons d’ yvoire, nommés OQuay-tfes, pour fervir de fourchettes, & les
place fur la table devant le faut un, dans une pofition parallele. Ordinaure-
ment meme ils s'y trouvent déja tout places. Enfin, le maitre (4) conduit
fon es convive à fon fauteuil, qui it couvert d'une riche étofe de foie
à Mrs. 1 lui fait une nouvelle révérence & l'invite à s'aflcoir. Mais le con-
vive ny confent qu'après quantité de complimens, en voulant fe défendre
d'accepter une place fi honorable. Le maitre veut faire la méme politefle
à tous les autres. Ils ne permettent point abfolument qu’il fe donne tant d'em-
barras.
Tec eft le prélude. ‘Tout le monde fe place à table. A linftant quatre où
cinq Comédiens, richement vêtus, entrent dans la falle, & faluent enfemble
toute l'affembiéce par de profondes inclinations, qui vont jufqu'à toucher quatre
fois la terre du front, Cette cérémonie fe fait au milieu des deux rangées de ta-
bles , le vifage tourné vers une autre table fort longue, qui eftau fond de la falle,
& couverte “de flambeaux & de caffolettes. Enfuite les Comédiens fe ièvent.
Ils préfentent un grand Livre, qui contient en lettres d'or les noms de cin-
quante ou foixante Comédies qu'ils fçavent par cœur, pour en laifler le choix
au princip: 1 convive. Il refufe de choifir , X les renvoye, avec un figne d'in-
vitation, au Convive fuivant, qui refufe auf & les envoyc de meme au troi-
fième. ls pi W'COUrCNt ainfi toutes les tables, où ils effuvent le méme refus.
Enfin, retournant à la premiere avec leur Livre, le principal convive l'ou-
vre, y Jette un moment les yeux & choilit la Pièce quil juge la plus agréa-
ble
ÿ7Ca) L'Original porte que c'eft le Maitre
d'hotel qui conduitle convive; mais il paroît
VIII. Part. C
être confondu mal-d-propos avec le Maitre de
la Mailon,
C£iuonrss
DES Ci: VV
C2 n
qui précédent
ic oi
Maniére de
s'atleoir,
à table,
Entrée des
Comcéuiens,
Formalités
pour le choix
d'une Comé-
die,
CÉRÉMONIES
DES CHinos.
Comment
l'on boit &
l'on mange.
Potages qui
fe fervent par
interinedes,
Difiance cn-
tre le diner &
le uciluit,
18 VOYAGES DANS L'EMPIRE
ble à l'affemblée. Les Comédiens en font voir le titre à tout le monde, &
chacun donne fon approbation par un figne de tête. S'il y a quelqu'objec-
tion à faire contre le choix, telle que féroit la reflemblance du nom de quel-
que convive avec celui d'un perfonnage de la Piéce, les Comédiens doivent le
faire remarquer à celui qui choïfit.
La Reprefentation commence par une fyÿmphonie d'Inftrumens de mufique,
qui font des baflins de cuivre ou de fer, dont le fon et rude & aigu; des
tambours de peau de bufle, des flutes, des fifres & des trompettes, qui ne
peuvent plaire qu'aux Chinois. Ces Comcdies de feftin s'éxécutent fans déco-
rations. On étend feulement un tapis fur le plancher; & pour couliffes, les
Comédiens font ufage de quelques chambres près du balcon, d'où ils entrent
pour jouer leur role, Les cours font ordinairement remplies d'un grnd nombre
de fpcetateurs ,que les domettiques y reçoivent. Les femmes qui veulent affifter
au Spectacle, font placées hors de la falle, vis-à-vis les Comédiens. Ell:s voient
& entendent tout ce qui fe palle, au travers d'une jaloafie { faite de Bambous
ON commence toûjours la fete par un verre de vin pur. Le Maitre-d'hôtel
prononce à haute voix, le genou à terre, Tling lau va men kyu poy; c'eft-à-di-
re, fous êtes invités, Mefjieurs, à prendre la coupe. Alors chacun prend fa taff
des deux mains, l'éleve d'abord jufqu'à Ja tête, la rabaiffe au-deffous de la
table, la porte à fa bouche & boit lentement à trois ou quatre reprifes. Le
maître prefle tout le monde de boire à fon éxemple, & 1l tourne enfuite la
taffe, pour faire voir qu'elle eft vuide. Cette cérémonie recommence deux ou
trois fois. ‘l'andis qu'on eft à boire, on fert au milieu de chaque table un plat
de porcclaine, rempli de quelque ragoût, qui ne demande pas de couteaux.
Le Maïrre-d'hôtel invite à manger. Chacun fe fert adroitement avec fes deux
petits batons. Lorfqu'on a ceffe de manger d'un plat, les domefliques en ap-
portent un autre, @ continuent de préfenter du vin, tandis que le Maïitre-
d'hôtel excite tout le monde à manger & à boire, Vingt ou vingt-quatre plats
fe fuccudent ainfi fur chaque table, avec les mimes cérémonies. On ef cbli-
gé de boire auñi fouvent; mais on a là Hberte de ne pas boire beaucoup, &
les tafl:s d'ailleurs font fort pstites. On ne leve point les plats à mcfure
qu'on a Ccffé den manger. Ils demeurent tous fur la cable jufqu'a la fin du
repas.
De fix en fix plats, ou de huit en huit, on fert des potages (h)
(er a 9
ou gras, accompagnés d'une forte de petits pains ou de pités, qu'on y tr 1m
pe avec les batons d'yvoire. Jufqu'alors on n'a mangé que de la chair. Mais
on commence en meme-tems à fervir le thé, qui @ft une liqueur des plus
communes & qui fe prend chaude, comme les Chinois boivent au leur vin;
car ils ne boivent jamais rien de froid. Ils ont fans cecile, autour d'eux, des
domeftiques prêts à verfer du vin chaud dans leur coupe & à retirer celui qui
s'eft réfroidi. Dans l'ordre des fervices, on obferve de placer le dernier plat
fur la table au moment que la Comédie finit. Enfüaite on préfente du 2, du
vin & du ché; aprés quoi les convives fe fevent & vont Fire leur compliment
au maitre, qui les conduit au jardin où dans quelju'autre faille, pour y con-
verfer un peu jufqu'au fruit. . |
DaANs
(2) Angl, On rt du bouil'on, R, d, E,
D:
mefli
de au
& de
tures
qui f
qui V
de fo
lence
dans
pren
O:
plus 4
agrea
gdeire
entrelacés & de fils de foïe à rezeau,] fans qu'on puifle les voir elles-m:imes. |
gg ue |
grand
conv
Va
fes d
larg
pour
vant
fans
(c).
qu'ut
dina
la nt
mon
cha
quef
chac
mer
L
rope
autr
la €
toit
mél
Co)
I
qui
niq
monde, &
iclqu'objec-
pm de quel-
s doivent le
le mufique,
aigu; des
cs, qui nc
fans déco-
uliffes, les
ils entrent
and nombre
lent atlifter
£ll:s voient
Ies-miines.
itre-d'hôtel
, c'eft-à-di-
end fa tafle
ous de la
prifes. Le
cenfuite Ja
Ice deux ou
ile un plat
: COUtCAUX.
ec fs deux
jues en ap-
le Maïître-
quatre plats
aucoup, &
s à mefurc
a Ja fin du
), maigres
on y trem-
hair. Mais
ir des plus
ñ leur vin;
d'eux, des
r celui qui
lernier plat
du riz, du
ompliment
Our y CON-
DANs
le Bambous
DE LA CITINE, Liv. IL Crar. il , 19
Dans l'intervalle, on fait diner les Comédiens. D'un autre côté, les do-
mefliques font employés à divers oflices, tels que de préfenter de l'eau chau-
de aux convives pour fe laver les mains & le vifage, de nétoyer les tables
& de préparer le deflért. Il confifle en vingt ou vingt-quatre plats, de conf.
tures, de fruits, de gelées, de jambons, de canards falés & fchés au Sulcil,
qui font un manger délicicux, & de petites friandifes compolces de chofes
qui viennent de la Mer. Lorfque tout cit difpofé, un domeitique s'approche
de fon maître & vient l'avertir, un genou en terre. Ce meflige impofe fi.
lence à toute l’aflemblée. Le maiuwe fe lève, invite fes convives à retourner
dans la falle du feftin, où f'on s'attroupe d’abord vers le fond; & chacun re-
prend enfuite fa place, après quelques cérémonies.
ON apporte alors de plus grandes tafles, & chacun et preflé de boire à
plus grands coups. La Comedie recommence ; ou, pour fe réjour plus
agréablement, on redemande la lifte des Pidces, & chacun choiïtit celle qu'il
mdefire. [11 s'en repréfente de fort agréables. ] Pendant ce fervice, [de meme
gé que pendant le premier ,} les bords de chaque table font couverts de cin
grands plats, qui ne paroïflent que pour l'ornement, & les domeftiques des
convives paffent dans une chambre voiline pour y dîner fans ccrémonie.
Au commencement du deffert chaque convive fe fait apporter, par un de
fes domeftiques, plufieurs petits facs de papier rouge, qui contiennent de
l'argent pour le Cuifinier, pour le Maitre-d'hôtel, pour les Comédiens &
pour tous les domeftiques qui ont fervi à table. On donne plus où moins, füi-
vant la qualité du maitre. Mais l'ufage eft de ne rien donner lorfque la fete eft
fans Comédie. Chaque domeltique porte ce préfent au maïtre de la maifon
(c), qui confent à le recevoir après quelques diflicultés, & fait figne à quel-
qu'un de fes gens de le prendre pour faire la diftribution. Ces fétes durent or-
dinairement quatre ou cinq heures. Elles commencent toûjours à l'entrée de
la nuit, & ne finiffent qu'a minuit. Les convives fe féparent avec les crré-
monies qui font en ufage dans les vifites. Leurs gens portent devant leur
chaife de grandes lanternes de papier huilé, où la qualité du maitre, & quel-
quefois fon nom, eft écrit en gros caraëtéres. Le matin du jour fuivant.,
chacun envoie fon Te-r/e, ou fon billet, au maître de Ja fete, pour I re-
mercier de fes politefles (4).
LE Père Bouvet, Milionaire Jéfuite, étant envoyé par l'Empereur en Eu-
rope, fut honoré d'une de ces fêtes à Canton, avec le Tors-luu-ya & deux
autres Milionaires, par le T/ong-tu de la Province (e), qui emprunta pour
la cérémonie le Palais du Tfyang-kyung, parce que fa ré"<kncec ordinaire é-
toit à Chau-king-fu. Quoique les formalités de ce feftin fuffint à peu prés les
mêmes que celles qu'on a décrites, il fut accompagné de quelques autres cir-
conilances, qui méritent une defcription particuliere.
Le lieu de la fête étoiç un vaite édifice, au fond de deux grandes cours
quarrées, compolé de trois grandes falles l'une derrière l'autre, qui comnu-
niquoient par de longues & larges galeries, avec des cours de chaque ge
a
(c\ Suivant le Pere Bouvet, on place ces Ce) Le fin donné aux AmbaMideurs ITol-
préfens fur une ble, qui eft ordinairement landois par le V'iceroi de Canton, n'ett point
au bas de la faile, atez crconfiancié dans eur Kelation, Fuyez
d) Du Hulde, ui jup, pas, 298, ci-de{jus,
/
*
C2
2
CÉRÉMONIES
pes Cuinois,
Deffert Chi-
nois.
Préfent des
convives aux
domeitiques,
e Xd
Tems XX «ile
! LS
rée de ces iC-
tous
Fettin donné
au Pere Bou:
vet,
CÉRÉMONIES
pes CHiNois.
Officiers in-
vités,
Réception
des convives.
Manière
Tartare &
Chinoile de
prendre le
th
Lit
1
Ordre des
tn! |
D'vifio ê
Ja IEtC.
Cérémonies
de celle du
fuir,
55 VOYAGES DANS LEMPIRE
La falle du milieu, qui étoit celle du feftin & la plus grande des trois, pa-
rut remarquable aux Midionaires par fa longueur & par l'épaifleur fingulière
de fes piliers, de fes folives & de tous fes ouvrages de menuiferie.
ous les Officiers de la Province ctoient invités à cette fete. On y voyoit
d'abord le Viccroi, le Thang-kyung, les deux Tuctongs K le Ten-yeun (F); en-
fuite les principaux Mandarins des Douanss , qui etant renouvellés tous les
ans portent le titre de Aing-chays où d'Envoyés de la Cour; enfin, le Pu-
chins-tfe où le ‘Fréforier gencral, le Ngan-cha-tJe & le Tan, qui, quoiqu'Of-
ficiers Géncraux & d'une grande confidération, étoient adis neanmoins fur u-
ne autre ligne que les autres, parce qu'ils font d'un rang inférieur, Leursfiè-
ges étoient un peu plus en arricse, & la meme diftinction fut obfcrvee pen-
dant le repas.
Les convives, à leur arrivée, furent reçus dans la premiére falle. Le
Tfong-tu alla au-devant des principaux jufqu'a l'efcalier. Ceux qui étoient arri-
vés les premiers s'avancerent au de quelques pas pour les recevoir. ‘Fous
faluèrent en particulier le maitre de la fete, & l’aflemblée en général, fuivant
l'uface commun des Chinois & des T'artares. Il fe fit un grand nombre de révé-
rences , avec une politeffe qui parut furprenante à l'Auteur. Après cette céré-
monie, chacun prit fa place, dans des fauteuils rangés fur deux lignes,
l'une vis-à-vis de l'autre, pour attendre le refte des convives. Dans l'interval-
le, on fervie du thé à la Fartare & à la Chinoife; c'eft-a-dire que, fuivant
la première de ces deux méthodes, on prend la tafle de la main droite, &
qu'on faluce le Chef de l'affemblée avant que de boire & après qu'on a bû.
Pour le thé Chinois, l'ufage cit de prendre la taffe des deux mains, & de la
baiffer jufqu'a terre en faifant une profonde révérence. Enfuite on avalle la
liqueur à plufieurs traits, en tenant la tafie de Ja main gauche. :
LorsQuE tous les convives furent raflerablés , on paf de la pre-
miére falle dans 11 feconde , qui ctoic cle du feftin. Il fe fit à cette oc-
cafion quantité de nouvelles révérences, fuivant le cérémonial Chinois. Le
Tfong-tu & les Mandarins à fon Cxemple, firent l'honneur au King-
chay (g) de linviter à prendre placs aux premicres tables. Enfuite le Tfong-
tu s'avança pour placer la coupe de vin & les batons d'yvoire fur chaque ta-
ble, en commençant par celle de Bouvet.
s'affit à la place qui lui etoit dti
Le
Aprés cette cérémonie, chacun
ace, Ces tables, au nombre de féize ou
dix-huit, étoient quarrées & revetues d'un beau vernis, placées fur deux
lignes qui faifoient face l'une à l'autre, mais difpofécs de manicre que celles
des perfonnes diftinguées étoient un peu plus avancées. Elles étoient toutes
revétues, fur le devant, d'une piéce de fatin violet, avec une broderie d'or
qui repréfentoit des dragons à quatre Les fauteuils, dont le dos &
les bras formoient un demi-cerele, etoicnt placés obliquement & couverts
dc la même étofe.
La fète étant divifée en deux parties, celle du matin fe fit avec peu de
cérémonies. Mais celle du foir fut accompagnée de toutes les formalités Chi-
noifes. Lorfque les convives fe préfentèrent pour la fecorde fete, ils trouvè.
rent toutes les tables doubles; c'eft-à-dire, que devant c'que table on en a-
voit placé une autre, couverte d’un fervice de parade, qui confiftoit en feize
gris.
2 |
5
pyranides
(jh paroit, par la Gmifcation du mot, (z) C'etidire, le Pérc Bouvet & fus Coru-
que c'étoit le Suriitendaut du fe, P'snons
pyrami
mide a
ture K(
gértables,
ques ,
e bunal.
. chacun!
phiole
inftrum
pour ci
gurss pl
un jm
tres CO
d'herbe
voyoit
 U
ta au P
& don
ment €
la com!
vec tal
que fer
tres &
un Eui
pêcher
Cu
de, ot
l'autre
vitoier
loient
yo tfine
ayant
tchao-k
nie fe
appor
Aufi-
menc<
sfes s |
les m
font €
LE
lies a
lon C
ge ncm
TCS, |
+
trois, pa-
fingulière :
n y voyoit
0 (F); on-
s tous les
n, le Pu-
quoiqu'Of-
oins fur u-
Leurs fiè.
<rvce pen-
falle, Le
oicnt arri-
nr. ‘Tous
fuivant
re de révé-
cette céré-
IX lignes,
l'interval-
ce, fuivant
droite, &
l'on à bi.
, de la
avalle la
le la pre-
CCtte oc-
inois. Le
au King-
le Tfong-
haque ta-
L chacun
> fUize ou
fur deux
que celles
ent toutes
de rie d' or
le dos &
Couverts
c peu de
htés Chi-
£ trouvé.
on en 2-
t en feize
yraniides
& fus Co:u-
|
ture & de fleurs. Mais auii-tot queles ç
LA CHINE, Lrv. I. Crar. Il.
pyramides de différentes Viandes, de fruits & d'autres alimens. Chaqne pyra-
mide avoit un pied & demi de hauteur, & toutes fortes d'ornemens de pein-
‘onvives furent a “is, on le ‘VA LOUtCs Ces
D E
21
pémtables, dont les fervices furent dittribués [à la fin du repas] à leurs domeiti-
ques, ou piûtot à leurs porteurs de chaife & aux Officiers fübalternes du ‘Fri
bunal. Les tables qui devoient fervir aux convives «avoient fur le divant
chacune leur gu° nn fur lequel croit une BÈUE cafolette de cuivre, une
Mphiole d'eau de fenter r, avec un tube d'agathe, [quai contenoit les peuits
inftrumens dont on fe fervoit, | pour meutre l'encens dans li cufloleirs &
pour en remucr la cendre. Sur les deux coins de la tab ne voyoit deux pee
gites planches vernies, que les Chinois nomment Lu i,| oi
ayant vuidé Cen jee fa coupe, ils
inc d'un cuté
un fmbleme, & de l'autre, quelques petites litees de ie. Les derx au-
tres coins étoient couverts de trois petites coupes d2 Porcelain:, remplies
d'herbes & de marinades pour aiguifer l'appétit. Entre cés counes, on en
voyoit une d'argent fur un pied.
Au commencement du feftin les Coméciens par dent & leur Chef préfen-
ta au Père Bouvet la lifte des Piéces. Ce Mifionaire s'excufr. d'en choitr une,
& donna pour raifon de fon refus, que la Comédie n'étoit point un amufe-
ment convenable à fa profeilion, Le Tjs-tu & les autres Mandarins eurent
la complaifance de fé contenter d'un Concert de mufique, qui fut éxécuté a-
vec tant de méthode, que les intermedes fervirent à régler le temis de cha-
que fervice. Pendant toute la fete, les mouvemens & les difcours des Mai-
tres & des domeftiques furent fi remplis d'affectation, qu'à 1 premiere vüc
un Européen auroit pris ec fpectacle pour une comédie & n'auroit pà s'em-
pêcher d'en rire.
Cuaque fervic: fut donc ouvert par nne piéce de mufique. Pour prelu-
de, on offroit à chaque convive deux petites coupes de vin, lune après
l'autre, chacune de une cuillerée, & deux Maîtres de ct Cm nie in-
vitoient, au nom du Tfong-tu, toute la compagnie à boire. Ils s agenouiT-
Joint au milieu de la falle, pour prononcer gravement a haute voix, T4 lao
vo tfing tfiou ; c'ett-à-dire, Aonfeignew vous invite à boire. Enfuice, chacun
s'écricrent une feconde fois: T/ng-
tchao-kan; ce qui fignific: Buves tout, jufques à la dernière go: ne. Cette cércmo-
nie fe répète, non- “eulement lorfqu® on boit, mais encore chaque fois qu'on
apporte fur la cable un nouveau verre (h), ou que les convives y touchent.
Auñli-tôt que les mets font fervis, les deux Maitres de céremonies recom-
mencent leurs génutiéxions, pour inviter tout Î: monde à ss ndre les Oray
tes , ou les bâtons, & 1 faire | l'effai de ce qu'on préfente. Le Lfong-tu ait
les m He intances. ne les convives témoignent qu'ils y confentent, &
font obligés de goûter de chaque plat.
LESs principaux mèts ee des ragoûts de viandes hachées, ou bouil-
lies avec diverfes fortes d'herbes ou de légumes, & fervies avec le bouil-
lon dans des plats de fort belle porcelaine. ‘ous les piats font de la
geméme forme & de la même grandeur, | & prefque aufli profonds que lar-
ges.] On en place vingt fur chaq que able, rangés quatre à quaire fur u-
. ne
e ) An
(ge
=, 2
#
CérimMonres
DES Cilixois,
Où retran-
la Coms.
di et nfaveur
des Mitlionai-
ICS,
0 ! . ?
Ordre des
furvices,
Invitation
à boire.
Qui tés
des mets &
des plats.
CÉRÉMONIFTS
pes CHINOIS.
Comment Île
ottin fe ter-
Urages des
Lartares,
Obferva-
tions fur les
viandes de Ja
Chine.
Chair de
porc tort efti-
mée à la Chi-
ne.
Nerfs de
ceris.
29 VOYAGES DANS L'EMPIRE
ne même ligne; de forte qu'à la fin du repas ils forment'un quarré afez ré-
gulier. Les valets qui les fervent vont les recevoir au bas de la falle, où d'au-
tres valcts, au meme nombre que les tables, les apportent l'un après l'autre
fur des planches vernies & les prelencent à genoux. Mais pour diitinguer les
fervices, de quatre en quatre plais, on fert une efpèce particulière de bouil-
lon, & des touries de-ditférentes compofitions. Le thé forme le dernier aéte
de la fete. Les convives s’épuifent enfuite en remercimens, auxquels fucci-
de un quart-d'heure de converfation, Enfin tout le monde fe retire. Les Tar-
tares, qui font ennemis de la contrainte, ont retranché une grande partie de
ces cérémonies; & quoique leurs viandes foient coupées fort menues, fans
dittinction de chair & de poiflon, elles font aflaifonnées avec tant d'art, que
les Européens mémes y prennent aflez de goût (5).
L'Aureur obferve que les ‘l'artares employent au-lieu de fourchettes les
nèmes bätons que les Chinois, mais que leurs tables font petites & balles com-
me celles du Japon, & qu'au-licu d'etre as fur des chaifes ils fe placent fur
des couttins & des tapis. Ils n'ont point d'ailleurs de ferviettes , ni de nap-
pes, ni d'autres uftenciles qui ayent de la reffémblance avec les notres (4).
Comme on n'a point affez expliqué la qualité de leurs viandes, il paroît nécef
faire de faire quelques remarques fur les alimens communs de la Chine.
Les potages font excellens. Ils font compofés de graifle de porc, qui eft
d'une bonté admirable à la Chine, ou de coulis de différentes efpèces de
viandes, telles que la chair de porc, de canards, de poules &c. Leurs hachis
font cuits dans ces divers jus. Chaque faifon de l'année leur fournit différen-
tes fortes d'herbes & de légumes qui ne font pas connues en Europe. De la
femence de ces herbes ils tirent une huile, dont ils font beaucoup d'ufage dans
leurs fauces. Les Cuifinicrs François, remarque l'Auteur, qui ont porté le
rafñnement fi loin fur cout ce qui regarde le palus, feroient furpris de fe voir
furpaffes par les Chinois dans l'Art des potages, avec moins de peine & beau-
coup moins de frais. Ils auroient peine à fe perfuader qu'avec les feules fé-
ves du Pays, particulièrement celles de la Province de Chan-tong, & avec de
la farine de riz &K de bled, on compofe à la Chine quantité de plats, qui ne
fe refflemblent ni au goût nià lavüe. Cette varieté vient de celle des épices
& des herbes fortes.
Les Chinois préfèrent la chair de porc à celle des autres animaux. C'eft
comme le fondement de tous leurs féftins. ‘Tout le monde nourrit des porcs
& les engraifle. L'ufage eft d'en manger toute l'année. Ils font infiniment
de meilleur goût que ceux de l'Europe. & l’on auroit peine à trouver quelque
chofe de plus délicat qu'un jambon de la Chine. La chair des vicilles jumens
(1) y eft auffi fort eltimée. Mais les plus délicieux de tous les mets Chinois
& ls plus recherchés dans les grandes fetes, font les nerfs de cerfs (m &
les nids d'oifcaux. On fait fccher les nerfs de cerfs au Soleil d'Eté, pour les
conferver roulés dans le poivre & la mufcade. La préparation, pour les fer-
vir, eft de les faire tremper dans de l'eau de riz, de les cuire dans un coulis
de chevreau & de les ailifonner avec des épices. Les
fin NT n PE fall - Fa Nu / x , a
AC Chine du Pere du Halde, pige 350. nm) Les Anclois les appellent Sears pigel
CC It nantes. SI ï KR
2 Nue v , ca : { DAS à : ) d ONTCWI Jury [a dans
Navarctte, Vol. [, paz. 13. d'autres licux, où ils portent le nom de Juice
(1) Aagl. des Jumens fauvages. KR, d, I!
LE
Fa-va
rondel
Mer,
bec. (
lier et
ployet
chant
tot qu
preflé
les coi
Melé
LE
tout f:
convi
laille ,
autres
dans ic
les Ch
miner
meme
forte ,
mufan
qu'on
les bo
foucts
leurs b
Qu
nérale
me de
pour «
piens
Cieux.
mince
taintcs
gumcs
fonc }
'elt
N:
a met
: farine
le u! OT
5° ]
ré afez ré-
le, où d'au-
près l'autre
itingucr les
re de bouil-
dernier acte
quels fuccé-
e. Les Tar-
de partie de
enues, fans
td'art, que
rchettes les
baffes com-
° placent fur
ni de nap-
notres (4).
Jaroît nécef-
hine,
orc, qui eft
efpèces de
Leurs hachis
nit diffcren-
ope. De la
d'ufage dans
nt porte le
is de {e voir
ine & beau-
les foules fé-
, &avec de
lats, qui ne
le des épices
aux. C'eft
it des porcs
t infniment
ver quelque
Îles jumeng
cts Chinois,
rfs (m) &
té, pour les
pour les fer-
hs un coulis
LES
it Sans pisel
EE: |
EX dans
‘nom de lncù
bé Jai
: fariie ue
qu ont
DE LA CHINE, Lrv. IL Car. I, 2:
3
Les nids fe trouvent au on des Rochers, fur les Côtes du Tong-lins, de
Fa-va, de la Cochinchine &c. Les oifcaux qui les bitiffen: reffemblent à l'hi-
rondelle par le plumage. On fuppofe qu'ils y employent de peus poi ffons de
Mer, qu'ils attachent aux rochers avec un fuc vifqueux qui di‘hil: de leur
bec. On prétend avoir obfervé qu'ils prennent aufli de l'écume de Mer, pour
lier enfemble les parties de ces petits édifices, comme les hirondelles y em-
ployent de la boue. La matière en eft blanche dans fa fraicheur; mais en fc-
chant elle devient folide, tranfparente & tirant un peu fur L verd. Aufi-
vot que les petits ont quitté leurs nids, les FJabitans"des Cotcs font fort em-
preflés à s’en faifir. Ils en chargent des Barques enticres. On ne peut mieux
les comparer, pour la forme & la grandeur, qu'à l'écorce d’un citron confit.
Melé avec d'autres mêts (»), il leur donne un excellent goût.
Les Pattes d'ours & les pieds de divers autres animaux, qu'on apporte
cout fales de Siam, de Camboya & de Tartarie, font des délicateflès qui ne
conviennent qu'aux tables des Seigneurs. On y fort audi toutes fortes de vo-
laille, de liévres, de lapins, & Les efpéces de gibier qui fe trouvent dans les
autres Pays. Quoi que toutes ces provifions foient g neralement moins chères
dans ics grandes Villes de la Chine que dans les plus fertiles contrces de l'Europe,
les Chinois ne luflent pas d'aimer la chair de chien & de cheval, fans éxa-
miner fi ces animaux font morts de vicillffe où de maladie. Ils ne font pas
méme difhculté de manger des chats, des rats & d’autres créatures de cette
forte, qui fe vendent publiquement dans les ruis. C'eft un fps:tacle affez a-
mufant, de voir tous les chiens d'une Ville raflémbies par les cris de ceux
qu'on va tuer où par l'odeur de ceux qu'on a déja tués, fondre en corps fur
les bouchers, qui n'ofent marcher fans étre armés de longs batons ou de
foucts, pour fe defendre contre leurs attaques, & qui ferment foigneufement
leurs boucheries pour fe mettre (o) à couvert.
Quorque la Chine produife du bled dans toutes fes parties, on y vit gc-
néralement de riz, fur-tout dans les Provinces Meridionales. On en fait me-
me de petits pains, qui ne demandent pas plus de vingt-quatre minutes
pour cuire à la vapeur du pot (p}), & qui f: mangenc fort mous. Les ituro-
p:ens les font un peu griller au feu; ce qui les rérd plus légers & très-d. l-
où fait de froment une ptflerie fort
cieux. Dans la Province: de Chan te NE
mince, qui n'eit pas de mauvais goût, fur-tout lorfqu «lle €? mlée de cer-
taines herbes qui excitent lanpitit(g} Outre les : . les lé-
gumes & les racines, les Chinois en ont un grand nombre d'autres qui he
fonc pas connues en EÉ:rops, & qui l'emportent eue fur les notres.
C'eit la principale nourriture du Peuple av ee le riz (r).
NavarETTE obferve que les Chinois n'ont pas d'aliment plus commun ni
a meilleur marché qu'une pate de feves qu'is appoilent Teu feu. Ms tirent la
la feve, pour en faire de 5 ands gitcaux en form: de fromage,
cinq ou fix pouces d'éphifleur, | L& qui font blancs comme de la neï-
5 CUMmmMmunzes,
ge J On y trouve peu de goût ri on les mange cruds; mais cuits à l'eau
&
{n) Du Res ubi [up pay, 302. ins d'un ‘qu art d'heure. R. d. FE.
(ou) Chine au Pe ‘ Du FI . MAT, 914. 3) Chine du Père Du Halde pag, 323.
(2) 2 . Qui fe culieut au lraiinure, en ur) Ibid, 518
CéRiMONIes
DES CHINOIS,
Nid N] d' CG -
feaux, «ali.
ment fort dé
licat.
Pattes
d'ours.
Les Chinois
aiment k
chair de chien
& de chev al.
Riz & pain
de la Chine,
Pite de Teu-
feu, en gran-
de citime,
CÉu MoN!
LES CiHinois.
Autres
qucurs,
|
li-
r
04 V ŒX À GES DA N°:S , MPIRE
à préparés ave ruines herbe: "LC du n & d'autres mets, c'e:
fort bon aliment. : rits au beurre, 115 font excellens. les mange auf f
chés & fumés, avec de la grailfe de Carvis X cette méthode efl la meilleure.
I s'en fait une € nfommauon incroyable. Depuis l'Empereur & les Manda
rins jufq qu'au dernier Payfan, tout ke monde ef pationne pour le Jeu. fe 1 &
le trouve fi dulicat, qu'il ctt fouvent preferé aux poulets. La livre. qui «il
de plus de vingt onces, ne Coue e null: part à is d qn demifoi. On prétend
‘ment d'air
ee CCUX qui EN ufent ne reflentent aucune altération du change
me « care plus commun pour ks
& de climats & cutte raifon en rend l'ufi
Voyageurs (5).
QUOIQUE le thé foit la liqueur ordinair e de la Chine, on v boit au u-
ne forte de vin, comp: fé de riz, mais d'une ue. différente de celui qui
fe mar: 2 Il y a diverfes m: mieres de le préparer. L'Auteur en rapporte u-
ne, On fait tremper le riz dans l'eau pendant vingt ou trente jours, avec
d'autres ingrédiens. Enfuite, le fafant bouillir jufqu'a difolution, on le voit
au i-cot fermenter & fe couvrir d'une légere écume, qui reflemble aflz à cel
le du vin nouveau. Sous cette écume elt le vin pur, qu'on tire
des vafleaux bien vernis De la lie on fait une eéfpice d'eau-de-vic,
qui cit quelquefois plus forte & plus inflammable que celle de l'Euro-
pe. il sen vend beauc coup au Peuple. Celle dont les Grands font ufage,
vient de certaines Vil les qui la ss Mes aucoup meilleure, On cftime pa articu-
lièrement celle de 'u-i-hyen & de han, qui doit fa bunté à la nature des
caux du Pays. Mais celle de Chau- rfi, dans la Province de Che-lyunr, eft
encore plus cflimée, parce ele cit beaucoup plus fane (+). |
ENTez; les liqueurs fortes, on parle d'une diftillation de chair de mouton,
dont l'Empereur Kang-hi buvoit quelquef
au clair dans
are mais qui neft gueres en ufage
que parn i les L'artares, parce que le goût n'en eft point agreable & qu elle
entoye bicn-tôt des vap-urs à la te te Les Chinois ont une autre cpèce
de vin extraordinaire, qui fe fait dans la rovince de Cher Je, & qui fe nom-
me Âao-vang-t/yveuz C'eft-à-dire, fin d'agneau. EMe eft tres-forte.& d'une o-
deur d£ fgreabic ; mais les ‘Tarcares la trouvent excellente, On n'en tranfpor-
te point dans les Pays étrangers (+).
Les |
°
,
i
Xclations des Ambaflades Hollandoifes nomment plufieurs autres for-
tes. de liqueurs, telies que le Sun-fu, qui et une difbllacion de lait, & Le
bouillon de féves, [ qui femble étre la liqueur que Nieuhof appelle The are
tar. ] Cunningham, dans fa Relation de l'Ifle de Cheu-chan (x), prétend que
ce bouillon de féves n'eft qu'une émulfion, compofee d'eau chaude & de
fcfame ou de bled de ‘Turc de Les ‘l artares mangent, dans leurs fetes, de la
su de Chameau & de Poulain, qu'ils rc, gardent comme des mets fort dé-
iCats,
SN YAira gs ni SR f
(s } > varettc , pa 7, 240, \v)} du Hal le , bi Jup.
Ce yez ci-dcffus ( i-deflus l'articl
) Voyez ci-deflus, (x) Voyez ci-dellus l'article de cette Ifle.
{. IV.
L.
marie
nc lai
n'aur
frères
la fan
honn
confu
femm
avec
une €
tres
tun2.
C
Gran
nent
Chin
mand
fom
Chin
cette
pour
Li
té,
femn
font
enfai
grées
vert
C
qu'a!
obte
les f
fon
d'ad
me
fecc
Fnac
nue
(
d'u
de
te sf
Lu, Cu
ge auf: f
HO InCilicure.
IR S \'urd |
Tr feu, LX
vre, qui cl
On prétend
ement d'air
in pour ks
boit au u-
le celui qui
rapporte u-
Jours, avec
on Île voit
:afluz à cel.
u clair dans
au de-vic,
de l'Euro.
ont ufage,
me particu-
unature des
e-kyung, eft
de mouton,
es en ufage
e & qu elle
utre cipèce
qui fe nom.
& d'une o-
n tranfpor-
autres for-
lait, & le
: Thé ‘Far.
rctend que
aude & de
etes, de Ja
ets fort dé-
de cette Ile,
{. IV.
DE LA CIIINE, Liv. IL Cuar. H :
$ I V.
Mariages des Chinois.
I ES Chinois ne connoiffent point d'obligation plus importante que celle
; du mariage. Un père voit fon honneur expofé à quelque tache, s'il ne
marie point tous fes enfans. Un fils manque au premier de fes devoirs, s'il
nc laifle pas de poitérité pour la propagation de fa famille. Quand un fils aïiné
P Eu
n'auroit rien hérite de fon père, il n'en feroit pas moins oblig: d'élever fes
frères & de les marier. 11 doit leur tenir lieu du père qu'ils ont perdu, & fi
la famille venoit à s'éteindre par leur faute, leurs ancetres feroisnt privés des
honneurs qu'ils ont à prétendre de leurs defcendans. Sur ce principe, on ne
confulte jamais l'inclination d:s enfans pour leur mariage. Le choix de leur
femme appartient au père, ou au plus proche parent, qui fait les conditions
avec le pére ou les parens de la fille. Ces conditions fe reduifent à leur payer
une certaine fomme, qui doit étre employée à l'achat des habits & des au-
tres ornemens de la jeune Marice; car les filles Chinoifes n'ont pas de for-
tun:.
CET ufage eft commun entre les perfonnes de baffle condition. Mais les
Grands, les Mandarins, les Lettrés & géncralemerit tous les Riches, don-
nent plus pour le mariage d'une fille, qu'ils ne reçoivent de fon mari. Un
Chinois fans fortune s'adreile fouvent aux Tlôpitaux des Orphclins, & de-
mande une fille dont il puifle faire la femme de fon fils. Il épargne ainfi la
fomme qu'il feroit obligé de donner pour s'en procurer une autre. Les filles
Chinoifes font élevés dans le plus profond refpect pour leurs belles-mères; &
cette raifon porte à croire qu'elles ne doivent pas être moins refpeétucufes
pour leurs maris.
LEs Chinois fouhaitent avec tant de pañlion de ne pas mourir fans poftéri-
té, que fi la Nature ne leur accorde point d'enfans, ils feignent que leur
femme eft grofle, & vont demander fecrétement à l'Hôpital un enfant qu'ils
font pafler pour leur fils. Ce petit Etranger entre dans tous les droits des
enfans légitimes, fait fes études fous le nom qu'il a reçu, & parvient gux de-
grés de Bachelier & de Docteur, privilége refufé aux enfans qui font pris ou-
vertement à l'Hôpital.
Ceux qui n'ont pas d’héritier mäle adoptent un fils de leur frère, ou quel-
qu'autre parent; quelquefois même un Etranger, & donnent de l'argent pour
obtenir cette faveur d'une autre famille. L'enfant adoptif et revêtu de tous
les priviléges d’un fils légitime, prend le nom de celui qui l'adopte & devient
fon hcritier. S'il naît dans la fuite un autre fils dans la meme famille, l'enfant
d'adopuon ne laiffe pas d'entrer en partage de la fucceflion. C’eft dans la mê-
me vüe qu'il eft permis aux Chinois de prendre des concubines, ou piücôt de
fecondes femmes, qui tiennent rang 2près l’époufe légitime. Cependant la Loi
KFn'accorde cette liberté [ au Peuple | que lorfque la première femme eft parve-
nue a l'age de quarante ans fans aucune marque de fécondité.
Comme les femmes ne paroiffent jamais à la vûe des hommes, le mariage
d’une file ne fe conclut que par le crédit de fes parens, ou par le miniftere
de quelques vieilles femmes qui en font leur profcilion, Les familles engagent
VIII. Part. D ces
Cérémonres
EL Mauraces
DES Cuinois,
Pal 2n ‘es
Chinois pour
laidlér des en
fans.
À qui le
choix des
fcinmes ape
puticnt,
Artifice
pour lailter
des enfans,
Adoption
Chinoile.
Concubi-
nes, ou fe-
condes fem:
ICS,
Négocil-
tions, pour
Les mariages,
CÉRÉMONTES
LT MARIAGES
pes CHINOIS.
Maniere
ut on livre
unes inime à
celui qui l'é-
poufe
}
Un marire-
fufe quelque-
fois de recc-
voir fa fem-
me,
Secondes
femimes, ou
Concubines.
Droits fin-
suliers de la
premiere,
20 VOYAGES DANS L'EMPIRE
ces vicilles Négociatrices à faire un rapport avantageux de la beauté, de l'ef.
prit & des talens de leurs filles. Mais on fait peu de fonds fur leur témoigna.
ge; & lorfqu'elles en impofent avec trop peu de retenue, elles font punies fé.
vérement, Les articles ctant réglés, le contrat figne & les fommes payées fi-
dellement, on ne penfe plus qu'aux préparatifs de la noce. Cependant il s'y
méle d'autres cérémonies. La première con'iite à faire demander, de part &
d'autre, les noms des deux Parties. Elle eft fuivie de prefens entre les deux
familles. Plufieurs confultent les jours fortunés pour le mariage, qui font mar-
ques dans le Calendrier, & cet office appartient proprement aux parens de la
fille. Elle reçoit elle-meme des colliers, des bagues, des boucles d'orcilles &
d'autres joyaux de cette nature. Ces détails font abandonnées : des médiateurs,
& fe font par Lettres, qui s'écrivent des deux cotes. Mais on ne parle ici que
du vulgaire, car les mariages des perfonnes de qualite fe ménagent avec plus
de magnificence & de nobleffe.
LE jour marqué pour la nôce, la jeune fille fe met dans une chaife pom-
peufement ornee, & füivie de ceux qui portent fa dot. C'eit ordinairement
[ parmi le menu peuple, j une certaine quantité de meubles que fon pére lui
donne, avec fes habits nuptiaux, qui font renfermes dans des caiffes. Un
cortége d'hommes , loues, l'accompagne le flambeau à la main, meme en
plein midi. Sa chaife eft précédee par des fifres, des hautbois, des tambours,
& fuivie de tous les parens & les amis de fa famille. Un domeltique de con-
fiance garde la clé de la chaife, & ne doit la remettre qu'au mari, qui attend
fon époufe à la porte de fa maifon. Auili-toc qu'elle cit arrivée, il reçoit la
clé du domeltique, & fe hatant d'ouvrir la chaife, 1! juge alors de fa bonne
ou de fa mauvaife fortune. Il arrive quelquefois qu'un mari, mécontent de
fon partage, referme immédiatement la chaife & renvoye la fille avec tout fon
cortége, aimant mieux perdre la fomme qu'il a donnée que de tenir fon mar-
ché. Mais on prend des précautions qui rendent ces accidens forc rares.
Lorfque la fille eft fortic de fa chaife. elle marche [à coté de ] fon mari juf-
u’à la falle d'affemblée, où elle commence par quatre révérences, qu'elle
adreffe au eu. Elle en adrefle quatre autres aux parens de fon mari; après
quoi elle eft remife entre les inains des femmes de la fete, avec lefquelles el-
le paffe le refte du jour en réjouiffances, tandis que le mari traite les hom-
mes dans un autre appartement.
Les fecondes femmes font reçües dans une maifon fans aucune formalité.
Tout ce que les maris ont à faire dans œtre occafion, eft de figner un Ecrit,
par lequel ils promettent aux parens, apres leur avoir payé la fomme dont on
eft convenu, d'en ufer bien avec leur fille. Ces fecondes { femmes } dépendent
abfolument de l'époufe légitime, & doivent la refpetter comme l'unique
maitreffe de la maifon. Les enfans qui naïflent d'elles appartiennent aui à la
première, qui porte feule le nom de mére. Ils ont droit à l'héritage; & fi
leur véricable mère vient à mourir , ils ne font point obligés à l'obfervation
du deuil ordinaire, qui cit de trois ans, ni à quitter leurs ctudes ou leurs em-
plois, comme l'ufage en fait une loi à la mort d'un pere ou de fon époufe lé-
gitime. Cependant peu d'enfans fe difpenfent de cette marque de tendrefle &
de refpeét pour leur propre mére.
[IL fe trouve des hommes, qui, pour obferver les devoirs d'un bon mari,
ne prennent point de concubines fans le confentement de leur femme, & co-
lorent
lorent
pour
pr
rendei
pren
Su hu
les on
les les
LE
tre de
feconc
enfan:
penda
fecon
roit Ct
trat,
veuva
mort.
comm
le lui
cent |
ve, €
les, S
nya
propr
tat d
de fe
d'hon
pA\ t
( h ) ’
re d'e
vend
trouv
les v
L:
mon!
à des
la LA
femr
CCCt
apré
le di
prer
{n
à la !
la
té , de l'ef
| témoigna-
t punics fé.
payvecs fi-
dant il s’y
de part &
re les deux
i font mar.
irens de Ja
l'orcilles &
iédiateurs,
arle ici que
tavec plus
haife pom-
nairement
on pére lui
iles. L in
meme en
tambours,
uc de con-
qui attend
il recoit la
: fa bonne
Content de
°C tout fon
r fon mar-
fort rares.
n mari juf-
s, qu'elle
arl; aprés
quelles el-
: les hom-
formalité.
un Écrit,
ie dont on
dépendent
: l'unique
aufli à la
ges & fi
fcrvation
leurs em-
poufe lé-
idreile &
on mari,
ce, & co-
lorent
DE LA CHINE, Liv. Il. Cnar. Il. 27
lorent mime Cette propofition du prétexte de lui donn:r plus de fimmc:;
pour la fervir, D'autres, ne prenant une féconde fcmme que dans la vic de
“procurer un héritier, la renvoyent au di-tot qu'il leur nait un fils, & lui
rendent la liberté de s'engager dans un autre mariage, Souvent meme ils
prennent le foin de lui procurer un mari. Les Vilks de Tang-cheu-fr & de
Su-cheu-fu, dans la Province de Kvang-nan, font fameufes par l'ufage qu'el-
les ont depuis long-tems de fournif un grand nombre de ces concubiues, El
les les achetent en différens licux & les font élever dans cette vüûe.
Les deux féxes ont la liberté de fe remarier apres la mort de l'un ou j'au-
tre des deux poux. Un homme peut mine époufer fa concubine; mais cvs
fecondes noces fe font avec peu de cérémonies. Les veuves, qui ont eu des
enfans , deviennent entiérement maitreiles d'elles-mêmes, fans aucune dé-
pendance de leurs parens; mais hors les cas d'une bienféance reconnue, un
fecond mariage leur fait peu d'honneur. Une femme de diftinction qui n'au-
roit été mariée que deux heures, où qui n'auroit pas été plus loin.que le con-
rat, ne s'en croiroit pas moins obligée de pañer le relte de fa vie dans le
veuvage, pour marquer le refpect qu'elle doit à la mémoire de fon mari
mort, ou à fon propre engagement. Il n'en eft pas de meme d'une veuve du
commun. Les parens de fon mari, pour retirer une partie de la fomme qu'el-
le lui a couté, peuvent la remarier fi elle n’a point d'enfant male, & la for-
cent fouvent de recevoir d'eux un fecond mari. Quelquefois le mari eit trou-
ve, & la fomme payée avant qu'elle en ait la moindre connoïffance. Les fil-
ls, s'il en refle à marier (a), fuivent la condition de leur mère. Enfin, il
n'y a aucune loi qui la mette à couvert de cette opprefion, à moins que fes
propres parens ne fe chargent de fon entretien, ou qu'elle ne fe trouve en c-
tat de rembourfer ceux de fon premicr mari, ou qu'elle ne prenne le parti
de fe jetter parmi les Bonxef]es ; condition fi méprifable , que c’eft fe perdre
d'honneur. Cette violence eit moins commune parmi les ‘l'artares.
Aussi-rûr que les veuves font vendues, on les tranfporte dans un Sec
(b), à la maifon de leur nouveau mari. L'empreffement qu'on a de fe defai-
re ‘d'elles eft fi vif, qu’il fait quelquefois violer la loi, qui ne permet pas de ls
vendre avant que le tems de leur deuil foit expiré. Cependant lorfqu’elles
trouvent le moyen de faire entendre leurs plaintes, le Mandarin qui a ferme
les yeux fur cette injuftice n’échape point au chitiment.
Les mariages ne peuvent être caffés, lorfqu’il n’a rien manqué aux céré-
monies de la celébration. Une femme qui abandonne fon mari eft foumife
à des corrections légales, après quoi il conferve le droit de la vendre. Mais
la Loi impole des chatimens févères aux maris qui vendent fecrétement leurs
femmes ow qui les proftituent, & à tous ceux qui prennent quelque part à
cette infamse. D'un autre côté, file mari abandonne fa femme, eile peut,
après trois ts d’abfence, porter fa plainte aux Mandarins, qui lui donnent
le droit de fe remarier. Elle feroit rigoureufement punie, s'il lui arrivoit de
prendre un autre mari fans avoir obfervé cette formalité, Cependant il î a
es
(b} Le Traduéteura confervéici, onne fcait
par quelle raifon, le mot Anglois, au-lieu de
dire une chaife à porteurs. KR. d, E.
D 2
(a) Angl. fi elle a encore une fille qui foit
à la mammeile, cle éntre dans le marché de
la mére, KR. d. Ji,
(
LE, Ci
—
-
- TT
Ja
r
Les mariä
ges peuvent d-
trecailts dis
CErTains çus,
CÉRÉMONTES
ET MaAkAGES
D£s CHINOIS.
Circonftan-
ces quiles
rendent nuls.
Autres rai-
fons de nul-
jité,
Autres nulii-
tés, fuivant
Navarctte.
D'cifon des
Cafuites dela
Chine.
28 VOYAGES DANS LEMPIRE
des cas particuliers, tels que l'adultère, qui dt fort rare à la Chine, l'antipa-
thie, la différence des tempéramens , l'exces de jaloufie , l'indiferétion, la
ftérilité, les maladies con’ agieufes, où le divorce cit permis par la Loi. Mais
on n'en voit guëres d'éxemple que parmi le Peuple.
IL yades circonftances qui empechent la cclébracion du mariage ou qui la
rendent nulle. 1. Une jeune fille promife à un jeune homme & comme enga-
gée par les préfens mutuels des deux famifès, ne peut devenir la femme d'un
autre. 2. le mariage eft nul dans les cas de tromperie, où, par Exemple, à
quelque belle perfonne qui auroit Cté Vie par les Negociateurs on fübititueroit
une femme laide & défagréable ; où, pour une femme libre, on donneroitune
Efclave; & où le mari ne feroit auñi qu'un Éfclave, qu'un percauroicentrepris
de faire paer pour fon fils légitime. 3: Un Mandarin civil ne peut fe marier
dans une Province ou dans une Ville dont il et Gouverneur. 4. Le mariage
eft nul avec une fille ou un garçon qui fe marie pendant le deuil de fon pere ou
de fa mére. +5. Une promefle de mariage faite pendant la vie du père, ceffe à
fa mort, pourvû que le jeune-homme averüfle par un billet lés parens de
la fille. Cependant ceux-ci ne fe croient point encore dégagés. Ils atten-
dent que le tems du deuil foit expiré; & sexpliquant à leur tour par un bil-
let, ils font fouvenir ic jeune-homme de l'ancienne promefle. Mais sil re-
jette alors leur propofition , la fille eft déclarée libre & peut s'engager dans
un autre mariage. Le cas eft le même s'il arrive quelque difgrace dans cette
famille, telle que lemprifonnement du pére ou de quelque proche parent. Il
faut du moins que le Prifonnier donne fon confentement; & fi le mariage n’eft
pas rompu, il fe celebre fans fête & fans réjouiflances. 6. Enfin les maria-
ges font defendus dans une meme famille, à quelqu’éloignement que foic le
degré de parenté. Deux frères ne peuvent éporfer deux fœurs. Un homme
veuf ne peut marier fon fils à la fille d'une veuve qu'il époufe. Toutes ces
contraventions à la Loi expofent le coupable au chatiment (c).
N'AvARETTE apporte d'autres raifons qui peuvent faire cafler un mariage.
1. Une femme babillarde , qui fe rend incommode par ce défaut, eft fujerte
au divorce, quoiqu'elle foit mariée depuis long-tems & qu'elle ait donne plu-
fieurs enfans à fon mari. | L’/ r croi » {ice meme ufire : * 3
fieurs en à fon mari. { L'Auteur croit que fi ce meme ufage, étoit autori-#
fé par les loix en Europe , il fcroit d'une grande uulité.T 2. Une femme qui
manque de foûmiffion pour fon beau-pere & fa belle-mère (4). 3. Un: f Le
me qui déroberoit quelque chofe à fon mari. 4. La lepre ett une autre in
de divorce. 5. La ftcrilité. 6. La jaloufie. L'Auteur obferve, à cette oc ‘a
fion, que les préfcrences d'un mari éaufent fouvent d etranges querell . A :
les femmes. Les unes fe pendent. D'autres fe precipitent dans un puits il
ajoûte qu'une premiere femme, lorfqu'elle n'a point d'enfans, engage fon ma-
ria prendre une concubine, pour fe conferver quelque part à fon affection
Parmi le Peuple, il fe trouve des maris qui louent leurs femmes dans FR
foin, où qui les pretent pour un tems. Les Cafuiles moraux de la Chine, dé-
cident qu'une mauvaife femme peut etre chaflce avec autant de juftice que de
raifon, Zu-gu (e), fils du Phulofophe Confucius, changea plutieurs fois de
femme
k POSE du Père du Halde, page 353. mes past fouvent une vic fort triite,
[y (4) Cette foümiflion fait que les fem- RARES
femme
.nomm
$ “ rerpl Î
l'exces
hommd
ditinci
Manda
nombr
apres
me &
racont!
volont:
ge: dt
maria
autre f
de fen
naire
leur p
leur v
ce qui
D 4
à mari
Pere A
vince.
le dut]
que |
deux «
tuels,
enfans
de lat
époux
lemen
cu du
LE
dre d’'
tel àg
mand
de la
gent ,
donn
port
par q
piece
diver
& a
; Fl'antipa-
:retion, la
Loi, Mais
> où qui la
mme enga-
emme dun
xemple, à
ibltitueroit
nneroit une
tentrepris
ct fe marier
Le mariage
Ion pere où
ire, cefle à
s parens de
Ils atten-
par un bil-
ais s'il re-
gagcr dans
dans cette
arent, Il
iriage n'eft
les maria-
que foit le
n homme
l'outes ces
n mariage.
cit fujette
donne plu-
toit autori- #
femme qui
Un: fem-
utre rafon
CCTLE OCCa-
elles entre
puits. Il
0 fon ma-
atfeétion.
ans le be-
‘hine, dé-
ice que de
irs fois de
femme
trile,
femme. Les Livres Chinois citent quantité d'autres éxemples 4e divorce, Is
» : PSN 4 3 . : ré r « pe » 111 ’e N
Fe des Anciens, qui chafftrent leurs femmes par la feule raifon qu'elles
no nt qe |
oi 1 Le elles cfrayoient leur chien par
éremplifloient leur maifon de fumée, ou qu'el'es effrayoient leur € I
l'excés de leur babil. Dans ces cas les Docteurs Chinois ou de
homme du commun peut fort-bien {e remarier 3 cu Vu cs Les
diftinétion, à la tete defquels ils nomment | A les no Se
Mandarins, ne doivent point ufer de cette liberté, parce qu'ils o granc
. nombre de concubines, de qui ils peuventattendre des offrandes & des facrifices
après leur mort Cependant l'Empereur Chun-chi fe defit de fa a [cm -
ed la renvoya dans fon Pays malgré fa groflefe. Deux Jétuites e Pexing
racontérent à Navarctte , qu'un mari & une iemme l'arcares s'étant fépares
lontairement, s'engagcrenc, chacun de leur côté, dans un nouveau maria-
re fuivant le Lemoign ige du Pere Adam, dans une de fes Lettres, les
ee: que € D'Or AA … Je | on _ È
tes. des ‘J'artares durent jufqu'a cc qu'ils ayent envie de pos une
titré ue & qu'entre les Grands de leur Nation, l'ufage et ne acts
L \ N N , s : , e L L
de femme & de fe marier l'un à celle de l'autre CF). Il eit encor À ort BE
ire aux pères de fair: des conventions de mariage pour leurs cnfans , dés
4 ù nice jeuneffe, & fouvent pendant la grotféile de leurs femmes. a
Re & ile, ils conviennent d'avance de les marier C'ef
leur vient un garçon & une fille, chier d'av . de le
‘ils appellent Chi fi 1 iügnifie, Aiarque de ventres.e
: qu'ils appelient Chi fa, qui iignifie, Aiarqu DRE
à D ANS É Province de Chang-fi 1 seit établi un ridicule ufage, qui CE
LL i L € . ù * A 4 ee ù * à : c ve
à marier des perfonnes mortes [Auceur fait ce récit fur le temoignag du
Père Michel Trigaut, Jéfuite, qui avoit paîle piutieurs années dans cette Pro-
| ne * 8 ? “ à > » : a] É » < ? n y Lé
ince, Deux familles qui perdent un garçon & une fille, apres avoir formé
Le dettes | ic umble, conviennent de celcbrer lé mariage tandis
le detlein de les marier enfemble, convienne ee
que les deux cercucils font dans leurs mafons, où l'ufage it de les gui
oi quelquefois davaniaz: Ils s'envoyent des prefens mu-
deux ou trois ans & quelquefois davaniaz:. . LEE
tuels, accompagnés de mulique & de beaucoup de formalités, comine fi leur
enfans étoient encore en vice. Enfute ils placent les deux cercucils l'un pres
de l'autre ils font le feltin nuptial dans le meme licu, X renferment les .
époux dans un méme tombeau. Aprés cette céremonie ils fe traitent non-fc u-
. \ : eds ï y, L] . à : ï * , 4
i 1 alliés, comme urs enf: TOICNC VC-
lement d'amis, mais de parens ou d’alliés, comme fi leurs enfans avoit
cu dans le mariage. : . use
L Es cérémonies du mariage, dans la même Province, confiftent à Fe “si
dre d'abord au Temple des Ancetres, pour leur déclarer que leu petit-fils, u
tel age, fe propofe d'epoufer une fille, qu'ils nomment auf, & pour leur de-
mand + de l'aiiftance dans une affaire qui les touche de fi pres. Les parens
af : chofe. Le mari apporte à fa femme une fomme d ar-
de la fille font la méme chofe, Le mari ap} ë Das nn
gent, que les parens gardent pour eux-memes. Quelquefois de ils en
| : à 1 . * » ee » » " D Era) “ à Pa a € ) 1
donnent une partie à leur fille. Cette fomme et portte avec toute la pe re
poible. La mufique précede. Enfuite viennent les tables, portées chacune
par quatre hommes. Sur l'une eft une pièce d’etofe de foie ; fur l'autre, une
piece de coton; le fruit fur la troifième, & l'argent fur la quatrième, avec
cs f riandife ais la réalité ré nal au bruit
diverfes fortes de mets & de friandifes. Mais la réalité répond ma
& aux apparences.
(f) Relation de la Chine par Navarette, pag. 66, & fui:
D 3
DE LA CIINE, Liv. IL Car. Il 20
CÉREMONT"S
ET Marvracrs
Des Cuinu.s,
Ufage de ma-
ricrles Morts,
Moringes de
la Province de :
Chan-fi,
ULTDLMONTES
ET NIARIAGES
pEs Crinois,
Comment
une tic fe fe-
pare de fa fa-
milice,
Contruinte
où vivent les
{fcmimes,
Secours
qu'eiles de-
mandent dans
leur groffeite.
Noms des
entans,
Divers
noms, fui-
vant l'âge &
les rangs,
comme fuperftitieux, jetta furieufement l'œuf
VOYAGES DANS L'EMPIRE
ON fait choix d'un jour fortuné pour envoyer les préfens & pour célibrer
le mariage (g). La déclaration s'en fait encore aux Ancetres; apres quoi le
mari charge un de fes parens, ou queique perfonne grave, de lui amener fl
femme dans un fedan bien crime. Lile prend conge de fa famille, après en
avoir recu de bons confuils. Elie entre dans le fedan, où elle trouve un peu
de riz, de froment & d'autres grains, pour fignilier qu clle porte quantité de
biens avec elle, & que les revenus de fon mars en receÿront beaucoup d'ac-
croiflement. ‘landis qu'elle entre dans fà voiture, on cafe ordinairement un
œuf, quoique le céremonial n'en fafle point une loi, pour fignilier qu’elle fera
féconde (} ). | | | |
LorsQu'£LLE arrive à la maifon de fon mari, qui eff richement paré pour
la recevoir, le beau-pere & la belle-mcre le pretentent les premiers, & nc lui
épargnent ni les honneurs ni les careffes. On rend les devoirs d'ufige, au Ciel
& à la Terre, aux parens & aux amis. Enfuite la fete commence. Les hommes
mangent dans la première chambre. Les femmes, dans une ch ambre intérieure.
Le foir on conduit la jeune Marice dans l'appartement de fon mari, où elle
trouve, fur une table, des cizcaux, du fil, du coton & d'autres matitres
d'ouvrages, pour lui faire connoitre qu'elle doit aimer le travail & fuir l'oii-
veté. | |
Dspuis ce jour, jamais un beau-père ne revoit le vifage de fa belle-fille,
[qu'après fa mort, fi le hazard veut quelle meure avant lui. } Quoiqu'il vive-
dans la méme maïfon, il ne met jamais le pied dans fa chambre. 1! fe ça.
che lorfqu'elle en fort. Les amis & les alliés de la famille n'ont pas la liberté
de lui parler fans témoins. Cette permiilion s'accorde aux coutins, lorfqu'ils
font plus jeunes qu'elle, parce qu'on s'imagine qu a leur age ils ne font capa-
bles d'aucune hardieffe offençante. Mais ceux qui font plus ages n'obtiennent
jamais une faveur de cette nature. On craindroit qu'ils ne prilenc avantage
de leur fupériorite. Il eit permis aux femmes de foruir quelquefois dans le
cours de l’année , pour rendre vifite à leurs proches parens. C’elt à quoi fe
bornent leurs plailirs & leurs amufemens.
LorsQuU'ELLES fe croient grofles, elles vont faire la déclaration de leur
état au ‘l'emple de leurs Ancecres, & demander leur fecours pour une heu-
reufe délivrance. Après l'accouchement, elles retournent au meme lieu,
pour l’action de graces & pour demander la confervation de leur fruit. Quel-
quefois elles y retournent encore avec leurs enfans, pour remercier les Morts
de les avoir confervés & demander qu'ils parviennent à l'age de maturité (i).
Dès le moment de la naiïflance on donne aux enfans le nom de leur nil
le, c'eft-à-dire, un nom commun à tous ceux qui defcendent du méme grand-
père. Un mois après on y joint un diminutif, que les Chinois appellent wa nom
de lait, & qui elt ordinairement celui d'une fleur, d'un animal ou de quei-
qu'autre créature. Au commencement des études, un enfant reçoit de fon
Maitre un nouveau nom, qui accompagne celui de fa famille, & qu'il porte
entre
(zx) On choifit ordinairement un des neuf contre un mur, en difant:,, Ma fille eft-elle
jours de la nouvelle Lune. » Une poule à qui l'on veuille faire pondre des
b) Navarette remarque qu'un Chinois ,, œufs? F'aion & la remarque font égale
nouvellement conveiti, refardant €Ct ufare ent pucriles.
i) Navarctte, pag. 69. & fuiv.
\
re fc
d'il pc
ent à
ble, il
rle d
[Na
ue mé
publics
primé,
manicr(
jamais.
KE Cx)
À ]
les
ble din
rens pe
nuels de
prefcris
Morts,
celle de
feflion «
prendra
Nav
proche
que fa
terre al
faire cc
Malade
fe fcrm
avec les
nom &
couvre
donner:
Milion!
XCCULC :
ON
nom de
poicr.
gette fc
Lu
Jour célébrer
apres quoi lc
ui amencr f{
Ile, apres en
rouve un peu
C quantité de
aUCoup d'ac-
nurement un
r qu'elle fera
nt paré pour
rs, & nc lui
fige, au Ciel
Les homines
re interieure.
nai, où elle
tres matières
X fuir l'oift-
fa belle-fille,
uoiqu'il vive:
c, [I fe ca-
pas la liberté
ns, lorfqu'ils
e font capa-
n'obtiennent
ünt avantage
cfois dans Îe
elt à quoi fe
tion de Jeur
ur une heu-
meme lieu,
fruit. Quel-
er les Morts
aturité cos
leur famil-
1ème grand-
Ilent «x nom
ou de quei-
çoit de fon
qu'il porte
entre
a fille eft-elle
re pondre des
& funt Cuale
div,
DE LA CIINÉ, Liv. IL Crar. Il dé
ftre fes condifciples. Lorfqu’il eft arrivé a l'âge viril, il en prend un autre,
M'il porte entre fes amis. Cell celui qu il conferve & qu'il ligne ordinaire.
lent au bas de: fes Lettres. Enfin, sil parvient à quelqu Emploi confidéra-
ble, il choiit un nom convenable à fon rang ou à {on D X CA on
rle de lui, la politefle ne permet plus qu’on lui en donne d'autre, Ce feroit
Mc incivilité groiticre de l'appeller de fon nom de famille , à moins qu'on
y fuc autorife par la fupériorité du rang (k).
ge [Navarerre aflire que la fodomie eit aflez commune dans la Chine, &
que méme du tems des Empereurs Chinois il ÿ avoit dans Pe-king des lieux
publics deltinés à cet abominable ufage. Les Empereurs ‘T'ar . les ont fupe
primé, mais:1l en refte encore à Ÿong-chew. Ceux qui : pro a de cette
manière font habillés comme les autres hommes, mais ils ne fe (/) marient
jamais. ]
RCA) Navarcette, uli fup. pag. 68. (4) Du Halde, pag. 294. -
f. V.
+ Deuil &$ Funcrailles des Chincis.
F A picté filiale étant le principal fondement du Gouvernement ne
les anciens Sages de la Nation fe perfuad-rent que . LA Capa
ble d'inipirer aux cntans le refpeët & la foumi ‘on qu ils Ses leurs pa-
rens pendant leur vie, que de voir rendre aux Morts des PHONE do
nucls de la plus profonde vencration. C'ett par cette ration que cs | Lie
prefcrivent avec tant d'exactitude toutes les ceremonies qui regardent :
Morts, telles que l'ufage en cit établi dan: ja Reigion ne qui el
celle des Lectrés ou des Sectaicurs de ConeIes Les autres ont pro-
fefion de les pratiquer au; mais avee un melange de fuperftitions, qu'on
prendra foin de diftinguer dans la Deferipuion fuivante. : L
Navarerre nous apprend que fuivant le Rituel, lorfqu'un homme ap-
roche de la mort, on le prend dans fon lit & on le couche à terre » atin
que fa vie finifle où elle à commencé. De meme, on place un enfant à
terre aufli-tot qu'il elt né, comme chez les Juifs &. d'autres pa
faire connoitre qu'il doit retourner dans le lieu d'où il eft se ri 1e
Malade eft expiré, on met dans fa bouche un petit biton, qui empêche de
fe fermer. Alors une perfonne de la faille monte au fommet de A ,
avec les habits du Mort, quil étend dans l'air, en appellant fon a
nom & la conjurant de retourner. Enfünte il revient auprès du ca + . & ;
couvre de fes habits. On le luffe trois jours dans cet état, Le nt e si
donnera quelque marque de vie avant qu'on le mette au cercueil, oi 1e
Mifionares ont approuvé cette cérémonie. Dans plufieurs cantons, elle s’é-
‘cute à la porte du Mort. | | We
Fox on cnfuite à faire une canne, ou un bâton d Appui qul parce. le
nom de Chung, afin que l'ame ait quelque foutien qui puille lui a he de
ofer. Ce baton C't fufpendu dans quelque ‘F'emple des Morts. On fait auñi
gette forte de tablettes que les Müdionures nomment Tublettes des Morts, &
qui
C'arMonies
FUNEBRES DES
Cuisots.
fondement
du Gouverne-
ment Chinois.
Origine des
cérémonies
moituaires,
Premières
cérémonics
qui s'ebfer-
Vour & amort
d'un Chinois,
ES
2 Ad age "7 —: em == es . ; _
CÉRÉMONTES
FUNEBRES DES
CHINOIS,
3onzcs qui
aMitent les
Chinois à la
uort,
Ancien ufa-
gc, pour les
femmes, ce
fe pendre à la
mort du mari.
Cercucils des
Chinois.
32 VOYAGES DANS L'EMPIRE
qui font nommées par les Chinois , Trûnes ou Siéges de l'Ame ÿ car ils fuppofent
que les Ames de leurs amis morts y {ont leur féjour, & qu'elles s'y nourrif:
fent de la vapeur des alimens qu’on leur offre. L'Auteur aflüre qu'il a vérific
cette doctrine par la lciure de leurs Livres & par leur propre témoignage
(a). Entroifieme lieu, on met dans la bouche du Mort une piéce de mon-
noie d'or ou d'argent, du riz, du froment & quelques autres bagatelles,
C'eft dans cette vüe qu'on la tient ouverte. Les perfonnes riches y mettent
quelques perles. ‘l'outes ces cérémonies font preferites dans les Rituels & dan:
le Livre nommé Kay-ju, qui eit l'ouvrage de Confucius.
L'usace des Chinois, lorfque la maladie met un de leurs parens en dan-
ger, eft d'appeller les Bonzes pour employer le fecours de leurs prières. Ces
Miniitres publics de la Religion viennent avec de petits bañlins, des fonnettes
& d'autres Inftrumens, dont ils font affez de bruit pour hater la mort du Ma:
lade; mais ils prétendent au contraire que c’eit un foulagement qu’ils lui pro-
curent. Si la maladie augmente, ils afiürent que l'ame eft partie; & vers le
foir trois ou quatre d'entr'eux courent par la Ville avec un grand bain, un
tambour & une trompette, dans l'efpérance de la rappeller. Ils s'arrêtent un
peu en traverfant les rues; ils font retentir leurs Inftrumens & continuent leur
marche. L'Auteur fut témoin plufieurs fois de cette pratique. Ils parcourent
dans la même vüe les champs voifins, en chantant, priant, & fonnant de
leurs In{trumens entre les buiflons. S'ils trouvent quelque groffe mouche, ils
s'efforcent de la prendre ; & retournant, avec beaucoup de bruit & de joie,
au logis du Malade, ils aflürent que c'eft fon ame qu'ils rapportent. L'Auteur
apprit qu'ils la lui mettent dans la bouche.
C'Esr un ufage affez commun parmi les Tartares, à la mort d'un homme,
qu'une de fes femmes fe pende pour l'accompagner dans l'autre Monde. En
1668, un Tartare de diftinétion étant mort à Peking, une de fes concubines,
âgce de dix-fept ans, fe difpofoit à lui donner cette preuve d'affection; mais
fes parens, qui l’aimoient beaucoup, préfentérent une requete à l'Empereur,
pour le fupplier d'abolir une fi odieufe coutume. Ce Prince ordonna qu’elle
fût abandonnée, comme un ancien refte de barbarie. Elle étoit établie auf
parmi les Chinois; mais les Exemples en ctoient plus rares & leur Philofophe
ne l'avoit point approuvé. Cependant l'Auteur fut témoin qu'un Viceroi de
Canton, fentant là mort approcher, pria celle de fes concubines qu'il aimoit
Je plus tendrement, de fe fouvenir de l'affection qu'elle lui devoit, & de ne
pas l'abandonner dans le voyage qu'il alloit entreprendre. Cette femme eut
le courage de lui donner fa parole & de l'éxécuter, en fe pendant elié-méme
aufli-tot qu'il fut expire.
AvanNT que de mettre le corps au cercueil, on le lave, dit Navarette,
avec d'étranges ceéremonies (2). Du Flalde affüre au contraire (c) qu'on
lave rarement les Morts; mais qu'après les avoir revétus de leurs plus riches
habits & couverts des marques de lcur dignité, on les place dans le cercucil
qu'us ont fait faire pendant leur vie. Leur inquiétude va fi loin fur cet arti-
cle,
Ca) Du Halde dit (pag. 10.) que ces fan. pendant Navarette affüre qu'elles viennent de
taifics ont étc introduites par les Borzes, & Confucius même.
Doit licu que parmile Peuple, étant fort op- (Ch) Navarette, pag. 70. & fuiv.
poiccs à la véritable doétiinie Chinuife. Cc- (ec) Du Halde us jup. pag. 310.
cle, qi
“procur
fme le
tou fc
cucil à
quefois
:boutiq
Ze où
brûle €
où l'o!
des an
meme
comp
fort K
rieur,
mode.
En un
cucil,
ON
. charb
hnois,
n'oub
conqi
eft de
de m
prccreu
pleur:
cœur
conn
fe; à
de le
L
rent
que
allics
de C&
loign
ment
iCS Ô
une
en fl
ls fuppofent
s'y nourrif
lil a vérific
témoignage
ce de mon-
bagatelles,
S y mettent
uels & dan:
ens en dan.
ières. Ces
les fonnettes
hort du Ma.
u'ils lui pro-
3 & vers le
d bafin, un
‘arrétent un
cinuent leur
s parcourent
fonnant de
mouche, ils
& de joie,
t. L'Auteur
‘un homme,
Ionde. En
concubines,
:ction; mais
l'Empereur,
onna qu'elle
établie auf
Philofophe
Viccroi de
qu'il aimoit
t, & de ne
femme eut
t clié-méme
Navarette,
(ce) qu'on
plus riches
le cercucil
fur cet arti-
cle,
es viennent de
fuiv,
310.
Hprocur cr un cercueil plus de vingt ans avant le befoin,
fme le plus précieux meuble de Icur maifon.
tou fe vendre, dans la feule vüe d'amañler aflez d'argent pour acheter un cer-
pérccreucil,
DE LA CIINE,LtviL Car. IL 33
cle, que s'ils n'avoient que dix pifloles au monde, 1ls les employeroient à fe
Ils à regardent com-
On a vü des enfans fe louer
cucil à leur pere (d). Ils'en fait d'un bois fi recherché, us valent quel-
quefois jufqu'à cent ducats. On en trouve de toutes les grandeurs dans les
! boutiques.
Les Mandarins éxercent fouvent leur charité, en dittribuant quin-
ze où vingt cercucils au Peuple. Un Chinois qui meurt fans ce meuble eft
brûle comme un ‘Fartare, Auti célebre-t-on, par une fite, l'heureux jour
où l'on eft parvenu à fe procurer un cercucil. On l'expofe à la vue pendant
des années enticres. On prend quelquefois plaifir à s'y placer. L'Empereur
meme a fon cereucii dans le Palais (e). Les planches dont Les cercucils font
compofts, pour les perfonnes riches, ont un demi-piecd d'épaifleur & durent
fort long-tems. Comme ils font enduits de bitume & de poix du cûté inté-
rieur, & foigneufement vernis au dehors, il n'en fort point de vapeur incom-
mode. On en voit de richement dorés, avec divers ornemens de fculpture.
En un mot, la dépenfe des perfonnes riches, pour fe procurer un beau ecr-
cucil, eft ordinairement entre trois cens & mille Ccus Sa
ON y met un peut matchs, une courtepointe & des orcillers, avec du
. charbon & de P< ICS guichets pour les lampes, dans la vüe, dif&ne les Chi-
nois, d’ empécher que l'humidité du corps n’y caufe de la corruption (£}). On
n'oublie pas auff! d'y mettre des cizeaux pour fe couper les ongles. Avant la
conquete des ‘Fartares, on y mettoit un pc igne pour les cheveux. L'ufage
eft de couper les on: les aux Alorts, lorfqu' ils ont rendu Le dernier foupir, &
de mettre ce qu'on en retranche dans de petites bourfes aux quatre coins du
[apres quoi on y place le corps, & on fe répand en cris (h) & en
pleurs ] Ils regardent comme uue cruauté d'ouvrir un corps, & d'en ôter le
cœur & les entrailles pour les enterrer fCparément. Des os de Morts entailés,
comme en Europe, les uns fur les autres, leur paroïffent une chofe monftrueu-
fc; & tant de cercucil conferve fa forme, ïls fe gardent ferupuleufement
de le joindre dans une méme fofe à ceux de la mème famille.
Le J'yuo, c'ett-a-dire, les devoirs folemnels qu ‘ils rendent aux Morts, du-
rent ordinairement l'efpace de fept jours; à moins qu'on nc foit obligé, par
quelque bonne raifon, de les réduire à crois. C’eft dans cet Férqale que les
allics & les amis d'une famille, après avoir invités , viennent s'acquitter
de ec qu'ils dorvent à la memoire du Mort. Les plus proches parens ne s’é-
Joignent pas de la maifon. Le cercucil eft expofé dans le principal apparte-
ment, qui ef} tendu d'étofe noire (i), quelquefois entremelée de bandes noi-
res X violettes, & d'autres ornemens de deuil. On place devant le cercucil
aunc table, fur laquelle eft la ftatue du Mort, ou du moins une piéce de bois
en foilpture, avec fon nom gravé (4), & de chaque côté, des ficurs, des
" par fums
(d) Chine du Père du Halde, pag. 280. (b) Defcription de la Chine par Navaret-
& of. te, pag. TI.
(e) Defcriptior de la Chine par Navarct- (à) «gl. d'étofe blanche, R. d. E.
te, pas, 7. (&) Navarecte dit que le nom ett fur un
Cf) Duflalde, ubi fup. pag. 306. petit tabernacle, placé au inilieu d'un autel
(g) Du ffide dit qu'au fondon met dela qui cit fur le cercucil,
chaux dans F1 méme vüe,
VIII, Part, E
CErRLMONTES
FUNEGKES DES
CuiNois.
Pation des
Chinois pour
fc procurer
un cercucil.
Ufage qu'ils
en font pen:
dant leur vie,
Ce qu'on y
met avec le
corps.
[0
Circonftan:
ces du deuil,
CÉRÉMONIES
FUNEBRES DES
CHINO!S.
Comulimens
de condoican-
ra
ce.
Rafrrichife.
meis qu'on
préfente à l'af-
femblée.
Cérémonies
de l'enterre-
mont,
" VOYAGES DANS LEMPIRE
parfums & des (7) flambeaux de cire allumés. Navarette raconte qu'avar:
que de pleurer le Mort, on met au milieu de la chambre un plat de table,
que les Bonzes brifent en picces apres quelques cérémonies, en affurant qu'il;
ont ouvert au Mort les portes du Ciel. Alors les lamentations commencent,
& l'on ferme le cercueil avec une inlinité de nouvelles céremonies (m).
CEux qui viennent faire les complimens de condolcance faluent le Mort
en fe profternant, & frappent plufieurs fois la terre du front » ViS-d-Vis la ta.
ble a), fur laqu. lle ils mettent enfuite des lambeaux de cire & des parfums,
que l'ufage les oblige d'apporter. Les amis particuliers accompagnent cette
formalite de foupirs & de larmes. Pendant qu'ils s'acquittent de ces devoirs,
laine des fils, fuivi de fes frères, fort de deffous un rideau , qui eft à cocc du
cercucil, rampant à terre & verfant des larmes dans un filence lugubre, On
le complimente avec les mêmes cérémonies qu'on vient de faire devant le cer-
cucil; tandis que les femmes, qui fe tiennent cachées derriére le rideau, jet.
tent par intervalles des cris lamentables. | | |
LorsQUE tous ces devoirs om: été remplis, on fe lève, & quelque parent
éloigné du Mort, ou quelqu’arui en habits de deuil , qui a reçu les a liftans à
leur arrivée, continue de faire les honneurs de la maïfon, & les conduit dans
un autre appartement, où l’ufage eft de leur préfenter des fruits fees, da ché
& d'autres rafraichiffemens, {après quoi 1l les accompagne jufqu à leur chu- 5
fe.] Ceux qui demeurent à peu de diftance de la Ville, viennent s'acquitter de
toutes ces bienfeances en perfonne. Ceux qui font arr:tés par l'éloignement
ou par quelqu'indifpofition, envoyent un domeltique avec leurs préfens & un
billet de vifite, qui contient leur excufe. L'ufage oblige audi }:s enfans du
Mort, ou du moins le fils ainé, de rendre vilite pour vyit., mais il fuffit
qu'ils fe préfentent à chaque porte, où qu'ils y envoyent un billet par les mains
d'un domeitique.
Aussi-ror que le jour de l'enterrement eft fixé, on en donne avis aux
pargns & aux amis de la famille, qui ne doivent pas manquer de fe rendre à
l'afemblée. Le convoi funébre commence par des figures de carton, qui re-
prefencent des efclaves, des rygres, des lions, des chevaux, &e. & qui font
portées par des hommes. autres Compagnies fuccédent, marchant deux à
deux, les uns avec des étendarts, des banderolles & des caflolettes remplies
de parfums; d'autres avec des Inftrumens de mufique, fur lefquels ils jouent
des airs lugubres. Dans quelques Provinces, le portrait du Mort s'éleve au
milieu du convoi, avec fon nom & fes titres écrits en gros caraétéres d'or.
Il
(1) Du Halde, pag. 206. au pied d'une carcaffe Payenne , dont je fuis
(Cm) Navarette, pag. 71. tres -aljüre que l'ame brule en Enfer ; E cele
(n) Navarctre fait un reproche à pluficurs immédiatement aprés avoir dit la Mel}, dans
Jéfuices de s'être aœonformés à cet ufage. I dit Je tems que je crois qu'il avoit encore le faint
que le Père Antoine de Gouea, Supérieur de Sacrement dans l'efhonac.] | Mais cette accufätion fi
la Miffion, ne défavoua point d'avoir fait la feréduit àrien, dans un temsoù ces honneur;
méme chofe, [Il ajoûte que Jules Alcin Brg@iendus aux Morts étoient regardés comme un
aufli de même, mais qu'il s'en repentit bien. eule: civil; & l'on ne fe perfuadera point en
tôt & voici, continue t-il, en quels termes un effet qu'aucun Miffionaire cût pul'approuver,
autre Jéfuite en écrivit aux Dominiquains, s’il n'eût eu de fortes raifons pour ne pas Îe
Me: Cheveux f? dre[Jent Jur ma tête, quand je croire idclatre.]
berne qu'un Précre du vrai Diew s'eft prollerné
*
= ti:
= 1
onte qu'avar,:
lat de table
affurant quil
commencent,
CS (m).
uent le Mort
1S-a-vis la ta.
des parfums,
agnent cette
ces devoirs,
eft à côté du
agubre, On
levant le cer-
rideau, jet.
clque parent
cs a liftans à
conduit dans
fees, du ché
La leur chai-::
acquitter de
éloignement
réfens & un
:s enfans du
nais il fuffit
ar les mains
ne avis aux
fe rendre à
on, qui re-
& qui font
ant deux à
es remplies
Îs ils jouent
tsceleve au
€tères d'or.
Il
, dont je fuis
nfer ; ËP cela
Melle, dans .
ncore le faint ,
tte accufation Ji
ces honneur;
és Comme un
era point en
ll'approuver,
our Ne pas ÎC
1 eft
vec d
machi
montc
frères
puyan
doulet
grand
les fill
; LE
nence
nent «
ges, (
comp:
& ren
n'eft}
LE
Provir
Is for
famille
le cerc
FEI LIL. TER
d FN E forme
m';, D
me:
1111 jee
|
ST Y Shdeu à
ibid
dre
CHINEESSE LANDBOUN ERS, uit Niwvuor
autres
auclle
de la f
mettre
entout
bre bl
aufii c
gures
meaux
de la
prefi
dans «
les de
devoi
témoi
par dé
des S
un ou
leurs
SU
ralles
lamb
Co)
eit CCI
Cp)
DE LA CHINE, Lrv.ll Car. il. 35
11 cit fuivi du cercucil, fous un dais de foie violette, en forme de dôme, 4 Cénémowrees
vec des touffés de foie blanche & de riches broderies aux quatre coins. La rinune : DGS
machine qui foutient le cercueil e!t portée par des hommes, dont le nombre CuNuis.
monte quelquefois jufqu'a foixante-quatre. L'ainé des fils, à la téte de fes
frères & de leurs “nfans, fuit à pied, couvert d'un fac de chanvre & s’ap-
uyant fur un baton, le corps panché, comme s'il étoit prét à s’abimer de
douleur. Il cft fuivi des parens & des amis, tous en habits de deuil, & d’un
grand nombre de chaifes, couvertes d’étofe blanche, où font les femmes &
les filles du Mort, qui percent l'air de leurs cris.
Les tombeaux Chinois font hors des Villes (0), la plûpart fur quelqu'émi- Tombeaux
nence. On y plante ordinairement des pins où des cyprès, qui les environ- ‘es Chinvis,
nent de leur ombre. Chaque Ville offre, à quelque diftance (p), des Villa-
ges, des Hameaux & des maifons difperfées, qui font prefque toûjours ac-
compagnées de petits bois, & quantité de petites collines couvertes d'arbres
& rentermées de murs, qui font autant de différens cimetières, dont la vûüe
n’eft pas fans agrément.
LEs tombeaux ne fe refflemblent point par la forme, dans les différentes Leur forme
Provinces de l'Empire. Cependant la plûpart repréfentent un fer à cheval. SAN ANSE
Us font affez bien bâtis, & blanchis proprement, avec les noms de chaque 1
famille gravés fur la principale pierre. Les Pauvres fe contentent de couvrir
gle cercucil [ de chaume , ou ] de terre, à fix ou fept pieds de hauteur, en
forme de pyramide. D’autres le renferment de brique. Mais les tombeaux des Magnificens
autres Grands font ordinairement magnifiques. On batit une voûte, fous la- Mrs
AUX qe
gaquelle on place le cercueil. On élève, au-deflus, un amas de terre [battue] Grands.
de la forme d'un bonnet, haut d'environ douze pieds, fur huit ou dix de dia-
mettre , qu'on couvre de mortier pour empecher que l'eau n'y pénétre, & qu'on
entoure d'arbres de plufieurs efpèces. On cleve auprès une longue table de mar-
bre blanc, où l’on place une caflolette, deux vafes & deux chandeliers, qui font
aufli de marbre. Des deux côtés on range, fur plufieurs lignes, quantité de fi-
gures d'Officiers, d'Eunuques , de Soldats , de lions, de chevaux de fulle, de cha-
meaux, de tortues & d'autres animaux, en diverfes attitudes, qui expriment
de la douleur & de la vénération. Les Sculpteurs Chinois excellent dans l'ex- Apparte.
preffion des fentimens. À quelques pas du tombeau on trouve des tables, Hô POUF 1e
dans différentes falles, bâties exprès pour la cérémonie de l'enterrement, où éd
les domeftiques préparent un feftin, tandis que l’aflemblée eft occupce des
devoirs funebres. Après le repas, les parens & les amis fe profternent, pour
témoigner leur reconnoïifance au Chef du deuil, qui leur rend cette civilité
par des geftcs extérieurs, accompagnés d'un profond filence. Les fépultures
des Seigneurs ont plufieurs appartemens , où les parens & les amis paflent
un où deux mois apres l'inhumation du corps, pour renouveller chaque jour
leurs gémiflemens avec les fils du Mort (4).
Suivant Navarctte, les Bonzes font de grandes proceflions aux funé- ProceMone
railles des perfonnes de diftinétion, fuivis de laffemblée du deuil, avec des des Bonzes.
lambeaux & des parfums brûlans à la main. Ils offrent des facrifices par | Le
tervalles.
(o) Navaretie obfcrve que cette coutume (a) Chine du Père du Halde, pag. 307.
et commune aux Juifs & aux Payens, & fuivantes,
(Cp) À la diflance d'unc licuë,
E ©
Ci ÉMOxtES
34 VOYAGES DANS LEMPIRE
à)
tervalles. Ils obfervent tous les Rits des obféques, entre lefquels ils brûlenc
PUN&BRES DES des figures d he de femmes, de chevaux, de felles & d'autres fubftan-
Cuinoits,
Ofrindes
qu'on faic aux
Morts.
Examen des
cadavres.
Cérémonies
qui furent ob-
fervécs aux
fun ‘railles du
ces, avec quantité de billets de monnoie, Es ils croienc etre changés en biens
réels dans l'autre vie, pour l'ufage du Mort. Quelques Voyageurs ont au
fans fondement, que les Chinois tuent des creutures Ja pour accom-
pagnc er le Mort a la forcie du corps. AMhus, en arrivant au heu de a f pultu-
rc, ils font un facritice à l'E ll prit qui y pre ic, pour sporee {1 protection
en faveur de fon nouvel Elote. Apr:s les fun ruiles, ils offrent, pendant
plufieurs mois, devant l'image du Mort & devant fa tablette, de la char,
du riz, des légumes, des fruits, des potages d'autres alinens, dans l'opi-
nion que l'Ame en fait fa nourriture. Cette ecremonic fe renouvelle un cer.
tain nombre de fois (r) chaque mois & chaque jour.
Is viennent quelquefois de fort loin pour éxaminer le cadavre de leurs pa-
rens ou de leurs amis. Ils obfervent particulièrement la couleur des os, pour
découvrir fi leur mort eft naturelle ou violente. Mais la Loti veut qu À y «it
un Mandarin préfent à l'ouverture du cereucil, Les ‘Tribunaux ont des Oih-
ciers qui font chargés de cette infpection. L'avi idite des richefles fait quelque:
fois ouvrir les combeaux, pour enlever les joyaux & les habits qui s'y trou-
vent renfermés. Mais c'elt un crime, qui eft puni fevérement Çs
Les cérémonies qui s'obfervent aux funérailles des Grands, Re d'une ma-
gnificence furprenante. A la mort du Prince Ta-vang-ye, frère de l'Empereur
Kang-bi, la proceffion commença par une bande de Trompettes & de Mufi-
ciens, apres lefquels on vit paro! re, deux à deux, dans l'ordre fuivant, dix
Maciers, dont les males étoient de cuivre doré : ; quatre à arafols & quatre dais
de drap d'or; fix chameaux caparaçonnés de peaux de Sable (r); fix autres
chameaux, qui portoient des tentes & des équipages de chafle, couverts de
grandes houffes rouges, qui tranoient jufqu'à terre; fix chiens en leffe; qua-
torzc chevaux fans fe! ls, avec des brides jaunes & des caparaçons de Sable;
fix autres chevaux, chargés de magnifiques porte-manteaux remplis d'habits,
qui devoient être brûlés; fix chevaux avec des felles brodées & des étriers do-
rés; quinze Gentilshommes, armés d'ares, de fléches & de carquois ; huit
hommes, qui portoient chacun deux ceintures artares, d'où pendoient des
bourfes remplies de perles ; dix hommes, ayant à la main des bonnets propres
pour chaque faifor; une chaife ouverte, comme celle qui fert à tranfporter
l'Empereur dans l'intérieur du Palais; une autre chaife à couflins jaunes.
ENSUITE venoient les deux fils du Prince mort, foutenus, par des Eu-
nuques & les yeux baignés de larmes; le cercueil, fous un grand dais jaune,
porté par foixante ou quatre-vingt A nés, vêtus de ES avec des plu-
mets rouges à leurs bonnets ; les” Ages, en compagnies (v}), environnés de
leurs domeftiques ; les ARezules é. & les autres rinces; deux autres cer-
cucils, contenant Îles corps de deux concubines, qui s’étoient pendues (5)
pour fervir le Prince dans l’autre Monde; les Grands de l'E mpire; les chai-
ics
2 ù L vifitent l uvent lieux dans 112 déa remarqué c'y devant. R. d. E.
AUItC , HS y pieurent, is ÿ offrent des ) On vetra l'explication de c2 terme,
mens, ils y bidlent des papia Navarctte, R LE |
és a Den, NL x) Le Portugais ont donné ce nom à cere
) Du Halde, : / Dignités qui { et ont expliquées R. d. K,
) C'eft il: a: dire de Zib DCI line, CoimInce on | st GE On a parlé Cis dei Us de ect ui age,
{es d
«CP
Dani
sul
j: rain
Jn
quitu
ftrati
L'Em
les cx
qu'on
ans dé
mere
tinucl
plus c
vent :
kong ,
par la
diver!
tendo
le ten
Tron
LA
Artif:
botte:
d'un |
e éc
É. I
bizart
colic
IL
les ca
les fa
doive
pour «
l'Enp
vEruc
ill
é: tant!
x nloi
ploi,
: cnaqu
X SE? t con
sils brûlent
res fubftan-
rés en bicns
ont afTire,
our accuim-
& la fepultu-
à protection
it, pendant
lc la char,
dans l'opi-
elle un cer-
de leurs pa-
-S OS, pour
it qu'il y al
nt des Off-
ait quelque-
jui s'y trou-
À
it d'une ma-
: l'Empereur
& de Mufi-
fuivant, dix
: quatre dais
; fix autres
couverts de
\lefle; qua-
ns de Sable;
lis d'habits,
» étriers do-
quois ; huit
endoient des
nets propres
1 traniporter
jaunes.
par des Eu-
| dais jaune,
vec des plu-
vironnés de
autres cer-
sendues (y)
e; les chai-
ies
1É CC nom à Ccre
quées. R. d. &,
çct ufage,
4 DE
mais cet efpace et ordinairement réduit à vingt-fept mois, pendant lefqucls
Non 1
LA CHINE, Liv. Il Crav. Il 37
fes de la femme du Prince, des Frincefles & de leurs parens; une multitude
#e peuple, de Lamas, & de Bones, qui fcrmoicnt là procéïlion. Les huit
banicres, avec tous les Mandarins des différens Ordres, étoient partis devant
& s'ecoienc rangs en ordre de batalike, pour recevoir le corps à l'entrée du
jordin , où il devoit etre mis en dépot julqu'a ce que la tombe fit baie,
En un mot,on comptoit plus de fuize mille aëteurs pour cette cérémonie (2).
La durce ordinare du deuil, pour un pére, doit étre de trois ans (4);
peut éxerecr aucun Oflice publie. Alors un Mandarin cit obligé de
quitter fon Gouvernement (4); un Minittre d'Etat, de renoncer à l'admini-
flration des affaires, pour vivre dans la retraite & fe livrer à fa douleur.
L'Empereur, pour-de bonnes raifons, peut accorder unc difpenfe (ce); mais
gmles Cxemples en font tres-rares; [ & ce n'eft qu'après les trois ans de deuil
ET. |:
qu'on peut reprendre fon (4) emploi. J On prétend que l'ufage des trois
ans de deuil eft fondé fur la reconnoitlance qu'un fils doit à fon pire & à fa
mére pour les trois premicres annces de fa vie, pendant Iéfquels il a cu con-
tinucllement befoin de leur afiftance. Le deuil, pour les autres parens, cit
plus ou moins long, fuivant le degré du fang (ce); & ces pratiques s'obfer-
vent avec tant de fcrupule, que leurs Annales ont immortalife la piété de Pure
kong, Roi de Tfin, qui, ayant cte chaflé des Etats de Hien-kong, fon père,
par la violence & les artifices de fa belle-mère, prit le parti de voyager dans
diverfes Régions, pour foulager fon inquiétude & fe garantir des piéges qu'on
tendoit à fa vie. Apprenant enfuite la mort de fon pére, il refufa, pendant
le tems de fon deuil, de prendre les armes pour fe mettre en pofléïion du
Trône, quoiqu'il y füc invité par la plus grande partie de fes Sujets CE
La couleur du deuil eft le blanc, pour les Princes comme pour l:s plus vils
Artifans. Dans un deuil complet , le bonnet, la vefte, la robe, les bas & les
bottes, doivent etre blancs. Maïs pendant le premier mois qui fuit la mort
d'un pere ou d'une mère, l'habit des enfans cit un fac de chanvre, d'un rou-
e éclatant (g), qui ne difftre pas, pour la qualité, des facs de marchandi-
És. Leur ceinture eft une corde lache. Leur bonnet, dont la figure eft fort
bizarre, eft aufli de toile de chanvre. Cette néglisence & cet air de méian-
colhce paflent pour des marques d'une profonde douleur.
IL eft permis aux Chinois de garder, au'li long-tems qu'ils le fouhaitent,
les cadavres dans leurs maifons, fans que les Magiftrats ayent le pouvoir de
les faire enterrer. Ainfi, pour faire éclater le refpeét & la tendreffe qu'ils
doivent à leur père, ils gardent quelquefois fon corps pendant trois ou quatre
ans.
damment de fes anpointemen:.
(d) Le même Vüyascur dit qu'on lui don-
neun autre Œuiploi, mais qu'il cft quelquefois
expofé à l'attendre long tuims
(Ce) Du Halde, ubi Jup, pag. 306; & Nava-
rette , pag 72
Mais qu'il cu couta trente (f) Les Auteurs Anslois lui reprochent ici
Mandarin, Son but, en ache- d’avoir porté trop loin te ferupule, comme
a) Navarette affûre qu'il a cette durée.
(3) Du Halde, pag. 309.
(n)
|
(b) Navarette dit que les pareus préfentent
U) /
pour cela une requête à l'Empcreur.
( Navarotte rte que de fon tems
l'Empercur réduit à un mois le deuil du Gou-
verueur de Canton,
mill. ducats à
APP
tant la dipenfe, Ctoit de conferver fin Em. fit, ditentils, l'Empereur Charles VI qui
ploi, qui, fans opprhacr le Peuÿle, valoit perdit Madrid pour avoir employé 1e tems à
cnaque année, con Pautrcs que l'Autcur vifiter Nocre Daine dei Pillar à Sarragoit...
t CONNUS, LOIS CCD: Hiiaig ducats, indepen (g, Angl dune couicur roule fore claire.
E 3
Durée du
deuil, & dit
penics qui
S'ACCOr UCI
Picté filicle
de Van-k
Roi de Tfir,
on
-
Couleur des
habits de
de deuil,
Lescalivres
fe pardent
lonz-t:ms
fans fcpul
ture,
CEREMONITS
UNEBRES D£S
Chinois,
Ils doivent
4 ,
C're mis au
tombeau de
leurs Ancè-
Le
rec
iLos
Deux autres
cérémonies
miortuaires.
Salles des
morts,
35 VOYAGES DANS LEMPIRE
ans. Leur fiérc, dans tout cet cfpace, ci un tabouret revêtu de ferge bilan.
chez & leur lit, une natte de rofeaux près du ccreuuil. Ts fe retranchent
l'ufage du vin & de certains aliens. ls fe difpentent d alifter aux etes.
11 ne fréquentent point les affembiées publiques. S ils font obliges de fortir
de la Ville, ee qui n'arrive gueres qu'apres un ceréain tems, leur chaife cit
couverte de blanc. Cependant il faut enfin que le cadavre loit inhumé. Un
fils qui négligcroit de placer le corps de fon pere dans le tombeau de {es An-
cêtres, feroit perdu de réputation, fur-tout entre fes proches, qui refufe-
roient, après fa mort, de placer fon nom dans la Salle deftince aux honneurs
funèbres de {à fannile. Les perfonnes riches, ou de di‘tinction, qui meurent
éloignecs de leur Province , exigent que leur corps foit, tranfportc au lieu
de leur naiffance. Mais fans un ordre particulier de l'Empereur, qui leur per-
mette de traverfer les Villes, ils doivent pafler hors des murs (h).
OurrE les devoirs du deuil & des funcrailles, l'ufage aflujectit les familles
Chinoifes à deux autres cérémonies qui regardent leurs Ancitres. La premicre
s'exécute dans le Tfe-tang, Salle que chaque famille batit dans cette vue. ‘Lou.
tes les perfonnes qui fe touchent par le fang s'y aflemblent au printems A:
quelquefois en automne. On en a vi monter le nombre jufqu'a fept ou huit
mille. Alors les diftinétions du rang ne font point obférvées. Mandarins,
Artifans, Laboureurs, tous les Membres d'une famille fe mélent & fe recon-
noiflent pour parens. C'eft à l'age feul que la préférence cit accordce. Le
plus vieux, qui eft quelquefois le plus pauvre, occupe la première place.
ON voit dans la faille une longue table, placée près du mur, fur une élé-
vation où l’on monte par quelques drgrés. La, font expofées les ftatues des
Ancêtres les plus diflingucs où du moins leurs noms. Ceux des hommes des
femmes & des enfans de la méme famille, paroiffent fur des tablettes ou de
petites planches, rangées des deux cotés, avec leur age, la qualité, leur em.
ploi & le jour de leur mort.
Les plus riches de la famille préparent un feftin. On charge plufieurs tables
de toutes fortes de mets, de riz, de fruits, de parlums, de vin & de {lambeaux
de cire. Les cérémonies qui s'obfervent dans cette fete, font à peu près les
mêmes que celle des enfans à l'égard de leur pére, lorfqu'ils approchent de lui
pendant fa vie, ou que celles du Pugelo à l'égard des Mandarins, le jour de
leur naiffance ou lorfqu'ils prennent poflefion de leurs Gouvernemens. Les gens
du commun, qui ne font point afz riches pour batir des falles, fe réduifent
à fufpendre les noms de leurs Ancetres dans les endroits de leurs maifons les
plus expofés à la vûe (1). Navarette prétend que la fete des Morts tombe
. au premier jour de la nouvelle Lune, & que tous les parens affemblés au
Seconde
cérémonie an-
muclic.
Temple de leurs Ancétres, dans leurs plus riches habits, y font quantité de
génuilexions, & prefentent differentes fortes de mets & de liqueurs. Il ajoû-
te que les pricres & les demandes (k) s'adreflent direétement aux Morts.
La feconde Cérémonie fe pratique du moins une fois l'année, au tom-
beau même des Ancétres. Comme il eft ordinairement fitué dans les mon-
tagnes, tous es defcendans d'une méme famille, hommes, femmes & en-
fans, s'y raflemblent, Si c’cft au mois d'Avril, ils commencent par nétoyer
les
(b), Du Halde, pag 396. (x) Defcription de la Caine par Navaret-
(5) Ibid. pag. 309. tC, pag. 72.
bien tr
0 ON
loin lc
Œucius
devoirs
de lui,
. tion pa
les voi
morts,
L ES
vivante
flatucs
dans to
ne & |
Du
fait crc
voit nt
fouhait
leurs il
lontaire
vement
CG) N
toyer les
portantes
Cm) L
ÛU(
Ci
Pexige
les fetes
préfent
vils X 1
Œas, ?
jun (
(arc, {o
deux c
D'autre
pie ah.
sent de
ferge bian-
retranchent
r aux fetes,
es de fortir
r chaife ett
humé. Un
de fes An-
qui refufe-
ax honneurs
qui meurent
orté au lieu
jui leur per-
.
les familles
La premicre
2 vüe. ‘T'ou.
rintems , &
ept ou huit
Mandarins ,
& fe recon-
çcordce. Le
re place.
fur une clc-
ftatues des
hommes des
)lettes ou de
té, leur em-
ifieurs tables
e lambeaux
peu près les
chent de lui
, le jour de
ns. Les gens
fe réduifent
maifons les
lorts tombe
flemblés au
quantité de
urs. Il ajoû-
x Morts.
‘e, au tom-
ns les mon-
mes & en-
par nétoyer
les
par Navaret-
D E
LA CHINE, Liv. Il Cnaer. Il 39
.
fepulchres, en otant les herbes & les buiflons que la terre y à produits
go Alors ils expriment leur vénération, leur reconnoïgance & Icur dou-
ur avec les memes formalités que le jour de la mort. Enfuite ils placent,
hr les tombes, du vin & des vivres; après quoi ils ne penfent plus qu'a fe
bien craitcr eux-mémes.
* ON nc peut défavouer, conclut l'Auteur, que les Chinois ne portent trop
Moin leurs cérémonies, fur-tout celles qui fe font à l'honneur des Morts. Con-
ucius déclare, dans fon Livre du Lu nyu, qu'on rend:aux Morts les mimes
devoirs qu'on leur rendroit s'ils étoient vivans. Un de fes Difciples rapporte
de lui, que dans les offrandes qu'il faifoit aux Morts, il exprimoit fon ailec-
tion par «es témoignages fort vifs; que pour s'animer davantage il s'imaginoit
gmles voir & les entendre; [ & que parce qu'il ÿ avoit long teims qu'ils étoient
morts, il fe les rappelloit de cems en teims dans i clprit.]
Les anciens Chinois fe férvoient d'un petit enfant, comme d'une image
vivante, pour reprefenter les Morts. Mais leurs facceffiurs ont fubititué des
flatues (71) où des tablettes, parce que ct ufage @t plus limple & plus aifé
dans toutes.les occa ions où leur reconnoiïffance éclate, pour la vie, la fortu-
ne & l'éducation qu ils ont reçües de leurs pres (a).
Du Halde obicrve, à l'égard des Chiasis, que malzsré l'opinion qui les
fait croire plus atcaches à la vie que la plupart dés autres Peuples, on les
voit néanmoins afl-Z tranquilles dans les pius dangereufes maladiis, & qu'ils
fouhaitent mme qu'on ne leur digaite pas l'approcus d:la mort (0). D'ail-
leurs il s'en trouve un grand nombre, dans les d'‘ux féxes, qui prennent vo-
lontairement le paru dé mourir, dans un cranort de colère ou par un mou-
vement de jalouuie, de defefpoir, de grandeur d'ame, &ec.
foin de né. {
cit utC de leuts
(i) Navarette obferve que ce
toyer les fCpuichres,
portantes OCCupAirons
(m) Leuis Docteurs en donnent pour rai-
n, que l'enfant lui-même a befoin d'un objet
fenfoie pour le fure p nf'r aux Morts.
(n° Da Halde. pag. 309. & fuiv.
(o) lbid. pag. 280.
plus ini-
f VL
Magnificence des Chinois dans lews Poyages, dans leurs Fêtes
& dans leurs Ouvrages publics.
UOIQUE les Loix de la Chine ayent banni la pompe & le luxe dans le
cours de la vie privée, non-feulemenc il elt perinis d'en ufer, mais on
Péxige meme dans les occafions publiques, t'Îles que les voyages, les vifites,
les feres & les audiences qu'on obtient de l'Empereur. On auroit peine à re-
préfencer l'air de grandeur avec lequel les Quans, eeft-à-dire, les Officiers ci-
vils X militaires, que nous avons nommés Mandarins à l'éxemple des Portu-
œais, parolenc dans les proce ons & dans les autres occafions d’eclar. Lorf-
un Chifu, Magrtrat Civil, qui n'et qu'un Mandarin du ciuquième Or-
(dre, fort de {a malon, les Oificiers de fon Tribunal march:nt en ordre, des
deux cos de chaque rue. Les uns portent devant lui un parafol de foie.
D'aucres frappent de tems en tems fur un baïlin de cuivre, avertiflant le Peu.
ge à haute voix de rendre les refpects qu'il doit à leur Maitre. D'autres por-
Sent de grands foucts; d'autres, de grands batons blancs ou des chaines .
er
C£urMOoN
FUNEI
Cros,
Doctrine
Confucius {ur
le culte des
Morts,
C! Anepmeorés
HAancomen
d'utige,
Les Ch'nois
MOINS ICE l-
chés à la vic
qu'on ne pere
fe,
Principe des
Chinois fur la
pompe & le
luxe,
Marche
poimpeule
d'un Chi-fin'
MAGNIFICEN-
CE Des CHi-
NO,
Marche d'un
‘J'ionz tu ou
d'un Viccroi,
40 VOYAGES DANS L'EMPIRE
fer. La vûe de tous ces inftrumens fait trembler les Flabitans d'une Ville,
Dés que le Chi-fw paroït, tous les pallans ne pentent qu'a lui témoigner leur
vénération; non en le faluant, çar il n'y a point de falutation qui ne pafsi
pour une familiarité criminelle; mais en s'ecartant du chemin, en fe tenan:
debout, les pieds ferrés & les bras pendans. Ils demeurent immobiles dans
cette pofture jufqu’a ce que le Mandarin foit paité.
Lorsque le Tfong-tu (a) ou le Viceroi fe montre dans la Ville, il e°:
toûjours accompagné de cent hommes au moins, qui occupent quelquefo ;
toute la rue. La marche commence par deux umballiers, qui battent cont.
nuellement pour avertir le Peuple. Ils font fuivis de huit hommes, qui por:
tent des Enfeignes [ de bois vernifilt,} fur lefquelles on lit, en gros carac?
tères, les titres du Mandarin. Quatorze autres Enfeignes, qui fuccédent, : "3
repréfentent les fymboles de fon Emploi, tels que le dragon, le tygre, 1 20
Loug-cvang (D) , la tortue-volante & d'autres animaux ailés. Six Officier,
viennent enfuite, avec des planches en forme de pelles, qu'ils tiennent ek:
vées & fur lefquelles les qualités particulières du Mandarin font interites er
or. Deux autres Officiers les fuivent; l'un, qui porte un triple ptrafol de foi:
jaune; l'autre, chargé de létui qui ferc à rentermer le parafol. Deux ar
chers à cheval, qui conduifenc les gardes. Le corps des gardes, fur quar.
lignes, armés de lances Scythes (c), & parcs de rubans de foie. Deux au.
tres files d'hommes armés, dont les uns portent des maces, foit à longs ma:
ches, foit en forme de main, foit de fer, en forme de férpent; & les au.
tres, de grands marteaux, ou de longues haches en forme de croiffant. Un:
feconde compagnie de gardes, les uns armes de haches tranchantes ; d'au.
tres, de lances (d), comme les premiers. Un corps de foldats avec des hx
lebardes pointues (e}, d'arcs & de fléches. Deux porteurs, avec une fr
belle caflette, qui contient les fceaux du Mandarin. Deux timballicrs, pou
donner avis de fon approche. Deux Officicrs, avec des plumes d'oie à lei
bonnet, armés de cannes pour contenir le Peuple. Deux maciers, avec da
maces dorées, en forme de‘dragons. Un grand nombre d'Officiers de Ju‘
ce, dont quelques-uns portent des foucts; d'autres, d gaules plates p
donner la baftonade; d'autres, des chaines & des c las, ou parés d:
charpes de foie. Enfin, deux Porte-étendarts & le Capitiune général du conv
Le Viceroi paroit ici dans une grande chaife dorée, portée par huit homme
environnée de pages & de valets-de-pied. Il a près de fa Perfonne un O:.
cier, qui porte un grand parafol, de la forme d'un écran. De quantité .
gardes qui le fuivent, les uns font armés de maces poliedres, & d'autres, c:
fabres à longues poignées. Enfuite viennent plutieurs Enfeignes , avec
grand nombre de domeftiques à cheval, dont chacun porte quelque chofe pc:
l'ufage du Mandarin, comme un fecond bonnet, dans un étui, par précaut!
pour les changemens de tems. Si c'eft üans ls téncbres qu'il doit fortir,
por:
ile Traducteur nomme ici
ces, Le Viccroi n'en commande qu'une. ces, font encore des faux redrcflécs , co
(b) Efpéce de Phœnix, dont on a déja dans le paffage précédent, R. d. E.
paric. e) Angl, dés Hallcbardes à trois poire
(
à SRE LS armés de faux rcedreiles, R. d. Li,
A, O,
d'une Ville
moigner leur
jui ne pafsi
en fe tenant
mobiles dans
Ville, il ce!
c quelquefo:
Jattent cont-:
nes, qui por.
1 gros Car?
i fuccédent,
le tygre Pa
Six Officicr
tiennent Ce:
t infcrites ci
frafol de foi:
1. Deux ar:
s, fur quat
e, Deux a:
à longs mar:
its & les au:
roiffant, Un:
hantes ; d'au
avec des hi
avec une f
ballicrs, pou
es d'oie à ki
iers, avec di
ciers de Ju”
es plates p
ou parcs «:
cral du conv
huit homme,
fonne un O!:
)e quantité c.
X d'autres, c
nes , AVEC |
que chofe pi'
par précauti !
doit fortir,
por:
ur nomme ici
ire ficts n Co
Ru
€S d LOIS points
EP ET
RERO RS ane a AR ne Te
RER
GRAND LHRONE
Ta
il | ji
il À
15.» Shéey drer .
=
=
=
=
=
=
E
Lmmal
|
=
=
=
=
=
=
=
=
=
==
==
=
=.
Dr Groorr KEFIZERIY
s
mm
ES =
,, ZHRONE
TOUT te EAP OL See RE © TT TU TT TT TT
.. 0 OR es, #00
Su,
\! (RSR
APT
RAA ( fl
ALALTAALEEKELERLNTEREEREEEREER EAN
KEIZERLYKE THROON.
un
©
TT
|
port
tés,
eùs ,
1
D
Eilcs
æ fitéc
ù El ei f
7 haut
1 en p:
WW Cort
d'aut
fatin
C
paro
jort
piuli
deux
rope
Man
fins
jours
tent
folda
ont,
hom:
ces
}
: dans
Ÿ : voit
/ A : cicrs
/ A LA mon
/ & dats
nn LJ de !
PIN Re
kRegi
res €
l'on
L
bliqt
nair
des
4!
|
\]
| |
LA
(
PA
1
DE LA CHINE, Lrv. IL Car. Il. at
ports de grandes & belles lanternes, fur iefquelies on lit fes titres & fes auaii-
tés, pour infpirer à tous les fpectatcurs les fentimens de refpect qui lui font
cüs, & pour faire arrêter les pallans ou lever ceux qui font aïis.
LE Quan militaire n'affeéte pas moins de grandeur dans toutes fes marches.
Eiles fe Tont ordinairement à cheval. Les harnois Chinois font d’une fomptuo-
fité extraordinaire. Les mords & les étriers font d'or ou d'argent. La fulle
et fort riche, & les rénes de gros fatin cizelé, larges de deux doigts. Du
haut de l'eftomac il leur pend deux grandes trefles de poil rouge, telles qu'ils
en portent à leur bonnet, attachées à des anneaux dorés ou argentés. Leur
cortége elt compofé d’un grand nombre de gens à cheval, les uns devant,
d'autres derriere lui; fans y comprendre leurs domeftiques , qui font vétus de
fatin noir ou de toile peinte, fuivant la qualité de leur Maitre Co)
Ce ne font pas feulement ies Princes & les perfonnes du plus haut rang qui
paroiflent en public avec cette Majefté. Un homme de médiocre qualité ne
fort dans les rues qu’à cheval ou dans un fgdan bien fermé, avec une fuite de
piulieurs domeftiques à pied. Les Dames ‘T'artares ont l'ufage des caléches à
deux roues; mais clles n'ont point celui des caroffes (g). Au-lieu qu'en Eu-
rope on voyage avec peu de provilions , fans ordre X fans Cclat, l'ufage des
Mandarins, à ia Chine, eft de ne s'cloigner jamais du lieu de leur réfidence
fins beaucoup d'appareil. S'ils voyagent par eau (h), leur Barque cit tou-
jours magnifique & fat voile à la tete d'un grand nombre d autres, qui por-
tent les gens de leur fuite, S'ils vont par terre, outre les domeltiques & les
foldats qui précédent & qui fuivent, avec des cpieux & des étendarts, ils
ont, pour leur propre perfonne, une chafe portée par des mules ou par huit
hommes, & piufieurs chevaux de main, pour faire alternativement ufage de
ces commodités , fuivant ieur goût & la difpolition du tems (i).
Mais la magnificence Chinoiie ne paroît jamais avec plus de fplendeur que
dans jes audiences Impriales, ou lorfque l'Empereur , afis fur fon trône,
voit à fes pieds les principaux Seigneurs de fa Cour & tous les grands Of-
ciers civils & militaires, qui viennent lui rendre hommage en habits de céré-
monie. C’eft un fpeétacle véritablement augufte que cette multitude de fol-
dats qui compofent fa garde, & ce nombre incroyable de Mandarins avec
toutes les marques de leur dignité, placés chacun fuivant fon rang dans l'or-
dre le plus éxact; les Miniftres d'Etat, ies Préfidens des Cours fuprêmes , les
Reguies, les Princes du Sang, tous diflingués par quelques marques particulic-
res de grandeur, & capables de donner la plus nobie idée du Monarque à qui
l'on s'empreffe de rendre tant de refpcëét & de foumiflion (&).
Les Chinois affectent aufli beaucoup de pompe dans leurs réjouiffances pu-
bliques , fur-tout dans deux fêtes qui fe célèbrent avec une dépenfe extraordi-
naire. La premicre eff celle du commencement de l'année, &°1 autre, celle
des Lanternes. Par le commencement de l'année is entendent la fin du dou-
zième mois & vingt jours de la premicre Lune de l'année fuivanté; ce qui
forme
(f) Cine du Père du Halde, pag. 252. & (2) Le Comte remarque qu'ils y déployent
fuivantes; & Mémoires du Père le Comte, paticulièrement | ur Grandeur.
pag. 159. & fuiv. (Qi) Chine du Pere du Halde, page 265,
Cg) Ménoires du Père le Comte, pag. 169. & fuivantes,
& fuivantes. (k) ibid, pag. 290,
V'IIL Part. h
MacNtre
CENCE DPS
Cuinors.
Marche du
Quan militai-
re,
l'ête des
gons du com-
mun,
Voyages des
Mandarins,
Pompe des
Audiences
Impériales.
Fêtes pubii.
ques,
mers
MAGNIFI-
“ENCE DES
CHINOIS.
L'ête du coim-
mencement
de l'année , ou
de la clôture
} = . PTE
üLs Sceaux,
Superftition
Chinoile.
Fête des Lan-
ternes,
Forme des
lanternes de
cette Fête.
42 VOYAGES DANS L'EMPIRE
forme proprement le tems de leurs vacations. Alors ceffent toutes fortes d'af.
faires. On fe fait des préfens mutuels. ‘Toutes les poites font arrétées, & les
Lribunaux fermés dans toute l'étendue de l'Empire. Cerie fete porte le nom
de Cléture des Sceaux, parce que les petits coffres où l'on renferme les fecaux
de chaque Tribunal, fonc alors fermes avec beaucoup de cérémonie. Ces va-
cances durent un mois entier, & font une faifon de joie, fur-tout pendant les
derniers jours de la dernière année, qui fe célèbrent fort folemnellement, Les
Mandarins inférieurs rendent des devoirs à leurs Supcrieurs, les enfans à leur
père, les domeftiques à leurs maîtres, Ke. C'elt ce qui s'appelle, en langue
Chinoife, prendre congé de l'année. Le foir, toute la famille 5 aflembie &
fe réjouit dans un grand feflin. : |
L'Aureur oblerve que dans quelques Cantons, les perfonnes d'une même
famille ne reccvroient point un Etranger, quelque laiton qu'il; euflent d'ail-
leurs avec lui, dans la crainte qu'au premier inftant où la nouvelle Lune pa-
roît, il n’enlevat touc le bonheur qr'elle peut apporter à là maifon & qu'il ne
l'emportit dans la fienne. ‘l'out le monde fe tient renfermé ce jour-là, & ne
veut fe réjouir qu'avec fa famille. Mais le lendemain & les jours fuivans, on
fait éclater une joie extraordinaire. Les boutiques font fermées dans toute la
Ville. On ne penfe qu'au plaitir. Chacun fe pare de fes meilleurs habits &
vifite fes parens, fes amis & fes protecteurs. On repréfente des comédies,
on fe traite les uns les autres, & l’on £ fouhaite mutuellement toutes fortes de
profpérités (2).
LA fète des Lanternes tombe au quinzième jour de la premiere Lune. Tou-
te la Chine eft illuminée düns ce jour. On la croiroit en feu. Les réjouiflan-
ces commencent le 13 au foir, & durent jufqu'au foir du 16 ou du 17. ‘l'ous
les Fabitans de l'Empire, riches & pauvres, à la campagne & dans les Vil-
ies , fur les Côtes de Mer & fur les rivières, allument des lanternes peintes
(m) de différentes formes (n), & les fufpendent dans leurs cours, à leurs fe-
netres & dans leurs appartemens. Les perfonnes riches emplovent, dit l'Au-
teur, plus de deux cens francs en lanternes. Les grands Mandarins, les Vi-
cerois & l'Empereur même, y mettent trois ou quatre milles livres (0). ‘T'ou-
tes les portes font ouvertes le foir, & le Peuple a ja liberté d'entrer dans les
Tribunaux des Mandarins, qui font fplendidement ornés (ph).
Ces lanternes font fort grandes (4). On en voit à fix faces. Le bois en
eft verni & relevé par des dorures. Les faces, ou les panneaux, font d'u-
ne belle étofe de foie tranfparente; fur laquelle on a peint des fleurs, des
arbres
(1) On a déja là d’autres détails dans les
Relations précédentes. R. d. T.
(m) Le Perc le Comte dit qu'ils font auf
des feux de joie & des petards. Magaihaens
dit qu'ils lancent des fufées, qu'on voit brà-
ler en l'air fous diverfes formes, de Barques,
de Tours, de Dragons, de Tygres, &c,
(n) Magalhaens dit que Yang-cheu fu, dans
la Province de Kyaug-nnan, et le, plus fa-
meux endroit de l'Empire pour la beauté &
la richefle des lanternes.
(o) Deux inile écus, fuivant Le Comce.
(p) Magalhaens raconte une avauture qui
explique cette liberté.
(g) Le mème Auteur leur donne vingt
coudées de diametre, c'eft à dire , trente
pieds & quelquefois davantage, Il 1joûte qu'el-
les font fufpendues dans les falles où dans les
cours, fur des échaffauts qu'on éléve exprès.
Le Comte dit que les lanternes font elles-mê-
mes des falles ou des chambres, où l’on peut
entrer & repréfenter des Comédies. Il ajoûte
que leur nombre peut monter à deux cens mil-
lions dans tout l'Empire. C'eft peut être une
méprife du Traducieur Auglois, pour deux
ceus mille,
fortes d'af.
tées, X les
rte le nom
e les fevaux
ic. Ces va-
pendant les
ement. Les
nfans à icur
, en langue
allemble &
d'une même
uflent d'ail-
le Lune pa-
1 & quil ne
ur-la, & ne
fuivans, on
ans toute la
rs habits &
comédies,
ces fortes de
Lune. ‘Tou-
s réjouiflan-
117. ous
ans les Vil-
rnes peintes
, à leurs fe-
t, dit l'Au-
ns, les Vi-
(0). Tou-
rer dans les
Le bois en
K, font d’u-
fleurs, des
arbres
donne vingt
dire , trente
l'ajoûte qu'el-
s où dans les
éléve exprès.
font celles-mé-
, Où l'on peut
ies. Ilajoùte
lieux cens mil-
peut être une
, pour deux
DE LA CHINE, Lrv. IL Crnar.]ll. 4
+
J
arbres & des figures d'hommes , qui, étant difpofées avec beaucoup d'art,
reçoivent une apparence de vie du grand rombre de lampes & de chandelles
dont les lanternes font éclairées.
D'autres font rondes, d'une corne bleue &
tranfparente qui plait beaucoup à la vûe.
Le fommet cit orné de feulptu-
res; & de chaque coin péndent des banderolles de fatin, de diverfes cou.
leurs.
PENDANT la même féte on donne d'autres fpectacles, pour l'amufement
du Peuple. La, paroiffent des Chevaux qui galopent, des Vaiffcaux a la voile,
des Armées en marche, des Rois avec leur cortège, des aflémblées de danfe,
& d'autres figures, qui font remuées par des reflorts. On y repréfente, par
de fimples ombres, des Princes, des Princefles, des Soldats, des Bouffons
& d'autres caractcres. Les mouvemens & les gefles répondent fi parfaitement
aux difcours du Machinifte, qu'on s'imagincroit que chaque figure parle.
D'autres portent un dragon de fnixante ou quatre-vingt pieds de long, rem-
pli de lumières depuis la cête jufqu'à la queuc, qu'ils agitent & font tour-
ner comme un ferpent.
Mas rien ne donne tant d'éclat à la fête, que les feux d'artifices qui
s’éxécutent dans toutes les parties de la Ville. On prétend que les Chinois ex-
cellent dans cet art. Magalhaens raconte qu'il ne put voir fans admiration un
de ces fpectacles, auquel il fut invité avec fon Compagnon, dans la Province
de Se-chuen, par le Tyran Chang-hyen-chung.
Le feu d'artifice repréfentoit un
cabinet couvert d’une vigne. ‘l'outes les jointures de l'ouvrage furent en feu
fans fe confumer; mais la vigne, avec fes branches, fes feuilles & fes gra-
pes, fut confumée par degrés.
Les grapes paroifloient rouges, les feuilles
vertes; & la couleur de la tige étoit imitée fi naturellement, que tout le mon-
de s’y feroit trompé (r). Mais on fe formcra une idée plus jufte de ces re-
préfentations, fur le récit d’un feu d'artifice que l'Empereur Kang-hi donna
pour amufement à toute fa Cour, & dont les Miflionaires du Palais furent
témoins.
ON commença par mettre le feu à fit cylindres, plantés en terre, d’où il
s'éleva des flammes, qui retombèrent d'environ douze pieds de hauteur en
. pluie d'or ou de feu. Ce prélude fut fuivi d’une forte de chariot à bombes,
foutenu par deux poteaux, d’où il fortit une autre pluie de feu, accompa-
gnce de plufieurs lanternes, für lefquelles on lifoit diverfes fentences en gros
caractères couleur de fouffre enflammé, & d’une demi-douzaine de chande-
liers à branches, en forme de piliers. Dans un inftant cette abondance de lu-
mières changea la nuit en un jour fort éclatant.
Enfin, l'Empereur mit lui-
même le feu au corps de la machine, qui fe couvrit tout-d'un-coup de flam-
mes, dans un efpace de quatre-vingt pieds de long fur quarante ou cinquante :
La flamme s'étant communiquée à plufieurs piliers, & à diverfes
de largeur.
figures de papier qui étoient diftribuées de toutes parts, on vit s'élever dans
l'air un prodigieux nombre de fufées, & quantité de lanternes & de branches
s'allumer dans toute la place.
Ce fpectacle dura près d'une demi-heure. De
tems en tems on voyoit paroître, en plufieurs endroits, des flammes bicuicres
(r) Le Comte, qui paroît copier Magal-
hacns, tourne en ridicule ces Repréfentations
L
en
de fruit avec du feu. Mais il avoue qu'il n’a
jamais vù de feux d'artifice à la Chine,
e)
…
MaGNirI-
CENCE DES
CnHinors.
Cnnacl
ŸYPCELAT
l
Gu Où lEnTe
i
onte
Vide
Teux d'arti
fice Chinois.
Grand feu
d'artifice de
l'Empereur
Rang-hi,
MAGN
€LENCE
IF1-
DES
CuiNoïs.
Cérémonie
fingulicre de
Ja fête des
Lanternes,
Origine de
cette l'ête,
Aatre ori-
gine,
Fète des
Giteaux
tdires.
Lu-
4t VOYAGES DANS L'EMPIRE
en forme de grapes de rain, qui pendoieni d'un cauinci couvert de vigne,
Ces figures à demi-fombres, Joint aux IUMLETES qui brilloienc COMME autant
d'étoiles, formérent un fpeétacie extremement agréabie,
ON obferve dans ces fetes une cérémonie fort remarquabie, Dans Li pi-
art des maifons, les Chefs de fimilie ccrivenc en gros ceracter:s, fui u-
ne feuille de papicr rouge ou fur une tablette vern::, les mots fuivans :
Ten-ti, San-Lyay, [ Che-fan ] Tchin-t - | v |
vérneur du Ciel, dela "l'erre, des trois Limites (s) & des dix mile Inic:l:-
gences (1). Ce papier eft renferme dans un quadre de bois ou dé carton. 7e
la Cour, on le place fur une tabie, fur laqueiie on met uu bleu > du pin, de
ja viande, ou quelqu'autre offrande de cetie nature. Enfuite on fe prof:crne à
terre & l'on offre de petits batons parfumés (v).
L’oPINION commune jur l'origine de cette fec:, e% qu'eile fut ctabiie
eu de tems après la fondation de l'mpie, par un Mancarin, qui, ayant
perdu fa fille fur le bord d'une rivière, fe mut à la chercher, mais inutiie-
ment, avec des flambeaux & des ianternes, accompagné d'une foule de Peu-
pie dont il s’étoit fait aimer par fa vertu. Cette hiftoire t quelque rcflem-
biance avec celle qu'on zaconte d'une autre fete, que ies Chinois nommen:
Long-chuen, c'eft-a-dire, Ecorce de Dragon, & les Portugais de Macao, Lu:h:
lumba. Elle fe célèbre le cinquième jour de la cinquième iune, par des r£-
jouiffances fur l'eau (x). Mais les Lettrés donnent une autre origine à là fc.
te des Lanternes. Ils prétendent que l'Empereur Aye, dernier Monarque 4:
la famille de Hya, fe plaignant de la divifion des nuits & des jours, qui rend
une partic de la vie inutile au phaifir, fic batir un Palais fans fenêtres, où il
raflembla un certain nombre de perfonnes des deux féxes, qui étoient toû-
jours nues; & que pour en bannir les ténèbres, il y établit une tilumination
continuelle de fambeaux & de lanternes, qui donna naïflance à cette fete (y).
Le 15 de la huiticme Lune &it célébré à la Chine par d’autres réjouiffan-
ces. Depuis le coucher du Soleil & ie lever de la Lune jufqu'a minuit, tou.
le monde fe promene avec fes amis & fes parens dans les rues, dans les places
publiques, dans les jardins & fur les terrafles, pour attendre l'apparition du
Liévre qui doit fe faire voir cette nuit dans k Lune (2). Les jours précédens
on s'envoye mutuellement de petits gateaux ronds & fucrés, qui portent |:
nom de Tue-nin, où Güteaux Lunaires. Les plus gros, qui ont environ dix
pouces de diametre & qui repréfencent la pleine-Lune, portent au centre u-
ne figure de liévre, & font compofés de pate de noix & d'amandes, de pom-
mes de pin & d'autres ingrédiens. Ils fe mangent à la lueur de la Lune, avec
des accompagnemens de mufique.
LE méme Auteur obferve dans un autre lieu, que les neuf premiers ‘ours
de la Lune font de grandes fetes à la Chine , fur-tout le neuvième. C'eft je
tems que les Chinois choïfffent pour le mariage de leurs enfans ; & leur uit-
ge, pendant ces fetes, cit de fe faire fervir un plat qui repréfente un cer-
tain
(s) C'eft-àdire, de tout le Monde. ja parlé,
(&) Dix mille, pour inüini. 692 Magalhaens, wbi up. pag. 107. Le
(y) Magalhaens, pag. 104, Le Comte, Pére le Comte, pag. 165.
pag. 161. Du Halde, pag. 290, (3) Voyez ci-dellus,
(2) C'eit apparemment celle dont on a dé-
P'an-lin, Tchin-tja; ; c'ett-a-dire: Au vrai Gou-n
btain
2cun
:J'emi
Font
EL
les mi
phe
des E
& lies
faires
Chaqu
Xercic
oit pe
ojent
n'eft p:
aviilo
4e ar
plufieu
Lzss
cence |
lEmpi
des Et
les mu
des PI
frcens,
tes, d
lempo
bitans
A
». * ve
CS vigne,
mme auians
Dans li pii-
r2$, iui u-
25 faivans :
| vrai Gou-»
nilie Inte:l!.
‘carton.
lu pain, de
prof:crne à
[ut Ctabi.s
qui, ayanc
nais inutile.
ule de Peu-
que reflem-
5 nommen:
Ca0 , Liurbs
par des ré-
ine à la fé-
[onarque à:
s, qui rend
tres, où il
toicnt toû-
iuminatio1
e fete (y).
rcjouiffan-
inuit, tou.
s les places
arition du
s précédens
portent |:
nviron dix
centre u-
s, de pom-
une, avec
miers jours
C'eft je
: Ieur ufi-
C Un cCcr-
tain
L
DE LA CHINE, Lrv. Il Car. I. 45
Mtain avortement du Palais, environné de neuf Tours, qui répondent à cine
Brain appirtem 5, en ui ré
Pcun ces neuf jours. ils fuppofent que le nombre &e neui cit le plus excellenc
| es nombres, & qui a là vertu @2 comiérer des honneurs, des ri-
: une longue vie. C'efl dans l'efoérance d'obtenir ces trois biens,
Mde ious
“chefies ©
que ie neuvième jour on s'ailemble dans 25 Villes, fur ies tours & is ter-
rafles, où l'on f: réjouit avec es parens & fes amis. Les Ffabicans de là
“campagne prennent pour lieu d'aflemblée les montagnes €: d'auires licux ciz-
5, L'Auteur aioûte, que les neuf Tours de: lepparicment du Pas ont
<
re
a
“éte bicies dans ia même vüe (4).
La mignifcence des Chinois éclate admirabiement dans ieurs Ouvrages
(l
iCS
, pe ieis que les fortifications des Villes, des forts & des Cateaux,
* ' +: 1 A + PE à e 1 A e à + } 1
Temples, ies Sailes de leurs Ancèires, les Tours, Î25 res de triomphe, ie
Fonts, ies Ciernins,
!
Fac]
les Canaux & leurs autres Monumens publics.
LES ouvrages qui fe font remarquer particulitrement dans les Villes, font
les murs d'enceinte G ies portes, les Teémples, les Tours, iss Ares de triom-
phe & les autres cdifices publics. Lis s'attirent les regarës @ l'admiration
des Etrangers. La prodigieufe quantité de Barques qui couvrent ies Canaux
& les Livicres , la foule des Habitans €: le mouvement tumuïtueux d2s af-
faires, n'en augmentent pas peu l'éclat. |
Dans la plüpart des Villes de la Chine, les murs d'enceinte font des quar-
tés -longs, dont les angles regardent, autant qu'il et podible, ies quatre
points cardinaux. ils font généraiement f' hauts (2), qu'ils cachent les cdi-
fices; & fi iarges, qu'on peut marcher deflus à cheval. Ordintirement is
font de brique ou de pierres quarrées, environnés d'un large foflé, foutenus
d'un remparc de cerre, & flanqués à certaines diftances de ‘l'ours cuarrécs.
Chaque entrée a deux portes, entre lefquelles ef: une place-d'armes pour l'é-
xercice des gens de guerre. Après avoir pale la premitre porte on n'apper-
oit pas la feconde, parce qu'ell: n'elt jamais à l'oppolite. Quoiqu'el:s n2
oient point ornées de bas-reliefs, comme ies autres monumens pubiics, on
n'eft pas moins frappé de la hauteur prodigieufe de deux Tours, où de deux
pavillons, qui font bàcis deflus, & qui fervent comme d'arfenal ou de corps
de ‘ee Dn admire aufñi la beauté de leurs arches, quf font de marbre dans
plufieurs Villes, © la folidité exuravrdinaire de l'ouvrage (c).
Lrs Forts & les Chateaux de défenfe font d'autres éxemples de la magnifi-
cence des Chinois; mais on en remet la defcription à l’article des l'orces de
l'Empire. C'eft la multitade de ces édifices qui doit augmenter l'admiration
des Etrangers. On ne compte pas moins de quinze cens quatre-vingt-une Vil-
les murées dans les feize Provinces de la Chine. Le nombre des Forts &
des Places fortifices, de fept différens ordres , monte à deux mille huit
frcens, [ vingt-un ] fans y comprendre les Tours, les Châteaux & is Redou-
tes, dont on compte environ trois mille au long de la grande muraille, qui
l'emporte elle-même fur tous les ouvrages du Monde (d). Le tiers des Fia-
bitans de l'Empire fut employé à la batir. Comme elle commence à la Mer,
on
(ec) Chine du Père Du Halde, pag. 242
& 238. ..
(4) On en a donné ci-defT5s la defcription.
F3 :
Ca) Magaihaens, pag. 318.
(2) Celui de Peking a quarante pieds de
ULCUS.
Macnirr.
CENCE DES
Curxois,
NMonumens
& Ouvrages
publics des
Cüinois,
Murailles &
portes des
Villes,
Nombre des
Viles & des
Forts,
Grande mue.
raille,
46 VOYAGES DANS L'EMPIRE
nauwtre on fut obligé, pour en jetter les fondemens de ce côté-la, de couler à fonc
cexcr pes plufieurs Vafleaux charges de fer & de grofles pierres. Elle fuc élevée ave: MN
Cuixois Umarc merveilleux. 11 fut défendu aux ouvriers, fous peine de mort, de lait. MS
{er la moindre ouverture entre les pierres. De-là vient que ce fameux ouvra. #
ge fe conierve aufli entier que le premier jour qu'il fut bati Ce).
Tours des Dans les lieux les plus fréquentés de chaque Ville, on voit une ou plu.
Milles. fieurs Tours, quife font également admirer par leur hauteur & par la beauté de
leur architeéture. Elles portent le nom de Pas-ta. Les unes font compofées LS
de neuf étages; mais elles n'en ont jamais moins de fent, qui diminuent par "8
degrés à proportion qu'ils s'élèvent, & qui offrent des fenétres de chaque cc
té, Le plus fameux édifice de ce genre eit celui de Nan-king , qui fe nom.
me la grande Tour, où la Tour de porcelaine. On en a déja donné quelqu'idée:
mais la meilleure defcription qu'on en puifle defirer eft celle du Pere le Com
te (f)
Temple de LE Pau-ghen-tfe, ou le Temple de la Reconnoiffance, bâti par l'Empereur
t + A . . . ,
la Reconnoif. Tong-lo hors des murs de la meme Ville, ett élevé fur une pile de briques qu
fance, où forment un grand perron, environné de baluftrades de marbre brut & d'un.
rs rampe de fept ou huit degrés. La Salle, qui fert de Temple, a cent pieds d&
hauteur. Elle porte fur une petite bafe de marbre, qui ne s'élève que d'un
pied, mais qui régne autour du mur à deux pieds de largeur. La façade c"
ornée d'une galerie & de plufieurs colomnes. Les toits (car ces cdifices en
ont ordinairement deux; l'un, qui termine les murs, & l'autre qui s'élève au-
deflus du premier ,) font de tuiles vernics d’un verd luifant. L'intérieur eft re.
vêtu de peintures, avec un grand nombre de compartimens engagés les uns
dans les autres (g), qui ne font pas d'un agrément médiocre dans la plûpart
des ouvrages Chinois. À la vérité les forets de folives, de chevrons & de lam.
bourdes qui paroïflent de toutes parts, ont quelque chofe de fingulier & mé:
me de furprenant, parce qu'elles font juger que la dépenfe & le travail en fon: ,
immenfes. Mais cette confufion vienten effet de l'ignorance des ouvriers (h),
qui ne font point encore parvenus à cette agréable fimplicité, dans laquelle
confifte principalement la force & la beauté des édifices de l'Europe.
Tour de ce LA Salle du Temple de Pau-ghen-tfe n'a de lumière que ce qu'elle en rc.
emple, çoit par les portes. On en compte trois grandes du côté de l'Eft, qui con.
duifent à la fameufe Tour dont on va lire la defcription & qui fait partie du
Temple. C'eft un oétogone d'environ quarante pieds de diamettre ; de forte
que la largeur de chaque face cit de quinze pieds (i). Elle eft environnée d'un
mur de la même forme, qui eft à deux toifes & demie de l'édifice, Le premier
toit, qui cft de tuiles vernies, femble fortir du corps de la Tour, & forme au-
deflous une fort belle galerie. Les étages fontau nombre de neuf, dont chacun
eft orné d’une corniche, trois pieds au-deflus des fenêtres, & d'un toît fem-
blable à celui de la gallerie, excepté qu'il ne peut étre fi faillant, parce qu'il
n'i
Sa defcrip-
tion.
(e) Du Halde, ubi Jup. pag. s & 262.
(f) Du Halde, pag. 240. & 288.
Cg) Angl. La charpente qui paroît en de-
dans eft peinte, & chargée d'une infinité de
piéces différemment engagées les unes dans les
autres. R. d. E.
(b) Le Père le Comte paroït un peu poi'é
à rabaiffer les ouvrages Chinois.
(i) Ce feroit cent vingt pieds de circonfé-
rence, quoique Gemelli, copiant ici le Pèrele
Comte, ne lui en donne que quarante. [ & cc
pendant il fait la muraille épailfe de douze
pieds par le bas.]
=
+
Li
couler à fonc
ct clevée avec
mort, de lai£ À
ameux ouvra. !
: une ou plu. À
ar la beauté de
nt compofées
diminuent par #4
le chaque ci
qui fe nom.
; quelqu'idée;
Pere le Com.
ir l'Empereur
le briques qu
brut & d'un. Ù
cent pieds de
éve que d'un
La façade ci
es édifices en
qui s'élève au-
rieur eft re-
ragés les un:
ans la plûpart
ons & de lam.
igulier & mé.
ravail en font .
ouvriers (h), :
dans laquelle
rope.
qu'elle en rc.
Et, qui con.
fait partie du
ttre; de forte
vironnée d'un
Le premier
, & forme au-
, dont chacun
‘un toit fem-
3 parce quil
n'a
Se
eds de circonfs-
ant ici le Pércle
quarante. | & cc?
paiffe de douze
ET ONNSNRSEe el
= NTERIEUR D'UN.
| F2 = = —. tire
DT
fi
442
ARRET RERRRIEERRNN
S
> +
«
#\:
|
et
=! |
=]:
ms
LS
=:
mL >,
=]!
À D
mi 7
=
ss
El
=
ns) 4
k
4
er = ne te
ELITE
%.Y. Schley dira
ET
T BINNENSTE EEN'S AÂF G O D :
Se
5
ET
IEUR D'UN.
ture
E
mm
BI
CNE
Lou ht RP 1
AFGODS-TEMPEL, uit Nwusoi
||
111:
= = RES F
\'a point
le douze
ce porcel:
n ditting
Des briq
obfcrve q
“briques, &
propre qu
e la me
tous les au
gun d'env:
picds. Si
de degrés,
picds depu
e LE fon
fort gros
D 4:
Il 1] de fer, qu
que dans |
Brandeur «
€, que le
Je mieux à
La Chi
rodes, &
#ont bâtis !
ands frai
es bofcuct
de la chale
Æ, moitié
mn falles &
bent l'un:
hlquefois
ÿ
1
T BINNENSTE EE EL
DE LA CHINE, Liv. IL Car. IL 47
n'a point de mur pour ie foutenir. Le mur du rez-de-chauflée n'a pas moins
dc douze pieds d'épaifleur, fur huit pieds & demi de hauteur. Il eft revetu
Aide porcelaine. La pluie & la pouficre ont un peu altéré fa couleur; mais
Mon ditingue encore que c'elt de lu porcelaine, quoique de la grofle efpece.
Des briques ne fe feroient pas fi-bien confervées depuis plus de trois cens
s.
L'ESCALIER intérieur cfè petit, & peu commode, parce qu'il eft extré-
ement haut. Les étages font féparés encr'eux par d'épaifles folives, qui fe
roifent pour foutenir le plancher , & qui forment un platfond orné d'une
Brande varicté de peintures; fi les peintures Chinoifes, remarque le Pére le
“Comte, font capables d’orner un appartement. Les murs des étages fupérieurs
“fonc remplis de petites niches, qui contiennent des figures en bas-relief; ce qui
faicunce force de marquetterie affez agréable. Les dorures, qui régnent de tou-
es parts, n'empechent pas que la matière ne paroïfl: de marbre ou de pierre
polic, quoique l'Auteur foit porté à la prendre pour de là brique moulce. Il
obfcrve que les Chinois excellent à former toutes fortes de figures fur leurs
“briques, & que leur terre, qui eft extrémement fine & bien temp-rée, eft plus
propre que la nôtre à recevoir l'imprefion des moules, ‘Tous les étages font
de la même hauteur , à l'exception du premier, qui eft plus haut que
tous les autres, L'Auteur ayant compté cent quatre-vingt-dix degrés, cha-
cun d'environ dix pouces, la hauteur totale doit ètre de cent cinquante-huit
jicds. Si l'on y joint celle du perron, celle du neuvième ctage, qui n'a pas
de degrés, & celle du toit, on peut donner à cette ‘Ll'our environ deux cens
picds depuis le rez-de-chauflee. ;
% Le fommet de tout l'ouvrage en eft une des plus belles parties. C'eft un
fort gros mit, qui, s'élevant du plancher de l'étage huititm?, pate le toit
de plus de trente pieds. Il eft entouré, à la même hautgeur, d'un gros cercle
de fer, qui régne en fpirale, avec des ditances de plufieurs pieds; de forte
Que dans l'éloignement on le prendroit pour une efpce de cône creux d'une
Ærandeur excraordinaire. let terminé par une grofl: boule dorée. Cet édifi-
é, que les Chinois appellent la Tour de poreilain:, elt affirement l'ouvrage
lé micux imaginé, le plus folids & le plus magnifique de tout l'Orient (k).
La Chin: eft remplie de ces Femples, que les Europiens ont nommis Pa-
godes, & qui font confacrés à quelque Divinité fabuleufe. Les plus célcbres
font bâtis fur des montagnes (iriles; mais les canaux, qui ont été ouverts à
“grands frais pour conduire l'eau des hauteurs dans les réfervoirs, les jardins,
Rs bofucts & les grottes qu'on a pratiquées dans les Rochers contre l'exce
de la chaleur, rendent ces Solitides extrémement agréables. L'édifice confif-
Œ, moicié en portiques, pavés de grandes pierres quarrées & poliesÿ moitié
êh falles & en pavillons, qui forment les coins des cours, & qui communi-
Quent l'une à l'autre par de longues galeries, ornées de flitues en pierre &
ciquefois en marbre (7). Les toîts font fort éçlatans par la beauté de leurs
Miles, qui font vernies de june & de verd, avec des dragons faillans de la
“Meme couleur à tous les coins.
ea
à
A CL) Mémores du Père le Comte, pag, & fuir. .
M, & Chine du Père du Halde, pig. 288. (1) Angl, & quelquefois en bronze. R. d. F,
La:
Macniri.
CENCE DES
Cuinot
Sloaliau
Efcalier,
l'irures
moules,
Temples
rommés Pa:
godes,
AMAGNIFI-
CENCE DES
CuiINoïis.
Tour de cha-
ss Posnlo
que ‘Feinple.
Arcs de
triompire des
Chinois.
Leur def.
ciiptiun,
Leur CO ICUrs
CO! ncii icns,
VOYAGES DANS L'EMPIRE À
LA plüpart de ces remplies ont une g'ande Tour féparce, qui fe termire
en dome, où l'on monte par ua bel efcalier tournant. Le milieu du dôme for.
me ordinairement un autre ‘l'emple quarré, enrichi d'ouvrage à la mofaïque, dl
Ses murs font couverts de figures d'animaux & de monftres en relief (»), B
‘Telle eït la forme ordinaire dés 'emples Chinois. Magalhaens aflüre qu'a
en compte quatre cens quatre-vingt, qui font trés-fameux & tres- fréquents
à caufe de leur richefle, de leur magnificence, & des miracles que la fuper.
ftition PRDANe fait attr'huer à leurs Idoles. Ïs fervent aufli de demeure a:
Bonz:s (n)
Les Ares de triompne, que les Chinoïs nomment Pay-fang & Pay-kx, À
s'ofrent en grand nombre dans chaque Ville; mais la plûpart font groilicr.
ment tra raillés & méritent peu d'attention. Quelques-uns font entiéremer
de bois, à la réferve du piédeftal, qui eft de marbre. Suivant le Pere!
Comte, ceux de Ning-po ont géncralement trois portes; une au milieu, ça
eit fort grande, & deux petites aux cotes. Les picdeftaux font de gros pics
quarrés, qui content dans une feule pierre. L'Entablement cit compole
trois Où quatre faces, ordinai.. nent fans moulure & fans projection, ar
ferve de la QETRItESs qui en offre une au-lieu de Frifé, où l'on voit quelqu li:
cripuüon gravée. Les piliers foutiennent, fans aucune app: rence de Corniche,
un toit qui forme le iommet de la porte & qui ne peut étre repréfenté qe
per ie pinceau. Notre Architecture gothique n'a rien elle-meme de fi bizarr.
Chique porte cit compofte des memes parties, fans autre différence que à
de r. Celles qui font de pierre n'en font pas moins jointes par des tenus
& des mortoifes, comme fi elles étoient de bois.
CEs monumens n’ont prefque jamais plus de vingt ou vingt-cinq picds c:
de hauteur. Ils font chargés de figures d'hommes, d'antiques, de fleur:
d'oifeaux, en reli & à jour. Ces ornemens font médiocres pour la beaux
de la icuipture; mais ils font détachés fi proprement du corps de l'editic.,s
que ne paroilfant joints que par des cordons, ils fe melent l'un dans l'au:
fans aucune confulion. L’Auteur en conclut que l'habilete des anciens Art.
furpañloit beaucoup celle des modernes; car les arcs de triomphe des dre
tems n'approchent point des anciens. Le corps de l'ouvrage eit folide, à
aucune ouverture & fans aucune autre décoration qui ferve à l'égayer, L'or
dre, qui eft le meme dans les Ares anciens & modernes, n'a pas de ruikr
blance avec les nôtres, füit dans la difpolition, foit dans a proportion c:|
parties. On n'y voit ni chapiteaux ni corniches. La picce qui a quelque rx
port à nos Frife s, €t d'une hauteur choquante pour les Europcens ; M.
clie n'en cit que plus conforme au goût Chinois, parce qu'elle en a plus «
pace pour les ornemens qu: accompagnent des deux cotés “Inféripion (°
Ce font de belles figures © des fculptures en boffe, des fleurs, des Oil:
qui femblent voler hors de la piérre. Ces ouvrages font les chef-d'œuvres di
Chinois. En un mot, leurs Ares de triomphe ne font pas fans beaute. L
plûparc étant placés dans es rues , à certaines diftances, forment un fer
cie qui a quelque chofe de noble & d'agréabie, fur-tout lorfque la rue c?
(
48
(m7) Du Halde, pag. 229. Ce
(a) Maga!l
Le Comte , pag. 86, & Du
bi jup. pag. 17 & 288.
ACNS , Fag, 4u,
}
qui fe termine L
du dôme for.
à la mofaïque, Bi
on relicf (m1), à
s aflüre qu'oa M
res-fréquentes |
que la fupur.
demeure aux
‘EMPLE DE QUANG QUA My D
gs & Pay-kx,
ont groilic
t entièrement
int le Peérck#
u milieu, Gi
de gros piliurs
t compofé d:
tion, à are
oit quelqu In: #
de Cornicik,
cpréfenté qu!
de fi bizarre
rence que 1
par des tenui
cinq picds c:
, de tleurs à
our Ja beaux
s de l’éditic,
nciens Arti:i
1e des dernki
fc folide, à
'égaver, Lo:
pas de reikr:
proportion cf
a quelque 7
Opcens ; ma
en a plus du
ifcription (:
S, des oifeiut
(d'œuvres d
s beaute. Lil
ent un fpei
* Ja rue cl
trois
6, & Du |
«ot i
TEMPEI van QUANG-QUA-MYAU.
étroite.
Prince:
pour Î
leurs.
E x
des An
Des pr
grande
te-dou:
d'ornei
le mod
te-fept
vingt
riche.
Ma
des M
de ma;
des Lo
| N Jeuts.
| # paux
| fon ur
| crainte
| l'afair
| trème
| ches ft
| rend à
LA
| bre de
| tant dé
| fonder
|
|
|
|
|
|
plufie
dans u
fecond
DA
fort CF
jointut
& les
des br
ches;
couch
de roc
DE
préfen
DE LA CHINEË, Liv. Il Car. Il. 49
troie. On compte plus d'onze cens de ces monumens, élevés à l'honneur des
Princes, des hommes & des femines illufires, & des perfonnes renommées
pour leur feavoir & leur vertu (p). Il y a peu de Villes qui n'ayent. les
leurs.
Exrre les Edifices publics, on peut nommer les Salles bâties à l’honneur
des Ancêtres, les Bibliothèques, & les Palais des Princes & des Mandarins.
Des premiers, on en compte fept cens neuf, qui font ditingués par leur
grandeur & leur beauté. Les Bibliothèques, au nombre de deux cens foixan-"
te-douze, ont été baties à grands frais, @& ne manquent , ni de livres, ni
d'ornemens. L'Empire contient trente-deux Palais de Regules, conftruits fur
le modèle du Palais Impérial de Peking, & treize mille quatre cens (4) quaran-
te-fept Hôccels ou grandes maifons de Quans. On y peut joindre fix cens quatre-
vingt-cinq Maufolées ou ‘Fombeaux , Tameux par leur architeéture & par la
richefle de leurs ornemens (r).
Mars la plus grande partic des Palais, fur-tout les Hôtels des Quans ou
des Mandarins, quoique bâtis aux dépens de l'Empereur, n'ont guères plus
de magnificence que les maifons des fimples Particuliers. L'Empire Chinois a
des Loix fomptuaires, qui reftraignent également le luxe des Grands & des
Petits. Péndanc le fejour que le Pére le Comte fit à Peking, un des princi-
paux Mandarins, qu'il prit même pour un Prince, s'étant fait bitir une mai-
fon un peu plus belle que les autres , fut accufé devant l'Empereur; & i2
crainte du péril qui le menaçoit lui fit prendre le parti de l'abattre avant que
l'affaire füuc jugée (5). Les maifons du commun des Habitans font d'une ex-
trème fimplcité. On ne cherche qu’a les rendre commodes. Celles des Ri-
ches font ornées d'ouvrages de vernis, de feulptures & de dorures; ce quiles
rond affez agréables à la vûe.
LA manicre de les bâtir eff de commencer par l'ércétion d'un certain nom-
bre de piliers, fur lefquels on pofe le toit. ‘Fous les Edifices de la Chine c-
tant de bois, il eft rare que les fondemens ayent plus de deux picds de pro-
fondeur. Les murs font ordinairement de brique ou d'argile, quoique dans
pluficurs Cantons on les fafle de bois. (Ces maifons confiftent généralement
dans un rez-de-chauflée, à l'exception de celles des Marchands | qui ont un
fecond étage, nommé Lew, dont ils font leur magafin.
Dans les Villes, la plûpart des maifons font couvertes de tuiles creufes
fort épaifles, dont le côté convexe elt par-deffous; & pour fermer toutes les
jointures, ils en appliquent d'autres dans une polition contraire. Tes folives
& les chevrons font de forme ronde ou quarrée. Sur les chevrons, on place
des briques furt minces, en forme de grandes tuiles quarrées, ou de plan-
ches; ou des nattes de rofeaux enduites de plâtre. Lorfque cette premicre
couche eft féche, on range les tuiles deflus, en les joignant avec dé la chaux
de roche (+).
DE quelque manière que les rues foient difpofées | on a toûjours foin de
préfenter la face des maifons au Sud, pour éviter ks vents du Nord, qui ne
conviennent
p) Magalhaens en compte onze-cens cin- (s) Mémoires du Père leComt:, pag. 6:
quante-neul. e (+) Du Halde, pag 283; & Le Comte
(a) Angl. fix cens, R. d, E, page 14
Cr) Magalhaens, pag. 45. & fuiv.
VIII. Part. G
Macnsrs
CEN:
EL DES
Cuinors
* Salles des
Ancêtres.
Dibiiothe.
ques.
Palais des
Grands.
Maufolées,
Loix fomy.
tuaire
Chine,
s dela
Aanicre
Chinoile de
Ne
Datir.
Dipo tion
des maifons &
los n:
desf
1
)
+ac
LC
so VOYAGES DANS L'EMPIR
conviennent point au temperamment des Chinois. C'eit par cette raifon que
:s la porte eft fouvenc de travers, dans quelque coin de la cour (vw). Dans la
pl üpart des mailons, apres a avoir traver{é le porche, on entre dans un faxlon
de trente ou trentc-cinq picds de longueur, {ur la moitié moins de largeur.
derriere lequel on trouve quatre où Cinq chambres fur une méme ligne, de
l'EIE à l'Oucit . Celle > du milicu porte le nom de chambre intérieure, nr toit
_eft foutenu par des piliers cit 5 fur une 1 afe de pierre; de forte que dans
une chambre de trente pieds, il y aura toüjours vingt-quatre piliers d'un cû
té & le même nombre de l'autre, avec un feul aux deux extrémités, Ces pi
liers, qui ont ordinairement dix pieds de hauteur, fupportene de grofles foli.
ves étendues de l'un à l'autre; & de deux en deux piliers, on place d'autres
pièces de bois pour foûcenir ja charpente de la voûte. Enfuite on commence
a batir les mur ail les.
La beauté des maifons confifte dans l'épaifleur des f es & des piliers,
dans l'excellence du bois , X dans les oui "ATCS de {et Ipt ture qui font l'ornce-
ment des portes. n'ya point d'autre efcalier que les degrés d' entrée ; 5; Car
4 1 ’
chaque maifon ef toû rs un peu élevéc au-deflus du ni veau de la te
à | | \1 nr n V4 6 » des fn
Mais au long de la façade on pratique une galerie de fix ou fopt Pasis de
geur , bordec de belles pierres de tulle. Dans certaines maifons, les P rtes
du milicu répondant les unes aux autres, latiènt voir des l'entrée une longuc
tite d'appartemens,
LE : Peu uple emplo; ve, poifr la confruétion des murs, une forte de briques
qui ne fontpas cui ts au feu ; cxcepte pour farale, qui eft toüjours compo-
. } T»
fce + Briques \ cuites. Dans quelques Provinces, les maifon s ne font que d’ar-
s\
gile détrempe Dans d l'autres, ce font des claics de e bois, oe de terre
ou de mor . Mais les murs des perfonnes de gil he tion font de briques pi-
lées, dont toutes les parties font re; intes à l'aide d'un maitic (x), & reçoi-
vent toutes fortes d'embellifemens de fu bite. Dans les Villages, fur-tout
. 4 jues Provinces, les n daifons font généralement de terre { & fort baf
]& les toits | forment un angle fi obtus, ou font tellement arrondis pou
foi ives Où des lattes. Dans. certaines Provin ces, on br ile, au-lieu debois, du
charbon de Mine; & dans re des rofeaux ou de : paille, Comme les
poefles y font en dues avec des cheminées fort pe nics, & quelquefois fans
cheminée, on n'y feauroit faire de feu | hors ds la cuifine, fans infeéter toute
la maifon de fumée; fur-tout lorfqu'on y brüle des rofcaux , dont l'odeur et
HRRpare te à ceux qui n'en ont pas l'ha ue le.
Les maifons des Grands & des Riches ne font pas co: nparables a celles de
France, Le feroit abufer des termes, pour s'exprimer ici dans ceux de l'Au-
teur, que de leur donner le nom de Palais. Elles font un peu plus élevées que
celles d lu Pe uple, & le foi noel des toits eft accompagné de plulicurs orne-
mens; maiscen ft après-tout qu'un fimple rez-de-chautlé Les Tribunau
de Juice n'ont rien de pl las 5 magnifique. Si les cours font fa cieufes, les por-
tes mailives & quc! ide is ornées de feulptures affez clégantes , il n'y a pas
pius
Du Halle, pag, 249. tesavec du maitic; l'Orizinal Anglois, d'a:
pas où le Tradufenr pres le Père du Halde, dit fimplement
ces briques piéces, & rcjoin Diiques poiies, K, 4 E.
u j qu'ils parciflent plats nr fonc compoles de rofeaux, appliqués fur des
plus
Salle
C
ceux
de le
de la
fépal
fices
celle
lions
P lac
ou !
d
jour
Trib
L
man
Les
pour
port
='[rib
les p
fre d
falle
d'un
form
[@)
plus
culie
bités
cont
n'ac
jais «
CES (
men
X r
l'air
ri
rivic
L
raifon que
Dans Ja
is un falon
!
le largeur
ligne, de
Le toit
e que dans
s d'un co.
s, Ces pi
srofies foli-
ce d'autres
commence
es piliers,
ont l'ornc-
ntrée; çar
le la terre,
icds de Jar.
lcs portes
une Jonguc
de briques
ITS COMPO-
t que d’ar-
es de terre
briques pi-
; X reçoi-
s, fur-tout
K fort baf
ondis pou-7"
ués fur dei
bois, du
Comme les
uefois fans
ecter toute
l'odeur et!
a celles de
x de J'Au-
‘levées que
-urs orne-
Lribunau
4 les por-
[nya pas
plus
t + *
nulois, d'a:
plemeni
Læ
DE LA CHINE, Liv. I. Crrar. IL
Jus de magrifcence que de propreté dans les chambres intérieures & dans les
Salles d'audience (y).
CEPENDANT les Palais des Princes & des principaux Mandarins, comme
ceux des perfonnes opulentes, font Ctonnans par leur étendue; & la multitude:
de leurs cours & de leurs appartemens compenfe ce qui leur manque du côté
de la magnificence & de la beauté. Ils font compofés de quatre ou cinq Cours,
féparces par autant de rangées d'édifices. Les ailes ne contiennent que des of.
figes & des logemens pour ls domefliques. Chaque façade a trois portes, dont
celle du milieu, qui eft la plus grande, offre des deux cotés pluficurs figures de
lions en marbre (2). Devant la grande porte de la première cour eft une
place, environnée d'une baluflrade, qui @it revetue d'un beau vernis rouge
ou noi. Les deux cotés font flanquis d'une petite tour, d’où les tambours
& d'autres inflrumens de Mufique fe font entendre à différentes heures du
jour, fur-tout lorfque le Mandarin fort de fa maifon ou qu'il monte fur fon
Tribunal.
La premiere cour eft une grande efplanade, où ceux qui ont quelque de-
mande à faire & quelque faveur à prétendre , obtiennent la liberté d'entrer.
Les deux ailes font compofées de petits batimens , qui fervent de Bureaux
pour les Officiers du Tribunal. Au fond de la cour fe préfentent trois autres
portes, qui ne s'ouvrent que dans le tems où le Mandarin doit monter fur fon
Tribunal. Celle du milieu eft [fort large, & cit} uniquement réfervée pour
les perfonnes de diftinction. On paffe dans une autre cour, dont le fond of-
fre d'abord une grande falle, où l& Mandarin adminiftre la Juttice. Cette
falle eft fuivie de deux autres, qui lui fervent à recevoir les vilites. Elles font
d'une propreté finguliére & fort bien meublées. Telle eft généralement la
forme des grands ‘l'ribunaux. :
ON trouve enfuite une troifième cour, où fe préfente une falle beaucoup
plus belle que celle des audiences publiques. C’eft le lieu où les amis parti-
culiers du Mandarin font introduits. Les édifices qui l'environnent font ha-
bités par les domeftiques. Au-delà de cette falle eft une autre cour, qui
si
Ci:
NOIS,
Defcription
du Palais d'un
grand Man-
darin,
contient les appartemens des femmes & des enfans du Mandarin, & qui
n'a qu'une grande porte, où nul homme n'ofe pénétrer. Cette partie du Pa-
jais et propre & commode. On y voit des jardins, des bofquets, des pié-
ces d'eau & tout ce qui peut plaire à la vûe. Il fe trouve des Chinois qui ai-
ment les rochers & les monts artificiels, percés par des routes fouterraines,
& remplis de détours comme un labyrinthe, pour y jouir de la fraîcheur de
l'air (a). Lorfqu'ils ont affez d’efpace , ils font de petits Parcs pour y nour-
rir des Daims, & des Lacs ou des étangs pour le poifflon & les oifeaux de
rivière (b).
Les Chinois n’ont pas, comme les Européens, la curiofité d’orner & d'em-
bellir l'interieur de leurs maifons. On n’y voit point de tapifleries, de glaces
ni de dorures. Comme les Mandarins tiennent leurs Palais de l'Empereur &
qu'il
(y) Du Halde, pag. 283 & fuivantes, Le
Comte, pag. 148.
(3) Quoique le marbre foit fort commun
a la Chine, on en voit peu dans les autres en-
droits des mailons.
(a) Quelques-uns, fuivant le Comte, font
des grottes & des montagnes dans leurs jar-
dins.
(b) Magalhaens, pag. 27
pag. 284.
*
r 2
2, & Du Halde,
Ornemens
des jardins,
Meubles des
Chinois,
NMAGNIFI-
52 VOYAGES DANS L'EMPIRE
qu'il leur arrive fouvent de fe les voir ôter, ils ne font jamais de dépenfe c:.
wraordinaire pour les meubler. D'ailleurs, les vifites ne fe recevant que dans
ja grande falle qui eft fur le devant de la maifon, il n'eft pas furprenant que
les ornemens foient négligés dans les appartemens intérieurs, où ils feroicnt
entièrement inutiles, parce qu'ils n'y feroient jamais vüs des Etrangers.
Les principaux meubles qu'on apperçoit dans les falles, font de grandes
lanternes de foie peinte, qui pendent du platfond; des tables, des cabinegs,
des paravans & des chattes. Fous ces meubles font revetus d'un beau veus
rouge & noir, fi tranfparent qu in empeche pas de découvrir les veines du
bois, avec un mélange de toutes fortes de peintures, en Or, cn argent ou en
d'autres couleurs. Les tables, les buffets & les cabinets font charges de por.
celaine. ‘l'out y paroïitd'une propreté & d'un agrément admirables. Dans quel
ques endroits on y voit fufpendues des piéces de Satin blanc, pointes de fleurs,
d'oifeaux , de montagnes & de payfages (c), ou couvertes de fentences mo-
rales en gros caractères. D'autres fe contentent de blanchir lus murs où de Les
couvrir de papier, avec une habileté qui cit particulière aux Chinois.
Les lits font d'une beauté fingulière, fur-tout dans les maifüns des Grands,
Toute la partie de bois eft peinte, dorée & relevée par des ouvrages de feuln-
ture. Dans les Provinces du Nord, les rideaux font de double fatin pendant
lhyver. Ils font place en Etc aux taffctas blancs a fleurs & à figures, ou à
la plus belle gaze, qui eft az claire pour le pañlage de l'air, & aflez ferrée
pour empecher celui des coufins,infectes fort incommodes dans les Régions
Muridionales. Le Peuple employe, pour s'en défendre, des ctoffes fort min-
ces, d'une forte de chanvre. Les matelas font fort épais & garnis de coton.
Daxs les Provinces du Nord on fait des alcoves de brique, de différentes
grandeurs, fuivant le nombre des perfonnes qui compofent une famille. On
y joint un petit poile pour le charbon de terre, dont la chaleur fe répand dan:
toute la maifon, avec une efpecc d'entonnoir qui reçoit la fumée, Les poiles
des perfonnes de diftinction font pratiques dans le mur & s’allument du cote
extérieur (d). Aïn lt enaleur fe communique fi parfaitement aux lits & à
toutes les parties d'une maifon, qu'on n'a pas béfoin de lits de plume comme
en Europe. Ceux qui craignen: de coucher dans une alcove de brique, fufpen-
dent au-deflus une forte de hamak, compofe de cordes ou de Ratan (ce).
LE matin, on enlève tout ce qui a fervi au repos du fommeil, & l’on met
dans les chambres des tapis & acs nattes pour s'y afoir pendant le jour. Com-
me il n'y a point de cheminées ,rien n'eft fi commode pour toute une famille,
qui s’occupe ainft de fon travail fans reffentir le moindre froid & fans étre obli-
gée de recourir aux pelifles. Les gens du commun préparent leurs alimens
& fonc chauffer leur vin ou leur the à l'ouverture du poile. Ces alcoves ou ces
lits de brique, font aflez grands, dans les hotellerics, pour fervir à plulieurs
Voyageurs enfemble (f').
L'ATTENTION
Le ", t 2e » «+ HS | mnt « à { R \ . W ins À -
(ce) Le Comte ditqu’ony voit les portraits Ce) Le Tiadudecur à confervé ici le m
des ancôtres de la mafon, & que les muis Ang'ois, parce qu'il n'a pas fait attentio
. . ee , , . , nl .
t a iclois peints, avec une forte d'ar- fans doute, qu'il s'arifioit ici de Rotins, fot
Enr >=) ( L . v Î: ' ral
cüitecture te de rofcaux communs aux Indes Orientale
EL.
Le Comte, pas, 147 K 156. Dull
|
’ 4 :
104, & Iuille
ma
ren
InC!
Pro
ge,
tot
fus
fom
gra
quel
puit
lage
S
qui]
ploi
con
jour
pal
fetr
fon,
poft.
& f
n'eft
A
blie
l'Em
rer
fort.
de cc
tion |
diocr
l'un,
gran
cond
ou ut
chac
fons
deux
me d
des |
ractC
St
Tour
pour
rem
hautt
, .|
LIULI
dépenfe ex.
ant que dans
pr enant que
t ils feroicnt
angers.
de grandes
Les cabinegs,
beau veriis
es veines du
argent ou en
rges de por.
Dans quel.
es de fleurs
ntences hoc
irs où de [es
nois.
des Grands.
res de fculp-
tin pendant
gures, Où à
. affez ferré
Jes Régions
es fort min-
is de coton,
: différentes
amille. On
répand dans
Les poilcs
ent du côte
aux Jits & 2
ume comme
que, fufpen-
im (ce).
& l’on met
jour. Com-
inc famille,
ns étre obli-
urs alimens
‘OVCS OU CCS
‘à plufieurs
[TENTICN
DE LA CHINE, Liv..l Car, !E 52
. . e A de
L'ATTENTION du Gouvernement Chinois, comme celle des anciens Ro-
mains, s'étend aux grandes routes de l'Empire, & ne néglige ricn pour les
rendre sûres, belles & commodes, Une infinité d’ hommes font continuclle.
ment employés à les rendre unies, & fouvent à les paver, fur-tout dans le
res Méridionales, où les chevaux & les chariots ne ga it nue en ufi-
ge. La plüpart fonc fort larges, & fi bien fablées, qu'elles fe fchent au oo
tot qu'il a ceflé de pleuvoir. Les Chinois ont ouvert dés chemin; par def.
fus les plus hautes montagnes, en perçant des rochers, en apple iniflant ee
fommets & rempliflant de profondes vallées. Dans quelques Pro ess los
grandes routes font autant de promenades , bordées de gra ie. bros, & quel-
quefois de murs hauts de fept ou huit pieds, pour empecher les voyageurs de
PRE à cheval dans les terres ; avec des ouvertures qui conduifent aux Vil-
lages.
Sur ces routes ontrouve, à certaines diflances, des licux de repos pour ceux
qui yoyagent à pied. La plüpart des Mandarins qui font rappellés de leurs Em-
plois cherchent à fe diflinguer par des ouvr: ges de cette nature. On ren-
contre aufi des ‘T'emples , ou des Couvens de Bonzcs, qui offrent pendant le
jour une retraite aux Voyageurs ; mais on obtient rarement la permiion d'y
pañer la nuit, à la réferve “des M: ndarins , qui jouiflent de ce privilige, ll
fe trouve des perfonnes charitables qui Éoht diltribuer, pendant Ja belle fai-
fon, du thé aux pauvres Voyageurs, & pendant l'hyver une forte d'eau com-
pofée, où l'on a fait infufer du gingembre. Les hotellcries font fort grandes
& fort belles fur les grandes routes; mais, dans les chemins détournés, rien
n'eft fi miférable & fi mal entendu.
À chaque poftc on rencontre une maïfon, qui fe nomme Aong-quun, éta-
blie pour la réception des Mandarins & de ceux qui voyagent par l'or dre de
l'Empereur. Ces édifices ne font point auifi beaux qu'on pourroit fe le figu-
rer & qu'ils font repréfentés par des Ecrivains mal: informés. Les uns {0 ont
fort : grands, d’ autres fort petits. () Quelques- uns néanmoins ne Mere il
de commodités , ni d'agrément. Où jugera de tous les autres par la de ferip-
tion de celui de Canton, qui eft de lcfpéce commune. Sa grandeur €ft mc.
diocre, Ilcft compofé de deux cours & de deux principaux bitimens, dont
lun, qui eft au fond de la première cour, n'eft qu'un Tong, c'eft-à-dire, une
grande falle ouverte pour y recevoir les vifites. L'autre , qui termine la fe.
conde cour : cit divifé en trois pieces, dont celle du milieu forme un fallon ,
ou une antichambre pour deux autres grandes chambres qui font fur les ai ls,
chacune avec fon cabinet. Cette difpofition ft commune à toutes les ma
fons des perfonnes de qualité. Le fallon, où lanti-chambre, ett orné de
deux grandes lanternes de foie peinte & tranfparente, qui pendent en for-
me de luftre. La porte d'entrée & celle des cours offrent aufli deux gran-
des lanternes de papier , fur lefquelles on lit des Infcriptions en gros ca-
ractères. |
Sur les grands chemins on trouve, à de juftes diftances, une forte de
Tours, avec des guérites pour les fentinelles, & des étendarts, qu'on lève
pour fignal . les cas d'allarme.” Ces Tours font compofées de terre dé-
rempée. Leur forme eft quarrée, Elles ont des embrafures de biais, à la
hauteur de huit pieds. Dans quelques Provinces on y piace, au fommet, des
cioches de fer fondu; mais celles qui font fur la route de Peking n ont ni
e
G 3 gucrites
r'
Ty
î
Mir
Me
Hinpériaux.
PA 7
10
s 1]
2 poui ins
SCIS
Def cri! pti on
Tong-
-Gu dil
e » Canton.
l'ours &
C Ps de mat-
{ur
ne
UCS
À
ve vnr
Les Le IN Ci
{
li
die lieuee a Ande ù Une pete à
dats CO
l'ons ne
qu'el
Habit
Les
toutes Îles
quantit
41, .
CrIPLIONS
i
routes. gran
de monumens que les Chin
Ce font de gros blocs de i
où, par le moyen
nent ,. Onen voit “ la
Mais leur hauteur cominune n'efi
PER font prop ïtionnées. |
pierre (4). Quelques-uns font 1 envi
pour enclos qu ‘un ue batiment de
propre. Leur forme furoit un quarré
vers le
Les I {a!
darins,
en cievent
ont recus de l'Empereur,
d'une favet r Impuriake
trelaffées (/ “
aune moi
TT
IC,
IIAC.
)itans « des Vi ilus . int *$S Cr!
lorfqu'ils ont ete
au!t, pour immortauier
ou par d'a
ON V.
Il
eus tisf: lits de [RS
joint d
e
ENS obferve que
ennent les TOUS
depuis Pcking jufqu'aux p
des Po iles &X les dif lances ue une
darins & des autres voyageurs.
Chine font divifes en onze cens
hotcile: 1e royale.
fignifie, Lieux
re] ÿ és de plaifr
nnent qu'il y
ta air CC. de ( :1nq en cinq lis ; c'e Lei dire : : cnaqu à
nlr
ICTRAUVEMENT, aveC un e garde de fi
fommet, & couverts de que Iqu
ht CCS inNONUMENS
ur gouvern
quelques honneurs extraordinaires qu'is
tres MOotIis.
[:
CUX il{
Û
* CS pures
rtics es plus uloi
MPIRKRE
ait fur toutes les grande;
ol ferver ce qui {u pu IG aux en
es. On les repare foigneufement |
e des foldats n'eft pas fuhiant,
en grand nombre fu
a-vis de ces
Che-peys, avec diverfes Inf
des bafes de li meme matic
lques tenons, le bloc tt te
picds, larges & épais de deux
tre ou cinq Dos X leurs autre
nds font éleves fur unc voute de
D'autres n'ont
ce, m ais font couverts d'un toit Lor
licr, s'ils n'étoient un peu arrond
rotefque d'une autre picrre
a lhonneur des Man
ement.. Ces Oihciers memes
preicntent
UVe, Vis lcmpl
Li
EE
des f EUIUS,
orfqu'il eft quellior
cures de Dragons, diverfement en:
sCi hinois ont des Itine raires Imprimes , ON des
N
, tant par cau que par terre,
necs de l'Empire, avec l'ordr
les
Ville à l'autre, pour la commodité des Man
Dans ce livre, tous les grands che
quatre-vingt-Cinq {
outes ces ho telkrics portent le nom de Te ou de Chin, qu
On en one aufii fepc cens trente-cin
dans les Villes du premier & du fecond Ordre, dans les Villes
ins «
chacun leur
AS qui ont
jronticres à
dans les Chateaux du centre de | Empire ; deux CCS cinq dans + Bourg: qu
fe nomment %e, & trois cens trois dans ceux qui s'appellenc Chin (k).
il y a ici une diffcrence entre le noml
dont la conciliation ne paroit point aifee.
ne cft remplie de commodités pot
Du Ialde
Lies Chinoïs, Out cu ni
ire
Archi!
pour € t uiig
[RLFEA
mblance que
ntrodui
lermes, quelques ioi
Lu GLS i
ir les voyages & les tranfports par eau.
rivières navigables & les canaux y font en fori grand nombre.
AYETE
re geéncral & le nombre particulier
Outre les chemins de terre, la Ch
Les
On trouve a
long
s coufMin
fi
APparemn
1hcom-
»
fardeaux ne Îles
rantc-cinq. R. d.E,
ne par Magalha
ONZt CCS QU
la Ci
ions d
ie
es grandes
, à claque
rde dé lol
hiiant, |
ombre fu
lemples,
ivcries Inf:
eme matic
loc &tt cute
us de deux
leurs autre
1 voute de
utres n'ont
un toit for
jeu arrondi
atre pierre
des an
:1ers MENÉS
aires quis
cf queit
récment en:
mes, ou dei
G:par: TETTC,
avec l'ordre
ce des Alan
icmins de |
chacun leur
le Chin L qu
trentu-Cin
ronticres à
s bourgs qu
(&). Mai
particulier,
rre, la Chi
ar eau. Les
n trouve a
long
apparemn
ne ICS 1nCOM-
c-Cinq. R.d.E:
ir Magalha
Tevy - wano:- Mvyau
« Le €
NW”
at
|
IN
CHINEESSE TEMPEFIS,
uit
TEMPLE CHINOIS, tré de Nvaor.
NIEUHOF
-
=
-
=
=
=.
=
Les)
= |;
—
= |
==
=
—
=
Æ
=
==
= |
=
=
Æ
EM
AY chien dinx
De VESTING
ŒRESSE DE TYEN TSING
#
|
|
==
{fl | [ITIETTI] |
SL UE TN
A A + 64 TN
De VESTING an FVYEN - TSING -
TT OT ÊË
eee me
TYEN TSING
EN - TSING
WE T ; uit
NIAUHOFr
ee
LE
[A
=
M
TT NT EN
LL
EE ZZ
TITI
A
(
%
ni
L'iLiIITITII
.#
REZ CAC EEE CD UT SEE 7 NEO +4 PRE OO: à 22 IEEE EN Eu
? l'a défenseur de da LPitrie
FR ue | ps - ; : Verdeediger van zvn Va
PAGODES où Srarrss pr TEMPLE. ( Annee de Linéein
, 2-7 Godin Lin-tsin,
#
——
1
À
l l =
LL d me
Nr
OT TT ADUTITTTIITIT
defe nseur de la Litrie
Verdeedioer van zvn Vaderland .
di ua TEMPEL-BEFRELDE
din Lin-tsin.
Z
à
+ 4 cl d'il
« ta on
AL UTOTS
"4
a HT
Ï
z
ee
I
ÿ Ÿ La
. YO SéAiet direz
> A/: Q s ÿ À
PAGODES ou Srartes pr LEMPLE
long des
fonc bor
a conftrt
qui tirel
rIVICTE O
fouvent
rees , qu'(
d'ardoife
quantité
ON v
gne. le
cheu-fi ,
une fort
& de m:
pace en
fept arcl
pieds de
baïfler |
de largeu
bâti L
roiflent
LES |
nombre «
ainii à |:
tits lacs,
pe comn
Chinois
. Ja féconc
Mai:
le nom
fes; Qi
Nord au
rivicres ;
continue
Chan-ton,
toient p
n'a past
CE F
Voyage:
eft fituc
ces de :
fe joint
dant dei
DE LA CHINE, Liv. Il Car. Il. 55"
long des rivières un fentier commode pour les gens de pied, & les canaux Macxirr
fonc bordés d'un quai de pierre. Dans les Cantons humides & marécageux, on ACE PES
a conftruit de longues chauflées, pour la commodité des voyageurs & de ceux "7"
qui tirent les Barques. Il y a peu de Provinces qui n’ayent pas une grande
rivière ou un large canal, qui lui fert de grand chemin d'eau; & la rive cit
fouvent bordée, à la hauteur de dix ou douze pieds, de belles pierres quar-
rces, qu'on prendroit dans quelques endroits pour du marbre gris ou couleur
d'ardoife. Ces bordures étant quelquefois de vingt-cinq pieds, on a befoin de
quantité de machines pour élever l'eau & la faire entrer dans les verres.
ON voit plufieurs canaux qui s'étendent l'efpace de dix licues en droite Ji+ Beaut£ des
gne. ‘l'el eft celui qui eft entre Su-cheu-fu & Vu-Ji-hyen. Le canal de Æng-
cheu-f, au Nord-Oueit, a par-tout plus de quinze brafles de largeur, dans
une fort longue étendue en droite ligne. Ses rives font bordics de pizrre,
& de maifons fort ferrées, qui contiennent un nombre infini d'Habitans, D'ef-
pace en efpace, les grands canaux font couverts de ponts, à trois, cinq ou
fept arches. Celle du milieu a quelquefois trente-fix & jufqu'à quarante-cinq
pieds de large; avec tant de hauteur, que les Barques pañlent deflous fans
baïfler leurs mats. Les arches des côtés ont rarement moins de trente pi:ds
de largeur, & diminuent à proportion. Le fommet de chaque arche elt bien
bâti. Le jambage cit fi étroit, que dans l'éloignement toutes les arches pa-
roiffent fufpendues en l'air. |
LES principaux canaux fe déchargent, des deux côtés, dans un grand , ture
nombre de petits, qui fe fubdivifant en quantité de ruifleaux, communiquent
ain à la plûpart des Villes & des Bourgs. Ils forment des étangs & de pe-
tits lacs, qui arrofent des plaines voilines. Outre ces canaux, qui font d'u-
pe commodité extrême pour les voyageurs & les négocians , l'induftrie des
Chinois en a creufé d'autres, pour raflembler les eaux de pluie qui fervent à
. Ja fécondité du riz dans les plaines (7).
Mars rien ne peut ètre comparé dans ce genre au grand canal qui porte Gina Canal
le nom de Tun-lyang-ho, c'eft-à-dire, Canal pour le tranfport des marchandi- de Yunlyang-
fes; & fouvent celui de Tun-ho, ou Canal-royal. Il traverfe tout l'Empire, du ho.
Nord au Sud (m). On a commencé à le former par la jonétion de plufieurs
rivières; mais, dans les lieux où les rivières manquent, on n'a pas luilé de le
continuer en fuivant les niveaux, comme dans les Provinces de Pe-che-li, de
Chan-tong & de Kyang-nan, où les montagnes, les carrières & les rochers n’é-
toient pas en aflkez grand nombre pour caufer de l'embarras aux ouvriers. II
n’a pas moins de cent-foixante lieues de longueur dans ces trois Proviness,
CE fameux canal, dont le nom revient fi fouvent dans les Relation: des
Voyageurs (n), commence à la Ville de ‘T'yen-tling-wey das Pe-che-li, qui
eft fituce fur la rivière de Pay-ou de Pe-ho. Après avoir traverfé les Proviu-
ces de Pe-che-li & de Chang-tong, il entre dans celle de A'yeng-nan, où il
fe joint au #hang-ho ou à la Rivière Jaune. On continue de naviguer pen-
dant deux jours fur cette rivière, d'où l’on entre dans une autre, Enfuite le
canal
(1) Mémoires du Pére le Comte, pag. 1o1. ge 326.
& fuiv. Du Halde, pas. 265, 286 & 925. (n) Voyez ci-deilusies Journaux des Voya-
(m) À la page 286, l'Auteur lui donne fix geurs,
cens livues, & trois cons feuleiment à La pa.
Chemin
ou Oo!
i
ii par Ca
neut faite
AAUARE
U,
D À LEMPIRUC
56 VOYAGES
canal recommence & conduit à la Ville de Whay-ngan-fu. De:lù, palin
par quantit : de Villes, il fe rend à Taug-cheu-fu, un des plus fameux Ports
l Empire. n peu plus loin il entre di ins la grande Rivière de Tor. tfe.
à une journee de Nan-kiug. La navigation . par cette Riviere qu qu'i
Lac de Po-veng, dans là Province de Avang-ft. On trav crie ce Lac pour
rer dans ti Riviere de Kan-kyang, qu ‘on remonte jufqu a Nan-1 gan-fu. Er
fuite on fuit douze lieues par terre juiqu'a Nan-byang-fu dans la Drovinès
Quang-tong , où l'on fe rcmbarque {ur une rivicre pour fe rendre a Canton.
Arxst, par le moyen des rivicres & des canaux , a peut voyager fo
commodé Ac de Peking jufqu'aux dernicres extrémités de l'E Ipire ; 5 C cit
dire, l'efpace d'environ fix cens lieues, fans autre intrrupt ion qu'une journ
de marche pour traverfer là montagne de fey-lin. Encore peut-on fe du fc n
fer de quitter {a Barque , fi l'on veut pren di. par les Provinces de Quang-fi &
de Augonarg ; ce qui n'eft pas diilicile dans les grandes eaux, parce die les
Rivicres de Hlu-quang & de Kyang-it fe rendent au Nord dans le dan,
Law. Une brafle & demie d'eau fuit pour cette navigation. Mais lorf:x
les caux s'entlent aflez pour faire éraindre qu'elles ne furmontent leurs rives
on ouvre, en divers endroits, des tranchees, qu'on ne manque point entuix
de fermer foigneufement (0). |
CE grand Ouvrage, qui palte pour.unc des merveilles de l'Empire Chinois,
fut cxècuté par l'Empereur Chi-tfu ou [la-per-lye, qui étoit le fameux Kb
kan a de Jen-ghiz-Kan , À Ééndétèns de la vingtième Dynañic ds
Teur. . Ce Princeayant conquis toute la Chine, après s’etre déja rendu ma:
tre dela Tu Dec ati. relulut de fixer fa ré denee à Peking, comme
au centre de fes vallées domaines, Mais les Provinces du Nord n'étant px
capables de fournir affez de provilions & de commodités pour la fubi lance
Se fes noi nbreufes Armées & de fa Cour, il fit conftruire un grand nombre €.
gts & de longues Barques, pour en faire apporter des Provinces Mari-
times. # ex tperienc e lui fit connaitre le danger de cette méthode, Une parti:
ie Vaiileaux périfloient par la D te te. D'autres étoient arrétés par
calmes. Enfin, pour re: nédicr à ces deux inconvéniens , il prit le parti &
faire creufer un canal; entreprife mervalleufe, où la dépenfe répondit à |
diliculté de l'ouvrage & à la multitude innombrable des ouvricrs
L'uagsiLeré des Miniftres qui furent chargés de l'éxécution de tes ordres
éclata d'abord dans le choix qu'ils firent d’un licu commode pour l'ouvertur
du terrain. Ils jugèrent qu'il falloit commencer par quelque rivicre, dont
bords cuflent une pente fi égale, que le cours püt étre divife & l'eau condui
te par des routes contraires. Apres bien des recherches, ils fe déterminera
pour cclie de 7} (q) dans là Province de Chang-tong. Le point de divi-
lion, fuivanc les Mitionaires, elt pres d'une petite eminence, à crois lieues
de violenc
de la pet
qui figni
«ang, q|
Apres CC
nic de l'e
bo, qui
va fe joi
de Pekin
qui, fans
au Sud,
X des lac
fournilie
ment Cha
duifent ,
L Es D
fort impr
O!C CCC EC
que l'efp:
vent com
befoin. C
léchercfTe
fix picds
grand nor
pas plus «
qui ne fu
Cour les
lieux où
fes, parc
n'eit pas
quarante
leur donn
Canal etoi
On eft fo
où la terr
qui ne foi
urce du C
MAG:
éclufes, 1
DE LA CIIINE, Liv. Il Cuar. IL 57
paltur h de la petite Ville de Jf'eu-chan-byen. Ce lieu porte le nom de Zwchui-myau , Macxrrr
RE qui fignitic, fempie de la divi/ jfion «es eaux (r de parce qu'il eft confacré à Long- CrNce pis
CS SE cvuns, que les Bonzes regardent comme I Mare ou le Génie des caux ds di
AREA AE di: Apr. s cette division de la Rivière de Wen- hi 10, dont la plus grofie partie four-
. D nic de l'eau au Canal dans fon cours ver, le tord, il reçoit la Rivicre de #/7ey-
ge Fi E 1, qui vient de la Province d'/ n, & parcourant PACE de Pays, il
pin k va {& joindre, pre s de Pyen-t'ing- Ntér , à la Rivière de Pav-bo, qui, venant
nton. M de Pek ing, va fe décharger dans la Mer Orientale. Mais il en refte un bras,
er fort qe qui, fans avoir plus d'un ticrs de la groffeur du corps, recommence le canal
cel M au Sud, vers la Rivière Jaune ou le #/’hang-ho. Iltraverfe d'abord des marais
Jour M & des lacs, dont quelques-uns forment eux-mêmes le canal, & d'autres lui
difper M fournilient de l'eau par le moyen de diverfes éclufes, que les Chinois rom-
et X @ ment Cha Ces eclufes s'ouvrent ou fe ferment au gré de ceux qui les con-
que les ‘ duifenc , avec des planches dont on bouche leurs ouvertures (+).
EUR ï Les bordures de pierre, par lefquelles on a pratiqué ces eo portent T'clufes ou
lor! Fe fort improprement le nom de Digucs dans les V oyageurs (v}), parce qu'elles Pertuis.
, As ont cté conttruites dans le Canal menie pour diminuer fa Jar geur, ne laiffant
.entuirs
e l'efpace néceilaire pour le paflage ‘d'une grande Barque, & ‘auelles À fer-
ent comme autant d'éclufes, à rcllerrer l'eau, fuivant la quantité “dont on a
bel in. Cette précaution €ft quelquefois néecflaire, fur-tout dans les tems de
échercffe; car le cours divifé du \W'en-ho ne pouvant fournir plus de cinq ou
fix picds d' eau, on s'ett efforec de le retarder & meme de l'arreter, par un
grand nombre de coudes X de détours qu ’on a menagés dans le Cana al. Il n’a
pas plus de trois pieds d'eau, dans certaines années où la pluie manque; ce
Chinois.
Ku-blaiy.
idu ma:-
comme
SE Ve qui nc fuflit pas pour les gr andes Barques Impcriales, qui tranfportent à la
bit tance: Cour les tributs & les provifions. On eft obligé par conféquent, dans les
mbre €. lieux où cet inconvénient fe fuit fentir, d’avoir recours à cette forte d'éclu-
es Mari: fes, parce qu'il n'y a pas d'autre bain que le Canal même. Mais leur nombre
1e partie n'eit pas fi grand que ccrtains Voyageurs l'ont prétendu. Il ne pañle point
par !-$ quarante-cinq (x). Le memes Ecrivains ont commis une ne erreur en
PAFEI- leur donnant plus de trente pieds de Jargeur, & lorfqu'ils ont aflüré que le
idit à ! Canal ctoit continuellement bordé de pierre. Il ne l'eft que par intervalles.
On eft fouvent dans la nécefité de réparer fes bords, foit dans les endroits
es ordres où la terre eff fi fabloncufe qu'elle s'éboule facilement, foit près des lacs, où
UVErEUTE ggpla violence des caux, caufée par les pluies, ereufe & renverfe [les digues
dont Les 4 qui ne font prefque par tout que | de terre qui eft probablement celle qu on à
condui circe du Canal en le creufant (y
nincren MaGALuaAEzEnNs obferve qu “if n'eft pas facile de paffer quelques-unes de ces Dificuité 3
de divi- clufes, fur-tout celle que les Chinois nomment Tyen-ficha, c'eit-à-dire, Reine les puer,
bis lieues .OÙ
Cr) Magathacns l'appelle Fuen chien myau, & l’autre au Sud.
4 ou Temple de V'Efhrit qui divife les eeux. (6) Magaihacns, pag, 114. Du Ialde,
et ficué entre les Villes de Torgpingcheu ge 17 & 325.
; £ e "Lf-ning-cheu. : Poe ne {v) C'ett le nom que leur donne le Père
) Gemelli pretend que cette cau vient le Comte.
* MN d'un Lac A VEN; qu'elle eft conduite par un (x) Nicuhof & Navarctte en comptent foie
x jal taillé au tr d'une montagne, & qu'el xantc-douze,
à Le ett amenée au Femple avec tant d'art, qu'en (y) Du Hole, pag. 38, & Magalhaens,
|
° “ , . . ! à Ms sn" Fa
ri isd-vis, une partie œule au Nord pag, 145.
MAGNIrI-
CELNCE
DES
Cuixois
58 VOYAGES DANS L'EMPIRE
où Maitre(f® du Ciel, pour exprimer fa hauteur extraordinaire. Au-deflus 4:
cette chûte-d’eau les Barques font tirées par quatre ou cinq cens bateliers, &
quelquefois par un plus grand nombre, avec des cables & des cordes atia.
chées à la proue, tandis que d'autres travaillent aux cabeftans qui font plac
fur les murs. Lorfque toutes les cordes ont et: foigneufement attachées, ;
commencent à tirer avec beaucoup de mefure, au fon d'un baflin, fur le
on bat d'abord lentement. Mais aufli-côt que la Barque eft à demi-levée x
deflus du canal fupérieur, le courant devenant beaucoup plus fort, on bx
beaucoup plus vite fur le baîin; & les bateliers réuniflant toutes leurs forces,
pouflent la Barque & la font monter d'un feul coup. Îlne refte enfuite au.
un péril, parce qu'elle fe trouve en sûreté dans l'eau-morte qui eft entre ke
bord du canal & le milieu du courant. Il eft plus aifé de faire defeendre js
Barques, à ces chûtes-d'eau, que de les faire monter ; c'elt-à-dire, que l'ops.
ration cit plus prompte quoiqu'elle foit plus dangercufe. Pour éloigner 1 pe
ril, ceux qui tiennent les cordes, des deux côtes du Canal, les tirent où k
lichent fuivant ke befoin. D'autres, demeurant fermes au milieu de la Bar.
ue, s'efforcent, avec de grands crocs, de la tenir con!tamment au milieu
du Canal. Aufli-tôc qu'elle eft tombée dans le canal inférieur, on liche tou.
tes les cordes; & pendant quelque tems (2) elle ft emportée par le couran:
avec la vitefle d'une fleche.
Les ouvriers, qui furent employés à creufer le Canal, eurent beaucoup 4
difficultés à combattre au-delà du Æf'hang-ho. Pour le conduire jufqu'au A |
ils fe virent dans la néceñlité d'élever de grandes chauflées de pierres, & 4.
conftruire d'autres ouvrages près de /f'a-ngan-fu, pour réfitter aux eaux d'un
grand Lac, qui eft à l'Oucft, & à celles de la Rivicre de Quay-bo , qui, &
debordant après les grandes pluies, tomboient impétueufement dans le Caml.
Ces ouvrages font les meilleurs qu'on ait imaginés pour fa sureté, On en voi
auf d'afléz bons, près de Tang-cheu-fu, qui fervent de quais à cette Ville.
AU-DELÀ du Tong-tfe-kyang on trouve un autre Canal, qui, partant de «
jui-ci, à Chin-kyang-fu & pañlant par Chang-cheu-fu & Su-cheu-fu, reçoit pli
ficurs autres canaux de la Province de Che kÿang. Il @it d'autant plus con
mode, qu'il n'eit point embarrallé par des éclufes & d'autres ouvrages de cet!
iguite du Pays, de la nature des terres & dc
qui ne fe trouvent guir
atur
natut
ce qui vient de l'égulité
bondance des eaux fans ac
raflemblés dans d'autres licux.
Les cantons où l’on a crû pouvoir creufer des canaux fans nuire au grand,
en ont un grand nombre d: petits, qui frveut dé communication pour lec
merce entre les Villes voitines ou les grands Villages (a).
LE Père le Comte cbferve que dans quel jUes en droits où la difpofition di
terrain n'a pas permis de former une con ication entre deux canaux , GR
ne laiffe pas de faire palitr les Barques de l'un à l’autre, quoiqu'il y aic plus &
quinze pieds de hauteur à furmonter. A l'extrémit du canal fupérieur ot
conftruit un double glacis, ou un talus de pierre de taille. Lorfque la Ba
que arrive dans le canal inférieur, au lieu qui répond à cet ouvrage, elle ei
élevée , avec le fecours des cabeftans, jufqu’au fommet du premier glacis,
d'où fon propre poids la fait gliffèr, par le fecond glacis, dans le canal fu
périeur
0
-
ile pente; aVAnNLaires
D
£a) Magaihacns, ilid, Le Comte, pag. 124. (a) Du laide, pig. 18,
Jr x
périeur.
teur ne
dinairen
milieu k
deux gl
dent par
qu'ils ne
éviter d
dans le £
que nos
malhcur
cis dans
emploic
cit d'un
Dan:
a Canton
Kyuns da
dans la ]
une petit
au plus h
charge 1
pour ent
commode
pluficurs
técs fur.
té. HIS: 1
ter l'embi
obf. rver ,
quans.
Chau-chei
qu'a la b
ui fe j0
Dufre a
quans,
facitemet
cations C{
Joindre ç
Nav:
Etant ar
une aflz
& fiivunt
(ce) Du
Cet
QUIT Dei
Has roinest
DE EE A CHINE, Liv. il. Char». il, 59
eflus de prieur, On la fait defcendre de m£ine du canal fapéricur dans l'autre. L'Au-
iers, & teur ne comprend pas fans pe inc comment les Barques ner. qui font or-
les atta. dinairement tort longues & trés-poarament charg “s, nel fe brifent pas par le
it plac milieu lorfqu'elles {fe trouvent comte fufpendu sen Pair fur lang le aigu ds
1ECS, | deux glacis. Cependk ut il n'apprit jamais qu'il fut arrivé L: moindre acci-
ir lcqu nn «de nt par CCttC VOIC ; X l’un'que DÉeCAHtIen qe dires ls Nigocians, lorf-
2vÉC 1 M qu'ils ne veulent pas quitter leur Bord, eftde fe faire lier av ce unc corde, pour
on ba © éviter d'etre fecoues d'un bout à l'autre. On ne trouve point de ces celutes
; forces, N dans ie grand Canal, parce que les Harques Impériales, qui iont autii grandes
fuite au 2 que nos F regites, ne pourroient etre élevies à force de bras, ni garanties du
entre le malheur qui ne fait que menacer ls autres (D). _e rencontre un “doub c la.
ndre }es cis dans le Canal qui eft entre Chau-king-fs RO Ning-p pos Les Parques qu'on
1e l'ops- Re dans cette route font conftruices cn forme ge rondoles, & ieur quille
er Le pe. cit d'un bois affez dur pour foutenir tout !e poids du Batiment Ce,
nt ou k Dans la Province de Quang-fi, on a joinc la Rivière qui combe dans la Mer
e la Bar. à Canton, avec celle qui traverfant la Province de Hu-qrang fe joint au grand
u milieu Kyeng dans le lieu où finit le grand Canal. L'eau qui delcend des montignes
che tou- dans la partie feptencrionale de la Province ferme prés de Hing-naun-byen ,
courant une petite Rivicre, qui etant re Mrrée par des (d) bords d'une hauteur égale
au haut terrain qu'elle traverfe, s'enfle au-deflus de fon lit naturel & dé-
acoup d charge l'eau Ses a de furplus. Mais ce canal, qui ne va pas fort loin
Mur: pour entrer dans les deux Rivières qu'on vient de nommer , n'eft pas fi
. © de commode ni fi bien entretenu que le grand. Il fouvent fi bas, que dans
se d'n plufieurs endroits es Barques g! ent plûtot fur le fable qu'elles ne font por-
qui, à tces fur l'eau. Cependant les Mare nds donnent la a à cette rou-
le Caml. te. Ils renoncent à celle de Canton par la Province de Kyang-fi, pour Cvi-
n'en voit ter l'embarras d'avoir à tranfporter leurs € lets par terre, comme on l'a fait
ville. obferver, pendant l’efpace d'une journce enticre.
Le da de L y a la méme diliiculté à voyager de Canton par la Province de Llu-
q ne On ft obligé de quitter, à Z-chang-hyen la Rivicre, qui, pañant à
Chau-cheu-fr, tombe dans celle de Canton. De-là on compte fept licues ie
= cer qu’ à la belle Ville de Ching-cheu , où l’on s’embarque fur une autre Kivicre
&-dé li qu fe joint au grand Kyang. Mais lorfque les Caux font hautes, on ne
ouffre aucun retardement dans la route qui traverfe de Kyan- fi & de 4
quang. … C'eft un avantage ineftimable pour la Chine, de pouvoir entretenir fi
facitement un Commerce réglé entre toutes fes Provinces, par les communi-
mit nl
CEUIL Pi:
lus con
ne
Le)
ati gra! . . » , + . , . ,
tn cations conitantes du grand Canal & d'une infinité de petits, qui viennent s'y
i LAS .
; joindre comme autant de routes de traverfe (e).
tion d N. AVARETTE donne deux cens lieues de longueur au grand Canal (F).
)! {) (|. x . " . L . . F
. à Etant arrivé au milieu, il vit fur la rive un grand” l'emple, près duquel eft
Re unc Ne grande fource, qui fe divife, dans le même lieu en deux petits
C Di
ruilleaux
ICUT
e y |: Nr : y F ‘
ie Fe A (b} Mémoires du Pére le Comte, pag, 104. pieux. T'ouv c{t bout : des plane
, CIC € & fuivuntes | ches, des nattes & d'autres chofes de li mème
glacis, \C) D: Late, hi Jun HalUre,
canal {ue à art Cett NOTE art Cirtt S + qui fe rvent ©: A Ce) } Du If de, Pig. 18, & fuiv,
‘ ue ile Peut en aticiact in cours, n'ettor he (j} Du Lie lui donne evüt foixante
pes 14 rçinesst que sig {orre , iute ni LE par US t ‘USSe
IH 2
NIFI.
C ! h£ES
C i13U0!IS
Canal de:
Pro: CC de
Quang-ff,
D'fficulc£s
de la rout: de
de Hu-quang,
Longueur du
grand Canal,
ÿ S 7 ‘O
VV. LA 4 \
S OA Æ 2 @ Se
4 \ | Ÿ SO ca ee
4 © 4 \G << à
7 €
Æ 1314 4 .
2 = L FER =] :
> O REF FFÉPFE 1 D E— “- |
EF A
+ cb
Z Ê 5 E
,® À
s P 13 », A
ne ND &,
%
es” N 4
MAGNiri-
CENCE DES
CHINO1!Ss.
Inconvénient
de la difette
d'eau.
Remède
qu'on y ap-
porte par des
éclufus, e
Prodigieux
nombre des
Barques Chi-
noifes,
Corps de
garde au long
des canaux,
Quais &
Ponts des
Chinois.
Ponts d'une
feule arche,
Autres Ponts,
Go VOYAGES DANS LEMPIRE
ruifleaux (g), l’un qui teurne au Nord, l’autre au Sud. Cette eau ne fufi-
fant pas pour les grandes Barques, on cit fouvent forcé d'attendre les pluies ;
& le nombre des Barques qui font arrêtées par cet obftacle fe multiplie quel-
quefois jufqu’à fept ou huit cens. C’eft ce que l’Autcur vit arriver en 1665,
dans le voyage qu'il fit à Peking. Mais, pour remédier à cet inconvénient,
on a bâti huit (h) fortes écluits, compofé:s de deux bons murs de pierre,
qui, s’avançant des bords de la Rivière jufqu’au milieu, ne jaiffént de pañla-
ge que pour une fimple Barque. Chaque éclufe a fon Mandarin, avec un
grand nombre de Bateliers pour after les Pailans. Lorfque les éclufes font
fermées, l'eau qui fe trouve dans l'intervalle s’éleve de plus d'une braffe &
demie dans l'efpace d’un jour; ce qui fuffit pour la facilité du pañlage. On y
obferve beaucoup d'ordre, & les rangs font gardés fuivant le degré des Paf:
fans qui fe préfentent. Entre les perfonnes de rang égal, ceux qui arrivent
les derniers achétent quelquefois une place plus avancée, Ces délais rendent
la navigation fort ennuyeufe; mais la dépenfe du tranfport par terre feroit
exreflive. Il a fallu beaucoup d'art pour faire arriver ce Canal à fa perfec-
tion. 1l eft rempli de coudes & de détours, par lefquels on s’eft efForcé de
rallentir la violence du courant. Les Barques de toutes fortes de grandeurs,
que l’Auteur vit fur la route , étoient fi nombreufes , qu'avec la connoiffance
qu'il avoit des Mathématiques , il trouva qu’il y en avoit affez pour batir un
Pont depuis Macao jufqu’a Goa; c'eft-à-dire (i), d'environ neuf cens lieues
de longueur. Cependant les autres rivières n’en offrent pas un moindre nom:-
bre; & l’Auteur eft perfuadé, comme d’autres Ecrivains, que la Chine con-
tient feule plus de Barques & de Vaifleaux que tout le refte du Monde con-
nu (&).
Au long des routes d'eau, on trouve par-tout, à la fin de chaque lieue, un
Tang (1) ou un Corps-de-garde, de dix, cinq, ou moins de foldats, qui en-
tretiennent une correfpondance continuellé par des fignaux. La nuit, ils tirent
une petite piéce de canon. Pendant le jour, ils s’entr'avertiffent par une épaif-
fe fumée de feutiles & de branches de pin, qu'ils brûlent dans trois petites é-
tuves, en forme de pyramides, ouvertes par le fommet (# ).
Les Chinois ne font pas moins magnifiques dans leurs Quais & leurs Ponts
que dans leurs Canaux. On ne fçauroit voir fans étonnement la longueur des
quais & la grandeur des pierres dont. ils font bordés. Les ponts, comme on
l'a déja semarqué, font admirables par leur hauteur & par leur conftruétion.
Comme le nombre en eft fort grand, ils forment une perfpeétive fort noble &
fort agréable dans les lieux où les canaux font en droite ligne.
ON voit à la Chine des ponts d’une feule arche, qui eft à demi-circulaire &
bâtie de pierres ceintrées, longues de cinq ou fix pieds, fur cinq ou fix pou-
ces d’épaifleur. Quelques-unes font poligones. D'autres ponts ont, au-lieu
d'arches, rois ou quatre grandes pierres, .placées, comme des planches, fur
des
(g) Nieuhof l'appelle Rivière de Lueu, gération très-peu mathématique. R. d. T.
ou plütôt de leu, & remarque qu'elle prend (k) Voyez ci-deflus la Relation de Navr-
deux cours oppofés, fans en expliquer la rai- rette.
fon. Voyez ci-def}us fa Relation. (1) Ou Tang-pu.
(h,) Angl. quatre-vingt, R. d. E. (m) Du Halde, pag. 287.
(i) Cette remarque eft fans doute une éxa-
re
ces
nail
pab
hàu
fort
dép
P
kyau
l'Ou
eût
fubf
la m
beau
d’un
voyc
d’an:
deux
plufi
d’aut
Ou
d’hat
M
cheu-]
d'un
Tout
(n)
{ort ;
jy roues
fardeai
ne fufñi-
s pluies ;
lie quel-
n 1665,
vénient
ec picrre ,
de pafla-
avec un
ufes font
brafle &
Ce On Y
é des Paf-
i arrivent
is rendent
erre feroit
fa perfec-
efforcé de
grandeurs ;
nnolfance
w batir un
cens lieues
indre nom-
Chine con-
fonde con-
|
e lieue, un
ts, qui €n-
t,ils tirent
r une épaif-
s petites é-
leurs Ponts
pngueur des
comme on
onftruétion.
ort noble &
irculaire &
ou fix pou-
nt, au-lieu
hanches, fur
des
R. d. T.
ion de Nav:
aie EN SVT EN SAT
sl
RUES HR Cuba die né:
gyrioues [ce font des portefaix, qui portent les
DE LA CHINE, Liv. IL Cnar. Gt
e
des pilicrs ou des jambages. Ces pierres ont quelquefois jufqu’à dix-huit
pieds de long. On voit un grand nombre de ces derniers ponts fur le grand
Canal. Il n'eft pas difficile de faire comprendre la méthode Chinoife dans
ces édifices. Après avoir achevé les côtés des arches, ils prennent des pier-
res de quatre ou cinq pieds de longueur & larges d'un demi-pied, qu'ils pla
cent alternativement debout & de tfavers, en obfervarit que la fituation des
2 dernières [ qui doivent faire la clef,] foit éxaètement horizontale. Ainfi l'é-
aiffeur du fommet de l'arche n’eft que celle d'une de ces (#) pierres.
Comme le pont, fur-tout lorfquil eft d'une feule arche, a quelquefois qua-
rante ou cinquante pieds de largeur entre les deux côtés de l'arche, & qu'il eft
ordinairement beaucoup plus haut que la rive, on forme aux deux bouts un
talus, divifé en petits degrés, dont chacun n'a pas plus de trois pieds (0) de
hauteur. il s’en trouve néanmoins où les chevaux ne pañleroïent pas fans pei-
ne. Mais tout l'ouvrage eit généralement fort bien compofé.
LEs ponts qui ne font faits que pour la commodité du pañlage, font ordi-
nairement bâtis comme les nôtres, avec de gros piliers de pierre, qui font ca-
pables de rompre la force du courant, & de foutenir des arches fi larges & fi
hautes, que le pañage cft aifé pour les plus grandes Barques. Le nombre en eft
fort grand dans toutes les parties de la Chine. L'Empereur n'épargne point la
dépenfe pour accorder des faveurs de cette nature au Public (ph).
PLrusieurs de ces ponts font diftingués par leur beauté. Celui de Zu-ko-
kyau, bâti fur le Æ7hen-ho (q), où la Rivitre bourbeufe, deux lieues & demie à
l'Oueft de Peking, étoit un des plus beaux qu'on eût jamais vû, avant qu'il
cût été ruiné en partie par une inondation, au mois d'Août 1688. Il avoit
fubfifté deux milie ans, fuivant le témoignage des Chinois, fans avoir fouffer:
la moincre 2ltération. ‘Toute fa mafle étoit de marbre blanc, travaillé avec
beaucoup d'art. Des deux côtés, il avoit foixante dix piliers, à la diftance
d’un pas l’un de l’autre (r), féparés par des panneaux de beau marbre où l'on
voyoit des fleurs, des feuillages, des figures d'oifeaux -& de plufieurs fortes
d'animaux, fort délicatement gravées. L'entrée, du côté de l'E, offroit
deux lions d'une taille extraordinaire, fur des piédeftaux de marbre , avec
plufieurs autres petits lions en pierre, les uns montant fur le dos des grands,
d’autres defcendant , & d’autres rampant entre leurs jambes. Le côté de
l'Oueft étoit orné de deux figures d’éléphans (s) travaillces avec beaucoup
d’habileté (+) & placées aufñi fur des piédeitaux.
Mars la Chine a peu de ponts qui puiflent être comparés à celui de Fu-
cheu-fu (v), Capitale de la Province de Fo-kyen. La rivière, qui eft large
d’un mille & demi, forme de petites Ifles en fe divifant en plufeurs bras.
Toutes ces Ifles font unies par des ponts, qui ont enfemble huit lis & foixan-
te-dix
(n) On juge que ce pavé n'eft pas tro
| uge pavé nom de la Tartarie Orientale,
{ort ; mais il n’y pañle jamais de voitures &
(r) Sept pieds & demi.
(s) Du Halde met Ænfans aulieu d'Elé-
phans.
(+) Magalhacns, pag. 15, & Du Halde,
pag. 288.
fardeaux.]
(o) Ang. de trois pouces. R. d, E,
(p) Du Halde, pag. 17 & 287.
(g) Märco-Paolo décrit ce Pont au Liv. IT.
Chap, 37. I nomme la Rividre Puli Sangau ,
H 3
Çv) On en a déja parlé dans les Journaux :
Macwirt-
CENCE DES
CHiNors.
Manière de
les conftruire,
Peauté da
l'ancien Pont
de Lu-ko-
kyau,
Pour dej
cheu-fu.:
Macnrri-
CENCE DES
CuiNors,
Pont de
Suen-cheufu,
Sa beauté ex-
traordinaire,
Ponts à
chaînes, d’u-
ne flruéture
fingulière,
Autres
Poitsremar-
quabies.
C2
VOYAGES DANS L'EMPIRE
te-dix braffes Chinoifes de longueur. Le principal offre plus de cent arches,
bâties de pierre blanche, avec des baluitrades de chaque côté. Sur ces ar-
ches s’élevent, de dix en dix pieds, de petits pilaftres quarrés, dont les ba-
fes reffemblent à des Barques creufes. Chaque pilaître foutient des pierres de
traverfe, qui fervent de fupport aux pierres du rez-de-chauñée.
LE pont de Suen-cheu-fu (x) l'emporte fur tous les autres. Il eft bâti à la
pointe d'un bras de Mer, qu'on féroit obligé, fans ce fecours, de pañler dans
des Barques avec beaucoup de danger. Sa longueur eft de deux mille cinq
cens vingt pieds Chinois. Sa largeur de vingt. Il eft fupporté par deux cens
cinquante-deux grofles pierres (y); c’eftà-dire, de chaque côté par cent
vingt-ix. La couleur des pierres eit grife ; l'épaiffeur égale à la longueur (x ).
ON ne comprend pas faèilement d'où les Chinois ont tiré ces prodigieufes
mafles de pierre, ni comment ils ont pà les tailler & les placer dans une hau-
eur au-deflous de laquelle les* Barques trouvent un paflige. Le pont de
Suer-cheu-fu eft revêtu d’ailleurs d’un grand nombre d’ornemens, qui font de
Ja même pierre. En un mot, ajoûte l'Auteur, les ouvrages les plus remar-
quables & les plus eftimés dans les autres Pays, n’ont rien de comparable à
ce pont (a).
Dans les lieux où les Chinois n'ont pû bâtir des ponts de pierre, ils ont
inventé d'autres méthodes pour y fuppléer. Le fameux pont de fer (tel eft le
nom qu'on lui donne) à Quay-cheu, fur la route de Tun-nan, 2it l'ouvrage d’un
ancien Général Chinois. Sur les deux bords du Pan-ho, ‘Torrent qui a peu de
largeur, mais qui cft trés-profond, on a conttruit une grande porte entre
deux gros piliers de pierre, larges de fix ou fepc pieds fur dix-fept ou dix-
huit de hauteur. Des deux piliers de l’'Eft pendent quatre chaînes, attachées
à de gros anneaux, qui vont aboutir aux deux piliers de l'Oueft, & qui étant
jointes par d'autres petites chaînes ont quelque reffemblance avec un filet. On
a placé, fur ce pont de chaînes, des planches fort épaiffes, qu'on a trouvé le
moyen de joindre enfemble pour en faire un plein-pied continuel. Mais com-
me il refte quelque diftance jufqu'aux portes & aux piliers’, parce que les
chaînes fe courbent en arc, fur-tout lorfqu’elles font chargées, on a remédié
à ce défaut avec le fecours d'un plancher, fupporté par des tafleaux ou des
confoles. Des deux côtés du plancher on a dreflé de petits pilaftres de bois,
qui foutiennent un toît de la même matière, dont les deux bouts portent für
les piliers de pierre des deux rives.
Les Chinois ont fait quelques autres ponts, à limitation de celui-ci. On
en connoît un particulièrement fur la Rivière de Kin-cha-hyang, dans l'ancien
canton de Lo-lo, qui appartient à la Province de Tun-nan. Celle de Se-chuen
en à deux ou trois autres, qui ne font foutenus que par dés cordes ; mais
quoique petits, ils font fi chancellans & fi peu sûrs, qu'on ne les pañle point
fans cffroi. ,
Dans la même Province, au pied des montagnes qu'occupent les Myau-
tfes, & dans le canton de Zau-chang-fu, qui appartient à celle de Chen-ji, on
a trouvé, à l'aide des confoles, le moyen d'affermir des piliers de bois Le les
rochers
(x) Il, fe nomme‘auffi Pont de Lajang,
come où l'a và dans les Journaux,
gueur & en Cpailieur. R, d, KE,
(y) Argl, gros piliers, KR, d. E,
(a) Du Halde, pag. 17.
(2) Angl. elles font toutes égales en lon-
FN
base |.
TL
Ps
RAD Et A ER RE HS Se
RER Le Shiva er ci ein us nb hey Eur
tans dé
de Cha
autres
me da
reurs
Peuple
confidé
chang-f}
trées.
(2) qu
onnen
LE !
jufqu’à
trefois |
le déno
va onze
cinquan
quatre |
bre les
diés, le
au-defTo
leurs ha
LEN
Peking ,
(a) Va
(b) Ce
rapport à
ef obligé
it arches,
ur Ces ar-
nt les ba-
pierres de
t bâti à la
afler dans
mille cinq
deux cens
j par cent
sueur (2).
rodigieufes
1s une hau-
e pont de
jui font de
lus remar-
mparable à
re, ils ont
r (tel eft le
ivrage d’un
ii a peu de
porte entre
ept ou dix-
, attachées
& qui étant
nfilet. On
a trouvé le
Mais com-
ce que Îles
a remédié
ux ou des
res de bois,
portent fur
ui-ci, On
ns l'ancien
: Se-chuen
des ; mais
pañte point
les Myau-
Chen-fi, on
bois fur les
rochers
igales en lo-
DE LA CHINE, Liv. Il. Cnar. Ill. 63
rochers des montagnes. Sur ces piliers on a pofé des planches, qui forment
des ponts par-deflus les vallées. Ils font plus sûrs que le précédent; & dans
quelques endroits ils font partie de la grande route pendant un efpace corifi-
dérable (2). Kirker parle d'un pont, dans la même Province, qui porte le
nom de (c) Pont volant. Il eft compofé d’une feule arche, bâtie entre deux
montagnes fur le Æ#hang-bo, près de la Ville de Cho-ngan. Sa longueur eft de
fix cens pieds, & fa hauteur de fix cens cinquante au-deflus de la rivicre.
(b) Du Halde, pag. 34.
(c) On en trouverala figure dans le Tome précédent. R. d. T.
PT TT D LT CL
CHAPITRE lIIl.
Divifion de la Nation Chinoife en différentes Claffes.
À VANT que de pañler aux différens Ordres de la Nation Chinoife, il ne
fera pas inutile de faire quelques obfervations fur le nombre des Habi-
tans de ce grand Empire. Les Miffionaires qui ont voyagé dans les Provinces
de Che-kyang, de Kyang-nan, de Fo-kyen, de Quang-tong & dans quelques
autres, où la foule des paflans eft fi nombreufe, fur les grands chemins com-
me dans les Villes, qu’on n’y marche point fans embarras, ont commis des er-,
reurs confidérables dans leur calcul. Quelques-uns font monter le nombre du
Peuple Chinois à cent, à deux cens & jufqu’a trois cens millions (a); fans
confidérer que cette multitude n’eft pas la même depuis Peking jufqu’à Nan-
chang-fu, Capitale de la Province de Kyang-fi & dans plufieurs autres con-
trées. Cependant les derniers Mifionaires ne font pas difficulté d’affürer
Ne. que la Chine contient plus d'Habitans que toute l'Europe enfemble, &
onnent à Peking feul trois millions d’ames (c). |
LE tribut qui fe lève dans une région fi peuplée, depuis l’âge de vingt ans
jufqu’à foixante, produit des fommes immenfes. On prétend qu'il étoit au-
trefois payé par cinquante-huit millions de Chinois, entre ces deux âges. Dans
le dénombrement qui fe fit au commencement du régne de Kang-hi, on trou-
va onze millions cinquante-deux mille huit cens foixante-deux familles, &.
cinquante-neuf millions fept cens quatre-vingt-huit mille trois cens foixante-
quatre hommes capables de porter les armes, fans comprendre dans ce nom-
bre les Princes, les Officiers de la Cour, les Mandarins, les Soldats congé-
diés, les Lettrés, les Licentiés, les Docteurs & les Bonzes, ni les perfonnes
au-deffous de vingt ans, ni tous ceux qui pañlent leur vie fur Mer, ou qui ont
leurs habitations fur les Rivières. |
LE nombre des Bonzes monte feul à plus d’un million. On en compte, à
Peking, deux mille qui vivent dans le célibat, & trois cens cinquante mille
dans
(a) Voyez ci-deffus, le Chapitre IT. perfonnes dont elle eft compofte.
(b}) Ce calcul eft d'autant plus sûr, par (ce) Relations de la Chine par Magalhaens,
rapport à Peking, que chaque Ch:f de famille : pag. 49, & Chine du Père du Halde, ubijup.
ef obligé de donner aux Magittrats l'état des pag, 244,
MaGnirt-
CENCE DES
CHiINo1s.
INTRODUC-
TION.
Nombredes ,
Habitans de
la Chine,
&
Regles pour
en juger.
+
Nombre dés:
Bonzes & des:
Lettrés..
:JNTRODUC-
TION.
Les Chinois
divifés en
deux Ordres,
gée de la
Nobleffe Chi-
uoife.
‘Litres bor-
nés à la faille
Royale,
64 VOYAGES DANS L'EMPIRE
dans les Temples, ou les Monaftéres établis par Lettres Patentes de l’Empe-
reur. On ne compte pas moins de quatre-vingt-dix mille Lettrés qui ne font
point engagés dans le mariage. Il eft vrai que les guerres civiles & la con-
quête des ‘L'artares ont détruit une quantité innombrable d'Habitans; mais la
paix, quin'a pas cefé de régner depuis, a réparé toutes ces pertes par un:
#bondante multiplication (4).
Les Voyageurs ne s'accordent point fur les degrés ou les claffes qui forment
la divifion du Peuple Chinois. Navarette en compte quatre: les Zu, les Nung,
les Kungs & les Zongs; c’eft-à-dire, les Lettrés, les Laboureurs, les Artifans
& les Marchands (e). Du Halde réduit cette divifion à trois Ordres; le Peu-
ple, les Lettrés & les Mandarins (f). Dans un autre endroit il prétend qu'il
n'y a proprement que deux Ordres dans l'Empire; celui de la Nobleffe & ce-
lui du Peuple. Le premier, dit-il, comprend les Princes du Sang, les Man-
darins & les Lettrés; le fecond, les Laboureurs, les Marchands & les Arti-
fans (g). C’eft à cette divifion que nous prenons le parti de nous attacher.
(f) Ibid. pag. 247.
{d) Defcription de la Chine par Navarette,
(g) Ibid. pag. 269. & füiv.
pag. 48.
(e) Du Halde, ubi fup. pag. 269.
$ L
Claffe de la Nobleffe Chinoife , contenant les Mandarins € les Lettres. |
Y A Nobleffe n’eft pas héréditaire à la Chine, quoiqu'il y ait des dignités
attachées à quelques familles, par la difpofition de l'Empereur, qui les
accorde à ceux qu'il juge dignes de cet honneur. Les enfans d’un père illuf.
tre, qui s’eft élevé aux premiers poftes de l'Empire, ont leur fortune à faire;
& ss manquent de talens, ou fi leur inclination les porte au repos, ils tom-
bent au rang du Peuple, obligés fouvent d’éxercer les plus viles fonétions. Ce-
pendant un fils fuccède au bien de fon père; mais pour hériter de fes digni-
tés & de fa réputation, il doit s'etre élevé par les memes degrés. C'eft ce qui
leur.fait attacher toutes leurs efpérances à l'étude, comme à la feule route qui
conduife aux honneurs. Dans quelque condition qu’ils foient nés, ils font sûrs
de leur avancement lorfqu'ils ont d'heureufes difpofitions pour la Littérature.
Aufñi voit-on naître continuellement des fortunes confidérables, comme entre
les Eccléfiaftiques d'Italie, où la plus baffe naïffance n'empêche point d’afpirer
aux premiéres dignités de l'Eglife. E
Les titres permanens de diltinétion n’appartiennent qu’à la Famille régnan-
te. Outre le rang de Princes, que tous les defcendans de l'Empereur doivent
à leur naïffance , ils jouiffent de cinq degrés d'honneur, qui répondent aux ti-
tres Européens de Ducs, de Marquis, de Comtes, de Vicomtes & de Barons.
Ceux qui époufent les filles d’un Empereur , participent à ces diftinétions com-
me fes propres fils & leurs defcendans. On leur affigne des revenus qui ré-
pondent à leur dignité; mais ils ne jouiffent d'aucun pouvoir. Cependant la
Chine a des Princes qui n'ont aucune alliance avec la Maifon Impériale, Tels
font les defcendans des Dynafties précédentes, ou ceux dont les ancêtres ont
acquis ce titre par les fervices qu'ils ont rendus à la Patrie. Lorfque le Fon-
dateur de la Famille Tartare qui régne aujourd'hui fut établi fur le Lost
accorda
PR Nc ee NT k
: lEmpe-
i ne font
X la con-
; mais fa
s par un°
1 forment
les Nung,
s Àrtifans
5 ; le Peu-
étend qu'il
lee & ce-
, les Man-
&les Arti-
ctacher.
trés.
des dignités
ur, qui Îles
n père illuf-
une à faire;
os, ‘ils tom-
nétions. Ce-
de fes digni-
C'eft ce qui
le route qui
ils font sûrs
Littérature.
omme entre
int d’afpirer
dille régnan-
eur doivent
dent aux ti-
& de Barons.
étions com-
nus qui ré-
ependant la
ériale, Tels
incêtres ont
que le Fon-
Trône , il
accorda
eMandarins Ouvils . lai W
ds . «Mandarins militaires . “7 5Z
: Staats -Mandar ynen ‘ B. Krygs Hadarynen .
Er habit d'Aiver-. Zartare
In Wintergewaad ; 4. { Tartarfe .
Cn habit d'Cte’.
In Somergewaad .
Chinois .
2. $ Chineesfe .
FRS
1
EI!
SV. Schley feulp , |
MANDARINS tirés de DU HALDE.
MANDARYNEN, uit pu
HALDE .
Se are avere cum &e e our
tan
Rue nee amrenx «+
+ Jp"
«accord
& qui
uns fu:
que les
du troi
chaque
me ran
de tou
la cein
de que
ne met
ce, af
U:
de leur
accord
rang ; 1
les trai
dans le
ronne,
avoient
des vûe
du, fou
réfiden.
lEmpe:
la Cour
fe, ils
venus
ils très-
UC
depuis |
mille. I
n'ont p
accorde
qui les
VER
Kyang-c
toient tr
Peking
parties
de quit
(a) 0
(ob)
VIII
ee ©
DT LA CHINE, Liv. IL Car. IN. 65
«ccorda plufieurs titres d'honneur à fes frères, qui étoient en grand nombre,
& qui avoient contribué par leur valeur à la conquête d’un fi grand Etat. Les
uns furent créés Tfiay-wang; les autres, Kyung-wang & Pey lb. Ce font ceux
que les Européens ont nommés Regules, ou Princes du premier, du fecond &
du troifième rang. Le nouveau Monarque établit alors qu’entre les enfans de
chaque Regule il y en auroit toûjours un qui fuccéderoit à fon père dans la
même dignité.
OuTRE ces trois premiers titres, le même Empcreur en créa d’autres d'u-
ne moindre diftinétion, pour les autres enfans des Regules. Ceux du quatriè-
me rang fe nomment Pey-tfe ; ceux du cinquième, Kong-heu, &c. Le cinquié-
me rang eft au-deffus des plus grands Mandarins de l’Empire ; mais les Princes
de tous les autres rangs inférieurs ne font diftingués des Mandarins que par
la ceinture jaune. Cette diftinétion eft commune à tous les Princes du Sang,
de quelque rang qu'ils puiflent être. Cependant (a) ceux que ieurs riches
ne mettent. point en état d'entretenir un équipage convenable .à leur naiflan-
ce, affettent de cacher cette ceinture.
QuEezque luftre que les Princes du Sang puiffent tirer de leur naïffance &
de leurs dignités, ils vivent dans l'Etat fans pouvoir & fans crédit. On leur
accorde un Palais, une Cour avec des Officiers, & un revenu digne de leur
rang ; mais ils ne jouiflent d'aucune forte d'autorité. Le Peuple ne laiffe pas de
les traiter avec beaucoup de refpett. Autrefois, lorfqu’ils étoient difperfés
dans les Provinces, ils recevoient, tous les trois mois, des Officiers de la Cou-
ronne, le quart des revenus qui leur étoient affignés ; afin que la facilité qu'ils
avoient à le dépenfer pour leurs:plaifirs, leur ôtât la perfée de l’amaffer dans
des vûes moins favorables à la tranquillité publique. 1] leur étoit même défen-
du, fous peine de mort, de s’écarter du lieu qu’on leur avoit marqué pour leur
réfidence. Mais depuis que les Tartares fe font rendus maîtres de la Chine,
l'Empereur a jugé qu'il y avoir plus de sûreté à faire vivre les Princes du Sang à
la Cour, fous fes propres yeux. Avec ce qui leur eft affigné pour leur dépen-
fe, ils ont des maïfons, des terres & des rentes, dont ils font valoir les re-
venus par l'induftrie de leurs domeftiques. Aufi quelques-uns d’entr'eux font-
ils très-riches (b).
Quorqu'on ne compte pas plus de cinq générations des Princes du Sang,
depuis leur origine, leur nombre ne monte pas aujourd’hui à moins de deux
mille. Ils fe nuifent les uns aux autres en fe multipliant; parce que la plûpart
n'ont point de biens en fonds de terre, & que l’Empereur ne pouvant leur
accorder à tous des penfions, plufieurs vivent dans une extrême pauvreté,
qui les expofe au mépris.
VERs la fin de la dynaftie de Ming (c), on comptoit dans la Ville de
Kyang-cheu plus de trois mille familles de cette race, dont quelques-unes é-
toient réduites à vivre dela charité d'autrui. Les bandits qui s’'emparérent de
Peking , extirpèrent prefqu’entièrement cette race; ce qui a rendu quelques
parties de la Ville défertes. Ceux qui échapèrent au carnage prirent le parti
de quitter la ceinture jaune & de changer de nom, pour fe méler avec le
Peuple
(a) Ibidem.
(b) Ibid. pag. 242,
VIII. Part.
(c) Ibid, pag. 269.
Noztrssr
CuHiNoisx,
Titres des
Princes du
Sang.
Origine du
nom Regulz,
Divers rargs
des Princés,
Etat qu'ils
confervent, :
Cnmbien ils
fe x multi
pire:
Race de
Ming, extir-
pée.
NOBLESSE
CHINOISE.
J'emmes des
Princes &
leurs droits.
Deux for-
. tes de domef-
tiques des
Princes,
Fontions
des Princes
du Sang,
Quels font
les Nobles a-
près les Prin-
ces dela fa.
mille Royale.
Tamille de
Confucius,
66 VOYAGES DANS LEMPIRE
Peuple. Mais on les connoît encore pour defcendans du Sang Impérial. Les
Miffionaires de la meme Ville en eurent un pendant quelque-tems à leur fer-
vice, dans une maifon qui avoit été bätie par un autre de ces Princes. Ce
noble valet ayant découvert que les Tartares le cherchoient, pric la fuite
& difparut (d).
L'usaGE accorde aux Princes, outre leur femme légitime , trois autres
femmes, auxquelles l'Empereur donne des titres & dont les noms font enre-
giftrés au Tribunal des Princes. Leurs enfans prennent féance après ceux des
femmes légitimes; & fonc plus refpectes que les enfans des concubines ordi-
naires.. Les Princes ont auili deux fortes de domeftiques; les uns, qui font
proprement efclaves; les autres, l'artares, ou Chinois Tartarifés, que l’'Em-
pereur leur accorde en plus ou moins grand nombre, fuivant le deffein qu'il
a de leur faire honneur. Ce font les derniers qui compofent l'équipage du Re-
gule, & qui s'appellent vulgairement /es gens de fa porte. 11 fe trouve entr'eux
des Mandarins confidérables, des Vicervis & meme des T/ong-tus, qui fans
être efclaves, comme les premiers , ne font pas moins foumis à leur Mat-
tre, & pañlent au fervice de fes enfans lorfqu’ils héritent de la dignité de leur
père. Si le Prince eft dégradé pendant fa vie, ou fi fa dignité n’eft pas confer-
vée à fes enfans, cette forte de domeftiques pafle à quelqu’autre Prince du
fang que l'Empereur élève à la dignité de Regule.
Les fonétions des Princes des cinq premiers Ordres fe réduifent à fe trou-
ver préfens aux cérémonies publiques, & à paroître chaque matin au Paiais
Impérial. Ils fe retirent enfuite dans l'intérieur de leur Palais, où toutes leurs
affaires font bornées au gouvernement de leur famille & de leurs Officiers do-
meftiques. On ne leur laiffe pas meme la liberté de fe vifiter les uns les au-
tres, ni celle de fe loger hors de la Ville , fans une permiffion de la Cour.
Cependant il leur arrive quelquefois d'etre employés aux affaires publiques, &
de fe faire confidérer par d'importans fervices.. L'Auteur donne pour éxem-
ple le treizième frère de l'Empereur Kang-hi.
ON met au rang des Nobles, 1°. ceux qui ont été revêtus de la dignité de
Mandarins dans les Provinces; foit qu'ils ayent été congediés, ce qui arrive
prefqu'à tous; foit qu'ils ayent été forcés de réfigner leur Emploi à l'oc-
cafñon de la mort d'un père, foit qu’ils fe foient retirés volontairement avec
Ja permifion de l'Empereur. 2°, Ceux qui ne s'étant pas rendus capables
d'obtenir les degrés littéraires, n’ont pas laiflé de fe procurer, par faveur ou
par des préfens, certains titres d’honneur qui leur donnent le privilége de
vifiter les Mandarins, & qui leur attirent par conféquent le refpeét du Peu-
ple. 30. Tous les Etudians, depuis l’âge de quinze ou feize ans jufqu’à qua-
rante, qui ont fubi les éxamens établis par l'ufage.
La plus noble famille de la Chine eft celle du Philofophe Confucius. I!
n’y en a point d’autre qui foit proprement héréditaire; & c'eft en effet la plus
ancienne du Monde, puifqu’elle s’eft confervée en droite ligne depuis plus de
deux mille ans. Elle defcend d'un neveu de cet homme célébre, qui eft
nommé par excellence Ching jin ti chi cul, c'elt-à dire, Neveu du grand Homme.
En confidération d’une fi belle origine, les Empereurs ont conftamment ho-
noré
(4) Magalhaens dit (ag. 146.) que les
Tartares font mourir tous ces Princes, fui-
vant leur ufage, à l'acceflion d'une nouvelle
faille.
ie
%
Ÿ
qu
7
a"
»
2
\s
ë
À
ide
Er
F2
es
uk
CEUX «
cation
(e)t
fuivante
ral. Les
leur fer-
ces. Ce
t la fuite
ois autres
font enre-
ceux des
ines ordi-
, qui font
que l’Em-
effein qu’il
ge du Re-
e entr'eux
, qui fans
leur Maï-
ité de leur
pas confer-
Prince du
t a fe trou-
1 au Palais
outes leurs
)iiciers do-
uns les au-
de la Cour.
bliques, &
pour éxcm-
à dignité de
qui arrive
ploi à l'oc-
ment avec
us. capables
r faveur ou
brivilége de
ect du Peu-
jufqu’à qua-
fucius. Il
fret la plus
puis plus de
e, qui et
and Homme.
mment ho-
noïé
‘une nouvelle
DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. II. 6?
noré un de fes defcendans du titre de Kong, qui r“pond à celui de nos Ducs
ou de nos anciens Comtes. Celui qui porte aujourd'hui ce titre fait fa réfiden-
ce à Kye-feu-hyen, dans la Province de Chan-tong, patrie de l'illuftre Confu-
cius, qui a toûjours pour Gouverneur un Mandarin de la même famille N D +
UY»E des principales marques de Noblefle, entre les Chinois, confifte dans
les titres d'honneur que l'Empereur accorde aux perfonnes diftinguées par
leur mérite. Il étend quelquefois cette faveur jufqu’a la dixième genération,
en la mefürant aux fervices qu’on a rendus au Public. 11 la fait memé remon-
ter, par des Lettres exprefles, au père, à la mère, au grand père, qu'il ho-
nore chacun d'un titre particulier, fur ce glorieux principe d’émulation, que
toutes les vertus des enfans doivent être attribuées à l’éxemple & aux foins
de leurs ancêtres.
L'EmPereur Kang-hi fit un éxercice éclatant de cette méthode en
1678, pour récompenfer le Père Ferdinand Verbieff, Jéfuite Flamand. Ce
Miflionaire, ayant fini fes Tables des mouvemens célefles & des Eclypfes
pour deux mille ans, réduifit ce grand Ouvrage à trente-deux volumes de
Cartes, avec leurs explications, fous le vitre d'AfZronomie perpétuelle de l'Empe-
reur Kang-bi. 1] eut l'honneur de les préfenter à Sa Majeité dans une Af-
femblée générale des Grands de l'Empire, qui avoit été convoquée à cette oc-
cafñon. Ce Préfent fut reçu avec beaucoup de fatisfaétion; & non-feulement
il fut placé dans les Archives du Palais, mais en récompenfe d’un fi grand
fervice, le Père Verbieft fut créé Préfident du Tribunal des Mathématiques,
avec le titre de Ta-jin, ou de Grand-Homme , qui appartient à cette di-
gnité, & que l'Empereur étendit à toutes les perfonnes de fon fang. Quoi-
que Verbieft n'eût perfonne de fa famille à la Chine, tous les autres Miifio-
“naires de fon Ordre pañlèrent pour fes frères & furent confidérés fous le
titre de Mandarins. Sa qualité de Ta-jin procura dans la fuite, à l'Evé-
que d’Heliopolis, un accès favorable dans l'Empire de la Chine, & la plû-
part des Miffionaires la firent infcrire fur la porte de leurs maifons. C’eft
l'ufage commun des Chinois. Fiers des titres, qu’ils ont obtenus, ils
ne manquent point de les faire graver dans plufieurs endroits de leur
demeure, & même fur les lanternes qu'on porte devant eux pendant la nuit,
L'Empereur conféra les mêmes honneurs aux ancêtres de Verbieft, par autant
de Patentes qu’il y eut de perfonnes nommées. Pierre Verbieft, fon grand-pè-
re; Pafchafie de Wolff, fa grand'mère; Louis Verbieft , fon père, & Anne
Van-berke, fa mère, furent ainfi revétus des preinières dignités de la Chine.
IL paroît qu’à l’excepcion des Princes de la famille régnante & des defcen-
dans de Confucius, il n’y a point d'autre Nobleffe à la Chine que celle du mé-
rite, déclaré par l'Empereur & diftingué par de juftes récompenfes. Tous
ceux qui n'ont pas pris les degrés Littéraires, pañlent pour Plébeyens. Il ar-
rive de-là que les Provinces n'ayant point d’ancienne Nobleffe, on ne craint
jamais d'y voir établir une autorité dangereufe, pour celle du Souverain (f).
Les Chinois Lettrés ont été annoblis dans la feule vûe d’encourager l’appli-
cation à l'étude & le goût des Sciences, dont les principales, à la Chine, font
| l'Hiftoire
(e) Chine du Pêre du Ialde, pag. 50. &
: (f) Chine du Père du Halde, pag. 269. &
fuivantes,
fuivantes,
I2
Noncesse
CuinNoise,
Titres parti.
culiers de No-
blefle à ia
Chine,
Comment le
Père Verbicft
fut annobli,
lui & fes ane
cètres.
Lettrés de
la Chine.
68 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Nooesse l’Hiftoire, la Jurifprudence & la Morale; comme celles qui ont le plus d'in
CuiNoise.
Ecoles &
Colléges,
Alphabet
Chinois,
… Degrés de
t'inftruétion,
Comment les
enfans ap-
prennent à é-
crire,
fluence fur la paix & le bonheur de la fociété. On voit, dans toutes les par-
ties de l'Empire, des Ecoles ©c des Salles ou des Colléges, où l'on prend,
comme en Europe, les degrés de Licéncié, dé Maître-ès-Arts & de Doéteur.
C'eft dans les deux dernières de ces trois claffes qu'on choifit tous les Magif-
trats & les Officiers civils. Comme il n’y a point d'autre voie pour s'élever aux
Dignités, tout le monde fe livre aïidûment à l'étude, dans l’efpérance d’ob-
tenir les Degrés & de parvenir à la fortune. Les jeunes Chinois commencent
leurs études dès l’âge de cinq ou fix ans.. Le nombre des écoliers eft fi grand
que pour faciliter l'inftruétion (g), le premier Rudiment qu'ua leur préfénte
eft une centaine de caraétères qui expriment les chofes les plus communes,
telles que le foleil, la lune, l'homme, certaines plantes & certains animaux,
une maïfon, des uftenciles familiers, en leur faifant voir, d'un autre côté,
les figures des chofes mêmes. Ces figures, quoique repréfentées groffiérement,
fervent beaucoup à rendre leur pénétration plus vive, & peuvent être regar-
dées comme le premier alphabet des Chinois (4.
ON leur met enfuite entre les mains un petit Livre nommé Sang-tfe-king ,
qui contient tout ce qu’un enfant doit apprendre, & la méthode pour l'enfei-
ner. Il eft compofé de plufieurs courtes fentences, dont chacune n’a pas plus
e trois caraétères, & qui font rangées en rimes, comme un- fécours pour
Ja mémoire des enfans. Ils doivent les apprendre par degrés, quoiqu'elles
foient au nombre de plufieurs milles. Un jeune Chinois en apprend d'abord
cinq ou fix par jour, à force de les répéter du matin jufqu’au foir, & les ré-
cite deux fois à fon Maître. Il eft châtié s’il manque plufieurs fois à fa lecon.
On le fait coucher fur un banc, où il reçoit neuf ou dix coups de fouet par-
deflus fes habits. L'application eft fi rigoureufe & fi conftante, qu’on n'ac-
corde aux enfans qu'un mois.de congé au commencement de l'année, & cinq
ou fix jours au milieu: .
Lorsqu'izs font une fois arrivés au Livre Tfe-chu, qui contient la Doc-
trine.de Confucius & de Menus, il ne leur cft pas permis de jetter les yeux
fur d’autres Livres avant qu’ils l'ayent appris jufqu’à la derniére lettre. Ils
n'en comprennent point encore le fens; mais on attend, pour leur en donner
Texplication, qu’ils fçachent parfaitement tous les caraétères. Pendant qu'ils
apprennent à lire les lettres, on les accoutume à les former avec un pinceau ;.
car les Chmois n’ont pas l’ufage des plumes.” Oncomimence par leur .donne:
de grandes feuilles de papier, écrites en grands caraétèrés rouges, qu'ils doi-
vent couvrir de noir. Enfuite on leur fait prendre une feuille de lettres noires,
moins grandes que les premières, fur lefquelles mettant une feuille blanche &
tranfparente, ils forment de nouvelles traces fur celle de deffous. Mais ils fe
fervent encore plus fouvent d’une planche blanchie & .divifée en petits quar-
rés, dans lefquels ils tracent leurs caraétères, après quoi ils les efFacent avec
de l'eau pour épargner le papier. Ils apportent ainfi beaucoup de Maya £e'
ormer :
(g) Le Traduéteur a tout-à-faitmanquéicile ‘ ,, xante-dix, ou quatre vingt milles, le pre-
fens del’Original; voici commeilauroit dûtra- ,, mier Rudiment &c. R. d. E.
duire ,, Dès l’age_ de cinq à fix ans, les jeunes (b) C'eft une forte de lureau typographi-
>, Chinois commencent à étudier les lettres :. que, tel qu'on s'efforce de l'introduire en:
» Mais comme le nombre des lettres eft fi lL'rance.
> fort multiplié, qu'il monte à près de foi-
plus d'iu-
“ pe: NN
Doéteur. * #
es Magif- WMOR T du dernier EMPEREUR CHINOIS de #9
lever aux EX 7 s4
nce d’ob-
nmencent
t fi grand
préfénte
mmunes ,
animaux,
tre côté,
iérement,
tre regar-
Race de MING en 1644. tirée de NIEUHOF.
r-tfe-king ,
ar l'enfei-
a pas plus
ours pour
uoïqu'elles
id d'abord
& les ré-
à fa leçon
ouet par-
d’on n'ac-
> & cinq
t la Doc-
les yeux
ttre. Ils
n donner
dant qu’ils
pinceau ;.
r donne:
qu’ils doi-
es noires,
blanche &
ais ils fe
tits quar-
ent avec
avail à fe
former :
les, le pre-
typographi-
toduire en:
DOOD van den laatstn CHINEESSEN KEIZER uit het
Geslacht MING, 4° 1644 - Volgens NIEUHOF.
pofitic
réflerr
en KI
le ftyl
fiques
caraét
vinces
ancêtr
fition
fouven
d'autre
qui po
l'ännéc
néurs
ils app:
téurs ef
qui ne
rable. ]
main d
tre Mai
gnages
UC
dans Ëh
Gradué
Mais il
teur ex
cinquan
pour les
{® dans
à
w
former la main, parce que dans l'éxamen triennal pour les Degrés, on rejette
ordinairement ceux qui. écrivent mal; à moins qu’ils ne donnent des preuves
d'une habileté diftinguée dans le langage, ou dans la manière dont ils traitent
leur fujet. l re,
Larsqu'iis font afléz avancés dans l'écriture pour s'appliquer à la com-
ofition, ils doivent apprendre les régles du Pen-chang, efpèce de theme, qui
reflemble à celui qu’on fait faire aux écoliers de l'Europe avant que d'entrer
en Rhétorique, mais plus difficile, parce que le féns en eft plus reflèrré &
le ftyle particulier. On leur donné pour füujet une fentence des Auteurs claf-
fiques, qu'ils appellent Ti-mw ou thèfe. Il ne confifte fouvent qu’en un fimple
caraétère. Pour s’aflürer du progrès des enfans, l'ufage, dans plufeurs Pro-
vinces, elt d'envoyer ceux d'une même famille à la Salle commune de leurs
ancêtres, où chaque Chef de maifon leur donne à fon tour un fujet de compo-
fition & leur fait préparer un diner. Il juge de la bonté de leur travail & don-
né le prix à celui qui l'a mérité. Si quelqu'un s’abfénte fdns une jufte raifon,
fès parens doivent payer vingt fols pour l'expiation de fa faûte.
OurTre ces foins volontaires & domeftiques, les jeunes écoliers fubiflent
fouvent l’éxamen des Mandarins qui préfident aux Lettres, & font obligés à
d’autres compofitions, fous les yeux d’un Mandarin inférieur de cet Ordre,
qui porte le titre de Hyo-quan (1). Cette cérémonie fe renouvelle deux fois
l'ännée, au printems & pendant l'hyver. Dañs quelques Villes, les Gouver-
néurs fe chargent eux-mêmes de faire compofer les gens de Lettres du voifi-
nage. Ils les affemblent chaque mois; ils diftribuent des récompenfes à ceux
qui ont le mieux réuffi, & fourniffent aux autres frais de la fete. |
Iz n'y a point de Ville, de Bourg, ni meme de petit Village, qui n'ait fes
Maîtres d'Ecole pour l'inftruétion de la Jeuneffe. Les enfans de qualité ont
Bu-leurs Précepteurs, qui font-des Doéteurs ou dés Licentiés; [ & ceux qui font
d'une moindre condition ont pour Précepteurs des Bacheliers.] Ils appren-
“nént d’eux non-feulement la fcience des Lettres, mais encore celle des manié-
res & toutes les cérémonies qui regardent la civilité. Dans l’âge-convenable,
ils apprennent l'Hiftoire & les Loix de leur Patrie. Le nombre dé ces Précep-
teurs eft infini, parce qu'ils fe prennent entre ceux qui afpirént aux Degrés &
qui ne réuffiffent point à les obtenir. L'emploi d'un Maître d’Ecole eft hono-
rable, Ils font entretenus aux frais dès familles. Les parens leur donnent la
main dans toutes fôrtes d’occafons. Leur titre eft Syeu-feng , qui fignifie, ANo-
tre Maître ou Notre Doëéteur. Ils réçoivent, pendant toute leur vie, des témoi-
gnages d’une profonde foumifion de la parc de leurs Eleves.
UOIQUE la Chine n'ait pas d'Univerfités, comme l'Europe, on trouvé
dans éhaque Ville du Premiér Ordfe un grand Paläis, qui ferc à l’éxamen des
Gradués. Ces édifices font encore plus grands dans les Villes Capitales:
Mais ils font tous bäcis dans le même goût. Le mur d'enclos eft d’une hau-
teur extraordinaire, & l'entrée magnifique. C'eft une place quarrée , de cent
cinquante pas de grandeur, plantée d'arbres, avec des bancs & des fiéges
pour les Officiers ê les Soldats qui font la garde pendant l'éxamen, On pas-
fe dans une vafte cour, où les Mandarins-forment eux-mêmes un autre corps
de-garde -
(4) Cetermefignife, Gouverneuride l'Ecole.
L 3:
DE LA:CHIN'E, Liv: Ik Car. IN. 69
LETTRÉS
LE LA CHINE,
Ven-chang,
efpace de thc-
ine,
Compoñition
qu'on fait fai-
re aux enfans,
Coinpoñition
des Gens de
Lettres.
Les Précep. *
teurs font en
grand nom-
bre,
Palais qui
fervent de
Colléges à la :
Chine.
Leur def.
cription,
ù VOYAGES DANS LEMPIRE
Lerrnés pe de-garde (4). Au fond de cette cour eft un autre mur, avec des portes à eu d
LA Cuixe. vyentaux, qui donnent entrée dans une feconde cour, où l’on traverfe , fur enn
Petites un pont de pierre, un foffé plein d'eau, pour atriver à la troifième porte. r
chambres Une garde, qui eft ici placée, ne laiffe pañler perfonne fans l’ordre des Off. & le
pour les Etu. çiers. Après cette porte on découvre une grande cour quarrée, dans laquel. IL
css Je on ne peut entrer que par un paflage fort étroit. Des deux côtés de cette conf
cour eft un grand nombre de petites chambres (7), l’une près de l'autre, endrd
longues de quatre pieds & demi fur trois & demi de large, pour loger les buna
Précautions Etudians, qui font quelquefois plus de fix mille (m). Mais avant que d'en. Exa
pourempé. trer au Palais pour là compofition (#), ils font dépouillés avec beaucoup de [SF à vif
gherlafraude. foin , dans la crainte qu'ils n’ayent apporté quelque Livre ou quélqu’Ecrit. En a
On ne leur laiffe que de l’encre & des pinceaux. Si l'on découvroit quelque & à Co
fraude, les coupables feroient punis févèrement , & même exclus de tous A près d
les Degrés. Auffi-tôt que les Afpirans font entrés, on ferme foigneufement didats
les portes & l’on y met le fceau public. Le Tribunal a des Officiers (0), D untr
, dont le devoir eft de veiller à tout ce qui fe pañle, & d’empécher les vilites Jes di
ou les communications d'une chambre à l’autre. empêd
Au bout du pañlage étroit qui.donne entrée dans la cour, eft une Tour, Le H
élevée fur quatre arches & flanquée de quatre tourelles, ou de quatre petits [SM de che
dômes ronds, d’où l’on ne manque point, au moindre bruit (hp), de battre LES Syeou-1
auffi-tôt le tambour pour donner avis du défordre. Près de cette T'our, or à des E
ménagé divers appartemens & une grande falle bien meublée, où s’affemblent [EN bleue,
‘ceux qui doivent préfider au premier éxamen. DE cette falle on entre dans for la
une autre cour, où l’on trouve une autre falle qui reffemble à la première, des M
mais plus magnifiquement meublée, avec divers appartemens pour le Préfi- JW punit
dent & les principaux Officiers. On y trouve auffi des galeries, un jardin faveur
_& quantité d’autres petits appartemens pour les Mandarins, les Sécretairés & M la fois
les Officiers inférieurs: [ enfin tout ce qui eft neceffaire pour loger comnto-f kb Le.
dément tous ceux qui font à la fuite des Examinateurs. ] NU minen
Préfidens de Les Chefs, ou les Préfidens, à qui appartient le droit de l'éxamen, font EM genre.
j'Examenlit es Fu-yuen, les Chi-fu & les Chi-hyen ; c’eft-à-dire , les Gouverneurs de la val, 6
Fi Province & des Villes du premier & du troifième rang. Auffi-tôt que les D On do
jeunes Etudians font en état de fubir l'éxamen des Mandarins, ils doivent | leur Pr
efluyer d'abord celui du Chi-byen de leur jurifdiétion. Cet Officier donne le DB les ftra
Theme , éxamine les compofitions ou lès fait éxamniner pär fon Tribunal, & krvres [:
Infcriptions juge de la bonté dés Piéces. De huit cens Candidats, par éxemple, il en qui for
es mr nomme fix cens, qui prennent le titre de Æyen-ming, c’eft-à-dire, d’Inferits Le
_ pour le Hyen. Il fe trouve des Hyens où le nombre des Etudians monte | vince,
jufqu’a fix mille. Les fix cens doivent paroître enfuite à l'éxamen du Chi-fu, Bachel
ou leurs ci
quefois
CR) Angl. où les Mandarins fe placent (m) Du hade, pag. 174. & fuiv. ne, de
avec un corps de garde. R. d. E. (n) Navarette dit que c’eft le jour avant un Tai
(4) I eft aifé, remarque Navarette, de l'éxunen. fivé
s'imaginer quelle doit être la grandeur de (o) Navarette dit que de deux en deux on hs à
ces Colléges. Celui de Canton a cinq mille place une fentinelle. d'arger
chambres ou cellules, qui ont chacune leur (p) Querelle ou faute.
table & leur chaife. Elles font tellement dif- (g) Du Halde, ubi Jup. & Navarette dans
poftes, que le Viceroi, qui eft dans une fa Defcription de la Chine, pag. 10.
Jour voifine, les a toutes fous fes yeux,
s portes à
rerfe , für
me porte,
> des Off.
ms Jlaquel-
s de Cette
de l'autre,
loger les
_qué d’en-
aucoup de
iélqu'Ecrit.
oit quelque
lus de tous
neufement
ciers (0),
r Jes vifites
une Tour,
quatre petits
}, de battre
T'our, of à
s’affemblent
_eñtre dans
a première,
ur le Préfi-
s, un jardin
écretairés &
ser Comnfo-f"h
kamen, font
neurs de la
tôt que les
ils doivent
er donne Île
ribunal, &
mple, il en
e, d'Inferits
dians monte
du Chi-fu,
ou
R fuiv.
le jour avant
1x en deux on
avarette dans
, 10.
4
DE LA CHINE, Liv. II. Car. NI 71
eu dù Gouverneur de la Ville du-premier Ordre, qui, par un nouveau choix
en omme environ quatre cens fous le titre de Fu-ming, c'eft-à-dire Infcrits
r le fecond Examen. Jufqu’alors ils n’ont aucun Degré dans la Littérature
& leur nom général eft celui de Tong-/eng ou Candidats. ;
IL ya dans chaque Province un Mandarin, envoyé de la Cour, qui ne
conferve fon Office que trois ans, fous le citre de Æyo-tao, ou dans quelques
endroits fous celui de ÆHyo-yuen. Il eft en correfpondance avec les grands Tri-
bunaux de l'Empire. Pendant la durée de fes fonétions, il eft chargé de deux
Examens; l’un, qui fe nomme Sui-kau; l’autre, Ko-kau. Ce devoir l’oblige
à vifiter tous les Fus, ou toutes les Villes du premier Ordre de fa Province.
En arrivant dans une de ces Villes ,. il commence par aller rendre fes refpeéts
à Confucius.
près quoi, les jours fuivans font employés à l'Éxamen. Les quatre cens Can-
didats Fu-mings paroïffent à fon Tribunal pour la compofition. S'ils forment
un trop grand nombre avec.ceux des autres Hyens fubordonnés au même Fu ,on
les divife en deux troupes. Ici l’on employe toutes fortes de précautions pour
empêcher que les auteurs des compofitions ne foient connus des Mandarins.
Le Hyostao nomme quirize perfonnes, fur les quatre cens qu'on fuppofe venus
de chaque Hyen: On leur accorde alors le premier Degré, avec la qualité de
Syeou-tfay ; qui répond à celle de Bachelier. Comme c’eft proprement l’entrée
des Etudes, ils prennent l'habit de leur Ordre, qui conffte dans une robe
bleue, bordée de noir, avec la figure d'un oiïféau , en argent ou en étain
far la pointe de leur bonnet. Ils ne font plus fujets à la baftonade par l'ordré
des Mandarins ordinaires. Ils dépendent d’un Mandarin particulier, qui les
punit lorfqu’ils tombent dans quelque faute. Mais fi l'on découvroit que la
faveur eût quelque part à leur élettion, l'Envoyé de la Cour perdroit tout à.
la fois fa fortune & fa réputation.
Les mêmes Mandarins, qui font chargés de l'Examen du Sçavoir, éxa-
minent aufi les Candidats qui fe préfentent pour la Guerre. Dans ce dernier
genre ,.il faut donner des preuvés d'habileté à tirer de l'arc, à monter à che-
val, & de force à lever quelque groffé pierre ou à porter un pefant fardeau.
On donne en même-tems, à ceux qui ont fait quelque progrès dans l'étude de
leur Profeffion, des queftions à refoudre fur les campemens, les marches &
les ftratagèmes militaires; car les Guerriers ont, comme les Lettrés, des Li-
Mrvres [claïiques, qu'on nomme King ,] qui traitent du métier des armes, &
qui font uniquement compofés pour leur inftruétion.
Le Hyo-tao étant obligé par fon Office de faire une fois le tour de la Pro-
vince, affémble dans chaque Villedu premier Ordre tous les Syeou-tfays, ou les
Bacheliers quien dépendent. Après s'être informé de leur conduite, il éxamine
leurs compofitions, il récompenfe les progrès, il punit les négligences. Quel-
quefois, pour éxercer une juftice plus éxaéte, il les divife en fix claffès: l’u-
ne, de ceux qui fe font diftingués avec éclat; il leur donne pour récompenfe
se Taël Na une écharpe d'argent (r). Ceux de la feconde claffe reçoivent une
aveur plus légére, telle A écharpe de foie, ou quelque petite fomme
d'argent. La troifième claffé n’eft ni récompenfée ni punie. Ceux de la qua-
trième
Gr). Angl & une écharpe de foie, K, d. E, :
Enfuite il explique quelques paflages des Auteurs claffiques, a- .
LerrTrés ne
. LA CHINE. :
Mandarin:
qui préfide
aux Degrés,
Manière
dont on les
prend.
Premier
degré des
Syeoutfays.
Leurs pri-
vileges,
In{truétion
des Candidats
inilitaires,
Examen ti-
goureux des
Bacheliers,
cLETTRÉS
. DE LA CHINE.
- Châtiment
pour ceux qui
inatquent aux
affemblées.
Degré de
Kyu-fin, ou
Maître ès
Aïts.
Habillement
qui le diftin-
gue.
Examen pour
le degré de
-Docteur.
72 VOYAGES DANS'LEMPIRE
trième reçoivent la baftonade. . Ceux de la cinquième perdent l'oifeau qu'ils
portent à leur bonnet, & deviennent demi-Bacheliers. Enfin ceux. qui ont le
malheur de compofér la dernière. claffe, font entièrement dégradés. Mais
cet excès d’humiliation eft très-rare. Dans les Examens de cette efpèce, on
yoit quelqueïois un homme de cinquante ans recevoir la baftonade; tandis que
fon fils, qui compofe avec lui, reçoit des applaudiffemens & des récompen-
fes. Mais le Mandarin ne fe porte jamais à des punitions fi rigoureufes lorf-
qu'il n'y a point de plaintes contre la conduite &;.contre les principes des
mœurs.
UN Gradué qui ne fe trouve point à cet Examen triennal s'expofe au dan-
ger d'être privé de fon titre & de retomber au rang-du Peuple. 1l n’y a que
la maladie, ou le deuil pour la mort d'un père, qui puifle lui fervir d'excufe.
Seulemen: les anciens Gradués, qui font parvenus à la vieilleffe, obtiennent
pour le refte de leur vie une difpenfe de toutes fortes d'Examens, fans perdre
l'habit ni les honneurs de leur Degré. Rr
LE Degré de Kyu-fin, qui fignifie Licentié ou Maître-és-Arts , demande
un nouvel Examen, qu’on appelle Chu-kao. Il ne fe fait qu’une fois l'an, dans
la Capitale de chaque Province, fous l’infpeétion des grands Officiers, accom-
pagnés de quelques autres Mandarins. La Cour en députe deux, avec la
qualité de Préfidens; l'un, qui porte le titre de Ching-chu-kao, & qui doit être
Hau-lin, c'eft-à-dire, Membre du principal Collége des Docteurs de l'Empi-
re; l’autre, nommé Fu-chu. Sur dix mille Syeou-tfays, qui.fe trouveront dans
une Province, il n’y en aura pas plus de foixante qui obtiendront le degré de
Kyu-fin. Leur robe eft de couleur brunâtre, avec un bord bleu de quatre
doigts. L’oifeau, qu'ils portent fur leur bonnet, doit étre d'Or ou de cuivre
doré. Leur Chef eft honoré du titre de Kay-yuen. Ce Degré ne s'obtient pas
facilement, fi l’on ne corrempt les Juges (5). Les Xyu-Jins doivent fe ren-
dre à Peking l’année fuivante, pour fubir l’éxamen qui les conduit au degré
de Doëéteur. .C’eft l'Empereur qui fait les frais de leur voyage. Ceux qui
étant parvenus au degré de.Kyu-fins fe bornent à cet honneur, foit parce
qu’ils font déja d’un. âge avancé , foit parce que leur fortune eft médiocre,
ont la liberté de fe difpenfer de cet Examen, qui fe fait à Peking tous les trois
ans. Un Kyu-fin eft qualifié pour toutes fortes d'Emplois. Dans ce Degré,
on obtient quelquefois des Emplois importans, par le rang de l’âge. On a vû
des Kyu-fins élevés à la dignité de Vicerois. Aufñli-tôc qu'ils font revêtus de
quélqu'Office public, ils renoncent au degré de Doëéteur. dé
Tous les Licentiés qui font fans Emploi, doivent fe rendre à Peking pour
J’Examen triennal, qui porte le.nom d'Examen Impérial. C’eft l'Empereur
même, qui diète le fujet de la compoñition. L’attention qu'il y apporte & le
compte éxaét qu'on lui rend du travail, donnent lieu de fuppoñfer qu’il en eft
le Juge. Le nombre de ceux qui forment cette Affemblée, monte quelque-
fois à cinq ou fix mille, dont environ trois cens font élevés au degré de Doc-
teur. Quelquefois cette diftinétion n’eft accordée qu’à cent cinquante. Les
trois principaux prennent le titre de Tyen Je men Jeng, qui fignifie Difciples du
Fils du Ciel. Le premier ou le Chef, fe nomme Chuang-yuen le fecond, Pang-
quen, & le troifième, Tan-wha. Entre les autres, l'Empereur en choifit un
certaig
Cs) Angl. I n'eft pas aifé de corrompre les Juges pour obtenir ce degré. R. d. E.
qu'apr
T5-byo
re&l
prefen
plufieu
rin leu
fiftent
qu'ils €
tin; a]
te jufq
Ils retc
tfays d
neur fu
prefent
fieurs «€
font .u.
ornces
comme
te, au
ordinai
_ (+) CI
fuivantec,
VIII
eau qu'ils
qui ont le
és. Mais
fpèce, on
candis que
récompen-
eufes lorf-
ncipes des
fe au dan-
In'yaque
r d'excufe.
obtiennent
ans perdre
, -demande
s l'an, dans
rs, aCCOmM-
ç, avec la
ui doit être
de l'Empi-
veront dans
le degré de
1 de quatre
u de cuivre
‘obtient pas
ent fe ren-
jit au degré
Ceux qui
foit parce
médiocre,
ous les trois
s ce Degré,
e. On a vû
revêtus de
'eking pour
l'Empereur
bporte & le
qu'il en eft
e quelque-
ré de Doc-
ante, Les
Difciples du
ond, Pang-
choifit un
certaig
d. E.
DE LA CHINE, Liv. Il. Crar. HI. 3
‘
cettain nombre, qu’il décore du titre de Hau-lin, c'eft-à-dire, Doéteur du
premier Ordre. Le refte porte celui de T/in-t/e.
Ux Chinois qui parvient au glorieux titre de Tfin-tfe, foit dans la Littcra-
ture, foit dans les armes, peut le regarder comme un établiffement folide ,
qui le met à couvert de toutes fortes de befoins. Outre les préfens, qu’il re-
çoic en grand nombre, de fes amis & de fes cliens, il peut s'attendre d’être
employé tôt ou tard aux Oflices les plus importans de l'Empire & de voir fa
proteétion recherchée de tout le monde. Ses parens & fes amis ne manquent
point d’ériger dans leur Ville des arcs de triomphe à fon honneur. Ils y inf
crivent fon nom, fon âge, ie lieu & le tems de fon élévation.
L'EMPEREUR. Kang-hi remarqua, vers la fin de fon régne, que les Livres
imprimés n’étoient point en.auili grand nombre ni aufli bien écrits, qu'il le
defiroit pour fa propre gloire & pour l'utilité publique. Il en accufa:les prin-
cipaux Docteurs, qui négligeoient leurs études pour fe livrer aux recherches
de l'ambition. Auifi-tôt que l’éxamen fut fini, il entreprit, contre l'ufage,
d'éxaminer les autres. Si fa réfolution leur caufa beaucoup d’allarme, elle fut
füuivie d’une fentence encore plus févère. Plufieurs furent dégradés & renvoyés
honteufement dans leurs Provinces. L'effet de cet éxemple fut d'infpirer aux
autres plus d'application à l'étude. L'Empereur s'applaudit d’autant plus de
fa conduite, qu'un des plus fçavans Hommes de fa Cour, qu’il avoit employé
à l'éxamen des compolitions , porta le méme jugement que lui des piéces
qu'il avoit réjettées, à l'exception d'une feule, que ce Doéteur jugea dou-
teufe (+).
Du Halde, obferve encore, àl'occafion des Syeou-t/ays, ou des Bacheliers,
qu'après avoir été déclarés dignes des Degrés, ils fe rendent à la porte du
Ti-hyo-tao (v), ou du Mandarin qui préfide aux Examens, vêtus de toile noi-
re & la tete couverte d’un bonnet commun. Aufñli-tôt qu'ils font admis à fa
prefence, ils s’inclinent devant lui, ils tombent à genoux & fe profternent
plufieurs fois à droite & à gauche, füur'deux lignes, jufqu’à ce que le Manda-
rin leur fafle apporter les habits convenables au degré de Bacheliers, qui con-
fiftent dans une vefte, un furtout ou une rose, &c un bonnet de foie. Lorf-
qu'ils en font revêtus, ils fe profternent encore devant le Tribunal du Manda-
rin; après quoi fe rendant au Palais de Confucius, ils baiffent quatre fois la tê-
te jufqu'a terre devant fon nom & devant ceux des plus éminens Philofophes.
Ils retournent enfuite dans leurs Provinces. Là, fe joignant à tous les Syeou-
tfays du même Diftriét, ils vont en corps fe profterner devant le Gouver-
neur fur fon Tribunal. Cet Officier fuprême les prefle de fe relever, & leur
prefente du vin dans des coupes, qu’il éleve d’abord en l'air, Dans plu-
fieurs endroits , il diftribue entr'eux des piéces de foie rouge, dont ils fe
font une efpèce de baudriers. Ils reçoivent aufli deux petites baguettes,
ornées de fleurs d'argent, qu'ils placent des deux côtés de leurs bonnets
comme des caducées. Alors ils fe rendent, avec le Gouverneur à leur té-
te, au Palais de Confucius, pour terminer la cérémonie par les falutations
ordinaires. Ce dernier aéte eft comme le fceau qui acheve de les mettre en
pofleñion
(+) Chine du Père du Halde, page 176. &
iulvantes,
VIII, Part.
(uv) C'eft apparemment le même qu’on a
déja nommé fimplement Hyo tao.
K
LerTrés
DE LA CHINE.
Avantages
du titre ds
Tfin-tfe.
Réformation
que l'Empe-
reur Kang-hi
fitentre les
Docteurs.
Cérémonies
qui fuivent
l'élection des
Syeou-tfays.
Dernier aëe
dela cérémo-
nie, :
LETTRÉS
LE LA CHINE.
Origine de
trois Ordres
de Bacheliers.
Trois claffés
de Bacheliers
privilégiés,
Formulités
qui précédent
l'élection.
74 VOYAGES DANS L'EMPIRE
pofleffion de leur-nouvelle dignité, parce qu'ils reconnoiflent ainfi Confucius
pour leur Maître & qu'ils font proféflion de fuivre fes maximes de Gouver-
nement (x).
NaAvarETTE, dont le récit s'accorde avec tout ce qu'on a rapporté d'a:
rès Du Halde, y ajoûte néanmoins quelques circonftances qui méritent d'è.
tre obfervées. Il nous apprend que fous la famille de Gong, qui régnoit il y
a plus de fix cens ans, les Lettres furent plus floriflantes que jamais à Ja
Chine. Le nombre des Ecoles fut alors augmenté. Chaque Ville médiocre
eut vingt Bacheliers. Chaque Cité en cut quarante, & les Capitales en eu-
rent cinquante. Ces Bacheliers de furcroît reçurent le nom de Lin-feng , qui
fignifie, Bacheliers accordés par la Conr. Enfuite le nombre fut pouflé à foixan-
te pour les Villes inférieures, & jufqu’à cent vingt pour les Capitales, fous le
nom de T/eng-feng, ou de Bacheliers d'augmentation. Enfin, la permiffion
de prendre les Degrés fut accordée à tous. ceux qui fe préfenteroient avec les
difpofitions néceffaires. Ces derniers . furent diftingués par le nom de Zu:
byo, qui fignifie Bacheliers adoptés. Ain le Corps des Bacheliers eft compofé
de trois Ordres.
Les Bacheliers privilégiés, qui font difpenfés de l'Examen, portent le nom
de Kung-feng , & forment aufñli trois clafles. Les premiers font connus fous le
titre particulier de Pa-kung-feng, qui fignifie; Qu'ayant été d’excellens Rh:.
toriciens & leurs compofitions ayant toûjours été fort élégantes, ils ont mc.
rité le Degré dont ils jouiflent fans avoir été obligés d'attendre le terme ordi.
naire. La feconde claffe eft celle des Tfye-fuen-kungs, qui ont joui pendant
vingt ans du degré de Bacheliers. Les derniers portent le nom de Nesntur:z-
Jeng, qui les fait connoître pour des Bacheliers privilégiés par la faveur cx-
prefle de l'Empereur. Les enfans des Chartiers, des Bouchers, des Bour.
reaux , des Comédiens, &.les Bätards, font exclus de toutes fortes de De-
rés.
LEs Candidats, après avoir mis la dernière main à leurs compoñitions, les
ferment foigneufement & mettent deflus le nom de leur Pays, avec une en-
veloppe qui ne permet pas de le lire. Elles font livrées aux Officiers établis,
qui les portent à la Salle des Mandarins, où elles doivent être éxaminées,
Celles qui ne méritent pas (y) de pañlér dans la feconde chambre, font mifes
à part. Toutes les autres font rejettées. De cinq mille, il y en a toûjours là
moitié qui ne paffent point cette première chambre, Les autres, après avoir
fubi l'Examen dans la feconde, font réduites auffi prefqu’à la moitié, qui par-
vient jufqu’à la troifième chambre, pour y-être jugée par les Prélidens de
J'Examen. Il en demeure cinquante des plus élégantes, dans l'ordre qui con.
vient à chacune, c’eft-à-dire, la première, la feconde, &c. On cherche 2-
lors les noms des compofiteurs, & les ayant appellés à haute voix, on les inf.
crit fur de grands tableaux, qui font fufpendus dans une place publique. Cet.
te feule déclaration les élève au Degré. [ C'eft ainfi, dit l’Auteur, qu’Eleazars»
fut déclaré grand Prêtre (2), après avoir été revêtu des habits d’Aaron, fans
aucune onétion, ou confécration ultérieure.]
S’iL fe trouve d’autres compofitions qui méritent le même honneur, on
confervi.
(x) Chine du Père’ du Flalde, pag. 295, (z) Nombr, XX, 26,
(y) Ang, celles qui méritent, KR. d. E,
con
que
un]
rabl
L
ont
te |:
nef
teur:
tes d
cun :
A
de p:
leur
céleb
arriv!
cun |
frais (
Sonn
êtree
ala q
reur,
» meft diff
É monte
demand
me mie
loifir. 1
homme
LA
celle de
des Et
véniens
voient d
mé pou
(a) M
vingt-dix
tiés ou M:
onfucius
Gouver-
orté d'a:
tent d’'ê-
snoit il y
ais à Ja
médiocre
s en CU-
eng , qui
à foixan-
5, fous le
ermiffion
- avec les
n de Fu-
compofé
nt le nom
us fous le
lens Rh:-
s Ont Mi=
rme ordi-
i pendant
NVeen-Rurg-
aveur CX-
des Bour-
s de Dec-
tions, leg
une cn-
rs établis,
aminées.
ont mifes
ûjours la
bres avoir
| qui par-
Hidens de
qui con-
erche a-
bn les inf-
e, Cet-
qu'Eleazars®
ron, fans
neur, on
confer ve
DE LA CHINE, Liv. II. Car. HI. 75
conferve par écrit le nom des Auteurs, avec une recommandation, dans la. .
quelle on déclare qu’ils auroient été dignés du Degré, fi l'ufage en eût admis
un plus grand nombre; ce qui paîle pour une diftinétion-extrémement hono-
rable.
LA durée de l'Examen eft de trois jours, pendant lefquels tous ceux qui
ont part à cette importante cérémonie font enfermés. L'Empereur en fait tou-
te la dépenfe. Elle va fi loin que Navarette fe difpenfe du calcul, parce qu'il
ne paroîtroit pas croyable aux Européens. Enfuite le Viceroi, les Examina-
teurs & les autres grands Mandarins, reçoivent les Gradués avec toutes for-
tes d’honneurs, les traitent dans un feftin folemnel, & leur donnent à cha-
cun fon écuelle d'argent, fon parafol de foie bleue & fon fedan.
Au moment que les tableaux font fufpendus, quantité de perfonnes fe hâtent
de partir, pour aller porter à la famille des Gradués la première nouvelle de
leur élévation. Ces Couriers font généreufement récompenfés. Toute la Ville
célebre le bonheur de fon citoyen par des réjouiffances publiques. Lorfqu'il
arrive lui-même, il eft accablé de vifites, de félicitations & de préfens. Cha-
cun lui offre une fomme d’argent, Yuivant fa fortune, pour contribuer aux
frais des voyages qu’il eft obligé de faire à la Cour en qualité de Licentié (4).
Son nom d’ailleurs eft enregiftré dans les Livres Impériaux, afin qu’il puifle
être employé dans l’occafion aux Emplois du Gouvernement. Ceux qui afpirent
à la qualité de Doëéteur, déclarent qu'ils veulent être éxaminés par l'Empe-
reur, & reçoivent ordre de fe rendre à la Cour, où Sa Majefté leur donne
des thêmes & juge de leur.compofition. On accorde tous les honneurs imagi-
nables à ceux qui remportent le premier prix. Quelques-uns font réfervés pour
le Collège Impérial (b). Les autres retournent dans leur Patrie, pour y at-
tendre les Emplois qui leur font deftinés.
Quorqu'on apporte des foins extrêmes à prévenir la corruption, les
moyens ne manquent jamais pour s'élever par cette voie. Du tems de l’Au-
teur, l'Empereur Kang-hi fit couper la tête à deux Licentiés (c) convaincus
de ce crime, [ & un autre fut mis aux fers pour la même raifon.] La métho-
de de corruption la plus commune eft de rendre vifite à l'Examinateur. S'il
‘ fr eft difpofé à favorifer le Candidat, il convient d’une fomme avec lui, [ qui
monte environ à cinq cens ducats, & quelques fois plus haut.] Enfuite 1l lui
demande une marque à laquelle il puifle diftinguer fa compofition, s’il n’ai-
me mieux lui communiquer le fujet, pour lui donner le tems d’yctravailler à
loifir. Mais fi le Candidat qui s’élève par cette lâcheté eft reconnu pour un
homme fans mérite, on s’en prend à l'Examinateur. O4
L'AuTEtR attribue deux utilités confidérables à l’ufage de ces Examens;
celle de banrir la päreffe des Ecoles, & celle de diminuer le nombre exceffif
des Etudians. Ce fut pour remédier, dit-il, au dernier de ces deux incon-
véniens, que l'Empereur Juftinien ôta leurs revenus à plufieurs Villes qui a-
voient des Ecoles publiques; & François Premier, Roi de France, fut bla-
mé pour avoir fondé un trop grand nombre d'Univerfités ; parce qu'en augmen-
tant
(b) Autrement, le Collège des Hau-lins,
(ce) Angl, à un Licentié à à fon Examina-
teur. R. d, LE,
(a) Magalhaens compte à la Chine quatre-
vingt-dix mille Bacheliers, & dix mille Licen-
tiés ou Maitres-ês-Arts,
K 2
LeTrnés
DELA. CHINE,
Durée &
frais de l’Exa-
mên.
Réjouifrin.
ces pour l'é-
leétion des
Gradués.
La corrnp.
tion fe gliffe
dans ces ufa-
ges.
Réfléxions
de l'auteur
fur l'utilité
des Examens
Chinois,
LeTTRÉS 0
pe LA Caine. de foldats, de laboureurs & d’artifans.
Modeftie
des Lettrés
Chinois, ac-
compagnée
d’orgueil.
Raifons qui
font retpeéter
l'agriculture
aux Chinois.
Leuropinion
fur fon où igi-
Le,
76 VOYAGES DANS L'EMPIRE
tant à l'excès le nombre des Etudians , il priva fon Royaume d'une in&nité
NavarETTE paroît regretter que les Ecoliers de l'Europe ne refflemblent
as mieux à ceux de la Chine. La gravité, dit-il, & la modeftie font le partage
des Lettrés Chinois. Ils marchent toûjours les yeux baiflés. Un jeune Ecolier
n’eft pas moins compofé dans fon air & dans fes manières. Mais ces vertus, ajoû-
te le même Auteur , font infeétées d'un orgueil incroyable, qui leur. fait prefque
refufer la qualité d'hommes à tous les autres Peuples du Monde. Cependant les
Tartares, qui n'ont pas tant d'inclination pour les Lettres, ont un peu humi-
lié les Sçavans Chinois ( d ).
OBsERvONS ici que fous le nom de Sçavans ou de Lettrés, on comprend
tous les Etudians de la Chine, foit qu'ils ayent pris quelque Degré, ou qu’its
n’y foient point encore parvenus; foit Employés ou Bus Emplois. Tous les
Mandarins font. Lettrés; mais tous les Lettrés ne font pas Mandarins.
Examens & des Degrés, mais avec moins d'é-
(d) Defcription de la Chine par Navarct:
tendue, pag. 235. & fuiv.
te, pag. 49. & fuiv, Le Comte parle aufli des
G. IL.
Claffe des Laboureurs, € confidération que les Chinois ont pour
l'Agriculture.
LE Laboureurs, à la Chine, font au-deffus des Marchands & des Arti-
fans. Leurs privilèges ont plus d’étendue, & leur profelïion eft regardée
comme la plus néceffaire à l'Etat. Les Chinois prétendent, fuivant Navaret-
te, que l'Empereur eft obligé de leur accorder une proteétion fpéciale &
d'augmenter fans cefle leurs privilèges, parce que c’eft de leur travail & de
leur induftrie que toute la Nation ure fa fubfiftance (4). Il eft certain qu’elle
ne pourroit pas fubfifter fans l'application & les efforts continuels que les Pay-
fans apportent à l'agriculture. La Chine eft fi peuplée, que toutes fes terres,
cultivées jufqu'à la moindre partie, comme ellesle font effeétivement., fuflifent
à peine pour la nourriture de tous fes Habitans. Un Empire fi vafte a peu
de reflource dans le fecours des Etrangers pour fuppléer à fes nécelités ,
quand fes correfpondances feroient mieux établies avec eux. C'elt par cette
raifon qu'on y a toñjours regardé le. progrès de l'agriculture comme un des
objets du Gouvernement, & que les Laboureurs & leur profellion y font éga-
lement:refpeétés. On:y célèbre une fete.publique à leur honneur. L'Empe-
reur même fait gloire, une fois l'année, de manier. la-charrue, à limitation
des anciens Monarques du Levant, qui fe réduifoient quelquefois à cet éxer-
cice dans la même vûe.
L'oPINION commune, fuivant le témoignage des Miffionaires , .eft que
cette utile profelion fut inventée par. Chin-nong (b), que les Chinois honorent
Encore
23. & Du régne commença deux mille huit cens trente-
deux ans avant l'Ére Chrétienne, Du Hude,
P8g. 137.
(a) Navarette, wbi Jup. pag.
Halde, pag 272.
(b} Son nom fignifie Liboureur célefle. Il
fut le fecond Empereur de la Chine, & fon:
enc
les «
ils p
loig
choi
les
reur
On
trer
& qi
com!
rofe
ma
D
vAng
cha
vang
vitn
fance
porté
neur
King
du tre
Mini
ter.
lébre
au qu
noifé
neur c
grand
couro:
la Vil
d'un g
préfen
l'agric
même
phe à
rées p:
Pai
fe, qu
che,
l'indu
baguet
faire a
(cs) 1
ces, -Ubi
ne infinité
D'E LA CHINE, Liv. Il Cnrap. IE 77
encore à ce titre (c). Les Livres de leurs Philofophes n'ont pas peu fervi à Acnreur.
les confirmer dans ces fentimens. Ils rapportent que l'Empereur Yao, dont TURE
effemblent ils placent le régne quatre cens quatre-vingt ans après celui de Chin-nong, é- PES Cninous.
le partage loigna fes propres enfans du Trône en faveur d'un jeune Laboureur , qu’il
ne Écolier choifit pour lui fuccèder. Une préférence fi finguliére a tranfmis dans tous
rtus , ajoû- les Chinois la plus haute eftime pour la profeiion de l'agriculture. L'Empe.
it prefque reur Yu, fucceffeur de Chun, fut appellé de même à la Couronne Impériale.
vendant les On prétend que par l’invention des canaux, il trouva le moyen de faire ren
peu humi- trer dans la Mer les eaux qui couvroient la furface d'une partie de l'Empire,
& qu'il en fit enfuite ufage pour rendre les terres plus fertiles. On-ajoûte qu'il
comprend compofa plüfieurs Livres fur la culture des terres & fur la manière de les ar-
» Où qu'ils rofer. Ce fut pour récompenfer tant de fervices que l'Empereur Chun le nom-
Tous les
ns.
ec inoins d'é-
NE es DATE DRE
ma fon fuccefleur, & l’agriculture reçuc un luftre fort éclatant de ce choix.
D'aurres Empereurs ont marqué leur zéle pour un Art fi noble. Kang-
vang , troifième Monarque de la famille de Cheu, établit des bornes dans les
champs, pour prévenir les fujets de conteftation entre les Laboureurs. Aing-
vang, vingt-quatrième Empereur de la même race, fous le régne duquel on
vit naître le Philofophe Confucius, cinq cens trente & un ans avant la naif-
fance de Jefus-Chrift, renouvella toutes les Loix que fes Prédéceffeurs avoient
portées en faveur de l’agriculture. . Mais elle fut élevée au comble de l’hon-
neur par l'Empereur Wen-ti, qui régna trois cens cinquante-deux ans après
King-vang. Ce Prince voyant fes Etats ruinés par la guerre, donna l'éxemple
du travail à fes Sujets, en labourant lui-même les terres de la Couronne. $es
Zéle de plu-
fieurs Empe.
reurs pour l'a-
griculture,
des Arti- à Miniftres & toute la Nobleffe de l'Empire fe virent dans la néceffité de l’imi-
L regardée Ÿ ter. On regarde cet évènement comme l’origine d'une grande fête qui fe cé- lête à foù
Navaret- Es lèbre annuellement dans toutes les Villes de la Chine, lorfque le Soleil entre honneur.
péciale &
vail & de
ain qu'elle
Sc ffirene
l'origine,
au gr es degré du Verfeau; c'eft-à dire, au point que l’Aftronomie Chi. Qu£lle en fut
noife a fixé pour le-commencement du printems. Dans ce jour, le Gouver-
neur de chaque Ville fort de fon Palais, précédé de fes Enfeignes & d'un
Re
e les Pay-
fes terres,
. fufifent
fte a peu
écefités ,
par cette
nc un des
font éga-
L'Empe-
limitation
cet ÉXCr-
, eft que
honorent
encore
ens trente-
Du Haude ,
grand nombre de flambeaux allumés , au bruit de divers Inftrumens. Il eft
couronné de fleurs, & dans cet équipage il marche vers la porte Orientale de
la Ville, comme s’il alloit au-devant du Printems. Son cortége eft compoté
d’un grand nombre de litiéres, peintes ou revêtues d'étofes de foie, qui re-
préfentent, entre diverfes figures, les portraits des Hommes illuftres dont
l'agriculture a reffenti les bienfaits, avec les Hiftoires qui appartiennent au
même fujet. Les rues font ornées de tapifleries. On-éleve des arcs de triom-
phe à certaines diftances, on fufpend des lanternes, & les Villes font éclai-
rées par des illuminations.
Parmi les figures on voit une vache de terre, d'une grofeur fi monftrueu:-
fe, que cinquante hommes fuffifent à peine pour la tirer. Derricre cette va-
che, qui a les cornes dorées, paroît un enfant, qui paffe pour le Génie de
l'induftrie & du travail. Il marche, un pied nud & l'autre chauflé, avec une
baguette à la main, dont il aiguillonne fans cefle la vache, comme pour la
faire avancer. Il eft fuivi des Laboureurs, armés de leurs inftrumens, & l’on
voit
(c) Navarctte ditqu'’onluia bâti des Temples magnifiques, où il eft honoré par des facrifi-
ces, -Ubi Jup. pag. 53.
3
Figures
qu’on y porte
cn proceflion.
AGRTCUL-
TURE
DES CHiNois.
L'Empereur
de la Chine las
bourela terre.
Circonftan-
ces de cette
cérémonie.
Préparatifs
auxquels
l'Empereur
cft obligé.
Payfans qui
l'affient,
78 VOYAGES DANS L'EMPIRE
voit paroître après eux des troupes de Mafques & de Comédiens qui repréfen.
tent diverfes Piéces. Cette proceflion fe rend au Palais du Gouverneur , Où
l'on dépouille la vache de tous fes ornemens. On tire de fon ventre un grand
nombre d'autres petites vaches de terre, qui fediftribuent à l’Affemblée, avec
les fragmens de la grande vache, qu'on brife en piéces. Enfüite le Gouver-
neur prononce une courte harangue à l'honneur de l'Agriculture, qu’il recom-
mande, comme l'éxercice le plus utile au bien public.
L’ArTENTION des Empereurs & des Mandarins pour la culture des terres
eft portée fi loin, que s’il arrive à la Cour quelque Mefager d'un Viceroi, le
Monarque n'oublie jamais de s'informer quel eft l'écat des champs & des moif-
fons. Une pluie favorable eft une occafon de vifites & de complimens entre
les Mandarins. Au Printems, qui tombe dans le.cours du mois de Février,
l'Empereur nemanque pas, fuivant l'ancien ufage, de conduire folemnellement
une charrue & d'ouvrir quelques fillons, pour animer les Laboureurs par fon
éxemple. Les Mandarins obfervent la même cérémonie dans chaque Ville,
avec les formalités fuivantes. Le Tribunal des Mathématiques commence ,
fur les ordres qu'il reçoit, par fixer le vingt-quatrièéme jour de la feconde
Lune , comme le plus propre au labourage. Enfüite le Tribunal des Rites
avertit l'Empereur, par un Mémoire, des préparatifs établis pour la fête,
1. Sa Majefté doit nommer douze Seigneurs pour lui fervir de cortége & la-
bourer aprés elle. Ces Seigneurs doivent étre trois Princes, & neuf Préfi-
dens des Cours Souveraines, ou leurs Afliftans, dans les cas dé vieilleffe &
de maladie. 2. Comme le devoir de l'Empereur, dans cette cérémonie, ne
confifte pas feulement à labourer la terre, pour exciter l'émulation par fon
éxemple, & qu’en qualité de premier Pontife il eft obligé d'offrir un facrifi-
ce à Chang-ti, pour obtenir l'abondance, il eft averti qu’il doit s'y préparer
par trois jours de jeûne & de continence. Les Princes & les Mandarins nom-
imés pour l'accompagner font affüjectis à la meme Loi. 3. La veille du jour
marqué, Sa Majelté doit envoyer à la Salle de fes ancêtres une députation de
plufieurs Scigneurs , pour fe profterner devant leurs ‘l'ablettes & leur donner
avis, comme s'ils étoient vivans, qu’elle fe propofe d'offrir le lendemain un
grand facrifice.
Ourre ces devoirs, qui regardent l'Empereur, le même Tribunal pref-
crit à divers autres Tribunaux les préparatifs qui les concernent. L'un cft
chargé de préparer le facrifice. Un autre, de compoñer la formule que
l'Empereur doit répéter dans la cérémonie. Un autre, de faire dreffer les
tentes où fa Maifon doit dînér. Un quatrième, d'affembler quarante ou cin-
quante Laboureurs, refpeétables par leur âge, qui doivent être préfens lorf.
que l'Empereur met la main à la charrue; & quarante jeunes Payfans, pour
difpofer les inftrumens d'agriculture , pour accoupler les bœufs & préparer
les grains qui doivent être femés.: On choifit cinq fortes de grains, qui re-
préfentent toutes les autres. C'eft du froment, du riz, des feves & deux
éfpèces de millet.
Le vingt-quatrième jour de la Lune, l'Empereur, en habits de cérémo-
nie, fe rend avec toute fa Cour au lieu aligné pour offrir à Chang-ti le fa-
* crifice du Printems , dans la double vûe d'obtenir la confervation & l’abon.
dance des biens de la terre. Ce lieu eft une petite éminence, compofée de ter-
re, à peu de diftance au Sud de la Ville. Elle doit avoir cinquante pieds &
quatre
fillons
plus f;
ze épis
recueil
qui n'e
rial.
dans le
du tra
frande
EN
jourd’h
pour l'e
les Gou
de leur
ne cond
la paix
pour to
ve ce fa
lui envc
de port.
s’afleoir
je refte
rang, €
doit êtr
Auf ra;
que tem
sumes €
ve jamai
|
duifent ;
sonde,
repréfen.
neur , où
un grand
ée, avec
Gouver-
il recom-
des terres
iceroi, le
des moif-
ens entre
> Février,
nellement
rs par fon
ue Ville,
mmence ,
| fecondc
des Rites
r la féte.
ége & la-
euf Préfi-
eilleffe &
onie, ne
n par fon
un facrifi-
j préparer
rins nom-
e du jour
itation de
r donner
emain un
nal pref-
L'un cft
mule que
ireffer les
e ou cin-
fens lorf-
ns, pour
préparer
, qui re-
& deux
cérémo-
p-ti le fa-
l’abon-
fe de ter-
pieds &
quatre
DE LA CHINE, Liv. Il Cuar. Il. 79
quatre pouces de hauteur. .La place qui doit être labourée par les mains Im-
périales, eft immédiatement à côté.
AussiTôT que le facrifice elt offert, l'Empereur defcend avec les trois
Princes & les neuf Préfidens qu'il a choifis. Pluficurs Seigneurs portent les
caifles où font contenues les femences. Toute la Cour demeure attentive ,
dans un profond filence. Alors Sa Majefté prend la conduite de la charrue,
& fait plufieurs fillons en avant & en arrière. Les trois Princes & les Préfi-
dens font fucceflivement la même chofe après l'Empereur. Après ce travail,
ui fe recommence en plufeurs endroits du champ, Sa Majeité Impériale
éme les différentes fortes de grains. Le jour füuivant, les quarante Labou-
reurs & les jeuncs Payfans achevent ce qui refte à labourer dans le même
champ. Cette étrange cérémonie fe termine par des préfens que l'Empereur
leur diftribue. Ils confiftent en quatre piéces d’étoffe de coton.
Dans le cours de la faifon, le Gouverneur de Peking eft obligé de vifiter
fouvent ce champ & de le faire foigneufement cultiver. Il en éxamine tous les
fillons, pour découvrir s’il n’y croît pas quelqu'épi extraordinaire. Ce feroit le
plus favorable augure, ét trouver, par éxemple, une tige qui portät trei-
ze épis. Le Gouverneur fe hâteroit d'en avertir la Cour. En automne, il doit
recueillir le grain dans des facs jaunes, pour les renfermer dans un magafin
qui n’a point d'autre ufage, & qui eft diftingué par le nom de Magafin Impé-
ral. Ce grain fe conferve pour les plus grandes cérémonies. L'Empereur,
dans les facrifices qu’il offre à Tyen ou à Chang-ti, le préfente comme le fruit
du travail'de fes mains; & dans certains jours de l’année, il fait la même of-
frande à fes Ancétres.
ENTRE plufieurs bons Réglémens de l'Empereur Yong-ching, qui régne au-
jourd’hui, Du Halde en rapporte un qui marque une confidération fingulière
pour l'agriculture. Ce Prince, pour encourager les Laboureurs, éxige de tous
les Gouverneurs des Villes, qu'ils lui envoyent tousles ans le nom d'un Payfan
de leur diftriét, qui fe diftingue par fon application à cultiver la terre, par u-
ne conduite irréprochable, par l'union qu’il fait régner dans fa famille & par
la paix qu'il entretient avec fes voilins; enfin, par fa frugalité & fon averlion
pour toutes fortes d'excès. Sur le témoignage dû Gouverneur, Sa Majelté éle-
ve ce fage & diligent Laboureur au degré de Mandarin du huitième Ordre, &
lui envoye des Patentes de Mandarin honoraire; diftinétion qui le met en droit
de porter l’habit de Mandarin, de rendre vilite au Gouverneur de la Ville, de
s'affeoir en fa préfence & de prendre du thé avec lui. Il eft refpeété pendant
je refte de fa vie. Après fa mort, on lui fait des funérailles convenables à fon
rang, & fes titres d'honneur font infcrits dans la Salle de fes ancêtres. Quelle
doit être l'émulation des Laboureurs, après des éxemples de cette nature (4)?
Auñi rapportent-ils tous leurs foins à la culture de leurs terres. S'ils ont quel-
que tems de refte, ils vont couper du bois fur les montagnes, ils vifitent les lé-
sumes de leurs jardins, ils font leur provifion de cannes, &c. On ne les trou-
e jamais oififs. Jamais lesterres dela Chine ne demeurent en friche. Elles pro-
duifent généralement trois moiffons chaque année ; la première, de riz; la fe-
onde, de veflé, qui fe féme avant que le riz foit moiflonné; & la troifième
2 9
de:
(4) Chine du Père du Ilaïde, pag. 274. & fuivantes, :
AGrIcuL-
TURE
pes CuiNois,
Comment
l'Empereur
laboure la
terre.
Soin qu'on
‘prend du
champ labou-
ré par l'Éme
pereur.
Ufage qu'on
fait de fes
fruits.
Réglement
de l’'Empe-
reur Yong-
ching à l’hon-
neur de l'agri-
cultures
Effets de ces
diftinétions
parmi les La-
boureurs,
8o VOYAGES DANS L'EMPIRE
Acnreur. de féves ou de quelqu’autre grain. Les Chinois n'employent guères leur terrain
TURF à des ufages inutiles, tels que les jardins à fleurs ou les allées pour la promena-
pes Cminors. de, Le plaifir particulier marche toûjours après l'intérêt public.
à du , Le principal objet du travail des Laboureurs eft la culture du riz. Leurs
terres font préparées fort habilement. Ils n’épargnent aucun foin pour ramaf.
eo fer toutes fortes d'ordures & d'excrémens d'hommes & d'animaux. Ils don.
ploye, nent, en échange, du bois, des légumes & de l'huile de lin. Cette prépara-
tion, qui ne ferviroit dans d’autres Pays qu’à brûler les Plantes (ee convient
beaucoup aux terres de la Chine, fur-tout avec l'art qu'ont les Chinois de
tempérer ces matières par des mélanges [ avec de l'eau ordinaire ]. Ils lèvent >
ces ordures dans des feaux (f), qu'ils portent couverts fur leurs épaules.
Le foin qu’ils prennent continuellement de les ramafler, fert beaucoup à l’en-
tretien de la propreté dans les Villes.
Dans la Province de Che-kyang, & dans d'autres cantons qui font parti- les
culièrement fertiles en riz (g), on employe, pour engraifler les terres, des cha
boules de poil de cochon & meme de poil humain, que les Habitans croient les
propres à fortifier le grain. Les Barbiers confervent avec foin la barbe & les bles ç
cheveux qu’ils rafent. Ils les vendent deux liards la livre à des Payfans dont ont a
la profeffion eît de les ramafler, & l’on voit fouvent des Barques qui n’ont pas égale
Chaux vive d'autre charge. Lorfque le riz commence à fe montrer en épis, on méle avec dans
qu'on méle l'eau dont la terre eft arrofée, de la chaux vive, que les Chinois croient pro- à CCrt
SARrMeAUe pre, non-feulement à tuer les infeétes & à détruire les mauvaifes herbes, mais tres €
encore àcommuniquer au terrain une chaleur qui contribue beaucoup à fa fécon- tes le
dité. Cette précaution rend les champs de riz fi nets, que l'Auteur y cher- kB d'enb:
cha quelquefois une petite plante d'herbe fans en pouvoir trouver. Il en con- chéâtr
clut que le riz, qui eft d’une force & d'une beauté furprenante, tire de later- ER eft au
re tout ce qu’elle a de fucs nourriciers (h ). bois,
Tranfplanta-
on du ile ON féme d’abord le riz fans ordre. Mais lorfqu'il s'eft élevé d'un pied ou | pouce:
d’un pied & demi, on l'arrache avec les racines, pour le raffembler en petites ne pal
gerbes, qu'on plante fur diverfes lignes en forme d’échiquier. Les épis f |B es =
repofant ainfi les uns fur les autres, en ont plus de force pour réfifter aux 3 chée :
vents. Maisavant cette tranfplantation on employe la méthode füuivante, pour celles
rendre la terre égale & unie. Après l'avoir labourée trois ou quatre fois de LE Jorfqu
fuite, tohjours dans l'eau jufqu’a la cheville du pied, on brife les mottes avec portan
les inftrumens ; enfuite, à l’aide d'une machine de bois, fur laquelle le Labou- doit &
reur eft debout pour conduire le bufle qui la traîne, on l’applanit fi parfaite- | be por
-ment que la hauteur de l’eau demeure par-tout égale. Auñi les plaines reffem- [SN qui
-blent-elles plus à de vaftes jardins qu’à des champs ouverts. deux T
Les morta. Toures les montagnes de la Chine font cultivées ; mais on n'y apperçoit pied}
gnesdelaChi. ni haies, ni fofiés, ni prefqu'aucun arbre, tant les Chinois ménagent un pou- ajuftée
ne font culti- . ;
vées.
(e) Chine du Père du IMalde, page 274 de Plantes. Il ajoûte qu'il n'y a point de cor-
& fuivantes. ne, d'os & de plume qu’on ne réduifeen cen-
(f) Navarette dit que dans certains téems dre pour amander les terres.
on arrofe le riz & les légumes avec un mélan- (g) Voyez Ci-defus les Journaux.
ge d'urine & d'excrémens; ce qui paroît une (Ch) Navarette ditque c’eftquandils le trarif
énigme aux Miffionaires, parce qu'en Eu- plantent, obfervée
rope l'urine brûle & détruit toutes fortes la defcri
VII
r terrain
romena-
. Leurs
ar ramaf-
Ils don-
prépara-
convient
hinois de
Ils lèvent
| épaules.
ap'a l'en-
nt parti-
rres, des
s croient
rbe & les
fans dont
n'ont pas .
néle avec
oient pro-
bes, mais
| fa fécon-
ir y cher-
Il en con-
> de la ter-
n pied ou
en petites
es épis fe
fifter aux
ante , pour
e fois de
ottes avec
le Labou-
i parfaite-
es reffem-
apperçoit
t un pou-
ce
oint de cor-
duifeen cen-
uXx.
dilsle trani
me
DE LA CHINE,ZLiv. I. Cnar. ll. 81
cedeterre. C’eft un fpeétacle fort agréable, dans quantité delieux, que de voir
des plaines de trois ou quatre lieues de longueur, environnées de collines & de
montagnes, qui, depuis le pied jufqu’au fommet, font coupées en terrafles
hautes de trois ou quatre pieds, qui s'élèvent quelquefois l'une für l’autre juf-
qu’au nombre de vingt ou trente. Ces montagnes ne font pas ordinairement
pierreufes comme celles de l'Europe. La terre en eft fi légère, qu'elle fe con-
pe aifément; & fi profonde dans quelques Provinces, qu'on la creufe l'efpace
de trois ou quatre cens pieds fans rencontrer le roc. Lorfquw'il s'y trouve des
pierres en trop grand nombre, les Chinois trouvent le moyen de les en pur-
ger; & bâtiffant de petits murs pour foutenir les cerrafles, ils applaniffent les
bonnes terres & les enfemencent de diverfes fortes de grains.
Izs pouffent encore plus loin l’induftrie. Quoique dans quelques Provinces
les montagnes foient-ftériles & incultes, cependant comme les vallées & les
champs qui les féparent en quantité d'endroits font fécondes & bien cultivées,
les Habitans mettent d'abord au niveau tous les lieux inégaux qui font capa-
bles de culture. Enfuite ils divifent en différentes piécés toute la terre qu’ils
ont ainfi nivelée ; & de celle qui borde les vallées & qu’ils ne peuvent rendre
égale , ilscompofent des étages en forme d’amphithéâtres. Le riz qu’ils fément
dans l’une & dans l’autre ne pouvant croître fans eau, ils {ont des réfervoirs
à certaines diftances & d’une jufte hauteur, pour recevoir la pluie & les au-
tres eaux qui defcendent des montagnes, .& la diftribuer également dans tou-
tes leurs piéces de riz, foit en la faifant tomber des réfervoirs dans les piéces
d'enbas, foit en la faifant monter jufqu’aux plus hauts étages de leur amphi-
théâtre Ci) Ils employent pour cela une machine hydraulique (k), dont le jeu
eft aufñfi fimple que la compofition (/). Elle eft compofée d’une chaîne de
bois, ou d’une forte de chapelet de petites planches quarrées de fix ou fept
pouces, qui font comme enfilées parallelement à d'égales diftances. Cette chaî-
ne pañle dans un tube quarré, à l'extrémité inférieure duquel eft un cylindre,
ou un barril, dont l'axe eft fixé des deux côtés (#”). À l’autre bout eft atta-
chée une efpèce de tambour ,entouré de vetites planches pour répondre à
celles de la chaîne, qui pafle autour du tambour & du cylindre ; de forte que
lorfque le tambour tourne , la chaîne tourne auffi. Le bout inférieur du tube
portant dans l'eau, & le bout du tambour étant élevé à la hauteur où l’eau
doit être conduite, les planches qui rempliflent éxaétement la cavité du tu-
be pouffent continuellement l’eau, tandis que la machine eft en mouvement;
ce qui fe fait par trois moyens: 1°. Avec la main, par le fecours d’une ou de
deux manivelles attachées aux deux bouts de l'axe du tambour. 20. Avec le
pied, par le moyen d’une groffe cheville de bois, d’un demi-pied de longueur,
ajuftée dans cette vûe à l'axe du tambour. Ces chevilles ont la téte affez
longue & bien arrondie, pour y placer commodément la plante nue du pied;
N de
(à) Defcription de la Chine par-Navaret-
te, pag. 52. &fuiv. Chine du Père Du Hide,
pag. 272. | :
(&) Ce font apparemment les machines que
Navarette appelle admirables. Il les a fouvent
obfervées, dit-il, inais fans en pouvoir faire
la defcription. Elles ont été tranfhortées à Ma-
VIII. Part,
hille par les Efpagnols, & à Patavia par lcs
Hollandois. L’Auteur croit qu'il n’y à poitt
de-meilleure invention au monde pour-vuider
les puits & les Etangs.
(1) On a déja parlé de cette machine dans
les Journaux.
Çm) Mais de manière qu'ileft hors du tube:
L
AGAICUL:
TURE
DEs Cuimots,
Autre éxem-
ple de l’induf-
trie des Chi-
nois.
Machine hy«
draulique
qu'ils em-
ployent pour
la culture du
riz.
VOYAGES DANS LEMPIRE
82
Acreurrure de forte qu’une ou plufieurs perfonnes peuvent mettre fäns peine la machine
vss Chinois. en mouvement , tandis que leurs mains font employées à tenir un parafol &
Methode
pour nétoyer
Σs canaux.
Combien
l'induftrie eft
aécelTaire
aux Chinois
pour vivre.
Caraûtère
général des
Marchands
Chinois.
un éventail 30. Avec le fecours d'un bufle ou de quelqu’autre animal, atta.
ché à une grande roue de quatre brafles de diametre & placée horizontale.
ment. On fixe autour de.fa circonférence un grand nombre de chevilles ou.
de dents, qui s’ajuflant éxaétement avec celles de l'axe du tambour , font
tourner très-facilement la machine.
Lorsqu'on a bcfoin de nétoyer le canal, ce qui arrive fort fouvent , on
le divife, à certaines diftances, par des foflés (nm); & chaque Village voi-
fin ayant fa part du travail, les Payfans paroiflent auili-côt avec leur machine
à chaîne, qui fert à faire pañler l’eau d’un foffé à l'autre, Cette entreprife,
quoique pénible , eft bien-tôc finie, à caufe de la multitude des ouvriers.
Dans quelques endroits de la Province de Fo-kyen,. les montagnes font conti-
gues, fans etre fort hautes. Mais quoiqu'on y trouve à peine quelques val.
lées, l’art des Habitans eft parvenu à les cultiver, en conduifant de l’une à
l’autre une abondante quantité d’eau par des tuyaux de bambou (0
C'EST à cette admirable induftrie des Payfans que la Chine eft babe de:
l'abondance de fes grains & de fes légumes. Elle en eft mieux fournie que
toutes les autres régions du Monde. Cependant il eft certain que le Pays
fuffit à peine pour nourrir fes Habitans. Ils auroient befoin d'un efpace plus
grand du double (p). Après tout, les Laboureurs Chinois font pauvres, &
chacun n’a qu'une petite portion de terre à cultiver. L'ufage eft que le
Seigneur tire la moitié de la récolte & qu'il paye toutes ls taxes. L'autre
moitié demeure au Laboureur,, pour unique fruit de fon travail (4).
(p) Ibid. pag. 318.
(g) Defcription de la Chine par Navaret.
te, pag: 53
(n) Angl. pardes digues. KR. d. E.
Co) Chine du Père Du Halde, pag. 272.
& fuivantes.
& IIT
Commerce € Navigation des Chinois.
Claffe des Marchands.
Ÿ nombre des Marchands eft incroyable, dans toutes les parties de la
L Chine. Ils font tous d'une extreme politeffe, & ne rejettent pas l’oc-
cafion de vendre avec le moindre profit : fort différens des Japonois, qui
font au contraire groffiers, peu obligeans, & fi apiniâtres, qu'après avoir
une fois déclaré qu'une chofe vaut vingt ducats, toutes les raifons du monde
ne leur en-feroient rien rabattre (a). ‘Le Père le Comte repréfente les Chi-
nois comme la Nation de l'Univers la plus propre au Commerce & qui s’y
entend le mieux. Ils font, dit-il, fort infinuans dans leurs manières; & leur
avidité pour le gain leur fait trouver «des moyens de vivre & des méthodes
de trafic qui ne viennent point naturellement à l'efprit.. Il n’y a point d’occa-
fion dont ils ne tirent avantage, ni de voyages qu'ils nentreprennent, au
mépris de toutes les difficultés, dans l’efpérance du moindre profit (4).
| Mais
(a) Ibid. pag. 55.
(#.) Mémoires de la Chine par le Père le Comte, pag. 249
99
de
plu
bois
cles
tion
terr!
I.
ort
Cor
plus
quil
rare
machine
arafol &
al, atta-
rizontale.
villes ou.
ur, font
vent , On
lage voi-
: machine
ntreprife ,
ouvriers.
ont conti-
ques val-
de l’une à
) }.
Fe
Jurnie que
1e le Pays
fpace plus
auvres, &
eft que le
. L'autre
par Navaret.
rties de la
t pas l'oc-
bonois, qui
près avoir
du monde
te les Chi-
& qui s’y
es; & leur
méthodes
int d’occa-
nnent, au
(b).
Mais
KF pag. 132. [ Peut-être qu'au-lieu du commerce
Mars füuivant le témoignage de quelques Miffionaires , il feroit à fouhai-
ter qu'ils fuflent d'un peu meilleure foi dans leurs marchés, fur-tout à l'égard
des Etrangers. Ils s'efforcent toujours de vendre au-deflus du jufte prix, &
fouvent.ils ne font pas fcrupule d’altérer les marchandifes. Leur maxime eft
ue ceux qui achetent ne cherchent qu’à payer le moins qu’il leur eft poilible ,
fe difpenferoient même abfolument de payer fi le Marchand y confentoit.
ils fe croient en droit, fur ce principe, de demander les plus hauts prix.
, Ce n’eft pas le Marchand qui trompe, difent:ils fort hardiment; c’eft l'a-
» Cheteur qui fe crompe lui-même. L'acheteur n'eft forcé à rien, & le pro-
» fit que tire le Marchand eft le fruit de fon induftrie. Cependant ceux qui
» fe conduifent par de fi mauvais principes, font les premiers à faire l'éloge
de l'honnêteté & du défintéreflement (c). Magalhaens regarde comme les
plus riches Négocians de la Chine ceux qui font le commerce de la foie & du
bois de conftruétion (4).
EN traitant du Commerce des Chinois, nous le diviferons en quatre arti-
cles: L. Le fond réel du Commerce, domeftique & étranger. II. La Naviga-
tion & la qualité de leur Marine. III. Les commodités pour les voyages par
terre. IV. La Monnoie, les Poids & les Mefures. :
I. Les richefles particulières de chaque Province, & la facilité de tranf-
porter les marchandifes par les rivières & les canaux, ont toûjours rendu le
Commerce intérieur de la Chine trés-floriffant. Le Commerce extérieur eft
plus négligé, parce que les Chinois trouvant dans leur propre Pays tout ce
qui leur eft néceffaire pour les befoins & les agrémens de la vie, s’éloignent
rarement de leurs frontières. Auili long-tems que la Chine fut gouvernée
par fes propres Empereurs, les Ports furent toûjours fermés aux Etrangers,
& les défenfes fi rigoureufes pour le Commerce du dehors, qu’il n'étoit pas
permis aux Habitans de fortir des limites de l'Empire. Mais depuis que les
Tartares s’y font rendus les maîtres, ils ont ouvert leurs Ports à toutes les
Nations (e).
Le Commerce intérieur de la Chine eft fi confidérable, qu’il ne fouffre au-
cune comparaifon avec celui de l'Europe On peut regarder les Provinces
Chinoifes comme autant de Royaumes, entre lefquels il fe fait une communi-
cation de richeffes, qui fert à lier leurs Habitans & à faire régner l’abondan-
ce dans toutes les Villes. Les Provinces de Hu-quang & de Xyang-fi fournif-
fent du riz à celles qui n’en font pas fi bien pourvues. Celle de Che-kyang
produit la plus belle foie. Les vernis & l’encre viennent de Kyang-nan, a-
vec toutes fortes d'ouvrages curieux dans ces deux genres. Tun-nan, Chen-fi
& Chan-fi donnent du fer, du cuivre & plufieurs autres métaux, des che-
vaux, des mulets & des pelleteries. Fo-kyen produit du fucre & le meilleur
thé de l'Empire. Se-chuen fournit des herbes & des plantes médicinales, telles
que la rhubarbe, &c. Chaque Province contribue ainfi au bien public, par
une abondance de commodités, dont le détail eft impoflible (f). Toutes ces
marchandifes
D
(ce) Du Halde, ubi fup. pag. 534. Ce) Chine du Père du Halde pag. 333. &
(d) Relation de la Chine par Magalhacns, fuivantes.
(f ) Le Comte, uki fup. pag, 2955 & Du
14 la foie, il faut lire ici le commerce du Ilalde, pag. 334. ip: pag: 2955
el.]
L
2
DE LA CHINE, Liv. IL Crar. NL 88
CoMMtrRCE
Di LA ÇHIN£:
Commerce
intérieur dela
Chine,
Communicas
tion des ri-
chefTes entre
les Provincon
Facilité de
la vente,
COMMERCE
DE LA CHINE.
Ardeur des
Chinois pour
le Commerce,
Progrès
qu'ils y font
des plus petits
conmnence-
mens .
lL'erme de
‘sur Commer-
ce par mer,
Ce qu'ils
portent aux
ifles du Ja-
po
84 VOYAGES DANS LEMPIRE
marchandifes paflant d’un lieu à l’autre par le moyen des Rivières, font ven.
dues fort promptement. On voit , pat éxemple, des Marchands qui à leur
arrivée dans une Ville, vendent en trois ou-quatre jours fix mille bonnets con-
venables à la faifon. Le Commerce n’eft jamais interrompu, à l’exceptio
feulement des deux premiers jours de la première Lune, qui font employés aux
réjouiffances & aux vifites mutuelles de la nouvelle année. Dans tous les au-
tres tems , l'agitation des affaires eft continuelle, à la campagne comme à
la Ville. Les Mandarins mêmes y prennent part, en mettant leur argent en:
tre les mains des Marchands pour le faire valoir par les voies du Commerce:
En un mot, il n’y a point de famille, jufqu’à la plus pauvre, qui ne trou:
ve, avec un peu de conduite, le moyen de fubfifter par les mêmes voies.
On en connoît, dit l’Auteur, dont tout le fonds ne monte pas à plus d’un
écu de France, & qui ne laiffent pas d’en tirer leur entretien, père, mère ;
avec deux ou trois enfans, de fe procurer des habits de foie pour les jours
de‘cérémonie, & de parvenir en peu d’années à des établiffemens confidéra-
bles. Si ce progrès paroît incompréhenfible, les éxemples n’en font pas
moins communs. Un petit Marchand, qui n'a qu'environ cinquante fcls,
achete du fucre & de la farine de riz, dont il fait de petits gâteaux, qui
fortent du four une heure-ou deux avant le’jour, pour allumer , fuivant l’ex-
prefion Chinoife, Je courage des voyageurs. À peine fà boutique eft-elle ou:
verte, que toute fa marchandife elt enlevée par ie Peuple” de la campagne,
qui fe rend en foule dès le matin dans les Villes, par les Artifans, les Por:
teurs, les enfans des Gardes & les Plaideurs. Ce petit commerce produit
en peu de jours (g) un profit de vingt fois, dont la moitié füuffit au Mar-
chand pour fa fubfiflance & celle de fa famille. En un mot, nos Foires les
plus fréquentées ne font qu’une foible image de la multitude incroyable de
Peuple qu'on voit dans la plûpart des Villes de la Chine, & qui s'occupe à
vendre ou acheter toutes fortes de commodités.
IL n’eft pas furprenant. qu'avec un Commerce fi floriffant dans l’intérieur
de l'Empire, les Chinois négligent ‘beaucoup les Pays étrangers. Par Mer,
on ne les voit jamais pañlér les Détroits de la Sonde Leurs plus longs voya-
ges, de ce côté-là, fe bornent à Batavia. Du côté de Malaca, ils ne vont
jamais plus loin qu'Achem; & le terme de leur navigation au Nord (5) eff
ordinairement le Japon.
* Les Hes du Japon font le Pays qu'ils fréquentent le plus: Ils partent au
mois de Juin, ou dé Juillet au plus card, pour ferendre avec leurs marchan-
difes à Siam ou à Camboya, & fe fretter dans ces deux Ports de celles qui
conviennent aux Japonois. Le profit de ce voyage monte à deux cens pour
cent, S'ils font directement voile au Japon, de leurs Ports de Ning-po, de
Canton ou d'Emcui, ils fe chargent des marchandifes füuivantes: 10. de dro-
gues , telles que le Jin-feng, [lariftoloche, |
&c. 20. De cuirs de vaches & de bufles, d'areka, & de füucre blanc, für
lequel ils gagnent quelquefois mille pour cent. 3°. De toutes fortes FAR
F è
(g) Ang}. en peu d'heures. R.. d. FE. . Pays, ils en prirent occafion de s'y établir;
(h) Navarette raconte que la paffion des ce qui a produitla défenfe générale. de paffer.
richeffes ayant porté quelques’ €hinois à de. La mer,
mander la permiflion de voyager dans ces
la rhubarbe, les mirobolans fé»
de fo
partic
4. L
dent
ence
ils tro
cent ;
dois.
L'E
perles
cuivre
mais q
que de
un pra
Des lai
vende
font d
d'ufage
chère 2
ponois
paraifo
cabinet
jufqu’a
ce, fon
nille &.
nés pou
rapport
nomme
ILs
treprend
groffe ql
de couf
de verni
ment de
Maur:
vantageu
chaque 2
c'eft-à-di
10, U
trés-agré:
landois. s
3, Duff
du fil fe v
cher, pa
Datavia fe
VAR
nt von:
| à leur
ts Con-
ception
yÉs aux
s les au-
mme à
ent cn
nmerce:
le trou:
s VOIES.
us d’un
, mère,
es jours
nfidéra-
font pas
te fols,
ux , qui
ant l’ex-
-elle ou-
npagne ,
les Por:
produit
au Mar-
oires les
yable de
DÇCUpe à
intérieur
Par Ner,
gs VOYA-
nc vont
(5) ef
rtent au
narchan-
elles qui
ns pour
po, de
de dro-
bbolans ,5
nc, für
d’étoffes
de
y établir ;
.de pañfer.
DE LA CHINE, Liv: Il Can M. gs
de foie, mais fur-tout de fatins, de taffetas & de damas de diverfes couleurs
particulièrement de noirs. Ils tirent quinze taëls de ce qui leur revient à fix.
4 . De cordes de foie pour les Inftrumens, & de bois d'aigle & de fandal ;
dont les Japonois font fort avides, parce qu'ils en ont befoin fans cefle pour
encenfer leurs Idoles. 50. Enfin, de draps & de camelots de l'Europe ,-dont
ils trouvent promptement à fe défaire & qui leur rapportent cinquante pour
cent ; d’où l'on peut conclure queis doivent être les profits des Hoillan-
dois.
Les marchandifes que les Chinois rapportent. du Japon , font, 1°, des
perles fines , fur lefquelles ils gagnent quelquefois mille pour cent. 20, Du
cuivre rouge en barres , qui leur coûte entre trois taëls & quatre & demi a
mais qu'ils vendent dix ou douze taëls à la Chine; du cuivre en œuvre , tel
que des balances, des réchaux, des caflolettes, des baflins, &c. Ils en tirent
un profit confidéruble dans leur Pays, parce que ce cuivre eft fort beau.
Des lames de fabres, qui ne coûtent qu’une piaître au Japon, & qui fe re-
vendent quelquefois dix à la Chine. 4°. Du papier à fleurs, dont les Chinois
font des éventails. 5°. De la porcelaine, qui eft trés belle , mais de peu
d'ufage, parce qu'elle ne foutient pas l’eau bouillante. Elle n’eft pas ‘plus
chère au Japon que la porcelaine de la Chine à Canton. 6°. Des vérnis Je-
ponois, avec lefquels il n'y en a point au monde qui puiflent entrer en com-
paraifon. Mais ils font {i chers que les Chinois en achétent rarement. Un
cabinet de deux pieds de haut fur la même largeur, s’elt vendu à la Chine
jufqu’à cent piaftres. Ceux qui s'expofent le plus aux rifques de ce commer-
ce, font les Marchands d'Emoui & de Ningpo, parce que les portant à Ma-
nille & à Batavia, ils les vendent fort bien aux Européens, qui font pañion-
nés pour les ouvrages de cette nature. 7°. Enfin, les Marchands Chinois
rapportent de l'or, qui eft très-fin au japon; & quantité d’un métal qui-fè
nomme Zombak, fur. lequel ils gagnent foixante pour cent à Batavia.
Izs portent aufñi leur Commerce à Manille ;ÿ mais on ne voit guéres-en-
treprendre ce voyage qu'aux. Marchands d'Emoui, qui fe chargent d’une
groffe quantité de foie, de fatins rayés ou à fleurs, de broderies, de tapis
de couflins, de robes de chambre, de bas de foie, de thé, de porcelaine ,
de vernis du Japon, de drogues, &c. fur lefquels leur profit eft générale-
ment de cinquante pour cent. - lis ne rapportent que des piaftres.
M u1s le Commerce auquel ils s'attachent le plus, parce qu'il eft le plus a-
vantageux &.le plus facile, eft celui de Batavia, Leurs Vaifleaux- partent
chaque année de Canton , d'Emoui & de Ning-po, vers l'onzième Lune :
c'eft-à-dire, au mois de Décembre, avec les marchandifes fuivantes : d
10, UNE forte de thé-verd, qui eft d’une beauté fingulière & d'une odeur
très-agréable.. Le Song-lo & le Bobé (i) font moins recherchés par les Hol.
landois. 2°. De-la. porcelaine, qui n’eft pas plus chère à Batavia qu'à Canton,
3°. Du fil & des feuilles d'or, qui ne font que du papier doré. Une partie
du fil fe vend en petits écheveaux, qui portent le nom de poignées. Il eft
cher, parce qu'il.eft couvert de l'or le plus fin; mais celui qu'ils portent
Batavia fe vend ordinairement au poids, en petits paquets, avec de grofes
poignées :
(3). .4ngt, le thé bout, R. dE
T
a
L35
Comiterce
DEs CHrwbis,
Ce qu'ils
"rapportent
des mêmes
Iles.
Cherté des
vernis du Ja-
pou.
Commerce
des Chinois à
Manille,
Leur Coin.
merce à Bata-
via.
Ce qu'ils y
portent,
"COMMERCE
DES Cainois.
«Ce qu'ils en
apportent.
Autres lieux
où les Chinois
portent leur
Cormerce.
Commerce
des Euro-
péens à la
Chine.
86 VOYAGES DANS L'EMPIRE
poignées de foie rouge, qu'on y mêle exprès , pour donner plus de luftre 4
l'or & plus de pefanteur aux paquets. Les Hollandois ne l’achétent point
pour leur ufage. Ils le revendent dans le Pays des Malayens avec un profit
confidérable. 40. Du Tutenak, ou tombak (&), efpèce de métal, qui tien
de la nature de l’étain & du fer, & qui leur rapporte quelquefois jufqu'à cent
cinquante pour cent. 50. Des drogues, particulièrement de la rhubarbe. 6o.
Des uftenciles de cuivre jaune, tels que des bañlins, des réchauds , de grands
chaudrons, &c.
ILs rapportent de Batavia ; 19. de l'argent en piaftres; 20, du poivre,
des clous de girofle, des noix de mufcade & d’autres épices. 30. Del’écaille
de tortue, dont les Chinois font de très-jolis bijoux, tels que des peignes,
des boëtes, des coupes, des manches de couteau , des pipes, des tabatic.
es à PEuropéenne, qu’ils ne vendent que dix fols. 40. Du bois de fandal, &
du bois rouge & noir pour les ouvrages de marquéterie , avec une autre
forte de bois qu'on nomme ordinairement Bref! (1), & qui fert pout la
teinture. 5°. Des pierres d’agathes, toutes tatllées. Les Chinoïs s'en font
des ornemens pour leurs ceintures, des boutons pour leurs bénnéts, & une
forte de colliers. 6°. De l’ämbre jaune, qu'ils achétent à fort bon marché,
20. Des draps de l'Europe , qui ne leur coûtent pas hon plus fort cher &
qu'ils revendent au Japon.
TEL eîtle principal Commerce des Chinois hors de l'Empire. Ils font
auffi, mais rarement, le voyage d'Æchem, de Malace, d'Ibor, de Patane, de
Ligor, qui dépend du Royaume de Siam, de la Cochinchine, &c. Le Com.
merce qu'ils font à Ihor eft également avantageux & facile. Ils ne gagne.
roient point les frais de leur entreprife dans le voyage d'Achem, s'ils n'y é.
toient pas rendus au mois de Novembre ou de Décembre, qui eft le tems où
les Vaifléaux de Surate & de Bengale fe trouvent fur cette Côte. Ils ne rap-
portent ordinairement de toutes ces régions que du poivre, de la canelle &
d’autres épices; des nids d’oifeaux, qui pañlent pour un mets délicieux aux
tables Chinoifes ; da riz, du camphre & des cannes de Rafan (m), qu'on en-
trelaffe comme des petites cordes; des torches, compofées de fewillages de
certains arbres, qui brûlent comme de la poix & qui fervent de flambeaux;
de l'or, de l’étain, &c.
À l'égard du Commerce des Européens à la Chine, le Port de Canton eft
prefque le feul qui leur foit ouvert dans certains terms de l'année. Encore
n'ont-ils pas la liberté de s’avancer jufqu’à la Ville. Ils jettent Fancre à
Whang-pu, Place qui en eft éloignée de quatre lieues fur la Rivière, & où
le nombre des Vaiffeaux eft toûjours fort grand. Autrefois les draps de
l'Europe, les criftaux, les épées , les pendules, les montres à répétition,
les telefcopes, les miroirs & les glaces, &e. s’y vendoïent avec beaucoup
d'avantage ; mais depuis que les Anglois font ce voyage réguliéremenc cha-
que année, il n’y a point une feule de cés marchsndifes qui ne foit du mé.
me prix à Canton qu'en Europe. Le corail même ne s'y vend prefque plus
qu'avec perte, L'argent et aujourd'hui la feule matière du Commerce x
4
(m) Nous avons déjà averti ci-devant qu'i
(k) Angl. ou Toutenaque. R. d. FE.
faut lire des Cannes de Rotin, R. d. L:
(7) Parce que le Bréfil en produit beau-
coup. KR. d, T,
E
s de Juftre ;
hétent point
ec un profit
al, qui tient
jufqu'à cent
hubarbe, 60,
s,de grands
du poivre,
Del’écaille
es peignes,
des vas
e fandal, &
c une dutre
fert pout la
is s'en font
éts, & une
on marché,
ort cher &
e. Ils font
Patane, de
, Le Com.
S ne gagne-
s'ils n'y é-
le tems où
Ils ne rap-
à canelle &
élicieux aux
); qu'on en-
émillages de
flambeaux ;
Canton ei
té. Encore
it l'ancre À
ière, & où
8 draps de
répétition ,
c beaucoup
ement cha
oit du mé-
refque plus
ommerce :
a
ci-devant qu'il
R. d. EL.
: la Chin
l'or, qu
NN DIN LUN L'oR
* | & des P:
refondu
qui eft o
chéte du
| pas fi pu
| par cara
L carats ju
chéte; c
} cher qu’e
L fon le P
| gent, ec
| celaine,
| ment dan
: Quoi (
; : due qu'or
; | la naiffan
à j'aide d
; Quelque j
| voient pa
M lement ils
l qu’aujourc
À | gais (o).
| Bateaux (a:
. fans qu'on
| pas plus d
h ment que
vingt ou €
} s'élève da
à zarre, L
} le mettre
À ou fix piec
| ques cord
à Les V
| les (q). 4
l qu'ils ont
j
(n) Chin
à & fuivant.s.
h (o) Mém
: NA te, pag 23:
7. v. Schleu derer | » (p)Onk
CHINEESSE BARKEN, wüt Nmvuor.
E-
En
Rs
cet
Less
ES
C1
=
==
Loi
en
$ =
=
1
ess ||
SE AG NAT pe Ar EN nd er N hdd , e musee g M A ie
AR FACE AM TUE SÉPARER D TE SE OR Ur ES OO Se POS es
| À
D'E LA CHINE, Liv. IL Cuar, Ill. 87
ja Chine. On peut faire un profit confidérable en l’échangeant pour de
l'or, qui eft une marchandife dans le Pays. On y gagne encore un tiers.
L'or qui fe trouve à Canton, vient en partie des Provinces de la Chine,
& des Pays étrangers, tels qu’Æ4chem, la Cochinchine, le Japon, &c. Il eft
refondu dans cette Ville, à la réferve de celui qu'on tire de la Cochinchine,
qui eft ordinairement au pur & aufli beau qu'il puiffe être, lorfqu'on l'a
chéte du Roi du Pays. Mais celui que fes Sujets vendent fecrettement n’eft
pas fi pur & demande d'être rafiné à Canton. Les Chinois divifent leur or
par carats, comme en Europe. L'or commun eft depuis quatre-vingt-dix
carats jufqu’à cent. Il eft plus ou moins cher, fuivant le tems auquel il s’a-
chéte; c’elt-à-dire, qu'aux mois de Mars, d'Avril & de Mai il eft moins
cher qu'aux mois de Juillet & de Janvier, parce que dans cette derniére fai-
fon le Port & la Rade de Canton ont des Vaifleaux en plus grand nom-
bre.
ON achéte aufli, à la Chine, des drogues excellentes, plufieurs fortes de
thé, du fil d’or, du mufc, des pierres précieufes, des perles, du vif-ar-
gent, &c. Mais le principal objet du Commerce des Européens eft la por-
celaine, les vernis du Japon &.les foies, dont on parlera plus particulière.
ment dans la feétion fuivante (#).
Quoique la Navigation des Chinois n'ait point aujourd'hui plus d'éten-
due qu’on l’a rapporté, quelques Voyageurs prétendent que long-tems avant
la naïffance de Jefus-Chrift ils faifoient voile dans toutes les Mers de l'Inde,
à l’aide du compas, & qu'ils avoient découvert le Cap de Bonne-Efpérance.
Quelque jugement qu’on en porte, obferve le Pére le Comte, il eft certain
qu'ils ont eu fort anciennement des Vaiffeaux très-forts, & que s'ils n'a-
voient pas plus perfectionné la Navigation que les autres Sciences, non-feu-
lement ils l’entendoient beaucoup mieux que les Grecs & les Romains, mais
qu'aujourd'hui méme ils ne naviguent pas moins sûrement que les Portu-
gais (0).
Leurs Vaifleaux, qu'ils appellent du nom commun de Chuen, comme leurs
Bateaux & Barques, ont été nommés par les Portugais, Soma ou Sommmas (p),
| fans qu'on puifle pénétrer l'origine de ce nom. Les plus grands ne portent
pas plus de deux cens cinquante ou trois cens tonneaux. Ce ne font propre-
ment que des Barques plates, à deux mts. Leur longueur eft de quatre-
| vingt ou quatre vingt-dix pieds. L'Avant n’a point de bec ou de proue. Il
| s'élève dans la forme de deux aîles ou de deux cornes, d'une figure fort bi-
A zarre. L'arrière eftouverc par le 1nilieu , pour contenir le gouvernail &
le mettre à couvert du battement des vagues. Ce gouvernail n'a que cinq
: ou fix pieds de largeur, & ne tient au Bâtiment que par le moyen de quel.
à ques cordes.
| les (g). Avec le grand mât, ils en ont un d'avant, & quelquefois un petit -
Les Vaifléaux Chinois n’ont ni mâts de mifène, ni beaupré, ni écoutil-
perroquet
(a) Chine du Père du Halde, pag. 334 dit que la forme n'eft pas fi belle qu’en Eu-
& fuivant.s. rope.
(o) Mémoires dela Chi ie du Père le Com- (q) Angl. les Vaiffcau Chinois n'ont ni
te, pag 231. atimon, nibeaupré, niamats de hune. R. d, E.
(p) On les appelle aufi ‘oncs, Le Comte
CoMMERCS
DE LA CHINE,
En quoi il
confifte au-
jourd'hui.
Or de la
Chine.
Ses quali-
tés.
Drogues &
autres Imat-
chanlifes de
la Chine.
La naviga-
tion des Chi-
nois eft fort
ancienne.
Forme &°
qualités de
leurs Vaif
feaux,
nn ee 2e ete ed dotée à ne og
NAVIGATION
Les Cuinois.
l'orme de
_ leurs voiles.
Gomme.exe
cellente dont
Icurs Vaifre-
aux font ca!
fatés.
Coïnment
les Chinois
Haviguent,
Vaiffeaufur
lequel le Père
le Comte par-
tit de Siam,
88 VOYAGES DANS LEMPINAE
perroquet qui n’eft pas de grand ufage. Le grand mât, ou le mât de mat.
tre, eft placé près du mât d'avant, qui eft fort reculé vers la proue. La pro.
portion de l’un à l’autre eft ordinairement de deux à trois, & la longueur du
grand mât revient aux deux tiers de celle du Vaiffeau.
Leurs voiles font compofées de nattes de bambou, divifées en feuillets
comme un Livre , & jointes par des cannes de bambou. Elles s'ouvrent com-
me un Paravent. Au fommet eft une piéce de bois, qui fert de vergue; &
u pied, une forte de planche, large de plus de douze pouces fur cinq ou fix
d'épaifleur, qui tient la voile ferme, [ lorfqu'on veut la hiffer, ou qu’on Veutyh
la ramafñlér. ] En général, les Vaiffeaux Chinois ne font pas bons voiliers. Ils
prennent plus de vent que les nôtres, à caufe de la roideur des voiles,
qui ne cedent point à l’imprefion du fouffle ; mais leur forme, qui n’eft
pas fi commode, leur fait perdre l'avantage qu’ils ont de ce côté-là fur les
r.Ôtres.
Les Vaifleaux Chinois ne font pas calfatés, comme en Europe, avec de la
poix & du goudron, mais avec une efpéce particulière de gomme, d'une bonté
fi fingulière , qu’un ou deux puits, pratiqués au fond de calle, fuffifent pour te-
nir le Vaifieaufec. Auffiles Chinois n'ont-ils point eu jufqu’à préfent l'ufage des
pompes. Leurs ancres ne font pas de fer comme les nôtres; elles font d’un
bois que la dureté & fa pefanteur ont fait nommer bois de fer. Ils préten-
dent qu’elles font meilleures que celle de l'Europe, parce qu’elles ne plient
jamais. Cependant leur ufage ordinaire eft de les-armer de fer. |
Les Chinois n’ont à bord, ni Patron, ni Pilote, Ceux qui frettent -un
Vaifléau font leurs propres guides (r); mais la plûpart n’entendent pas mal
la Navigation, fur-tout au long des Côtes; car l’Auteur ne leur accorde pas
tant d’habileté en haute Mer. Ils tournent la proue de leur Vaifleau vers le
lieu pour lequel ils mettent à la voile, & tiennent courfe fans confidérer les
variations du vent, cette négligence vient fans doute de ce qu'ils entrepren-
nent rarement de longs vcyages. Cependant (s) ils ne font pas mauvais
Matelots lorfqu'ils y apportent tous leurs foins,
LE Vaifleau fur lequel le Père le Comte & d'autres Jéfuites firent voile de
Siam à la Chine, en 1687, étoit de cent vingt tonneaux, chacun du poids
de deux mille livres. La forme de ce Bâtiment n'étoit pas fans beauté, à
l'exception de l'avant, qui étoit plat &-fans bec. Les mûts reffembloient
peu aux nôtres par la difpofition, le nombre & la force. Le grand mât étoit
placé prefqu’au même endroit où nous plaçons nôtre mât d'avant. [ Ilsavoients
our étay & pour haubans, un fimple cordage, qui fe tranfportoit de bat bord
à ftribord, pour être toûjours amarré au deflus du vent. ] Cependant il y avoit
un Beaupré & un Mifene (+), celui-ci placé à la gauche du Vaiffeau ; mais fi petits
l'un & l’autre qu’à peine méritoient-ils le nom de mâts. En récompenfe, le
grand étoit fort gros à proportion de la grandeur du Bâtiment; & pour le for-
tifier, on l’avoit revêtu de planches depuis la contrequille jufqu’au fecond
pont. À la pointe du perroquet il avoit (v) deux piéces de bois, pété &
ongués
(r) Angl. Ce font les feuls Timoniers qui Du Halde, ubi fuprè, pag. 327. & fuiv.
conduifent le Vaiffeau & commandent la ma- (t) Angl. & un artimon. R. d. E.
nœuvre. K. d. E. (v) Angl. au-lieu de mats de hune , ila-
(s) Mémoires du Père le Comte, pag. 23. voit &c. R. d. E.
gr [ Les \
jiong
met (
I avd
imût (
La fe
des di
qui e
plus Le
neaux
des br
partie
Ainf (
rir fac
re pou
égal e
voit à
en deu
res, le
n'avoit
qui eft
depuis
tres, G
un gros
Quand
de trois
te du g
crocs di
pans, à
étant m
dre, qu
zard. I
mât, me
nient pa
rière.
de l’eau,
fes & le
fe à la cc
d'autres
parler di
fubit. D:
(x) An,
côtés de |
chés fur la
les uns de
moins ferri
(y) Ce
V'IIL.
it de mat.
e. La pro-
ngueur du
en feuillets
vrent Com-
vergue; &
cinq ou fix
qu'on veutyà
yoiliers. Ils
les voiles,
, qui nef
é-Jà fur les
avec de la
d'une bonté
nt pour te-
: l’ufage des
s font d’un
Ils préten-
s ne plient
frettent -un
ent pas mal
accorde pas
feau vers le
nfidérer les
s entrepren-
Das. MAUVAIS
ent voile de
un du poids
s beauté, à
sffembloient
d mât étoit
[ Ils avoienti
de bat bord
nt il y avoit
ais fi petits
mpenfe, le
pour le for-
’au fecond
plates, à
longues
. & fuiv.
d. E
le hune , ila-
DE LA CHIN'E, Liv. I. Cuar. N. 89
iongues de fept ou huit pieds, qui étoient attachées avec des chevilles au fom-
met du grand mât, & qui fe juignoient enfemble par l'extrémité fupérieure.
Il avoit deux voiles, mais toutes deux.de nattes. La hauteur de celle du grand
mât étoit d'environ quarante-cinq pieds, fur vingt-huit ou trente de largeur.
La feconde étoit proportionnée au mät qui la portoit. Elles étoient garnies,
des deux.côtés, de plufieurs rangées de bambous, placées dans leur largeur,
qui excédoient de près d'un pied le bord extérieur, & de quelque chofe de
plus le bord voifin du mât (x). Elles y étoient attachées avec une forte d’an-
neaux qui occupoient environ le quart de leur largeur, du côté oppofé à celui
des bras ou des crochets; de forte qu’elles étoient divifées par le mât ca deux
parties fort inégales, & que les trois quarts étoient du côté des bras (y).
Ainfi chaque voile pouvoit tourner fur fon mât comme fur un gond, & cou-
rir facilement vers l'arrière environ de trente-fix points, ce qui étoit néceffai-
re pour revirer, portant.tantôt fur le mât, tantôt fur les anneaux feulement.
Du [ Les Vergues y fervoient de ralingue par le haut: un gros rouleau de bois,
égal en grofleur à la vergue, faifoit le même office par le bas. Cerouleau fer-
voit à tenir la voile tendue; & afin qu'il ne la déchirât pas, il étoit foutenu
en deux endroits par deux ais, qui étoient fuspendus chacun par deux amar-
res, lefquels defcendoient du haut du mât à cet effet. Chacune de fes voiles
n'avoit qu'une écoute, un couet, & ce-que les Portugais nomment aragnée,
qui eftune longue fuite de petites manœuvres qui prennent le bord de la voile
depuis le haut jufqu’au bas, à un ou deux pieds de diftance les unes des au-
tres, & dont toutes les extrémités s’amarroient fur l'écoute, où elles faifoient
un gros nœud. Ces fortes de voiles fe plient & fe déplientcomme des paravens.
Quand on vouloit hifler la grande voile, on fe fervoit de deux virevaux &
de trois drifles, qui pañloient fur trois rouets de poulies enchaflées dans la té-
te du grand mât. Quand il étoit queftion de l'amener, ils y enfonçoient deux
crocs de fer, &.aprés avoir largué les driffes, ils en ferroient les différens
pans, à diverfes reprifes, en hälant avec force für les crocs.] Les agrès
étant mal conftruits., demanderoïient tant de tems pour être remis en or-
dre, que pendant le calme, les Chinois laïiffent leurs voiles déployées au ha-
zard. Le poids énorme d’une voile, joint à l’action du vent qui agit fur le
mât, mettroient la proue fousl’eau, fi les Chinois ne remédioient à cet inconvé-
nient par le foin qu'ils ont de charger beaucoup plus leurs Vaiffeaux fur l’ar-
rière. .Auffi, lorfqu’un Bâtiment eff à l’ancre, la proue eft entièrement hors
de. l’eau, tandis que l’arrière y eft fort enfoncé. La largeur des voiles Chinoi-
fes & leur fituation vers la proue, donnent fans contredit beaucoup de vîtef-
fe à la courfe d’un Vaifleau lorfqu'il fuit le vent (3); mais avec un quart ou
d’autres portions de vent, .il eft jetté néceffairement hors de fa direétion; fans
parler du rifque qu’il court toûjours lorfq’il eft furpris par quelque tourbillon
fubit. Dans le beau tems, outre la voile de Beaupré & celle du Perroquet, les
Chinois
ou crochets, font les écoutes. R. d. F.
(3) Rechteren dit que les Joncs vont auñfi
vite que le vent, parce que leurs voiles font
plattes & ferrées. Les Vaiffleaux Hollandois,
dit-il, ne peuvent les Suivre, 1l ajoûte qu'ils
revirent avec beaucoup de facihté,
(x) Angl. Fes étoient garnies des deux
côtés de pilufieurs rangs de bambous, cou-
chés fur la largeur de la voile, à un pied près
les uns des autres en dehors, & beaucoup
moins ferrés du côté des mâts. KR. d, E.
(y) Ce que le Traduéteur appelle ici bras
VIIL Part. ‘M
NAVIGATION
DES CHiNois.
NAVIGATION
pes CHiNoïis.
Compofition
du Gouver-
nail
Ses avanta-
Aa
ges.
Somas, ou
Mettifas
Vaiffleaux
Chinois.
Bouflole de
la Chine,
Jfage qu’en
font les Chi-
nois.
2° VOYAGES DANS L'EMPIRE
Chinois employent [un grand coutelas qui fe met au côté de la voile qui efty.
fans écoute ] des bonettes, & une voile quarrée fur le mât de mifène (a).
Toutes ces voiles d'augmentation font de toile.
La éhambre, où le Gouvernail eft renfermé , fe trouve formée par les deux
côtés de la poupe, qui, laiffant une ouverture aflez large en dehors, fe rap.
rochent en dedans vers un angle aigu, dont la pointe eft coupée pour laif
fer un jeu libre au gouvernail. Les deux cables qui foutiennent le Gouver-
nail font roulés autour d'un cabeftan , placé fur la plus haute partie de
l'arrière , d’où le gouvernail fe lève & s’abaifle facilement. Deux autres ca.
bles (b) pañfant fous le Vaifleau, s'avancent jufqu'à l'avant de la proue, au-
quel ils tiennent aufli par le moyen d'un cabeftan, & fervent encore à faciliter
le mouvement dy Gouvernail [ en tenar’ lieu des gonds qui attachent les nô-;#=
tres à l’eftambord.] L’Auteur décrit plufieurs autres inventions, qui augmen-
tent fa mobilité, où la force de celui qui en a la conduite.
de fept à huit pieds de long, fans manivelle & fans poulie; pour augmenter
la force du Timonier. Quatre manœuvres attachées deux à chaque bord du Vaif-
feau & dont une de chaque côté fait quelques tours fur le bout de la barre,
fervent au Timonier à le tenir en état.]
UX Gouvernail de cette nature ne fe fent prefque point dans un grand Vaif-
feau, parce que les cables prétent facilement, & que leur tremblement conti-
nuel le fait comme voltiger. Mais de-là vient auffi l'extrême difficulté de tenir
le Vaiffeau ferme fur le méme vent. Les Chinois ont commencé à faire des
Somas, nommés aufli Meflilas, parce qu’ils y fixent les gouvernails à la ma.
nière de l’Europe, fans rien changer d'ailleurs à l'ancienne forme. Le Roi de
Siam en a fait conftruire quelques-uns de fept”ou huit cens tonneaux, qui font
les plus grands qu'on ait jamais vûs de cette efpece.
Ox n'a point, à la Chine, l'ufage de la Bouflole ou du Compas de Mer.
Les Chinois employent, pour régler leur courfe, une Carte fort fimple. Le:
bords de la boëte font divifés en vingt-quatre parties égales, qui marquent les
points ou les vents, & qui font placées fur un lit de fable; moins pour affû-
rer (c) l'aiguille contre l'agitation du Vaïfleau, que pour y brûler des pañtil-
les dont ils la parfument continuellement. Ils lui offrent auili des vivres, en
forme de facrifice.
Sx1 les Chinois ont découvert avant nous la Bouflolc, comme plufieurs E-
crivains l’affûrent, ils en ont tiré jufqu’à préfent peu d'avantage. Leur métho-
de eft de diriger la proue du Vaifieau vers le lieu où ils veulent arriver, par
le moyen d’un fil de foie qui divife la Carte en deux parties égales, du Nord
au Sud. Ils s’y prennent de deux manières. Par éxemple, s'ils veulent faire
voile au Nord-Eft, ils mettent le rhumb paralelle à la-quille du Vaiïflkau, &
tournent enfuite le Vaifleau jufqu'à ce que l'aiguille fe trouve parallele au fil;
ou, ce qui revient au même, mettant le fil parallele à la quille, ils tournent
la pointe de l'aiguille au Nord-Oueft. L’aiguille de leur plus grand Compas de
Mer n'a pas plus de trois pouces de longueur. Sa figure, d'un côté, vue
R orte
nois n’avoient aucune notion de la variation
& de la déclinaifon de l'aiguille, avant que
les Miffionaires les en euffent convaincus par
des expériences. Ubi Jup. pag. 229.
(a) Angl. fur le mât d’artimon. R. d. E,
(b}) Ces deux cables tiennent apparem-
ment au bas du Gouvernail.
(6) Le Père le Corte affüre que les Chi-
CI y a une barre
qui en
pas ce
d’aille
fés.
plaque
ratan,
L'E d
prenan
(ol: &
& }e C
Cepcrd
nie enti
fervatio
Soidats
chandife
appartel
divifé e
diligens
pour en
l'emport
que fur
tion, de
-conduife
L'INr
fe de me
ges que «
crainte.
ils remor
qui coule
pendant
rans d'un
Il s’en trc
qui reffemb}
l'Hifioire A
qui eftyin
1e t%
les deux
fe rap-
our Jaif
Gouver-
artie de
utres Ca-
pue, au-
| faciliter
it les nô-}>
augmen-
ane barre}
agmenter na
d du Vait-
la barre,
rand Vaif-
ent conti-
é de tenir
_fure des
; à la ma-
Le Roi de
, qui font
s de Mer.
ple. Les
rquent les
pour aff-
des paftil-
nivres, en
ufeurs E-
ur métho-
iver, par
du Nord
lent faire
difleau, &
le au fil;
s tournent
ompas de
s, eftune
forte
la variatiof
, avant que
vaincus pit
29.
DE LA CIIINE, Liv. IL Car. lf.
ÿi
forte de fleur de lys, & de l’autre, un Trident. Toutes les aiguilles aimantées
des Chinois fe font à Nangazaqui, Port du Japon. .
Le fond-de-calle, dans le Vaiffeau du Pére le Comte, étoit divifé en cinq
ou fix chambres, féparées par de grofles cloifons de bois. Au-lieu de pompe
iln'y avoit qu'un puits, au pied du grand mät, d’où les Matelots AE ae
avec des feaux de cuir, Quoique la Mer fût trés-groffe & le Vaiffeau fort char-
gé, les planches en étoient li fortes & fi bien calfatées, qu'il n’y entroit pref.
que point d’eau.
Le goudron d2s Chinois eft une compofition de chaux, d'huile, ou plûtôt
de réfine, qui diftilie d'un arbre nommé Zong-chu (d ) & d'Okam (e) bin
bou, Lorfque cette compofition eft féche, on la prendroit pour de la chaux,
qui en cit la principale matière. Elle eft plus nette que notre goudron, & n'a
pas cette odeur défagréable qui régne fur les Vaifleaux de l'Europe Elle eft
d'ailleurs à l'épreuve du feu, auquel le goudron & la poix font fans cefle expo:
fés. Les ancres étoient de bois; mais les deux branches étoicnt couvertes de
plaques de fer. Tous les agrès, aufli-bien que les cables, étoient de cannes de
ratan, ou-d'écorce de Coco, que les Portugais appellent Cairo.
L'EQuiPAGE du Väaifleau confiftoit en quarante-fept hommes, en y com-
prenant les Officiers. L'unique emploi du Pilote étoit de veiller ‘fur : bouf-
fol: & de régler la courfe. Le Patron dirigcoit la manœuvre du Vaifleau
& le Capitaine prenoit foim des provifons, fansentrer dans aucun autre foin.
Cependant tout s éxécutoit avéc une promptitude furprenante. Cette harmo-
nié entre les Chinois d'un Vaifleau, vient de Fintérét qu'ils ont tous à fa con-
fervation, parce qu'ils ont tous quelque part à fa cargaifon. Officiers &
Soidats, chacun a la liberté de mettre à bord une certame quantité de mar
chandifes, & cette permiflion leur fert de paye. Chacun occupe auñi fon
appartement particulier, dans l’efpace qui eft entre les ponts & qui fe trouve
divifé en différentes cabines. En un mot, conclut l’Auteur, les Chinois font
diligens, attentifs & laborieux. Il ne leur manque qu’un peu d'expérience
pour en faire d'habiles gens de (f) Mer. Mais quoique les Européens
l'emportent beaucoup fur eux dans la Navigation fur Mer, il faut enteee
que fur les Rivières & les Canaux ils ont une adreffe particulière à leur Na-
tion, dont nous fommes fort éloignés. Un petit nombre de leurs Bateliers
-conduifent des Barques aufi grandes que nos Vaiffeaux.
L'inpusrrie avec laquelle ils naviguent fur les torrens', a quelque cho-
fe de merveilleux & d'incroyable. Ils franchiffent intrépidement ne affa-
ges que des gens moins hardis ne peuvent regarder fans quelque mar: e de
crainte, Sans parler des chûtes d'eau qui fe trouvent fouvent dans un ces l
ils remontent à force de bras d'un canal à l'autre. La Chine a des Rvidres
qui coulent, ou plûtôt qui fe précipitent ; au travers de quantité de rochers
pendant l'efpace de foixante ou quatre-vingt lieues, -& qui forment des cot
Le d'une rapidité extrèéme, auxquels les Chinois donnent le nom de Chans.
s'en trouve dans diverfes parties de l'Empire, & l'Auteur en vit plufeurs
dans
(4) Cet arbre diftile une efhèce d'huile
qui refemble aflez au vernis, Fuyez ci-après
l'Hifioire Naturelle,
(2) ane Fe Filafe. R. d. E. !
) Chine du Père du Halde, pag. 92!
& fuivantes. mi és is
M 2
NAVIGATION
DES CHinNots.
Fond-de-
calle & Pouys
A bel :
des Vaif
feaux.
Goudron da
la Cine,
Equipare
des Vaif-
feaux.
Paye des Of-
ficiers & des
Matelots.
Jugement
fur leurs qui-
lités pour là
Navigation. .
Leur intré-
pidité fur les
Torrens, qui
font coim-
muns à la
Chine.
NAVIGATION
pes CuiNois.
Paffage fort
dangereux,
Habileté
des Chinois
dans les plus
grands périls.
dans le voyage qu'il fit de Nan-chang, Capitale de la Province de Kyangfi ,
jufqu'au célèbre Port de Canton. Sa Barque fut emportée par un de ces cou
rans avec une fi étrange violence, que tout l'art des-Matelots n'ayant pû s'y
oppofer, elle fut abandonnée au mouvement de l'eau, qui-la fit pirouetter
long-tems dans un grand nombre de détours formés par les Rochers. Enfin, le
Gouvernail s'étant brifé contre ur:-de ces écueils (g) qui ne fe montroit qu'à la
furface de l'eau, la Barque fut jettée fur-le Roc même, oùelle demeura immo.
bile. Mais fi le coup eut porté fur les flancs au-lieu de porter fur l'arrière, el.
le étoit perdue fans reflource avec les Paffagers.
Dans la Province de Fo-kyen, où l'on pañfe de Canton & de Hang-cheu;
on eft expofé pendant neuf ou dix lieues (b) au danger de périr. Les fauts y
font continnels, & brifés par des milliers de pointes qui laïffent à peine l’efpa:
ce néceflaire pour le plage d'une Barque. Ce ne font que détours, où les
torrens contraires qui s’entreheurcent pouflent les Barques avectoute la rapidi-
té d'unefléche. On eft toûjours à deux pieds des écueils, & menacés de fe
voir précipiter fur l’un en voulant éviter l'autre. Il n'y a que les Chinois au
monde qui foient capables de furmonter des obftacles de cette nature; & leur
adrefle même n'empêche pas que les naufrages n’y foient. fort communs. Il
doit paroître étonnant que toutes leurs Barques n’ayent-pas lemême fort. Quel:
quefois elles font en piéces, & tout l’Equipage enfeveli. miférablement dans
les flots, avant qu'on puiffe s’imaginer ce qui les a fait difparoître. Quelque-
fois en defcendant les fauts des rivières, une Barque plonge & s'enfonce par
la proue, fans pouvoir fe relever. En’un mot, eh alles font fi dange:
reux, que fi l’on en croit le Père le Comte, il ne vitjamais la mort de fiprès,
pendant dix ans de navigation fur les Mers les plus orageufes du Monde où il
fit plus de douze mille lieues, que pendant dix jours qu’il employa dans une
Barque à traverfer ces affreux torrens.
Les Barques Chinoifes font A HE d'un bois fi léger, qu'elles en font
beaucoup plus faciles à ménager, Elles font divifées en cinq ou fix apparte-
mens par de.fortes cloifons ; de forte qu’en heurtant contre un Xocher, il n'y
a guères plus d’une divifion: qui fe rempliffe d'eau, & que les autres demeu-
rant impénetrables, on a le tems néceflaire pour boucher les ouvertures. Dans
les endroits: aù le courant eft fort:rapide fans avoir beaucoup de profondeur,
fix Matelots placés au:long de la rive, c'eft-à-dire, trois de chaque côté, fe
fervent de longs.pieux enfoncés dans: l'eau & de cordes qu'ils attachent à la
Barque pour rallentir fon mouvement. Ainfi: quelque rapide que puiffe être ke
torrent, pourvu que fon cours foit uniforme, on y avance aulfi lentement que
für la rivière la plus calme. Dans les tournans, on employe un double Gouver-
nail, de la forme d’une rame, & long de quarante ou cinquante pieds. L'un
eft à la Proue, l’autre à la Poupe.: Tout dépend du jeu de ces deux machines,
Les mouvemens &.les fécoufles qu’on donne à la Barque, font infinis dans leur
nombre & leur variété. -C'eft donc un manége plûtôt qu'une Navigation; [un
cheval eft moins agité par la main de celui qui.le monte, qu'une barque ne
l'eft
aux Bateliers. Chinois, .
re D Angl, pendant neuf ou dix jours
. @ E. p
(g) Cette avanture prouve fort bien que
les voyageurs ne doivent pas s’expofer légère-
mer à de tels dangers, mais elle eft uñe foi-
ble preuve de l'habileté que l’Auteur accorde”
Kyangi ,
le ces cou:
int pl s'y
pirouetter
Enfin, le
roit qu'à la
ura immo-
rrière, el:
lang-cheu ;
Les fauts y
ine l’efpa:
rs, où les
> la rapidi-
acés de fe
Chinois au
es; & leur
muns. Il
ort. Quel:
ment dans
Quelque-
fonce par
: fi dange:
de fi près,
onde où il
dans une
es en font
x apparte-
1er, iln'y
es demeu-
res. Dans
ofondeur ,
* côté, fe
hent à la
iffe être le
ement que
e Gouver-
ds. L'un
machines,
‘dans leur
ion; [un
barque ne
l'eft
dix jours.
EE ==
VERS SES SORTES DE = RARQVEN
TOUT INERSC E SOORT - |
Le, L ÉRSCHEID : AN VAARTUIGE
FPE
N feize pi
D peuarr
#1)
Al
À Barqurs $s nt DRAGON. EL - Æ
= | étoffes
h porter,
| Chaque
| le quart
| font pa;
} ceux qu
| Ÿ de Peki
D roît pet
de lEmpe
quatre. vin
Dés ; &e
SERPENTor DRAAK-BARK, uit Nievuor.
DE L'A CHINE, Liv. Il Cuapr. I. 93
l'eft par des Matclots Chinois. ] Aufñfi les Barques périflent-elles moins faute Navrcarrox
d’adrefle & d’habileté que de forces; ce qui fait juger à l’Auteur que files Des Carnous.
Chinois avoient feize hommes d'équipage au-lieu de huit, ce malheur feroit
beaucoup plus rare (i). Er
LE nombre des grandes Barques eft fi prodigieux fur toutes les rivières & Mel
& fur tous les canaux, particulièrement dans les Provinces Méridionales, qu'il EAU Combe
eft impoñlible de le compter. Elles font quelquefois fi fertées l’une près de l'au- & leur beau.
tre pendant trois quarts de mille, qu’on n’en feroit point entrer fäns peine uné t*
nouvelle dans le rang: Mais ce qui charme véritablement les yeux, c’eft là Barques In.
multitude des Barques Impériales, qui font divifées en Efcadres, dont chacu- périr'es,
ne eft commandée par un Mandarin. On prétend que celles qui font employées
à porter les tributs & les provifions des Provinces à la Cour, montent feules à
(k) dix mille. Cependant les Infpeéteurs du tranfport des marchandifes, qui
ont l’occafon continuelle de les compter à leur pañage, affürent qu’ils n’en
ont jamais vû plus de quatre ou cinq mille. Mais ce nombre même eft furpre-
nant , quand on confidère leur ufage & leur grandeur ; car la plûpart font du
port de quatre-vingt tonneaux (/).
ON diftingue trois fortes de Barques Impériales: 1°. Les Leang-tchou , où Er
Barques de provifion. 20. Les Long-i-tchou, ou Barques de l'habit du Dragon. ques Inpéria-
g°. Les Tjo-chuen, qui fervent à tranfporter les Mandarins employés par la les.
Cour. Rien n’approche Ge ces Bâtimens pour la propreté. Ils font peints, do-
rés, embellis de figures de Dragons, & vernis au-dehors comme au-dedans.
Ceux de grandeur médiocre, dont l’ufage eft le plus fréquent, ont plus de
feize pieds de large & quatre-vingt de long, fur neuf de profondeur depuis le
pont. Leur forme eft plate & quarrée, à l'exception de l'avant, qui eft un
peu arrondi. ‘
Les Leang-tchouens, ou les Barques de provifions, font d'une largeur égale
depuis l'avant jufqu’à l'arrière. On s’en fert pour le t:anfport des provifions ,
de chaque Province à la Cour. Magalhaens fait monter leür nombre à dix mil-
le. Elles ont leur château-d’avant & leurs ponts, avec une falle ou une caba-
ne + centre, comme cellés des Mandarins; mais qui n’eft pas tout-à-fait fi
grande. |
Les, Long-y-tchouens, ou les Barques de habit du Dragon, c'eft-à-dire , des ee
étoffes de l'Empereur, parce que fes armes font des Dragons, fervent à tranf |
porter, des Provinces à la Cour, les brocards & les autres piéces de foie (#1).
Chaque Barque ne fait qu'un voyage dans le cours de l’année, & ne porte qué
le quart de la cargaifon qu’elle peut contenir. Les appointeméns du Patron
font payés par le Tréfor Royal, fuivant la diftance des lieux. Par éxemple,
ceux qui viennent de la Province de Kyang-fi, qui eft à plusdetrois cens lieues
de Peking, reçoivent cent-lyangs ou centtaëls. Cettefomme, à la vérité, pa:
roît petite pour une fi graude dépenfc. Mais le Patron cit PSCNTARE pa là
| iberté
je l NURENNNNNR =
TT EL NL
D ion sde éd
Leanz-
houens.
are pe
de
BRUN be
(à) Mémoires du Père le Comte, pag. faire le compte rond.
233. 235. (4) Chine du Père du Halde, pag, 18 &
(&) Le Comte dit que pour le feul fervice 327.
de l'Empereur on en tient neuf mille neuf tens (my Magalhaens, pag. 129. & fuivantes.
quatre-vingt dix-neuf toûjours prêtes & équi- Du Halde, pag. 327,
MIT pées, & que les Chinois difent dix mille pour
M 3
NAVIGATION
LES CHINOIS,
"Tfo-tchuens.
- Defcription
des Tfo-
tchuens par
Du Halde.
Vitres Chi-
noifes.
Diverfes for.
es drames,
VOYAGES DANS L’'EMPIRE
liberté qu'il a de prendre des Paffagers & des marchandifes, qui font difpen.
{és des droits de la douane (n). Suivant Magalhaens, le nombre de ces Bar.
ques monte à trois cens foixante-cinq (0).
Les T/o-tchuens font établies pour tranfporter les Mandarins dans leurs Gou-
vernemens, & les perfonnes de diftinétion qui font envoyées de la Cour ou qui
Ces Barques font plus hautes & plus étroites que les autres,
Leur groffeur eft à peu près la même que celle de nos Vaiffeaux du troifième
, dont le premier contient un appartement
autre, & dont la hauteur eft de fept ou huit
Un Mandarin peut y dormir, manger, écrire, recevoir des vifites,
Il ne lui manque aucune des commodités de fon Palais.
peut voyager plus agréablement que dans ces Barques, tous les Seigneurs don.
nent la préférence aux voitures d'eau (r).
Du Halde entre dans un plus grand détail. Outre le logement du Patron &
de fa famille, qui confifle dans fa propre cabine, une cuifine & deux grandes
chambres, l’une devant & l’autre derrière, chaque T/o-tchuen a fa falle, haute
de fix ou fept pieds & large d'onze ou douze (s). Elle eft faivie d'une anti.
chambre & de deux ou trois autres piéces, avec une garderobe fans aucun or-
nement. Cet appartement, qui eft pour les Mandarins, eft tout entier fous le
même pont (+). Il eft revêtu d'un beau vernis rouge & blanc. Les côtés-& le
platfond font ornés de quantité d'ouvrages de fculpture, de peinture & de do-
rure; les tables & les fiéges, vernis en rouge ou en noir. Des deux côtés, la
falle a des fenêtres, qui peuvent être ôtées dans l’occafion. Au lieu de vîtres,
on employe de fort belles écailles d'huîtres, ou des ctofes très-fines, glacées
avec une efpéce de cire luifante, & embellies de fleurs, d'arbres & d'une
grande varicté de figures. Le tillac cit environné de galeries, pour le palage
des Matelots, qui évitent ainfi de fe rendre incommodes aux voyageurs.
Sur cet appartement eft une forte de plate-forme ou de terrafle, ouverte
de tous côtés, & réfervée pour la mufique, qui confifte en quatre ou cinq Inf-
trumens. Deflous eft le fond-de-calle, divifé en quantité de petites chambres,
.qui fervent pour le bagage. Les voiles reffemblent à celles des autres Bàtimens ;
mais elles font plus commodes, parce qu'elles ferrent mieux le vent.
leurs, les bras (vw) peuvent fe rompre fans qu'il y ait aucun danger pour le
Les Chinois employent, pour la conduite de ces grandes Barques,
une forte d'aviron, ou de picu long & épais, qui a d'un côté la forme d'une
béquille, pour y appuyer plus facilement l’épaule.
plufieurs formes,
. peu di
y font appellées.
rang (p). Elles ont deux ponts (q
complet, qui s'étend d’un bout à
Comme on ne
#2
Ils ont auffi des rames de
Mais les rames communes font une efpèce de pelle, qui
a, vers Je milicu du manche, un trou pour recevoir les chevilles qui font fixées
Il y en a d’autres dont les extrémités reflemblent à la
[en ce qu'étant continuellement dans l’eau, elles la ]cou-f*
pent obliquement à droite & à gauche, La méthode des rames eft d'autant plus
au côté de la Barque.
queue d'un poiffon,
(n) Du Halde, ubi fup.
(Co) Magalhaens, pag. 130.
; (p) Le même Auteur dit qu'elles ont Îa
forme des Caravelles, mais qu'elles font plus
Le Conte ajoûte qu'elles font d'une
Cgale largeur, d'un bout à l'autre,
(q) LeComte, pag. 233. Du Halde, p
286
) Du Halde, pag. 337.
) Onadit plushaut fept ou huit pieds,
) On ne parle point ici de deux ponts,
) C'eft-è-dire, les écoutes, R, dE,
com
rames
elles
contre
des c
Dans «
trelafTe
Entre
ne au
quelle 4
l'efcort
les dev
ce quil
Ou
Chinois
mais fo
tiennen
perfonn
chaifes.
commoc
le Patro
lui qui Le
marchan
porter |
les riviè
pas moi
neaux ; !
Leurs ra
comme «€
ralelle
muer, €
À lPég
gue ram
on en pl
queue , «
l'eau. C
elle a ce
l'eft néce
Exri:
ques, qu
que dans
(x) To:
de ces Bar
(y) Du
(3) Ma
t difpen.
ces Bar-
curs Gou-
ur OÙ qui
es autres.
troifième
partement
pt ou huit
es vifites,
me on ñ€
neurs don.
| Patron &
ux grandes
lle, haute
d'une anti-
s-aucun Or-
itier fous le
côtés. & le
re & de do-
x côtés, la
1 de vîtres,
es, glacées
es & d’une
r le palage
Deurs.
e, ouverte
ou cinq Inf-
s chambres,
Bètimens;
nt. D'ail-
ger pour le
es Barques,
orme d'une
s rames de
pelle, qui
font fixées
mblent à la
autant plus
commode,
uit pieds,
deux ponts,
R. dE,
les la ]cou-f*
Halde, pag.
DE LA CHINE, Liv. Il Cuar. lil.
commode, que de la manière dont les rameurs font rangés, ils tiennent fort
peu de place dans la Barque. Lis font des deux côtés fur des planches. Leurs
rames fervent de gouvernail & fe brifent rarement. Sans jamais fortir le l’eau,
elles ne laiflent pas de poufler la Barque en avant, Mais lorfque le vent eft
contraire, ou lorfqu'on remonte contre le courant, on tire les Barques avec
des cordes, qui, dans quelques endroits, font de chanvre comme les nôtres.
Dans d’autres lieux, elles font compofées de belles éclifles decannes, bien en-
trelaffées, qui font extrêmement fortes & qui ne pourriffent jamais dans l'eau.
Entre les Barques qui fuivent les grands Mandarins (x), il y en a toûjours u-
ne au moins, qui fe nomme Ho-che-tchouen, ou Barque des provifions, fur la-
quelle eft la cuiline avec tous les alimens. Une autre fert pour les Soldats de
l'efcorte. Une troifième, beaucoup plus petite & plus légère, prend toûjours
les devans pour donner avis de l'approche du Mandarin, & faire préparer tout
ce qui lui eft néceffaire à fon arrivée (y).
OurTre les Barques Impériales, on en voit un grand nombre , que les
Chinois appellent Long-tchouen, d’une longueur prefqu’égale à ieur largeur,
mais fort légères & fort petites en comparaïfon des premières. Elles appar-
# tiennent à des Particuliers, qui louent les plus commodes aux Lettrés & aux
perfonnes riches. On y trouve une belle cabine, avec un lit, une table & des
chaifes. On y peut manger , dormir & recevoir des vifites, avec autant de
commodité que dans fa propre maïfon. Les Marelots font logés à la Proue, &
le Patron , avec toute fa famille , à la Poupe, qui fert aufli de cuifine pour ce-
lui qui loue la Barque (+). Les Barques de Commerce, pour le tranfport des
marchandifes, font beaucoup plus grandes. On en voit d’autres qui pourroient
porter le nom de Galères, & dont on vante la commodité pour naviguer fur
les rivicres, le long des Côtes de Mer & fur-tout entre les Îfles. Elles n'ont
05
NaAVISATION
DES CHINOIS,
Barques de
cortège pour :
les Manda-
rins,
Barques.de
louage pour
les Particu-
liers,
Barques de
Commerce.
Efpèce de
Galères,
pas moins de longueur que les Barques marchandes de trois cens cinquante ton-
PA neaux; mais elles font fi plates (a) qu’à peine tirent-elles deux pieds d'eau.
M Leurs rames, qui font fort longues, ne traverfent pas les côtés de la Barque,
oomme en Europe; elles font placées en dehors, dans une pofition préfque pa-
ralelle aux côtés; & n'ayant pas befoin de beaucoup de monde pour les re-
muer, elles font avancer fort légèrement un Vaifleau (2).
A l'égard des Barques ordinaires, on attache à la Poupe une efpéce de lon-
gue rame, plus proche d'un côté de la Barque que de l’autre; & quelquefois
on en place une autre à la Proue, dont on fe fert, comme un poiflon de fa
queue, en la pouflant & la retirant, mais fans la lever jamais au-deflus de
l'eau. Cette manœuvre produit un roulement continuel dans la Barque; mais
elle a cet avantage, que le mouvement n’eft jamais interrompu, comme il
l'eft néceffairement en Europe par la méthode de lever les rames (c).
ENrin, la Chine offre de toutes parts une prodigieufe multitude de Bar-
ques, qui fervent de demeure à des familles entières, avec plus de commodités
| que dans les maifons de terre. Les plus petites ont, au-lieu de cabines, une
hute
(x) Tous les Quans ou les Mandarins ont
de ces Barques de cortège.
(y) Du Halde, ubi fup, pag. 286.
(3) Magalhaens , pag. 190, Du Halde,
pag. 327.
(b) Du Halde, ébid.
(a) C'eit à-dire fipeu profondes. R. d. E,
Barques ot-
dinaires.
Barques qui
fervent de
maifons.
(c) Mémoires du Père Ie Comte, pag. 234 ”
made
oo mm
NAVIGATION
DES CHiNois,
Radeaux où
Flottes de
bois.
Leur forme,
& comment
on les con-
duit,
sHôtellcries
& Lits Chi.
nois,
96 VOYAGES DANS L'EMPIRE
hute de nattes légères, d'environ quatre pieds quarrés, où l’on eft à couver:
de la pluie & des ardeurs du Soleil (d).
Les Marchands de bois & de fel (e), qui font les plus riches de la Chine,
employent au-lieu de Barques pour le tranfport de leurs marchandifes, une ef.
éce de Radeau ou de Flotte. Magalhaens vit une de ces Flottes, compote
d'un bois qui avoit été coupé, fur les montagnes de Se-chuen, Les troncs d'ar-
bres font apportés fur les bords de la Rivière de Kyang, où l’on commence
par les fcier en planches & en folives. Enfuite, perçant chaque piéce aux
deux bouts, on les lie foigneufement enfemble avec de l’ofier fifcelé, pour en
former des trains de cinq pieds de haut fur dix de large. La longueur n’a point
de régle & s'étend quelquefois l'efpace d'une demie-lieue. Chaque partie du
Radeau prête & fe remue auffi facilement que les chaînons d'une chaîne,
Quatre ou cinq hommes, placés à la tête de cette grande machine, la con.
duifent avec des crocs & des rames, & font aidés par quelques autres Mate.
lots, qui fe diftribuent fur les côtés à d’égalesdiftances. Ils conftruifent, d’ef.
pace en efpace, fur la fuperficie, des hutes couvertes de planches ou de nat-
tes, qui leur férvent à mettre leur bagage à couvert, à préparer leurs vi.
vres & à prendre leur repos. Ils vendent leurs bois & leurs hutes dans les
Villes où ils pañlent ; & leur voyage eft de plus de fix cens lieues lorfqu'ils
portent leur bois à Peking (f).
(d) Du Halde, ubi [up. (f) Magalhaens, wbi fup. pag. 131 & Du
Ce) Les Traduéteurs Anglois de Magalihaens Halde, ubi fupra.
giettent Joie au lieu de Jel. À
(."IFT.
Coimodités Chinoifes pour les voyages €S les tranfports par terre.
D’: chemins, entretenus aufi foigneufement qu'on l’a déja fait obfer-
ver, doivent être également commodes pour les voyages & pour le
tranfport. La multitude des Villages, qui font remplis de ‘Temples ou de
Monaftères de Bonzes, offrent d'abord un foulagement confidérable aux Voya-
geurs. Les hôtelleries font aufli en fort grand nombre ; mais à la referve des
grands chemins, où la plûpart font très-grandes & trés-belles, on ne peut
rien s’imaginer de plus miférable. : Les voyageurs font obligés de porter leur
lit avec eux, s'ils ne veulent coucher fur une fimple natte. On n’a point à
la Chine, fur-tout entre les gens du commun , l’ufage des draps & des cou-
vettures, On s’envelope dans une piéce d'étofe , doublée de toile, où l'on
eft quelquefois touc-à-fait nud, Ainfi les lits fe tranfportent aifément. La bon.
ne chére répond au logement; car c'eft être fort heureux que de trouver un
peu de viande ou de poiffon. Cependant la volaille & les Faifans fonc à très:
bon marché dans divers endroits. En général, les hôtelleries Chinoifes font
compofées de quatre murs de terre, qui ne font revétus d'aucun plâtre. Tour
tes les folives du toît paroiflent à découvert, & fouvent elles laiffent pañage
au jour par quantité d'endroits. Les chambres font rarement pavées , [ & quel
ques fois elles font remplies de trous. ] Dans quelques Provinces, ces édifices
font de fimple terre & couverts de rofeaux ; mais ils font bâtis de brique dans
A les
4
EL
, COUVCTE
a Chine,
‘une ef.
"ompofée,
ncs d'ar-
ommence
piéce aux
> pOur En
; n a point
partie du
1e chaîne.
e, la con-
tres Mate-
fent, d'ef-
ou de nat-
r leurs vi-
es dans Îles
es lorfqu'ils
me
ON Ts
EE ads Touran T |
DRYVEND-DoRP.
TTC ITU LEE
g. 131. & Du
VILLE DE ; PA AU ING HYEN à AVzC
SES MOULINS A VENT.
ee
a fait obfer- En
s & pour le E
ples ou de RE:
le aux Voya Be
a referve des WE
on ne peut
e porter, leur
n’a point à
& des col:
ile, où l'on
ent. La bon:
e trouvef un
S font à très:
inoifes font
jâtre. “Lou:
pers pags
, L&que
ièei édifices
à brique dans
les
APT « ) pe T— cd
SrAD PAU-ING-HYEN,MET HAARE WINDMOLENS uit Nisvror.
:
#
ï:
À
Es
à
Es.
.
Ÿ
PAT Re PE AT UE
hs £
trou
de bi
& de
EL:
difta
Les:
de P
au pi
profe
grand
cordes d
ou d’éto
tout de:
tons fon
ture &
huit hon
ÉD En Re A ET
tons, TVR AIS
rs
PR
DE LA CHINE, Liv. Il. Car. IL 97
hs grandes Villes, & la plûpart affez commodes. Au Nord de l'Empire on
trouve une‘efpèce d'altoves, qui fe nomment Xans, C’eft une grande eftrade
de brique, -de toute la largeur de la chambre, avec un poîle au-deflous (a),
& des nattes de rofeaux pour platfond. C’eft-là qu’on peut placer fon lit.
LE foin qu'on a d'établir des gardes fur les grands chemins, à certaines
diftances (), laifle peu de crainte aux voyageurs de la part des brigands.
Les mauvaifés rencontres font très-rares, excepté dans les Provinces, voifines
de Peking. Mais il n’arrive prefque jamais que les Voleurs joignent le meurtre
au pillage. Ils ne penfent qu’à fe retirer adroitement, après avoir éxercé leur
profeflion (c). D'ailleurs, la multitude des Pafläns fufit pour la sûrété des
grandes routes. Un Miflionaire raconte que pendant pluficurs jours il fut fui-
vi par un Voleur qui ne put trouver l'occafion de l’infulter, parce qu’il n’avoit
pas plûtôt perdu de vûe une compagnie de voyageurs qu'il en paroifloit une
autre. |
SuivanrT le témoignage de tous les Miffionaires, le plus fâcheux & pref-
que le feul inconvénient des Voyages, fur-tout en hyver & dans les Parties
Méridionales dé la Chine, eft l’excès de la pouffière, parce que la pluie eft
fort rare dans cette faifon. La terre eft alors fi féche & fi mobile, que dans
un grand vent il s'en élève des nuées qui obfcurciffent le Ciel & qui coupent
la refpiration. La multitude des Paffans & des voitures produit auffi le même
cffet. On eft fouvent obligé de fe couvrir le vifage d’un voile, ‘ou les yeux de
deux verres enchaflés: dans une bande de cuir ou de foie qu'on fe lie derrière
la téte. cs Provinces Méridiohales ne font pas fujettes a ce défagrémenc,
mais elles en ont un autre, qui eft le débordement des eaux, contre lequel on
s’eft précautionné dans chaque Province par un grand nombre de ponts.
La méthode la plus commune pour les voyages parterre, eft de marcher à
cheval. Mais quoique les chevaux foient affez bons, ils demandent de l'atten-
tion pour lés choifir. S'ils fe fatiguent fur la route, il n’y a point d’efpérance
d’en pouvoir changer à la pofte, parce que tous les Chevaux de pofte appartien-
nent à l'Empereur, & ne fervent que pour fes Couriers ou pour les Officiers
de fa Cour. si
Lorsque le chemin eft trop rude pour les chevaux ,; on trouve des
chaïfes, que leur reffémblance avec celles des Mandarins a fait nommer (4)
Quan-kyau.. Elles font peu différentes dés Fiacres de Paris, excepté qu'elles
font plus grandes, plus hautes & plus légères. Elles font compofées de can-
nes de hambou. crnifées :8m fnrme de treillagr, & liées enfcmble avec des
cordes de ratan. On les couvre, du haut en bas, d'une piéce de toile peinte
ou d’'étofe de foie, fuivant la faifon; & pendant la pluie, on y ajoûte un fur-
tout de taffetas huilé. Si l’on n’a que deux porteurs, les deux bouts des bi-
tons font paflés dans deux nœuds coulans, qui font attachés au corpsde la voi-
ture & portent fur les épaules (e). Mais on fe fait fuivre ordinairement de
huit hommes, qui fe relevent fucceflivement;
+
S1
(a) Voyez les Journaux précédens, que les Auteurs n'ont pas rapporté en entierle
(D) Ibidem. ARE paffage de Du Halde, que parce que le Traduc-
(c) Chine du Père du Halde, pag. 265, teur a mal rendu ce qu'ils difent; plütôt que
Çd) C'eft-à-dire, Chaife de Mandarins. de corriger fes fautes nous raporterons les
Ce) Cette defcription eftobfcure tant parce. propres termes de Du Halde; Îles voici, Si
VIII. Part. N ES 9, P4
Voracrs
ET VOiTurgs
PARTERREÉ,
Alcoves de
Provincés dy
Nord.
Sûreté des
grands che-
mins.
Incommo-
dité de la
pouffière &
du déborde:
ment des
eaux.
. Chevaux de
la Chine.
Chaifes.
|
|
À
|
|
VOYAGES
LT VOITURES
PAR TERRE,
Voyages noc-
turnes aux
flanbeaux,
Tranfport du
bagage,
08 VOYAGES DANS LEMPIRE
S1 l'envie de fe garantir de la chaleur fait choifir le temps.de la nuit pour
voyager, fur-tout dans les Pays montagneux qui font infeltés de tygres, on
loue, de diftance en diftance, des gardes avec des torches ,. qui fervent tout à
la fois à bannir les ténébres & à répandre l'épouvante- parmi ces terribles ani-
maux.. Les torches de voyage font compofées de branches de Pin féchées au
feu, & fi bien préparées, que le vent & la pluie ne fervent qu'à les faire brû-
ler plus vite. Chaque torche eft longue de fix ou fept pieds, & dure prés
d’une heure, Mais il n’y a que les Mandarins & les Couriers de l'Empereur
qui voyagent avec cette pompe, parce que leur fuite eft ordinairement affez
nombreufe pour ne l-ur laiffer rien à craindre des T'ygres ni des Voleurs.
UNE grande commodité des Chinois pour les voyages par terre, c'eft la
facilité & la sûreté avec laquelle ils font tranfporter leurs bagages ou leurs
marchandifes par des Porteurs publics, qui font en grand nombre dans toutes
les Villes de l’Empire. Ces porte-faix ont leur Chef, à qui les voyageurs s’a-
dreflent. On convient du prix, qui eft toûjours payé d’avance , & le Chef
donne autant de billets qu’on lui demande de porteurs. Ils paroïflent à l’inf.
tant-fur fon ordre, & c'eft lui qui répond de chaque fardeau. Lorfque les por-
teurs ont rempli leur office, ils fe rendent chez lui, avec les billets qu’ils ont
reçu des voyageurs, pour recévoir le prix de leur travail. Dans les Villes
qui fe trouvent fituées fur les grandes routes, il y a quantité de Bureaux où
les porteurs fe font infcrire, après avoir donné de bonnes..cautions; de forte
qu'on peut s’en procurer trois ou quatre cens dans Foccafon. Leur Chef, à
qui l’on ne manque point de s'adreflér, prend le mémoire de toutes les mar-
chandifes qu’on veut faire porter, & reçoit autant par livre. Le prix commun
q P , P L
eft quatre fols & demi par jour chaque quintal. Il ne refte enfuite aucune
peine aux Etrangers, parce qu’en livrant les fardeaux aux porteurs on leur
donne à chacun le mémoire de ce qu’ils contiennent, &: qu’on peut fe rendre
tranquilement au terme avec la certitude que toutes les marchandifés qu’on a
confiées au Chef y feront délivrées fidellement,. dans le Bureau qui eft en cor-
refpondance avec le fien. Le fardeau eft attaché avec: des cordes, au milieu
d’une canne de bambou, qui eft foutenue par les deux bouts fur les épaules
de deux hommes. . Mais fi le poids eft trop confidérable , on y employe
quatre hommes & deux cannes de bambou, avec la liberté de changer
tous les jours de porteurs & de leur faire faire chaque jour autant de chemin
qu’on en fait foi-même.. Lorfqu'un feul porteur füffit pour le fardeau, il en
diminue le poids en le divifanr en denv parrire égales. qu'il attache avec des
cordes & des crochets, aux deux bouts d'une canne plate. Il pofe la canne
fur fon épaule, comme une balance, qui fe. baifle & fe lève alternativement
dans fa marche. Eft:il fatigué d’une épaulé? il tranfpofe adroitement la can-
ne
tion+- ainfi la remarque que les Auteurs An-
glois ont faite & qui a été omife par le Tra-
duéteur n'eft pas hors d'œuvre, ils difent que
les Porteurs, doivent être rangés de façon qu’ils
fe fuivent l’un l’autre, deux devant & deux
derrière , & que la chaife eft fufpendue
entr'eux de même qu'un fardeau que deux
hours portent fufpendu à un feul levier,
,, la chaife n’eft portée que par deux hom-
» mes, les deux bâtons font appuyés fur leurs
» épaules; fic'eft une chaife à quatre por-
, teurs, les extrémités tant devant que der-
rière font pañlées dans deux nœuds coulans
d'une grofle corde forte & lâche pendue par
,, le milieu àun gros bâton, dont les porteurs
» foutiennent chacun un bout fur une épaule.
On ne comprend pas aifément cette defcripe
nouvel
toient 1
teur, l’
nomme
élevés :
-particul
(f) À
roué nai:
&
tes fembl
fur le dev
(b) Ü
ent Taël
it pour
es, on
t tout à
les ani-
hées au
ire brû-
re près
npereut
nt aflez .
s.
c'eft la
ou leurs
1s toutes
eurs $’a-
le Chef
t à l'inf-
> les por-
qu’ils ont
es Villes
reaux où
de forte
Chef, à
les mar-
comimun
e aucune
on leur
fe rendre
s qu'on à
ft en cor-
au milieu
8. épaules
employe
changer
e chemin
au, il en
avec: des
la canne
tivement
pt la can-
ne
uteurs Ân-
as le Tra-
difent que
façon qu'ils
nt & deux
fufpendue
que deux
eul Jevicre
DE LA CHINE, Liv. IL Crar. ll. dù
ne fur l’autre & fait ainfi dix lieues par jour, avec un poids de cent foixante
livres de France.
Dans quelques Provinces, on fe fert de mulets pour le tranfport des balles
& des marchandifes, mais plus ordinairement de voitures , qui quoique fort
grandes, n’ont qu'une feule roue (f) placée au milieu. Sur les deux bouts de
l'effieu ; qui s’allonge des deux côtés, on place une claie, fur laquelle on met
deux fardeaux d’égale pefänteur. La voiture eft poullée par un feul hoimmé;
mais fi le poids excéde fes forces, on employe un autre homme, ou un âne;
pour tirer par devant. Les effieux Chinois reffemblent aux nôtres, & la place
de la roue eft devant, comme à nos brouettes (g). Mais l’ufage de ces voi:
tures eft rare dans les voyages. Le prix commun du loyer d’une mule pout
vingt-cinq jours, eft de quatre Lyangs & demi (b) ou de cinq au plus, fui-
vant les différentes faifons & la cherté des vivres. Les mules de renvoi font
à meilleur compte. Ces animaux font moins gros à la Chine qu’én Europe;
mais ils font extrémemient forts. Leur charge ordinaire eft de cent quatre-
vingt où de deux éens livres Chinoifes, qui font plus pefantes de quatre on-
ces que celles de France.
Les Douares, à la Chine, font moins rigoureufes que dans la plûüpart dés
autres Pays. On n'y fouille perfoime, & rarement éuvre-t'on les paquets où
les caifles. On n'y prénd même rien d'un voyageur qui fait quelque figure. Il
paroît aflèz, difent les gardes, que Monfieur n'eft pas Marchañd. Au paflige
de quelques Douanés, on lèvé les dfoits en nature, & l’on s'en rapporte au
mémoire du Marchand. Dans d’autres lieux ; on fait payer autant pour tel poids;
ce qui eft bien-tôt réglé. Le Xung-homême de l'Empereur (5) n'éxempte point
des droits de la Douane. Cependant, par refpeét pour l'Empereur, on laiffe
pañler fès Couriers fans leur faire aucune demande. La Douané de Péking eft
- ordinairement plus éxaéte.
Les malles ou les coffres des grands Officiers de la Coùr ne s'ouvrent ja-
mais Elles poftent pour fnarque un fong-tyan, qui éft une bañde de papier,
fur laquelle eft écrit le tems de leur départ, avec lenom & la dignité du Mai-
tre. Anciennement les Douanes fe fermoient uné fois l’ännée, pendant le re-
nouvellement du Mandarin, qui étoit changé tous les ans. (Ces Officés n'é-
toient remplis que par des gens confidérables. Mais depuis douze añs, dit l’Au-
teur , l'intendänce des Douanes appartient au Viceroï de chaque Province, qui
nomme des Commis pour recevoir les droits. Cépendant quelques troubles ,
élevés à l'occañon du Commerce, ont obligé la Cour d'établir des Mändarinis
particuliers pour les Douanes de Quang-tong &-de Fo-kyen (k). |
(f) Angl. de voitures qui n’ont qu'une fols.
roué inais fort grande R: d. E, (5) Ceft-à-dire, Ordre pour voyager.
(g) Angl. Les Chinois ont auffi des brouet- Voyez ci-deflus les Journaux des Miffio-
tes femblables aux nôtres, & dont la roueeit naires. PA
fur le devant. R.'d. FE. CR) Chine du Père dit Iftlde, page 266.
Ch) Un lyang, que les Portugais nom. & fuivantés. : |
ment Taël, fait environ fix fchellings quatre
#hk
#
N 2
VoTacrs
ET VOITURES
DES CHINors.
Mulets &
voitures À
roues.
Douanes de
la Chine.
Privilége des
Grands Off-
ciers dela
Cour.
Moxxnote,
Poins er
Mesures
DE LA Cuir.
Monnoie,
Poids & Me-
fures de la
Chine.
L'or eft mar-
chandife, Sa
proportion a-
vec l'argent,
… Fincffe de
l'argent & fes
degrés,
Comment les
Chinois les
diftinguent,
Leur mon-
noie eft fans
Coin.
Inconvé.-
ñient des lin-
gots Chinois.
Leur avan-
tagc.
VOYAGES DANS L'EMPIRE
$. I V.
Monnoie, Coin, Poids £ Mefures.
Fa T & le cuivre font les feules monnoies courantes de la Chiie
pour les néceflités de la vie & pour l’entretien du Commerce. L'or eft
fur le même pied que les pierres précicufes en Europe. 1l s’achete comme les-
autres marchandifes; & les Européens en tirent un profit d’autant plus confi-
dérable, que, fuivant le Père le Comte, fa proportion avec la livre d'argent
eft d'un à dix, au-lieu qu’en Europe elle eft d'un à quinze. Ainfi les Marchands
y gagnent un.ticrs.
L'ARGENT Chinois n’eft pas de la même fineffe. Comme on fixe en France
la plus grande finefle de l'or à vingt-quatre carats, les Chinois divifent leur
alloi en cent parties, qui font le plus haut degré de fineffe pour l'argent. Il
s'en trouve néanmoins de quatre-vingt-dix parties & de divers autres degrés
jufqu’a cent. Il s'en trouve même de quatre-vingt; mais qui paîle pour le plus
bas, & qui ne feroit pasreçu dans le Commerce fans une augmentation de poids
qui l'égale à la valeur del’argent de cours (4). Les Chinois prennent l'argent de
France fur le pied de leur quatre-vingt-quinziéme degré. Cependant ceux qui
entendent bien cette matière, jugent qu'il eft au plus du quatre-vingt-treiziè-
me; de forte que dans cent onces de notre argent il y en a fept d'alliage; ou,
ce qui revient au même, cent onces n'en valent que quatre-vingt-treize d’ar-
gent fin.
L'HABILETÉ des Chinois eft fingulière, pour juger de lafineffé de l'argent
a-la première vûe. Ils ne s'y trompent prefque jamais. Le Comte leur attribue
trois méthodes; 10. l’éxamen de fa couleur; 2°. celui de plufieurs petits trous
qui-fe font au métal dans le creufet; 3°. divers petits Cercles que l’air forme
fur la furface du métal, lorfqu'’il fe réfroidit après avoir été fondu. Si la cou-
leur eft blanche, les trous petits & profonds, les cercles en grand nombre,
l'un près de l’autre. & très-fins, fur-tout vers le centre de la piéce; l'argent
paîle alors pour pur. Mais plus il manque de ces trois qualités, plus on y fup-
pofe d’alliage (b). t-3{sl
L’arGeNT monnoyé de la Chine n'eft pas frappé au Coin, comme en-Eu-
rope. Îleft fondu en lingots (c), qui fe coupent en piéces, grandes ou peti-
tes. fuivant l’occafou, & dun la valeur ef réglée par lé puide. Ces liupots,
qui font de l'argent le plus fin, ne s'employent que pour le payement des form.
mes. La difficulté confifte à s’en fervir dans les détails du Commerce. On eft
quelquefois obligé d'en mettre le bord au feu & de. le rendre affez mince, en
le battant avec le marteau, pour le compter facilement en-petites piéces ; d'où
il'arrive que les payemens font toûjours la plus longue partie d'un marché. Les
Chinois conviennent qu'il leur feroit plus commode d’avoir des monnoiës d’une
valeur & d’un poids fixes. Mais alorsles Provinces, difent-ils, fereimpliroient
de
(a) Mémoires du Père le Comte, pag. 306 Bateau, & dit qu’ils font de différentes gran-
& Du Halde, ubi fup. pag. 330. deurs & de diffé.ens poids, depuis un écu,
(b) LeComnte, ibid. pag. 305. & füuiv. qui fait l’once, jufqu'à cent,
(ce) Megalhacns leur donne la forme d'un
F
verfin
différe
points
balanc.
naftie de
Miion:
faivante
LE n
nomme
de bona
dont il €
noie, qu
Sous
étoient c
autres ra
taux. LIL
terre cui
les, qui
(4) Du
(e) Un
le demi-fot
+ (f) L’A
gent, qui
de coin d'a
ni foüs auc
(g) C'e
puilque da
a Chine
L'or eft
nme les-
s confi-
d'argent
rchands
1 France
ent leur
ent. Al
s degrés
r le plus
de poids
rgent de
ceux qui
t-treizié -
ge; ou,
eize d’ar-
e l'argent
r attribue
Btits Crous
air forme
Si la cou-
nombre,
l'argent
on y fup-
e en-Eu-
ou peti-
Jiugots,
des fom-
On «it
ince, en
es; d'où
hé. Les
Q ’
es d’une
pliroient
ac
ntes gran
s un CU)
DE LA CHINE, Liv. I. Car. IN. 101
de faux-monnoyeurs, dont on n’a rien à redouter tandis que l’ufage de couper
l'argent fera confervé. Comme il eft difficile qu’en le coupant tant de foisilne
s'en perde quelques petites parties, les Pauvres s’attachent beaucoup à les re-
cueillir, en lavant les. ordures qu’on jette des maifons dans les rues. Le peu
qu’ils en-trouvent fuffit pour leur fubfiftance (4).
La plûpart des Chinois portent fur eux, dans un étui fort propre, une pai-
re de petites balances pour pefer l'argent. Elles font compofées d’un petit plat
& d’un traverfin d'yvoire ou d’ébène, & d'un poids qui gliffe au long du tra-
verfin. [Ce traverfin qui eft divifé en de très petites parties fur trois faces
différentes, eft fufpendu par des fils de foie à l’un des bouts , en trois différents
points, afin de pefer plus aifément toutes fortes de poids.] Cette efpèce de
balance, qui rellemble affez à la Romaine, eft d'une jufteffe merveilleufe. IL
n'y a point de monnoie, dépuis quinze ou vingt taëls jufqu’au fou, qui ne puif-
fe être pefée avec une précilion furprenante. La millième partie d’un écu don-
ne une pente fenfible à la balance.
La monnoie de cuivre eft la feule, à la Chine, qui foit frappée de quelques
caraétères & dont on fafle ufage dans les détails. Ce font de petites piéces ron-
s, percées au milieu, qui s’employent féparément pour les petits marchés,
ou qui s’enfilent dansun cordon, par centaines, jufqu'au nombre de milles. Le
métal n’eft ni pur, nibien battu. Dix de ces piéces compofent un fou (e),
& dix fols font la dixiéme partie d’un écu Chinois (f), qui fe nomme Lyang,
ou T'aël en Portugais, & qui revient à cent fols monnoie de. France (g). Les
Curieux raffemblent toutes ces diverfes petites piéces (h}, qui ont eu cours à
la Chine en différens tems.
Du Halde donne l'Extrait d'un Livre fur les monnoies, compofé fous la Dy-
naftie de Song (i), qui lui fut envoyé de la Chine par le Père d'Entrecolles,
Mifionaire de fa Compagnie. On croit devoir en tirer ici les particularités
fuivantes. |
LE mot Chinois qui fignifie Monnoie eft T/yen. La monnoie de cuivre fe
nomme Tong-t/yen, & celle d'argent, In:t/yen (k). Le petit Coin de cuivre
de bonalloi,a quatre parties de plomb fur dix. De-là vient que le cuivre rouge
dont il eft compofé perd la couleur & le fon, & qu'une pièce de cette mon-
noie, quoiqu'affez épaifle, peut ètre divifée avec les doigts.
Sous le régne de Y4, Fondateur de la première Dynaltie, l'or & l'argent
étoient des monnoies courantes, comme le cuivre. Quelques Empereurs des
autres races permirent auifi l'ufage des Coins étrangers pour les méimes mé-
taux. L Eupiic avuie uuuse cela des ivunoies de plomb, de fer & même de
terre cuite, qui étoient frappées de figures & de caractères. Les petites coquil-
les, qui portent le nom de Koris au Bengale, & de Puey à la Chine, avoient
| \ cours
-(d) Du Halde ,. ubi fup. pag. 330:
. préfente équivalent à fept livres dix fols. Mais
(e) Un fou de France, qui eft à peu près
il n'a cours que pour fix fchellings & huit fols :
le demi-fou d'Angleterre.
(f) L’Auteur devoit dire une once d'ar-
gent, .qui fe nomme lyang;, car il n’y a point .
de coin d'argent qui foit connu fous-cenoim,
ni foûs aucun autre.
(g) C’eft plûtôt cent cinquante-fept fols,
puifque dans un autre endroit l'Auteur le re-
* N'
d'Angleterre.
(b) Le Comte, pag. 303. & fuiv. Du Ha
de, ubifup. pag. 330.
(3) Elle commença en 960.
Çk) C'eft ainfi qu’on appelle à Canton les
pialtres, & les écus de France.
0 >
>
MonNNore,
loivs ET
Mesures
DE LA CHIN£,
Balances
Chinvifes.
Monnoie de
cuivre & fon
coin, :
Extrait d'un
Livre Chinois
fur les mon-
noies,
Monnoiés
du regne de
Yu.
102 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Mownore. Coursdans lemêmetempspour petite monnoie; c'eft-à-dire, qu’ilen falloit piu.
a LA Cure. fieurs pour faire une piéce de cuivre, Mais ces ufages ne furent pas de longuc
durée.
Chan A l'égard de la forme, les monnoies Chinoifes en ont changé fous les diffé.
gemens F é « Ù
de forme dans rens régnes. Depuis la Dynaftie précédente , les piéces de cuivre ont toûjours
la monnoic - été rondes & percées d’un trou quarré au milieu, avec un bord un peu élevé
EUR: pour les enfiler plus facilement, Sous la Dynaftie de Æau (1), la motinoic
étoit percée de même. Au commencement de la première Dynaftic , il y
avoit, outre la monnoie ronde, un autre Coin de la forme d'un coutelas, qui
. fe nommoit Tau par cette raifon. Un autre forte, qui refflembloic au dos de
la tortue, en tiroit le nom de Quey. Enfin, d'autres fe nommoient Pus, &
* leur figure étoit encore plus bizarre, La monnoie ronde avoit ordinairement
un pouce ou un pouce & demi de diamettre, & le double en largeur. : Celles
qui fe nommoient Pus &. Tum étoient lotigues de cinq pouces , & réffembloient
‘apparemment aux Coupans du Japon. Mais l'üfage en fut abandommé parce
qu'il étoit incommode.
Monnaiedu Sous le régne de Song, la Chinc avoit de fi petites piéces, qu'elles en
aus song rtoient le nom d'yeux d’oie, & fi minces qe: farnâgeoient fur l'edu,
| Tang, & qu'en les maniant on couroit rifque de
moins de dix mille pour acheter une refure de riz, nécellaire à la fabfiftance
d’un homme pendant dix jours. L'ufage de cette monñoie dura peu, parce
. que le Peuple la refufa dans le Commerce.
- Sous la première Dynaftie de Tong, les botds de la Rivière faune s'étant
éboulés, on trouva dans leurs Mines trois mille trois cens piéces de monhnoïie
& trois pieds. Mais les caraétères étoient effacés, C'étoit fans doute lé Coin
. courant fous les Empéreurs des trois premières races, qui faifoient leut réfi.
«dence afféz près de cette grande Rivière.
LA monnoie Chinoife n'a jamais porté , comme celle de l'Europe, la figu.
re de la tête du Prince. Cet ufage paroîtroit peu refpeétueux pour Sa Ma-
jefté Impériale, parce que fon image feroit eéxpofée à paller continuellement
- par les mains des Marchands & par celles du Peuple. Les Infcriptions des
Coins Chinois contiennent ordinairement les citres pompeux qu’on donfie aux
Empereurs dans les différentes années de leur régne; tels qué le brillant fans
fin, le tout puiffant (m) le magnanime.
Autres inf Sur une autre monnoie on lit le nom de’ la Famille régnante, celui du
riptions des Tribunal qui préfide à la monnoie , & celui de la Ville où elle a été frappée.
FOBROÏGS, Ty’autres portent l'empreinte de leur valeur, telles, que les Puau-lÿahg où les
_demi-taëls, D’autres portent ces quatre mots pour infeription: Queÿ x ching
ti; c'eft-à-dire, L'argent circule €S retourne enfin à l'Empereur. À l'égatd .des
caraétères des anciennes monnoics, telles que le Pu & le Tau, ils ne font
entendus de perfonne. , ER
Tioisforts IL y a trois fortes d'anciens Coins, qui confiftent dans un mélange d'argent
Nos & d'étain, dont toute la fuperficie eft entièrement couverte de figures. La
ins, + , k ; x ;
premiére forte eft ronde. Son poids eft de huit taëls. Elle repréfente un Dra-
gon au milieu des nues. Sur la feconde, qui eft quarrée & qui pafle fix
taëls,
(1) Elle commença vers l’année 206.
Cm) Aagl. le fouveranement pacitique, KR. d. E
es brifér, 1 fl n’en falloit pas;
”
alloit piu-
le longuc
les d:fFé.
t toûjours
peu élevé
| motinoic
ftie il y
itelas, qui
au dos de
it Pus, &
nairement
. . Celles
fembloient
mné parce
qu'elles en
fur l’eau,
y falloit pass
fabfiftance
peu , parce
une s'étant
de Monnoie
ute le Coin
t leur réfi-
pe, la figu-
pur Sa Ma-
nuélternent
| ser des
onfic aux
Hant Jans
; celui du
é frappée.
Vang ou les
y Va ching
égatd des
s ne font
e d'argent
ures. La
e un Dra-
pafe fix
taëls,
COINS ne DIFFERENTES DYNASTIES.
MUNTEN vaAN ONDERSCHEIDE KEIZERL. GESLACHTEN.
Shun chi.
Van _Sch
un-
Kang hi.
van Kang-hi.
. Set
De odiong.
Vano chin .
Van Yong-Ching.
a Li
is
ST
=
_——
a
—
—
ae
ae
——
os
us
1
—
es
a
——
a
—
—
Lt
a
——
nes
En
as
ee
2
nes
ee
———
ns
—
—
ee
—
a
ee
2
—
ee
en
—_
Ltd
er
een
Es
—
ms
nu
ns
ms
os
—
ET
a
es
—
el
—
rs
nl
rer
sens
es
el
S
—
—
——
ma
ment
ET
—
23
ss
as
1
—
ee
mn
met
221
ares
Le
ee
ms
us
—
—
=
él
Set
een
—
esse
sl
runs
——
as
nl
—
sers
el
el
es
ns
enr.
es
des
cames
er
etes
rennes
cames
eee
EL TT TEINTE EEE EEE
taëls.
forme
que €
noie &
IL
porte
fupéri
eût co
quelqu
monte
quelqu
quent
vre de
Templ
les bat
autres |
ter àla
. Au
la raret
les Sold
périal (
d'argen
blifleme
dant ces
gneurs,
folle im:
L Cette m
| le régne
h non ‘f
: qu té
D gs, &
| ceux qui
| Le Peupl
D) Lam
| mais les ]
de leur pi
vingt-deu
opération
au moule
rence qu’i
ces mêmes
(n) ,Maga
tiquettes de |
(o) Du.
haens fuppoft
cette monnoie
fut trompé pa
int avec les
taëls , on voit. un cheval qui galope. La oifième pèfe quatre taëls. Sa
forme, qui eft oblongue, repréfente le dos d'une tortue, & porte fur cha-
que compartiment le-mot.de Jang, qui fignife Roi. Onattribue cette mon-
noie au.f'ondateur de la race de Chang.
Iz eft prefqu’impoflible d’affigner la valeur des anciens Coins. Quoiqu’ils
portent la marque de leur poids, quelques-uns ont cours pour une fomnne fort
fupérieure à leur valeur intrinféque. Lorfqu'ils ont été rares, foit qu'on les
eût confiés à la terre dans les troubles publics, foit que dans l'invañon de
quelques. ennemis étrangers il en fût forti beaucoup de l'Empire, on a vû
monter les petites piéces de cuivre dix fois-au-deflus de leur prix ; ce qui a
quelquefois produit des tumultes populaires, parce que les Marchands neman-
quent point alors d'augmenter à proportion le prix des marchandifes. Le cui-
vre devint un jour fi rare, que l'Empereur fit démolir près de quatorze cens
Temples de Fo, & fondre toutes les flatues de cuivre quis'y trouvoient,. pour
les battre en monnoie. Dans d’autres tems, l’ufage des vafes de cuivre & des
autres uftenciles du même métal a étéinterdit au Peuple, avec ordre de ies por-
ter à la: Monnoie.
. Au commencement du régne de Æong-vu, Fondateur de la race de Ming,
la rareté extraordinaire de l'argent obligea la Cour de payer les Mandarins &
les Soldats, partie en argent, partie en papier, avec des billets du Sceau Im-
périal (n), qui pafloient pour mille petites piéces de cuivre ou pour un taël
d'argent; mais les difputes, les procès & d'autres inconvéniens que cet éta-
à bliffement faifoit naître tous les jours, portèrent l'Empereur à l’abolir. Cepen-
! dant ces billets (0) font encore recherchés par le Peuple & même par les Sei-
DE LA CHINE, Liv. I Cnar. Or 103
Monnolr
DE LA CHINE,
Valeur des
anciens
Coins.
Billets de
monnoic Chi.
nois.
gneurs, pour les fufpendre à la principale poutre de leurs maïifons, dans la -
| folle imagination qu'ils fervent à les préferver de toutes fortes de difgraces.
… Cette monnoie en papiér avoit-été introduite aver ani nen de fuccès pendant
le régne de la Dynaltie de Ten: Elle Etoit compofée d'écorce du Xu-chu, &
| non ** feuilles de Meûrier, comme Marco-Polo l'affdre. Il refte à la Chine’
qu axé d'autres anciens Coins, doné quelques-uns viennent des Pays étran-
à». +, & font peu:connus dans leur origine. On peut dire Ja même chofe de
: ceux qui portent la figure du Fong-whang & du Ki-lin, deux oïifeaux fabuleux.
| Le Peuple s’en forme mille idées fuperftitieufes.
| La monnoie Chinoife a toñjours été frappée au nom de l'Empereur, & ja-
mais les Princes ne fe font attribué ce droit ,. dans les temsmêmes où l'excès
| de leur puiffance leur faifoit prendre le titre de Rois. On éomptoit autrefois
vingt-deux Villes qui étoient en pofleffion de battre monnoie. Mais cette
opération ne fé fait aujourd'hui-qu'à la Cour, La monnoie d'argent s'y jette
au moule (p): Si l’ufage étoit de la frapper au coin, il y a beaucoup d’appa-
rence qu’il produiroit un grand nombre de faux-monnoyeurs, puifque les pié-
ces mêmes de cuivre font fouvent contrefaites. Ce crime eft puni de mort par
la
_(#) Magalhaens.(pag. 137.) les appelle E- au'Peuple que ces Lillets feront changés en or
tiquettes de papier. &en argent réel dans. l’autre Monde. On voit
(o) Du: Haïtde en donne la figure, Magal-
haens fuppofe que Marco-Polo, qUePREe de.
de fontems, -.
cette monnoie comine ayant cours
fut trompé par les billets que les Bonzes brû-
it avec les corps anoïts, en faifant croire
des boutiques qui en font remplies, pour les
vendre publiquement.
(p) C'eft la monnoie de. cuivre qui fe jette
au moule 5, & quant à l'argentil ne fe monnoie
pas, R, d, E,
Monnoios :
incertaines.
Au nom de
qui, & dans
quel lieu la
monnoic fe
fais,
MonwNoir
er MESURES
DE LA CHINE.
Cabinet d’an-
cicnnes mon-
noics.
Manière de
fuppléer aux
lacunes.
Divifion de
Ja livre Chi-
noife.
Origine des
mcefures Chi-
nuites,
Leur divi-
fion,
104 VOYAGES DANS LEMPIRE
la Loi ; cependant quelques Empereurs fe font contentés de faire couper la mai
aux coupables, & d'autres ont réduit Ja peine au banniflement. [Ceux quifé
fonc ce métier mêlent leur fauffe monnoie avec la bonne; & ils pouffent quel.
ques fois la fraude, jufqu'a couper des piéces de carton en forme de deniers
& ils les mettent avec d’autres dans l’enfilade.] |
L'EMPEREUR Kang-hi avoit raflemblé dans un cabinet toutes fortes de
Coins, rangés fuivant l'ordre des Dynafties. On y én voyoitun grand nombre
des trois premières Dynafties , de Aya, Chang & Chu , fur-tout de la dernière, qui
dans la fuppotition qu'elles ne foient pas contrefaites, fervent de témoignage
& de preuve à la vérité de l’'Hiftoire Chinoife. Comme il manque à cette col.
Jeétion un grand nombre de Cains, tant anciens que modernes, on y a fup-
pléé par des piéces de carton, fort habilement fabriquées d'après les récits des
anciens Livres. L’imitation eft fi parfaite, qu’on prendroit ces piéces pour u-
ne monnoie réelle (q.).
Mais pour comprendre inieux la valeur des monnoïcs Chinoifes, anciennes
& modernes, on doit obferver queles Chinoisdivifent lalivre en feize Lyangs,
qui font autant d’onces; le Lyang en dix parties, qui fe nomment Tfyens (r );
le Tfyen en dix l'uens (s), & le Fuen en dix Lis d'argent. Le traverfin des
balances du Pays ne porte pas plus loin cette divifion. Cependant, pour l'or &
l'argent d'un poids confidérable, la divifion s’étend jufqu’aux parties prefque
imperceptibles, dans la même progreflion décimale; ce qui fait qu'il elt pref.
qu'impollible d'en donner une jufte idée dans les Langues de l'Europe. Les
Chinois divifent le Li en dix Whas, le: Wha en dix Sés,' le Sé en dix Fus, le
Fu en dix Chins, le Chin, qui fignifie grain de poufière, en dix Yus; le Vu
en dix Myaus, le Myau en dix Mos, le Mo en dix Jfyuns, & le Tfyun en dix
Suns (t).
a : iron des mefñreseft auffi ancienne que le régne de Whang:ti,
troifième Empereur de la Chine. Où prit un grain de millet pour déterminer
les dimenfons d’une ligne; dix lignes firent un pouce; dix pouces un pied,
&c. Mais la figure de ces grains étant ovale, les différentes manières de les
ranger ont mis de la diverfité dans les mefüures (v) fous les différentes Dynaf
ties. On diftingue aujourd'hui à la Chine trois fortes de mefures; 19. Le Pied
du Palais, établi par l'Empereur Kang-hi, qui eft le Pied de Paris (x) & qui
a la proportion de quatre-vingt-dix-fept & demi à cent, avec le Pied du Tri:
bunal des Mathématiques (y): 2°. Le Pied du Tribunal des ouvrages publics,
nommé Kong-pu, qui eften ufage parmi les ouvriers. Il eft plus court d’une li:
gne que celui de Paris (æ). 30. Le Pied des Tailleurs, en ufage parmi les
Marchands, eft plus grand de fept lignes que le Kong-pu. C'eft la première de
ces trois mefures que les Mifionaires ont conftamment employée pour lever
| les
(g) Chine du Père du Halde, pag. 331. font différentes en plufieurs endroits, & que
€ fuivantes. -de-là viennent les contradiétions des Millio-
r) Les Portugais donnent at Zyang lenom naires. NE
de Taël, & au Zjyen celui de Maz. (x) Le pied de Paris eft à celui d’Angle.
(s) Chaque Fuen eft équivalent au fou de terre comme 1068 à 1000. ou 122 pouces.
Fe) Du Halde, ubi fup. pag. 332 & Mémoi- Ne AS qua au pied de Paris comme
res du Père le Comte, pag. 307. 974 à 100. KR. d. EL.
(vu) Le Père le Comte dit que les mefures
(3) Du Halde dit qu'il eft plus court d'uns
ligne que celui du Palais. R, dE,
les C
lui q
tache
deux
Chino
vant
huit
gale à
de vi
Ced
pied à
dix-neuf
O:
dans to
multitu
noifes.
&c. fo
précieu
Palais,
Les
point en
On peut
bornent
n'appro
idées &
donne p
bombes
Mais ils
de l’Imp
nous leu!
Izsr
arbres (
n'entend
(a) De
tétte, pag
(b) Na
perfeétion.
(c) Mé
(d) L'4
bres, des «
coup mieu)
VIIL.
er la man
: Ceux quifn
lent quel-
e deniers,
fortes de
nd nombre
nière , qui,
émoignage
à cette Col.
on y a fup-
s récits des
ces pour u-
, anciennes
ize Lyangs,
Tfyens Cr);
raverfin dés
pour l'or &
ties prefque
lil eft pref-
rope. Les
dix Fus, le
Vus ; le Vu
fyun en dix
e Whang:ti,
déterminer
es un pied,
ières de les
intes Dynaf.
1°. Le Pied
S (x) & qui
’ied du ‘Fri-
ges publics,
it d’une li-
e parmi les
première de
pour lever
les
droits, & que
is des Millio-
celui d’Angle:
231 pouces,
Paris comme
us court d'uns
DE LA CHINE, Liv. Il Crar. NI
les Cartes de l'Empire: Ælle diffère des autres Pieds Chinois, @& même de ce-
Jui qui étoit autrefois en ufage au Tribunal des Mathématiques (a). En s’at-
tachant à ce Pied, le Père Thomas, Miffionaire Jéfuite, réduifit le Degré à
deux cens lis Chinois, dont chacun eft compofé de cent quatre-vingt braffes
Chinoifes, chacune de dix pieds. Comme la vingtième partie d’un Degré, fui.
vant l’obfervation de l’Académie des Sciences de Paris, contient deux mille
huit cens cinquante-trois toifes, chacune de fix pieds du Châtelet, elle eft é-
gale à mil huit cens toifes Chinoifes, ou dix lis; & par conféquent, un Degré
de vingt grandes lieuës de France contient deux cens lis (b).
(a) Le Comte eftime la différence de ce
pied à celui de Paris, comme quatre-vingt-
dix-neuf à cent,
(b) Du Halde, pag. 141 & pag. 11, de fe
Préface.
$. v.
Claffe des Artifans de la Chine € Arts manuels.
O N pourroit donner beaucoup d’étendue à cet article. La Chine contient
plus d’Artifans qu’on ne peut fe l’imaginer. Le nombre en eft prodigieux
dans tous les genres. Rien ne caufe tant d’admiration aux Européens que la
multitude de bijoux & de curiofités qui fe vendent dans les boutiques Chi-
noïfes. Chaque grande Ville, telle que Nan-king, Su-cheu-fu, Hang-cheu-fu,
&c. fourniroit la charge de quatre galions en toutes fortes d'ornemens & de
précieufes bagatelles. On y trouveroit dequoi meubler fur le champ un vafte
Palais, à fort bon compte d a).
Les Chinoïe fane de ë auds progrès dans les Arts, quoiqu'ils ne les ayent
point encore portés à ce degré de perfoétiuu qui fair Laut d’honueur à l’Eurupe,
On peut attribuer la fupériorité que nous avons encore fur eux aux Loix qui
bornent leur dépenfe. L’induftrie de leurs ouvriers eft extraordinaire; & s'ils
n’approchent du de nous pour l'invention, ils entrent facilement dans nos
idées & réuffiflent fort bien (2) dans l’imitation des modèles. L’Auteur en
donne pour témoignage les glaces de miroir, les montres, les piftolets, les
bombes, & quantité d’autres ouvrages qui fe font en divers lieux de l’Empire,
Mais ils avoient, depuis un tems immémorial, l’ufage de la poudre à tirer,
de l’Imprimerie & de la Bouflole ; connoiffances nouvelles en Europe, &dont
nous leur avons peut-être l'obligation (ec). :
ILs réuffiffent médiocrement dans la peinture des fleurs, des oifeaux & des
arbres (4); mais beaucoup moins dans celle des figures humaines (e). Ils
n'entendent point l'art des ombres. Aufñi admirent-ils beaucoup nos moindres
tableaux.
(a) Defcription de la Chine par Nava-
rette, pag. 53.
(b) Navarette
perfection.
(c) Mémoires du Père le Comte, pag. 229. payfiges; mais qu'entendant peu les figures
-de cire à Nan-king, dans une perfe&tion dont
MERS QE il fut furpris. pe AL
dit qu’ils imitent, tout en (e) Du Halde dit (pag. 281.) qu'ils pei-
ë gnent fort bien des fleurs, ‘dés animaux & dés
(d) L'Auteur obferve qu’ils font des ar-
bres, des oifeaux & des fleurs de foie beau-
coup mieux qu'ils ne les peignent, On en fait
VIII. Part.
umaines, ils les défigurent & les eftropient
ridiculement,
og
ARTISANS 2T
RTS Ma.
NUELS DE LA
CHINc.
Réduétion
du Degré aux
mefures Chi-
noiles.
Difpofition
des Chinois
pour les Arts,
Peintres de
la Chine,
ARTISANS
ET ARTS MA-
NUELS DE LA
CHINE.
Inftrumens.
Méchani-
ques.
Comment les
Ouvriers fer-
ventle Public.
Ufage des
Barbiers &
Cordonniers,
Oifeaux pour
la pèche,
106 VOYAGES DANS L'EMPIRE
tableaux: Cependant on a vû des Peintres Chinoïs devenir fort bons. Artiftes.
après avoir pris les principes de la Peinture à Manille ou. à Macao. Les Ouvra.
ges de filigrame qu'ils font à Manille & dont ils doivent l’art aux Indiens, ont
caufé de l’étonnement en Europe. On commence à les imiter afféz. heureufe.
ment en Italie. Les ouvriers de Canton font de très:bonnes lunéttes, des té.
lefcopes, des verres-ardens & des miroirs, fi femblables aux nôtres qu'on
remarque que peu de différence. L’Auteur fut informé, peu deitems avant fon
retour, que faute de fable fin, dont ils manquent dans leur Pays, ils: y em-
ployent des cailloux réduits en poudre, e4 l'a
Leurs Inftrumens Méchaniques ont beaucoup de reffeinblance avec les nô-
tres, à l'exception de quelques-uns, qui leur font particuliers. Léurs Tail.
leurs, par éxemple, ne fe férvent point de dé à coudre, & fe lient autour du
pouce quelque vieux morceau de drap. La plûpart travaillent debout, ap-
puyés contre une table , für laquelle ils tiennent leur ouvrage (f).
On trouve dans chaque Ville des Ouvriers de toutes fortes de profeflions,
Les uns travaillent dans leurs boutiques. Les autres cherchent dans les ruës
à fe louer. Mais le plus grand nombre eft employé dans l’intérieur des fa.
milles. Si l’on a befôin d’un habit, on fait venir chez foi, de grand matin,
un Tailleur qui s’en retourne le foir. L'ufage eft le même pour tous les au-
tres Artifans. Ils apportent leurs inftrumens avec eux , fans en excepter les
Forgerons & les Serruriers, qui viennent avec leur enclume &. leur foufflet
() pour les ouvrages les plus fimples..
Es Barbiers portent fur leurs épaules une fellette, un bafin, un pot à
l’eau, du feu, le linge néceflaire & tout ce qui appartient à leur profeffion.
Ils donnent avis de‘leur marche par le fon d’
font appellés, foit au milieu d’une rue, d’une place, an à Ja porte d'une mai-
fon, ile fe difpofent fur le rhamp an fervice qu’on leur demande. Ils rafenc
Ja tête, ils arrangent les fourcils, ils nétoyent les oreilles, ils frottent les é-
paules & dégourdiffent les bras, pour dix-huit deniers, qu’ils reçoivent avec
beaucoup de remercîmens.. Enfüuite ils recommencent à fonner leur cloche.
Les Cordonniers vont de même par les rues (h). Ils racommodent pour
trois fols une paire de fouliers, qui dure des années entières aprés cette ré-
paration. L’Auteur ne put apprendre leur méthode, ni comment ils donnent
cette force au cuir. ve
Les Pécheurs fe fervent de filets dans les grandes pêcheries, & de lignés
dans les petites; mais l’ufage de plufieurs Provinces eft d'employer, à là pêche
une forte. de cormoran, femblable au, corbeau (i), qu’on mene avec foi,
comme un chien pour la chafle du liévre.: Au lever du Soleil, on voit fur la
rivière un grand nombre de bateaux, & plufieurs de ces.oifeaux perchés des.
fus du côté de l’Avant. Au fignal qu’on leur donne, en frappant l'eau d’une
rame, ils fe jettent dans la Rivière ; ils plongent, chacun de fon côté | &
faififfant le poiflon, qu'ils lèvent parle milieu.du corps, ils retournent à la
Barque avec leur proie. Le Pêcheur prend l'oiféau, lui baifé la tête , pañle
la main au Jong de fon col pour lui fairé réndre le poiflon, qu'il auroit aval.
(b) Chine du Pere du Halde, pag, 277.
(3) Voyez ci-deflus les Journaux & les Ei-
_ gurcs.
(f) Navarette, nbi Jup. pag. 53.
) Le même Auteur dit que leurs foufflets
font plus commodes que ceux de l'Europe,
une petite cloche; & lorfqu'ils.
pas ns NE
Artiftes,
»S OUVra.
cns,: ont
neureufe. Sr ins LE RTS
, des té. à à QUWA ou L ; OISEAU Ge
‘qu on y i D gRE DE PECHER.tiré
avant fon NE
ls: y em-
TT TN
ec les nô-
urs Tail.
autour du
out ; ap-
rofeflions.
1s les ruës
ur des fa-
nd matin, |
us les au- à
cepter les
ur fouffiet
un pot à
profeflion.
& lorfqu’ils.
d’une mai-
Ils rafent
tent les é-
ivent avec
ur cloche.
bdent pour
s cette ré-
ls donnent
Te
SERRE ARS RO AT
5
=
=
En UNS QUES
de lignes
à la pêche
avec foi,
oit fur la
rchés des-
eau d’une
côté ; &
rnent à la
te ; pale
roit aval-
ag, 277e
Lg. à les Lie
DH LOU-WA , OF VISSER, met de Wvze van VISCHVANGST,uit NiEUHOFr.
me otre
RÉRTMEIROERe) Rene
PECHE
CHINFESSE
CHINOISE.
VISCHVANGST,
uit
DU
ITALDE
=
[=
=
=
moin
deux
l'autr
la fai
dant |
vernis
les ch:
meuble
ce de}
de figu
beaux :
plique.
fort fin
lavoir E
mée 75
che de :
vers, ‘ /
cher le
pour un
argent,
Ck)
DE LA CHINE, Lrv. Il Cnar. Il 1C7
lé tout entier lorfqu'il eft petit, s’il n’avoit été retenu par uh anneau qu'on Anrrsans
lui a paflé au bas du col. Enfüuite on le récompenfe de fes fervices en lui £T Arts ma:
offrant à manger. Lorfque le poiflon eft trop gros, plufeurs oifeaux fe Ge **
joignent & s’aident mutuellement, L'un s'attache à la queue , l’autre à la ,
tête; & s’uniflant quelquefois tous enfémble , ils l'apportent légèrement. au
bateau
Les Chinois employent pour la pêche une autre méthode, qui n'eft pas Autrepêche. |
moins aifée. Ils ont des bateaux longs & étroits, auxquels ils attachent, des
deux côtés, une planche de deux pieds de largeur, qui s'étend d'un bout à
l'autre. Cette planche eft revêtue d’un vernis fort blanc & fort juifant. On
la fait abaïfler, par une pente fort douce, jufqu’à la fuperficie de l’eau. Pen-
dant la nuit, qui eft le tems de cette pêche, on la tourne vers la Lune, pour
augmenter fon éclat par la réfléxion de la lumière. Le poiffon, qui joue fur
l'eau, prend aifément da couleur de la planche pour celle de l'eau même. Il
faute für le côté qui fe préfente à lui & tombe dans la Barque.
Ox le prend auffi à coups de fléches, qui font attachées à l'arcavec un Péien
fil, autant pour ‘empêcher qu'elles ne fe perdent, que pour tirer le poiffon CpeP°
lorfqu’il eft percé. Dans d’autres lieux, la vafe eft fi remplie de poiflon, que
les Pêcheurs, fe tenant dans l'eau jufqu’à la ceinture, le prennent avec une
efpèce de (& ) itrident. .
|
+ à » J
Les principaux ouvrages qui fortent des manufaétures: Chinoifes, font les Vernis des |
vernis, les étofes de foie & la porcelaine. On vérnit à la Chine les tables, Chinois. |
les chaifes, les cabinets, les bois de lit, & : non-féulement la plûpart des |
meubles de bois, mais jufqu’aux uftenciles de cuivre & d'étain. Cette efpé- |
|
| ce de peinture leur donne un luftre merveilleux, fur-tout lorfqu’elle eft mêlée |
à de figuresenor &enargent. A la vérité les vernis de Canton ne font ni fi ; |
| beaux ni fi durables que ceux du Japon, du Tong-king , & de Nan-king ,
Capitale de Kyang-nan, parce qu’on les fait trop à la hâte & qu'on ne cher-
| che qu’à tromper les yeux des Européens. Pour donner toute fa petfeétion
au vernis, il ne faut pas moins d’un Eté éntier. Mais lès Marchands Chinois
ont peu de ces ouvrages eh magafñn. Ils attendent l’arrivée des Vaiffeaux
pour ÉXÉCULGL ve qu'an léur demande. C
‘Le vernis de la Chine n'eit pas uuc nmpañirinn, & ne doit pas être re: Ceque c'eft
ardé comme un aufi grand fécret que plufieurs lcrivains fe l'imaginent, que le vernis
1 diftilé, comme une gornme, d'un arbre dont on donnera la déféription dans la Chine,
Y'Hiftoire Naturelle. Nous ne parlerons ici que de là manière dont il s’ap- |
plique, Cette ‘opération fe fait de deux manières. : La première , qui eft Deux manié- |
fort fimple, confifte dans une application immédiate für ke bois, Après 1° delappli-
l'avoir bien poli, on le frotte deux ou trois fois d’une efpèce d'huile, nom- 4396
mée Tong-yeu , qu'on laïfle fécher, pour appliquer autant de fois une cou-
che de vernis. Il eff fi tranfparent, que le grain de bois fe fait voir au tra-
vers, : Aufi l'application eft-elle fouveñit reériouvellée lorfqu'on veut ca-
cher le fond de la matière. ‘Il deviént alors fi luifant qu’on le prendroit
pour une glace de miroir. Aufli-tôt qu'il eft fc, on y peint, ‘en or & en | À
argent, dés fleurs, des figures d'honimes & d’oifeaux, des arbres, des mon- |
tagnes ,
TT
=
(k) Le Comte, pag. 237, & Du Halde, pag. 316,
O 2
ARTS MA-
NUELS DE LA
CHINE,
108 VOYAGES DANS LEMPIRE
tagnes, des Palais, &c. après quoi l’on applique une nouvelle couche de
he gr , mais légère , pour conferver la peinture & pour lui donner un air
de glace.
LA feconde manière demande plus de préparation. On fe fert d'une ef.
pèce de maftic, ou de carton, compofé de papier, de lin, de chaux &
d’autres matières, qui étant bien battues & collées fur le bois , forment un
” fondement très-ferme & très-uni. On y pare deux ou trois fois l'huile dont
Remède aux
effets des li-
ueurs chay-
es.
Origine de
Ja foie & fes
progrès à la
Chine,
Qualités de
la bonne foie.
Rouets de
la Chine,
on a parlé, fur laquelle on applique plufieurs couches de vernis, en laiffant
fécher fucceflivement ces deux enduits, Chaque ouvrier a fa méthode parti-
culière pour toutes ces opérations.
Les liqueurs chaudes terniflent quelquefois le vernis de la Chine & lui font
prendre une couleur jaune. Mais un Auteur Chinois (/) nous apprend le
moyen d'y remédier. Il n’eft queftion, pour rétablir le noir glacé, que d'expo-
fer la piéce, nendant toute une nuit, à la gelée blanche; ou, ce qui eft en-
core plus sûr, de la tenir quelque-tems dans la nége. |
Tous les Auteurs conviennent aflez que la foie & les vers qui la produi-
fent, font venus originairement de laChine. Etant paflés dans les Indes & de-
là en Perfe, ils furent introduits chez les Grecs & les Romains, parmi lefquels
la foie fut d’abord eftimée au poids de l'or. Les plus anciens Ecrivains de la
Chine rendent témoignage qu'avant le régne de #hang-ti, lorfqu’on commen-
çoit à défricher leur Pays, les premiers Habitans n’étoient vêtusque de peaux,
& que ce fecours n'ayant pû füuffire à mefure qu’ils fe multiplioient, une des
femmes de l'Empereur inventa. l’art de fabriquer la foie, Cependant on trouve
peu d'anciens mémoires où les vers à foie foient nommés. Dans les fiécles fui-
vans, plufieurs Impératrices fe firent un amufement d'en nourrir & de rendre
la foie propre à divers ouvrages. On afligna un des vergers du Palais pour y
planter des Meûriers. L’Impératrice même, accompagnée des Reines & des
premières Dames de fa Cour, s’y rendoit en cérémenie & ramañloit les feuil-
les. Les plus belles piéces d'étoies de foie, qui étoient l’ouvrage de fes mains
ou qui fe faifoient par fes ordres, étoient confacrées à Chang-ti dans la céré-
monie du grand facrifice, Il paroît ainfi que les manufaétures de foie furent
encouragées par les Impératrices, comme l'agriculture l'érair par les Empe-
reurs. Mais depuis quelqne.reme lee ImpyésauriCeS ON ceflé de prendre partau
progrès de la foie (m). j SPA EURE G ff
Les Chinois jugent de fa bonté par fa blancheur, fa.fineffe & fa douceur.
Lorfqu'elle eft rude à la main, c’eft un fort mauvais figne. Souvent, pour la
rendre plus moëlleufe, ils. la préparent avec de l’eau de riz, mêlée de chaux.
Mais cette préparation la brûle. Aufñi fouffre-t’elle-difficilement le rouer après
avoir été tranfportée en Europe, quoique rien ne fe file plus aifément que la
foie faine. Un ouvrier Chinois la file, une heure entière, fans en rompre un
feul fil. Les rouets Chinois font ”-"t différens de ceux de l'Europe. & beaucoup
moins fatiguans. Deux qu tres: cranches de bambou füuffifent avec une roue
commune. On eft furpris de la fimplicité des inftrumens qui fervent à faire les
plus belles étofes de la Chine. AE sh:
La foie de Che-kyang eft fans comparaifon. plus fine & meilleure que is
es
(4) Chine du Père Du Halde, pag, 336 (Cm) Ibid, pag. 353
& fuivantes,
uelles
ont, 1
cé que
bres, d
nommé
tF foit for
peut le
D'ailleu
lui donr
Kyang-c
ve. On
on l’éte
(n) Le
les font p
fe venden
(o) Na
les rouler :
(g) C'et
iche de
un air
l'une ef-
haux &
ment un
ile dont
n Jaiffant
de parti-
lui font
prend le
e d'expo-
i eft en-
a produi-
es & de-
1 lefquels
ins de la
commen-
le peaux ,
,une des
)n trouve
iécles fui-
de rendre
is pour y
es & des
les feuil-
fes mains
s la céré-
pie furent
cs Empe-
e partau
douceur.
+ pour la
de chaux.
quet après
t que la
pmpre un
beaucoup
une roue
à faire les
que celle
des
pt foit fort ferré, il eft fi fouple & 1i pit qu'il ue
des autres Provinces. On l'employe pour les plus belles étofes, dans la Pro-
vinces de Kyang-nan, où les bons ouvriers font en fort grand nombre & d'où
l'Empereur tire les fiennes, foit pour fon propre ufage, foit pour les préfens
qu'il fait aux Seigneurs. La foie de Canton, qui vient du Tong-king, n'eft
pas à beaucoup prés fi bonne (n). . Cependant le grand Commerce de ce Port
y attire une infinité d’excellens ouvriers (0), qui feroient d'aufi riches éto-
fes que celles de Pateopé s'ils étoient sûrs de la vente, Mais ils fe bornent or-
dinairement aux plus fimples, parce que les Chinois préfèrent lutile à l’a-
réable. ri
‘ A l'égard de leurs tiffus d'or, ils ne tirent point ce métal en fil, pour l'en-
trelacer avec la foie. Mais coupant en petites tranches une longue feuille de
papier doré, ils les roulent avec beaucoup d'adreffe autour du fil de foie. Quoi-
ue ces étofes ayent beaucoup d'éclat dans leur fraîcheur (p), elles fe ternif-
ent fi-tôt à l'air, qu’elles ne peuvent guëres fervir à faire des habits. On n’en
voitporter qu'aux Mandarins & à leurs femmes, qui n’en font pas même beau-
coup d’ufage. À
Les étofes de foie les plus communes à la Chine, font les gazes unies & à
fleurs, qui fervent aux Chinois pour leurs habits d'Eté; les damas de toutes
fortes de couleurs; les fatins rayés ; les fatins noirs de Nan-king ; les gros taf-
fetas, ou les petites moires, qui font d’un excellent fervice; diverfes autres
efpéces, les unes qui reffemblent aux grograins (4) à fleurs, d’autres à fleurs
ouvertes, façon de gaze; d’autres à raies de fort bon goût, à ramages, à fi-
gures ou brodés de rofes, &c. des crépons, des brocards (r), des pluches &
différentes fortes de velours. Le plus cher eft le cramoiïfi; mais il eft fouvent
tcontrefait. Ft. ge quelques goutes de jus de limon [ mêlé avec dela chaux, ]
qu’on jette deflus, font découvrir l’impolture.
EN un mot, les Chinois fabriquent une infinité d'étofes de foie, pour lef-
uelles les Européens n’ont pas même de noms. Mais les deux plus communes
ares 1°. une forte de fatin, qu'ils nomment Fuan-t/e, plus fort & moins gla-
cé que celui de l’Europe. Il y en a d'unis, & d’autres à fleurs ou chargés d'ar-
bres, d’oifeaux, de papillons, &c. 2°. Une efpèce particulière de taffetas,
nommé Cheu-1f, duu on fait des doublures & des Apnteuchaulles, Quoiqu'il
sf euupe jamais [ & qu’on
peut le doubler & le prefler de la main, fans lui faire prendre de pli] (s).
D'ailleurs il fe lave comme la toile, fans perdre beaucoup de fon glacé; qu'on
lui donne avec de la graiffe de marfouin de rivière, nommé par les Chinois
Kyang-chu, c’eft-à-dire, Cochon de la Rivière de Tang-t/e-kyang , où ilfe trou-
ve. On purifie cette graiffe à force de la laver & de la faire bouillir. Enfüite
on létend, avec une broffe très-fine, fur le taffetas, du côté qu’on veut le
glacer ,
(n) Le Comte prétend néanmoins qu'el- (r) Les figures de leurs brocards, fuivant
les font plus eftimées des Etrangers & qu'elles le même Auteur, ne font pas relevées fur le
fe vendent mieux. * fond par un mélange de foiecrue, comme el-
(o) Navarette, (pag. 54.) ditqu'ilyaqua- les le font en Europe; ce qui rend l'ouvrage
tre-vingt-dix mille métiers à Canton. ‘moins durable. Elles ne font diftinguées que
(p) Le Comte dit qu'ils inférent quelque par la différence des couleurs & des ombres.
fois leurs tranches dorées dans le tiffu, fans (s) Le Comte dit qu'ils fe vendent au
les rouler autour de la foie. poids,
(a) C'eft-à-dire à du gros ds Tours. K, d.E.
O0 3
ARTS Ma1-
NUELS DE LA
CuinNe.
La meilleure
foie de la Chi-
ne.
Manière
dont on y
fait les tiffus.
Etofes de
foic les plus
communes.
Autres étof-
fes de fabri-
que Chinoife.
ARnTs Ma1-
NUELS DE LA
CHINe.
Etofes lé.
gères, nom-
mées Cha,
Vers à foie
d'une nature
particulière.
Deux eipéces.
Manufacture
de rubans, de
bas de foie &
de boutons.
Etofes de
laine.
110 VOYAGES DANS L'EMPIRE
lacer, & toûjours du hauten bas dans le même fens. Les Artifans brûlenc,
ans leurs lampes, de la même graifle au- lieu d'huile, parce que fon odeur
chafle les mouches, qui feroient nüifibles à la foie (+).
Le Comte obferve qu'en Eté les Chinois font ufage d’une autre efpèce dé.
tofc, nommée Cha. ns être auffi ferrée ni aufli luifante que le taffetas de
France, elle eft beaucoup plus moëlleufe. Les uns l'aimént unie; mais là plû.
part donnent la préférence à celle qui eft parfemée de grandes fleurs à jour,
découpées comme les dentelles d'Angleterre. Ces découpures font quelquefois
en fi grand nombre, qu’à peine diftingue-t'on le fond de l'étofe. Les habits
qu'on en fait font d’une extrême propreté. (On en voit peus béaucoup aux
perfonnes de diftinétion, quoique la dépenfe en foit fi légere, qu’une piéce
entière , dont on fait le fur-tout & la vefte, ne coûte pas plus de deux gui-
nées (v). ET
&. Hute de Chan-tong produit une forte de foie, qui fe trouve enabon-
dance, fur les arbres & dans les champs. Onen fabrique une étofe qui fe nom-
me Xyen-cheu. Cette foie eft l'ouvrage d’une efpéce de petits vers, fembla-
bles aux chenilles. Elle ne fe forme poiñit dans des coques, mais en longs fils,
qui s’attachent aux arbuftes & aux buiflons. Quoiqu’elle foit moins fine que
la foie des vers ordinaires, elle réfifte mieux au tems. Les vers qui la produi-
fent mangent toutes fortes de feuilles, comme celles de Meûrier. Quand: on
ne connoît pas cette forte de foie, on la prendroit pour du gros droguet..
ON diftingue deux efpèces de ces vers à foie fauvages dans la Province de
Chan-tong ; Y'une nommée T/uen-kyen, plus grofle & plus noire que lès nôtres;
l’autre, moins grofle, qui fe nomme T'yau-kyen. Les fils de la première font
d'un gris roux. Ceux de la feconde font plus noirs, & la foie eft tellement
mêlée de ces deux couleurs, que fouvent la même piéce eft divifée en raies
grifes, jaunes & blanches. Cette foie eft fort épaifle, ne fe coupe jamais, du-
re long-tems & fé live comme la toile. Lorfqu’elle eft d'une certaine bonté,
l'huile même n'eft pas capable de la tachér. Elle eft fort eftimée des Chinois ;
& quelquefois elle éft auffi chère que le fatin ou que leurs plus belles foies.. Des
reftes de la foie de Che-kyang ïls fabriquent un faux Xyen-cheu, par lequel on
eft facilement trompé lorfgu'on n’y apporte point d’arrentlou.
Les Marchands de Canton ont établi depuis quelques années, avec fuccès,
une manufaéture pour la fabrique des rubans, des bas de foie & des boutons.
Une päire de bas s’y vend unlyang (x), & la douzaine de gros boutotis ne
coûte pas plus de fix fols (y). SR 5 ST
uorQuE la foie paîle avec raifon pour üne dés principales richeffes de
la Chine, on y voit auffi des manufaétures de laine & de toile. La laine y eft
fort commune & à bon marché, fur-tout dans les Provinces de Chan-fi, de
.Chen-fi & de Se-chuen, où l'on nourrit un grand nombre de troupeaux. Cepen-
dant les Chinois ne font point de draps de laine. Ils eftiment beaucoup ceux
qu’ils reçoivent des Angloïs; mais Comme il éft beaucoup plus ther que leurs
étofes de foie, ils en achetent fort peu, Les Mandaritis fe font des robes de
chambre
fix fchel!lings huit fols d'Angleterre,
à y) Chine du Père du Halde, pag. 164
à 354«
… (t) Mémoires du Pèrele Comte, pag. 138.
& fuiv. Chine du Père du Halde, pag. 354.
(v) Mémoires du Pérele Comte, pag. 140:
(x) C'eft une once d'argent, qui revient à
chambre
quete (æ
œw
tres-gran
Les é
robes fon
on fait le
fe nomme
croît dan
du dans t«
celle du li
La tige e
comme les
comme le
ge. La fec
main. en
L'étofe eft
croit n’avo
La fabr
ques de la €
Mais pour «
de foie, on
on a l'oblig:
concerne la
fecond, qui
fruit de fes
(3) Magaih:
leur de cendre
ort chers: Les
€n font beaucou
M
L'AUTE
ment du:
que la Chine a
cultive que po
| croît dans les :
rudes, termim
poivre. Ses br:
tons, aufli-tôt
ler leur coque
que leur ouvra
Marquer dans |”
Les forêts «
donner aux pro,
ent,
deur
d'é-
\1s de
plû-
jour,
efois
abits
) aux
piéce
gui-
abon-
nom-
mbla-
s fils,
Je que
rodui-
nd: où
ice de
ôtres;
e font
lement
raies
s, du-
D onté ,
inois ;
s. Des
el on
ccés,
tons.
Dis né
chambre d'hyver d'une forte de gros Rat. À l'égard des ferges & des droy Ans ma-
ets (3) il n'y.en;a)guêres de meilleurs que ceux de la Chine. Ils viennent AS PE LA
+ Bonzes, qui les font travailler par leurs femmes, & le commerce.en eft “""*"*
très-grand dans toute l'étendue de l'Empire. ;
Les étoffes de coton y font aufli fort communes(a). En Eté, les longues Etofes de
robes font d’une forte de toile, travaillée en forme de filet. Mais l’étofe dont ‘°°°: à
on fait: le plus de ças à la Chine & qui ne fe trouve dans aucun autre Pays, #4 a
fenomme Ko-pu, parce qu'elle eft -compofée. d'une Plante nommée Ko, qui ”
croît dans la Province de Fo-kyen. C'elt une efpèce d'arbufte rampant, répan-
du dans toutes les campagnes & dont la feuille eft beaucoup plus grande que
celle du lierre. Elle eft ronde, unie, verte en. dedans & cotoneufe en dehors.
La tige eft quelquefois de la groffeur du pouce, fort pliante, & cotoneufe
comme les feuilles. Lorfqu’elle commence à fécher on la fait rouir dans l'eau, 9
comme le lin & le chanvre, On lève la première peau, qui n'eft d'aucun ufa-
ge. La feconde, qui eft beaucoup plus fine & plus délicate, fe divife avec la
main. en fils très-menus, & fe met en œuvre fans avoir été battue ni filée.
L’'étofe eft tranfparente & n'eft pas fans beauté; mais elle eft fi légere qu’on
croit n’avoir rien fur le dos (b).
La fabrique de la.porcelaine, qui eft un des trois principaux Arts méchani. Deux Trat-
ques de la Chine, a déja trouvé place dans quelques articles de ce Recueil. ARE
Mais pour donner une idée plus complette des manufaétures de porcelaine & de
de foie, on ne fera pas difficulté d’inférer. ici l'Extrait de deux Traités, dont
on a l'obligation au Père d’Entrecolles, Miflionaire Jéfuite. Le premier, qui ,. ° i
concerne la foie & les vers qui la produifent, eft tiré d’un Auteur Chinois. 1 .
fecond, qui regarde la porcelaine, eft l'ouvrage de ce Miflionaire même & le
fruit de fes recherches.
(3) Magalhaens dit que les droguets cou (a Le même Auteur dit que l'abondance
leur de cendre & de canelle font fort beaux & en eft incroyable & qu’il s’en trouve detoutes
fort chers. Les perfonnes âgées. & de qualité fortes de couleurs.
en font beaucoup d'ufage. (b) Le Comte, pag. 141. & fuiv.
$. VL
Manière de: nourrir les vers à foie ES de tirer leur produétion.
À nr pau Chinois, qui compofa fon Traité en 1368, au commence- Deux efpèces
ment du régne de Ming, Chef de la race du même nom, noûs apprend de Meuriers
que la Chine a deux fortes de Meuriers ; l’un, nommé Sang, ou Ti-fang, nefe binoise
cultive que pour fes feuilles. L'autre, qui s'appelle Che, ou Ye-fang, & qui
| croît dans les forêts, eft petit & fauvage. Ses feuilles font rondes, petites,
rudes, terminées en pointe & dentelées par les bords. Son fruit reflemble au
poivre. Ses branches font épineufes & comme en grapes. Dans certainsCan-
tons, aufli-tôt que les vers à foie font éclos, on les place fur ces arbres pour ù
ler leur coque. Ils y déviennent plus gros que les vers domeftiques; & quoi-
que leur ouvrage foit moins bon il n’eft pas fans utilité, comme on l’a fait re-
marquer dans l’article pire à l’occafon du Kyen-cheu.
Les forêts où croiflent ces arbres doivent être ouvertes en fentiers, pour “ due
donner aux propriétaires la facilité de les énonder & d’en chaflér les re Lûe ble.
es
VERS A sOIE
DE LA CHINE.
: Vrais Meu-
tiers,
Mauière de
les cultiver.
Nourriture
des vers à
foie pour le
Printems,
Renouvel-
lement des
Meuriers,
VOYAGES DANS LEMPIRE
x12
Les feuilles auxquelles on s’apperçoit que les vers n’ont pas touché dans le cours
du printemps, doivent être arrachées en Eté, parce que celles du printems
fuivant feroient corrompues par la coninünication d’un refle de vieille féve,
On cultive les Te-fangs comme les-vrais Meuriers. Is doivent être plantés fort
au large. On féme du millet dans les intervallés, ‘pour diriger la trop grande
abondance de petites feuilles. Si l'on découvroit en Europe l'efpéce 4 vers
que les Chinois nourriffent par cette-méthode, ôn devroit les ‘ramafler avant
qu'ils changent de nature, -conferver leurs œufs, qu’on feroit éclore l'an.
née d’après & qui continueroient fans doute de ‘produire fur les mémes arbres.
Les vers qui filent la foie dont on fabrique le Kyen-cheu | fe-nourriflent de
jeunes feuilles de chêne. Peut-être les vers domeftiques fubfifteroient-ils avec
la même nourriture. >) 145401
A l'égard des vrais Meuriers, ceux dont le fruit paroît : avant les feuilles
affent pour mal-fains. ‘Les ‘jeunes plantes dont l’écorce eft ridée ne font
pas d’un bon ufage. ‘ Mais celles qui ont l'écorce blanche, peu de-nœuds &
de gros bourgeons, produifent de grandes feuilles qui forment une excellente
nourriture, De tous ces arbres; les meilleurs font: ceux qui donnent le
moins de fruit. L’abondance des fruits divife la féve. : Faites tremper la
femence du Meurier dans de l’eau où vous avez fait tremper de h fiente de :
poules, nourries avec des meures fraîches ou fechées au Soleil , le Meuriers
qui viendront, de cette femence ne porteront aucun’ fruit. por
à
Les jeunes arbres, qu'on a trop dépouillés de leurs feuilles pendant les
trois premières années , déviennent foibles & peu utiles. : Ceux qu'on n'é-
monde pas foigneufement né réuffiflent pas mieux: : Dans leur cinquième an-
née, les racines perdent leur peau (a). Le reméde eft de les découvrir, de
couper les plus entortillées, de les recouvrir d’une terre qui leur convienne
& de les arrofer foigneufement. Lorfqu’un arbre commence à vieillir, on
eut lui faire réprendré de nouvelles forces en coupant au’ mois de Mars
es branches épuifées, pour greffér, à leur place des réjettons fains. Les
Meuriers languiflent lorfqué. les vers y logent leur femence. , Mais il eft faci-
le de la détruire en la feringuant avec un pen d’hnile forte.
Les Meuriers demandent une terre qui ne foit ni trop dure ni trop forte.
Elle peut être amandée, foit avec du limon de Rivière, foit avec du fumier
ou de la cendre. Mais fur toutes chofes l’arbré doit être émondé au mois de
anvier, par une main habile, qui n’y laiffe qu'une feule efpèce de branches.
Ce font celles qui fortent du tronc féparément , [ &: qui fe jettent au dehont
de Farbré.7] On'ne doit pas laiffer aufli plus de quatre bourgeons: fur:chaque
branche. ‘A la fin de l'automne, avant que les feuilles! commencent: à: jau-
nir, il fautles cueillir & les faire fécher au Soleil. Enfüite les ayant: broyées
en poudre , on les'renferme dans des: pots de tèrre bien-bouchés, dont on
ne laiffe approcher aucune fumée, Au printéms elles ferviront de nourritu-
ré aux vers, après la myê 4102! 57: SniCE ent Te EE |
: OùTRrE la méthode de greffer les: vieux arbres, ,on fe procure de nou-
velles plantes, foit en mettant dans de pétits tubes rémplis de :bonne terre,
13 L ft0 1 4 ji nec li rod : à $ des
(a) Du Halde, de qui tout ce détail eft arbres perdent leur vigueur, lorfque leurs r4°
tiré, dit que vers leur cinquiémé année ces cines s'enuelaffent, R. 4, E. :
ans le Cours
u printerts
rieille féve,
plantés fort
Top À ri
cé: de’ vers
jaffer ‘avant
éclore l'an.
més arbres.
urriflent de
ent-ils avec
les feuilles
ée ne font
e-nœuds &
e excellente
donnent le
tremper la
a fiente de :
le Meuriers
+ AIOMT es
pendant les
‘qu'on n'é-
quième : an-
couvrir, de
convienne
vieillir, on
is de Mars
fains. Les
s il eft faci-
trop forte,
c du fumier
au mois de
le branches.
t au déhontf
: fur:chaque
icént à jau-
rant: broyées
s, dont on
de nourritu-
ure de nou-
bonne terre,
des
orfque leurs 14°
IE
ÉDUCATION DES VERS À Sozx.
Devidoir
Manier van
t Winden
maniere de lever des coques de dessus Les nattos
+Opneemen der Tonnetjes van de Matten.
Rain marie pour tuer les
, vers. dans les coques.
VWaterbad,om de Wurÿmen in hunne
Tonnetjes te oden .
67H pe)
Mitp
A
7 44
: fur Les que
dsont Le oeuf en:
+0p
der Seije. #
». Het deex
DE
Re En a ul » ”
SEIJE REEDERY, uit pv HALDE.
HT
des. br
de co
le bou
cembr
la faifo
te ch
brancl
branch
graine
fuite,
millet,
tôt que
L'arbre
per toi
Alors c
parts.
en ligné
placer :
par l’om
Ox «
fur le bo
l'eau co
des beft
boyemer
font nou
gneufem
au Sud,
ne doubl
fenêtre d
foin. On
blancheu
dans l’oc
nicieux ,
dans la L
on doit a
parce qu’
extrémer
mouches.
foie. On
neuf ou c
& difpof
ge foit lit
aftez ouv
introduit.
ce qu'ils
éclore, d
peut appo
Îtante, pa
VIIL ,
DE LA CHINE, Lrv. Ii. Cap. HI. 113
des branches faines qu’on entrelffe enfemble; foit en prenant foin au printems
de courber les branches qui n’ont point été coupées, & de les faire entrer par
le bout dans une terre bien préparée. Elles y prennent racine au mois de Dé-
cembre, après quoi, les féparant du corps de l'arbre, on les tranfplante dans
la faifon convenable, On féme aufñi de la graine de Meurier. Mais elle doit ê-
tre choifie fur les meilleurs arbres, & prife du fruit qui croît au milieu des
branches. Pour diftinguer la plus féconde, on la mêle avec des cendres de
branches brû!$es. Le lendemain, on remue tout enfemble dans de l’eau. La
graine inutile flotte au-deflus, & la bonne graine fe précipite au fond. En-
fuite, après l'avoir fait fécher au Soleil, on la féme avec une égale quantité de
millet, qui garantit l'arbre, .en croiflant, de l’ardeur excefivedu Soleil. Auñi-
tôt que le millec eft mûr, on choifit un temps venteux pour y mettre le feu.
L'arbre en acquiert beaucoup plus de force au printems fuivant. On doit cou-
per toutes les branches jufqu’a ce qu’il foit parvenu à fa grandeur naturelle.
Alors c’eft le fommet qu'on coupe, pour faire poufler les branches de toutes
parts. Enfin, les jeunes arbres 1e tranfplantent à neuf ou dix pas de diftance,
en lignes éloignées de quatre pas entr'elles; mais on obferve de ne les pas
placer vis-à-vis l’un de l'autre, de peur apparemment qu'ils ne s’entrenuifent
par l’ombre. k
ON choifit, pour loger les vers à foie, un terrain fec, qui s’éleve unpeu,
fur le bord d’un ruiffeau, parce que les œufs doivent être fouvent lavés dans
l’eau courante; loin de tout ce qui a l'apparence de: fumier ou d’égout; loin
des beftiaux & du bruit; car les odeurs défagréables & le moindre bruit, l’a-
boyement même d’un chien ou le cri d’un coq y caufe de l’altération lorfqu'ils
font nouvellement éclos. L'édifice doit être quarré, & les murs fermés foi-
gneufement pour y entretenir la chaleur. On prend foin de tourner la porte
au Sud, -ou du moins au Sud-Eft, mais jamais au Nord, & de la couvrir d'u-
ne double natte, dans:la crainte des vents-coulis. Cependant on ménage une
fenêtre de chaque côté, pour donner paflage à l’air quand les œufs en ont be.
foin. On les tient fermées dans tout autre tem5. Elles font de papier & d’une
blancheur tranfparente, avec des nattes mobiles par derrière, pour recevoir
dans l’occafon ou pour exclure la lumière, & pour écarter aufi les vents per-
nicieux , tels que ceux du Sud & du Sud-Oueft, qui ne doivent jamais entrer
dans la Loge. En ouvrant une fenêtre, pour introduire un peu de fraîcheur,
on doit apporter beauraup d'attention à chaffer les mouches & les coufins,
parce qu’ils laiffent toûjours dans les cafés quelqn'ardnre qui rend l'opération
extrémement difficile. Aufñfi le plus sûr eft-il de la hâter avant la faifon des
mouches. Les petits lézards & les rats ont beaucoup d’avidité pour les vers à
foie. On employe des chats pour les détruire. La chambre doit être fournie de
neuf ou dix rangées de tablettes, neuf ou dix pouces l’une au-déflus de l’autre,
& difpofées de manière qu’il refte un efpace ouvert au milieu, & que le paf.
ge foit libre autour de la Loge. Sur ces tablettes on place des claies de jonc,
afez ouvertes pour recevoir d’abord la chaleur & fucceflivement l’air qu’on
introduit. C’eft fur ces claies qu’on fait éclore & qu'on nourrit les vers jufc vÀ
ce qu'ils foient en état de filer. Comme il eft fort important qu'ils puiflent
éclore, dormir, s’éveiller, fe nourrir & jetter leur peau tous enfemble, onne
peut apporter trop de foin à conferver dans la Loge une chaleur égale & con-
Îtante, par des feux couverts dans des poiles, qui doivent être placés aux coins de
VIIL Part. P l'édifice,
VERS À SsÔIx
DE LA CHINE,
Diftin@tion
de la graine.
Prorès de
l'arbre.
Logement
des vers à
foie,
Borne de
l'édilice.
Ordre qui
doity régner.
Chaleur
qu'ily faut
entretenir.
VERS A SOI
DE LA CHINE,
Précaution
contre le So-
leil couchant,
Diftinétion
des mues,
Comment on
les place,
Ce qu'onen
fait après.
Soins nécef-
faires pour les
œufs, .
114 VOYAGES DANS L'EMPIRE
l'édifice, ou par le fecours d’une bafinoire qu’on tranfporte de tous les côtés.
La précaution de couvrir le feu de cendre, a pour but d'empêcher la flamme
& la fumée, qui font également nuïfibles. La fiente de vache, féchée au So-
lil, eft ce qu'il y a de plus propre à brûler dans cette occafion, parce que les
‘ vers en aiment l'odeur.
Ox étend fur chaque claie une couche de paille, hachée fort menu, fur
laquelle on met une longue feuille de papier, qu’on a pris foin d'adoucir en la
frottant doucement avec la main. Lorfque cette feuille eft fouillée par l'ordu-
re des vers, on la couvre d'un filet, & le filet, de feuilles de Meurier, dont
l'odeur attire la couvée, qu'on prend pour la placer fur une nouvelle claie pen-
dant qu’on nétoye la première. L’Auteur Chinois confeille d'élever un mur ou
une paliffade fort ferrée au bout de la Loge, fur-tout du côté de l'Oueit, afin
qu'en y laiffant entrer l'air, on ne fafle pas tomber fur les vers la réfléxion du
Soleil couchant.
LEs coques quifontunpeu pointues, mieux fermées, pins helles & pluspe-
tites que les autres, contiennent les mues males. Celles qui font plus rondes,
plusgroffes, plusépaifles, font les femelles. On choïfit fouvent la couvée dans
les coques, & l’on regarde comme la meilleure celle qui eft la plus claire, un
peu tranfparente, nette & pefante. Mais il vaut mieux attendre pour ce choix
qu’elle foit fortie de la coque; ce qui arrive peu après le quatorzième jour de
la retraite des vers. Ceux qui fortent un. jour plûtôt que les autres doivent être
abandonnés. On doit prendre ceux qui fortent en grand nombre le jour fui-
vant, & rejetter aufli ceux qui paroiflent les derniers, comme ceux qui ont
les aîles courbées, les fourcils chauves, la queue féche & le ventre rougeûtre,
fans poil. Ces mues inutiles doivent être placées à part.
LorsquE le choix eft fait, on met enfemble les mâles & les femelles fur
des feuilles de papier, compofé d’écorce de Meurièr & non de toile de chan-
vre & fortifié avec du fil de foie ou de coton, collé au revers, parce qu'étant
couvert d'œufs il doit être trempé trois fois dans de l’eau convenable. Les
feuilles doivent être étendues fur desnattes, bien couvertes de paille; & lorf-
que les mues ont été enfemble l’efpace d'environ douze heures, on doît retirer :
les mâles pour les placer avecles muesrejettées. Si elles demeuroïent plus long-
tems fur les feuilles , les œufs de la dernière conception n'écloroient point
avec les autres; inconvénient qu’il faut foigneufement éviter. Il faut donner
de la place aux femelles & ne pas manquer de les couvrir, parce que l’obfcu-
rité les empêche de difperfer urup leuis œufs. Après leur ponte, on continue
de les tenir couvertes pendant quatre ou cinq jours. Enfuite toutes ces mues,
avec celles qu’on a mifes à part, ou qu'on a tirées mortes des coques, doivent
être enterrées affez profondément. Elles infeéteroient fans diftinétion, tous
les animaux qui pourroïient y toucher. On prétend même que fi elles étoient
enterrées dans divers endroits du même champ, il ne produiroit point pendant
plufieurs années de ronces ni de plantes épineufes.. D'autres affürent que rien
n'eft meilleur pour en aïfler le poiffon dans les étangs (b).
A l'égard des œufs, ceux qui s'attachent enfemble doivent être mis au re-
but, On fufpend enfuite les feuilles de papier aux folives de la Loge, qui doit
être
(>) Chine du Püre du Halde, page 375 & fuivantes.
ration
de m:
les côtés,
la flamme
ée au So-
ce que les
nenu, fur
ucir en la
par l'ordu-
rier, dont
> claie pen-
un mur où
Dueft, afin
sfléxion du
& pluspe-
us rondes,
ouvée dans
claire, un
ur ce choix
me jour de
doivent être
le jour fui-
eux qui ont
> rougeûtre ,
femelles fur
ile de chan-
rce qu'étant
nable. Les
lle; & lorf-
doit retirer :
nt pluslong-
oient point
faut donner
que l'obfcu-
on continue
s ces mues,
es, doivent
tion, tous
elles étoient
int pendant
nt que rien
e mis au fC-
ge, qui doit
être
| être alors ouverte, pour y faire entrer le vent; mais le Soleil ne doit pas tom-
ber fur les œufs, & le côté de chaque feuille fur lequel ils font placés ne doit
pas être tourné vers le dehors. Le feu qui échauffe la Loge ne doit produire
ni flamme ni fumée. Il faut prendre garde aufli qu'aucune corde de chanvre
n’approche des vers ni des œufs. Lorfque les feuilles ont été fufpendues plu-
fieurs jours, on les prend pour les rouler, fans les ferrer trop; bien entendu
que les œufs doivent être dans l’intérieur. Il ne réfte plus qu’à les fufpendre au
‘même lieu, pour y demeurer dans cette fituation pendant tout le cours de l'E-
té & de l'Automne.
A la fin de Décembre, ou pendant le mois de Janvier lorfqu’il y a un mois
intercalaire, on met les œufs dans de l'eau fraîche de rivière, où l’on a fait
difloudre un peu de fel, en obfervant qu’elle ne fe glace point, & les cou-
vrant d’un plat de porcelaine, afin que les feuilles ne nâgent point au hazard.
On les tire de l’eau deux jours après, pour les fufpendre encore. Auff-tôt
qu’elles font féches, on les‘roule un peu plus ferrées, & chacune ft renfer-
mée féparéiuent dans un vafe de terre, les deux bouts du cornet de haut en
bas. Énfuite une fois tous les dix jours on les expofe au Soleil, dans un lieu
couvert, où la rofée ne puiffe pas tomber; & l’on choifit même un tems où
le Soleil foit fort éclatant, après une petite pluie. On les remet enfuite dans la
même fituation. Quelques-uns les font repofer l’efpace d’un jour entier fur
une couche de cendres de Meurier; après quoi ils les mettent quelques mo-
mens dans de l’eau de nége, ou les fufpendent pendant trois nuits aux bran-
ches d’un Meurier, pour y recevoir la nége ou la pluie, fi l’une ou l’autre
n’eft pas trop violente. T'outes ces efpèces de bains rendent la foie plus forte
& plus aifée à devider. Mais leur principal ufage eft de conferver la chaleur
-centrale dans les œufs. |;
LE tems de faire éclore les œufs eft lorfque les feuilles commencent à pa-
roître fur les Meuriers. Ils font hâtés ou retardés, fuivant le degré de chaleur
ou de froid dans lequel on a pris foin de les entretenir. On les avance beau-
-coup lorfqu’on fait prendre fouvent le jour aux feuilles, & qu’on ne les. ferre
pas trop en les roulant pour les replacer dans le-vafe de terre. Au contraire,
on les retarde par la méthode oppofée. Lorfque les vers font prêts à fortir,
les œufs paroiffent enfler & leur rondeur prend une petite pointe. Trois jours
‘avant qu'ils commencent d’éclore, on choifit, fur les dix heures, un tems fe-
rain, oùle vent fe falle un peu fentir; ce qui.eft fort ordinaire dans cette fai-
fon: & l’on tire du vafe les feuilles roulées, qu’on étend de toute leur lon-
gueur, en préfentant le revers au Solcil pour faire aCyuérir par degrés aux
œufs une douce chaleur. Enfuite on les roule encore; & le vafe, dans lequel
on les remet, ft placé dans un lieu chaud. La même opération étant répétée
le jour fuivant, on s’apperçoit que les œufs changent de couleur & qu'ils de-
viennent gris cendré. Alors on joint deux feuilles enfemble, & is roulant
plus ferrées, on les lie par les deux bouts.
LE troifième jour, avant la nuit, on ouvre les feuilles. On les étend fur
une natte fine. Les œufs paroiffent alors blanchâtres. S'il s’en trouve quel-
ques-uns d’éclos, ils doivent être rejettés; car ceux qui n’éclofént point dans
le même temps que les autres, ne s'accordent jamais avec eux pour leurs opé-
rations communes, telles que de fe décharger de leurs ordures, de marcher,
de manger, & ce qui cft le plus important, pour celle de commencer leurs
P 2 coques
0
DE LA CHINE, Lrv. IL Ca». Ill 115
VERS A SOIE
DE LA CHINE.
Tems deles
faire éclore.
Méthode
qu’on obfer-
ve,
Degrés de
gette Opéri-
titi.
VERS A SOIE
DE LA CHINE,
Couleur des
versdela
bonne cfpèce,
Néceffité de
les pefer.
Choix d’une
femme pour
les élever,
Lumières
qu'on a tirées
de l'expérien-
ce. |
Ce qui in-
commode Îes
vers à foic,
116 VOYAGES DANS L'EMPIRE
coques. Ces vers irréguliers cauferoient beaucoup d’embarras & de perte en
changeant l’ordre auquel on eft accoutumé, On roule alors trois feuilles en-
femble, pour les mettré dans un lieu chaud, qui foit à couvert des vents du
Sud. Le lendemain, vers dix ou onze heures, on eft furpris, en les ouvrant À
de les trouver pleines de vers, qu'on prendroit pour autant de petites fourmies
blanches. Les œufs qui ne font point éclos une demie-heure après, doivent
être jettés, comme ceux qui ont la tête plate, ceux qui font ridés ou comme
écorchés, ou jaunes, bleu-céleftes & couleur de chair. La bonne efpèce a la
couleur d’une montagne vûe dans l'éloignement. L’Auteur conféille de pefer
d'abord la feuille qui contient les vers nouvellement éclos ; enfuite, de la tenir
panchée & prefqu’entièrement tournée vers une autre feuille de papier, par-
femée de feuilles de Méurier, qui doivent avoir été préparées comme on l’a
déja fait obferver. L’odeur ne manque point d'attirer -les petits vers affimés.
Mais les plus lents doivent être: aidés avec une plume, ou en frappant douce-
ment fur le dos du papier. Si l’on pèfe enfüuite la feuille à part, on connoîtra
éxaétement le poids des vers. Cette connoiffance efl néceffaire pour fupputer
combien leur nourriture demandera de livres de feuilles, & quel fera le poids
des coques, en fuppofant qu’il n'arrive aucun accident.
On 2 befoin d’une femme pour l'éducation dela couvée. Avant que dé pren-
dre pofleffion de cetoffice, elle doit s'être lavée & s’être revêtue d'un habit qui
n’ait rien de défagréable dans l'odeur. Elle doit avoir paflé quelque tems fans
manger, & fur-tout n'avoir pas manié de chicorée fauvage, parce que l’o-
deur en ceft fort nuifble aux jeunes vers. Son habit doit être d’une étofe
légère & fans doublure, afin qu'elle puifle mieux juger du degré de chaleur,
& diminuer ou augmenter le feu dans la loge. Ces infeétes ne fçauroient être
ménagés avec trop de foin. Chaque jour eft une année pour eux. Ila fes
quatre faifons. Le matin! eft leur printems; le midi, leur Eté ; le foir, leur
automne, & la nuit, leur hyver. L’expérience a fait reconnoître, ro. que
les œufs demandent beaucoup de fraîcheur avant que d’éclore; 29, qu’étant
éclos & femblables à des fourmies , ils ont befoin de beaucoup de chaleur ;
30. que lorfqu’ils deviennent chenilles & qu’ils approchent du tems de la mue,
ils doivent être entretenus dans une chaleur modérée; 40. qu'après la grande
mue, c’eft la fraîcheur qui-leur convient ; 5°. que für leur déclin & lorfqu'ils
approchent de la vicilleffe la chaleur doit leur être communiquée par de-
grés; 6. quele grand chaud leur eft néceffaire lorfqu’ils travaillent à leurs
coques.
Mais ou ne peur éloiguer avec trop de foin tout ce qui leur eft incom-
mode. Ils ont une averfion particulière pour le chanvre, pour les feuilles
mouillées & pour celles qui font échauffées par le Soleil. Lorfqu'ils font nou-
vellement éclos , ils font incommodés par la pouflière qui s’éléve en nétoyant
lcur Loge, par l'humidité de la terre, par les mouches & les coufins, par
l'odeur du poiffon grillé, des poils brûlés, du mufc, de la fumée; par l'ha-
leine feule, fi’ elle fent le vin, le gingembre, la laitue ou la chicorée fauva-
ge; par le grand bruit, la malpropreté, les rayons du Soleil, la lumiére
d’une lampe pendant la nuit, par l'air qui pafle au travers d'une fente, par
un grand vent, par l'excès du chaud & du froid, fur-tout par le pañlage fu:
bit de l’un à l'autre. Quant à leur nourriture, les feuilles humides, celles
qui ont féché au Soleil.ow par un trop grand vent, & celles qui ont contraëté
quelque
quelqu
dies.
fort n
dant le
dres ,
as bri
Fes , d
n'y foi
ort.
À APR
comme
la coups
tiéres,
blancs,
nourritu
fin , l’ufe
à-fait ja
Les
doit leur!
fois par
moins m
de nourr
chaleur d
ôtent l’af
brins de
diffiper le
volet de
EN les
qu déper
ans l'efp:
(d) eft d
cinq once
pas plus d
rante jour
Lorsc
nourriture
ne la dige
qualité mc
un mCt, :
ge eft diff
Lorfqu’ils
faut leur: €
vent, L’ez
(c) Ang!
(d) La tr
lez claire
èérte en
lles en-
ents du
uvrant,
ourmies
doivent
comme
èce a la
de pefer
la tenir
er, pat-
ne on l’a
affamés.
t douce-
onnoîtra
fupputer
, le poids
‘dé pren-
habit qui
tems fans
que l'o-
ne étofé
chaleur,
oient être
Iafes
foir, leur
, 1°. que
, qu'étant
B chaleur ;
le la mue,
la grande
lorfqu’ils
e par de-
bnt à leurs
ft incom-
s feuilles
font nou-
nétoyant
fins, par
par l'ha-
ce fauva-
la lumiére
ente, par
affage fu:
les, celles
contraété
quelque
D'E LA CHINE, Liv. Il. Car. Ill. 117
quelque mauvais goût , font les caufes les plus ordinaires de leurs mala-
dies. Il faut cueillir les feuilles deux ou trois jours d'avance, & les tenir
fort nettes dans un lieu expofé à l'air. Onne doit point oublier, pen-
dant les trois premiers jours, de donner aux vers les feuilles les plus ten-
dres, coupées en petits fils, avec un couteau fort tranchant, pour ne les.
pas brifer. On ne doit pas moins obferver, en faifant provifion de feuil-
les, de fe fervir d'un grand panier ou d'un grand filet, afin qu'elles.
n'y foient pas trop preflées & qu’elles ne fe flétriffent point dans le tranf-
ort.
APRÈS les trois ou quatre premiers jours , lorfque la couleur des vers.
commence à tourner fur le rouge (c), il faut augmenter leur nourriture, fans
la couper fi menue. Lorfqu'ils deviennent noirs on leur donne les feuilles en-
tières, & la quantité doit encore augmenter. Enfuite, lorfqu’ils redeviennent
blancs, & que leur appétit commence à diminuer, il faut inner auf leur
nourriture. On doit la diminuer encore plus, lorfqu'ils deviennentjaunes. En-
fin, l’ufage de la Chine eit de ne leur rieu donner lorfqu’ils font devenus tout-
à-fait jaunes. Ils doivent être traités de même à chaque mue.
Les vers mangent également nuit & jour. Aufi-tôt qu’ils font éclos, on
doit leur offrir à manger quarante-huit fois le premier jour, c’eft-à-dire, deux
fois par heure; trente fois le fecond jour, & les feuilles doivent être coupées
moins menues. On continue cette diminution le troifième jour. Si la quantité
de nourriture n’eft pas proportionnée à leur faim, ils font fujets à des excès de
chaleur qui caufent leur deftruétion. Comme la pluie & les tems nubileux leur
ôtent l'appétit, on doit allumer, immédiatement avant leur repas, quelques:
brins de paille féche, dont la flamme doit s'étendre également fur eux, pour
difiper le froid ou l'humidité qui les engourdit; ou du moins, .il faut ôter le
volet de la fenêtre & leur laiffer quelque-tems la communication du jour.
EN les faifant fouvent manger, on: les fait croître plus vîte,. & c’eft de:là
ue dépend le principal profit des vers à foie. S'ils parviennent à leur maturité
si l'efpace de vingt-cinq jours, une claie qui en eft couverte & dontle poids
(d) eft d'un ZJyen, c’eft-a-dire, d'un peu plus d’une dragme, produira vingt-
cinq onces de foie. Mais s’ils ont befoin de vingt-huit jours, ils ne donneront.
pas plus de vingt onces. S'ils retardent jufqu’à la fin du mois, ou jufqu’à qua-
rante jours, on n’en tire que dix onces. |
LoRsQU'ILs font parvenus à leur pleine grandeur, il faut leur donner une
nourriture aifée; peu à la fais, mais fouvent, comme dansleur jeunefle. S'ils
ne la digèrent point lorfqu'ils commencent à filer, les coques prennent une
qualité moiteufe, tirant fur le fel, qui rend la foie fort difficile à devider. En
un met, vingt-quatre. ou vingt-cinq jours après qu’ils font éclos, plusl’ouvra-
ge eft différé, plus ils confomment de feuilles & moins ils produifent de foie,
Lorfqu’ils ont jetté leur peau, ce qu'ils ne font point fans quelque lenteur, il
faut leur donner des feuilles coupées fort menu, en petite quantité, mais fou-
vent. L’excès du chaud ou du froid leur caufe des maladies. Pour remédier au
dernier ,
(ce) Angl. à tourner fur le blanc, R. d. E.
(d) La traduétion ne fait pas comprendre
uz clairement qu’il s'agit ii du poids des
P'£
vers, lorfqu’on les a pefës dabord après leur:
fortie des œufs, R, d. L,
VERS A SOIE
LE LA CHine,
Degrés
qu'on obferve
dans leur
nourriture.
Précautions
néceflaircs.
Réple pour
le prolit qu'on
tire des vers à
foie.
VERS A SOI£
DE LA CHINE,
Maladies de
chaleur,
Autres ma-
.jadies des
vers à foie,
Manière de
faire filer les
Vurs,
118 VOYAGES DANS L'EMPIRE
dérhier , il fuffit d'entretenir un feu modéré dans leur Loge. Mais fi malgré
cela, le froïd.les faïfit, par la négligence des gardes à fermer les fenêtres ou
à leur donner des feuilles de Meurier bien féches, il leur ôte l'appétit & leur
donne une forte de flux. Au lieu d’excrémens, ils ne rendent qu'une écume à.
queufe. Dans cet état, la fiente de vaches brûlée leur rend la vie.
‘ Les inconvéniens de la chaleur viennent, ou de les laïffer trop. long:tems
fans nourriture, ou de la qualité & de la quantité de leurs alimens, ou des in.
commodités de leur fituation, ou d’une ardeur brûlante qui fe répand tout d'un
coup dans l'air. Dans le dernier cas on ouvre une ou plufieurs fenêtres, mais
tojours du côté contraire au vent; & fi l'air même eit trop chaud, on place
devant la fenêtre un vafe rempli d’eau fraîche. Onarrofe auffi la chambre d’eau.
Pour un excès de chaleur interne, après avoir un péu humeété leur nourriture
ordinaire, on y mêle de cette poudre de Meurier dont on a déja parlé, qui les
fortifie beaucoup ; mais on diminue la quantité de feuilles. ‘
LA plus commune & la plus dangeréufe de toutes lenrs maladies-vient d'un
autre excès de chaleur, .caufé par l'inconvénient d’une fituation troprefferrée,
Aufi-tôt qu’ils font éclos, ils demandent d’être fort au large, füur-tont lorf.
qu’ils font devenus chenilles & que l'humidité commence à les dominer. Quoi.
que d'eux-mêmes ils ne foient pas fort propres, la malpropreté leur eft très.
nuifible. Leurs exerémens, qu’ils jettent enabondance, fermentent bien-tôt &
les échauffent beaucoup, fi l'on n'a pas foin de les nétoyer à propos avec une
plume; ou, ce qui eft encore mieux, en les faifant changer ouvent de claie,
fur-tout lorfqu’ils approchent de la mue. -Ce changement doit fe faire avec
beaucoup de précaution, & tous doivent être déplacés dans le même tem
La moindre chute où la moindre compreffion leur feroït tort. Quelquefois,
pour rendre le fecours plus prompt, on jette fur eux de la paille féche, ha-
chée fort menu & mêlée de feuilles de Meurier, qui les dégage des ordures
dont ils font environnés. Lorfqu’ils ont atteint une certaine groffeur, on di-
vife en trois parties la couvée qui eft fur une claïe, pour les placer fur trois
claies différentes, On les fubdivife enfuite fur fix -claies, & cette divifion
continue jufqu’au-hombre de vingt ou plus, parce qu’étant remplis d'humeurs,
ils-doivent être féparés les uns des autres. R
LE moment qu'il faut choifir pour les tranfporter dans la nouvelle Loge où
il doivent filer, eft lorfque leur couleur fe change en un jaune brillant. L’Au-
teur Chinois propofe, pour les loger, une efpèce de galerie de bois, dont
le dedans fait fort clair (e). Elle doit être divifée en partitions, chacune
avec fa petite tablette, fur laquellé on puifle placer les ‘vers. Is ne man-
queront point de fe ranger éux-mêmes dans l'ordre qui leur convient. Cette
Loge doit être aflez fpacieufe pour le paffage d'un homme & pour y entrere.
nir , au milieu, un feu modéré, plus nécefflaire que jamais contre les incon-
véniens de lhumidité. Le feu ne doit point avoir P us de chaleur. qu'il n'en
faut pour foutenir les vers dans l’ardeur du travail & pour rendre la foie
plus tranfparente. :
: TLs doivent être entourés de nattes , à quelque diftance, & le fommet de
la galerie ou de la machine de bois doit en être aufli couvert, non-feulement
pour
Ce) Angl, dont le dedans foit vuide & le toit tant foit peu incliné. R, d, E,
fi malgré
nêtres ou
it & leur
écume 4-
long-tems
ou des in-
| tout d’un
tres, mais
, on place
nbre d’eau,
nourriture
lé, qui les
vient d’un
prefferrée,
r-tout lorf:
ner. Quoi:
ur eft très-
bien-tôt &
js avec une
nt declaic,
. faire avec
même tems,
Juelquefois,
féche, ha:
des ordures
eur, on di-
er fur trois
tte divifion
d'humeurs,
le Loge où
lant. L’Av-
bois, dont
s, chacune
ls ne man-
ent. Cette
r y entretc-
e les incon-
ér.qu’il n'en
dre la foie
fommet de
-feulement
pour
ED UCATION »pzs VER:
eHaniere de devider la Soie des Cogues
dans une chaudiere d'eau chaude.
t Winden 1j
in een Bekken‘met Warm-water”
. è autre manier …
+Winden van de Tonnetjes
in een Brouw-Ketel .
’
AS
SE SFIIKKKKKKKKK
,
æ
pe
“ii d
il
er Seije van de Tonnetjes,
S À Sozz :
De NSEIJE REFEDERY, uit pv
|
|
nn nnnnnnnnnnnnnnnnnrtrmrrtrnnnrnl
|
LT
|
l
IE
HALDE .
= LATE ATNTEMNEE TETE TETNTITNTEININMTNTE
PE M Ter En oo TE PE om
_ SE ——— —— —
E 7 L_ 17" _—— ‘
les Lee es.
fcheeren .
"7 n
Machine à du fo. ll
Het Weeven.
—, mm 1 |
AVE —= ques A F3 1
2,
A “ai = r// 2 AL
(LIL D 7/2 / A 1 n'4
Il ct Tin _) di à
G
=
=
=
=
=
=
le
rev. SeAlev dire
DE SEIJE -REEDERTY, uit pu HarDe.
our cou D
jaifent à
vail, il fa
trer eSol
fur les veï
couvrant
Les cd
tas jufqu'e
les qui fo
l'air puiff
roient mo
œufs fains
On doit a
endomma
qu’autant
trop long
ployerun
L'Auteur
livres de «
vent mett
faut, il d'
1°, ÎL
nuit un p
mettre au
mie-once
plus aifée
droit dans
forte auct
tité de ve
long pour
groifiére,
il faut éts
de petites
La tre
coques pl
sfel (CF.
celles de
sept jour
d'air, ils
coques d
Jongues,
four. L
foie gro
Qu 0!
on peut:
(f) A
DE LA CHINE,Lriv. Il Car. III. t19
pour couper Île affage à l'air extérieur , mais encore parce que les vers fe Venus à re
jaifent à travailler dans l'obfcurité. Cependant, aprés trois jours de tra. P# LACHINE,
vail, il faut retirer les nattes, depuis une heure jufqu'à trois , pour faire en-
trer le Soleil dans la Loge, mais de manière que fes rayons ne tombent pas
fur les vers. On:les préferve des effets du tonnerre & des éclairs, en les
couvrant des mêmes feuilles de papier qui ont fervi fur les claies.
LEs coques étant achevées dans l'efpace de fept jours, on les raffemble en Conduité
tas jufqu’au tems d’en tirer la foie. Mais on commence par mettre à part cel- a Liber
les qui font deftinées pour Ja propagation, fur des chies, dans un lieu frais où
l'air puiffe pénétrer. Les mues foulées, ou trop échauffées dans les tas , réufi-
roient moins heureufement, fur-tout les femelles, qui ne produiroient pas des
œufs fains.. Au bout de fept autres jours, les mues fortent de leurs coques.
On doit apporter beaucoup de foin à tuer celles qui ne doivent pas fortir, fans
endommager l'ouvrage. Les coques ne doivent étre mifes dans le chaudron
qu'antan qu’elles peuvent étre aifément devidées ; car Jes y Jaiffer tremper
trop long-tems, ce feroit gâter la foie. La meilleure méthode feroit d'y em-
ployerun aflez grand nombre d'ouvriers pour les devider toutes en même-tems.
L’Auteur Chinois aflure qu'en un jour cinq hommes peuvent devider trente
livres de coques, fournir à deux autres honimes autant de foic qu’ils en peu-
vent mettre en échevaux; c’eft à-dire, environ dix livres. Mais, à ce dé-
faut, il donne trois moyens d'empécher que les coques ne foient percées. D dd
1°. IL faut les laïffer l'efpace d’un jour expofées au Soleil, qui à la vérité Rd ee
nuit un peu à la foie, mais qui tue imfailltblement les vers. 2°. On peut les LS ere.
mettre au bain-marie, en jettant dans le chaudron une once de fel & une de-
mie-once d'huile de navette; ce qui ne peut rendre la foie que meilleure &
plus aifée à devider. La machine qui contient les coques doit être placée fort
droit dans la chaudière, & le fommet fi bien couvert &X fi bien lutté qu iln'en
forte aucune vapeur. Mais fi ce bain n’eft pas foigneufement conduit, quan-
tité de vers on de papillons perceront leurs coques. Auf duic-ïl être plus
long pour les coques les plus fermes &les plus dures, qui renferment Ja foic
grotfiére, que pour les coques fines. Lorfque les petits animaux font morts,
il faut étendre les coques fur des nattes; &, file cems eft frais, les couvrir
de petites branches de Sauleou de Meurier.
LA troifième méthode & la meilleure pour tuer les mues, eft de remplir de
coques plufieurs grands vaifleaux de terre & d'y jetter une certaine quantité de
efel (F). On les couvre enfuite de grandes feuilles féches , [telles que font.
celles de Nenuphar,] & l’on bouche foigneufement | ouverture dés vañfeaux.
Sept jours fuffifent pour faire mourir aini les vers. Mais s'il s’y gliffe un peu
d'air, ils vivent affez long-tems pour percer leurs coques. En mettant les
coques dans les vaiffeaux, il ne faut pas manquer de féparer celles qui font
longues, blanches & luifantes , de celles qui font épaifles & d'an bleu-ob-
fcur. Les premières donnent la foie fine. Les autres ne fourniffent qu’une
foie grofhire. : A , 7 |
Quoique la faifon fa plus propre à toutes ces opérations foit le printems ; | Saifons pros :
on peut faire éclore aufli les œufs dans le cours de l'Eté & de l’Automne, & PF dlairee
À clore les vers %
meme à foiges®
CALLLAN TEE EEE ET EEE NT SUN NES
{F) Ang. & d'y jetter quatre onces de fel, fur dix livres de coques. R, d, E.
VERS à 6OIE
DE LA CuiNE.
Obfervations
furles tems
qui convien-
nent aux vers
à foie.
Manière u-
tile de leur
faire filer la
foie,
Planches qui
repréfentent
les figures.
VOYAGES DANS LEMPIRE
même chaque mois après la.récolte du Printems. Mais fi toutle monde vouloit
profiter de cette facilité, les Meuriers ne fourniroient point aflez denoufriture,
D'ailleurs, s'ils étoient épuifés dans un an, il n’en refteroit pas pour le prin.
tems d'après, C’eft ce qui fait penfer à l'Auteur qu'il vaut mieux ne faire
éclore qu'un petit nombre de vers en Eté, & faire feulement une bonne pro.
vifion d'œufs pour l’Automne. Il préfère cette dernière faifon au Printems,
parce que le Printems étant la faifon de la pluie & des vents dans les Par.
ties Méridionaies, ie profit qu'on attend du travail des vers à foic eft plus
incertain qu'en Automne, où le tems eft d’une férénité continuelle. 2o, Quoi-
qu'en Automne les vers ne puiflent trouver, pour nourriture, des feuilles
auîMi tendres qu’au printems, alors du moins ils n’ont rien à craindre des cou.
fins & des mofquites.
Les vers à foie élevés pendant l'Eté doivent être entretenus dans une
grande fraicheur, avec l'attention de couvrir les fenêtres de gaze, pour é.
loigner les coufins. Ceux qu'on élève en Automne ont d’abord befoin de
fraîcheur; mais après les mues & lorfqu’ils commencent à filer, ils deman-
dent plus de chaleur qu’au Printems, parce que l’air devient froid pendant
les nuits. En un mot, les œufs qu’ils pondent alors ne répondent pas toi.
jours à l’efpérance du maître.
S1 l’on garde les œufs d'Eté pour les faire éclore en Automne, il faut
les renfermer dans un vaifleau de terre, qu'on met dans une grande chau-
dière remplie d’eau fraîche, & l'eau doit s'élever autant que les œufs. Et.
elle plus haute ? les œufs périffent. Efl-elle plus baffle ? la force leur man.
que pour éclore. Si l'on obférve ce confeil, ils écloront en vingt & un
jours. Mais s’ils tardent plus long-tems , ils meurent, ou ne donnent que
de mauvaifes coques.
Lorsque les vers font prêts à filer, fi l’on a foin de les mettre fur le
dos. d’une coupe renverfée & de les couvrir de papier, ils fileront une piéce
de foie plate, rande & menue, comme une efpéce d’oublie, qui ne fera pas
chargée de cette matière vifqneufe qu'ils rendent dans les coques loriqu'ils y de-
meurent long-tems renfermés, % qui fera auffi facile à devider queles coques,
fans demander tant de précipitation.
Aussi-TÔT quelafoieeft devidée, ons’attache immédiatement à la mettre en
œuvre. Les Chinois y employent des inftrumens fort fimples. Mais com:
me les Figures peuvent fervir beaucoup mieux que les explications à faire
prendre une idée jufte de cette méchanique, on donne ici des Planches,
qui repréfentent non-feulement les divers uftenciles qu’on employe pour les
vers, mais encore les inftrumens dont on fait ces belles étofes de foie qui
nous viennent de la Chine (£).
120
- (g) Chine du Père du Halde, pag, 359.
Satis
dix Cite
Us:
e vouloit
jufriture,
: le prin.
ne faire
)nne pro.
rintems,
s les Par.
> eft plus
20, Quoi-
s feuilles
: des cou.
dans une
, pour é-
befoin de
ils deman-
d pendant
L pas toi-
e, il faut
nde chau-
cufs. Ef.
Jeur man-
ingt & un
nnent que
ttre fur le
une piéce
ne fera pas
{qu'ils y de-
es coques,
amettre en
Jaïis com-
s à fairc
Planches,
pour les
e foie qu
” MANUFACTURE px SO1E Zee de DV Hazpr
POS
Rotet à tordre les fé :
Twyn -Molen.
| LÉRSSRPSERSESNSMESNMENMIESRES"
ER 777777777777 =
D
me LL
Potet à devider les pelotons en boêines .
+ Winden van de Kloenen op Klosfen.
où
1
rie de I
peuver
Ps n’or
qui not
néralen
TJe-ki (
La]
teries «
affiettes
pour l’o
binets,
fons, &
hors des
La E
lefte, v
Cxtraorc
lyang , 1
ON
porcelai
Fo-kyen
rente pa
ge; mai
vriers de
péens fai
les y fab:
réuflit m
tériaux p
poñeffion
pon, d’o
Le P£
ching &
lumières
fouvent t
traitent d
füivant l'1
c'eft-à-dir
(a) Chin
(b) Mérr
DE LA CHINE, Liv. Il Car. Ill. I2T
f. VIL
Manufaîtures de Porcelaine.
E que toutes les autres Nations de l'Europe. ont nommé Porcelaine , les
C Anglois l'appellent China, ou China ware, qui fignifie Vaiffelle ou Pote-
rie de la Chine. Le mot de Porcelaine n’eft pas connu des Chinois. Ils ne
peuvent en prononcer les fyllabes, dont ils n'ont pas les fons dans leur langue.
Îs n’ont pas même la lettre r. Mais ce mot vient probablement des Portugais,
qui nomment une tafle ou une écuelle, Porcellana ; quoiqu'ils donnent gé-
néralement à la poterie de la Chine le nom de Loca, & les Chinois celui de
Tfe-ki (ay.
LA porcelaine eft fi commune à la Chine, que malgré l'abondance des po-
teries ordinaires, la plûpart des uftenciles domeftiques, tels que les plats, les
affiettes, les tafles, les jattes, les pots à fleurs & les autres vafes, qui fervent
pour l’ornement ou pour le befoin, font de porcelaine. Les chambres, les ca-
binets, & les cuifines mêmes en font remplies. On en couvre les toîts des mai-
fons, & quelquefois on en incrufte jufqu’aux piliers de marbre & jufqu'au de-
hors des édifices (b).
La belle porcelaine, qui eft d’une blancheur éclatante & d’un beau bleu-cé-
lcfte, vient de Xing-te-ching, Village ou Bourg de la Province de Kyang-fi,
extraordinairement vafte & peuplé (c). Il n’eft qu'à trois milles (4) de Beu-
lyang, Ville du troifième Ordre dont il dépend, dans le diftriét de Fau-cheu-
ju (e), Ville du premier rang de la même Province. On fabrique aufñfi de la
porcelaine dans d’autres Provinces, comme dans celles de Quang-tong & de
Fo-kyen; mais les Etrangers n’y peuvent être trompés, parce qu’elle eft diffé-
rente par la couleur & la finefle. Celle de Fo-kyen eft auffi blanche que la né-
ge; mais elle eît peu luifante & n’eft pas peinte de diverfes couleurs. Les ou-
vriers de King-te-ching, attirés par la grandeur du commerce que les Euro-
péens faifoient dans l’Ifle d'Emoui, y portoient autrefois leurs matériaux pour
les y fabriquer; mais ils perdirent leurs peines, parce que cette entreprife leur
réuffit mal. Elle n’eut pas plus de fuccès à Peking, où l’on porta auffi des ma-
tériaux par l’ordre de l'Empereur Kang-bi. King-te-ching eft ainfi demeurée en
poñeffion de fournir de la porcelaine à tout l'Univers, Ê
pon, d'où l’on en vient prendre aufi.
Le Père d'Entrecolles, Mifionaire Jéfuite, ayant une Eglife à King-te-
ching & quantité d'ouvriers entre fes nouveaux Convertis, obtint d'eux des
lumières éxaétes fur tout ce qui concerne la porcelaine. D'ailleurs il avoit été
fouvent témoin de leurs opérations; il avoit confulté les Livres Chinois qui
traitent de cette matière, fur-tout les Annales de Feu-lyang, qui contiennent,
füivant l'ufage de la Chine, une defcription de cette Ville & de fon diftriét ;
c'eft-à-dire, de fa fituation, de fon étendue, de la nature du terroir, des ufa-
ges
Li
(a) Chine du Père du Halde, pag. 9339. Province.
(b) Mémoires de la Chine par le Père le (d) Ou plûtôt trois lieuës,
Conte, pag. 150. Ce) King te-ching eit à plus de quarante
(ce) Voyez ci-deffus la Géogrtphie de cette ) milles de Faucheu,
VII, Part. Q à)
ans en excepter le Ja-
PoncrLainr
LE LA CHINE,
D'où vient
lenom de por-
celaine.
Ufage com.
mun de la
porcelaine à
la Chine,
Où fe fait la
plus belle por.
celaine,
Onatenté
inutilement
de la faire
ailleurs.
D'où le Père
d'Entrecolles
atiré fes ln,
mières,
PORCELAINE
LE LA CHINE,
Divifion du
fi, * en cinq
art 6$s
Matériaux
dela porcelai-
ne, & prépa-
rations du
vernis.
Deux ter-
res, 1nom-
mées Kau-lin
& Pe-tun-tfe.
122 VOYAGES DANS LEMPIRE
ges de fes Habitans, des perfonnes diflinguées par les armes, par le feavoir
® par la probité ; des événemens extraordinaires , des marchandifes & des
provifions qui font l'objet du Commerce, &c. Cependant on ne trouve point
dans ces Annales comment fe nommoit l'inventeur de la porcelaine , nf les
Chinois ont eu l'obligation de cette découverte au hazard. On y lit feule-
ment que la porcelaine de King-te-ching eft d’une blancheur extrême, fans
aucun défaut; & que celle qui fe wranfporte par le Commerce, n'eft connue
que fous le nom de Précieux joyaux de Jau-cheir. : | ee
Tour ce qui regarde les manufactures de porcelaine peut être réduit aux
cinq articles fuivans (f). 1. Les matériaux dontelleeft compofée. 0. Les pré.
parations de l’huile & du vernis qui lui connent fon éclat, 3. Les différentes
efpéces de porcelaine & la manicre de les fabriquer. 4. Les couleurs qui fer-
vent à l'embellir, & l’art de les appliquer. 5. La manière de cuire la terre &
de lui donner le degré de chaleur convenable. Enfin, l'Auteur ajoûte quel-
ques obfervations fur la porcelaine ancienne & moderne, & nous explique
pourquoi les ouvriers de la Chine ne peuvent pas toûjours imiter les modéles
Européens (£ ). ; |
r. LA porcelaine eftcompofée de deux fortes de terres, l'une, qui fe nom-
me Pe-tun-tfe, & l'autre, Kau-lin. Elles font apportées de Xi-muen, par la ri-
vière, en torme de briques (h); car le territoire de King-te-ching ne pro-
duit aucune efpèce de matériaux pour cet ouvrage. Le Kau-lin eft mélé de par-
ticules luifantes. Le Pe-tun-tJe elt fimplement de couleur blanche & d’un trés-
beau grain. La feconde de ces deux terres fe fait avec des pierres; mais toutes
fortes de pierres n'y font point également propres. La bonne forte doit être
verdâtre. Après les avoir tirées de la carrière, on les brife avec de gros mail-
lets de fer, pour les réduire en poudre rés-fine dans des mortiers. On jette
cette poudre dans une grande jarre remplie d’eau, qu’on remue fortement avec
une pelle de fer. Lorfqu'elle a repofé l’efpace de quelques minutes, ils élève
fur la furface une forte de crême, de quatre ou cinq doigts d'épaitleur > qu'on
lève pour la mettre dans une autre jarre d'eau. Cette opération fe répéte au
long-tems qu’il paroît de la crême ou de l'écume dans la première jarre. En-
fuite on tire les parties groffières qui font demeurées au fond, pour recom-
mencer à les broyer dans & mortier. À l'égard de la feconde jarre, on attend
qu'il fe foit formé au fond une efpèce de pâte. Alors, jettant l’eau fort dou-
cement, on met fécher la pâte dans de grands moules de bois. Maïs avant
qu’elle foit tout-à-fait féche, on la divife en petites briques, qui fe vendent au
cent. C’eft de leur forme & de leur couleur qu’elles tirent le nom de Pe-tun-tfe.
Mais comme les ouvriers y laiflent toûjours beaucoup de parties groffières, on
eft obligé à King-te-ching de la purifier encore avant que de la mettre en œu-
vre (i).
LE
(f) Ce détailefttiré des Lettres Edifiantes, Vent enterrées pendant vingt, trente & cent
qui contiennent deux Mémoires du Père d'Ene ans. |
ecoles fur le même fujct. (i) L'Autcur croit que la terre de Malte,
(g) Du Halde, wubi fup. pag. 178. & fuiv. nommée terre de S. Paul, eft dela méme Da
Ch) Quelques Auteurs prétendeit que la ture, quoiqu'elle n'ait point de particules lus
porcelaine eft compofée d'écailles d'œufs, où fantegs .
d'écailles d'un certain poiffon, qui fe confier
LE À
nes mon
ve en m
fert à dé
depuis pd
du Xau-l
un peu d
re que le
font beau
gie, &
ouvriers
la porcel.
ve la coul
APRÈ:
vière ou d
Enfuite l'a
me le Kau
facile d’en
par les Jéf
prétend qt
aflez de cc
leur du for
une pâte ft
des figures
Ces figures
comme une
nomme Bla
ON peir
pierre ou d
de couieur
Enfüite l'ay
du Wa:-chi.
2, Our:
tfe, de Kau
rflance blanc
nom de 7%,
pierre fort «
che & que fe
entrer dans t
a des taches
gés fur un f
que cette pi
dans la fecor
(k) Suivant
chi coûte un écu
que trente fols,
voir
. des
Joint
fi les
eule-
fans
NUE
t aux
s pré-
‘entes
1i fer-
rre &
quel-
plique
odéles
nom-
Ja ri-
c pro-
Je par-
n très-
toutes
it être
s mail-
n jette
tavec
s'élève
qu'on
e auñi
En-
ecom-
attend
t dou-
avant
ent au
un-tfe.
:$, ON
n Œus
LE
& cent
Malte,
dnme Das
iles Juis
Le Kau-lin fe treuve dans des carrières affez profondes, au cœur de certai-
nes montagnes, dont la furface elt couverte d’une terre rougeitre. On le trou-
ve en maîñle, donton fait des briques de la même forme que le Pe-tun-tfe. Il
fert à donner de la fermeté à la fine porcelaine. Cependant on a découvert
depuis peu une efpece de pierre tendre ou de craie, qu’on employe aulieu
du Kau-lin& qui fe nomme //a-chi, parce qu’elle eft glutineufe & qu’elle tient
un peu de la nature du favon. La porcelaine qu’on en fait eft rare & plus chè-
re que les autres efpèces (t). Elle eft d'un plus beau grain. Ses peintures
font beaucoup meilleures. lille eft auffi beaucoup plus légère, mais plus fra-
gie, & le degré de chaleur plus ditlicile à trouver pour la cuire. Quelques
ouvriers fe contentent d’en faire une colle très-fine, dans laquelle ils trempent
Ja porcelaine féche, pour lui en faire prendre une couche avant qu'elle reçoi-
ve la couleur & le vernis. Elle en devient beaucoup plus belle.
APRÈS avoir tiré le #/4-chi de la carrière, on le lave dans de l’eau de ri-
vière ou de pluie, pour le féparer de la terre jaune qui y demeure attachée.
Enfüuite l’ayantbroyé & fait difloudre dans des jarres d’eau, on le prépare com-
me le Kau-lin. Les ouvriers affürent qu'avec cette fimple préparation il feroit
facile d’en faire de la porcelaine fans aucun mélange. Un Chinois, converti
par les Jéfuites, mêéloit deux parties de Pe-tun-tfe fur huit de ÆZwchi. On
prétend que fi l'on y mettoit plus de Pe-tun-tfe, la porcelaine n'auroit point
aflez. de corps & fes parties ne feroient point aflez liées pour foûtenir la cha-
leur du four. Quelquefois on fait difloudre le Wa-chi dans l'eau pour en faire
une pâte fort claire, où trempant un pinceau, l’on en trace fur la porcelaine
des figures de caprice, qu’on laifle fécher avant que d'y appliquer le vernis.
Ces figures paroiffent lorfqu’il eft cuit ; elles font d’un blanc différent du fonds,
comme une vapeur légère qui fe répand für la furface. Le blanc de Wa-chi fe
nomme Blanc d'yvoire.
ON peint auffi des figures fur la porcelaine avec du Cheskau , efpèce de
pierre ou de minéral, qui reffemble à l’alun, & qui lui donne une autre forte
de couleur blanche. Mais elle doit étre briñlée pour première préparation.
Enfüuite l'ayant broyée, on en tire une crême par la inême méthode que celle
du Wa:-chi.
2. OuTRE les Barques qui arrivent à King-te-ching chargées de Pe-tun-
fe, de Kau-lin & de #/a-chi ,on en voit d’autres qui font remplies d’une fub-
=ftance blanchâtre & liquide, nommée Pe-yeu, ou huile de pierre, [mais le
nom de 1, qui fignifie vernis, lui conviendroit mieux.] Elle eft tirée d'une
pierre fort dure (7), qu’on préfère au Pe-tun-tfe, parce qu’elle eft plus blan-
che &que fes taches font d’un verd plus foncé, L'Hiftoire de Feu-lyang, fans
entrer dans un grand détail, rend témoignage que la pierre dont on tire l'huile
a des taches couleur de feuilles de Cyprès Pe-chu-ye-pan, ou des marques rou-
ges fur un fond brunâtre, à peu-près comme le linaire Zu-tchi-ma-tang. Lorf-
que cette pierre eft préparée comme le pe-tun-tfe & que fa crême a pañlé
dans la feconde jarre, on jette fur cent livres de cette crêéme une livre de
che-kau
(k) Suivant l'Aunteur, une charge de Wa
cbi coûte un écu, & celle de Kaue-lin ne çoûte
que trente fols,
(4) On ne doit trouver ici rien d'étranges
puifqu'on prétend que rette pierre fe forme
des {els & des huiles de ja terre, ,
DE LA CHINE, Liv. IL Caar. HI. 123
PORCÊT.ATNE
DE LA CHINE.
Autreterre,
nommée Wa-
chi,
Préparation
du Wbu chi,
Sénufige,
Che-kaw,
autre miné-
rul,
Huile de
pierre, nom-
mée Pe-ycu,
Son ufagé.
PORCELAINE
DS LA CHINE.
Fraude à :
redouter.
Tf kinu, ver-
nis de nouvel-
le inveution.
Peintures
nouvellement
découvertes.
VOYAGES DANS LEMPIRE
124
che-kau, qu’on a fait rougir en le brûlant au feu & qu’on a réduit.en poudre,
C'eft comme une efpèce de ferment ou de prefure, qui lui donne fa confiften-
ce ,.quoiqu'on prenne foin de l’entretenir toûjours liquide.
CerrTe huile de pierre ne s’employe jamaisfeule. On la mêle avec une autre,
qui en eft comme l'ame. On fait plulieurs couches de chaux vive réduite en
poudre, en.y jettant un peu d'eau avec la main, & l’on y entremêle des cou-
ches de fougère (m) féche. Enfuite, mettant le feu à la fougère, on divife
les cendres en cinq ou fix couches de fougère féche. Si les couches font en
plus grand nombre, l'huile n’en fera que meilleure. Après avoir amaflé une
quantité fuffifante de cendre de chaux & de fougère, on les jette dans une
jarre pleine d’eau, en y joignant, fur cent livres, une livre de Che-kau. On
remue long-tems ce mélange. Il s'élève fur la furface une croûte ou une peau,
qu'on met dans une feconde jarre, & qui forme au fond de la jarre une efpé-
ce de pâte liquide. On jette l’eau doucement. Cette pâte eft la feconde hui.
le, qui doit être mélée avec la précédente. Les deux huiles doivent être de la
même épaifleur ; & pour s’en affürer, on trempe dans l’une & dans l’autre de
petites briques de pe-tun-tfe. L’ufage eft de méler dix mefures d’huile de pier-
re dans une mefure d’huile de fougère & de chaux. Ceux qui vont le plusal’é-
pargne n'y en mettent jamais moins de trois mefures. On peut augmenter cet.
te huile, & par conféquent l’altèrer, en y mettant de l’eau. (On déguife la
fraude par un mélange proportionné de che-kau, qui empèche que la matière
ne foit trop liquide.
L’AuTEUR parle d'une autre efpèce de vernis, nouvellementinventé, qui
fe nomme Tfi-kin-yeu, c'elt-à-dire, Vernis d’or bruni, Mais on devroit l'ap-
peller plûtôt Y’ernis couleur de bronze, ou de caffé, ou de feuille morte. Il fe
tire de la terre jaune commune , par la même méthode que le Pe-tun-tfe. Lorf.
qu’il eft [ préparé, on en jette la matière la plus déliée ] dans l’eau, & il for.fà
me une forte de glue, de l’épaifleur du pe-yeu, avec lequel il eft mélé. Ils
doivent être tous deux d'une égale confiftence. S'ils entrent bien dans la brique
de Pé-tun-tfe lorfqu’elle eft trempée dans ce mélange, ils s’incorporent avec
elle. On mêle auffi dans le T/h-kin de l'huile de =haux & de cendres de fougè.
re, de la même confiflence que le Pe-yeu. Maïs comme cette compofition cf
plus claire ou plus épaifle, fuivant le degré du melange, on fait plufieurs :!:
fais pour le reconnoïître. Par éxemple, on mêle deux mefures de T}i-kin avec
huit mefures de pe-yeu; & fur quatre mefures de ce mélange on met une mc
fure de vernis de chaux & de fougère.
ON adécouvert, depuis peu d'années, l'art de peindreavec du Tjui(n), qui
eftunecouleur violette, & de dorer la porcelaine. On a tenté aufñli d'appliquer
un mélange de feuilles d'or avec du vernis, & de la poudre de cailloux, de
la même manière qu’on applique l'huile rouge. Mais le vernis de Tfi-kin a paru
lus beau & plus éclatant. L’ufage s’étoit introduit de dorer le dehors des
Enfuite on.a changé cette mé-
thode,
tafles & de laifler l'intérieur tout-à-fait blanc.
d'hui; & de-là vient, peut-être, que fa por-
celaine de la Chine n'eft plus ff balle.
(n) C'ett plâtôt Tyw, comme où le vai
dans da fuite
(m) Autrefois , avec la fougère, on fe
fervoit du bois d'un arbre qui porte un fruit
femblable à la nèfle, & queles Chinois nom:
meut Setf Mais ce bois it rare aujours
# +
AS
thode, pq
ronde ou «
Jes taches
aufi lorfq
fond bleu
3. DA
clos de mu
pentis. C
rangés en
vriers, qu
entre les
naife, &d
LE pre
parties les
employe pd
diflout de
APRÈS
portion.
l'autre. P4
tun-tfe ; d
trois.
Exsur11
plâtre , po
fort pénible
Lorfqu’il e
où l'on s’ef
coup d'atte
moindres
gâteroit la ]
elle feroit f
fa forme à
fa perfeétia
TourTeE
taffe à thé €
la calotte d
lui donne
inftant pou
leur d’un li
ces. Le p
creufe avec
mens. De
fur fa bafe
fixé fur ur
quatrième «
{ €) Chine
& fuivontes,
oudre,
fifter-
autre,
uite en
es cou-
divife
font en
fTé une
ans une
au. On
e peau,
1e efpé-
ide hui.
re de
autre de
de pier-
lus à l’é-
nter cet-
éguife
matière
nté, qui
roit l'ap-
e. If
fe. Lorf
& il forte
êlé. Is
s Ja brique
ent avec
de fougè-
fiction cit
fieurs °!
-kin avec
une me-
(n), qui
appliquer
lloux, de
in a paru
chors des
ette mé-
thode,
ue fa por-
le,
où le voi
DE LA CHINE, Liv. I. Cuar. I. 125
thode, pour appliquer en deux ou trois endroits une piéce de papier mouillé,
ronde ou quarrée , qu’on retire aprés avoir donné le vernis. Alors on peint
les taches en rouge ou en bleu, & l’on ne manque point de les vernifier
auf lorfque la porcelaine eft féche. Quelques-uns rempliffent ces efpaces d'un
fond bleu ou noir, pour les dorer après la première cuifflon (o). |
3. DANS la partie la moins fréquentée de King-te-ching , on a fait un en-
clos de murs, qui forme une place, où l'on a conitruit un grand nombre d’ap-
pentis. Ce font autant d’atteliers, où l’on voit une infinité de pots de terre,
rangés en ligne les uns fur les autres. Dans cet enclos habitent quantité d'ou-
vriers, qui ont chacun leur objet différent. Une piéce de porcelaine pañle
entre les mains de plus de vingt perfonnes avant que d'entrer dans la four-
naife, & de plus de foixante avant qu’elle foit cuite.
LE premier travail confifte à purifier le pe-tun-tfe & le kaulin de leurs
parties les plus groffières. Le Pe-tun-tfe fe purifie par la même méthode qu'on
employe pour le faire. Le Xau-lin étant mis dans une jarre pleine d'eau, s'y
diflout de lui-même. ; |
APRès avoir préparé ces deux matériaux, on les mêle dans une jufte pro-
portion. La plus belle porcelaine demande une égale quantité de l’un & de
l'autre. Pour la médiocre , on met quatre parties de kaulin fur fix de pe:
tun-tfe ; & pour celle du dernier ordre , le degré du mélange eft d’un à
trois.
ENsuiTE on jette la mafle dans un lieu creux, bien pavé & revêtu de
plâtre , pour la remuer & la paîtrir jufqu’àa ce qu’elle durcifle. Ce travail eft
HF fort pénible, [& dés qu'il vient à cefler tous les autres ouvriers font arrêtés. ]
Lorfqu’il eft achevé, on met la matière en morceaux fur des planches (p),
où l'on s’efforce encore de la paîtrir & de la rouler en tous fens, avec beau-
coup d'attention pour n'y laifler aucune petite cavité & pour écarter les
moindres mélanges de matière étrangère. Un grain de fable ou un cheveu
gâteroit la porcelaine; & s’il manquoit quelque chofe au foin de la paîtrir,
elle feroit fujette à fe féler, à fe fendre ou à d’autres altérations. Elle reçoit
fa forme avec une roue ou dans des moules , & le cizeau lui donne enfuite
fa perfeétion.
Toures les piéces de porcelaine unie fe font d'abord avec la roue. Une
tafle à thé eft fort imparfaite en fortant de cette machine, à peu près comme
la calotte d’un chapeau avant que d’avoir été maniée fur la forme. L’ouvrier
lui donne là largeur & la hauteur qu'il fe propofe, & n’a befoin que d’un
inftant pour cette opération, Aufñi ne gagne-t-il que trois deniers ou la va
leur d’un liard pour chaque planche, qui doit être garnie de vingt-fix pié-
ces. Le pied de la taffe n’eft alors qu’un morceau de pâte fans forme, qu’on
creufe avec le cizeau lorfque la taffe eft féche & qu’elle a reçu tous fes orne-
mens. De la roue elle pañle entre les mains d’un fecond ouvrier, qui la place
fur fa bafe ; enfuite dans celles du troifième, qui la met dens un moule,
fixé fur une autre forte de tour pour lui donner fa véritable forme.
Un
quatrième ouvrier la polit avec le cizeau, fur-tout vers les bords. Il la
grate
(e) Chine du Père du Halde, page 339,
& fuivontes,
:
d
Cp) Ang fur de Jarges ardoites, KR, 4,6
PORCELATNE
DE LA CHINE,
Maniére
dont fe fait la
porcelaine,
Première o-
pérat'on.
Manière de
paitrirla mal-
fe,
Opération
de la roue,
Salaire de
l'ouvrier, -
Ufage du
cizcaue
PORCI LAINE
DE LA CHiNc,
Comment fe
font ics grare
dus piéces.
Ouvrages
foulés & ca:
nelcs,
Comment
\cs Chinois
imitentun
mouéle,
Matière &
compofition
de; moules,
126 VOYAGES DANS L'EMPIRE
grate plufieurs fois pour diminuer l'épaifleur & la rendre tranfparénte, en
l'humectant un peu , de peur qu’elle ne fe brisät fi elle étoit trop féche. Lorf.
qu'elle eft fortie du moule, elle doit être doucement roulée, fans être plus
ferrée d'un côté que de l'autre , parce qu’autrement elle n’auroit point une
parfaite rondeur.
Les grandes piéces de porcelaine fe font à deux reprifes. Trois ou quatre
hommes en foutiennent une partie fur: la roue , tandis qu'on leur donne ler
forme; & l'on y joint l'autre partie, lorfqu'elle eft féche, avec un morcern
de la même matière, qui étant bien humectée dans l'eau, tient lieu de ciment
ou de colle. On fait fécher foigneufement ie vafe entier , après quoi l’on n'a
befoin que d'un couteau pour achever de polir la jointure. Elle ne paroît pas
moins unie que le refte après avoir été verniflée. On applique de même ke
anfes, les oreilles, les bas-reliefs & d’autres parties. Les ouvrages moulés &
canelés, ceux qui repréfentent des animaux, des figures grotefques, des pa.
godes, des brutes, & qui font commandés par les Européens, confiftent auf
en trois ou quatre piéces, qui font jointes. finies avec des inftrumens pro:
pres à les creufer & à les polir. On y ajoûte différentes couches, qui leur man.
quent en fortant du moule, Les fleurs & les ornemens, qui paroiïffent gravés
fur la porcelaine, n'y font qu'imprimés, avec des cachets & des moules.
Lorsqu'on donne aux ouvriers Chinois un modéle qu'ils ne peuvent imiter
avec la roue, ils en prennent l'impreflion avec une efpèce de terre, & fai
fant leur moule en plufieurs piéces pour le féparer du modéle, ils le laiffent
doucement fécher. Lorfqu'on veut s’en fervir on l'approche pendant quelque
tems du feu; aprés quoi on le remplit de la matière de porcelaine, à pro.
portion de l'épaifleur qu'on veut lui donner. On preffe avec la main dans
tous les endroits, puis on préfente un moment le moule au feu. Aufli-tôt h
figure empreinte fe détache du moule par l’aétion du feu, laquelle confume
un peu de l'humidité qui colloit cette matière au moule. Les différentes
piéces d'un tout, tirées féparément, fe réuniflent enfuite avec de la matière
de porcelaine un peu liquide. L’Auteur vit des figures d'animaux qui étoient
toutes maflives. Les artiftes laiffent d’abord durcir la maîle. Enfüite lui don
nant la forme qu'ils fe font propofée, ils finiffent leur ouvrage avec le ci.
zeau , ou par la jonétion des parties qu’ils ont travaillées féparément. Il ne
refte qu’à le vernifler ou à le cuire; après quoi ils le peignent , le dorent &
le font cuire une feconde fois. Les porcelaines de cetté efpèce, qui font d’une
éxécution difficile & qui fe vendent fort cher , doivent être garanties foigneu-
fement du froid. Lorfqu’on néglige de les faire fécher également, les par-
ties qui reftent humides ne manquent point de fe fendre. On évite cette
difgrace en faifant du feu dans les laboratoires.
LEs moules fe font d'une terre jaune & grafle, qui fe trouve près de King-
te-ching. On commence par la bien pétrir, & lorfqu'elle s’eft un peu endur-
cie, on la bat fortement [{ au feu.] Enfuite, lui donnant la figure qu’on fe pro-
pofe, on l’acheve fur la roue. Si l'on veut hâter l'ouvrage, on fait un grand
nombre de moules, afin de pouvoir employer plufieuts troupes d'ouvriers à la
fois. Avec un peu de foin, ces moules durent long-tems. S'ils s'altèrent, on
peut facilement les réparer (q).
LES
pag, 342. & fuivantes,
(g) Chine du Père du Halde,
À jette de l’eau
fait rouges,
: ple ne faifoit
| cela dans un
- palpable dan:
Les Pe
plus habile
fance des r
en fçait ord
dre fur la p
des animau
La parti
grand nom!
cle coloré,
peintes enfu
& de monta
figures hum
ON fait d
efpèce reffe
rouge fouffé
rempe.. E
ces efpèces
LES Anne
l'azur (r), <
ration. 10. (
dans le fable
pilon ne font
tranfvafe l'ea
—,
quoi mettant
| me en pâte,
.ON aflüra
ou dans la ter
roître un peu
fant.. Sa forr
doigt , mais p
très-rare & ne
peignant une
le Tfui (s) qu
de marchandif
lang & huit t
ur, qui ne ce
ils l’once,
LE vernis:
une livre dans
eff une petite «
Couvert au bef
(r) C'eft le lap
' À
(5) On a là c
nte, en
>. Lorf
tre plus
int une
DU quatre
nne leur
morceai
e Ciment
i l'on n’a
aroît pas
même les
noulés &
, des pa:
tent aufl
nens pro:
leur man.
nt gravés
iles.
ent imiter
e, & fai
e laiffent
t quelque
e, à pro-
nain dans
ufli-tôt la
confume
lifférentes
a matière
1 étoient
e Jui don:
rec Île ci-
t. Ilne
orent &
ont d’une
s foigneu-
| les par
rite cette
5 de King-
eu endur-
on fe pro-4
un grand
rriers à la
rent, 0
LES
Les Peintres Chinoisen porcelaine, qui fenomment #/ha-peys, ne font pas
plus habiles ni moins pauvres que les autres ouvriers. Ils n’ont aucune connoif-
fnce des régles. Un Européen qui s'eft mélé quelques mois du même métier,
en fçait ordinairement autant qu'eux. ( ‘ependant ils ont une méthode de pein-
dre fur la porcelaine, fur les gazes, le. éventails & les lanternes, des fleurs,
des animaux & des payfages, qui méritent de l'admiration.
La partie de la peinture eit divifée, dans la même manufaëture, entre un
grand nombre d'ouvriers. L'un n'a pour emploi que de former le premier cer-
cle coloré, qui doit être autour des bords. Un autre trace les fleurs, qui font
sintes enfuite par un troifième. Les uns font chargés des figures de rivières
& de montagnes. Les autres, de celles d'oifeaux & d'autres créatures. Les
figures humaines font ordinairement les plus mal éxécutées.
ON fait de la porcelaine de toutes fortes de couleurs. Celle d’une certaine
efpèce reffemble à la compofition de nos verres-ardens. D'autres font tout-à-
fait rouges, [ & parmi celles-là, lesunes d'un rouge a l'huile ; & d’autres d'un
rouge foufflé,] avec de petits points qui reffemblent à nos peintures en dé-
wempe.. Enfin d'autres repréfentent des payfages, enluminés d'Or. ‘Toutes
ces efpèces font d'une beauté extraordinaire, mais extrémement chères.
Les Annales de King-te-ching rendent témoignage qu'anciennement le Peu-
l'azur (r), que les Chinois appellent Lyau & dont l’Auteur donne la prépa-
sation. 10. On le fait calciner, en l’enterrant l'efpace de vingt-quatre heures
dans le fable de la fournaife avant qu'elle foit échauffée. On l’enferme pour
cela dans un vafe de porcelaine bien lutté. Enfuite on le réduit en poudre im-
- palpable dans de grands mortiers, [ de porcelaine ] dont le fond & la tête du
D pilon ne font pas vernis. On le pañle au fas, & l'ayant mis dans un vafe verni, on
| jette de l’eau bouillante par deflus. On l'agite pour en ôter l'écume, & l’on
| tranfvafe l'eau fort doucement. Cette opération fe répéte deux fois; aprés
quoi mettant le bleu dans un mortier, tandis qu'il eft encore humide & com-
: me en pâte, on le broye fort long-tems.
| ON affüra l’Auteur que cet azur fe trouve au fond des Mines de charbon,
ou dans la terre rouge qui en eft ordinairement voifine. Lorfqu'on en voit pa-
roître un peu fur la furface, on eft sûr d'en trouver beaucoup plus en creu-
fant.. Sa forme, dans les Mines, eft celle d’un petit lingot de la groffeur du
doigt , mais plus plat que rond. L’azur groflier eft affez commun: le fin çft
tès-rare & ne fe diftingue pas facilement à la vûe. On le met à l'épreuve en
peignant une tafle & la faifant cuire Si l'Europe produifoit ce bel azur, &
le Tjui (5) qui eft une charmante efpèce de violet, elle ne pourroit envoyer
de marchandife plus recherchée à Xing-te-ching. La livre de tfui s'y vend un
lang & huit tfyens, qui reviennent à neuf francs. Une boëte de Iyau ou d'a-
ur, qui ne contient que dix onces, fe vend deux lyangs; c’eft-a-dire, vingt
ils l’once.
LE vernis rouge eft compofé de T/yau-fau, ou de couperofe. On en met
une livre dans un creufet, bien lutté avec un autre. Au fommet du fecond
et une petite ouverture, qu’on couvre de manière qu’il puifle être aifémentdé-
couvert au befoin. On place, autour, des charbons allumés; & pour rendre
(#) C'eût le lapis-armenus.
(5) On a là ci-deflus Z/ym. L'erreur eft d'un côté ou de l'antre,
DE LA CHINE, Liv. Il Car. IL. 127
| ple ne faifoit ufage que de porcelaine blanche. On la peignoit d'abord avec
la
PoncELaINE
Di LA CHINE,
Peinture de
la porcelaine.
Diverfes
couleurs dela
porcelaine.
L'ancienne
étoit blanche,
le
Comment
$s Chinois
préparent l'a-
Zt
il,
Où l’azur fe
trouve,
ge
de
Vernis rou.
» Compofé
couperofe, :
PORCELAINE
DE LA CHINE.
Vernis blanc,
Vernis verd.
Vernis jaune,
Poudre de
cuivre,
Rouge foufé,
VOYAGES DANS L'EMPIRE
125
la réverbération plus ardente, on l'environne de briques. La matière n'eft ar.
rivée à fa perfection qu'après que la fumée noire ayant ceflé il s'élève une pe.
tite vapeur. On en prend alors un peu, qu'on humeëte dans l’eau & dont on fait
l'effai fur du bois de fapin. Elle doit produire un rouge luifant. On la retire
du feu, & lorfquelle cit bien réfroidie, on trouve au fond du creufet une pe.
tite pâte rouge. Mais le plus beau rouge s'attache au creufet fupérieur. Une
livre de couperofe fournit quatre onces de vernis rouge.
4. Quoique la porcelaine foit naturellement blanche & qu'elle acquiére
encore plus de blancheur par le glacé, onne laïfle pas de la revetir quelquefois
d'un vernis blanc. 11 fe fait avec la poudre d'un caillou tranfparent, qu'on fait
calciner au feu comme le Lapis-armenus où l'azur. On méle avec une once de
cette poudre une autre once de cérufe, ou de blanc de plomb pulvérifé, qui
entre aufli dans la compofition des autres couleurs. Par éxemple, pour le ver.
nis verd, on joint à une once de cérufe & à une demi-once de poudre
de caillou, trois onces d'un autre ingrédient que les Chinois nomment
Tong-wha-pyen, & qui, fuivant les informations que l'Auteur put fe procurer,
doit être compofé des plus fines écailles du cuivre battu au marteau. Le ver
ainfi préparé, devient comme la mère du violet, qui fe fait par l'addition d'.
ne certaine quantité de blanc & qui eft plus ou moins foncé, füuivant le deg
du verd. Le jaune fe fait en mêlant fept dragmes de blanc préparé avec trois
dragmes de couperofe rouge. Toutes ces couleurs, appliquées fur la porcehi.
ne après qu'elle a été bien verniflée & bien cuite, ne paroïffent point jufqu
ce qu’elle foit remife au feu. Suivant le Livre Chinois, l'enduit fe fait ave
de la cérufe, du falpêtre & de la couperofe. Mais les ouvriers chrétiens ne
parlérent au Père d'Entrecolles que du blanc de plomb, mêlé avec la couleur
lorfqu’on la fait diffoudre dans de l’eau gommée.
L'HuiLE rouge, que les Chinois nomment Tu-li-bong , elt compofée
poudre de cuivre rouge & de celle d’une pierre ou d’un caillou rougeitre. Un
Médecin Chrétien aflura le Miflionaire que cette pierre eft une forte d’aln,
qui fert aux ufages de la Médécine. On bat le tout enfemble dans un mor
tuer, en y mêlant de l'urine & de l'huile de Pe-yeu. Mais l’Auteur ne put di.
couvrir la quantité de ces ingrédiens. Les Chinois en font un fecret. Ils éter.
dent leur compofition fur la porcelaine, fans employer aucune aûtre forte à
vernis, avec beaucoup d'attention pour empêcher qu’en la faifant cuire ellene
coule au fond du vafe. La poudre de cuivre fe fait avec du cuivre & du plomb
féparé des lingots d'argent de bas alloi qui fervent de monnoie. Avant la cor.
gélation du cuivre fondu, on trempe légérement dans l’eau une petite brok,
qu'on fecoue par le manche pour en faire tomber quelques goutes fur le cuivre.
Cette afperfion fait lever, fur la furface, une peau qu’on lève avec de petites
pincettes de fer & qu’on plonge dans de l’eau froide. C'elt'de cette peau que
fe'forme la poudre decuivre, & le moyen de l’augmenter eft de répéter la mè-
me opération. L’Auteur juge que fi la couperofe étoit diffoute dans l’eau-for-
te, cit: poudre de cuivre fcroit encore plus propre à la peinture rouge
Mais ies Chinois n’ont point l’art de compofer l'eau-forte, [non plus que lea
régale. | :
Pour une autre forte de porcelaine, qui fe fait avec du Che-vi-hong ou du
rouge fouflé, on prend une pipe, dont on couvre un bout, d'une fine gx,
qu'on applique fur Ja poudre rouge bicu préparée, La gaze prend la ae
Snfuitc
Enfuite
verte à |
plus chèr
la compo
de. On ft
vouloit f:
que la po
Les man
férvices d
LE rot
méle avec
mélange fi
corpore a
de poiffon
Pour faire
& trois fu
de fable, 4
ON fait
fuens de p
pyen. On
qu'on fait
pouillée d
.compofitio
A l'égar
lyang de c
huit lis de
Un tiers de
tiers de ver
feuille un p
Pour f:
peu épaife,
chaux & bo
leur, on co
blanc s’inco:
UN lyang
lis d'azur,
tent huitlis
femble au vi
fit à fes quef
que c’eft par
On en trouv
& fe vend ur
Orfévres l'en
mune ou de «
(t) Voyez ci
melüres,
(v) Chine du
VIIL Part.
left ar.
ine pe-
on fait
a retire
une pe.
. Une
iCquiere
lquefois
a’on fait
once de
fé, qui
r le ver.
poudre
L1omment
rocurer,
Le verd
tion d'u-
le degri
vec trois
porcelai
nt jufqu'i
fait avec
'étiens ne
la couleur
pofée de
âtre. Un
te d’alun,
s un mor
e put dé:
Ils éten.
forte dk
ire ellene
du plomb
nt la con.
te brok,
le cuivre.
de petites
peau que
er la mè-
l'eau-for-
re rouge
s que l'eau ÿ
ong où du
ne ga,
1 poudre.
Eniutc
mefüres,
DE LA CHINE, Liv. Il Car. Il 129
Fnluite foufflant par l'autre bout de la pipe fur la porcelaine, on la voit cou-
verte à l'inftant de petites taches rouges. Cette efpécede porcelaine eft encore
plus chère & plus rare que les précédentes, parce qu'il y a plus de difficulté à
la compofer. Le bleu fe fouflle beaucoup plus facilement par la même métho-
de. On pouroit parfemer la porcelaine de taches d'Or & d'Argent, fi l'on en
vouloit faire la dépenfe. On employe la pipe pour fouffler aufi le vernis, lorf:
que la porcelaine eft fi mince & fi fine qu’on ne peut la porter que fur du coton.
Les manufaétures de King-te-ching offrirent à l'Empereur Kang-hi quelques
fervices de cette efpéce.
Le rouge de Tfau-fau, ou de couperofe, fe fait de la manière fuivante. On
méle avec un lyang, ou un taël de cérufe, deux t/yens (t) de ce rouge. Ce
PorcerAiNe
DE LA Cuin»,
Rouge de
Téau-fau, oi
mélange fe fait à fec, en les paflant enfemble dans un tamis. Enfüuite on les in- de couperofe,
corpore avec de l’eau & de la colle commune, réduite en confiftence de celle
de poiflon; ce qui fait tenir le rouge fur la porcelaine & l'empêche de couler.
Pour faire du blanc, on joint à un lyang ou une once de cérufe, trois tfyens
& trois fuens de poudre impalpable d’une pierre tranfparente, calcinée au feu
de fable , & l’on n’y employe d'eau que pour l'incorporation (vu).
O x fait un verd-foncé en y ajoûtant uniyang de cérufe, trois tfyens & trois
fuens de poudre de cailloux, & huit fuens, ou près d'un tfyen de Tong-wha-
pyen. On a déja remarqué que le tong-wha-pyen n’eft que la petite écaille
qu'on fait fortir du cuivre, en le battant au marteau lorfqu il a été fondu, dé-
pouillée des moindres particules du même métal qui ne font pas propres à la
.compofition du verd,
A l'égard du jaune, il fe fait en ajoûtant à la compofition précédente un
Verd foncé,
Compoñition
lyang de cérufe, trois tfyens & trois fuens de poudre de caillou, & un fuen du jaune.
huit lis de rouge pur. Quelques-uns mettent deux fuens & demi de rouge.
Un tiers de verd fur deux tiers de blanc font un verd de Mer fort luifant. Deux
tiers de verd foncé, fur un de jaune, font le verd Æu-lu, qui reffemble à la
feuille un peu flétrie. ;
Pour faire le noir, on réduit l'azur, dan, l’eau, à la qualité de liqueur un
Compofition
peu épaifle, en y mélant de la colle ou de la glue commune, macérée dans la du nor.
chaux & bouillie en confiftence. Après avoir peint la porcelaine de cette cou-
leur, on couvre de blanc les places enduites; & lorfqu’on la remet au feu, le
blanc s’incorpore avec le noir, comme le vernis commun avec le bleu.
UN lyang de cérufe, trois tfyens trois fuens de poudre de caillou, & deux
lis d'azur, forment un bleu-foncé qui tire fur le violet. Quelques-uns y met-
tent huit lis d’azur. Le violet-foncé fe fait de T/yu, pierre ou minéral qui ref-
femble au vitriol-romain. L’Auteur crut pouvoir conclure des réponfes qu’on €
fit à fes queftions, que le T/yu, ou le Tjui, fe tire des Mines de plomb, &
que c'eft par cettç raifon quil s’infinue comme la cérufe dans la porcelaine, Tfvu.
On en trouve à Canton. Mais celui qui vient de Peking pañle pour le meilleur
& fe vend un lyang huit tfyens ( x ) la livre. Lorfqu'il eft fondu ou adouci, les
Orfévres l'employent comme de l'émail ,avec une couche légère de collecom-
mune ou de colle de poifflon, pour le foutenir dans fa beauté. On le réduit
en
(t) Voyez ci-deflus l'article des poids & f(x) C'eft-à-dire neuflivres de France, ou
environ huit fchellings trois fols ,; monnoie
(v) Chine du Père du Halde, pag. 343 d’Angicterre, |
VIII Part, R ;
Bleu foncé,
Violet fon-
ù
Le
Tfui, ou
%
Ÿ
?.
?,
%», >
ES
Bi
ii
L£
108
Li
125
8?
ru
«=
|
zu
> 0 EE —
G Œ LE
aus
[es
O
«un
z}
<?
À
SN
PORCELAINE
DE LA CHINE,
Maunicre de
dorer & d’ar-
&thter la por-
éclaine,
Le vermillon
re fouffre
point un feu
trop ardent,
Porcelaine
nommée
Whang-lu-
van,
#
Porcclaine
noire,
Noir lui-
fant, nommé
U-king,
. deux d'huile de cendre de fougère brûlée avec de la chaux.
130 VOYAGES DANS L'EMPIRE
en poudre fine, qu’on remue dans un vafe d’eau pour la nétoyer. Le crift:]
tombe au fond. En s’humeétant ainfi, il perd fon luftre & paroît devenir cou.
leur de cendre. Mais l'éclat de fon violet lui reVient, auffi-tôc que la porce.
laine eft cuite. Il fe foutient aufli long-tems qu’on le fouhaite; & lorfqu'on
commence à peindre, il fufht de l'humecter avec de l'eau, mélée d’un peu de
colle commune. L’Auteur obferve que cet enduit, comme tous les autres, ne
s'applique qu'après la première cuiflon de la porcelaine.
Pour la dorer ou l'argenter, on met deux fuens de cérufe avec deux tfyens
de feuilles d’or ou d'argent qu'on a fait foigneufement difloudre. L'argent eit
d'un grand luftre fur le vernis de 7/i-kin. Mais les piéces argentées ne doivent
pas demeurer aufñi long-tems dans la fournaife que les piéces dorées, parce
que l'argent difparoîfroit avant que l'or.fût arrivé à la perfeétion de fon luftre.
On prend quelquefois des piéces qui ont été cuites dans la grande fournaife,
mais qui ne font point encore verniflées ; & fi l’on veut les avoir entièrement
de la même couleur, on les trempe dans le vafe où le vernis eftpréparé. Mais
fi l’on fouhaite que les couleurs foient variées, comme celles d'une efpèce de
porcelaine nommée Æ/hang-lu-van, qui font divifées en quarrés verds, jaunes,
&c. on y applique ces diverfes couleurs avec un grand pinceau. C'eft à quoi
fe réduit toute l'opération pbur cette porcelaine; à moins qu'après l'avoir fait
cuire dans le grand four, on ne mette un peu de vermillon à la bouche de
quelques animaux ,ou qu'on n'y ajoûte quelqu'autre ornement. Le vermillon,
qui n'eft pas d’ailleurs fort durable, difparoîtroit dans le feu; De même, dans
la feconde cuiflon, les piéces doivent être placées au fond de la fournaife, &
deffous le foupirail, où l’ardeur du feu eft moins violente, parce qu'un feu trop
violent ne manqueroïit pas de ternir les couleurs.
CELLES qu'on employe pour ces fortes de porcelaines demandent les pré.
parations fuivantes. Pour le verd, on prend du tong-wha-pyen, du falpêtre &
de la poudre de caillou; mais l'Auteur ne put être informé dans quelle pro-
portion. Lorfque ces ingrédiens ont été réduits féparément en poudre impal-
pable, on les incorpore enfemble dans de l’eau. Le bleu leplus commun, mé.
lé avec du falpêtre & de ja poudre de caillou, forme le violet. Le jaune fe fait
en mêlant trois tfyens de couperofe rouge avec trois onces de poudre de cail:
lou & trois onces de blanc de plomb: Pour faire le blanc, on. mêle quatre
tfvens de poudre de caillou avec un lyang de cérufe.
LA couleur de la porcelaine noire, nommée U-myen, tire fur le plomb &
reflèmble à celle des verres‘ardens. L'or qu'on y ajoûte la rend encore plus
agréable, On mêle trois onces d'azur avec fept onces d'huile cofimune de
pierre, & l'application ne fe fait qu'après qu'on a fait fécher-la porcelaine,
En variant les proportions, on rend la couleur plus ou moins foncée. Lorf-
que la piéce eft cuite on applique l'or, & la feconde cuiffon fe fait dans une
fournaife particulière.
LE noir-luifant ou de miroir, nommé U-king, qui doit fon origine au ca-
rice de la fournaife, fe donne à la porcelaine en la trempant dansun mélange
iquide d'azur préparé. Cette compofition doit avoir vn peu d'épaifleur, Avec
dix onces d'azur en poudre on mêle une tafle de Tji-kin, fept de Pe-yeu &
Ce mélange pro-
duit fon vernis dans R& cuiflon. Mais il faut placer la porcelaine de cette efpé-
ON
ce vers le centre de Ja fournaife, & non près de l'arche, où le feu a toute
fon ardeur,
ouvr
cette
elle |
féche
L,
la mc
efpéc
de re
lant f
d'huil
Dans
petite
ne rer
On
mutatil
(y) ©
fut 1) pl
prendre
Purcelain
Le criftal
venir cou-
> Ja porce-
: lorfqu'on
un peu de
autres, ne
deux tfyens
argent eit
ne doivent
ées, parce
> fon luftre.
fournaife,
entièrement
paré. Mais
e efpèce de
ds, jaunes,.
C'eft à quoi
; l'avoir fait
1 bouche de
» vermillon,
même, dans
ournaife, &
u’un feutrop
dent les pré-
du falpêtre &
s quelle pro-
eudre impal-
mmun , Imè-
e jaune fe fait
dre de cail-
mèle quatre
le plomb &
encore plus
ofhmune de
: porcelaine.
cée. Lorf-
ait dans une
rigine au Ca-
sun mélange
difleur, Avec
de Pe-yeu &
élange pro*
e cette elpé-
feu a toute
ON
DE LA CHINE, Liv. Il. Car. IL 131
! ON fait une efpéce de porcelaine prefque percée à jour, comme les ouvra- porceranne
gus de découpure, avec la tafle au milieu; c'eft-à-dire, que la tafle ne fait De La Cnine..
qu’une feule piéce avec la partie découpée, L’Auteur n'en vit point de cette Porcelaine
forte. Mais il en vit une autre, fur laquelle on avoit peint, d'aprés nature, Percée à
des femmes Chinoifes & ‘l'artares. La draperie, le teint & les traits du vifage iii
-étoient fort bien exprimés. De loin, ces ouvrages paroïifloient émaillés.
IL faut obferver que l’huile de pierre blanche, employée feule fur la porce-
laine, en fait une efpèce particulière, nommée Tjui-ki, qui eft remplie d'une
infinité de veines & comme marbrée ; de forte que dans l'éloignement elle pa- Autr2 efpé.
roît avoir été brifée en piéces qu’on a pris la peine de rejoindre, comme un © "0muée
ouvrage à la mofaïque ou de piéces rapportées (y). La couleur que dorfhe nl
cette Ruile eft un blanc un peu cendré. Si le fond de la porcelaine eft bleu,
elle paroît marbrée, & comme fendue, aufli-tôt que la couleur commence à
fécher. 4
La porcelaine qui fe nomme Long-tfeun, tirant fur couleur d'olive, étoità Long-tfeum,
la mode pendant que le Pê:e d'Entrecoles étoit à la Chine. Il en diftingue une Porcclaineàla
efpéce, que les Chinois nomment T/ing-ko, du nom d’un fruit qui a beaucoup AE
de reffemblance avec l’olive. On donne cette couleur à la porcelaine en y mé- DR
lant fept tafles de tfi-kin avec quatre tafles de pe-yeu, environ deux tafles
d'huile de fougère & de chaux, & une tafle de tfui-yeu ou d'huile de caillou.
Dans ce mélange, le tfui-veu fait paroître fur la piéce un grand nombre de :
petites veines. Mais lorfqu'il eft appliqué feul, la porcelaine eft caffante &
ne rend aucun fon.
ON fit voir à l’Auteur une cfpèce de porcelaine, nommée Tau-pyen ou Tranf- Piéce de por-
mutation. Les ouvriers s’étoient propofés de faire un fervice de rouge foufflé. celaine, nom-
Mais ils en perdirent plus de cent piéces, & celle dont il eft queftion étoitfor- MéeTranfmu-
tie de la fournaife comme une efpèce d’agathe. FU
Lorsqu'on fe prépare à dorer la porcelaine, on broïe l'or avec beaucoup piécauti
de foin; & le faifant diffoudre dans une taffe jufqu’a ce qu'il prenne la forme pont (ne dbme
d'une forte d'hémifphère, on le laiffe fécher dans cette fituation. Pour enfaire re.
ufage, on le diffout par petites parties dans de l’eau de gomme. Enfüuitéeayant
incorporé trois parties de cérufe avec trente parties d'or, on applique ce mé-
lange fur la piéce comme toutes les autres couleurs. Comme l'or fe ternit un
peu, quelque-t2ms après cette opération, on lui rend fon luftre en humeétant
la piéce avec de l'eau fraîche & le frottant enfüite avec une pierre d’agathe.
Mais il faut obferver de le frotter toûjours dans le même fenss par éxemple
de droit à gauche. d
_Pour empêcher que les bords de la porcelaine ne s’altèrent, on les for- Commenton
tifie avec de la poudre de charbon, qui doit être de bambou fans écorce (2) fortifie les
& mêlée avec du vernis, auquel ce charbon donne une couleur gris-cendrée. ue
On applique cette compolition, avec un pinceau, fur les bords de la piéce
lorfqu'on eft prêt à la mettre fur la roue. L'Auteur crait que le charbon
de bois de faule, ou plûtôt de fureau, qui participe un peu à la nature qu
N bambou,
(y) C'eft l'ehéce dont le Père le Comte (3) Les ouvriers prétendent que les cen-
fut le plus frappé. IL fuppofe qu'on lui fait dres de l'écorce ou de la peau, feroient fendre
prendre cette qualité en expolant à l'ait la la porcelaine dans la fournaire,
purcelaine cuite, pag. 150.
R 2
PORCELAINE
DELA CHINE,
Manicre de
jui donner
uue blancheur
eKktraordinai-
IC.
Ménageinent
des places
dans la four-
naite,
Fleu foufñlé.
Fieures en
Yelief,
Autre forte
de porcelaine,
Conjetture
de l'Auteur
fur l’art de
peindre le
vérre,
132 VOYAGES DANS LEMPIRE
bambou , peut tenir lieu de cette canne en Europe. Il obferva auffi qu'a.
vant que Er ed le vernis fur la porcelaine, particulièrement fur la plus
fine, on s'efforce de la rendre unie en applaniffant les plus petites inégalités
avec un pinceau compofé de trés-petites plumes, qu'on trempe dans l’eau pou:
le pañler fur toute la piéce.
Lorsqu'on veut donner une blancheur extraordinaire à. la porcelaine,
foit par goût pour cette couleur, foit pour la peindre, la dorer & la faire
cuire enfuite, on mêle creize tafles de pe-yeu avec une tafle de cendre de
fougère, qu’on rend également fluides. La piéce, fur laquelle on applique
cg vernis, doit être expofée à la plus grande chaleur de la fournaife. Mais
cette chaleur cft fi violente, que pour les piéces qu'on ne veut peindre qu’en
bleu, on ne met que fept taflès de pe-yeu fur une de cendre de fougère & de
chaux ; fans quoi la couleur ne paroîtroit point au travers après la cuiflon.
L’AuTEuUR obferve encore que la porcelaine fur laquelle on applique un
vernis qui contienne beaucoup de cendres de fougère, doit être cuite dans
une partie tempérée de la fournaife; c'eft-à-dire, âprès les trois premiéres
rangées, à la diftance d’un pied ou d'un pied & demi du fond. Si elle étoit
placée au fommet, les cendres iroient bien-tôt en fufion & couleroient au fond
de la piéce (a). Il arrive la même chofe à l’Huile rouge, au Rouge foufflé, au
Long-tfeun; ce qui doit être attribué à la poudre de cuivre qui entre dans ce
vernis. La place du fommet convient à la porcelaine qui eft enduite de cfui-
yeu; vernis qui produit des veines femblables à celles du marbre.
LorsQuE la piéce eft entièrement bleue, on la trempe dans le Lyan ou
l'azur, préparé dans l’eau & réduit en jufte confiftence. Pour le bleu fouf.
flé, qui fe nomme Tjui-t/ing, on employe le plus bel azur, préparé de la ma-
nière qu’on a décrite. On le fouffle für la piéce ;: & lorfqu'il eft fec on y ap-
plique le vernis ordinaire, ou feul, ou mélé avec le T/ui-yeu fi l'on veut qu’elle
{oit veinée. :
UELQUES ouvriers tracent fur l’azur fec, avec une longue aiguille, foit
qu'il foit foufllé ou non, des figures, qui paroïffent fort diftinétement lorfque
ja piéce a reçu fon vernis & fa cuifon. 11 y a moins de travail qu'on ne s’i-
magine à la porcelaine relevée en bofles, qui repréfentent des fleurs, des Dra-
ons & d’autres figures. Après les avoir tracées, il fuffit de faire de petites
entaillures à l’entour, pour leur donner du relief, & de les vernifler enfuite.
L'AuTEuR remarqua une autre forte de porcelaine, dont il rapporte la
compofition. Après y avoir appliqué le vernis ordinaire, on la fait cuire. En-
fuite on la peint & on la fait cuire encore. Souvent on n’a recours à la feconde
cuiffon que pour cacher les défauts de la piéce, en appliquant des couleurs aux
cndroits défeétueux. Cette furaddition de couleurs plaît à quantité de perfon-
nes; mais ordinairemert elle n'empêche point qu'on n’apperçoive des inégali-
tés fur la piéce. L'incorporation des couleurs avec la porcelaine verniffée & cui-
te par le moyen ue la cérufe, fit conjeéturer à lAuteur que fi l'on employoitla
cérufe dans les couleurs dont on peint le verre, & qu’on le mîtune feconde fois
au
\ : fivetont
(a) Si l'on mettoit un liard de cuivre au toutes les eafes & toutes les piéces qui fcroient
fommet d'une des premières piles, il fondroit au-defous.
bien-tôt, & la liqueur métallique perceroit
E Juiv
La po
fendro
équiva
lorfqu’
afperfi
côté e)
gèreme
chaque
foûten:
mentées
trecolles
re, fur
enclos d
tre ce
pied, e3
cfpèce d
(b) Ch
auffi qu'a
fur la plua
inégalités
l’eau pour
jorcelaine,
& la faire
cendre de
n applique
ife. Mais
indre qu’en
ugère & de
cuiflon.
applique un
cuite dans
; premières
Si elle étoit
jent au fond
e foufflé , au
tre dans ce
uite de cfui-
Je Lyan où
e bleu fouf-
ré de la ma-
fec on y ap-
veut qu'elle
iguille, foit
hent lorfque
qu'on ne S'i-
s, des Dra-
e de petites
fer enfuite.
rapporte la
t cuire. En-
à la feconde
ouleurs aux
é de perfon-
des inégali-
iffée & cui-
employoitla
feconde fois
au
ces qui fcroient
DE LA CHINE, Liv. Il. Car. IH. 133
au feu , l'ancien art de la peinture féroit peut-être facile à retrouver. Ilobfer-
ve à cette occafon, que les Chinois avoient anciennement l'artde peindre, fur
les dehors de la porcelaine, des figures de poiflons & d'autres animaux qui
ne fé montroient fur une taffe que lorfqu’elle étoit remplie de quelque liqueur.
Cette porcelaine fe homme Xya-/ing, c'eft-à-dire, Azur snis en preffe. On n'a
confervé qu’une petite partie de cet admirable fecret. Les vafes qu'on vouloit
peindre dans ce goût devoient être fort minces. On appliquoit fortement les
couleurs au dedans, & l’on y peignoit ordinairement des poiflons, parce que
l'éxécution en étoit plus sûre. La couleur ayant féché, on y étendoitune légère
couche de pâte de porcelaine. Enfuite, appliquant le vernis du côté inté-
rieur, on mettoit le vafe fur la roue, pour rendre l'extérieur aui mince qu'il
étoit pofible. Enfin, l'ayant trempé dans le vernis , on le faifoit cuire dans
Ja fournaife commune. On peut dire, ajoûte l’Auteur , qu'a préfent même
les Chinois ont le fecret de faire revivre le plus bel azur après qu'il a difparu ;
car lorfqu’on l'applique fur la porcelaine il eft d'un noir pile, au-lieu qu'étant
fec & vernifé il'devient blanc : mais le feu dévelope enfüuite toute la beauté
de fes couleurs.
APRÈS tout, il faut un art extrême pour appliquer l'huile ou le vernis
avec l'égalité néceffaire & dans la jufte quantité que demande cette opération.
La porcelaine mince & légère reçoit deux couches fort délicates. Elle fe
fendroit à l'inftant fi les couches étoient trop épaifles. Ces deux couches font
équivalentes à une feule, qui eft la dofe ordinaire pour la fine porcelaine
lorfqu’elle eft d’une compofition plus forte. La premiire ne fe fait que par
afperfion, & l'autre, en trempant la piéce. On la tient d’une main , par le
côté extérieur, au-deffus du pot de vernis; tandis que de l’autre on arrofe lé-
gèrement l'intérieur, jufqu’à ce qu'il foit tout-à-fait verniflé, Auñi-tôt que
chaque piéce paroît féche de ce côté-là, on met la main en dedans; & la
foûtenant avec un petit bâton par le milieu du pied, on la trempe prompte-
ment dans le pot. L’Auteur a déjà fait remarquer que le pied demeure fans
forme. En effet, on ne le met fur la roue, pour le creufer, qu'après que la
piéce a reçu le vernis. On peint alors dans le creux un petit cercle, & fou-
vent un caraétère Chinois. Enfüuite l'ayant verniffé à fon tour ;. on porte la
piéce du laboratoire à la fournaife (b).
5. Les petites fournaifes peuvent être de fer; mais ordinairement elles
font de terre, Celle que le Père d’Entrecolles eut la curiofité de voir, étoitde
Ja hauteur d’un homme & de la grofféur d’un tonneau. Elle étoit compofée
d’une forte de grandes tuiles quarrées, épaifles d’un demi-pouce, longues d’un
demi-pied & larges du double (c), placées l’une für l’autre & fort bien ci-
mentées. On les avoit rangées dans cet ordre avant que de les cuire. D’En-
trecolles ajoûte que cette fournaife étoit élevée d’un pied au-deflus de la ter-
re, fur deux ou trois rangées de briques épaifles, mais petites, avec un bon
enclos de maçonnerie, qui avoit trois ou quatre foupiraux vers le fond. En-
re ce mur d’enclos & la fournaife , on avoit laiflé un efpace d'environ un demi-
pied, excepté dans deux ou trois endroits, qui Étant remplis, formoient une
cfpèce de fupport ou d’archoutant pour l'édifice.
ON.
(Bb) Chine du Père Du Halde, pag. 345. (ce) Angl. longues d’un pied & demi, &.
uiv, larges d'un pied. R. d, E,
à
POnCRLAINE
pe LA Caire,
Peinture fin-
gulière des
Chinois,
Is font revi-
vre la couleur
del'azur,
æe
Conftruttion
des fournai-
fes,
PORCELAINE
* pg LA CHINE,
Comment on
y range la
porcelaine.
Manière de
la cuire.
Adreffe des
porteurs Chi-
nois.
L 3
Cafes qui fer-
vent.à faire
cuire {a por-
celaine.
Leur arrane
geinent dans
la fournuife.
Précautions
pour toucher
alaporcelai-
ue.
134
VOYAGES DANS L'EMPIRE
ON met dans les fournaifes toute la porcelaine qui doit être cuite pour la
feconde fois, les tafles en pile l’une fur l’autre & les petites dans les gran-
des, mais de manière que les côtés peints ne puiflent fe coucher, parce
que le moindre frottement leur feroit nuifible. Lorfqu’elles ne peuvent être
placées dans cet ordre, on les met par rangées dans la fournaife, de bas en
haut, en les couvrant de tuiles de la même terre que la fournaife, ou même
de cafes deftinées à cet ufage. On couvre le fommet, de la même brique
dont l’enclos eft compofé , qu’on cimente avec du mortier ou de la terre
humeétée, en laiffant une ouverture au milieu pour obferver les progrès de
l'opération. Enfuite on allume une grofle quantité de charbon, qui fe diftri.
bue fous la fournaife, au fommet & dans les intervalles qui font entre le
mur d'enclos. Lorfque le feu devient ardent , on jette les yeux de tems cn
tems par l'ouverture , qui n’eft couverte que d’une piéce de pot café. Aufñi.
tôt que la porcelaine a pris fon glacé & des couleurs vives & luifantes , on
commence par retirer le feu, & l’on retire enfuite toutes les piéces. L’Au-
teur a vû fouvent, avec beaucoup d'admiration , deux planches longues &
écroites, chargées de porcelaine, fur les épaules d'un porteur , qui traverfoit
avec cette charge plulieurs rues pleines de paflans, fans brifer aucune partie
de fon fardeau.
Devanr les fournaifes eft une efpèce de porche, où l'on tient quantité
de cafes ou de boëtes de terre pour y renfermer la porcelaine en la mettant
dans la fournaife. Chaque piéce a fa boëte ou fon étui , foit qu’elle ait un
couvercle ou non. Les couvercles s’attachent fi peu au corps de la piéce,
qu'un petit coup de la main fuffit pour les féparer. Une feule cafe fert pour
diverfes petites piéces , telles que les taffés à thé, &c. On y met un lit de
fable fin, parfemé de poudre de Kau-lin, afin que le fable ne s'attache point
au pied de la taffe. Sur la première cafe on en place une autre, qui eft rem.
plie de mème & qui la couvre entièrement , fans toucher aux piéces de por-
celaine qui font deflous. Toute la fournaife fe trouve ainfi remplie de gran-
des piles de cafes ou de boëtes de terre.
À l'égard des plus petites piéces, qui font renfermées enfemble dans une
grande cafe ronde, chacune eit placée fur un petit plat de terre, de l'épais.
fur d'un écu & d’une largeur fuffifante pour la foutenir. Cette bafe eft par-
femée auifi de poudre de Xau-lin. Lorfque ces cafes ont une certaine largeur,
on ne met point de porcelaine au milieu, parce qu'étant trop loin des côtés,
elle manqueroïit de force pour fe foutenir; ce qui feroit capable d'endomma-
ger toute la pile. Ces cafes font ordinairement hautes de quatre pieds. Une
partie de leur nombre n’eft pas cuite, non plus que la porcelaine. En y
mettant les piéces , l'ouvrier fe garde foigneufement d'y toucher , dans la
crainte d’y caufer quelque défordre ; car rien n’eft plus fragile. Il les cire de
Ja planche avec un petit cordon, attaché aux deux pointes d’une fourche
de bois, En tenant la fourche d’une main, il difpofe le cordon comme il
doit l'être pour embrafler la piécé; il la fouleve ainfi fort adroitement, &
Ja met fur fon plat dans la cafe, avec une vîteffe incroyable.
Les deux cafes qui forment le fond de chaque pile, demeurent vuides,
parce que le feu ne s’y fait point aflez fentir, D'ailleurs elles font couver-
tes, en partie, du fable qu’on met au fond de la fournaife, & qui eft né-
ceflaire pour fupporter les piles, dont la hauteur n’a pas moins de fept pieds
au
an
me
fes ,
pirau
la pl
fortes
jointe
re fi
flam
T o
difting
fonds
eft un
l'hyve
en Eté
Si le
plus é
tienne
dant ul
eut
Éia q
moins 4
des pilé
ON
de mag
l'arche
nement
toifes d
fommet
ne telle
deflus f
ont par
pots ca!
veut re
plus pro
de fer.
fournaif
largeur
planche
ferme au
des piéc
jour. D
ieule cui
(4) 4
te ouvertu
& de fum
te pour la
s les gran-
ler, parce
uvent être
de bas en
y Où même
me brique
de la terre
rogrès de
h fe diftri-
nt entre Île
de tems cn
aflé. Auf.
ifantes , on
ces. L’Au-
longues &
ui traverfoit
cune partie
ent. quantité
| la mettant
ju’elle ait un
de la piéce,
fe fert pour
net un lit de
ttache point
qui eft rem.
éces de por-
plie de gran-
ble dans une
| de l'épais-
bafe eft par:
aine largeur,
n des côtés,
d’endommi-
- pieds. Une
aine. Eny
er, dans la
Il les cire de
une fourche
comme il
itement, &
ent vuides,
ont Couver-
qui eft né-
e fept pieds
au
DE LA CHINE, Lrv. Il. Cravr». IL
135
au milieu. On ne remplit pas non plus la cafe du fommet, par la mé-
me raifon. La fournaife ne laifle pas d'être entièrement pleine de ca-
fes, excepté dans les endroits qui font immédiatement au-deffous des fou-
piraux. Le milieu eft occupé par la plus fine porcelaine ; le fond, par
la plus groflicre ; & l'ouverture, par celle dont les couleurs font les plus
fortes. Toutes les piles font placées fort près l’une de l’autre, & font
jointes au fommet & au fond, comme au milieu, par des piéces de ter-
re fi bien difpofécs, qu’elles laiffent de toutes parts un paflage libre à la
flamme.
Tourte forte de terre n’eft pas propre à la compofition des cafes. On en
diftingue trois fortes: Une terre jaune, affez commune, dont on compofe les
fonds ; une autre, qui fe nomme Lan-lu, & qui eft plus forte; la troifième
eft une terre huileufe, nommée Teu-tu. Les deux dernières fe tirent, pendant
l'hyver, de certaines Mines fort profondes, auxquelles on ne peut travailler
en Eté. On fait les cafes, ou les caïfles, dans le voifinage de King-te-ching.
Si le mélange des terres eft dans une égale proportion, elles coutent un peu
plus, mais durent long-tems. Lorfque la terre jaune prévaut, elles ne foû-
tiennent guères plus de deux ou trois cuiflons fans fe brifer en piéces. Cepen-
dant une cafe brifée ou fendue fe lie fort bien avec une branche d'ofier, qui
peut même brûler dans la fournaife fans que la porcelaine en fouffre. On prend
foin que la fournaife ne foit pas remplie de cafés neuves, & que la moitié du
moins ait déja paflé par le feu: Celles-ci font placées au fommet & au fond
des piles, & les neuves au milieu. 4
ON bâtit les fournaifes à l'extrémité d’un long porche, qui fert tout à la fois
de magafn & de [retraite pour les foufilets,] c'elt-à-dire ,au même ufage que
l'arche dans:les verreries. Suivant l'Auteur Chinois, elles n’avoient ancien-
nement que fix pieds de haut fur quatre de large. Elles ont aujourd’hui deux
toifes de hauteur & prefque le double de largeur, La voûte, ou le rond du
fommet, fe rétrécit à mefure qu'il s'approche des foupiraux (d ). Elle eft d’u-
ne telle épaifleur, aufli-bien que le corps de la fournaife, qu'on peut marcher
deflus fans être incommodé par le feu. Outre cette ouverture, les fournaifes
ont par le haut cinq ou fix trous, comme autant d'yeux, qui font couverts de
pots cafés, pour tempérer le feu par la communication de l'air. Lorfqu'on
veut reconnoître en quel état et la porcelaine, on découvre le trou qui cft le
plus proche du grand foupirail, & l'on ouvre une des cafés avec des pincettes
de fer. Si la cuiffon eft aflez avancée, on difcontinue le feu, & la porte de la
fournaife demeure quelque-tems ouverte (e). Chaque fournaife a dans toute fa
largeur un foyer profond & large d'un ou deux pieds. On le pañle fur une
planche pour arranger les piéces de porcelaine. Lorfque le feu eft allumé, on
ferme aufli-tôt la porte du foyer, en n’y laiffant qu’une ouverture pour y jetter
des piéces de bois longues d’un pied. La fournaife eft d'abord échauffée nuit &
jour. Deux hommes fe relevent pour y jetter continuellement du bois. Une
feule cuiflon en confume ordinairement cent quatre-vingt charges. Ancienne-
ment,
Cd) Angl. du grand foupirail. C'eft par cec- Ce) 43h demeure quelque tems fermée,
te ouverture que Jortent les tourbilons defiamme KR, AŸL
(? de fumée, K. d, E,
PorceLAINe
D£ LA CHINE.
Terres dont
on compofe
les cafvs.
Forme & fi.
tuation des
fournaifes.
Leur foyer. .
Manière
dont on les é-
chauffe,
PORCELAINE
DE LA CHINE,
Quand fa
porcelaine
«doit êtretirée
du feu,
Comment les
ouvriers réfi-
{tent à l'ar-
deur du feu.
Dangers de
la porcelaine
dans la cuif-
fon.
Quantité de
Marchands
s'y ruinent,
-fent immédiatement fur le bois, fur le feu & fur la porcelaine même.
cit encore moins au goût des Chinois (£g).
136 VOYAGES DANS L'EMPIRE
ment, fuivantun Auteur Chinois, on en brûloit deux cens quarante Charges,
& jufqu’à deux cens foixante lorfque le tems étoit pluvieux, quoiqu’alors les
fournaifes fuflenc de la moitié moins grandes qu'aujourd'hui, Le feu étoit mc.
diocre pendant les fept premiers jours; mais il devenoit fort ardent le hui.
tième.
IL faut obferver qu’autrefois les cafes, ou les caiflés, dans lefquelles la peti.
te porcelaine eft renfermée, avoient d'abord été cuites à part, & qu’on n'ou.
vroit la porte de la fournaife que cinq jours après l'extinétion du feu. Les four.
naifes pour la grande porcelaine demeuroient fermées l’efpace de dix jours,
Aujourd'hui, l’on attend à la vérité quelques jours pour tirer la grande porc.
Jaine de la fournaife, parce qu’autrement elle pourroit fe fendre ou fe brifer;
mais pour la petite, fi le feu ceffe le foir, on fe hâte de la tirer le lendemain
au matin, dans la feule vûe peut-être d'épargner du bois. Comme elle eft à.
Jors brûlante, l’ouvrier qui la tire fe fert d’une efpèce de longue fronde, qu'il
porte fufpendue au col (f). -
Dans les petites fournaifes, la porcelaine demande d’être tirée lorfqu'on
s’apperçoit qu’elle eft d’un rouge de feu vers le fond, que les piéces, placées
en piles, peuvent être diftinguées l’une de l’autre ; que celles qui font peintes
commencent à paroître unies, & que les couleurs font incorporées avec la
terre, comme le vernis s’incorpore avec l'azur fin, par la chaleur de la gran-
de fournaife. A l’égard de la porcelaine qui cuit pour la feconde fois dans l
grande fournaife, on juge qu’il ne manque rien à fa perfeétion, 1°. lorfque
les cafes font rouges de chaleur; 2°. lorfque la flamme commence à devenir
blanchâtre ; 3. lorfqu'après avoir tiré une piéce des cafes fupérieures & l'a.
voir life réfroidir, le vernis & les couleurs fatisfont l’ouvrier; 43. lorfque
le fable devient luifant au fond de la fournaife. D’Entrecolles admira beau.
coup qu'après avoir vû brûler cent quatre-vingt charges de bois à l'entrée de
la fournaife , ilne reftât point de cendres dans le foyer. Les ouvriers qui entre.
tiennent les feux, doivent être bien précautionnés contre leur ardeur. On prétend
qu’ils mettent du fel dans leur thé, pour en boire beaucoup fans être incommodécs
de l'excès. Mais comment s’imaginer qu'une liqueur falée puiffe appaifer la foif
Toures les cuiflons ne réufiffent point heureufement. 1l arrive af
fouvent que l’entreprife manque, & qu'il ne refte de la porcelaine & des cales
qu'une mafle informe, & fort dure. Un excès de chaleur dans le feu, on
quelque défaut dans lescafes, peut ruiner entièrement l'ouvrage. Il n’eft point
aifé de régler les degrés du feu, parce que les moindres variations de l'air agif
Ainf
pour un que la fortune favorifel’on voit cent ouvriers ruinés, [ & qui ne laif.#
fent pas de tenter fortune, dans l'efpérance de pouvoir amafler dequoi lever
boutique de Marchand.] On ne doit pas être étonné par conféquent que là
porcelaine foit fi chère en Europe. D'ailleurs celle qu'on y envoye et faite
ordinairement fur de nouveaux modéles, la plûpart fi bizarres, que n'étant
pas toûjours goûtée , le moindre défaut devient un prétexte aux Européens
pour la refufer. Alors elle demeure néceflairement à l'ouvrier, parce qu'elle
IL
ñ
(f) Chine du-Père Du Halde, pag. 343.
& füuivantes,
(g) Ibid. pag. 348.
-ou
tred
fea
dell
par
res (
s’éle
pofé
difti
ture
Mar
cher
O
eft p:
ai de
neine
en ef
& l'o
C
propa
d'une
pù fai
plus d
nécef
de les
Jaiffan
grla mé
chafe:
L'R
Emper
vriers.
nos Ca
& den
Je du f
ces ou:
réuffit.
chacun
mi-pie
comma
petite
torze t
heureu:
+ La
profeffi
dans l’é
fur fes |
tant de
VIII
nte charges,
iqu'alors les
feu étoit mé.
rdent le hui.
quelles la peti-
{ qu'on n'ou-
eu. Les four.
de dix jours.
rande porce.
ou fe brifer;
le lendemain
me elle eft à:
fronde, qu'il
irée lorfqu'on
éces, placées
i font peintes
orées avec la
ur de la gran-
e fois dans la
, 1°. lorfque
nec à devenir
rieures & la.
3 4. lorfque
admira beau.
à l'entrée de
iers qui entre-
r. On prétend
incommodés
ppaifer la foif?
arrive afez
e & des cales
s le feu, où
Il n’eft point
de l'air agi!
nême. Ainf
Se qui ne lil.
dequoi lever
quent que la
oye eft faite
que n'étant
x Européens
parce qu'elle
IL
DE LA CHINE, Lrv. Il. Cuar. ll. 197
ÆL faut confefler, à l'honneur de la Chine, que les Artiftes du pays font des
-ouvrages fi furprenans, qu'un Etranger les croiroit impoñlibles. Le Père d'En-
trecoles vit, par éxemple, une lanterne, de la grandeur de celle d'un Vaif
feau, compofée d’une feule pièce de porcelaine, & dans laquelle une -chan-
delle fuflifoit pour éclairer toute unechambre. Elle avoit été faite fept ans au-
paravant par l’ordre du Prince héréditaire. Le même Mifionaire vit des jar-
res de porcelaine hautes de trois pieds, fans y comprendre le couvercle, qu
s’élevoit encore d'un pied, dans la forme d'une pyramide. Elles étoient com-
pofées de trois piéces, mais jointes avec tant d'habilcté, qu'on n’auroit pà
diftinguer la jointure. : On lui raconta que de vingt-quatre piéces de cette na-
ture, huit feulement avoient réuñi. Elles avoient été commandées par des
Marchands de Canton pour étre tranfportées en Europe; car les Chinois n’a-
chetent point de porcelaine d’un fi grand prix.
ON en vante une autre efpèce, dont la compofñition eft trés-difficile & qui
eft par conféquent d’une extrême rareté. lle eft exceflivement mince, unie
ai dehors comime au dedans, & revêtue néanmoins de fleurs & d’autres or-
nemens qui paroiffent gravés. Aufi-tôt qu’elle eft fortie de la roue, -on la jette
en effet dans un moule gravé, oùHlintérieur de la piéce prend ainfi lesfigures,
& l’on rend le dehors auili mince qu'il eft poflible avec un cizeau.
CEPENDANT les Chinois ne peuvent éxécuter tous les ouvrages qu’on leur
propofe. On leur demande quelquefois, pour l'Europe, des furtous de table
d’une feule piéce & des quadres de tableaux; mais les plus grands qu'ils ayent
pô faire n'ont jamais été de plus d'un pied. Lorfqu'ils ont voulu leur donner
plus d’étendue, ils ont eu le chagrin de les voir tomber en piéces. L’épaiffeur
néceflaire à ces ouvrages les rend extrêmement difficiles ; de forte qu’au-lieu
de les compofer folides, on fait deux dehors creux, qu'on tâche de joindreen
Jaiffant un vuide dans l'intervalle. On met feulement au travers une piéce de
gérla même matière, qui laiffe un enfoncement de chaque côté, [pour les en-
chaffer dans des ouvrages de menuiferie.] :
L'Histoire de King-te-ching parle de divers ouvrages ordonnés pat les
Empereurs, & dont le fuccès n’a pas mieux répondu aux efpérances des ou-
vriers. Le père de l'Empereur Kang-hi en uemanda plufieurs de la forme de
nos caifles d'orangers, pour y nourrir du poiflon. Ils devoient avoir trois pieds
& demi de hauteur ; l’épañffeur des côtés der ic être de quatre pouces, & cel-
Je du fond, d’un demi-pied. Les ouvriers +. : ‘aillèrent l’efpace de trois ans à
ces ouvrages & firent deux cens çaifles; mais 1l n’y en eut point une feule qui
réuffit. Le même Empereur defira-des ornemens pour le front d'une galerie,
chacun de la hauteur de trois pieds, d’un pied & demi de largeur, & d’un de-
mi-pied d'épaifleur. Mais ils ne pûrent être éxécutés. Le Prince héréditaire
commanda aufi divers Inftrumens de mufique, particulièrement une efpéce de
petite orgue, nommée T/eng, de la hauteur d’un pied & compofée de qua-
torze tuyaux dont l'harmonie eft affez agréable. Le fuccès ne fut pas plus
heureux.
La ftatue de Pu, qui eft le Patron des ouvriers en porcelaine (car chaque
profeffion a le fien ) doit fon origine à la difficulté qu’ils trouvent quelquefois
dans l’éxécution de ces modéles. Un Empereur ayant ordonné quelques piéces
fur fes propres idées, l’ouvrier qui fe trouva chargé de cette entreprife conçut
tant de chagrin de fe voir maltraité par les Officiers pour avoir mal réuñi,
VIII. Part, S que
PoncerArNe
DL LA CHINE,
Ouvrages
furprenans
des Chinois,
Ouvrages
qui ne peu-
vent être Éxé-
cutés en
porcelaine.
Ouvrares
commandés
par les Empe-
reurs,
Origine du
Patron de la
porcelaine,
PoncrLarwe
D LA CHIN£,
Inttrumens
muficaux de
cétte maticre.
Grotefques
& autres figu
res en porcc-
laine.
Si l'ancien-
neett préféra-
bleàla mo-
derne.
Vieille por-
celaine con-
trefaite.
138 VOYAGES DANS LEMPIRE
ue dans fon défefpoir il fe précipita au milieu d'une fournaife, où il fut con:
umé par les flammes. Cependant les autres ouvrages de porcelaine qui étoient
alors dans la même fournaife, en fortirent fi beaux & fi conformes au goût de
l'Empereur, que le malheureux ouvrier pafla pour un Héros & devint enfuite
l'Idole qui préfide à la porcelaine.
uorQUu'on n'ait pû réuflir à faire une orgue, on a trouvé le moyen de
faire des flutes, des flageolets & d'autres Inftrumens qui fe nomment Twn.b,
compofés de neuf petites plaques rondes, un peu concaves, qui forment dif.
férens tons. On les fufpend dansun quadre, à différentes hauteurs, & les frap.
pant comme un tympanon, on en tire un tintement qui s'accorde fort bien
avec les autres Inftrumens $& même avec la voix. Mais les ouvriers excellent
particulièrement dans l'éxécution des grotefques & dans la repréfentation des
animaux. Ils font des canards & des tortues qui nâgent fur l’eau. L’Auteur vit
la figure d'un chat au naturel. On lui avoit mis dans la téteune lampe, dont la:
flamme formoit les deux yeux. Les rats en étoient cffrayés pendant la nuit,
On voit fortir aufli dans les manufaétures de porcelaine quantité de ftatues,
fur-tout de la Deéfle Quanin, qui eft fort célébre à la Chine & que les femmes
invoquent pour obtenir la fécondité. Elle eft repréfentée avec un enfant dans
fes bras. L’Auteur la compare aux ftatues antiques de Venus & de Diane, a-
vec cette différence, que celles de Quanin font extrémement modeftes.
Les opinions des Chinois font partagées fur la préférence de la porcelaine
ancienne ou moderne. On:s’eft imaginé fauffement en Europe, que la meilleu:
re doit avoir été long-tems enfevelie dans la terre, À là vérité, il arrive quel:
uefois qu'en creufant de vieilles ruines ou nétoyant des puits, on y trouve
excellentes piéces, qui y ont été mifes à couvert dans des tems orageux. Mais
l’Auteur déclare qu'ayant vû dans plufieurs endroits d’autres piéces, qui étoient
probablement fort anciennes, il ne les trouva pas comparables aux ouvrages
d'aujourd'hui; d'où il conclut, qu'autrefois comme à préfent il y avoit de la
porcelaine à tout prix. Les Chinois achetent.fort cher les moindres piéces du
fiécle de Tun & de Chun, deux de leurs premiers Empereurs, lorfqu’elles ont
confervé leur beauté, qui fait leur unique prix. ‘Tout ce que la ‘porcelaine
gagne à demeurer long-tems en terre, eft d'y prendre une couleur d'yvoire ou
de marbre, qui devient une preuve de fa vicilleffe.
SurvanT les Annales de King-te-ching, certaines jarres coutoient ancien.
nement jufqu’à cinquante-huit ou cinquante-neuf lyangs, qui reviennent à plus
de quatre-vingt écus. : Les mêmes Annales ajoûtent qu'on bâtifloit exprès une
fournaife pour chaque jarre, & qu'on né ménageoit pas la dépenfe. ‘ Le Man.
darin de Ring:texching, ami de l'Auteur, fit préfent aux protééteurs qu'il avoit
à la Cour, d'un Ku-tang ou de plufieurs vieilles piéces de porcelaine, qu'il
avoit eu l'art de faire lui-même, ou plûtôt de contrefaire. Il y avoit cm-
ployé un grand nombre d'ouvriers. La matière de ces fauflés antiquités eft une
terre jaunâtre, qui fe trouve près de King-te-ching. Elles font fort épaifles.
Une feule piéce, dont le Mandarin fit préfent au Péred'Entrecolles, pefoitau-
tant que dix piéces communes. On ne remarque rien de particulier dans cette
efpèce de poréelaine , à l'exception du vernis, qui eft compofé d'huile de
pierre & qui étant mélé d’une groflé quantité d’huile commune, donne à la
piéce une couleur de verd de Mer. Lorfqu’elle eft cuite, on la jette dans un
bouillon fort gras, de quelques chapons & d’autres viandes. Enfüite sou
remife
rem
qu'o
quat
pen
Le f.
le m
Q
moin
étroit:
largeu
manié
King-t
s'élève
te de
qui co!
ue ce
urpret
qu'ils f
portent
la rivié
& forrr
les mai
(b) 2
fort au v
ES
ten
ciens ter
fur des I
pinceau.
il fut con:
jui étoient
u goût de
int enfuite
moyen de
nt Tun-bo,
rment dif.
& les frap-
> fort bien
s excellent
tation des
‘Auteur vit
pe, dont la:
ant la nuit,
de ftatues,
les femmes
enfant dans
> Diane, a-
ftes.
| porcelaine
> Ja meilleu:
arrive quel
n y trouve
geux. Mais
, quiétoient
IX Ouvrages
avoit de la
es piéces du
fqu’elles ont
; ‘porcelaiie
d'yvoire ou
ient ancien:
nent à plus
exprès une
.' Le Man-
rsqu’ilavoit
laine, qu'il
, avoit em-
ités eft une
ort épaifles.
, pefoitau-
r dans cette
s d'huile dé
donne à la
tte dans un
uite Jayant
remife
DE LA CHINE, Liv. Il Cnar. II. 139
remife au feu, on la laiffe repoñer l'efpace d'un mois dans le plus fale mélange
qu'on puille truuvér. Après cette operation, elle pale pour vieille de trois ou
quatre cens ans, ou du moins pour avoir été faite fous la Dynaftie de Ming,
pendant laquelle le goût de la Cour étoit pour la porcelaine de cette épaifleur.
Le faux Xu-tang eft fi éloigné de reffembler au véritable(h), qu'il ne rend pas
le moindre fon lorfqu'il eft frappé, même en l’approchant de l'oreille.
Quoique la porcelaine ne foit pas fi M brrente que le verre, elle eft
moins fujette à fe brifer. La bonne n’eft pas moins fonore que le verre. Si le
diamant coupe le verre, on s'en fert aufñli pour raccommoder la porcelaine
brifée, en yfaifant, comme avec une aiguille, de.petits trous par lefquels on
fait pafler un fil de leton très-fin. À peine s'apperçoit-on qu’elle ait été caffée.
Cet art forme une profeflion particulière dans l'Empire de la Chine.
KING-TE-CHING a tiré beaucoup d'avantage des fragmens de la porcelaine
qui s’ybrife, &dela multitude de fes fours. On y bâtit fans celle, & l’on n'y voit
point une maifon qui ne foit entourée de murs. Les briques, qui font longues & lar-
ges, ne fe pofent point à plat, mais decôté. Elles font rangées alternativement
avec leur face & leur côté en dehors, & liées par une légère couche de mor-
tier. Le dos du mur eft conftruit de même. Ces murs deviennent plus
étroits en s'élevant, de forte qu’au fommet ils n’ont qu’une feule brique de
largeur & de longueur, les éperons des briques traverfières étant placés de
manière qu'ils ne rencontrent point ceux du côté oppofé. Ainfi les murs de
King-te-ching font creux & femblables à des cafes à deux faces. Comme ils
s'élèvent par degrés, on remplit les cavités de pots cafés, fur lefquels on jet-
te de la terre détrempée en mortier clair, qui lie tout dans urie feule mañle &
qui contient les briques dans leur afliette. On croiroit, dans l'éloignement,
ue ces murs font compofés en belle pierre, grife & polie. Ce qu'il y a de
urprenant, fuivant le même récit, c’eft qu’ils durent des fiécles entiers lorf-
qu'ils font couverts de bonnes tuiles. Mais il faut obferver aufli qu'ils ne fup-
portent jamais aucun ouvrage de charpente. L’ufage des Chinois cft d'em-
ployer des piliers de bois fort maflifs pour foûtenir ces conftruétions.
Le refte des fragmens de la porcelaine & des cafes fe jette fur les bords de
la rivière, au-deffous de King-te-ching. Ilretferre infenfiblement le canal (i)
& forme à la fin un efpace allez folide pour aggrandir la Ville par les nouvel-
les maifons qu'on y bâtit.
(b) Angl. Le faux Ku-tang refflemble fi
i) Chine du Père Du Halde, pag. 351.
fort au véritable. R. d. E, (i) pag. 35
& fuivantes.
& VIIL
Encre, Papier & Pinceaux des Chinois, €ÿ leur manière d'imprimer
€ÿ de relier les Livres.
LT manufaétures de papier font fi curieufes à la Chine, qu’elles ne méri-
ciens tems de l'Empire, les Chinois n’avoient point de papier.
fur des planches & fur de larges piéces de bambou. Au-lieu de plume ou de
pinceau, ils fe fervoient d’un ftile de fer, ou d'un poinçon, Ils Fons
S 2 même
Porcer.AIN®
DL LA Cine,
Comparai.
fon de la por-
celaine & du
verre.
Ufage qu'on
fait à King te-
ching des
fragmens de
porcelaine.
Manière
dont les murs
y font con-
ftruits,
Ce qui Ex
. L è : voit autrefois
tent pas moins d'attention que la foie & la porcelaine. Dans les plus an- je papier à la
Ils écrivoient Chine.
D'APIER
p® LA CHIN£.
De quoi lepa-
pier Chinois
«it compolé.
Ses qualités,
Autre efpèce
de papier Chi-
nois.
Remarques
tirées d’un
Ouvrage Chi-
nois fur cette
matière,
140 VOYAGES DANS L'EMPIRE
même fur le métal, & les curicux confervent encore d’anciènnes pliques, fi:
Jefquelles on lit des caraétères fort nettement tracés. Cependant il y a long.
tems qu'ils ont fait la découverte du papier. Quelques Européens admirant fa
fineffe, l'ont pris pour une compofition de foie, fans faire attention que la foie,
ne peut être réduite en pâte (a),
Les Chinois compofent leur papier, qu'ils appellent Chi, dé l'écorce du
bambou & d'autres arbres; mais ils n’en prennent que la feconde peau, qui cit
fort douce & fort blanche. Ils la battent jufqu’à la rendre liquide (2). Les
quadres qu'ils employent pour donner fa forme à la matière, Ant longs & lar-
es. Aufli font-ils des feuilles de dix ou douze pieds de longueur & quelque-
ois plus. Ils trempent chaque feuille dans de l'eau où ils ont fait diffoudre du
Fan, c'eft-à dire, de l'alun; & de-là vient le nom de Papier-fan, qui eft en
ufage à la Chine. L’alun empêche que le papier ne boive l'encre, & lui don-
ne un luftre d'argent ou de vernis. Mais il le rend füjet à fe fendre. Le pa-
pier Chinois eft plus blanc, plus doux & plus compaët que celui de l'Europe. La
furface en eït fi unie, qu'il ne s’y trouve rien qui puifle‘arrêter le pinceau, ni
même en féparer les poils. Cependant, commc il eft compofé d'écorce, il fe
moifit facilement. La poufière s’y attache & les vers s’y mettent; ce qui ne
manque point de corrompre les Livres, à moins qu'on ne prenne fouvent la,
peine de les battre & de les expofer au Soleil.
Ourre cette efpèce, lés Chinois font un. papier de coton, qui eft encore
plus blanc, plus fin & plus en ufage. 11 n’eftpas fujet aux mêmes inconvéniens
jue l’autre, 11 dure aufi long-tems & n’a pas moins de blancheur que célui
e l'Europe. Les Remarques fuivantes font tirées d’un Livre curieux, com-
pofé fous le régne préfent, qui traite de l'invention du Chi ou da papier, de
fa matière, de fes qualités, de fa forme.& de fes différentes efpèces. L'Au-
teur reconnoît qu’il n'y a rien de clair fur fon origine, quoiqu'il la croie fort
ancienne. ,, Les Chinois, dit-il, écrivoient d'abord fur de petites planches
, dé bois de bambou, pañlées au féu & fbigneufement polies, mais couvertes
». de: leur écorce ou de leur peau. C'eft ce qui paroît affèz prouvé par lés
termes de, Kyen & de Tfe, dont on fe fervoit alors au:lieu de Chi, pour ex.
primer la matière fur laquelle on écrivoit. On.tailloit les lettres avec un ci-
zeau, & dé toutes ces petites planches, prefées l’une füt l’autre Ce), on
» formoitun volume. Mais des Livres de cette nature étoient d'un ufage fort
», difficile. Depuis la Dynaftie de Tin, avant la naïffance de Jefus-Chrift,
on écrivoit fur des piéces de foic ou de toile, coupées de la grandeur dont
on vouloit faire un Livre. De-la vient que la lettre Chi cft quelquefois com.
pofée du caraétère Se, qui fignifie Joie, & quelquefois du caraétère Xin,
, qui fignifie de la toile.
, Enfin, l'an 95, fous le Tong-han, ou le Han Oriental, pendant le régne
» de Hoti, un grand Mardarin du Palais inventa une meillèure efpéce de
» papier, quifut nommée LA oer eee ou Papier du Seigneur Ty. Ce Phy-
». ficien trouva Île fecret de réduire en pâte fine l'écorce de différens arbres,
ñ les vieilles étofes de foie & les vieilles toiles, en les faifant bouillir à l'eau,
& d'en compofer. diverfes.fortes de papier: ILen fit, avec les nœuds de
LL
LE
29
5
> foie,
(a) Ceci paraît contredit.cy après. re. Rod: Fi:
Ch) Augl. ils la battent dans de l'eau chi-
(ce) Angl enfilées l’unc après l'autre. R.d.E...
» foi
,, noi
à ER
O1
fujet,
» Kat
» Cett
» ÉCri
» 168
» Kyar
» Un.
» Il fe
n {cri
» Chu,
A!
dont le
fois de
même
J'Empe
ui fe:
fncièrn
LA.
Lettrés
mais CO
bre n’a
les mur
de papi
mens Co
un mot,
velle tou
Uo
fours
l'arbufte
jettons d
les avoir
de fix o
jours da
l'eau cla
Peu de je
fduit ca
fuite dan
dés mort
Ont
(d) Où
(e) Un
Plôfieurs P
fouilles, d
âques, fur:
| y a long.
dmirant fa
| que la foie,
‘écorce du
au, qui cit
(b). Les
ngs & lar-
Y quelque-
iffoudre du
ui eft en
lui don-
e.. Le pa-
curope. La
inceau, ni
orce, il fe
cc quine
fouvent la,
_eft encore
convéniens
que célui
eux, com-
papier, de
cs. L'Au-
croie fort
es planches
couvertes
ivé par lés
» pour ex-
Avec un ci-
e Ge), on
ufage fort
fus-Chrift,
ndeur dont
efois com-
étère in,
t le régne
efpéce de
. Ce Phy-
ns arbres,
lir à l'eau,
nœuds de
> foie;
autre. R.d.F,:.
DE LA CHINE, Liv. Il. Caar. II
141
, foie, un® autre efpice, qui porta le nom de Papier de lin (d). Les Chi-
. nois portérent bien-tôt ces découvertes à leur perfeétion, trouvèrent
, l'art de polir leur papier.
On lit dans un autre Livre, intitulé Su-i-kyen-chi-pr, qui traite du même
fujet, , que dans la Province de Se-chuen le papier fe fait de chanvre; que
» Kau-tfong, troifième Empereur de la grande Dynaftie de T'ang, fit faire de
, Cette Plante un excellent papier, fur lequel tous fes ordres fecrets étoient
» écrits; que dans là Province de F0-kyen, le papier fe fait de bambou; dans
» les Provinces Septentrionales, d'écorce de Meurier, €: dans celle de Che-
kyang, de paille de riz ou de froment. Dans celle de Kyang-nan, on fait
un parchemin de la petite peau qui fe trouve dans les coques de vers à foie.
Il fe nomme Lo-wen-chi. Sa finefle & fa douceur le rendent propre aux: In-
\ fcriptions. Enfin, dans la Province de Hu-quang, Varbre Chu, ou le Ku-
chu, fournit les principales matières pour le papier.
A l'occafon des diverfes fortes de papier, le même Auteur en nomme une
dont les feuilles font ordinairement longues de trois changs (e) & quelque-
fois de cinq. 11 explique comment il eft teint de différentes couleurs , &
même argenté fans qu'on y employe d'argent; invention qu'on attribue à
JEmpereur Kau-ti, de la Dynaftie de Tfi. Il traite du papier des Coréens,
ui fe fait avec lès coques des vers à foie. Enfin, il rapporte que depuis le:
fpsième fiécle ces Peuples payent à l'Empercur leur tribut en papier.
LA confommatiôon da papier eft prefqu’incroyable à la Chine. Outre les
Lettrés, qui en employent une quantité prodigieufe, on ne s’imagineroit ja-
mais combien il s’en confomme dans les maifons particulières. Chaque cham-
bre n'a d'un côté que des fenêtres ou des jaloufies, couvertes de papier. Sur
les murs, qui font ordinairement revétus de plâtre, on applique une couche:
de papier, pour les conferver blancs & unis. Les platfonds font à comparti-
mens couverts de papier, fur lefquels on trace diverfes fortes d'ornemens. En:
un mot, la plus grande partie des maifons n'offre que du papier, qu'onrenous-
velle tous les ans:
QUOTE ne faffe fervir à la compofition du papier que l’intérieur de
plufieurs efpèces d'arbres, on y employe la-fubftance entière du bambou & de
l'arbufte qui. porte le coton. On tire des plus groffés cannes de bambou les re-
jettons d'une année, qui font ordinairement de la groffeur de la jambe. Après
les avoir dépouillés de leur première peau verte, on:les fend en piéces droites
de fix ou -fept pieds de long , pour les faire rouir‘l'efpace d'environ quinze
jours dans un étang bourbeux. On lestire enfuite de la boue, on les lave dans
l'eau claire, & les étendant dans un grand foflé fec, on les y couvre de chaux.
Peu de jours après on les tire encore pour les laver une feconde fois, On les
réduit comme en fil, qu’on fait blanchir & fécher au Soleil, & qu'on jette en-
fuite dans de grandes chaudières, où l'ayant fait bouillir, on le bat enfin dans
dés mortiers pour en faire une pâte fluide.
ON trouve fur les montagnes & dans des lieux déferts une Plante, qui pro-
j duit
LL
(d) Ou p'ûtôt pipier de filaffe. R: d. E. pieds. Ce qu'il ya de furprenant, c’eft que les
Ce) Un Chang et lu mefure de dix pieds: Chinais puiffént ménager des quadres de catte
Plôfieurs Particuliers de Londres ont de c:s grandeur & trouver d’affez grandes cuves pour
feuilles, qui font longues de foisante-dix les y tremper,
CE
RaPienr
DE LA CHIN
9
Ô
Feuilles d’&s
ne prodigiræ
fe grandeur,
©}
Extefive
confomma-
tion de pa-
Diti®
Préparation”
des matériaux
qui fervent au
papier.
Partren
DE LA CHINE.
Plante de
Fau-tong,
qu'on en-
ploye au mê-
me ufagc.
Réfervoirs
où l’on met la
liqueur.
Moules &
quadres.
Compoñition
desgrandes
feuilles de pa-
pier,
Arbres dont
on faitauffi le
papier.
Papier qui fe
fait de Ku-
chu. Detcrip-
tion de cet
arbre,
VOYAGES DANS L'EMPIRE
duit des feps longs & minces comme ceux dela vigne, & dont la peau eft ex.
trêmement unie, Le nom de Hau-tong, que les Chinois lui donnent, exprime
cette qualité. Elle fe nomme aufli Ko-tong, parce qu’elle produit de petits pois
(f) aigfes, d'un verd blanchâtre, qui peuvent fe manger. Ses branches, qui
{ont à-peu-près de la groffeur des feps de vigne, rampent fur la terre ou s'at.
tachent aux arbres. Suivant la doétrine de l’Auteur Chinois, lorfque les bran-
ches du Xo-tong ont trempé quatre ou cinq jours dans l'eau, il en fort un jus
onctueux (g}) qu’on prendroit pour une efpèce de glue ou de gomme. On le
mêle dans la pâte dont fe fait le papier, avec beaucoup d’attention pour n’en
mettre ni trop ni trop peu. L'expérience en apprend la jufte mefure. On bat
ce mélange jufqu’à ce qu’il tourne en eau grafle & épaifle, qu'on jette dansde
grands réfervoirs, compofés de quatre murs de trois ou quatre pieds de hau.
teur, dont les bords & le fond font fi bien cimentés, que la liqueur ne peut ni
en fortir ni s’y imbiber. Alors les ouvriers fe plaçant aux côtés des refer-
voirs, prennent dans leurs moules la furface de cette liqueur, qui devient pa-
pier prefqu’à l'inftant.
Les moules , dont les quadres fe démontent aifément & peuvent fe reffer-
rer ou s’élargir, font faits de fils de bambou, tirés aufli fins que le fil d’ar-
chal par les trous d’une plaque d’acier. On les fait bouillir enfuite dans l’huile
jufqu’à ce qu’ils en foient bien imprégnés, afin qu'ils ne s’enfoncent pas plus
qu'il n’eft befoin pour prendre la furface de la liqueur.
S1 l’on veut faire des feuilles d’une grandeur extraordinaire, on foutient le
quadre avec des cordons & une poulie. Au moment qu'on le tire du réfer-
voir, les ouvriers, qui font placés fur les bords, aident à tirer promptement
chaque feuille. Enfüite ils l'étendent dans l'intérieur d’un mur creux, dont
les côtés font blanchis, & dans lequel on fait entrer, par un tuyau, la cha-
leur d’une fournaife voifine, dont la fumée fort à l’autre bout par un petit fou-
pirail. Cette efpèce d’étuve fert à fécher les feuilles prefqu'aufi vite qu’elles
fe font. |
ENTRE les arbres dont fefaitle papier, on préfère ceux qui ont le plus de
féve, tels que le meurier, l’orme, le tronc du cotonier, la plante de chan-
vre, & diverfes autres plantes inconnues en Europe. On commencé par
gratter légèrement la pellicule extérieure de l'écorce, qui eft verdâtre. En-
fuite on tire la peau intérieure en longues courroies, & les ayant fait blanchir
dans l’eau & au Soleil, on achève de les préparer comme le bambou.
. Maïs le papier dont on fait le plus d'ufage eft celui qui eft compofé de la
peau intérieure du Chu-ku, nommé auffi Æu-chu. C'eft de cet arbre qu’il tire
fon nom de Ku-chi. Lorfqu’on en cafe les branches, l'écorce fe péle faciie-
ment en longues eourroies, comme autant de rubans. Les feuilles reffemblent
beaucoup: à celles du Meurier fauvage; mais le fruit a plus de refemblance
avec la figuc. Il fort des branches fans aucune tige. S'il eft arraché avant
fa parfaite maturité, la place qu’il quitte rend un jus laiteux comme la figue.
En uû mot, cet arbre a tant d'autres rapports avec le figuier & le meurier,
qu’il peut-pañler pour une efpèce de fycomore. Cependant il refflemble nes
plus
font naturellement vifqueux, ou de l'écorce
intérieure du Holly, qui étant pourri & broye
fe réduit en glue,
(f) Angl, de petites poires. R. d, E.
(g) Si le Xo-tong manquoit, on pourroit
peut-être fe fervir des grains de Miffelto, qui
plus
J'éco
midit
dans
Po
le:fo
ratio
en eft
claire
remua
on la
mélan
gaule ;
bâton’
liqueut
par-de
dans u
les Ch
de leu
ILs
‘emplo
colle,
dans u
que l'es
vapeur
on pa
vant q
galité.
fafle au
aprés q!
tendre t
tant do
même u
délayée
de figur
Pou:
comme |
celui qu
de h
uite le ]
le, pour
On broic
l poudre
(b) Ch
& fuivante
(3) Ang
se, KR, d,
peau eft ex.
it, exprime
e petits pois
anches, qui
erre ou S'at-
ue les bran.
fort un jui
nme. On le
n pour n'en
üure, On bat
jette dans de
eds de hau.
ji ne peut ni
s des refer-
devient pa-
ent fe reffer-
: le fil d’ar-
dans l'huile
ent pas plus
n foutient le
re du réfer-
romptement
reux, dont
au, la cha-
n petit fou-
vite qu'elles
nt le plus de
te de chan-
mencé par
dâtre. En:
fait blanchir
ou,
bmpofé de la
pre qu'il tire
péle faciie-
reflemblent
reTemblance
raché avant
me la figue.
le meurier,
mble encore
plus
ou de l'écorce
pourri & broyé
DE LA CHINE, Liv. Il Cnapr. Il. 143
plas à lAdrachne, qui eft une forte d'arboifier, de grandeur médiocre , dont
l'écorce eft douce, blanche & luifante , mais fe fend en Eté, parce que l'hu-
midité Jui manque. Le Xu-chu, comme l'arboifier, croît fur les montagnes &
dans les lieux pierreux (b).
Pour endurcir le papier & le rendre propreàrecevoir l'encre, les Chinois
le font tremper dans de l’eau d’alun. Les Européens appellent cette opé-
ration faner le papier, parce qu’en Chinois, Fan fignifie de l’alun. La méthode
en eft fort fimple. On hache fort menu fix onces de colle commune, bien
claire & bien nette, qu’on jette dans: douze écuelles d'eau bouillante, en la
remuant avec foin pour empêcher qu’elle ne tourne en grumeaux. Enfuite
on la fait difloudre dans (i) trois quarts de livre d’alun blanc & calciné. Ce
mélange fe met dans un grand baflin, au travers duquel on pañle une petite
gaule, ronde & unie. Enfuite, attachant le bout de chaque feuille à un autre
bâton ‘qui eft fendu d’un bout à l’autre, on le laiffe tomber doucement dans la.
liqueur pour y tremper. Lorfqu'il eft queftion de la retirer, on la fait glifler
par-deflus la gaule ronde; après quoi, mettant le bout du bâton qui la tient,
dans un trou du mur, elle y demeure fufpendue pour fécher. C’eft ainfi que
les Chinois donnent à leur papier du corps, de la blancheur & du luftre. Un
de leurs Auteurs reconnoît que cet art leur vient du Japon.
Is ont aufii le fecret d’argenter le papier, avec peu de dépenfe & fans y
employer de feuilles d'argent. Ils prennent fept fuens ou deux fcrupules de
colle, compofée de cuir'de vache, & trois fuens d’alun blanc, qu’ils mêlent
dans une demi-pinte d’eau claire, € qu'ils font bouillir fur le feu jufqu’à ce
que l'eau foit confommée, c’eit-à-dire, jufqu'à ce qu'il ne s’en élève plus de
vapeurs. Alors, étendant quelnues feuilles de papier fur une table fort unie,
on pafle deux ou trois fois deflus un pinceau trempé dans la colle, en obfer-
vant que l’enduit foit égal, & le recommençant lorfqu'il s’y trouve de l'iné-
galité. Enfuite, prenant du talc, préparé comme on va l'expliquer, on le
Ale au travers d’une gañe | pour le faire tomber egalement fur les feuilles ;
après quoi on les fait fécher à l'ombre. Il ne refte, après cela, qu’à les é-
tendre une feconde fois fur la table, pour en ôter le talc fuperflu en les frot-
tant doucement avec du coton. La poudre qu’on ôte ainfi peut fervir au
même ufage pour d’autres feuilles. L’Auteur obferve qu'avec cette poudre ,
délayée dans l’eau & mêlée de coile & d’alun, on neut definer toutes fortes
de figures fur le papier.
Pour là préparation du talc (k) on le choifit beau, tranfparent & blanc
comme la nége, Le talc que les Rufliens apportent à la Chine, l'emporte fur
celui qu’on tire de la Province de Se:chuen. Après l'avoir fait bouillir environ
uatre heures, on le laifle dans l’eau pendant un ou deux jours. On doit en-
fite le laver foigneufement & le battre avec un maillet, dans un fac de toi-
le, pour le mettre en piéces. Sur dix livres de talc on en met trois d’alun.
On broie le tout enfemble dans un petit moulin à bras. Enfuite ayant faffé
la poudre dans un tamis de foie, on la jette dans de l’eau bouillante, qui doit
être
(k) Les Chinois nomment ce minéral Tun-
muache, qui fignifie, Pierre groffe de nuées,
parce que chaque morceau qu'on en caflë cit
une cfpèce de nuée tranfparente,
(b) Chine du Père Du Talde, pag. 336.
& fuivantes.
(5) Angl. On fait difloudre dans ce Mélan-
ge, KR, d. E,
Parier
DE LA Cine,
Perfce&ions
qu'on donne
au papicre
Manière
d'argenterle
papier.
Préparation
du talc pour
cette opéra-
tion.
Parter
DE LA CHINE.
Les Chinois
ont l'art dé re-
nouveller Île
papier,
Prix du pa-
pier,
De quoi
l'encre de la
Chine eft
compofée,
144
VOYAGES DANS LEMPIRE
être répandue ‘lorfqu'elle eft devenue claire. La matitre qui refte an fond,
& qu'on fait durcir au Soleil, doit être auili-tôt réduite en poudre impalpa.
ble dans un mortier. Cette poudre, après avoir été faffée une feconde fois
eft teile qu'il faut pour l’ufage. Ù
ON voit, hors des fauxbourgs de Peking, vis-à-vis les cimetières, un lons
Village, dont les Habitans renouvellent le vieux papier & tirent un prof
confidérable de ce métier. Ils ont l’art de le rétablir dans fa beauté, foit qu'il
ait été employé à l'écriture, ou collé für les murailles, ou mis en carton, où
fouillé par d’autres ufages. Les ouvriers l'achetent à fort vil prix dans les Pro.
vinces. Ils en font de gros amas dans leurs maifons , qui ont toutes un enclos
de murs fort unis, & blanchis foigneufement pour cet ufage. S'il fe trouvedu
papier fin dans leur amas, ils ont foin de le mettre à part. Leur premiére o.
pération confifte à le laver dans un petit efpacepavéen pente, près d’un puits,
en Je frottant de toutes leurs forces avec les mains & le.foulant aux pieds pour
en faire fortir l’ordure. Ils font bouillir enfuite la mafle qu'ils ont paîrie, &
l'ayant battue jufqu’à ce qu’elle ait repris la qualité de papier, ils la mettent
dans un réfervoir ou dans une cuve. Lorfqu’ils en ont une groffe quantité en
réferve, ils féparent les feuilles avec la pointe d’une aiguille, & les attachent
aux murs de leur enclos pour yfécher au Soleil. Ce travail prenant peu de tems,
ils les rejoignent enfemble avec la même propreté (7).
NavarETTE dit que le papier eft fi commun à la Chine, que pour deux
réaux & demi; c’eft-à-dire pour quinze fols, il en acheta cinq cens cinquante
feuilles. 11 ajoûte qu’on en trouve de mille différentes forces, qu'on diftingue
par leur couleur ou par leur finefle, & qu'on en fait de curieufes figures pour
les maifons & pour les Temples (" ).
L'ENcRE de la Chine eft compofée de Noir de lampe, qui fe fait en brûlant
plufieurs fortes de matières, mais particulièrement du bois de pin, ou del’hui.
le (n}), dont on corrige l'odeur en y mêlant des parfums. De tous ces ingrc.
diens on compofe une forte de pâte, qu'on met dans des moules de bois de dif.
férentes grandeurs, pour lui donner différentes formes. Les impreflions qu’elle
yreçoitfont desfigures d'hommes, dedragons, d'oifeaux, d'arbres, defleurs,
&c. Mais la forme générale eft ordinairement celle d'un bâton (0), & d'in
côté, chaque bâton porte toûjours quelques caraétères Chinois. La meilleure
encre fe fait à (p) #Whey-cheu, Ville de la Province de Kyang-nan. C'eft fi
bonté qui eft la régle du prix. Les Européens ont fait des efforts inutiles pour
la contrefaire. Elle eft fort utile pour le deflein, parce qu’on peut lui donner
1e degré d'ombre qu’on juge à propos (4). Les Chinois ont aufli de l'encre
rouge, qu’ils employent principalement pour les titres des Livres. Tout cequi
fe rapporte à l'écriture eff fi précieux à la Chine, que les ouvriers mêmes qui
travaillent à la compofition de l'encre, ne paflent point pour des gens d'une
condition méchanique & fervile.
L'AurEeur
Ang'eterre, qu'on appelle communément En
cre du Japon, eft un quarré oblong, de lalon-
(4) Chine du Père du Halde, pag. 369. &
fuivantes.
(m) Defcription de la Chine par Navaret- gueur de trois pouces,
te, pig. 49. ‘ (p) Voyez ci-deflus.
(g) Du Halde, ubi fup. pag. 370. & Le
(n) Le Comte dit qu'on y employe de la
Comte, pag. 188.
graitle de porc, mélée avec de l'huile.
(o) La foime des bâtons qui viennent en”
éclairé
chent
allumé
forme
qu'il s
pour n
fouille 4
& luifa
ne s’e
doit ét
penfe de
VII,
te au fond,
re impalpa.
conde fois,
res, un long
it un prof:
6, foit qu'il
carton. où
ans les Pro.
es un enclos
fe trouvedu
première o-
s d’un puits,
x pieds pour
t paîtrie, &
s la mettent
quantité en
les attachent
peu de tems,
ue pour deux
ns Cinquante
on diftingue
figures pour
ait en brûlant
, où delhui-
pus ces ingré-
de bois de dif:
effions qu’elle
es, defleurs,
(o), & d'un
La meilleure
an. C'etfi
inutiles pour
ut lui donner
fi de l'encre
Tout cequi
s mêmes qui
es gens d'une
L'AUTEUR
munément En-
long, de lalon-
ag. 370, & Li
‘DE LA CHINE, Liv. IL Car. Il
L'AuTeur Chinois qu'on a cité dans l’article précédent, fournit les Re-
marques fuivantes für l'origine & la nature de cette encre. Il affüre que fonin-
vention eft d’un temps immémorial, mais qu’elle fut long-tems fans parvenir
à fa perféétion. On fe fervoit d’abord, pour écrire, d’une efpèce deterre noi-
re, comme le carattére Ye, qui fignifie Encre, le prouve par fa compofition.
On exprimoit de cette terre, ou plûtôt de cette pierre, un jus ou unfucnoir.
D'autres encore prétendent qu'après l'avoir humeétée, on en tiroit uneliqueur
noire en la broyant fur le marbre. Enfin, cette terre ou cette pierre fe trouve
nommée dans une réfléxion morale de l'Empereur Vu-vang, qui vivoit onze
cens vingt ans avant l’Ere Chrétienne.
Sous les premiers Empereurs de la Dynaftie de Tong, vers l’année 620,
Je Roi de Corée offrit à l'Empereur de la Chine quelques bâtons d’une encre
compofée de noir de lampe. Ce noir venoit de vieux bois de pin brûlé, &
mêlé avec de la cendre (r) de corne de cerf, pour lui donner de la confiften-
ce. Cette encre a tant de luftre qu’on la croiroit couverte d’un vernis. L’ému-
lation des Chinois leur fit trouver, vers l’année 900, le moyen de la porter à
fa perfeëtion.
EN 170oils en inventèrent une autre efpèce, qui fe nomme Yu-me, c'eft-
à-dire, Encre Impériale, parce qu’elle eft particulièrement à l'ufage du Palais.
Elle eft compofée d’huile, dont on raffémble les vapeurs dans un vaifleau de
cuivre concave, en y mêlant un peu de mufc'pour lui donner une odeur 2-
gréable.
La recette fuivante (s), qui eft tirée des Chinois, fait une encre d’un
beau noir; qualité qu'on regarde comme la plus effentielle. Brulez du noir
de lampe & de l'Inde (#) dans un creufet, jufqu’à ce qu'ils ayent tout-à-fait
ceffé de fumer. Faites diffoudre enfuite de la gomme adragante dans de l’eau,
& lorfqu'elle eft parvenue à fa confiftence, ajoutez-y les autres ingrédiens
& mêlez le tout enfemble avec une fpatule, pour en faire une pâte qui puiffe
être mife au moule. Une trop grofle quantité d’Inde rend la pâte dus vio-
let-noir.
Le Père Coutancin, Jéfuite, apprit une autre recette d’un Chinois ‘aufi
éclairé qu’on peut l'être fur cette matière, dans un Pays où les ouvriers ca-
chent fort foigneufement les fecrets de leur art. On met cinq ou fix méches
allumées dans un vafe plein d'huile, qu’on couvre d’un couvercle de fer en
forme d’entonnoir, à la diftance néceffaire pour recevoir la fumée. Lorf-
qu'il s’y en.eft affez raflemblé, on prend une plume d’oye, dont on fe fert
pour nétoyer le fond du couvercle, & l’on fait tomber cette fuye fur une
feuille de papier fec. C'eft le noir dont on fe fert pour faire de l'encre fine
& luifante, La fuye qui s'attache le plus au couvercle eft la plus groffière &
ne s’employe que pour l'encre commune. Celle qu’on a recueillie fur le papier
doit étre bien battue dans un mortier. On y mêle du mufc ou quelqu’eau
parfumée, avec un peu de colle de cuir de vache, pour incorporer les in-
grédiens
145
(r) Angl. avec de la colle. R. d. E.
(s) Du Halde donne une autre méthode
d'après un Auteur Chinois; mais on fe dif-
penfe de la rapporter iei, parce que les noms
VIII. Pert.
des ingrédiens font inconnus en Europe,
(t) C'eft fans doute de l'Inde en maron,
ou le fuc d'Inde mis en pain, qui vient de
Lyau:tong.
T
Encre
DE LA CHIN 8
Remarques
fur fon origi-
ne.
Invention
d'une autre
‘encre.
Recettes
pour la com-
pofition de
différentes
encres de {a
Chine,
Recette du
‘ Pére Coutan-
cin.
Envcree
DE LA CHINE.
Ufage des
Marchands
de Whey-
cheu-fu.
Fournaifes
pour l'encre.
Obfervation
fur le bois
qu'on y brûle,
Régles pour
dittinguer la
bonne encre
de la Chine.
* moins bonne.
146 VOYAGES DANS L'EMPIRE
_grédiens. Lorfque cette compofition a pris la confiftence de pâte, on 1.
met dans des moules, pour lui donner fa forme ; après quoi l'ufage et
de graver deflus, avec un cachet, des caraétères ou des Res en bleu,
en rouge ou en or. On fait enfuite fécher les bâtons au Soleil ou au vent.
Dans la Ville de ÆWhey-cheu-fu, célèbre, comme on l'a remarqué, par la
beauté de fon encre , les Marchands ont de petites chambres où ils entre.
tiennent, jour & nuit, des lampes allumées.. Chaque chambre eft diftinguée
par l’huile qu’on y brûle & par l’efpèce d’encre qui s'y fait. L’encre de Ia
Chine étant à très-bon marché, toutes fes différentes efpèces ne peuvent être
compofées d'huile de Se/amum, ou de gergelin, comme la plûpart des Chinois
fe l'imaginent. Ù
Ox rapporte que dans le diftriét de la même Ville il y a des fournaifes d'u.
ne forme fingulière, pour y brûler le vieux bois de pin & pour conduire la
fumée par de longs tuyaux dans de petites chambres tendues de papier. Après
avoir laiflé aux vapeurs fuligineufes le tems de s’y attacher, on en tire beau-
coup des murs & des platfonds. D'un autre côté, on tire la réfine du bois
par d’autres tuyaux, qui font au niveau du terrain. Les chambres font parfu-
mées de mufc & d’autres drogues, dont l'odeur mélée avec la fuye end celle
de l'encre fort agréable.
Les Miffionaires ont obfervé que la nature du bois qu’on fait brûler con-
tribue beaucoup à la bonté de l'encre. Ils jugent que la fuye qu’on tire des
fournaifes d’une verrerie & dont les Peintres font ufage en Europe, feroit la
meilleure pour contrefaire l’encre de la Chine.
Les Remarques fuivantes font tirées du même Auteur Chinois qu’on à
déjà cité :
10. Pour diftinguer les différens degrés de bonté dans l’encre qui fort
des mains de l'ouvrier, il faut tremper dans l'eau le bout des bâtons, pour
en frotter un vafe du plus beau vernis, qui fe nomme Tan-quang-fi. Lorf.
ue la place de l'encre eft féchée , on lève le vafe au Soleil. Si la couleur
& l'encre n’eft pas différente de celle du vernis, on peut s’aflürer qu’elle eft
de la plus fine efpèce. Si le noir eft tourné en bleuître, elle eft beaucoup
Mais s’il eft couleur de cendre, c’eft la plus imparfaite de
toutes les efpèces.
20, Pour garantir l'encre de toutes fortes d’altérations, il faut l’enfermer
dans une boëte avec un peu d'armoife parfaitement mûre. Si les bâtons de-
meurent expofés au Soleil, ils ne manqueront point de fe fendre & de tom-
ber en piéces.
30. Lorsqu'un bâton d'encre s'eft brifé, il n’eft queftion que d’en ré-
duire, une partie en pâte fur le marbre, d'y mêler les autres morceaux brifés
& de preffer le tout enfemble. Après l'avoir fait fécher l’efpace d’un jour,
on le trouvera auffi ferme que jamais.
49, S1 vous voulez une efpèce d'encre fort délicate, ayez foin de bien la-
ver le marbre avant que de la paîtrir deflus. Il fuffit pour gâter la nouvelle
qu'il y refte tant foit peu de celle qu’on a paîtrie la veille. Obfervez auf
que le marbre doit être lavé avec de l’eau qu'on ait fait bouillir & qu’on ait
laiffée refroidir. Les meilleures pierres pour la préparation de l'encre fe nom-
ment Tuan-che.
5°. L'ENCRE, trop long-tems confervée, ceffe d'être propre à de
e
LE
ui fig:
e plai
ranger
L'AR
la Chin
reffemb
qu'ils n
defquel
des typ
enfemb
ainfi dit
fermant
moyen
Au:
pour ch
à la mél
bois.
à tous
eft vrai
ont de
blent, ;
parées f
fin du v
ches que
(v) CI
& fuivant.
(x) C
& Méimoit
(y) Ti
te, on !1.
ufage ett
en bleu,
Lau vent.
ié, par la
| ils entre.
diftinguée
icre de Îa
uvent être
les Chinois
naifes d'u-
onduire la
ier. Après
tire beau-
ne du bois
font parfu-
rend celle
brûler con-
on tire des
, feroit la
is qu’on à
e qui fort
tons, pour
ne fi. Lorf-
i la couleur
qu'elle eft
beaucoup
parfaite de
l'enfermer
bâtons de-
& de ton-
ie d’en ré-
eaux brifés
d'un jour,
de bien la-
la nouvelle
ervez aufi
& qu'on ait
re fe nom-
à l'écriture,
Elle
DE LA CHINE, Liv. Il Cuar. Il. T47
Elle devient, fi l’on en croit les Chinois, un remède excellent pour la Dyflen-
terie & pour les convulfions des enfans. Ils prétendent que fes parties alka-
lines abforbent les humeurs acides & qu’elles adouciffent l’acrimonie du fang.
La dofe,'pour les perfonnes formées (vu), eft de deux dragmes , dans un
verre d’eau ou de vin.
Les plumes Chinoifes n’ont pas de refflémblance avec celles des Européens.
Ce font des pinceaux de poil, particulièrement de poil de lapin, qui eft le
plus doux. Pour écrire, les Chinois ont une petite table de marbre poli,
avec un trou à l'extrémité pour y mettre de l’eau. Ils y trempent leur bâton
d'encre, en frottant plus ou moïns le côté le plus uni du trou, fuivant le de-
gré de noirceur qu'ils veulent donner à leur écriture. Lorfqu'ils écrivent ,
ils ne tiennent pas obliquement leur pinceau, comme les Peintres; mais per-
pendiculairement, comme s'ils vouloient piquer le papier. Ils écrivent de
droit à gauche & de haut en bas. Leurs Livres commencent comme nous
finiflons les nôtres; c’eft-à-dire, que notre dernière page eft pour eux la
première.
Le marbre, le pinceau , le papier & l'encre, fe nomment Pau-tfe ; mot
ui fignifie Les quatre chofes précieufes. Les Chinois Lettrés prennent autant
à plaifir à les tenir propres & en bon ordre (x), que nos gens de guerre à
ranger & à nétoyer leurs armes. |
L'ART de l’Imprimerie, qui ne fait que de naître en Europe, eft connu à
la Chine depuis-un téms immémorial (y). Mais la méthode des Chinois ne
reffemble point à la nôtre. Comme nos caractères font en petit nombre &
qu'ils ne répréfentent que de fimples fons, ou des lettres, de la combinaifon
defquelles nous formons des mots & des fentences, notre ufage eft de faire
des types féparés, dont chacun a la forme d'une lettre, Enfuite, les joignant
enfemble & les rangeant en lignes l’un après l’autre, nous en formons, pour
ainfi dire, un corps folide de métal, dans une dimenfion bornée; & le ren-
fermant dans un quadre ou un chaflis, nous y imprimons les feuilles, par le
moyen d’une preffe inftituée pour cet ufage. {
Au contraire, les Chinois ayant au-lieu de lettres un caraétère particulier
pour chaque mot, tombent dans une efpéce d’infinité, qui leur a fait préfèrer
à la méthode des types celle de tailler ou de graver leurs compofitions en (2)
bois. L’ufage d’une multitude de types, ou des caraétères, qui répondroient
à tous les mots de leur langue, feroit peut-être impratiquable à la Chine. Il
eft vrai que les Européens peuvent employer autant de cypes que les Chinois
ont de caraétères; mais ce nombre n’eft compofé que de lettres qui fe reffem-
blent, & qui après avoir fervi à la compofition d'une page peuvent être fé-
parées pour la page fuivante, & fervir ainfi d'une page à l’autre jufqu’à la
fin du volume. Au-lieu que les Chinois ont befoin de tailler autant de plan-
ches que leur Livre doit contenir de pages; ce qui les met fouvent dans la né-
ceflité
(vo) Chine du Père Du Halde, pag. 330.
& fuivantes, (3) On fçait que nos premiers Livres fu.
(x) Chine du Père Du Halde, pag. 372. rent gravés de même fur des planches de
& Mémoires du Père le Comte, pag. 184. bois.
(y) Trigaut & d'autres difent fix cens ans
To
avant Jefus-Chrift.
IMrRiIMERIe
CuHiNnorse
Plumes de
la Chine.
Manière
dont les Chi-
nois écrivent,
Art de l’Im-
primerie Chi-
noife. Son an-
cienneté.
Ce quirend
leur méthode
différente de
la nôtre.
IMPRIMERIE
CHINOISE,
Leur manié-
re d'impri-
ucr,
Les Chinois
ont aufli des
types mobi-
les.
Comment ils
impriment
lorfqu'ils font
preflés.
Ferme ordi-
naire de leur
impreflion.
148 VOYAGES: DANS.LEMPIRE
ceflité de fe pourvoir d'une chambre fort fpacieufe pour les matériaux d'un feu
volume. eu +
Ux- Ouvrage qu'on deftine à l'impreffion; eft-tranfcrit par quelque bon
Ecrivain fur un papier fin & tranfparent. Le Graveur colle chaque feuille für
une planche de Pommier, ou de Poirier (4), ou de quelqu’autre bois dur. 1]
rave les caraétères en coupant le refte du bois. Cette opération fe fait avec
tant d'éxattitude, qu'on auroit peine à diftinguer la copie de l'original , foit
qu'il foit queftion de caraétères Européens ou.Chinois ; car les nôtres fe cou-
pent & s’impriment de même à la Chine. | :
CETTE méthode a beaucoup de commodité ; parce qu’elle épargne la: pci-
ne de compofer les caraétéres & qu'on n'imprime les feuilles qu'à mefure qu'on
les vend, fans être expofé,. comme en Europe, au rifque d'en vendre moins
u'on n’en imprime, ou. de-faire les frais d’une nouvelle impreflion (b). ;
CEPENDANT les Chinois n'ignorent point la manière d'imprimer des Eu-
ropéens. Ils ont des caraétères mobiles de bois, pour s’aflürer le pouvoir de
corriger l'Etat préfent de:la Chine, qu'ils impriment à Peking tous les trois
mois. On rapporte que dans les Villes de Nan-king & de-Su-cheu-fu ils im-
priment-de même quelques petits Livres, avec beaucoup de netteté & de cor-
reétion... :
Dans les affaires qui demandent de la diligence, telles qu’un ordre qui ar
rive de la Cour & qui doit étre: imprimé dans l’efpace d’une nuit, ils ont une
autre méthode. Ils couvrent la planche de cire jaune, fur laquelle ils gra-
vent les carattères avec une promptitude furprenante.
1zs n’ont pas-de prefle comme.en Europe. Leurs planches de bois & leur,
papier enduit d'aluns'en accommoderoient mal. . Voici.de quelle manière ils
s’y prennent. Après avoir mis leur planche de niveau & l'avoir bien affer-
mie, ils trempent dans l'encre une brofle dont ils la frottent, avec la-précau-
tion de ne pas l’humeéter trop ni trop peu. Si la planche eft trop humide,
Jes caractères fe confondent; & fi elle ne l'eft point aflez, l'impreflion man.
que de force & ne peut avoir beaucoup de durée. Ils pafent enfuite fur. le
papier une autre broffe, douce & oblongue, en preflant plus ou moins, füui-
vant la quantité d'encre qu’il y a fur la planche. Lorfque la préparation d’en.
cre eft bien faite, ils peuvent imprimer trois.ou quatre feuilles. fans tremper
leur brofle dans l'encre. ê
Pour faire cette encre, ils prennent-du-noirde lampe, le broyent foigneu-
fement & l'expofent au Soleil. Enfuite l'ayant paîlée au fas, le plus fin qu'il
eft poñfible, ils la tempérent avec une liqueur fpiritueufe jufqu'a ce qu’elle ait
pris la confiftence d’une bouillie épaifle, mais fans grumeaux. Ils la fonc dif.
foudre au feu, en y jettant, fur dix onces, une once de colle de cuir de.var
che; après quoi ils la démêlent .dans l’eau, pour la rendre auf claire qu'il
convient (c). | AR
Leur papier eft fi clair & fi tranfparent, qu'il ne peut être imprimé qu
u
l'Auteur donne à l’Imprimerie Chinoife ef
fort mal fondée. Auffi avons nous abandonné
leur méthode, après en avoir ufé d'abord,
K. d, T.
Ke) Du Halde, wbi Jup. pag. 373:
(a) Suivant Navarettr, c’eit le Poirier qui
eit le meilleur.
(b) On croit reconnoitre ici le penchant
des Voyageurs à vanter tout ce qu'ils ont vû
chez les Etrangers ; car la préférence que
U
c
fait de
font pa
fes. Ce
de l’Ar
la Philo
ces diffe
objet &
torique,
Un fage
jugées L
dans cet
tion de «
penfe.
FE IS
con
mières R
dition, la
la voie d
point, ©
& du zet
Pour
qui confi
paralleles
pañées fe
mais qui !
d'un feul
ique bon
euille fur
s dur. Il
fait avec
nai, foit
s fe cou-
ne la- pei-
ure qu'on
dre moins
“b).
r de Eu.
jouvoir de
s les trois
-fu ils im-
& de cor-
dre qui at-
ils ont.une
elle ils gra-
sois & leur,
manière ils.
bien affer-
Ja.précau-
DP humide,
effion man:
fuite fur. le
moins, fui-
ration d’en-
ns tremper
ent foigneu-
lus fin qu'il
e qu’elle ait
la font dif-
cuir de.var
claire qu'il
primé que
d'un
Chinoife cf
bus abandonné
ufé d'abord,
373:
DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. IV. 149
d'un côté. De-là vient que les Livres ont une double feuille, qui a fon repli
au dehors & fon ouverture du côté du dos du Livre, où elle eft coufüue. Ainfi
les Livres Chinois fe rognent du côté du dos, au-lieu que‘les nôtres fe ro-
gnent fur la tranche. On tire fur le repli une ligne noire, qui fert de direc-
on au Relieur.
Les Chinois couvrent leurs Livres de carton gris, ou de fatin à fleurs. On
en voit aufli de reliés en brocard, à fleurs d’or ou d'argent. Cette manière
de relier eft également propre & commode, quoiqu'inférieure à la nôtre (4).
(d) Ibid. & le Conte, pag. 188.
AS CLS ES STD D USE SES CE SG LS pc
C'OHCAEPEF TER "RE IV.
Sciences.des Chinois.
UOIQUE les Chinois ayent le goût des Sciences & d'excellentes fa-
cultés pour réuffir dans tous les genres de Littérature, ils n’ont jamais
fait de progrès confidérable dans les Sciences fpéculatives, parce qu'elles ne
font pas du nombre de celles que le Gouvernement anime par des récompen-
fes. Cependant, comme la pratique des affaires demande quelque connoiffance
de l’Arithmétique, de l’Aftronomie, de la Géométrie, .de la Géographie, de
la Philofophie Naturelle & de la Phyfique , ils cultivent affez foigneufement
ces différentes parties du Sçavoir.: Mais les études dont ils font leur principal
objet & qui forment proprement leurs Sciences, font la Grammaire, la Rhé-
torique, l'Hiftoire & les Loix de leur Pays, avec la Morale & la Politique.
Un fage difcernement leur a fait donner la préférence aux lumières qu’ils ont
jugées les plus utiles à la conduite de l’homme & au bien de la fociété. C’eft
dans cette double vûe que pour engager les jeunes gens à tourner leur applica-
ARR ce côté-là, ils leur ont propofé les honneurs & l'élévation pour récom:
penfe. -
$. IL
Arithmétique. Géométrie. ÆAftronomie.
‘HISTOIRE Chinoife rend témoignage que les Mathématiques ont été
L connues à la Chine dans les plus anciens tems. L’ufige des quatre pre-
mières Régles de l’Arithmctique y eft établi; c’eft-à-dire, qu'on y employel'44-
dition, la Süuftraftion, la Multiplication & la Divifion. - Mais ce n'eft point par
la voie du calcul que les Chinois fe fervent de ces quatre Régles. Ils n’ont
point, comme nous, de: caraétères Arithmétiques, compofés de neuf figures
& du zero.
Pour faire leurs comptes, ils employent un inftrument nommé Suan:pan,
qui confifte dans une petite planche, divifée du haut en bas en douze raies
paralleles, marquées par autant de fils-d'archal , dans chacun defquels font
pañlées fept petites boules d’os ou d’yvoire, qui peuvent monter & defcendre ;
mais qui font tellément féparés par A partition au milieu de la planche, qu'il
IMPRIMERTE
CHINOISE.
Couverture
& reliôre de
leurs Livres.
Introduc-
tion.
Quel eft
l'objet de l'é-
.tude des Chi-
nois.
ARITHMETi-
QUE.
Ils ont l’ufa-
ge des quatre
premières
Régles de l’A-
rithmétique.
Inftrument
dont ils fe fer-
vent,
SCILNCES.
pEs CHinois.
Leur Géo-
inétrie.
Lumières
que les Chi-
nois s’attri-
buent en A-
ftronomie,
Rapport de
leurs obferva.
tions avec les
niètres,
VOYAGES DANS L'EMPIRE
A59
y en a deux d’un côté & cinq de l'autre. Les deux, qui font dans la partie fu.
périeure, valent chacun cinq, & les cinq de la partie baffe ne font qu’autant
d'unités. En joignant ou féparant ces boules, les Chinois fuputent comme on
le fait en Europe avec des jettons. Leur promptitude & leur facilité paroiffent
furprenantes. Ils font leurs calculs aufli vite que nous lirions un Livre de
comptes , & les plus. groffes fommes les arrêtent moins que nous avec nos
chiffres.
Leur Géométrie eft aflez fuperficiélle. Ils font auffi peu verfés dans la théo.
rie que dans la pratique. S'ils entreprennent de réfoudre un Probléme, c'eft
moins par principes que par induétion. Cependant ils ne manquent point d’ha.
bileté pour mefurer leurs terres, ni d’éxaétitude pour en régler les bornes.
Leur méthode eft fimple & précife (a).
Is fe vantent d’avoir cultivé l’Aftronomie depuis la fondation de leur Em-
pire, & fe regardent dans cette Science comme les plus grands maîtres de
l'Univers. Mais leurs progrès n’ont pas trop bien répondu au tems qu’ils y ont
employé. Les Miflionaires avouent qu’il n'y a point de Nation qui ait ap.
porté des foins fi conftans aux obfervations Aftronomiques. Dans tous les tems
la Chinc aeu, nuit & jour, des Mathématiciens attentifs aux Mouvemens Cé.
Jeftes. ‘Telle a toûjours été la principale occupation des Lettrés de l'Empire.
Leur aîMiduité à cet Office étoit regardée comme un devoir de fi haute impor.
tance, que les Loix punifloient de mort la moindre négligence. Cet ufage eft
rouvé par un Paffage de Chu-king (b), un de leurs anciens Livres, à l'occa-
ion de Hi & de Fo, deux de ieurs Aftronômes, auxquels il échapa une Eclvp.
fe du Soleil, deux mille cent cinquante-cinq ans avant la naiffance de Jéfus.
Chrift. Plufieurs Mathématiciens Jéfuites ont vérifié laréalité de cette Eclypfe,
& prétendent qu’elle ne peut avoir été vûe qu’à la Chine.
DE trente-ffx Eclypies de Soleil, dont Confucius a parlé dans fon Livrein.
titulé Chun-tfyu, il n'y.en a que deux fauffes & deux douteufes. Toutes les
autres ont été fouvent vérifiées, non-feulement par les Aftronômes Chinois,
fous les Dynafties de Han, de Tang, de Hau & de Tuen, mais encore par quan.
tité de Miffionaires Européens. Les Pères Adam Schaal, Kegler & Slavifck, en
calculérent plufieurs, & le premier fit imprimer fes calculs en langue Chinoife,
Le Père Gaubil prit la peine de les éxaminer toutes; & fi l’on en excepte qu
tre, il trouva que pour le tems & le jour elles s’accordoient avec fon propre
calcul, fuivant les Tables Aftronomiques dont il fit ufage (c).
L'EcLypse de l'année 776 avant Jefüus-Chrift, fe trouve dans le Chi-king &
dans l'Hiftoire de la Chine, comme dans l’Aftronomie de Han. Les Eclypfés
marquées dans le Chuking, le Chi-king & le Chers font calculées dans les
Recueils Aftronomiques des Dynaities de Tang & de uen, qui furent compilés
du tems même de ces familles. Les autres Obfervations, données par le Père
Gaubil, font tirées de diverfes Hiftoires,compofées pendant le régne des Dy-
nafties fous lefquelles on fit ces Obfervations.
LE
ces Eclypfes ont été publiées par le PèreSéu-
ciet, dans fes Obfervacions Mathématiques,
Aftronomiques & Géographiques , Vol, L
pag. 17.
(a) LeComte, pag. 213. & fuivantes. Du
Halde, Vol. IT. pag. 125.
(b) On le trouve auffi dans le texte de la
pus ancienne Hiftoire de la Chine.
(e) Les calculs du Père Gaubil fur Size de
* entrés à
LE
uels
Été
ans a
tions
la déc
Il ajoû
de l'O
fent d
Jefus-C
Lunair(
Saturne
euder
me en
révolu
les der
ftême d
crits pa
durée,
avec ce
leurs OI
trouve €
bres par
Chinois.
LE P
Carte Ch
feuls. L
DEru
Chrift, c
prend qu
l'année S
heures; «
manière c
que la lo:
lélévatio:
: l'afcenfiot
comment
avec le S
ver & qi
ls, & di
places de:
figures p
peut dém
| fance d'ur
LE Per
(4)
partie fu-
qu’autant
comme on
paroiffent
y Livre de
j AVEC nus
ans la théo.
ême, c'ef
point d'ha-
les bornes.
de leur Em-
maîtres de
qu'ils y ont
| qui ait ap.
ous les tems
yvemens Cé-
de l'Empire.
aute impor-
et ufage eft
es, à l'occa-
a une Eclvp-
ce de Jéfus-
tte Eclypfe,
fon Livrein.
Toutes les
nes Chinois,
ore par quan-
Slavifck, en
rue Chinoife,
excepte qua-
fon propre
le Chi-king &
es Eclypfés
lées dans les
nt compilés
s par le Père
gne des Dy-
LE
ar le PéreSôu-
athématiques:
Vol. L
jues ;
entrés à la Chine.
D'E LA CHINE, Liv. IL Cruar. IV. 151
Ce même Mifionaire, après s'être fait une étude particulière de rechercher
uels avoienc été les progrès des anciens Chinois dans l’Aftronomie, nous ap-
prend (d) qu'ayant éxaminé l'Etat du Ciel Chinois, compofé plus de cent vingt
ans avant Jefus Chrift, il y trouva le nombre & l’étendue de leurs Conftella-
tions & quelles Etoiles répondoient alors aux Solftices & aux Equinoxes, avec
Ja déclinaifon des Etoiles, & leur diftance des Tropiques & des deux Poles.
Jl ajoûte que les Chinois connoifloient le mouvement du Soleil & de la Lune,
de l'Oueft à l'Eft, & celui des Planettes & des Etoiles fixes, quoiqu'ils n'euf-
fent déterminé le mouvement des dernières qu'environ quatre cens ans après
Jefus-Chrift. Ils avoient aufli une connoiffance affez éxaéte des mois Solaires &
Lunaires. Ils donnoient à peu près les mêmes révolutions que les Européens à
Saturne, Jupiter, Mars, Venus & Mercure. À la vérité, ilsn’avoient jamais.
eu de régles pour la Rétrogradation &les Stations. Cependant, à la Chine com-
me en Europe, quelques Philofophes ont attribué au Ciel & aux Planetes une
révolution autour de la Terre, & d'autres l'ont fuppofée autour du Soleil, Mais
les derniers font en petit nombre. Il ne paroît meme aucun rapport à ce fy-
ftême dans leurs calculs, & l’on n’en trouve des traces que dans quelques EË-
crits particuliers. Ils ont exprimé en Nombres la qualité des Eclypfes, leur
durée, le lieu de leur apparence, &c. mais le Père Gaubil ne put découvrir
avec certitude la méthode qu’ils employent à ces opérations. La plûpart de
leurs Obfervations furent rédigées plus de cent ans avant Jefus-Chrift. On y
trouve des calculs aflez éxaéts des Eclypfes de ce tems-la: Mais les Nom-
bres paroiflent obfcurs, & ne font mème entendus aujourd'hui-que de peu de
Chinois. .
Le Père Kegler, Préfident du Tribunal des Mathématiques, avoit une vieille
Carte Chinoiïfe des Etoiles, compofée long-tems avant que les Jéfuites fuflent
On y avoit marqué les Etoiles qui font invifibles aux yeux
feuls. Le Télefcope a fait reconnoître l'éxaétitude de ces pofitions.
Deruis la Dynaftie de Han , qui régnoit avant la naiffance de Jefus-
Chrift, on trouve à la Chine des Traités d'Aftronomie, par lefquels on ap-
prend que depuis plus de deux mille ans les Chinois ont connu la longueur de
l'année Solaire, compofée de trois cens foixante-cinq jours & d'environ fix:
heures; qu’ils ont connu le mouvement diurne du Soleil & de la Lune, & la
manière d'obferver la hauteur méridienne du Soleil par l'ombre d'un Gnromon;
que la longueur de ces ombres leur fervoit à calculer avec affez de jufteffe
l'élévation du Pole & la déclinaifon du Soleil; qu'ils connoifloient aflez bien
:lafcenfion [ droite ] des Etoiles & le tems de leur paffage par le Méridien ;
comment les mémes Etoiles, dans la méme année, fe lèvent ou fe couchent
avec le Soleil, & comment elles pañlent quelquefvis le Méridien à leur le-…
ver & quelquefois à leur coucher; qu'ils avoient donné des noms aux Etoi-
les, & divifé le Ciel en diverfes Conftellations; qu'ils y avoient rapporté les
places des Planettes ; qu'ils diftinguoient les Etoiles fixes, & qu'ils avoient des
figures particulières pour cet ufage. Enfin, conclut le Père Gaubil , on
peut démontrer par l'Hiftoire Chinoife, qu'ils ont toûjours eu la connoif-
| fance d'un grand nombre de Principes qui appartiennent à l’Aftronomie.
Le Père Trigault, qui étoit arrivé à la Chine en 1619 & qui avoit lû
plus-
(4) Dans deux Lettres publiées par le Père Souciet, Ibid.
Sciuncrts
pes CHinois.
AsTRONOMIEE,
Recherches
du Père Gau-
bil fur leurs
anciens pro-
grès.
Ancienne:
Carte Chinoi-
fe des Etoiles.
Anciens
Traités d'A-
itronomie &
ce qu'on en
peut conclu
l'Ce
SCIENCES
pEs CuiNots.
ASTRONOMIE.
Remarques
de T'rigaut fur
l'Aftronomie
Chinoife,
Année Chi-
noife,
Leurs mois
Lunaires & :
leurs mois
d’incercala-
tion.
Leurs Ta-
bles d'Equa-
tion.
Cycle Solai-
re de quatre
uille ans.
Semaines
des Chinois.
. Leurs jours
& leurs heu-
.1ES.
. 152
j# HE
VOYAGES'DANS L'EMPIRE
lus de cent volumes des Annales-du Pays, ‘affre que les Obfervations C&.
feftes des Chinois commencèrent bien-tôt après le Déluge; qu'ils ne les fai.
foient pas comme nous par heures & par minutes , mais ‘par. Degrés entiers;
qu'ils ont obfervé un grand nombre d'Eclypfes, en marquant l'heure , Je
jour, le mois & l’annéé, mais fans égard pour la durée, ni pour la quanti.
té des obfcurations ; & qu'ils ont apporté plus d'attention que les Altro.
nômes Européens aux Cometes & aux nouvelles Etoiles ; Obfervations, à.
joûte le mêmé Auteur (+), qui, joint à celle des Eclypfes & des Comc.
tes en conjonétion, peuvent être d'une grande utilité pour vérifier leur
Chronologie.
L'ANNÉz Chinoife commence à la conjonétion du Soleil & de la Lune, où
à la nouvelle Lune la plus proche du quinzième Degré de l’Aquarius: Signe où
Je Soleil, fuivant les idées de l’Europe, entre vers la fin du mois de Janvier
& demeure pendant lemois fuivant prefqu’entier. C’eft de ce point qu'ils comp.
tent leur Printems. Le quinzième Degré du Taurus fait le commencement de
teur Eté; le quinzième Degré du Leo celui de leur Automne, & le quinzième
Degré du Scorpion celui de leur Hyver.
ÎLs ont douze mois Lunairés; les uns de vingt-neuf jours &:les autres de
trente, Tous les cinq ans-ils ont des mois intercalaires, pour ajufter les Lu.
naifons avec le cours du Soleil. Leur année confifte en troiscens foixante-cinq
jours & quelque chofe moins .de fix heures. Ils ont calculé les mouvemens des
Planetes & tout ajufté par des Tables d'Equation, fuivant une Epoque réglée
au Solftice d'Hyver, qui eft le point fixe de leurs obfervations comme le pre.
mier Degré d’Aries eft le nôtre, en comptant de cent en cent Degrés. Quel.
ques Ecrivains fuppofent que les Chinois ont reçu ces Tables dés Arabes , qui
s'introduifirent à‘la Chine avec les Tartares. Mais ils avoient long-tems au.
paravant:la fcience des Nombres, fous laquelle ils déguifoient des fecrets de
politique dont on n'inftruifoit que les Princes.
Iz y a plus de quatre mille ans, fi l’on s’en rapporte à leur Hiftoire, qu'is
ont l’ufage d’un cycle ou d’une révolution Solaire, affez femblable aux Olym-
jades Grecques. Ce cycle eft compofé de foixante ans & leur fert de pc.
riode ou d'âge pour régler leurs Annales (f). Les années de ce cycle font
diftinguées par les noms de leurs douze heures, diverfement combinées avec
dix autres térmes de leur invention (g).
Izs divifent les femaines, comme les Européens, fuivant l’ordre des Ph.
netes. Ils leur affignent à chacune quatre Conftel!ations, dont ils accordent
une à chaque jour du mois, comptant fucceflivement les vingt-huit jours fept
par fept, pendant tout le cours de l’année, s
LEUR jour commence à minuit, comme le nôtre, & finit à minuit fui-
vant; mais fa divifion n’eft qu’en douze heures, dont chacune eft égale àdeux
des nôtres. Ils ne les comptent point par des nombres, comme nous, mais
par des noms particuliers & par des figures. Ils divifent d’ailleurs le jour na
turel en cent parties, & chaque partieen cent minutes ; de forteque chaque jour
contient dix mille minutes. Cette divifion s’obferve avec d’autant:plus d’éxac-
titude, que dans l’opinion générale des Chinois il y a dés minutes heureufes
ou
(e) Chine du Père Du Halde, pag. 128.
Ibid pag. 130.
& fuivantes, (P) Le
(&g) Mémoires du Pérele Comte, pag. 3°4
E
fervations C£.
ls ne les fai.
egrés entiers;
t l'heure , Je
ur la quanti.
ue les Altro.
(ervations, à.
& des Come.
vérifier leur
e la Lune , où
rius: Signe où
is de Janvier
nt qu’ils comp.
nencement de
: le quinzième
les autres de
ijufter les Lu-
sfoixante-cinq :
ouvemens des
poque réglée
omme le pre-
Jegrés. Quel
s Arabes , qui
long-tems au.
es fecrets de
Jiftoire, qu'is
le aux Olym-
ir fert de pc.
ce cycle font
mbinées avec
ordre des Pla.
ils accordent
huit jours fept
- à minuit fui-
ft égale adeux
ne nous, mais
irs le jour na-
ae chaque jour
it:plus d’éxac-
ates heureufes
où
Comte, pag. 324
(ES
I
AUPSSENNIERENNENNEENNENT ELLES à
ER EE SRE Er — A7
D Cocke d' érfort . ] R Coche de Pekiny .
NN € Klok van Erfurtb . N KIôk van Pe- king -
M" Ÿ
| rl
ai
oo
SV. Schleu direx .
É
:
=
parties,
rut fort
Mais de
ils ont r
mi eux
longue
ou
Tambour
de la nui
mence p
qu'à la f
jufqu’à
Aufÿ-tôt
la nuit;
il eft (D
allumer
noître à c
Jes font c
duit en pc
Elles font
vent, juf
quefois la
rent un,
ples, qui.
nature. po
nuit;
d'erreur c
un petitE
dans un b:
par le bru
(m) Cette
de l'Original
me des cord!
me dans un
VIIL P.
DE LA CHINE, Liv. IN. Cmar. IV. 158
ou malheureufes, fuivant la pofition du Ciel & les divers afpeéts des Planetes.
1ls croient l'heure de minuit fort heureufe, parce qu'ils la prennent pour le
tems de la Création. Ils font perfuadés aufli que la Terre fut-créée à la fecon-
de heure, & l’homme à la troifième.(4).
Læs Chinois n'ont point d'horloges pour: régies letems; mais ils fe fervent
de quadrans folaires & d’autres mefures. Les Mifionaires trouvèrent à la Chi-
ne des quadrans fort anciens, qui étoient autrefois divifés en quatre grandes
parties, chacune fubdivifée en vingt-quatre plus petites. Cet inftrument pa-
rut fort irrégulier au Père le Comte. À peine en put-il reconnoître l'ufage.
Mais depuis que les Chinois ont reçu le nouveau Calendrier des Miffionaires,
ils ont réglé leurs quadrans par les jours. «Le tems fe compte aujourd'hui par-
mi eux comme en Europe, avec cette feule différence, que leur heure eft plus
Jongue du double ( 5). «
Four Es les Villes de la Chine ont deux Tours; l’une, nommée Tour du
Tambour ; Y'autre, Tour de la Cloche. Elles fervent à diftinguer les cinq veilles
de la nuit, qui font plus longues en Hyver qu'en Eté. La première veille com-
mence par un coup de tambour , qu'en répéteavec des intervalles réglés, juf-
qu'à la feconde. Celle-ci commence.par deux coups, qui fe répétent de même
jufqu’à la troifième; & le nombre augmente ainfi pour les veilles fuivantes.
Auff-tôt que le jour paroît, les coupsredoublent comme au commencement de
ha nuit; de forte qu’il.n'y-a point de tems où l'on ne puifle fçavoir quelle heure
il eft (k). On fait de petites paltilles parfumées, de forme conique, pour les
allumer à chaque heure de la nuit. Elles portent une marque, qui-fait recon-
noître à quelle heure chacune doit brûler (7). Magalhaens obferve que ces paftil-
Jes font compofées de bois de fandal, ou de quelqu’autre bois odoriférant ré-
duit en poudre, dont on faitune forte depâte & qu'on forme dans des moules.
Elles font rondes par le bas, & diminuent en cercle à mefure qu'elles s’élè-
vent, jufqu'à ce qu’elles fe terminent en pointe (m). Mais leur baze a quel-
quefois la largeur de deux outrois paumes, & même davantage. Elles du-
rent un, deux &:trois jours, fuivant leur grandeur. On en fait pour-les Tem-
ples, qui-brûlent pendant-vingt & trente jour-. Toutes les paltilles de cétte
nature.portent cinq marques, qui fervent à diftinguer les cinq veilles de la
nuit; & cette manière de mefurer le tems eft fi jufte, qu’elle ne caufe jamais .
d'erreur confidérable. Ceux qui veulent fe lever à certaine heure fufpendent
un petit poids à la marque. Lorfque le feu y eft parvenu , le poids tombe
dans un baflin de cuivre, placé au-deffous, & ne manque pas de les éveiller
par le bruit (n;). «
| L'AsTRONOMIE
(b) Du Halde, ubi Yup. pag. 132. &fuiv. façon qu'elles forment un rouleau conique,
(1) Le Comte, pag. 304. qui brule par le bout d'en bus. Ce rouleau,
(k) Relation de la Chine par Magalhaens, ajoûtent les Auteurs Anglois, và de loin ref-
pag. 120. & Mémoires du Père le Comte, ps- femble affez à un filet de pêcheur, ou à une
corde, -qui environne un cône. Nous avons
mieux aimé faire cette remarque que de tou-
ag. 54. : Cher-au texte, ce qui n'étoit guères poñlible
(m) Cette defcription ne rend paint celle ici. R. d. E.
de l'Original, qui repréfente les Paftillescom- fgÿ(n) Relation de la Chine par Magalhaens,
ne des cordes, auxquelles on donne la for- pag. 126.
me dans un moule & qu'on tord «enfüite de
VIIL. Part.
ge 8r.
(1) Defcription de la Chine par Navarette,
V
SCIRNCRS
bus CHiINots.
ASTRONOMIS.
Horloges -
Chinois.
Comment
les veilles de
Ja nuit font ré.
glécs.
Paftilles par-
fumées qui
l’ufage eft de
brüler.
ro
SCIENCES
pes CHINOIS. -
ASTRONOMIE.
Tribunal de
l’Aftronomie
& fes fonc-
tions,
Cérémonies
en ufage pour
l’obfervation
des Eclypfes.
Calendrier
hinois.
154 VOYAGES DANS L'EMPIRE
. L'ASTRONOMIE a toûjours été-dans une fi haute confidération à la Chi.
ne, -qu’elle a donné naïffance au Tribunat-qui porte fon nom & qui n’a point
d'autre occupation je fervice. Quoiqu'il foit un des plus confidérables
de l'Empire, il eft fubordonné à celui des Rites (o). Tous les quarante-cinq
joursil eft obligé d'offrir à l'Empereur une Carte qui repréfente l’état du Eiel,
avec les altérations de l'air, fuivant la différence des faifons; les prédiétions
qui concernent les maladies, la féchereffe, la cherté des provifions, le vent,
la pluie, la grêle , la nége, le tonnerre, &c. Il-doit reffembler -beaucoupà
uelques-uns de nos Almanachs (p). Outre ces obférvations, le principal
Din du Tribunal de l’Aftronomie, ou des Mathématiques, eft de calculer les
Eclypfes, & de marquer à l'Empereur , dans un Mémoire qui doit lui être
préfenté quelques mois auparavant, le jour, l'heure & la partie du. Ciel où
elles doivent arriver, leur durée & leurs degrés d'obfcuration. Elles doivent
étre calculées ‘pour la longitude & la latitude des Capitales de chaque Provin.
ce. Le Tribunal des Rites, & le Xo-lau, qui eft le gardien des obfervations
& des prédiétions, en répandent des copies dans toutes les Provinces & les
Villes de l'Empire, afin que les Eclypfes y puiffent être obfervées comme à
Péking, qui eft la réfidence de la Cour. Les circonftances de cette cérémo.
nie méritent une defcription.
Peu de jours avant l'Eclypfe, le Tribunal des Rites fait afficher, dans une
place publique, un Ecriten gros caraétères, qui annonce ce phénoméne. Les
Mandarins de tous les rangs font avertis de fe rendre, avec les habits de leur
Ordre & les marque: de leur dignité, dans la Cour du Tribunal Aftronomi-
que, pour y attendre le commencement de l'Eclypfe. Ils fe placent tous,
près de diverfes grandes tables, fur lefquelles l'Eclypfe eft repréfentée. Ils
Ja confidérent. Ils raifonnent entr'eux fur fa nature. Aumoment que le So-
leil ou la Lune commence às’obfcurcir, ils tombent à genoux & frappent la ter.
re du front.. En même-tems il s’élève dans toute la Ville un bruit affreux de
tambours & de tymbales, par l'effet d’une :idioule opinion qui prévaut enco.
re, que ce bruit eft néceffaire pour le fecours d’une Planete utile & pour l
délivrer du Dragon célefte qui eft prêt à la dévorer. Qoique les Sçavans
& les perfonnes de diftinétion regardent les Eclypfes commè des effets natu-
- rels, ils ont tant de refpeét pour les ufages de l'Empire, qu'ils n’abandon-
nent point leurs anciennes cérémonies.
PENDANT que les Mandarins font proftérnés, d’autres ferendent à l'Obfer.
vatoire, pour y éxaminer avec une fcrupuleufe attention le "commencement,
le milieu & la fin de l'Eclypfe. Ils comparent leurs obfervations avec la figu-
re qu’on leur a donnée. Enfuiteils les portent, fignées & fcellées de leur
fceau, à Sa Majefté Impériale, qui obferve l'Eclypfe avec le meme foin dans
fon: Palais. Cetie pratique s'éxécute de même dans toutes les parties de
l'Empire.
Mais le principal objet du Tribunal eft la compofition du-Calendrier, qui
fe répand chaque année dans toutes les Provinces. Il n'y a point de Livre au
monde qui foit imprimé en plus gros caractères, ni publié avec plus de folem-
nité.
(o\ Tes MiMonaires l'appellent aufMi Tribu-
mal des Mathématiques.
(bp) Les Chinois {ont livrés aux folies de
ropéens. ]
l'Aftrologie judiciaire, [ de même que les Eu
nité. |
ne de
moind
millior
rer un
IL
Calen
Le fec«
des Pla
Palais ,
ont que
ciens,
une qu:
mière q
clypfes
Les
noife.
divifion
nute du
fuivant
ñute de
dire, le
que les.
minute «
Zodiaqu
Le fe
jour de]
‘vemens :
‘nutes, le
‘ftel'-tion
Mais on
LE tr!
Contient
proches :
mande u
jour & n
Continue]
quatre au
ment de
obligés d
leurs no
qui le pré
C'Eesr
doit être
lire & de
jout les P
par l'ordr
gneurs &
1 à la Chi.
i n'a point
nfidérables
irante-cinq
at du Ciel,
prédiétions
s, le vent,
beaucoup à
e principal
calculer les
oit lui être
ju . Ciel où
les doivent
ue Provin-
)bfervations
nces & les
s comme à
te. Cérémo-
r, dans une
oméne. Les
bits de leur
Aftronomi-
cent tous,
réfentée. Ils
it que le So-
ppent la ter-
t affreux de
évaut enco-
e & pour la
les Sçavans
effets natu-
n’abandon-
nt à l'Obfer.
mencement,
avec-la figu-
Ilées de leur
e foin dans
S parties de
endrier, qui
de Livre al
lus de folem-
nité,
me que les Euÿ
‘nutes, leur di !
ftel'-tions Chinoïfes, avec le jour, l'heure & leur éntrée dans chaque Signe.
DE LA CHINE, Liv. Il Car. IV. TR
nité. IL 'eft toûjours précédé d’un Edit de l'Empereur, qui défend, fous pei-
ne de mort, de publier ou d'employer un autre Calendrier, ou d'y faire la
moindre altération fous aucun prétexte. On eft obligé d'en imprimer des
SCIENCES
Dès Cutnots.
ASTRONOMIE.
millions d’éxemplaires, parce que tout le monde eft impatient de s’en procu- *
rer un'pour l'ufage.
Iz ya trois autres Tribunaux à Peking, qui doivent compofer chacun leur
calendriet & le préfenter à l'Empereur. L'un eft fitué près de l’Obfervatoire.
Le fecond eft une efpèce d’Ecole Mathématique, où l’on explique la théorie
des Planetes & la méthode des Calculs. Dans le troifième, qui eft voifin du
Palais , on délibère fur toutes les affaires & l’on compofe tous les Aëtes qui
ont quelque rapport à l’Aftronomie. On diftingue trois claffes de Mathémati-
ciens, comme trois Tribunaux; & jufqu’à ces derniers tems on en comproit
une quatrième, qui étoit compofée d’Aftronômes Mahométans. C’eft la pre-
miére qui eft chargée de la préparation du grand Calendrier, du calcul des E-
clypfes & des autres fupputations Aftronomiques.
Les trois Calendriers fe publient chaque année en langue Tartare & Chi-
noife. Dans le dernier des trois, qui eft le Calendrier commun, -on trouve Ia
divifion de l’année en mois Lunaires, avec l'ordre des jours, l'heure & la mi-
nute du lever & du coucher du Soleil, la longueur des jours & des nuits à
fuivant la différente élévation du Pole dans chaque Province, l'heure & la mi-
ute des conjonétions & des oppofitions du Soleil & de la Lune, c’eft-à-
dire, les Nouvelles & les Pleines-Lunes; le premier & le dernier Quartier,
que les Aftronômes appellent les Quadratures de cette Planete ; l'heure & la
minute où le Soleil entre dans chaque Signe & dans chaque demi-Signe du
Zodiaque.
Le fecond Calendrier contient les mouvemens des Planetes pour chaque
jour de l’année, & leurs places dansle Ciel, avecun calcul éxaét de leurs mou-
‘vemens à chaque heure & chaque minute. ‘On y joint, en degrés & en mi-
flanée de la première Etoilede la plus proche des vingt-huit Con-
Mais on n’y parle point d’autres afpeéts que les Conjonétions.
Le troifième Calendrier, qui eft préfenté en Manufcrit à l'Empereur feul,
éontient toutes les Conjonétions de la Lune avec les autres Planetes, leurs ap-
proches avec les Etoiles fixes, & l'étendue d’un degré de latitude; ce qui de.
mande une éxaétitude fingulière de calcul & de fupputations. Auflitrouvet’on,
jour & nuit, für la Tour Aftronomique cinq Mathématiciens, qui obfervent
continuellement le Ciel. L'un a les yeux fixés fur le Zenith, & chacun des
quatre autres fur un des quatre Points Cardinaux, pour ne pas perdre un mo-
ment de vûe ce qui fe paile dans les quatre différentes parties du Ciel. Ils font
obligés d’én tenir un Compte éxaét, qu’ils remettent tous les jours, figné de
leurs noms & de leurs fceaux , aux Préfidens du Tribunal des Mathématiques,
qui le préfentent à l'Empereur.
‘ C'zsr le premier jour du fecond mois, que l’Almanach de l’añnée fuivante
doit être préfenté à Sa Majefté Impériale. Aufli-tôt qu'elle a pris la peine dele
lire & de l’approuver, les Officiers fubalternes du Tribunal joignent à chaque
jout les Prédiétions Aftrologiques & les Jugemens dont on a parlé, Enfuite,
par l'ordre de l'Empereur, on en diftribue des copies aux Princes, aux Sei-
gneurs & aux grands Officiers de Peiogs On prend le même foin d’en envoyer
2, aux
. Trois autres
Tribunaux
d'Aftrono-
mie.
Trois claffes:
d’Aftrono-
mes.
Trois Caleh-
driers, & ce
qu'ils con-
tiennent,
Comment les
Calendriers (e
diftribuent
dans l'Einpi-
re.
ee
156 VOYAGES DANS LEMPIRE
Scrences AUX Vicerois des Provinces, qui les remettent aux Tréforiers généraux; pour
pss Cuinois. les faire réimprimer. Le Tréforier général de chaque Province doit en com.
ASTRONOMIE. muniquer des Exemplaires à tous les Gouverneurs fubordonnés, & garder la
-Planche qui a fervi à l’impreffion. A la tête du Calendrier, qui eft impriméen
forme de Livre, on voit en rouge le grand Sceau du Tribunal de l’Aftronomie,
avec un Edit Impérial, qui défend fous peine de mort d’en vendre & d’en im-
primer d’autres...
+ Commentfe La diftribution du Calendrier fe fait tous les ans avec beaucoup de cérémo-
fait la diftri- nje. Ce jour-là, tous les Mandarins de Peking & dela Cour fe rendent de grand
EE matin au Palais. D'un autre côté, les Mandarins du Tribunal Aftronomique,
Cour. revêtus des habits de leur Ordre & chacun avec la marque de fon rang, s'af-
femblent à l’'Obfervatoire, pour accompagner de la manière fuivante le Calen-
Marche des drier. On place les Exemplaires qui doivent être préfentés à l'Empereur, à
Porteurs. l'Impératrice & aux Reines, fur une grande machine dorée, compofée de plu-
fieurs étages en forme de pyramide. Ils font en grand papier, couverts de fa.
tin jaune & proprement renfermés dans des facs de drap d’or. La machine
eft portée par quarante hommes vêtus de jaune, & fuivie de dix..ou douze au.
tres machines de moindregrandeur, mais dorées comme la première & fermées
de rideaux rouges, où font les Calendriers deftinés aux Princes du Sang, re-
liés en fatin rouge & renfermés dans des facs de drap d'argent. Enfuite vien-
nent plufieurs tables, couvertes de tapis rouges, fur lefquelles font les Calen-
driers des Grands, des Généraux d’Armée & des autres Officiers de la Cou-
ronne,, tous fcellés des fceaux du Tribunal Aflronomique, & couverts dedrap
jaune. Chaque table offre le nomdu Mandarin ou du. Tribunal d’où viennent
les Calendriers Gap:
Ordredela Les porteurs dépofent leur fardeau à la dernière porte de la grande Salle;
difuibution. & rangeant les tables des deux côtés du paflage qu’on nomme Impérial, ilsne
laiffent au milieu que la machine. où. font les Calendriers Impériaux. Enfin,
les Mandarins de l'Académie Aftronomique .prennent les Calendriers de l’Em.
pereur & ceux des Reïnes, les placent fur deux tables, couvertes de brocard
jaune, qui font à l'entrée de la Salle Impériale, fe mettent à genoux, & s'é.
tant profternés trois fois le front contre terre, délivrent leur préfent.aux Mai.
tres- d'Hôtel de l'Empereur , qui forment aufli-tôt une autre procefion
pour aller préfenter ce dépôt à Sa Majefté Impériale. Ce font les Eunu-
ues qui portent à l’Impératrice.& aux :Reines les Exemplaires qui leur font
eftinés.
Ensuite les Mandarins du Tribunal Aftronomique retournent dans la gran-
de Salle, pour y diftribuer le refte des Calendriers aux Mandarins de tous les
Ordres. Ils trouvent d'abord, au paflage Impérial, les premiers Officiers des
Princes, qui reçoivent à genoux.les Calendriers pour leurs Maîtres & pourles
Mandarins de ces Cours inférieures. Les Exemplaires, pour chaque Cour;.
montent à douze ou treize cens. Après les Officiers des Princes, on voit pa-
roître les Seigneurs, les Généraux d'Armée & les Mandarins de tous les Tribu-
naux, qui. viennent recevoir, à genoux, leurs Calendriers. Auffi-tôt que la
diftribution.eft finie, ils reprennent leurs rangs dans la Salle; & fe tournant
vers
(g} Chine du Père Dw Halde, Vol, .Il. pag. 1314 & fuiv, -
vers Îe
fignal €
ces a S
AP?
reçoive
Le Pe
un Exe
ve (
afTe p«
Lin & t
l'étend
LES
dans le
celles q
cette di
de la L
révoluti
point ég
grés. ©
fon omb
tier du.
Peking.:
Com1
mois de
& les au
mois Sol
ont des
qu'aux p
vant les
fuivent l
manquen
IL n’e
fois oblig
confidér:2
qu'ils fe
renfermé
accufatio
quang-fyer
vernemet
tième ant
un Minif
l'année p
Miflionai
KF(r) Ce
Provinces,
le feroit {
Chinoiles,
X; pour
en com-
arder la
primé en
onomie
d’en im-
cérémo-
de grand
1omique ,
ng, s'af-
le Calen-
>ereur, à
ve de plu-
erts de fa-
. machine
douze au-
& fermées.
Sang, rC-
fuite vien-
les Calen-
de la Cou-
rts de drap
ü viennent
ande Salle ;
‘rial, ilsne
x. Enfin,
rs de l’'Em.
de brocard
x, & sé.
taux Mai.
proceffion
les Eunu-
i leur font
anslagran-
de tous les
fficiers des
& pourles
que Cour;.
n voit pa-
s les Tribu-
tôt que la
e tournant
vers
D'E LA CHINE, Liv. ll Cnar. IV. b57
vers Ja partie la plus intérieure du Palais, ils tombent à genoux, au premier
fignal qui leur eft donné, & fe profternent, fuivant l’ufage, pour ER gra»
ces à Sa Majeté de la faveur qu'elle leur accorde.
A l’éxemple de la Cour, les Gouverneurs & les Mandarins des Provinces
reçoivent le Calendrier, dans la-Ville Capitale, avec les mêmes cérémonies.
Le Peuple l’achete. Iln'y a point de famille fi pauvre qu’elle ne s’en procure
un Exemplaire. Aufi n'en imprime-t'on pas moins de vingt-cinq ou trente
mille (r) dans chaque Province. En un mor, le Calendrier eft fi refpeété &
pafle pour un Livre fi important à l'Etat, que le recevoir c'eft fe déclarer fu-
jet & tributaire de l'Empire; comme le refufer, c'eft déployer ouvertement
l'étendart de la révolte. |
Les Aftronômes Chinois divifent les Cieux en vingt-huit Conftellations,
dans lefquelles ils comprennent toutes les Etoiles fixes, c’eft-a-dire, également
celles qui font dans le Zodiaque & celles qui en font voilines, On attribue
cette divifon à l'Empereur Tu, qui voulut diftinguer les différentes manfions
de la Lune; car les Chinois fe conduifent plus par les Lunaifons que par les
révolutions Solaires. Les efpaces qu’ils accordent à leurs Conftellations ne font
point égaux; mais enfemble ils forment un cercle de trois cens fuixante de-
grés. C'eft fur ces principes qu’ils font des Quadrans, dont le ftile marque par
fon ombre les révolutions de tous les Corps Céleftes, avec l'heure & le quar-
tier du jour &-de la nuit.où chaque Conftellation. arrive au Méridien dè
Peking.-
Comme ils commencent l’année par la Nouvelle-Lune la plus proche dù
mois de Février, les PoifJons font leur premier Signe. Le Belier eft le fecond,
& les autres continuent dans cet ordre. Douze Signes fuffifant pour les douze
mois Solaires, & les Lunaifons ne quadrant pas toûjours avec ces Signes, ils
ont des Lunaïfons intercalaires , auxquelles ils: attribuent les mêmes Signes
qu'aux précédentes; c'eft-à-dire, qu'ils recommencent le cours des mois, ful-
vant les Signes qu’ils leur attribuent, De-là vient que plufieurs de leurs mois
faivent l'ordre des Signes, & que d’autres ont des jours -hors des fignes, ou
manquent de jours pour les remplir.
IL n’eft pas furprenant, dans cette confufion, que les Chinois foient quelque-
fois obligés de corriger leurs Tables Aftronomiques. Il s’étoit gliffé des-erreurs fi
confidérables dans les Calendriers qui fuivirent ceux du Père Adam Schaal,
qu’ils fe virent dans la néceflité de recourir encore aux Mifionaires, quoique
renfermés alors dans les prifons: publiques & chargés de neuf chaînes, fur lès
accufations d'un Aftronôme Arabe & d'un Médecin Chinois (5) nommé Tang-
quang-fyeu , qui avoient repréfenté leur doctrine comme pernicieufe au Gou-
vernement, L'Empereur Kang-hi, qui étoit alors fort jeune & dans la fep-
tième année de fon régne, leur fit demander par un Xo-lau, c'eft-à-dire, par
un Miniftre d'Etat, s'ils connoifloient quelques fautes dans le Calendrier de
l'année préfente & dans celui qui parolffoic déja pour l’année d’après. Un des
Miflionaires, qui étoit le célèbre Verbieft, répondit que le fecond étoit rem-
RF(Cr) Ce nombre [ qui multiplié par celui des
Provinces, ne donne que cent cinquante mil.
le feroit fort éloisné de celui des familles
Chinoifes, du moins tel qu'on l'a repréfenté
V 3.
ter à quantité de millions.
pli:
dans les articles précédens, où on le fait mon: :
(s) Angl. d'un Mandarin Chinois. R, d.E, -
ScreNcrs*
nes CHinois
ASTRONOMIE. :
Diftribut'on
du Caleñdrier
dans les Pro.
vinces.
Divifion AC:
tronomique
du Ciel fui-
vantles Chi-
nois,
Ordre de :
leurs Signes, -
& Lunaifons
intercalaires,
Réforma-
tions de leur
Calendrier,
Onarecours
aux Miffionai-
res Jéfuites:
“SereNcrs
‘DES CHINOIS.
ASTRONOMIE.
Le Père Ver-
bieft eft ap-
«pellé au Pa-
his. |
Offre qu'il
fait à l'Empe-
rcur.
Obftacle de
lapart d'un
Aftrorôme A-
rabe,
158
VOYAGES DANSLÉMPLRE
pli d'erreurs. ‘Il en fit particulièrementirémarquerune, qui, confiftoit à met.
tre treize mois dans l’année fuivanté:'" ‘L’Empereur:en fut fi
le lendemain il fe fit amener les Miffionaires au Palais.
VERBIEST y parut à l'heure marquée; avec les Pères Baglion & Magal.
haens. On les conduifit dans Ja grande Salle. où tous les Mandarins.du Tri.
bunal Aftronomique étoient :aflemblés. Verbieft y découvrit toutes les er.
reurs du Calendrier ; fur quoi l'Empereur, qui n’avoit jamais vû-les trois Mis.
fionaires, donna ordré qu'ils fuflent introduits dans fa propre chambre, avec
tous les Mandarins dévänt léfquels ils: s’étoient expliqués. Ce Prince fit-plâcer
Verbieft vis-à-vis de lui, & prenant un air gracieux ::,, Eft-il vrai, lui dit.il,
» que vous puilliez nous faire connoître évidemment fi le Calendrier s'accor.
r de avec les Cieux ? Verbieft répondit modeftement que la démonttration
n'en étoit pas difficile ; que les.Inftrumens qu'il avoit fait faire à l'Obfervatoi.
re étoient Compofés pour épargner l'embarras des longuès méthodes :aux per.
fonnes occupées des affaires d'État ; qui n'ayant pasile loifir d'étudier-les opé-
rations Aftronomiques ; pouvoiént 's’affürer’en un inftant (de la: jufteffe des
calculs & reconnoître s'ils s’accordoient avec l'Etat du Ciel ;: , Si Vôtre
Majefté, continua le Miffionaire ; ;, defire d’en -voir l'expérience ; qu'il lui
» plaife de faire placer dans une des cours du Palais, un flile, unéchaife &
» une table, je .calCulerai fur le champ la proportion de l'Onibre'à toute
» heure propofée. Par la longueur de l'Ombre.il me fera facile de:dé-
» terminer la hauteur du Soleil, & de conclure de fa hauteur quelle éft fa
» place dans lé Zodiaque. Enfuite on ‘jugera fans: peine fi c'eft fa véri.
» table place qui fe trouvé marquée pour chaque jour dans le Caleridrier.
CETTE propofition parut plaire à l'Empereur. : Il demanda aux Mandarins
frappé, que dès
s'ils entendoient cette manière de calculer, & s'ils étoient capables de former
des pronoftics fur la feule longueur de-l'Ombre. : Le Mahométan réporidit a.
vec beaucoup de hardieffe, qu'il comprenoït cette méthode, & que c'étoit une
régle füre pour diftinguer la vérité. Maisil'ajoûta qu’on devoit fe défier des
Européens & de leurs Sciences, qui deviendroienc funéftes! x l’Empire ; &
‘prenant droit de la patience avec laquelle il étoit écouté; 1l s'emporta fans
ménagement contre le Chriftianifme. L'Empereur: changea de contenance,
& lui dit: , Je vous ai déjà déclaré que le paflé doit être oublié , & qu'il faut
» penfer uniquement à régler l'Affronomie, Comment êtes-vous aflez hardi
» Pour tenir ce langage en ma préfence? Ne m’avez:vous pas: follicité vous.
» même, par divers Placets , de faire chercher d’habiles' Aftronômes dans
» toutés les parties de l’Empire? On én'cherche dépuis quatre ans, fäns en
» avoir pu trouver. Ferdinand Verbieft, qui’entend parfaitement les Ma-
» thématiques, étoit ici, & vous ne m'avez jamais parlé de fon fçavoir. Je
vois que vous he confüultez que vos préventions & que vous n’en ufez pas
® de bonne foi (+). ,, Enfuite Sa Majefté, reprenant un:air riant, fit plu-
LL
fieurs queftions au Mifionaire fur l’Aftronomie, & donnâ ordre au Ko-lau
& à d’autres Mandarins de détérminer la longueur du ftile pour le calcul de
JOmbre.
Comme
ft) Voila une réponfe bien digne de cet incomparable Monarque, & qui femble même
être au deflus de fon âge.
M pe Lil
iftoit à met.
Dé, que dès
n & Magal.
rins.du Tri.
utés les er-
trois Mis-
mbre, avec
ce fit-placer
i, lui dit-il,
rier s'accor-
monftration
Obfervatoi.
es ‘aux per-
liér/les opé-
juftefle des
5» Si Vôtre
e , qu'il lui
é.chaife &
ibre'à toute
icile: de - dé-
uelle: ft fà
eft fa téri.
ridriér.
« Mandarins
s de former
réporidit a-
> C'étoit une
fe défier des
Empire ; &
mporta. fans
contenance,
& qu'il faut
afñez hardi
Hicité vous-
nômes dans
ns, fans en
nt Jes Ma:
fçavoir, Je
en ufez pas
ant, fit plu-
e au Ko-lau
e çalcul de
Comme
| femble même
OBSERV-
Cabinet . je: RS ill RVATOTZIRE DE 7
Feu Verb'e {te || .
|| are ;
Sphere Zodiacale qi re du Per
“zodiacale Sfere - hi
Sohere équinoctade.
‘Hquinoctiale à Sfere .
LE CO
ŒIL
ii =
PAR AC
BESCHOUWPLAATS der STARREN
LL 4 , te
co LE
ATOIRE pe lEKING
dire du Pere LE COMTE.
AËrizen Z
{ Horizon po ET
|‘ Ladrant
Een Quadran t.
Sertant .
Sextans .
6 Ar Globe « eleste
Een Hémel- Giôbe .
QUITTER
l 1
! y HN |
HIT HAS — SS.
A LE Fu TA
LECITETN
D EE Re IT
=
* STARREN,, te PEKING. Uit LE COMTE .
egr'e Peur monte!
je ‘rappen ten Opga
Cubtnet .
Een Vertrek .
Sphere Zodiacale :
M ? ‘Zodiacale Siere .
| Ç Sofere équinecttale.
M? Hqunoctiale Sfere .
un
qu
Sy.Schey direx.
BESCHOUWPL/
a
Hu
hivisthhissil
Cou
tronôm
de du E
qu'il eut
pofteur ,
périence
teéteurs.
relte du
remarque
IL y:
trois pou
huit pied
cette tab
chaque p
dans le «
pli d’eau
anciennet
mais le p
vec la tat
La lor
minutes.
préciféme
qu'il laiffa
voit com!
cul,. devc
mie. Le
Ombres é
LE Sol
tranfverfa
mité de l(
L'Emr
détail, or
grande co
du ftile,
en pieds À
lendemain
femblés,.
pieds. troi
roifloit fo
che &. qu
tenant. enf
reur, M
racourcit
ba précifé
EF (v) Ce
chine dans 1
tenue Par tr
DE LA CHINE, Liv.IL Cuar. IV; En
Coume il s’agifloit de commencer l'opération dans le Palais même, l’As-
tronôme Mahométan prit le parti.d’avouer qu'il n'avoit jamais fçu la métho-
de du Père: Verbieft. L'Empereur en fut informé; & dans le reffentiment.
qu'il eut de tant d'impudence , il auroit fait. punir fur le champ cet Im-
ofteur, s'il n'eût jugé plus à propos de remettre fon châtiment. aprés l’ex-
érience des Milionaires , pour ie convaincre aux yeux mêmes de fes Pro-
teéteurs. Il ordonna au Milionaire de faire fon opération à part pendant le
refte du jour , & aux Kolaus de fe rendre le lendemain à l'Obfervatoire, pour.
remarquer la longueur de l'Ombre à l'heure précife de midi.
IL y avoit à l'Obfervatoire un pilier quarré de cuivre, de huit pieds &
trois pouces de hauteur, élevé fur une table de même métal, longue de dix-
huit pieds & large de deux, fur un pouze d’épaifleur. De la bafe du pilier,
cette table étoit divifée en dix-fept.pieds, chaque pied en dix pouces, &
chaque pouce en dix minutés. Autour des bords étoit un petit canal, creufé
dans le cuivre, large d'un demi-pouce fur la même profondeur , & rem-
pli d’eau, pour aflürer la table dans une pofition parallele. On s’étoit fervi
anciennement de cette machine pour déterminer les ombres Méridiennes ;
mais le pilier s'étoit courbé, & fa pofition.ne formoit plus d’angles droits a-
vec la tabic.
La longueur dû ftile ayant été fixée à. huit pieds quatre pouces & neuf
minutes: Verbieft attacha au pilier une planche unie, parallele à l'Horizon,
précifément à la hauteur déterminée; &. par le moyen d'un perpendiculaire ,
qu'il laiffa tomber de la planche fur la table, il marqua le point d'où il de-,
voit commencer à compter la longueur de l'Ombre, qui, fuivant fon cal-
cul, devoit être le jour fuivant, à midi, de feize pieds fix minutes & de-
mie. Le Soleil approchoit alors du Solftice d'Hyver, & pa: conféquent les:
Ombres étoient plus longues que dans aucun autre tems de l’année.
LE Soleil ne manqua point, à l'heure annoncée, de tomber fur la igne
tranfverfale que le Miffionaire avoit tracée fur la table pour marquer , extré-
mité de l'Ombre. Tous les Mandarins en parurent extrémement füurpris.
L'EMPEREUR: ayant pris beaucoup de plaifir au récit qu’on lui fit de ce
détail, ordonna que l’expérience feroit recommencée le jour fuivant, dans la
grande cour du Palais. 11 affigna deux pieds deux pouces pour la longueur
du flile. Vérbieft ayant préparé deux planches (v), l’une plate & divifée
en pieds & en pouces, l’autré perpendiculaire, pour fervir de ftile, porta le
lendemain cette machine au Palais. Tous les Mandarins, ‘qui s’y étoient af-
femblés,. voyant que l'Ombre, dont: la longueur avoit été marquée de quatre
pieds trois pouces quatre minutes & demie fur la planche horizontale, pa-
roifloit fort longue , parce qu’elle n’avoit point encore atteint à la plan-
che &. qu'elle tomboit d’un côté fur la planche, fe mirent à rire en s’entre-
tenant enfemble, dans l’opinion-que le Mifionaire avoit commis quelqu’er-
reur. Mais un peu avant midi, l'Ombre étaut arrivée à la planche fe
racourcit tout-d'un-coup, & paroiffant près de la ligne tranfverfale tom-
ba précifément fur l'heure. Alors il fut impoñible aux .Mandarins de ca-
cher.
BF" (v) Ce fut Magalhaens qui fit cette mg: voit aifément ui donner une poñition hori:
chine dans l’efpace d’une nuit, elle étoit foû: zontale,
tenue par trois vis à l'aide defquelles on pou
Screncrs
DLSs CuiNoïs,
ASTRONOMIE.
Confufon de
l'Aftronôme
Arabe,
Opération
Aftronomi-
que du Père.
Verbieft,
L'Empereur :
la lui fait re-
coimencer,
Succès du :
Miffionaire,
“SCIENCES
pes CuiNois.
ASTHONOMIE,
L'expérien-
ce eft recom-
mencée une
troifième
fois,
.Jgnorance
du Mahomé-
tan Arabe,
r6® VOYAGES DANS L'EMPIRE
cher leur étonnement. Le Ko-lau Tartare s’écria : ,, Quel étrange Mat.
» tre avons-nous ici? Les autres ne prononcèrent point un feul mot;
mais depuis ce moment, dit l’Auteur , ils conçurent une jaloufie im.
jacable contre le Mifionaire. . Cependant on informa l'Empereur du fuccès
de l'obfervation, enlui préfentant la machine, qu'il reçut fort gracieufement,
Comme une affaire de cette importance ne pouvoit être pefée avec trop de
foin, il fouhaita que l'expérience fût renouvellée pour la troifième fois fur 1
Tour Aftronomique. Verbieft le fatisfic avsc ténc de fuccès, que fes ennemis
mêmes, qui avoient afifté.a toutes les opérations par l'ordre de l'Empereur,
ne purent fe difpenfer de lui rendre juftice & de louer la méthode Européenne,
L'ASsTRONÔME Mahométan n'avoit pas d'autre connoiflance du Ciel que
celle qu’il avoit puifée dans quelques vieilles Tables Arabes. 11 les füuivoit fur
divers points, & depuis plus d’un an il s'étoit employé à la correcïion du Ca.
lendrier, par commiflion des Régens de l'Empire. Il avoit mêm2 compo,
fuivant fa méthode, -un Calendrier en deux volumes pour l'année fuivante,
Cet Ouvrage, qui avoit été préfenté à l'Empereur, fut remisau Père Verbic!t,
avec ordre de l’éxaminer. Il n’étoit pas difficile d'y découvrir un grand nom.
bre de fautes. Outre le défaut d'ordre & quantité d'erreurs dans les calculs,
Verbieft le trouva rempli de contradiétions manifeftes. C’étoit un mélange
d'idées Chinoifes & Arabes; de forte qu’on pouvoit le nommer indifférem.
ment Calendrier de la Chine ou d'Arabie. :Le Miffionairc ayant fait un recueil
des fautes les plus groffières de chaque mois, par rappart aux mouvemens des
L'Empereur * Plar tes, les écrivit au bas d’un Placet, qu'il fitpréfente: à l'Empereur. Aufi.
convoque u-
-h: Affembiée
des Grands de
l'Empire,
1 ordonre
que les Ob-
fervations
foient répé-
tées publique
melt,
L4
Manière
dontle Père
Verbieft exé-
cute cet or-
die.
tôt ce Prince, comme s’il eût été queftion du falut de l'Empire, convoqua l'Af
femblée générale de tous les Princes, des Mandarins de la première clafle, &
des principaux Officiers de tous les Ordres & de tous les Tribunaux de l'Empi-
re. Îl y envoya le Placet du Père Verbieft, afin que chacun pût donner fona.
vis fur le parti qu’il convencit de prendre dans une fi grande occafion. Les
Régens que l'Empereur fon père avoit nommés avant fa mort, lui étoient o-
dieux depuis long-tems. Ils avoient condamné l’Aftronomie del'Europe & pro:
tégé les Aftronômes Chinois. Sa Majefté, de l'avis de quelques-uns de fes prin-
cipaux Confidens, vouloit prendre cette occalion pour annuler tous les Aëtes
des Régens; & c’étoit dans cette vûe qu'il avait donné toute la folemnité pof.
fible à l’'Affemblée.
On y lutie Placet du Père Verbieft. Après de juftes délibérations fur cette
Je&ure, les Seigneurs & les principaux Membres du Confeil déclarèrent unani-
mement que la correétion du Calendrier étant une affaire importante, & l’Af-
tronomie une Science difficile, dont peu de perfonnes avoient connoiflance,
il étoit néceflaire d’éxaminer publiquement, avec les Inftrumens de l'Obferva-
toire, les fautes que l'Aftronôme Européen avoit relevées dans fon Mémoire,
Ce Decret ayant été confirmé par l'Empereur, Verbieft & l’Aftronôme Ma-
hométan reçurent ordre de fe préparer fans délai pour les Obfervations du So-
leil & des Planctes, & de mettre par écrit la méthode qu’ils employeroient
dans cette opération. Le Miffionairé obéit volontiers, & préfenta fes Expli-
cations aux Mandarins du Tribunal des Rites.
La première Obfervation devant fe faire le jour que le Soleil entre au quin-
zième degré du Verfeau , un grand quart de cercle que Verbieft avoit placé de-
puis dix-huit jours, fcellé de fon fceau fur le Méridien, montra [avec fon ha”
lidade, ]
hdade
devoit
tomba
rayon ;
Quinzi
mes In
étoit n
du Cal.
prouvé
AP
dant la
plufieu
fieurs 1
annon
fervat
tous les
les Cale
inform
Mais le
avoien
& par
l'Affe
Les
patienc
l'Euro
altérati
thodes
falloit
nois du
rent en
rent l’a:
au Père
nôme 7
fur leur
5» VOUS
5» appo
» longu
de tous
qui ordc
CET
teur du
toute l’2
il préfer
retranch
Aftronû:
auxquels
lobligat
Mais nc
VIII.
ange Mat.
feul mot ;
loufie im-
du fuccès
ieufement,
ec trop de
fois fur la
es ennemis
Empereur,
uropéenne,
du Ciel que
fuivoit fur
ion du Ca.
> compofé,
e füuivante,
e Verbict,
rand nom-
les calculs,
un mélange
indifférem-
c un recueil
vemens des
reur. Aufi-
ivoqua l'Af.
e clafle, &
x de l'Empi-
onner fon a.
afion. Les
i étoient 0-
rope & pro:
s de fes prin-
us les Actes
emnité pof-
bns fur cette
rent unani-
te, & l’Af
bnnoiflance,
l'Obferva-
Mémoire,
onôme Ma
ions du So-
ployeroient
a fes Expii-
tre au quin-
bit placé de-
vec fon ha-f
Jidade, ]
DE LA CHINE, Liv. Il. Cæar, IV. 161
tidade,] la hauteur du Soleil pour ce jour, & la minute de l'Eclyptique où il
devoit arriver avant midi. En effet, le Soleil [ s’infinuant par une des pinules,
tomba précifément fur le lieu indiqué; tandis qu'un Sextant, de fix pieds de
rayon, placé à la hauteur de l'Equateur , fit voir la déclinaifon de cet Aftre.
Quinze jours après, Verbieft eut le même fuccès en ‘obfervant avec les mé-
mes Inftrumens l'entrée du Soleil dans le Signe des Poiffons. Cette obfervation
étoit néceflaire, pour déterminer fi le mois intercalaire devoit être retranché
du Calendrier. La hauteur méridienne du Soleil & fa hauteur pour ce jour en
rouvèrent clairement la nécefité.
A l'égard des autres Planetes, dont les places devaient être obfervées pen-
dant la nuit, Verbieft calcula leurs diftances des Etoiles fixes, & marqua,
plufieurs jours avant l'obfervation, fur un Planifphère, en préfence de plu-
fieurs Mandarins, ces diftancés, à l'heure fixée par l'Empereur. Le tems
annoncé pour l’obfervation étant arrivé, il fit porter fes Inftrumens à l'Ob-
fervatoire, où les Mandarins s’étoient affemblés en fort grand nombre. La,
tous les fpeétateurs furent convaincus, par la jufteffe de fes opérations, que
les Calendriers de l’Aftronôme Arabe étoient remplis d'erreurs. L'Empereur ,
informé de ce réfultat, voulut que l'affaire fût éxaminée dans fon Confeil.
Mais les Aftronômes Tang-quang-Syeu 8 U-ming-when | dont les "Calendriers
avoient été cenfurés, obtinrent, contre l’ufage, la permiflion d'y afifter ;
& par leurs artifices, ils trouvèrent le moyen de partager les fuffrages de
l'Affemblée. | |
Les Mandarins qui étoient à la tête du Confeil ne purent fupporter avec
patience que l’Aftronomie Chinoife fût abolie, pour faire place à celle de
l'Europe. Ils foûtinrent que la dignité de l'Empire ne permettoit pas des
altérations de cette nature, &: qu'il valoit mieux conferver les anciennes mé-
thodes avec leurs défauts, que d'en introduire de nouvelles, fur-tout lorfqu’il
faloit les recevoir des Etrangers. Ils firent honneur aux deux Aftronômes Chi-
nois du zèle qu’ils témoignoiïent pour la gloire de leur Patrie, & les érigè-
rent en défenfeurs de ‘leurs Ancêtres. Mais les Mandarins T'artares embraflé-
rent l'avis oppofé & s’attachèrent à celui de l'Empereur, qui étoit favorable
au Père Verbieft. La chaleur fut extrême entre les deux Partis. Enfin l’Aftro-
nôme Tang-quang-/yeu, qui avoit gagné les Miniftres d'Etat & qui fe repofoit
fur leur proteétion, eut la hardieffe de tenir ce difcours aux Tartares: ,, Si
» Vous donnez l'avantage à Ferdinand, en recevant l’Aftronomie qu’il vous
apporte de l’Europe, foyez sûrs que l’Empire des Tartares ne fera pas de
» longue durée à la Chine. Une déclaration fi téméraire excita l’indignation
de tous les Mandarins Tartares. Ils en informèrent fur le champ l'Empereur,
qui ordonna que le coupable fût chargé de fers & conduit à la prifon publique.
Ce r événement confirma le triomphe du Père Verbieft. 1] Fc établi Direc-
teur du Tribunal des Mathématiques, avec ordre de réformer le Calendrier &
toute l’Aftronomie de Ja Chine. Pour commencer l’éxercice de fes fonétions,
il préfenta un Mémoire à l'Empereur, dans lequel il expliqua la néceffité de
retrancher du Calendrier le mois intercalaire, qui, fuivant le calculmême des
Aftronômes Chinois, appartenoit à l’année d’après. Les Membres du Confeil,
auxquels ce Mémoire fut renvoyé, regardèrent comme un trifte expédient
l'obligation de fupprimer un mois entier, après l'avoir reçu folemnellement.
Mais :n'ofant contredire le nouveau Direéteur, ils prirent le parti de lui dépu-
VIII. Part. X ter
ScieNces
Des CHiNoïrs,
AGSTRONOMIE,
Nouvel éxa»
men du Con-
feil,
Difficultés
qu'on oppofe
au Père Ver.
bieft,
Ill'emporte
fur fes enne-
mis & devient
Préfident du
Tribunal des
Mathémati.
ques,
Sciences
pr3 CHINoïs.
ASTRONOMIE,
Remontran-
ces qu’il r€-
çoit dela à
du Cunfei
ignorance
des Chinois
fur la Géogra-
phie des Pays
Etrangers.
Fabuleufe o-
pinion qu'ils
avoient des
autres Na-
tions,
Nomcde mé-
pris qu'ils
donnoient à
Jeurs voifins.
262 VOYAGES DANS L'EMPIRE
ter leur Préfident. Ce Mandarin äborda Verbieft d'unairrianc: ,, Prenez gar.
» de, lui dit-il, à ce que vous allez faire. Vous allez rendre notre Nation
,» méprifable à tous nos voifins, qui fuivent & qui refpeétent Je Calendrier
» Chinois. Que penferont-ils, en apprenant que nous fommes tombés dans
» des erreurs fi groffières, qu'il a fallu retrancher un mois entier de l'année
» pour. les réparer? Ne pouvez-vous pas trouver quelqu'expédient qui mette
# notre réputation à couvert? Vous nous rendriez un important fervice.,, Ver.
bieft luirépondit qu’il n’étoit pas en fon pouvoir de concilier l'ordre des Cieux
avec le Calendrier Chinois | & que le retranchement d'un mois lui paroifloit
une néceffité indifpenfable. On publia bien-tôt dans toutes les parties de l'Em.
pire un Edit Impérial, par lequel on déclaroit que fuivant les calculs il avoit
été néceffaire de fupprimer le mois intercalaire, & l’on défendoit de le comp-
ter à l'avenir (y).
(y) Tout le récit précédent eft tiré du Père du Halde Vol. IL pag. 136. & (uiv.
i
IL
Progrès des Chinois dans les autres Prties des Mathématiques.
T° defcription qu’on a déja donné (4) du Palais Impérial & des Monu-
mens publics de la Chine, doit avoir fait connoître que l’Architeéture Chi-
noife, quoique fort différente de celle del’Europe, n’eft pas fans beauté, fans
ordre & fans commodité. L'Atlas de Martini, les Cartes qu'il a publiées d'a.
près les Auteurs Chinois, & nos Obfervations précédentes fur les mefüures gé-
nérales & particulières du Pays, prouvent auffi qu’ils n’ont pas négligé la Géo-
raphie de leur Empire. Mais leurs lumières étoient fort bornées fur celle
des Pays Etrangers. Ils réduifoient toutes les autres Régions du Monde à foi.
xante-douze Royaumes, qu’ils plaçoient au hazard, comme autant de petites
Ifles dont leur Mer étoit entourée, fans les diftinguer par les Longitudes &
les Latitudes. Ils leur donnoi nt des noms méprifans, & dans leurs Defcrip.
tions ils en repréfentoient les Habitans cormme des monftres.
Izs nommoient un de ces Royaumes Syau-tin-que, ou le Pays des Nains. II
étoit habité, difoient-ils, par des hommes de fi petite taille, que dansla crain-
te d’être enlevés par les aigles & les éperviers, ils étoient obligés de.fe lier
pluffeurs enfemble. Un autre Royaume portoit entre les Chinois le nom de
Nyu-jin-que, c'eft-à-dire, de Pays habité par des femmes. Ils fe figuroient que
dans cetteContrée les femmes devenoient groffés en regardant leur image dans:
un puits ou dans une rivière, & qu’elles. ne mettoient au monde que des filles,
Ils fuppofoient un troifième Royaume, dont les Habitans avoient l’eftomac
affez ouvert pour y mettre une piéce de bois, fur laquelle deux hommes en
pouvoient porter un troifième d'un lieu à l'autre. Le quatrième Royaume étoit
peuplé d’Habitans qui avoient des corps humains & des têtes de chien. Les
Habitans du cinquième avoient les bras fi longs, qu'ils.touchoient à verre fans
fe baïfler. Quoiqu’ils connuffent mieux les Tartares, les Japonois, les Co-
réens & les autres Peuples qui bordent la Chine, ils ne les honoroient pas d’un
autre nom que celui des Quatre Nations barbares.
(a). Voyez ci-deffus plufieurs détails fur cette matière. {
Dans.
Portu
maïqu
5» Mil
Eurof
ges &
et le
uelqu
A ris
qu tr
er que
tion de
» COnt
» Inde
» CeP
parut €
qui ne
Magall
Etrang
Les
Chinois
uoit à
avorite
d’enten
bien fa
geoient
quelque
léger, «
né vers
qe ). L’
a qu’o
qui pût
les place
un gran(
fixèrent
le conco
de plaifi
mais du
pañoit a
(€b) Re
pag. 61. à
(ce) Rel
pag. 61. À
que ce n’efi
ré, mais dé
Traduêteur
'enez gar-
e Nation
alendrier
nbés dans
le l’année
qui mette
ce, ,, Ver-
des Cieux
paroifloit
- de l'Em.
ls il avoit
: le comp-
TA
i
les Monu-
Éture Chi-
auté, fans
ibliées d'a.
efures gé-
igé la Géo-
fur celle
onde à foi-
de petites
gitudes &
s Defcrip-
Nains. Il
ns la crain-
de.fe lier
le nom de
roient que
mage dans
» des filles.
l'eftomac
Lommes en
aume étoit
hien. Les
terre fans
s, les Co-
at pas d'un
Dans:
DE LA CHINE, Lav. IL Cnarp. IV. 163
Dans les derniers tems, ayant reçu quelques informations fur l'éxiftence
de l'Evrope, ils l'avoient ajoutée à leurs Cartes comme une Ifle déferte. De-
là vient qu'en 1668 le Viceroi de Canton, après avoir parlé de l'Ambañlade
Portugaife dans un Mémoire qu’il envoyoit à l'Empereur, ajoûtoit cette re.
marque: ,, Nous avons vérifié que l'Europe confifte en deux petites Ifles au
, milieu de la Mer (b). Lorfque les Chinois virent pour la première fois des
Européens, ils leur demandèrent s’il y avoit en Europe des Villes, des Villa-
ges & des maifons. Mais ils font revenus de toutes ces erreurs. Un jour
que le Père Chavagnac, Mifionaire Jéfüite, montroit une Carte du Monde à
quelques Lettrés, ils y cherchérent long-tems la Chine. Enfin ils jugèrent que
ce dévoit être l’'Hémifphère Oriental, parce que l'Amérique ne leur aroilfit
ue trop grande pour le refte du Monde. Le Mifionaire prit plaifir à les laif-
Êr quelque-tems dans cette idée, Mais un d'entr'eux lui demandant l'explica-
tion des lettres & des noms: ,, L’Hémifphère que vous regardez, leur dit-il,
, contient l'Europe, l'Afie & l'Afrique. Voici, dans l'Afie, la Perfe , les
» Indes & la Tartarie. Où eft donc la Chine? s’écria un des Lettrés. ,, C'eft
» ce petit coin de terre, lui répondit-cn, & vous en voyez les bornes. Il
parut extrêmement furpris de cette réponfe; & regardant fes compagnons,
qui ne le paroifloient pas moins, il leur dit en Chinois; ,, Que cela eft petic!
Magalhaens attribue cette ignorance au défaut de commerce avec les Pays
Etrangers (c).
Les autres Parties des Mathématiques étoient entièrement inconnues aux
Chinois. Il n’y a pas-plus d’un fiécle qu’ils ont ouvert les yeux fur ce qui man-
quoit à leurs connoiflances. Kang-hi, leur dernier Empereur, dont la pañion
favorite étoit d'acquérir de nouvelles lumiéres , ne fe lafloit pas de voir &
d'entendre les Miflionaires Jéfuites ; tandis que de leur côté, jugeant com-
bien fa proteétion pouvait être avantageufe au Chriftianifme, ils ne négli-
geoient rien pour fatisfaire fa curiofité. Ils commencèrent par lui donner
quelques idées d'Optique, en lui préfentant un demi-cylindre d'un bois fort
léger, dans l’axe duquel ils avoient placé un verre convexe, qui, étant tour-
né vers l’objet, repréfentoit en figure naturelle l’image qui étoit dans le tube
d). L'Empereur, charmé d'une invention qu’il trouva fort nouvelle, deman-
a qu’on lui fit dans fes jardins de Peking une machine de la même nature,
qui pt lui faire découvrir, fans être vû lui-même, tout ce qui fe pafloit dans
les places voifines. Les Miffionaires firent bâtir, près des murs du jardin,
un grand cabinet (e) avec une fenêtre pyramidale, au fommet de laquelle ils
fixérent un grand œil de bœuf ou un verre, direétement oppofé à la place où
le concours du Peuple étoit le plus nombreux. L'Empereur prenoit beaucoup
de plaifir à ce fpeétacle; & les Reines encore plus, parce que ne fortant ja-
mais du Palais elles n’avoient point d'autre moyen pour voir tout ce qui fe
pafloit au dehors.
LE
de POriginal. Nous reëtifions 4 cet égard fes
(b) Relation de la Chine par Magalhaëns,
Jus Jens en avertir ; celaferoit trop ennuvane.
pag. 61. & fuiv.
(ce) Relation de la Chine par Magalhaens,
pag. 61. &fuiv. I ef à propos de remarquer
que ce n’eft pas de Magalbaens que ceci ef ti-
ré, mais de Du Halde. Vol. I. pag. 280. Le
Traduëteur eff peu éxaût à Juivre les cications
(d) Angl. le repréfentoit au naturel dans
le tube, R. d. E.
(e) C'eft ce qu'on appelle communément
Camera obfcura, KR, d, T.
X 2
Screncrs
LES CuiNors,
Matucemart-
QUES.
Autres effets
de leur igno
rance,
Avantages
ueles Mit-
ionaires tiré-
rent de l'Op-
tique. ‘
Expériences
de la chambre
obfcure,
ScieNezs
nzs CHINOIS.
D'FFRRENTES
PARTIES DES
MATHEMATI-
QUES.
Expériences
du Cylindre,
Expériences
de Catoptri-
que.
Expériences
de Perfpedi-
ye
Expériences
de Statique,
Et d'Hydro-
flatique,
164 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Le Père Grimaldi donra un autre éxemple des merveilles de l'Optique dans
le jardin des Jéfuites de Peking. Il traça fur les quatre murs diverfes figures,
qui ne repréfentoient en face que des montagnes, des forêts, des chaifes &
d’autres objets de cette efpéce; mais, d'un certain point, on voyoit la figure
d’un homme bien proportionné. L'Empereur honora la maifon-d'une vifite, &
regarda long-tems ce prodige avec beaucoup d’admiration. Les Grands de fa
Cour & les principaux Mandarins, qui vinrent en-foule, n’en parurent pas
moins frappés. Ce qui leur caufoit le plus d’étonnement, étoit de trouver tant
de régularité & de proportion dans cette figure humaine, tandis que les murs
étoient fort irréguliers, & percés même, en plufieurs endroits, de portes-&
de fenêtres. Il feroit ennuyeux, ajoûte l'Auteur, de nommer toutes les figus
res qui n'étant tracées que confufément, repréfentoient d’un certain point des
objets diftinéts, par le moyen des miroirs coniques, cylindriques & pyra:
midaux.
Pour effai de Catoptrique, les Jéiuites préfentérent à l’Empercur toutes
fortes de verres & de télefcopes, qui leur fervirent à faire des obfervations
céleftes & terreftres, à mefurer les grandes & les petites diftances, à dimi.
nuer, àgroffir, à multipiier ou-réunir-les objets. La première merveille de
ce dernier genre fut un tube, de la groffeur d’un (f) prifme oétogone, qui é.
tant placé parallellement avéc l'horizon, repréfentoit huit différentes fcènes,
& d’une manière fi naturelle qu'on les prenoit pour les objets mêmes. Ce fpec:
tacle, relevé par la variété des peintures, amufa long-tems l'Empereur. Les
Miffionaires lui firent enfüuite préfent d’un autre tube, dans lequel étoit un ver:
re polygone, qui raffembloit par fes différentes faces plufieurs parties de diffé-
rens objets, pour en former une feule image. Aïnfi-des bois, des troupeaux,
& cent autres figures repréfentées dans un tableau, fervoient à former diftinc-
tement un homme entier ou quelqu’autre objet. On ne manqua point de faire
voir à Sa Majefté Impériale la Lanterne-Magique, ‘avec toutes les merveilles
qu’elle préfente aux yeux des ignorans.
LA Perfpeétive ne fut point oubliée. Le Père Buglio offrit à l'Empereurtrois
Deffeins, éxécutés fuivant les régles de l'art: Il en-expofa les copies à la vûe
du Public, dans le jardin des Jéfuites, où tous les Mäandarins s'emprefférent
de les venir admirer. Ils ne‘comprenoient pas que für une toile plate on eût pu
repréfenter des falles, des galeries, des portiques, des routes & des avenues,
auffi loin que la vûe pouvoit s'étendre, & fi naturellement, queles fpeétateurs
y étoient trompés au premier coup-d'œil.
Les expériences de Statique eurent leurtour. On fit préfent à l'Empereur
d'une machine compofée de quatre roues dentelées, avec un manche de fer,
ar le moyen de laquelle un enfant pouvoit lever fans difficulté un-poids de plu-
ieurs milliers & réfifter aux efforts de vingt hommes robuftes..
À l'égard de l'Hydroftatique, les Miffionaires firent pour Sa Majefté, des
pompes, des canaux, des roues & plufieurs autres machines propres à lever
l'eau au-defTus du-niveau de fa fource. Ils en compoftrent une, qui fervit à
conduire l’eau d’une Rivière, nommée Les dix mille fources, dans quelques ter-
res du domaine Impérial. Le Père Grimaldy offrit à l'Empereur une machine
Hydraulique
(f) Ant, un tube fait eb prifme, R, dE,
curiofit
riot lo
cuivre
l'air fo
voile d’
d'un e
pendan
rlir en C
vement
du bout
roue qu
étoit pli
dre cer:
roues.
enfla fo
Lor
Ciel, o:
ler auñi
rent plu
l'intellig
C’étoit
dont la
petit tre
poli, qu
ment to
Par une
tres réfr
lindre,
nomènes
Thermo:
& du ch
& d’hur
diamétre
venable
ou relâc
allongeoi
ui tiroit
’un cÔte
Tou:
_(&) L'o
cription de
terne Mag
que däns
figures,
haifes &
la. figure
ifite, &
nds de fa
rent pas
uver tant
les murs
portes :&
s les figu-
point des
& pyra:
eur toutes
fervations
, à dimi-
veille de
ne, qui é-
es fcènes,
.. Ce fpec:
reur. Les
oit un ver:
es de diffé-
roupeaux,
rer diftinc-
nt de faire
merveilles
ereur trois
ès à la vûc
preffèrent
- on eût pu
‘avenues,
peétateurs
"Empereur
e de fer,
bids de plu-
jefté, des
es à lever
i fervit à
elques ter-
e machine
vdrauliqua
DE LA CHINE, Liv.il. Car. IV. 165
Hydraulique de nouvelle invention, qui formoit un jet-d’eau continuel; une
horloge, qui repréfentoit tous les mouvemens céleftes avec beaucoup de juftef-
fe, & une montre à répétition qui n étoit pas moins julte.
Les Machines Pneumatiques formèrent un fpeétacle fortagréable pour la
curiofité de l'Empereur: Après avoir fait faire, d'un bois léger, un petit cha-
riot long de deux pieds, les Mifionaires placèrent, au milieu, un vaifleau de
cuivre rempli de charbons embrafés, fur lequel ils mirent un Æolipile, (g)d'où
l'air fortant par un petit tuyau, frappoit une forte de roue femblable à la
voile d’un moulin à vent. Cette roue en faifoit tourner une-autre par le moyen
d'un ellieu; & le chariot, fans autre principe d' mouvement, couroit ainfi
pendant deux heures. Mais comme l'efpace n'auroit pas fuffi pour le faire cou-
rir en droite ligne, on fe fervit d'une autre invention pour lui donner un mou-
vement circulaire. On attacha une petite folive à l'eflien des deux roues; &
du bout de cette folive on fit paîler un autre effieu par le centre d'une autre
roue qui étoit un peu plus grande que les deux autres. A mefure que cette rouc
étoit plus ou moins éloignée du chariot, il décrivoit un plus grand ou un moin-
dre cercle. On fit la même expérience avec un petit Vaifléau monté fur quatre
roues. L’Æolipile étoitcachée au milieu. Le vent fortant par deux petits tuyaux
enfla fort bien les voiles & fit tourner aflez long-tems la machine.
Lorsqu'iz paroiffoit quelque Phénomene, tel que la Parelie, l'Arc:en-
Ciel, ou quelque cercle autour. du Soleil ou dela Lune, l'Empereur faifoit appel-
ler auffi-tôt les Mifionaires, pour leur en demander l'explication. Ils publié-
rent plufieurs Ouvrages für ces merveilles de la Nature; & pour en faciliter
l'intelligence, ils compofèrent une machine qui repréfentoit leurs apparences.
C'étoit une forte de tambour, bien fermé au dehors & blanchi dans l’intérieur’,
dont la furface repréfentoit les Cieux. La lumière du Soleit y entroit par un
petit trou, & païñlant par un prifme de verre, tomboit fur un petit cylindre
poli, qui la réfléchiffoit fur la concavite du tambour, où elle peignoit éxaéte-
ment toutes les couleurs de l'Arc:en-Ciel. E’image du Soleil étoit réfléchie
par une partie du cylindte un peu applatie; & par d’autres réfléxions & d'au-
tres réfraétions ,, fuivant que le prifme étoit plus ou moins incliné vers le cy-
lindre, on voyoit les cercles autour du Soleil & de la Lune, & les autres Phé-
nomènes des Corps céleftes. Les Jéfüuites préfentèrent aufli à l'Empereur des
Thermométres, pour lui faire connoître la diftinétion des divers degrés du froid
& du chaud. Ils y ajoûtèrent une Hygrometre, pour les degrés de féchereffé
& d'humidité. C’étoit une machine en forme de tambour, d'un aflez grand
diamétre, fufpendue par un cordon de boyaux de chat, d'une longueur con-
venable & parallele à l’'Horizon. Le moindre changement de l'air contraétant
ou relâchant le cordon, faifoit tourner” le tambour à droite ou à gauche. Il
allongeoit ou racourciffoit auffi, autour da tambour, une autre petite corde,
ui tiroit un petit pendule, par lequel les degrés de féchereffe étoient marqués
de côté, & de l’autre cenx d'humidité.
Toures ces inventions, jufqu’alors inconnues aux Chinois, leur firentra-
battre
; (g) L'on trouve dans l’Original une def-
cription del'Æolipile, de même que de la Lan-
le Traduëteur a omis ces defcriptions & a+
vec raifon; ces Machines font trop connues:
terne Magique, dont ileft parlé cy devant; pour s'arrêter à les décrire, R.d.E..
X 3
ScirrNcys
Des Cuincis.
DirrereNTzs
PARTIES DEs
MaATHEMATI-
QUES.
Machines
Pneumati-
ques.
Ouvrages
des Miffionai-
res fur les
Phénomeres
de la Nature,
Machines
qui en facili-
tent l’explicas
tion.
166 VOYAGES DANS LEMPIRE
‘Screncrcs battre quelque chofe de leur orgueil naturel & prendre une idée plus fa.
-D£s Cmnors. yorable des Etrangers. Ils commencèrent, dit l'Auteur, à regarder les Eu.
Effet des ropéens comme leurs Maîtres (b).
Sciences de
l'Europe fur (b) Chine du Père du Halde, Vol. I. pag. 126. & fuiv.
les Chinois. é
PniLosornte \S TITI.
NATURELLE AR
ETMEDECINE. Philofopbie Naturelle & Médecine des Chinois.
punir A première de ces deux fciences cft cultivée à la Chine. Elle a fes
ob L principes pour expliquer la compofition des corps, leurs propriétés &
fur ces deux ques à ÿ s
Sciences, leurs effets (4). Les Chinois ont divers Ouvrages qui traï-ent de .ces ma.
tières, & l’on y trouve des raifonnemens très-rafinés fur la nature des cho-
à fes. Leurs erreurs viennent moins d’un défaut de pénétration, que du peu
de commerce qu'ils ont avec les Etrangers. Mais à quelque fource qu'on les
attribue, elles ont arrêté jufqu’a- préfent les progrès de la Médecine Chi.
noife. L'ignorance de l’Anatomie eft un autre obitacle. A peine les Chi.
nois connoiflent-ils l’ufage des différentes parties du corps. Lls ont par
conféquent peu de lumières fur les caufes des maladies. Leurs conjeétures
portent fur un fyftême fort incertain de la flruéture du corps humain (5).
Etude dela CEPENDANT l'étude de la Médecine a toûjours été fort en honneur dans
Médecine, Cette Nation, non-feulement parce qu'elle eft fort utile pour la confervation
de la vie, mais encore parce que les Chinois fuppofent beaucoup de liaifon
entre cette Science & les mouvemens du Ciel, Ils avoient anciennement des
Ecoles Impériales pour l'inftruétion des Médecins. _Aujourd hui, les plus
eftimés font ceux dont les Ancêtres ont éxercé la même profelfion, & qui
ont reçu d'eux leurs lumières comme une efpèce d'héritage. :
ne Les Médecins Chinois reconnoiflent deux principes naturels he ka re nt
des Médecins ,. tale : ’humi ical. Les efprits
Chinois fur Lang, ou la chaleur vitale; & l’In, ou l'humide radica prit
les principes fang en font les véhicules. De ces deux noms & de leurs caractères ile
de la vie, ont compofé le nom & le caraétère de l'homme, qu'ils appellent Jin dans
Jeur langue. Suivant leur doétrine, ces deux principes de Ja vie font lo-
gés dans toutes les parties du corps, pour leur communiquer le mouvement
& la force. x
Trois divi-, 1Ls font trois divifions. du corps humain. La première comprend la droi-
tions ducorps te & la gauche; deux parties, à chacune defquelles appartient un œil , un
ie bras, une main, une épaule, une jambe & un pied. La feconde contient
trois parties; la fupéricure, qui s'étend depuis le fommet de la rête jufqu'à
la poitrine ; celle du milieu, depuis la poitrine jufqu'au nombril ; & l'infé-
rieure, depuis le nombril jufqu'a la plante des pieds. La troifième divifon
comprend les membres & les inteftins. k
Diviñon des Les principaux membres, où l’humide radical eft logé, font au nombre
Panne defix: trois du côté gauche; le cœur, le foye & le rognon: trois du côté
: b : , mn à L1
are droit; le poulmon, la rate & l’autre rognon, qu'ils appellent dans leur lan
gue Porte de la vie. e° Les
| (a ) Mémoires du Père le Comte, pag. 213,
(b) Du Halde, ubi fup, Vol. I. pag. 394. & Vol. II, pag. 183.
Les
font de
ricarde ;
tomac
tuelles
le cœur
gauche
la rate,
qu'ils fc
parties
circulat
aufli qu
une efp
fons, o:
de leur
l'artère,
pañler p
ftrument
d'accord
APR]
Médecir
leur faire
les avoir
tions an
fources d
les narinc
les yeux
& des or
qu’elle de
lur la vie
Pour
établi dou
in, lhur
cœur con
s'appelle
fources de
le canal 4
la vefie d
de radical
canaux €
corps. À
reins, par
vitale, pa
pieds par |
inking, D
mains par
Corps aux
Lors
e plus fa.
ler les Eu.
Elle a fes
jpriétés &
le .ces ma-
‘e des cho-
que du peu
e qu'on les
lecine Chi.
ne les Chi.
Ls ont par
conjeétures
ain (b).
nneur dans
onfervation
p de liaifon
nement des
i, tes plus
ion, & qui
e la vie; le
fprits & le
raétères ils
ct Fin dans
ie font lo-
mouvement
end la droi-
in œil, un
le contient
ête jufqu'à
; & l'infé-
e divifñon
au nombre
is du côté
s leur lan-
Les
DE LA CHINE, Lrv. IL Cnar. IV.
Les inteftins ou les entrailles, dans lefquels ils placent la chaleur vitale,
font de même au nombre de fix: trois à gauche; les petits boyaux ou Je Pé-
ricarde ; la veflie du fiel & les uretéres: trois à droite; les gros boyaux, l'ef-
tomac & la troifième partie du corps. Ils. reconnoiffent aufñli des relations mu-
tuelles entre les membres & les inteflins, comme entre les petits boyaux &
le cœur, entre la veffie du fiel & le foye, les uretéres & le rognon du côté
gauche ; & du côté droit, entre les gros boyaux & le poulmon, l'eftomac &
h rate, la troifième partie du corps & le rognon droit. C’eft de ces parties
qu'ils font pafler la chaleur vitale & l'humide radical dans toutes les autres
parties du corps, par le moyen des efprits & du fang ; car il paroît que la
circulation.du fang eft connue fort anciennement à la Chine. Ils fuppofent
auffi que le corps , par fes nerfs, fes mufcles, fes veines & fes artères, eft
une efpèce de Luth ou d’Inftrument mufical, dont les parties rendent divers
fons, ou plûtôt ont entr’elles une certaine harmonie qui vient de leur figure,
de leur fituation & de leurs divers ufages; que les différentes pulfations de
l'artère, qui font comme les tons & les touches de cet Inflrument, doivent
pañer pour des fignes infaillibles de fa difpofition; comme la corde d’un In-
ftrument de mufique rend diitérens fons, qui font connoître fi l’Inftrument eft
d'accord.& bien ou mal monté.
ArPrès avoir établi ces douze fources de vie dans le corps humain, les
Médecins Chinois ont travaillé à découvrir les fignes extérieurs qui pouvoient
Jeur faire connoître la difpofition intérieure de ces douze parties. Ils croient
les avoir trouvé dans la tête, fiége de tous les fens qui éxécutent les opéra-
tions animales; & fuppoñfant des relations néceflaires entre ces fens & les
fources de la vie, ils établiffent un rapport entre la langue & le cœur, entre
les narines & le poulmon , la bouche & la rate, les oreilles & les rognons,
les yeux & le foye. Ils s’imaginent aufi que du teint, des yeux, des narines
& des oreilles, du fon de la voix & du goût aétuel de la langue ou de celui
qu’elle defire, ils peuvent tirer des conclufions certaines fur l’état du corps & .
lur la vie & la mort d’un Malade.
Pour la communication de l’humide radical & de la chaleur vitale, ils ont
établi douze routes ou douze canaux. Par l’un, qu’ils nomment Chau-chun-in-
kin, l’humide radical pafle du cœur aux mains. Les vifcères qui font unis au
cœur conduifent la chaleur vitale par les mêmes voies; & ce canal de chaleur
s'appelle Cheu-tay-yang-king. Ces deux origines jointes enfemble, font une des
fources de la vie. Le foye, difent-ils, envoye l’humide radical aux pieds par
le canal Se-kue-in-king ; mais la chaleur naturelle fe rend au méme endroit, de
ha veffie du fiel par le canal So-cheu-yang-king. Les rognons envoyent l'humi-
de radical par un autre paflage, & la chaleur vitale vient des uretères. Ces
canaux entretiennent la communication de la vie dans la partie gauche du
corps. À l'égard du côté droit, le poulmon envoye l’humide radical aux
reins, par le conduit Cheu:tay-in-king ; & les gros boyaux envoyent la chaleur :
vitale, par le Chang-yang-ming-king. De la rate, l’humide radical fe rend aux :
pieds par le So-yang-ming-king ; & la chaleur vitale à l'eflomac , par le Sz-ray-
inking. Du rognon droit, ou de la porte de la vie, l’humide radical pañle aux
mains par le Cheu-kue-in-king; & la chaleur vitale de la troifième partie du
corps aux pieds, parle Cheu-chyau-yang-king. |
LorsQU'ILS ont acquis cette connoiflance dela ftruéture du corps, qui, tou-
167
te -
ScrENcEs
DES CHiNots;
FaiLosorrite
NATURELLE
zTMEnecins
Le corps et
regardé com-
me un Inftru-
ment de muli-
que.
Signes exté.
rieurs qui font :
connoître les
difpofitions :
intérieurcs.
Canaux de
communica-
tion pour la
chaleur vitae
le, &c,
a
SCIENCES
nes CHINOIS.
Menecinr.
Corps exté-
rieurs qui
agiflent {ur le
corps.
Lumière des
Médecins
Chinois fur les
battemens du
poulx.
Ufage de fa
faignée, rare à
Ja Chine.
168 VOYAGES DANS L'EMPIRE
te conforme qu'elle eft à l’ancienne Anatomie Chinoife, n’en eft pas, comme
on le voit, beaucoup plus éxaéte, ils-cherchent à connoître les corpsextérieurs
qui peuvent caufer des altérations dans le corps humain. Ces corps font les éé.
mens. Ils en comptent cinq: la terre, les-métaux, l'eau, l'air & le feu, qui
s’uniflent pour la compofition du corps de l’homme, & dont le mélange eft
tel, qu’un élément prévaut fur les autres dans quelque partie. Ainf le feu
prédomine dans le cœur & dans les vifcères voifins ; & le Sud eft le point du
Ciel qui fe rapporte principalement à ces parties, comme réfidence principa.
le de la chaleur naturelle. Auffi ne manquent-ils pas d’obferver les affeëtions
äu cœur pendant l'Eté. Le foye & la vefficule du fiel fe rapportent à l’élé.
ment de l'air, & tous deux ont une relation à l'Eft, qui eft ie lieu d’où pro.
cédent les vents & les végétations. ‘C’eft au Printems que la difpofition de
ces parties doit être obfervée. Les rognons & les uretères appartiennent à
l'eau & correfpondent au Nord. Ainfi c'eft pendant l'Hyver qu'il faut obfer-
ver leurs indications. [Ce font les Métaux qui dominent fur les poumons, &:
* fur les grands inteftins , aufli-bien que le Couchant & l’Automne, qui eft le
tems de leurs indications. Enfin la ratte & l'eftomac tiennent de Îa nature
de la terre; ils regardent le milieu du Ciel, entreles quatre points Cardinaux;
& c’eft le troifième mois de chacune des faifons, qui eft le tems de leurs in.
dications particulières. ] Le foye & la troifième partie du-corps font fujets au
feu & à l'eau, & reçoivent les impreffions du cœur & des rognons, pour les
communiquer à toutes les-autres parties. Les Médecins Chinois raifonnent à
peu près comme les nôtres fur les rapports & les oppofitions de ces élémens
avec le corps humain, pour rendre compte des maladies & de toutes les al.
térations de la fanté.
Izs prétendent connoître, parles différentés pulfations de l'artère, la bon.
ne ou la mauvaife difpofñition du corps ; & voici quels font leurs principes,
C'eft le mouvement, difent-ils, qui fait le poulx ; & ce mouvement eft cauft
par le flux & le reflux du fang & des efprits, qui font portés dans toutes kes
parties du corps par les douze canaux dont on a rapporté les noms. Tout ce
qui fe remue communique du mouvement à quelqu'autre corps mobile ; &
tout ce qui et remué, céde ou réfifte. Ainfi, comme le fang & les ef.
prits, qui font dans un mouvement continuel, pouflent & preflent les Vaif
feaux qui leur fervent de canal, il en doit naître néceflairement un battement
de poulx. La parfaite connoiffance de ces battemens & de ces percuffions,
donne celle de la difpofition du corps & des affeétions qu’il reçoit des élé-
mens. C’eft par les battemens qu'on doit connoître la nature du fang & des
efprits, & diltinguer leurs défauts & leurs excès, comme le devoir d'un bon
Médecin eft de les régler, & d'y rétablir l’ordre s'il le trouve altèré.
L'usAGE de la faignée eft très-rare à la Chine, quoiqu'il y foit connu. Ce.
lui des clyftères eft venu aux Chinois des Portugais de Macao; mais ils l’ap-
pellent Reméde des Barbares, parce qu’ils l'ont reçu des Européens. En un
mot, toute la fcience de la Médecine confifte, parmi eux, dans la connoif-
fance du poulx & dans l'ufage des Simples, qu'ils ont en grand nombre &
qu'ils regardent comme de fouverains fpécifiques dans plufieurs maladies. Ils
prétendent que le battement du poulx leur fait découvrir, non-feulement la
caufe d'une maladie, mais la partie même du corps où elle réfide. En effet,
Jeurs Médecins leur prédifent éxaétement tous les fymptômes , & c’eft à
cette
cette
dans
De-
éxam
tions
La
ler fa
douce
les p
ou le
ou di
la ml
au vel
quand
il fera
d'un g
cereitu
reufem
vie de
Efcula
du Ma
l’autre
lent,
te, 4
ment à
l'affüra
rétablir
Que
des, po
les fuit,
de Drog
Ce font
meurs,
D'autres
decines,
ter des
D'ailleur
Simples.
ÂAPRÈ
employe
faitemen
fruits &
l'eau dan
t-défenden
eft prefté
un corps
tions natu
fe digeftic
VIIL. :
IS, Comme
> eXtérieurs
ont les élé-
le feu, qui
nélange eft
Ainfi le feu
le point du
e principa.
S Fettions
tent à l’élé.
u d’où pro:
pofition de
rtiennent à
| faut obfer.
oumons, &ÿ+
>, qui eft le
de la nature
Cardinaux ;
de leurs in.
ont fujets au
1s, pour les
raifonnent À
ces élémens
outes les al.
ère, Ja bon.
s principes.
ent eft caufé
ns toutes kes
s Tout ce
mobile ; &
ig & les ef.
nt les Vaif.
n battement
percuffions ,
croit des élé-
fang & des
oùr. d'un bon
èré.
connu. Ce-
ais ils l'ap-
ens. En un
la connoif-
| nombre &
aladies. Ils
eulement la
En effet,
& c'eft à
cette
DE LA CHINE, Liv. IL Crar. IV. r69
tœette fcience qu’ils doivent leur réputation. Ils obfervent deux -chofes Scrrwers
dans le mouvement du poulx, l'endroit où il fe fait fentir & fa durée. pes Cuinors,
De- là vient qu’ils ont afligné divers endroits du corps où le poulx doit être Menseine.
éxaminé , & qu'ils fe font fait des régles pour mefurer le tems des pulfi-
tions.
Lorsqu’iLs font appelés près d'un Malade, ils mettent d’abord un oreil- Pratique des
ler fous fon bras; & plaçant quatre doigts au long de l'artère, quelquefois Médecins
doucement, quelquefois avec une prefion plus forte, ils éxaminent long-tems FAST TS
Jes pulfations, en s’efforçant de diftinguer les moindres différences. Le plus
ou le moins de vîtefle ou de lenteur , de foiblefle ou de force, d’uniformité
ou d'irrégularité, leur fert à découvrir la caufe de la maladie ;-& fans faire
la moindre quefticn au Malade, ils lui difent s’il a mal à la tête, à l'eftomac,
au ventre, & fi c’eft la rate ou le foye qui eft affeété. Ils lui annoncent aufñi
quand il peut efpérer -du foulagement, quand l’appétit-lui reviendra & quand
il fera tout-à-fait délivré de fa maladie. L’Auteur en rapporte un éxemple,
d’un grand nombre d’autres, dit-il, qui ne doivent laifler aucun doute fur la
certitude & le fuccès de cette méthode. Un Miffionaire étant tombé dange- Guérifon
reufement malade dans la prifon de Nan-king, les Chrétiens, allarmés pour la d'un Mifio-
vie de leur Pafteur, engagèrent un des plus habiles Médecins à le vifiter. Cec 71
Efculape Chinois, après avoir tâté avec les cérémonies ordinaires le poulx
du Malade, lui prefcrivit {ur le champ trois médecines, l’une pour le matin,
l'autre pour l'après-midi & la troifième pour le foir. L'effet en parut fi vio-
lent, que le Miffionaire ayant perdu la parole dans le cours de la nuit fuivan-
te, paîla pour un homme mort. Mais le matin apporta un extrême change-
ment à fa fituation. Le Médecin, après avoir tâté le poulx à fon Malade, A
l'affüra qu’il étoit guéri & qu'il ne lui reftoit qu’à fuivre un certain régime qui
rétabliroit bien-tôt fes forces. L'effet vérifia cette prédiction.
QuerquEes Médecins Chinois, dans les vifites qu’ils rendent aux Mala- Vifites des
des, portent avec eux leur.chaife, ou la font porter par un domeftique qui Métecins
les fuit, avec plufieurs boëtes divifées en quarante petites cellules remplies de Ken.
de Drogues & de Simples, qu’ils adminiftrent, fuivant la qualité de la maladie, des,
Ce font des fudorifiques ou des purgatifs, propres à purifier le fang & les hu-
meurs, à fortifier la tête, à difliper les vapeurs, à nétoyer l’eftomac , &c.
D'autres n’ont point l’ufage de porter leurs boëtes, mais prefcrivent des mé-
decines, en laïffant au Malade Ja liberté de les recevoir d'eux ou de les ache- 1l
ter des Droguiftes, qui ont leurs boutiques remplies d’excellens remédes.
D'ailleurs chaque Ville a des Foires, où l’on ne vend que des Drogues & des
Simples.
APRÈS avoir rendu la fanté aux Malades par de fimples décoétions, on Cordiaux
employe des cordiaux pour bannir tous les reftes de la maladie & rétablir par- Fees
faitement les forces. Ils font compofés d'herbes, de feuilles, de racines, de :
fruits & de femences féches. Les Médecins Chinois permettent de boire de
l'eau dans toutes fortes de maladies, mais ils ordonnent qu’elle foit bouillie. Ils
défendent ordinairement toute autre efpèce de nourriture, [ou file Malade
eft preffé de la faim, ils ne lui en laiffent prendre que très légérement.] Dans
un corps indifpofé, l'eftomac, difent-ils, n'eft pas capable de faire fes fonc-
uons naturelles, & les moindres alimens ne peuvent produire qu'une mauvai-
fe digeftion.
VIIL. ‘Part, Y IL
GE —
170 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Scisnerzs JL fe trouve à la Chine des Médecins qui regardent comme au-deffous.
“pis CHINOIS, Yeux de prefcrire des remédes, & qui fe bornent à déclarer la nature des
MenecinE. maladies (c). Leurs vifices fe payent beaucoup Eur cher que celles des
Unges& autres. Mais ce qui fait ordinairement la fortune & la réputation d’un Mé.
prix des vi decin Chinois, c'eit d’avoir guéïi quelques Mandarins diftingués, ou d'au.
tes. tres perfonnes riches, qui joignent au payement de chagne vifite des gra.
tifications confidérables. Le prix commun des vifites & des remédes et
très-médiocre. Un Médecin qu’on a fait appeller près d’un Malade, n'y re.
tourne point s’il n’eft rappellé. Ainfi chacun a la liberté d'en prendre un au-
tre lorfqu’il n’eft pas content du premier, [ ce qui arrive aflez fouvent.] Lesgé
Charlatans ne’ font pas plus rares à la Chine qu'en Europe. Ils prétendent gué:-
rir toutes les maladies par des recettes inconnues dans la Médecine (4), &
mettent pour condition qu'ils ne feront payés qu'après l'effet du reméde (e).
Chaquemae SuivanT l’Auteur d'un Traité Chinois, qui porte pour titre Le Secret du
ladic a fon Poulx, chaque maladie a fon poulx différent. Dans celles du cœur, on doit
poulx difé- confulter le poulx du poignet gauche (f). On s’y prend de même dans celles
ce du foye; mais le poulx doit être éxaminé à la jointure du poignet avec l'os du
coude. Dans les maladies de l'eftomac, il faut s’adreffer au poignet droit; &
dans celles du poulmon, à la jointure de la même main. Dans les maladies
des reins, le poulx doit être confüulté au-deflus de la jointure ,. vers l’extrémi-
té du coude, du même côté que le rognon malade.
Diverfesin. LE poulx eft fufceptible d’une infinité de variations, fuivant la différence
dications du du féxe, de l’âge, de la ftature & des faifons. Chacun de ces états peut être
Mao Fos diftingué par la différence defon poulx. Lemême Auteur, après avoir nommé
teur Chinois. plufieurs fortes de poulx, les divife en trois claffes, dont la première en com.
prend fept, la feconde, huit, & la troifième, neuf. Il explique leur nature.
]l détermine leurs indications. Entr'autres, il obferve que le Poulx fuperficiel
dénote des étourdiffemens; le Poulx creux, difette de fang; le Poulx gliffant,
abondance de phlegme ; le Poulx plein, de la chaleur ; le Poux à longs tremble. queten
mens, lafitude; le Poulx à tremblemens courts, des douleursaigues ; le Poulx trop fait m:
abondant , un excès de chaleur ; le Poux petit, un excès de froid; le Poulx en- quoiqu
foncé, un défaut de liberté dans la refpiration, ou interruption d’efprits: le Da
Poulx lent, une forte de rhumatifme dans l’eftomac ; Le Poulx tranchant, ftérili. pronof
té, ou difpofñtion à cet état; le Poulx pareffeux, défaut de chaleur interne; le auf Ie
Poulx has, des obftruétions dans les vaiffeaux fanguins; le Poulx doux ou fluide, foye,
des fueurs fpontanées, & de la difpofition à la Pulmonie; le Poulx foible, ua tirés di
grand épuifement, & des douleurs fourdes, comme dans les os ; le Poulx long, dans fe
abondance & régularité d’efprits; le Poulx court, difette ou trouble d’efprits; Par
le Poulx mince comme un cheveu, abbattement d’efprits ; le Poulx variable, défor- les rog;
dre d’efprits; le Poulx embarraffé &3 confiné, chaleur exceflive; le Poulx vuide, FAR
: erte cms
? diétion:
Ce) Ansl, Comme au deffous d'eux de four: ( f) Le Père du Ialde nous a donné dans Suivant
nir des remèdes, R. d. E. fa Defcription de la Chine une Tradu&ion de
(d) Angl, par des recettes qu'ilsramaflent ce Traité du Poulx, Vol, Il. pag. 184.
de tous côtés, R. d. FE. l’avoit reçue du Père Hervieu, Miffionaire de
(e) Chinc duPére du Halde, Vol, L, pag. la même Compagnie,
183. & fuiy.
au-deffous.
nature des
celles des
: d'un Mé.
, Où d’au-
e des gra-
médes eft
de, n'y re-
idre un au-
vent.] Lesg=
ndent gué-
e (d), &
méde (e).
Le Secret du
r, on doit
dans celles
avec l’os du
t droit; &
les maladies
s l’extrémi-
1 différence
ts peut être
voir nommé
re en com-
leur nature.
Ix fuperficiel
pulx glh{Jant,
pngs tremble.
le Poulx trop
le Poulx en:
d'efprits: le
ant, ftérili-
interne ; le
ix Où fluide,
W foible, un
e Poulx long,
e d’efprits;
ble, défor-
Poulx vuide,
perte
a donné dans
‘radu&tion de
pag. 1£4. |
Miflionaire de
D E L A C H I N E, Liv. IL. CuHar. IV. TI
perte de fang, frayeurs & mouvemens convulfifs; le Poulx précipité ou culbu-
tant, inquiétudes & délire; le Poilx dur, perte de femence dans les hommes,
& de fang dans les femmes. :
L’Aureur Chinois explique la nature de chaque poulx, par des compa-
raifons & des images qui paroîtront fort étranges aux Éuropéens. Par éxem-
ple, il prétend que le poulx fuperficiel caufe une fenfation qui reffemble à cel-
le d'une peau de petit oignon; que le poulx gliflant fe fait fentir comme
une perle fous les doigts ; que le poulx tranchant forme une fenfation
qui n'eft guëres différente de celle d’un couteau avec lequel on grate une canne
de bambou; que le poulx variable repréfente des pierres auxquelles on touche
dans (g ) l'eau. ;
Mars il y a quelque chofe encore de plus étrange dans l'explication que le
même Auteur donne des fept poulx qui indiquent le danger de mort. 1. Lorf-
que le poulx, confulté le matin, femble bouillir fous les doigts, comme de
l'eau fur un grand feu; c’eft un figne infaillible qu’il refte peu de tems à vivre.
2. C'eft un figne de mort aufi prochaine, qu’un poulx femblable au poiffon
arrêté, qui ne peut fe remuer, & qui va au fond par fa queue fans trop deré-
gularité. 3. Lorfque le poulx, après avoir battu précipitamment , devient
tout-d’un-coup lent & parefleux, c’eft un figne demort, mais non pas fi pro-
chaine. 4. Si le poulx, par la dureté de fes battéemens;, reffemble en quelque
forte à une balle de pierre ou de terre féche, lancée par une arbalête, les poul-
mons & l’eftomac font dans une grande difétte d’efprits. 5. Si le poulx ref-
femble à des goûtes d’eau qui tombent dans une maifon par quelque fente ou
par quelque trou du toît, & que dans fon retour il foit épars & en défordre
comme les fils d’une corde qui fe defférre, c’eftune marque que les os font féchés
jufqu’à la moëlle. G. Si les mouvemens du poulx, à l'extrémité des deux cou-
des, reflémblent au pas d’une grenouille embarraflée dans des herbes, ou à
ceux d’un crapaud, la mort eft certaine. 7. Si la pulfation refflemble au bec-
uetement redoublé d’un oifeau, il y a difette d’efprits dans l’eftomac, lecœur
ait mal fes fonétions & le fang en défordre. On fe borne ici aces indications,
quoique le Traduéteur en rapporte un qu grand nombre.
Dans le même Traité on donne des al pour tâter le poulx, avec les
pronoftics qu'on en peut tirer, fuivant la différence des maladies. On éxamine
auf les différens poulx, non-feulement des bras, mais encore du cœur, du
foye, des poulmons, &c. Enfin l’on y donne les diagnoftics & les pronoftics
tirés du vifage & des autres parties du corps. L’Auteur (h) eft fort précis
dans fes Fous & juge en peu d'heures du fort defes Malades. 11 obferve,
par éxemple, que fi le battement d’un poulx dur, qui marque du défordre dans
les rognons, reflemble au becquetement d’un oïfeau, le Patient mourra le len-
demain entre neuf & dix heures de matin, &c.
Les Médecins Chinois ne s’attribuent pas moins d’éxaétitude dans les pré-
ciétions qu’ils fondent fur un certain nombre de battemens fans interruption.
Suivant la doétrine d’un ancien Livre, fi le poulx, après quarante pulfations
fucceffives
(g) Ibidem.
Ch) Ou les Auteurs, car il paroît que c'eft
Y 2
une Collection de plufieurs Médecins.
SCrENCLs
Dis Cuinois,
MeveciNs.
Etranges
comparailfons
du poulx,
Septindfca-
tions de mort,
Régles pour
le tâter
poulx,
Autres ob-
fervations fur
le même
fujet.
SCIENCES
DES CHiNois.
MÉDECINE,
Jugement fur
ectte doétrine
des Chinois.
Tonprophé-
tique de leurs
Médecins.
" Affcétations
dans leur mé.
thode.
VOYAGES DANS L’'EMPIRE
172
fucceffives, en omet une, c'eft un figne qu'une des parties nobles eft deftituée
d’efprits & que le Malade doit mourir-quatre ans après, dans le cours du Prin-
tems. Tous les Auteurs Chinois font perfuadés qu'une perfonne dont le poulx
bat cinquante fois fans s'arrêter, eft en parfaite fanté & d'une excellente con-
flitution ; maisque s’ils’arrête après cinquante pulfations, les efprits manquent
dans une des parties nobles & la mort elt infaillible au bout de cinq ans. S'il
s'arrête après trente battemens, il faut s attendre à mourir trois ans aprés.
Lorfque le poulx du poignet gauche s enfonce, s'élève & s’enfonce encore a-
près dix-neuf battemens, le foye eft entièrement ruiné & tous les remédes font
inutiles. On remarque la même chofe fur le poulx de l'extrémité du coude
droit; c'eft-à-dire, qu'après fept pulfations égales, s’il s'enfonce & qu’il con-
tinue de s'enfoncer, fans fe relever de long-tems, le Malade a peu d'heures à
vivre. Si l'interruption arrive après deux battemens, il meurt ordinairement
en deux ou trois jours. Si c’eft après trois battemens, il peut vivre cinq ou fix
jours. Après quatre, il pourra vivre jufqu à la fin de la fémaine (i), &c.
Ce détail fuffit pour donner quelqu’idée de la doétrine des Chinois fur le
poulx. L’éxaétitude avec laquelle ils s’attachent aux moindres circonftan-
ces, fait connoître qu’ils ont pris beaucoup de peine à perfectionner leur
fyftême. Mais des explications & des jugemens fi pofitifs femblent marquer
auffi que c’eft moins le fruit de l'expérience qu'une invention des Médecins
our amufer le Public. Revenons aux Obfervations des Européens.
Le Père le Comte remarque qu’en tâtant le poulx, les Médecins Chinois
tiennent la main du Malade, l’efpace au moins d'un quart-d'heure. Tan-
tôt c’eft la main droite , tantôt la gauche, & quelquefois les deux mains en.
femble. Enfin, prenant le ton prophétique , comme s'ils étoient éclairés
par’ quelqu'infpiration ils vous difent gravement: ,, Vous. n'avez point de
mal à la tête ; c’eft une pefanteur , qui n'a fait que vous affoupir. Vous
avez perdu l'appétit; mais il vous reviendra précifément dans trois jours.
Cefoir, au Soleil Couchant, vous aurez la tête plus libre, Votre poulx
marque de l'embarras dans le ventre; à moins que vous n'ayez mangé de
,, tel ou tel aliment. Cette maladie durera cinq jours; après quoi vous joui-
rez d’une parfaite fanté. ., Ils ne fe trompent guéres dans la connoiflance
des maladies & dans leurs pronoftics, lorfqu’ils ont acquis un certain degré
d'expérience. | ab RU
Un Etranger, qui n’eft point accoûtumé à leur méthode, auroit peine à
s'empêcher de rire en leur voyant tâter le poulx. Après avoir appuyé quatre
doigts le long de l'artère , en preflant allez fort le poignet du Malade, ils
fe relâchent par degrés, jufqu’à ce que le fang, qui étoit arrêté par la pres-
fion, ait repris librement fon cours. Un moment après ils recommencent à
refler le bras, & continuent affez long-tems. Enfuite, comme s'ils alloient
toucher les cordes d’un Inftrument de mufique, ils levent & laiffent tomber
fucceffivement leurs doigts, preffant plus ou moins fort, tantôt plus vite,
LE
tantôt plus lentement, jufqu'a ce que l'artère réponde aux touches du Méde-
cin, & que fa force ou fa foibleffe, fon défordre & fes autres fymptômes,
faffent connoître la nature de la maladie.
Iz
(i) Chine du Père du Halde, pag. 190. & fuivantes.
IL
res ex
on ne
tes fo
fituatid
dies, 4
u'aya
fluxion
toit en;
n'étoit
cret ;
mit unt
ce. À
un peti
fit don
ant de
vrit en
Malade.
Les
tains ve
tent u
qu'ils e
guilles b
teur en
5» On v
» NOUS
» mode
» font a
> que
À M
plûpart c
dre ordir
les felles
péens fe
d'intérêt
drogues
dangereu
la Médec
avoir pri
tant plus
fe poin
ces Impo
Chinois d
le reffent
de fon Er
deftituée
s du Prin-
t le poulx
lente con-
manquent
ans. S'il
ins après.
encore a-
nédes font
du coude
qu’il con-
d'heures à
nairement
cinq ou fix
), ec.
nois. fur le
circonftan-
onner leur
t marquer
Médecins
s.
ns Chinois
ire. Tan.
mains en-
nt. éclairés
z point de
Dir. Vous
rois jours.
otre poulx
mangé de
vous joui-
bnnoiflance
ain degré
it peine à
uyé quatre
lalade, ils
ar la pres-
encent à
ils alloient
t tomber
plus vite,
du Méde-
ptômes ,
18
DE LA CHINE, Liv. II. Crar. IV. 173
Iz paroît certain que les Médecins Chinois ont fur cct article des lumié-
res extraordinaires, que l’Auteur traite même de merveilleufes. Cependant
on ne peut être trop fur fes gardes avec eux, parce qu'ils employent tou-
tes fortes de moyens pour s'informer fecrétement , avant leurs vifites, de la
fiuation des Malades. Ils portent l'artifice jufqu’a leur fuppofer des mala-
dies, qu'ils leur procurent eux-mêmes. L’Auteur apprit d'un Chinois (4),
v'ayant fait appeller un Médecin & un Chirurgien pour le guérir d’une
A0, l'un des deux lui déclara que le mal venoit d’un petit ver qui s’é-
toit engendré dans la chair, & qui cauferoit infailliblement la gangrene s'il
n'étoit chaflé promptement. Il fe vanta d’être le feul qui poflédät ce fe-
cret ; mais il ajoûta qu’il demandoit un falaire confidérable. Le Malade pro-
mit une grofle fomme d'argent , dont il paya même une partie d’avan-
ce. Alors cet Impofteur compofa une emplâtre, dans laquelle il fit entrer
un petit ver. Une heure après, l'ayant tiré d’un air triomphant, il fe
fit donner le refte de la fomme. Son Compagnon, qui n'eut point au-
tant de part qu'il fe l'étoit promis au fruit de cette impoiture, décou-
vrit enfuite le complot ; mais il étoit trop tard pour fauver l'argent du
Malade.
Les Chinois font perfuadés que la plûpart des maladies viennent de cer-
tains vents malins & corrompus, qui pénétrent dans les mufcles & qui por-
tent un dangereux défordre dans toutes les parties du corps. Le moyen
qu'ils employent pour les difliper, eft d'appliquer en divers endroits des ai-
guilles brûlantes ou des boutons de feu. C'eft leur reméde ordinaire; & l’Au-
teur en ayant un jour marqué de l’étonnement, un Chinois lui répondit :
» On vous traite en Europe avec le fer; (Il faifoit allufion à la faignée. ) ici
» nous fommes martyrifés avec le feu. 11 n’y a point d'apparence que cette
» mode pañfe jamais, parce que les Médecins ne fentent point le mal qu'ils
,» font aux Malades, & qu'ils ne font pas moins payés pour nous tourmenter
» que pour nous guérir. ,,
ÂAu-L1EU d'employer les Apoticaires pour la compofition des remèdes, la
plûpart des Médecins Chinois fe chargent eux-mêmes de ce foin. Ils font pren-
dre ordinairement des pillules, qui agiflent plus fouvent par les fueurs que par
les felles; & dédaignant le fecours des Apoticaires, ils s’étonnent que les Euro-
péens fe repofent du principal point de leur fanté fur des gens qui n’ont pas
d'intérêt à guérir un Malade, & qui s’embarraflent peu de la qualité de leurs
drogues pourvû qu'ils trouvent du profit à les vendre. Mais un ufage de très-
dangereufe conféquence à la Chine, c’eft que tout le monde eff libre d’éxercer
la Médecine, comme les Arts méchaniques, fans éxamen de doétrine & fans
avoir pris les Degrés. Cette licence multiplie beaucoup les Charlatans, d’au-
tant plus que le Peuple, quoique fouvent trompé par leur ignorance, ne fe
laffe point de les employer. Cependant ceux qui croient avoir été dupés par
ces Impofteurs, cherchent l’occafon de fe venger. L’Auteur fe fouvient qu’un
Chinois de Sat ayant perdu fa fille par l'ignorance d’un Médecin, porta
le reflentiment jufqu’à faire imprimer un Mémoire où la mauvaife conduite
de fon Ennemi étoit expofée, avec des réfléxions capables de le décrier, Il
en
(x) Mémoires de la Chine par le Père le Comte pag. 215. & fuiv.
Y 8
SCIENCES
DES CHINOIS.
Mépecinr.
Artifices
qu'ils mettent
en ufage.
Principale
caufe des ma-
ladies, fui-
vant les Chi-
nois.
Reméde
qu'ils y ap-
portent.
Leur préven-
tion contre les
Apoticaires.
Raifon qui
rend les Char-
latans com-
muns à la Chi-
ne,
EE
à à
SCIENCES
Des CHINO!IS.
MADECINE.
Témoignage
de Navarette.
Idée qu'il
donne de la
Médecine
Uhinoifc.
UR ge des
ventoufes à la
Chine,
Traduétion
d'un Catalo-
gue Chinois
des Plantes,
2
174 VOYAGES DANS L'EMPIRE
en afficha quantité d'éxemplaires dans les Places publiques & diftribua les'autres
dans les principales maifons de la Ville. Cette vengeance, qu'il nommoit zéle
pour le bien public, produifit J'effet auquel il s'étoit attendu. Le Médecin,
perdu de réputation, fut réduit à la nécefñit£ d'abandonner fa profeffion (/),
Navar£TTe rend témoignage que la Chine a .d’excellens Médecins, qui
n'ont pas recours aux Apoticaires pour les remèdes qu'ils adminiftrent à leurs
propres Malades, & qui découvrent la-nature des maladies par les indications
du poulx. Il ajoûte néanmoins que la plûpart font fort ignorans; parce queie:
Loix n'impofant aucun éxamen, tout le monde a la liberté d'éxercer la M.
decine ("”).
SurvanT le même Voyageur, la faignée, lesvomitifs, lesclyftères & les
purgations, ne font point en ufage à la Chine. On n'y connoît pas les poticns,
La méthode com:nune dés Chinois eftunediéte éxaéte; d'accord là-deflus avec
Galien, qui dit que les maladies mortelles viennent moins de défaut que d'ex.
cès. La première loi qu'ils impofent aux Malades, efl de fe retrancher la chair,
le poiflon & les œufs. Ils permettent l’eau de riz, & le riz même cuit à l'eau,
mais fort clair, avec quelques herbes falées. Dans la convalefcence, ils accor.
dent des œufs d’oye & du poiflon falé, fec & rôti. La même méthode s'ob.
ferve au Japon, dans lés Royaumes du ‘l'ong-king & de la Cochinchine, &
dans toutes les Contrées de l'Inde jufqu’à l’Empire du Mogol. On fe fert peu
de rhubarbe à la Chine, quoiqu’elle y foit fi commune qu’elle s’y donne à trois
fols la livre. On y fait plus d'ufage du Fu-lin, qui porte:en Europe le nom de
Racine Chinoic: lab.
Les Chinois n’éxaminent jamais l’urine des Malades, Dans certaines indif.
poñitions ils employent les ventoufes, & l'Auteur préfère leur méthode à celle
de l'Europe. Leurs. coupes font de cuivre. Elles ont au fommét une petite
ouverture, qu’on bouche avec de la cire. Après avoir pofé la petite bougie
fur la partie malade, ‘on la couvre de la coupe, qui tire fort-bien, Enfuité on
ôte la cire du trou avec une aiguille. L'air en fort, & la peau vient d'elle:
même avec la coupe. : L’Auteur ajoûte qu'on trouve à la Chine quantité de
bons Chirurgiens , qui éxercent très-bien leurs fonétions fans cette varieté
d’Inftrumens qui paroiffent néceflaires en Europe (#). à
LE Père Vifdelou, un des fix Jéfuites qui furent envoyés à la Chine (0)
en 1685, s'appliqua foigneufement à traduire l’Herbier Chinois, où toutes les
vertus & les qualités des Plantes médicinales du Pays font expliquées. Com.
me il avoit fait de grands progrès dans la connoïflance des Livres, il fe pro:
pofoit d'y-joindre fes propres remarques (p). C’eft apparemment le Peu-tfou,
ou le Catalogue des Plantes, que le Père Du Halde nous a donné dans fa Def-
cription de la Chine (q). 1ly a joint un Livre de Recettes Chinoïfes, ou de
Remédes pour la guérifon des maladies.
(1) Mémoires du PèreleCoimte, pag, 228. (o) 11 fut enfuite créé Evêque titulaire de
& fuivantes. … Claudiopolis.
Cm) Defcription de la Chine par Navarette, (p) Mémoires du Père'e Comte, pag. 220.
pag. 54. & fuiv. (q) Au fecond Tome de fon Ouvrage.
(n) Navarette, ui Jup. Voyez ci-defJous l'Hiftoire Naturelle de la Chine.
XCHCK
OK
X
6. IV.
2
ù
®
7,
à
Y
a les'autres
mmoit Zéle
: Médecin,
feffion (/).
lecins, qui
ent à leurs
indications
arce que les
cer la Mé.
ftères & les
les potions,
-deflus avec
it que d'ex-
her la chair,
cuit à l’eau,
, ils accor-
thode s'ob-
inchine, &
| fe fert peu
lonne à trois
Je le nom de
taines indif.
thode à celle
tune petite
etite bougie
Enfuité on
vient d'elle.
quantité de
ette variété
a Chine ( 0)
bu toutes les
ces, Com:
s, il fe pro-
le Peu-tfeu,
dans fa Def-
bifes, ou de
e titulaire de
te, pag. 220.
fon Ouvrage.
le de la Chine.
ç IV.
AIRS CHINOZIS.
RUN DOM NES <.S
torrent [
CHINEESSE DEUNTIES, uit pu HAzps.
Ù ele M°r | L |
LL 9
ES
ten
leurs pre
dégénèr
peine le
cius mêt
onlui av
de l’exct
ment la
qu'on en
excepté
cette na!
Chine lé
mais ils :
fifte poir
tent tous
l'Europe
d'Inftrun
plufieurs
gues, &
ILsn
tons, les
ment l’h:
Les Airs
font pas :
reille. «
dernier F
1679, ©
rès Grim
péens. Il
il toucha
blettes, 1
joué,
L'Emper
prenoit p
un Air ql
quantité «
le convai
même &
Kang-hi «
plus habil
qui étoit.
mencèrer
DE LA CHINE, Liv. IL Cuar, IV.
" IV.
Goût des Chinois pour la Mufique, la Poëfie & l'Hifloire.
ES Chinois s'attribuent la première invention de la Mufique, & fe van-
tent de l’avoir portée anciennement à fa plus haute perfeétion. Mais fi
leurs prétentions ne font pas fabuleufes, ils ont fouffert qu'elle ait étrangement .
dégénèré. Elle eft aujourd'hui fi imparfaite à la Chine, qu'elle en mérite à
peine le nom. Il paroît certain qu'elle y étoit autrefois fort eftimée. Confu-
cius même entreprit d'en introduire les régles dans toutes les Contrées dont
on lui avoit confié le Gouvernement. Les Hiftoires du Pays parlent beaucoup
de l'excellence de l’ancienne Mufique , & les Chinois regrettent continuelle-
ment la perte des anciens Livres qui traitoient de cet Art. Quelqu’opinion
qu'on en doive prendre, la Mufique eft aujourd’hui peu éxercée à la Chine,
excepté dans les fêtes, les comédies , les mariages & d'autres occafions de
cette nature. Les Bonzes l'employent aux funérailles. Les Muficiens ‘de la
Chine lèvent & baïflent la voix, d'une tierce, d’une quinte & d’une oétave;
mais ils ne chantent jamais par femi-tons. La beauté de leurs concerts ne con-
fifte point dans la variété des voix ou dans la différence des parties. Ils chan-
tent tous le même Air, fuivant l'ufage de tous les Afiatiques. La Mufique de
l'Europe leur plaît aflez, pourvû qu’il n’y ait qu’une voix, accompagnée
d'Inftrumens. Ils ne trouvent qu'un défordre aonfus dans le contrafte de
dE voix différentes, & dans les fons graves & aigus, les diézes, les fu-
ues, &c. e
; ILs n'ont point de notes, nid’autres figures pour diftinguer la diverfité des
tons, les élévations & les chûtes de la voix, & les autres variations qui for-
ment l'harmonie. Cependant ils expriment leurs tons par certains caraétères.
Les Airs Chinois, joués par un Inftrument ou chantés par une bonne voix, ne
font pas fans agrément. Ils s’apprennent par routine ou par la juftefle de l’o-
reille. On ne laïffé pas d’en compofer quelquefois de nouveaux. Kang-hi,
dernier Empereur dela Chine, en fit plufieurs qui fe chantent aujourd’hui. En
1679, ce Monarque s’étant fait jouer quelques Airs de clavecin par les Pè-
rès Grimaldi & Pereira, parut prendre beaucoup de plaïfir aux Airs Euro-
péens., Il donna ordre à fes Muficiens de jouer un Air Chinois; & lui-même,
il toucha cet Inftrument avec beaucoup de grace. Le Père Pereira prit fes ta-
blettes, fur lefquelles il nota aufli-tôt l'Air que Sa Majefté Impériale avoit
joué, & l’éxécuta enfüite aufli parfaitement que s’il l’eût répété plufieurs fois.
L'Empereur en fut fi furpris, qu’il avoit peine à fe le perfuader. 11 ne com-
prenoït pas comment le Miffionaire pouvoit avoir appris, en fi peu de tems,
un Air que lui & fes Muficiens n’étoient parvenus à jouer facilement qu'après
quantité de répétitions & par le fecours de certains caraétères. Il fallut, pour
le convaincre, que Pereira fit plufieurs effais fur d’autres Airs, qu’il nota de
même & qu'il éxécuta fur le champ avec autant de facilité que d’éxaétitude.
Kang-hi en prit occafion d’inftituer une Académie de Mufique, compofée des
plus habiles Muficiens de la Chine. 1l en donna la direétion à fontroifièmefils,
qui étoit homme de Lettres & qui avoit I beaucoup. Les Académiciens com-
mencérent par un nouvel éxamen de tous les Auteurs qui avoient écrit fur cet-
te
SCILNCE 4
DES CHINorïs,
Musique,
Idées des
Chinois fur
leur ancienne
Mufque.
Etat de la
Mufique dla
Chine.
L'Empereur
eft étonné de:
voir noter un
Air de mufñ-
que.
Académie
de Mufique
qu'iléwbiit
0
o
SCIENCES
pes CHINOIS.
Musique.
Inftrumens
dela Mufique
Chinoife,
| Inftrumens
à vent,
A quoi les
Jéiuites ont
été redeva-
bles de leur
entrée à la
Chinc,
Goût de
l'Empereur
pour les mon-
tres & les hor-
loges.
Ufage que
ke Père Perei-
ra fit de fon
talent pour la
Mufque,
é VOYAGES DANS LEMPIRE
te matière. Ils firent compofer toutes fortes d’Inftrumens à l’ancienne mode
fuivant les dimenfions qu’ils tirèrent de leurs Livres. Mais les ayant trouvés
trop défeétueux, ils les corrigèrent par des régles plus modernes; après quoi
ils formèrent un Recueil de Mufique en quatre Volumes, fous le titre de 7.
ritable Doëtrine du Li-ti; compofé par l'ordre-de l'Empereur. Ils y joignirent
enfuite un cinquième Tome, qui contenoit les élémens de la Mufique Euro.
péenne, rédigés par le Père Pereira.
Les Chinois ont inventé huit Inftrumens, auxquels ils trouvent beaucou
de rapport avec la voix humaïne. Les uns font de métal, comme nos cloches;
d'autres, de pierre, entre lefquels on en diftingue un, qui a la forme de nos
trompettes. D’autres font de peaux, comme nos tambours. Entre plufieursef.
péces, il y en a de fi pefans, que pour en faire ufage on eft obligé de les pofer
fur un bloc de bois. Les Inftrumens à corde font en fort grand nombre; mais
les cordes font ordinairement de foie, & rarement de boyaux, comme celles
des vielles, que les aveugles portent dans les rues, & celles des violôns. Ils
n'ont que trois cordes, fur lefquelles on joue avec un archet. Cependant on
en voit un à fept cordes, qui eft fort eftimé, & dont l'harmonie n’eft pas dé.
fagréable lorfqu’il eft touché par une main habile. Il y en a d’autres encore,
mais uniquement compofés de bois. Cefont de grandes tablettes, qu'on frappe
l'unecontre l’autre. Les Bonzes fe fervent d'une petite planche, qu’ils touchent
avec beaucoup d’art & de mefure. Enfin les Chinois ont des Inftrumens à vent,
tels que des flutes, dont on diftingue deux ou trois fortes, & une machine
compofée de plufeurs tuyaux, qui a quelque reffemblance avec notre orgue &
qui rend un fon fort agréable; mais elle eft fi petite qu’elle fe porte dans la
main (æ). On en avoit fait préfent d’une à l'Empereur, que le Père Pereira
trouva le moyen d'agrandir, & qui fut placée dans l’Eglife des Jéfüites de
Peking. La nouveauté & l'harmonie de cet Inftrument charmèérent les Chi-
pois. Mais ils furent encore plus furpris de lui voir jouer feul des Airs Eu-
ropéens ou Chinoïs, & les mêler quelquefois enfemble avec beaucoup d'a-
grément.
Ox fçait que le Père Ricci, Mifionaire Jéfuite. ”.t redevable de l'accueil
favorable qu’il reçut de l'Empereur, au préfent a' ui fit d'une horloge &
d’une montre à répétition. Ce Prince en fut fi fatr. ait, qu’il fit bâtir une Tour
magnifique pour y placer l’horloge. L'Impératrice mère ayant paru defirer la
montre, fur l’éloge qu’on lui en avoit fait, il eut recours à l’artifice pour la
- conferver. Il donna ordre qu'on la lui fît voir, mais fans être montée; de
forte que cette Princefle ne la trouva point auffi rare qu’elle fe l’étoit figurée.
Dans la fuite, les Miffionaires ne manquèrent pas de flatter le goût de l’'Em-
pereur, en lui offrant quantité d'ouvrages de cette nature. Les Princes Chré-
tiens, qui avoient fort à cœur la converfion de ce grand Empire, les afifté-
rent fi libéralement, que bien-tôt le cabinet de l'Empereur fe trouva rempli de
toutes fortes d’horloges & de montres.
PEerEtRA, dont le talent étoit fingulier pour la Mufique, plaça au fommet
de l'Eglife des Jéfuites une grande & magnifique horloge. Il fit fondre un affor-
timent mufical de petites cloches, qui furent fufpendues dans une Tour conf-
truite
(a) Du Halde, wbi fup. Vol. If. pag. 125.
crituré
S AÏ
d’ouv
qwen.
il fat
nois Oo
& les (
à-dire,
la varié
enfemb
à l'efpr
rime, :
penfée
a quelq
fes diff
aux Po
VAE er
enfées
è Au
dans la
dieffe d
anciens
fe, cor
La
(bn
(ec)
VIII
enne mode,
ant trouvés
après quoi
titre de 4.
y joignirent
fique Euro.
nt beaucoup
nos cloches;
orme de nos
plufieurs ef.
é de les pofer
ombre; mais
omme celles
violôns. Ils
ependant on
n’eft pas dé.
tres encore,
qu'on frappe
ils touchent
nens à vent,
ine machine
tre orgue &
jorte dans a
Père Pereira
Jéfuites de
ent les Chi-
les Airs Eu-
fauçoup d'a-
de l'accueil
+ horloge &
tir une Tour
ru defirer la
ce pour la
montée; de
toit figurée.
ût de l’'Em-
inces Chré-
, les afliftè-
ra rempli de
h au fommet
dre unafor-
Tour conf-
truite
traite exprès pour cet ufage, & qui, à l’aide d’un grand tambour, formoient
un carillon fur lequel on jouoit à chaque heure du jour les plus beaux Airs du
Pays. L'heure fonnoit enfuite, fur une cloche d'un ton plus grave. Ce fut un
amufement nouveau pour la Cour &la Ville. Les Grands & le Peuple ne fe laf-
foient pas de courir pour entendre cette gracieufe mufique (b).
La Poëfie & l'Eloquence font des Arts fort anciens à la Chine ; & l’on a gé-
néralement obfervé que dans tous les Pays du Monde ils ont été long-tems cul-
tivés avant qu’on y ait connu les autres Sciences. Les premières Hiftoires de
toutes les Nations furent compofées en Vers, comme la meilleure voie pour
tranfmettre la mémoire des événemens , fur-tout avant l'invention de l'E-
criture.
Sans parler des anciens Livres de la Chine, dont la plûpart font autant
d'ouvrages de Poëfie, on admire la délicatefle & la douceur des Poëmes de Kyu-i-
æen. La Dynaftie de Tang vit fleurir Li-t/autpe & Tu-te-mwey, deux Poëtes
que l’Auteur met à côté d'Anacréon & d’Horace. En unmot, àla Chine com-
me en Europe, les Poëtes éraient autrefois Philofophes; & de tous les Ecri-
vains Chinois qui ont quelque réputation, T/ong-nan-fong eft le feul qui n'ait
point écrit en Vers, C'eft ce qui le fait comparer à la fleur de Hay-tang (c),
qui feroit parfaite fi elle n’étoit pas infipide.
Pour bien comprendre en quoi confifte l'excellence de la Poëfie Chinoife,
il faut être verfé dans la Langue du Pays. Les Compofitions Poëtiques des Chi-
nois ont quelque reflemblance avec les Sonnets, les Rondeaux, les Madrigaux
& les Chanfons de l'Europe. Ils ont de longs Vers, ils enontdecourts; c'eft-
à-dire, qu’il y entre plus ou moins de mots, & que leur beauté confifte dans
la variété de leur cadence & de leur harmonie. Les Vers Chinoisdoivent avoir
enfemble une relation de fens & de rime, qui forme une variété auffi agréable
à l’efprit qu’à l'oreille. On diftingue à la Chine une autre forte de Poëfe, fans
rime, qui confifte dans l’antithéfe ou l’oppofition des penfées. Si la première
penfée regarde le Printems, la feconde regardera Automne; ou fila première
a quelque rapport au feu, l’autre en doit avoir à l’eau. Cette Compoñition a
fes difficultés, qui demandent un certain art. L’enthoufiafme ne manque point
aux Poëtes Chinois. La plûpart de leurs expreffions font allégoriques. Ils fça-
vent employer les figures qui donnent de la chaleur & de la force auftyle & aux
enfées (4).
g Au LR leur Rhétorique eft fort naturelle. Ils connoiffent peu de ré-
gles pour l'ornement du difcours. Leur unique étude en ce genre eff la leéture
de leurs meilleurs Ecrivains, dans lefquels ils obfervent les tours les plus vifs
& les plus propres à faire l’impreffion qu’ils fe propofent.
Leur Éloquence ne confifte point dans l’arrangement des périodes, mais
dans la chaleur de l’expreffion, dans la nobleffe des métaphores, dans la har-
dieffe des comparaifons, & füur-tout dans les maximes & les fentences de leurs
anciens Sages, qui étant exprimées d’une manière concife, vive & myftérieu-
fe, contiennent beaucoup de fens en peu de mots. |
La Logique n’a pas fait plus de progrès à la Chine. Elle n’a point de régle
pour
(b) Ibid. pag. 127.
(ce) Ibid, Vol. I. pag. 594.
VIII. Part.
(4) Tbid. Vol, IX, pag. 146.
Z
DE LA CHINE,Liv.Il Cmar. IV. 17
SCIFNCES
DES CHINOIS,
Possre.
Poëfie &
Eloquence
Chinoifes.
Poëtes Chi-
nois.
Qualités de
leur Poëfie,
Poëfie fans
rime,
Rhétorique
Chinoife.
Eloquence,
Logique.
SCIENCES
DEs CuiNois.
Poxsie,
Comédies
Chinoifes.
Compagnies
de Comé-
diens.
Mélange de
chants dans
les Piéces de
Théâtres,
178 VOYAGES DANS L'EMPIRE
pour la perfeétion du raifonnement, ni de méthodes pour définir ou divifer
les idées, & pour en tirer les conféquences. Les Chinois ne füuivent que les
lumiéres naturelles de la raifon, qui leur fert à comparer plafieurs idées en.
femble fans le fecours de l’art, & qui les conduit à la conclufion Ce} Cepen-
dant ces qualités leur ont füuffi pour compoféer un grand nombre de Livres fur
toutes fortes de fujets, tels que l'Agriculture, la Botanique, les Arts libéraux
militaires & méchaniques, la Philofophie & l'Aftronomie. Mais la fécondité
de leur efprit éclate particulièrement dans leurs Hiftoires, leurs Comédies,
leurs Livres de Chevalerie errante, leurs Romans &leurs Nouvelles. Les Ro.
mans Chinois reffemblent affez à ceux de l'Europe; avec cette différence, que
la plûpart des nôtres ne contiennent que des avantures d'amour & d'ingénieu.
fes fiétions, qui corrompent fouvent le cœur en amufant l'imagination : au.
lieu que dans ceux des Chinois, l’inftruétion fe trouve jointe à l’amufement,
avec des maximes utiles à la réformation des mœurs, & des exhortations mé.
‘mes à la vertu. Les récits y font quelquefois mêlés de Vers, pour animer la
narration. Du Halde nous a donné, pour éxemple, trois ou quatre Piéces
de ce genre, que les Miffonaires de fa Compagnie n’ont pas dédaigné de
traduire.
Les Comédies doivent être en grand nombre à la Chine, puifqu’il n’y à
point de fête un peu diftinguée où l’on ne fe faffe un amufement de ces Re-
préfentations. Mais il n’y faut pas chercher les trois unités, d'aétion, detems
& de lieu, ni les autres régles auxquelles on s’attache en Europe pour donner
autant de régularité que de grace à cette forte de Compofition. L’unique def.
fein des Auteurs étant de réjouir une affémblée ou d'émouvoir les pañfions, &
d’infpirer l'amour de la vertu & la haine du vice, ils fe croient parvenus à la
perfection lorfque le fuccés répond à leurs vûes. Ils ne mettent point de dif.
tinétion entre leurs Tragédies & leurs Nouvelles, excepté que les premières
fe prononcent fur un théâtre. Dans l’impreffion, les Aëteurs font rarement
nommés, parce qu’en repréfentantune Piéce, on commence par annoncer aux
fpeétateurs les Aéteurs qui doivent paroître & le rôle qu’ils ont à jouer.
U xe Compagnie de Comédiens eft compofée de huit ou neuf Aëteurs, dont
chacun eft quelquefois chargé de différens rôles. Autrement, comme les moin.
dres circonftances font repréfentées en dialogues, cette multitude de rôles de.
manderoit une troupe trop nombreufe. On conçoît que le fpeétateur eft expofé
à beaucoup d’embarras. Un mafque y pouroit remédier ; mais les Chinois
n’en font guéres ufage que dans les intermèdes. En général, ce déguifement
à la Chine eft le partage des brigands & des voleurs.
Les Tragédies Chinoifes font entremélées de chanfons, comme le chanteft
quelquefois interrompu pour faire place à deux ou trois lignes de récitation. Il
eft choquant, pour un Européen, d'entendre un Aéteur qui fe met à chanter
au milieu d’un dialogue. Mais on doit confidérer que parmi les Chinois, le
chant exprime toûjours mer vive émotion de l'ame, telle que la joie, la
colère, la douleur ou le défefpoir. Un Chinois chante, pour déclarer fon in-
dignation. 1l chante pour s’animer à la vengeance. 11 chante même, lorfqu'il
eft prêt à fe donner le coup mortel.
| LES
Çe) Ibid. pag. 124.
ODA TT
AB
1 divifer
que les
liées en-
Cepen-
vres fur
ibéraux,
écondité
Jmédies,
Les Ro-
ice, que
ngénieu-
ion : au-
ufement,
ions mê-
inimer la
re Piéces
laigné de
oo
—
HHULE
vil n'y à
e ces Re-
, detems
ar donner
rique def-
mi ions, &
venus à la
int de dif-
premières
rarement
oncer aux
1er.
urs, dont
les moin-
rôles de-
ME expofé
s Chinois
ruifement
chanteft
tation. Il .
à chanter
inois, le
joie, la
k fon in-
lorfqu'il
LES
1. SAleu scud .
COMEDIENS CHINOIS, tirés de NrEUHor.
CHINEESSE TOONFEELSPERLERS, uit Nrevnor.
Le,
Europ.
font in
les Tr:
font pl
les dift
Les
d'Aéte:
ue ou
1 l’on :
- L'A:
mée Ch
On doit
qui l’av
Tragéd
A l’é
de foin
contient
ont gou
avec tou
fes Etat:
progrès
Rois qui
Vertus,
les, les ;
nemens «
Les:
diftingue
tir leurs
introduir
Docteurs
les aétior
communi
ce de tro
Maître a
oublia fa
la colère
punition,
telle ann
Sujets: II
neur de |
qui le fél:
defte, cc
ox
£ ivi
Cette Piéce
Commence |
DE LA CHINE, Liv. Il. Cnar. IV. 179
Les chanfons des Comédies ne font pas fort eligible, fur-tout pour les
Européens, parce qu'elles font remplies d’allufions à des événemens qui leur
font inconnus, & d’expreflions figurées qui ne leur font pas familières. Dans
les Tragédies, les Airs font en petit nombre; & lorfqu’on les imprime, ils
font placés à la tête des chanfons, qui font imprimées en gros caraétères pour
les diftinguer de la Profe.
Les Tragédies font divifées en plufieurs parties, qui peuvent porterlenom
d'Aétes. La première partie, qui fe nomme Sye-1/e, eft une efpéce de Prolo-
ue ou d’Introduction. Les Aëtes fe nomment Chis, & font divifés en Scenes,
1 l’on veut, par l'entrée & la fortie des Aéteurs.
-L'AuTeur nous donne pour eflai du Théatre Chinois, une Tragédie non
mée Chau-chi-kou-coul ; c’eft-à-dire: Le petit Orphelin de la maifon de Chuu.
On doit la traduétion de cette Piéce au Père de Prémare, Miffionaire Jéfuite,
qui l'avoit tirée d’une Colleétion en cent Volumes (f), de cent des meilleures
Tragédies Chinoifes, compofée fous la Dynaftie de Ywen (g).
À l'égard de l'Hiftoire, on ne connoît pas de Nation qui ait apporté plus
de foin à écrire & conferver les Annales de fon Empire. Ces livres refpeétés
contiennent tout ce qui s’eft paflé fous le régne des premiers Empereurs qui
ont gouverné la Chine. On y trouve l'Hiftoire & les Loix de l'Empereur Tu,
avec toutes les mefures qu’il prit pour établir un ordre de Gouvernement dans
fes Etats; les Réglemens de Chun & de Tu, fes Succefleurs, pour hâter les
progrès de la Morale & l’établiffement du repos public; les Ufages des petits
Rois qui gouvernoient les Provinces fous la dépendance de l'Empereur; leurs
Vertus, leurs Vices, leurs Maximes de Gouvernement, leurs Guerres mutuel-
les, les grands Hommes, qui florifloient de leur téms, & tous les autres Evé-
nemens qui ont paru dignes d’être tranfmis à la Poftérité.
Les Hiftoriens de chaque Régne ont füuivi la même méthode. Mais ce qui
diftingue beaucoup les Chinois, c’eft l'attention qu'ils ont apportée à garan-
tir leurs Hiftoires de cette partialité que la flatterie n’auroit pas manqué d’y
introduire. Une de leurs précautions confifte à choifir un certain nombre de
Doéteurs défintéreflés, dont l'office eft d’obferver tous les difcours & toutes
les actions de l'Empereur, de les écrire, chacun en particulier, fans aucune
communication l’un avec l’autre, & de mettre leurs remarques dans une efpé-
ce de tronc deftiné à cet ufage. Ils rapportent avec fincérité tout ce queleur
Maître a fait ou dit de bien & de mal. Par éxemple; tel jour l'Empereur
oublia fa dignité. ‘Il ne fut pas maître de lui-même & fe laiffa vaincre par
la colère; Tel jour il n’écouta que fon reffentiment pour faire une injufte
punition, ou pour caffer fans raifon une Sentence du ‘Tribunal; Tel jour de
telle année, il donna telle marque de fon affeétion paternelle pour fes
Sujets: Il entreprit une guerre pour la défenfe de fon Peupl & pour l’hon-
neur de l'Empire. Tel jour, au milieu des applaudiffemens de fa Cour ,
qui le félicitoit d’une aétion utile à l'Etat, il parut avec un air humble & mo-
defte, comme s’il n’eût point été fenfible à des éloges fi juftes. d
LE
(f) Du Halde, Vol. IL pag, 175. n’a que cinq A&teurs, quoiqu’en y compre-
(g) Divifés, dit l’Auteur, en quatre Taus. nant les Gardes & les Soldats il y en ait une
Cette Piéce eft la quatre-vingt-cinquième, & douzaine qui parlent. à
commence le trente-cinquième Tome, Elle
Z 2
Scrences
DES CHiNols.
IlisTotré.
Divifion des
Tragédies.
Hiftoire Chi-
noife, & fes
qualités.
Méthode fin.
gulière des
Chinois pour
éviter la fla-
terie dans
leurs Hiftoi-
res,
SCIENERS
pes CHINoIs.
HisTotxe.
Relations
particulières
de chaque
que Ville,
Principes
des Chinois
fur l'intérêt
de fa fociété.
Conclufions
qu'ils en ont
tirées.
180 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Le tronc dans lequel ces Mémoires font dépofés, n'eft jamais ouvert pen.
dant la vie du Monarque , ni même tandis que fa famille eft fur le Trône,
Mais lorfque la Couronne pafle dans une autre Maifon , on recueille les Re-
marques d'une longue fuite d'années, on les compare foigneufement, pour
vérifier les (b) faits, & l’on en compofe les Annales de chaque Régne.
Les Relations que chaque Ville imprime de tout ce qui arrive d'importance
dans fajurifdiétion, ne contribuent pas peu à l’enrichiffement de l'Hiftoire Na.
tionale. . Dans ces Hiftoires particulières, on n’oublie pas les événemens ex-
traordinaires, tels que les prodiges & les monftres. C'eft ainfi que dans les
Annales de la Ville de Fu-cheu-fu on lit qu'une femme accoucha d'un fer-
pent, & qu’on trouve dans celle de King-te-ching, qu'une truye mit au monde
Fe petit éléphant avec fà trompe, quoiqu'il n’y ait point d’éléphans à la (i}
ine. ù 5
&F(b) Cela fuppofe que la véracité de quel-
ques-uns de ces Auteurs eft douteufe.
(i) Mémoires du Père le Comte, pag. 26r.
& Chine du Père Du Halde, pag. 146. & fuiv.
$ V.
Sciences particulières aux Chinois.
L eft tems de pañfer à cette partie du Sçavoir, qu'on peut nommer propre-
I ment la Science des Chinois , & qui confifte dans leur Langage & leur
Style, dans leur Hiftoire & leurs Loix, dans leur Morale & leur Politique.
On a déja pris foin d'expliquer pourquoiils donnent la préfèrence à ces Scien-
ces pratiques fur les fpéculatives. Comme ils ont rapporté,. depuis une longue
fuite de fiécles, toute leur attention à les cultiver, il n’eft pas furprenant
qu’ils les ayent portées à leur perfeétion.
Dans la jufte perfuafon que la paix & le bon ordre font les principaux ob-
jets d’une focieté, les Chinois fe font attachés particulièrement aux Etudes
dont on peut efpérer ces deux fruits. Après avoir établi une bonne forme de
Gouvernement, ils penfèrent aux moyens de la foutenir & de la conferver.
Les lumières de la raifon leur en offrirent deux: 10. de régler en général les
ufages & les mœurs de la Nation, & d'introduire des régles de civilité & de
biefféance dans les différens Ordres du Peuple. : 20. d'encourager l'étude de
la Morale, des Loix, de l’Hiftoire & du Langage. Ils établirent que tous les
Poftes & les Emplois du Gouvernement civil & militaire ne feroient conférés
qu'à ceux qui fe dlingneroieus dans ces Etudes. D’unautrecôté, pour les fa-
ciliter à toutes fortes de perfonnes, autant que pour diftinguer leurs progrès,
ils inftituèrent dans toutes les Villes de l'Empire des Ecoles & des Salles, qui
peuvent porter proprement le nom d'Univerfités, où la Jeuneffe, élevée aux
frais publics, fubit de rigoureux éxamens pour obtenir les trois degrés de Lit-
térature qui donnent droit aux honneurs & à l'élévation (a). [ Si l'on n’admet-gé*
toit dans les Confeils des Princes de l'Europe que des gens ainfi qualifiés, les
Législateurs ne feroient jamais de mauvaifes loix, faute de connoïiffances, «&
ne s’en laifferoient pas impofer par les artifices de dangereux Miniftres.]
(a) Voyez ci-deflus le détail des Etudes & tout:ce qui arapport à l'éducation dela Jeunelfe,
LES
Le.
princi]
du M:
l'Amit
oints.
; Ar
ment j
fance &
parmi
leur fat
qu'ils o
un Ma
ter de p
père e
s'il fe p
recevoi
lorqu’ell
dans le :
» fils, d
» Til,8
S'IL 4
foit par
tranfport
Province
neurs mé
jours qu’
dbotet
le fcandal
crimes.
Il eft cou]
nument p
ON a.
res, dans
les auteur
re, les di
qu'ils doiv
comme la
LESs de
fans d’un 1
On en rec
frgénéralem
brouillerie
aufi-bien
Kb) Cett
ralement par
faite de la nc
ple de leurs p
rt pen:
Trône.
es Re-
, pour
e.
portant
ire Na-
ens ex-
dans les
un fer-
, monde
à la (i}
, pag: 26r.
6. & fuiv.
: propre-
e & leur
Politique.
es Scien-
ne longue
rprenant
ipaux ob-
x Etudes
forme de
onferver.
énéral les
ité & de
’étude de
e tous les
conférés
bur les fa-
progrès,
iles, qui
frgénéralement dans les familles.
a Jeunelfe,
DE LA CHINE, Lav. II Cap. IV. 181
Les Philofophes Chinois réduifent toute la fcience de leur Morale à cinq
principaux devoirs. Ceux des Pères & des Enfans, du Prince & des Sujets,
du Mari & de la Femme, de l'aîné des Enfans & de fes frères, & ceux de
l'Amitié. Tous leurs Livres moraux roulent prefqu’uniquement fur ces cinq
oints.
; A l'égard du premier , il n’y a point d'âge, de rang, ni de mécontente-
ment jufte ou fuppofé, qui puille difpenfer un fils du refpeét, de la complai-
fance & de l’affeétion qu’il doit à fes parens. Ce fentiment eft pouffé fi loin
armi les Chinois, que les loix accordent aux pères une autorité abfolue fur
leur famille, & jufqu’au pouvoir de vendre leurs enfans aux Etrangers lorf-
w’ils ont à fe plaindre de leur conduite. Un père qui accufe fon fils, devant
un Mandarin, de lui avoir manqué de refpeét, n’eft point obligé d’en appor-
ter de preuves. Le fils pafle néceffairement pour coupable, & l'accufation du
père e toûjours jufte. Aucontraire, un fils feroit regardé comme un monftre
s’il fe plaignoit de fon père. Il y a même une I. 1 « ai défend aux Mandarins de
recevoir des plaintes de cette nature. Cependan. :.1es peuvent être écoutées’,
lorqu’elles font fignées par le grand-père; mais s’il fe trouve quelque fauffeté
dans le moindre article, la vie du fils eft fort en danger. ,, C’eitle devoird'un
, fils, difent les Chinois, d'obéir & de prendre patience. De qui fouffrira-
, t'il, s’il ne peut rien fouffrir de fon père?
S’1L arrivoit qu’un fils maltraîtat fon père, foit par des paroles injurieufes,
foit pa des coups, ou, ce qui eft également rare & horrible, que dans ua
tranfport de fureur il devint parricide; l'allarme fe répandroit dans toute la
Province, la punition s’étendroit jufques fur fes parens (b), & les Gouver-
neurs mêmes courroient rifque d’être dépofés; parce qu’on préfumeroit toû-
jours qu’un miférable fils n’auroit pû parvenir que par degrés à ce comble
d'horreur, & que ceux qui devoient veiller fur fa conduite auroïent prévenu
Je fcandale, s'ils euffent apporté une jufte rigueur à le punir de fes premiers
crimes. Mais alors il n’y a point de châtiment trop févère pour le Coupable.
Il eft coupé en mille piéces, fa maifon eft détruite, & l’on élève quelque mo-
nument pour éternifer l'horreur d’une fi déteftable aétion.
ON a déja vû quelques éxemples de la vénération des enfans pour leurs pè-
res, dans l’article du deuil pour les Morts. Ce refpeét & cette foûmiffion pour
les auteurs de leur naïflance, qui font les premiers fentimens qu’on leur infpi-
re, les difpofe à l'obfervation du fecond devoir; c’eft-à-dire , à l’obéiffance
qu'ils doivent aux Princes & aux Gouverneurs ; & ces deux principes font
comme la bafe de toute la Morale & la Politique Chinoifes.
Les deux devoirs fuivans, qui regardent le mari & la femme, & les en-
fans d’un même Père en:r'eux, fervent beaucoup au foutien des deux premiers. .
On en reconnoît les 2vantages dans l'harmonie & le bon ordre qui régnent
raler dans C'Toutes les difputes, les querelles, & les
brouilleries qui divifent fi fouvent, dans les autres Païs, le mari & la femme,
aufli-bien que les frères, & les fœurs, font très-rares à la Chine.}] La même
influence
ff (b) Cette loi paroît très-jufte: car géné-
ralement parlant les fautes des Enfans fontune
fuite de la négligence, ou du mauvais éxem-
ple de leurs parens. Rien peut-être ne contri-
Z 3 .
bueroit plus à la réforme des mœurs d’un peu-
tations néceffaires,
ple, qu'une loi de cette efpèce, avec lesimi-
SCIENCES
pes Cuinors,
MonraALr.
Cinq devoirs
de leur Mora-
le,
Devoir des
enfans à l'é-
gard des pè:
10S.
Punition des
cnfans qui
manquent de
refpeët pour
leur père.
Etfet des
quatre autres
evoirs,
€.
SCIRNCES
DEs Cuinois.
MoraLze.
Remarque
fur la politeffe
des Chinois.
Ancienneté
de leurs prin-
cipes.
Fondement
des Loix Chi-
noifes.
Nombreux
Volumes de
l'Hiftoire de
la Chine,
182 VOYAGES DANS L'EMPIRE
influence que ces deux devoirs ont dans la vie privée, fe répand dans la fo.
ciété publique par l'effet des deux derniers. \ Sous le nom d'amitié, on cum.
prend aufli ce fentiment d affection qu'on doit à tous les hommes, proches on
éloignés, étrangers comme voifins. Le devoir confifte dans la modeftie & la
circonfpeétion à laquelle chacun eftobligé perfonnellement, & dansles civilités
& lescomplimens qu'on fe doit l’un à l’autre, fuivant l’âge, le rang & le mérite,
Les régles de la bienféance ont introduit dans l'air & dans les manières des
Chinois une réferve , une complaifance , une habitude de douceur & de politeffe,
qui les difpofe toûjours à fe prévenir mutuellement par toutes fortes d’égards,
& qui les rend capables d’étouffer, ou du moins de diflimuler les plus vifs
reflentimens. Rien ne contribue tant, difent-ils, au repos & au bon ordre
de la fociété. La férocité naturelle de certaines Nations, augmentée par une
éducation brutale, rend le Peuple intraitable, le difpofe à la révolte, & pro.
duit dans l'Etat des convulfions dangereufes (c).
Au refte, les principes de la Morale des Chinois ne font pas moins anciens
que leur Monarchie. Ils les tirent des Livres de leurs premiers Sages, dont
toutes les maximes & les exhortations portent fur ces fondemens, Ils ont
fervi de régle à la Nation entière depuis le tems de fon origine. On'en trou.
ve la preuve dans deux Traités que le Père Du Halde à recueillis dans fa Def.
cription de la Chine. La traduétion du plus ancien eft du Père Hervieu, fous
le titre de Recueil de Maximes, de Réfléxions € d'Exemples qui regardent lex
Meurs. L'autre, qui eft une compofition moderne, a été traduit par le Pé.
re d'Entrecolles. Il paroît par la feconde de ces deux Piéces, qui eft fort efti.
mée à la Chine, que la Philofophie morale des Chinois eft d’une nature popu.
laire, & qu’elle a plûtôt pour but la réformation du genre humain que l’aug.
mentation du nombre de fes difciples (4).
Les Loix Chinoifes font toutes fondées fur les mêmes principes de morale
& de faine raifon. Leur but eft de foûtenir la forme du Gouvernement, telle
qu’elle eft établie depuis fon origine. : Elles fe trouvent dans Jes anciens Livre
Claffiques, dont on traitera bien-tôt ; dans les Edits, les Déclarations, les Or.
donnances & les Inftruétions des Empereurs, Du Halde en a donné un Re
cueil fort curieux , auquel il a joint les Remontrances & les Difcours des
plus habiles Miniftres, fur les bonnes & mauvaifes qualités du Gouverne
ment. Ce Recueil, qui porte le titre de Colleétion Impériale, eft l’ouvra:
ge de Kang-hi, dernier Empereur de la Chine, qui a joint fes propres Re.
marques à la plus grande partie des Loix. [ Ces piéces méritent d’être lues
de tous ceux qui veulent connoître les maximes du Gouvernement Chinois,
ou qui cherchent à faire des progrès dans cette bonne politique qui a pour
objet le bien de la Nation, plûtôt que l'intérêt de ceux qui gouver:
nent. |
L'HrsTotrre de la Chine forme un très-grand nombre de volumes, com-
me on doit fe le figurer d’une fucceflion d'Empereurs qui dure depuis quatre
mille ans, & du détail des circonftances où les Auteurs font entrés fur cha-
que événement. Les Chinois ont aufli des Hiftoires particulières } de
nnales ,
(d) Chine du Père Du Halde, Tome
page 99.
(c) Navarette, Le Comte & Du Halde,
s'accordent parfaitement fur tous ces détails,
& les confirinent par des éxemples.
Annald
écrites
reursi
ges » et
Y'Hiftoit
tres éve
parmi
moire
l'Hiftoire
cinq, qu
lumes.
pas moin
pour le ]
Chine ne
garde con
quatre Li:
L’'Ux1
Les Comn
me, folid
premier d
Il eft pur
foixante-q
entières, «
Par éxemp
fée de troi:
brifée en d
en-eft den
différentes
leur Invent
attacher. C
On les reg:
le nombre
pofitions, !
méthode de
tit nombre.
ON faco
Nation jufq
de l’expliqu
forma le mé
menter le m
nigmatiques
ks voiles du
Empereurs,
ans la {o-
, ON Cum-
roches ou
leftie & la
escivilités
le mérite,
anières des
> politeffe,
d’égards,
s plus vifs
bon ordre
ée par une
e, & pro:
ins anciens
ages, dont
1, Ils ont
Dn' en trou-
lans fa Def.
rvieu, fous
regardent les
: par le Pé-
eft fort efti.
ature popu-
n que l’aug:
>s de morale
Pment, tell
nciens Livres
bns, les Or:
nné un Re
Difcours des
Gouverne-
eft l’ouvra-
ropres Re-
d'être lues
nt Chinois,
qui a pour
Qui gouver:
mes, com-
epuis quatre
rés fur cha-
es, Ou des
Annales ,
ide, Tome U.
DE LA CHINE, Liv. IL Cnar. IV. 18$
Antiales, de tous les petits Rois qui régnoient autrefois dans 1es Provinces,
écrites avec la même impartialité & le même détail que cellé des Empe-
reurs On voit dans la Bibliothéque du Roi de Pruffe un de ces Ouvra-
es, en cent volumes in-folio. Enfin, quantité d’Auteurs Chinois ont écrit
l'Hiftoire de leur tems & celle des Révolutions de leur Empire, ou d’au-
tres événemens extraordinaires. Aufñi l'étude de l'Hiftoire eft-elle devenue
parmi eux une occupation affez pénible ; qui demande beaucoup de mé-
moire & de conftance pour démêler une fi grande variété d'événemens ,
& fe mettre en état d’en faire l'application aux nouveaux incidens qui peu-
vent furvenir , foit qu’il foit queftion feulement d’en juger, foit qu'il s'a-
giffe de foutenir une opinion particulière fur quelque point de Gouver-.
nement.
Les Livres Claffiques de la Chine contiennent la Morale, les Loix &
l'Hiftoire de l’Empire depuis fa fondation. Ils fe réduifent au nombre de
cinq, qui portent par cette raifon le nom d'U-king, c'eft-à-dire, Les cinq Po-
lumes. C’eft proprement l’Ecriture-Sainte des Chinois, pour laquelle ils n’ont
pas moins de refpeét que les Juifs pour lAncien-Teftament, les Chrétiens
pour le Nouveau, & les Turcs pour l'Alcoran. Tous les autres Livres de la
Chine ne font que des Commentaires ou des Explications de l’U-king. On re-
garde comme la principale partie de cet Ouvrage, celle qui a été compofée en
quatre Livres par Confucius & Mong-tfe fon Difciple.
L’U-x1N6G renferme les Livres Clalliques ou Canoniques du premier ordre.
Les Commentaires tiennent le fecond rang. King fignifie une doëétrine fubli-
me, folide & invariable, parce qu’elle eft fondée fur des principes fixes. Le
premier des Livres Canoniques fe nomme I-king, ou Livre de Tranfinutations.
Il eft purement fymbolique ; c’e't-à-dire, qu'il confifte dans une Table de
foixante-quatre figures doubles, compofées chacune de trois lignes, les unes
entières, d’autres doubles ou divifées en deux & dans une pofition parallele.
Par éxemple, une figure confifteen trois lignes entières’; une autreeftcompo-
fée de trois lignes brifées, une troifième de deux lignes entières & d’une ligne
brifée en deux, une quatrième de deux lignes brifées & d’une feule ligne. 11
en-eft de même de toutes les autres, qui exprimeut, par leur ordre & leurs
différentes combinaifons, différentes chofes ou différentes idées, que Z0-hi,
leur Inventeur & Fondateur de la Monarchie Chinoife , a jugé à propos d'y
attacher. Ce font moins des hyeroglifiques que des fignes arbitraires de chofes.
On les regarde comme l'origine des caraétères Chinois, qui, en augmentant
le nombre des traits % leur donnant une plus grande variété de formes & de
pofitions, font capables de repréfenter une infinité de chofes ; au-lieu que la
méthode de F0-hi, beaucoup plus bornée, n’en pouvoit repréfenter qu’un pe-
tit nombre.
Ox faconte que ce myftérieux Ouvrage éxerça les plus habiles gens de la
Nation jufqu’a l'arrivée de Confucius. L'Empereur Ven-vang, qui entreprit
de l'expliquer, vivoit environ huit cens ans après Fo-hi. Cheu-keug, fon fils,
forma le même deffein ; mais les Ouvrages de ces deux Princes ne firent qu’aug-
menter le miftère par de nouvelles obfcurités. L’explication de ces lignes é-
nigmatiques étoit réfervée au Philofophe Confucius, qui leva non-feulement
ls voiles du Texte mais ceux de l’Interprétation non moins obfcure des deux
Empereurs. Il découvrit dans les lignes une profonde doétrine, qui regarde
en
SCIENCES
DES Chinois,
Livres
CANONIQUES,
L'étude en
ef difficile.
Livres Claf
fiques ou Ca-
honiques des
Chinois.
U-kiny, pre-
micr Livre.
En quoi con-
fiftel I-king
de F'o-hi.
Commentai-
res fur cet
Ouvrage,
SCIENCES
pr£s CHiNois.
‘Livres
CANONIQUEà.
Jugement
des Critiques.
Lflfme des
Chinois Let-
trés pour l'I-
king,
Chu king,
fecond Livre
Canonique,
Ce qu'il
<ontient,
184 VOYAGES DANS L'EMPISE
en partie la nature des Etres, füur-tout les Elémens & leurs propricrés ; en par.
tie la Morale & le Gouvernement du genre humain: En un mot, (e) il
crut reconnoître des my{tères d’une extrème importance pour le foutien des
Etats.
D'HaB1Les Critiques regardent ces Commentaires comme les feuls Ouvra.
es qui ayent été compofés par Confucius ; & fes Difciples affürent qu’il en fit
ñ peu fatisfait, qu’étant parvenu à la vieilleffe il fouhaita de vivre quelquesan.
nées de plus, pour donner une nouvelle forme à fon travail. Après tout, les
Interprétes de Fo-hi méritent plûtôt le nom d’Auteurs que de fimples Interpré.
tes; car l’I-king cft demeuré rempli d’obfcurités impénétrables. Dans la fuite
des tems, ces ténébres devinrent l’occafion d'une infinité d'erreurs & d’opinions
fuperftitieufes. Les Docteurs de divers fiécles corrompusaltérèrent ou falfifièrent
le Texte, pour en réduire le fens à de vains pronoftics, à la Divination & mé.
me à la Magie. De-la vient qu’il fut nommé /e Livre des Sorts.
CEPENDANT les Chinois Lettrés ont la plus haute eftime pour ce Livre.
Quantité d'anciens Auteurs ont regretté d'en avoir perdu le véritable fens,
& que celui qui refte ne foit qu’imaginaire ou fuperficiel. Fo-hi s’eft acquis
par cet Ouvrage le titre de Père des Sciences & du bon Gouvernement. Pour
donner plus de réputation à fes figures, il prétendit les avoir vûes fur le dos
d'un Dragon qui s’éleva d'un Lac. Depuis ce tems-la, les Empereurs ont
pris un Dragon pour armes. Mais rien n’a tant contribué à la réputation de
l'I-ting, que la tradition établie qu’il fut fauvé du feu, dans la deftruétion gé.
nérale de tous les monumens littéraires qui arriva par l'ordre de Empereur
Tfa-chi-whang-ti , environ deux cens ans après Confucius & avant Jefus-
Chrift. Cette réputation n'a fait qu’augmenter par les éloges des Ecrivains
de tous les fiécles, qui ont fuppofé l’'I-king rempli d'excellentes maximes
de Politique & de Morale, quoiqu’en effet ils ne connoiffent point ce qu'il
contient, & que ce ne foit peut-être qu’un effai fait au hazard, pour ran-
ger deux fortes de lignes dans toutes les combinaifons qu’elles peuvent re.
cevoir.
Le fecond des cinq principaux Livres Canoniques fe nomme Cbu-kin
ou Chang-chu ; c'eft-à-dire, Livre qui parle des anciens tems. Il eft divifé
en fix parties , dont les deux premières contiennent les plus mémors-
bles événemens du régne des anciens Empereurs Tan, Chun & Tu, qui
pañlent pour les Légiflateurs & les Héros de la Nation Chinoife. Yu
fut le Fondateur de la famille de Hya , première Dynaftie Impériale, qui
commença deux mille deux cens fept ans avant Jefus-Chrift, & qui du-
ra quatre cens cinquante-huit ans. Dans la troifième partie du fecond
Livre Canonique on trouve l’Hiftoire de la feconde famille Impériale,
qui commença dans la perfonne de Ching-tong , dix-fept cens foixante-
feize ans avant l’Ere Chrétienne & qui dura fix cens ans On y ‘a con:
fervé les fages Ordonnances de cet Empereur , avec les belles Inftruc-
tions du Miniftre T/ong-wey, & quelques Réglemens d’un autre Miniftre ,
nommé Fuyou , que l'Empereur Xau-t/ong fit chercher , après l'avoir ds en
onge,
AF{e) Au moins fut:il affez judicieux pour les expliquer affez heureufement en leur attri-
: TRES: 9e j L
prêter cette fignification à ces figures, &pour buant ce fens.
fenge,
ties du
VAan£ » (
huit ce
Maxim
donné c
Jéfuite
Let
Chi-king
fées fou
des Ma)
Confuci
qu'il "
impies
avoir ét
dont le:
fort obf
comprer
quantité
lemnités
à l’honn
une efpé
tent po
ne cenfu
titre de
L’exprel
dont il €
prit du ]
fufpeéts
a donné
nommé.
LE C
point ad
‘de Conf
l'attribue
nombre.
fucius na
regarden
mes don
“whang-ti.
rangé da
portent E
tr de plufier
bien que
Cf) Chi
ge 399 & 4
VIII.
3; enpar-
Ce)ily
utien des
ils Ouvra.
u'il en fût
1elquesan.-
tout, les
y Interpré-
ns la fuite
d'opinions
falfifièrent
tion & mé.
- ce Livre.
table fens,
s'eft acquis
ment. Pour
fur le dos
Jereurs ont
sutation de
ruction gé-
l'Empereur
vant Jefus-
s Ecrivains
es maximés
int ce qu'il
pour ran-
peuvent re
e Chu-king
eft divifé
s mémori-
& Tu, qui
noife. Yu
bériale, qui
& qui du-
du fecond
Impériale ,
s foixante-
n y à con
es Inftruc-
à Miniftre ;
voir vû en
fonge;
en leur attri-
DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. IV.
185
fenge, & qui fut trouvé dans une troupe de maçons. Les trois dernières par-
ties du Chu-king renferment l'Hiftoire de la troifième race , fondée par Vu-
vang, Onze cens vingt-deux ans avant Jefus-Chrift, & continuée l'efpace de
huit cens foixante-treize ans. Cette Hiftoire eft entremélée d'excellentes
Maximes, & de Réglemens pour l'utilité publique. Le Père Du Halde en a
dur 75 Extraits, de la Traduétion du Père de Prémare, Miflionaire
éfuite (f ).
J Le troifième Livre Canonique du premier ordre, contient, fous le nom de
Chi-king (g), des Odes, des Chanfons & d’autres piéces de Poëfie, compo-
fées fous la troifième race. C’eft la Defcription des manières, des ufages &
des Maximes d'un grand nombre de petits Rois fubordonnés aux Empereurs.
Confucius accorde de grands éloges à ce Livre, & déclare que la doétrine
qu'il renferme eft pure & fainte. Mais comme il s’y trouve quelques Piéces
impies & extravagantes, plufieurs Interprétes {oupçonnent qu'elles peuvent y
avoir été inférées dans des tems poltérieurs. Ces compolitions poëtiques ,
dont le ftyle eft fort laconique & chargé de vieux Proverbes qui le rendent
fort obfcur, peuvent être divifées en cinq différentes claffes. La première
comprend l'éloge des Hommes illuftres par leurs vertus & leurs talens, avec
quantité d'Inftruétions ou de Maximes, qui fe chantent dans les grandes fo-
lemnités, telles que les facrifices, les funérailles & les cérémonies inftituées
à l'honneur des Ancêtres. La feconde renferme les Ufages de l'Empire, dans
une efpèce de Romances compofées par divers Particuliers. Elles ne fe chan-
tent point, mais elles fe récitent devant l'Empereur & fes Miniftres, dont on
ne cenfure pas moins les défauts que ceux du Peuple. La troifième porte le
titre de Comparailon, parce que cette figure y eft employée continuellement.
L’expreffion du quatrième s'élève au-deflus du fublime, parce que les Odes
dont il eft rempli commencent par quelques grands traits, qui difpofent l’ef-
prit du Leéteur à l'attention. Le cinquième contient des Vers qui parurent
fufpeéts à Confucius & qu’il regarda comme apocryphes. Du Halde nous
a Ris quelques Odes de ce Livre, traduites par le Miflionaire qu'on a
nommé.
LE Chun-tfyu, ou le quatrième Livre Canoniaue du premier ordre, ne fut
point admis avant le régne de la race de Han. Il avoit été compofé du tems
de Confucius; c’eft-à-dire, long-tems après les trois autres. Quelques-uns
l'attribuent même à ce Philofophe ; mais cette opinioneft rejettée du plus grand
nombre. Les uns croient qu’il contient l'Hiftoire du Royaume de Lu, où Con-
fucius naquit, & qui porte aujourd’hui le nom de Chañg-tong. D'autres le
regardent comme un Abrégé de ce qui s'étoit paflé dans les différens Royau-
mes dont la Chine étoit compofée avant qu'ils fuffent réunis par T/in-chi-
wbhang-ti. C'eft par cette raifon que d’habiles gens auroient fouhaité qu’il fût
rangé dans la feconde claffe des Livres Canoniques. Cependant les Chinois lui
portent beaucoup de refpeét & d’affeétion. On y trouve le récit des aétions
trdeplufieurs Princes, avec la peinture de leurs vices & de leurs vertus, [ aufli-
bien que la punition des uns, & les récompenfes des autres.] Cette Hiftoire
commence
(f) Chine du Père Du Halde, Vol. IL pa-
ge 399 & 408.
VIII. Part. Aa
(g) Chi figniñe Pers.
Screens
Des Cninxois,
Livres
CanoNIQuEs,
Chiking ,
troifième Li-
vre Canoni-
que.
Su'et dece
Livre,
Chun:tiyu;
quatrième Lie
vre Canoni-
que.
Origine de
ceLivre & ce
qu'il contient,
SCIENCES
DES CHINOIS.
Livres
CANONIQUES.
Liki, cin-
quième Livre
Canonique,
De quoi il
traite,
Livres Ca-
noniques du :
fecond ordre,
Tay-hya,
premier Li-
vre,
186 VOYAGES DANS L'EMPIRE
commence par Jn-kong (h), qui régna dans le Pays de Lu, & finit par Ngay-
king, douzième Roi du même Pays. Elle contient ainfi l’efpace de deux cens
quarante-un ans, fous le régne de dix Rois. Son titre eft le Printems €? l'An.
tomne, par allufion à l'état floriflant de l'Empire fous un Prince vertueux
& à fa décadence fous un mauvais Prince. Ko-chi, Difciple de Confucius :
compofa fur ce Livre un fçavant Commentaire nommé Que-yu, c'eft-à-dire ;
Maximes de Gouvernement.
Lz Li-ki, ou le Recueil des Loix, des Devoirs & des Cérémonies de la
vie civile, forme le cinquième Livre Canonique, en douze livres, compofé
de divers Ouvrages des Anciens. Quoiqu'il foit attribué à Confucius ( D»
on croit que le principal Auteur fut Cheu-chong , frère de l'Empereur. Vu.
vang. Il renferme aufli les Ouvrages de plufieurs Difciples de Confucius, &
de divers autres Ecrivains moins confidérés parce qu'ils font plus modernes,
On y traite des Ufages & des Cérémonies, tant facrées que profanes, für.
tout pendant les trois Dynaflies de Hya, We & Cheu; du devoir des en.
fans à l'égard des auteurs de leur naiflance, & des femmes envers leurs maris;
des régles de la véritable amicié ; de la civilité dans les fêtes; de l'hofpitali.
té, des honneurs funébres, de guerre, de mufique, & de plufieurs autres fu.
jets qui ont rapport aux intérêts de la fociété. Mais, comme crois cens ans
après l'origine de cette Compilation, tous les Exemplaires en furent brûlés par
l'ordre de Tfin-chi-wbang , & qu’on n’en put fauver qu'un petit nombre de
feuilles échapées aux flammes, avec ce que les vieillards avoient retenu par :
cœur, on foupçonne qu'il s’y eft mêlé quantité de chofes étrangères ; fans
compter qu’on y trouve un grand nombre d'ufages qui ne. font pas reçus au.
jourd'hui. Aufli les Chinois confeffent-ils qu'il ne doit être I qu'avec beau-
coup de précaution.
Les Livres Canoniques du fecond ordre font au nombre de quatre, tous
compofés par Confucius ou par fes Difciples. On y en joint deux autres, qui
font prefqu’auffi confidérés que les quatre premiers. Le Père Noël, Mifio.
naire Jéfuite, célébre par fes Obfervations Aftronomiques & par d’autres Re.
marques fur la Chine & les Indes, a publié une Traduétion de ces Livres en
Latin (k), dont le Père Du Halde nous a donné des Extraits (7).
Le premier Livre du fecond ordre [ a été compofé par Confucius, &.com#
menté par fon difciple T/eng-Jêe. AUb porte le nom de Tay-bya, ou de Grande
Science, parce qu’il eft deftiné à l'inftruétion des Princes & des Seigneurs dans
toutes les parties du Gouvernement, & qu'il traite [ du foin qu’on doit pren-g>
dre de bien fe gouvemer foi-même, afin de pouvoir enfuite gouverner les au-
tres, &] de la perfévérance dans le fouverain bien , qui confifte , fuivant la doc-
trine de cet Ouvrage, dans la conformité des aétions avec la droite raifon.
Pour y parvenir, , Confucius enfeigne qu'il eft néceffaire de bien éxaminer
la nature des chofes, & des’élever à la connoiffance du bien @& du mal; de
fe fixer dans l'amour-de l’un & dans la haine de l’autre, de joindre à l'inno-
cence du cœur, de l’ordre dans les manières ; qu’un homme ainfi renouvelé
ne
Anciens, compilés par Confucius. R, d. E.
(&) A Prague, en 1711.
(4) Is paroîtront ici dans le lieu qui leu
convient. Voyez les Aréicles [uïvans.
(h) Ce tems répond à la quarante-neuviè-
me année de Ping-wang, treizième LÉmpercur
de la race de Cheu.
(5) Ængl. Compofé de divers ouvrages des
né trou
la paix
TJeng ,
qu'elle
Le
Ouvrag
fervé da
font:cha
ou ce te
trois e
ture de
vre, ll
Medium.
voir que
ratique
rme cet
par les g
feétion ,
treprendi
vertu.
LE L:
eft divife
ciples de
Réponfes
tus, les L
plie de M
fept Sage
» teur ai
» homme
» approu
» de Fau
5» Véritab
5 à fuivr
la verti
Du Halde
LE que
ls Europ:
Te-tfe, pe
cun autre
ties, dont
prefqu'uni
l'Empire
v'eft pas d
(m) Ces
fiècles après
loi qui les
par Ngay-
eux cens
ns ÉS. l'An
vertueux ,
Confucius ,
eft-à-dire,
onies de la
» compofé
ucius (i),
ereur. Vu-
nfucius, &
modernes,
fanes, fur-
oir des en-
eurs maris;
l'hofpitali.
s autres fu-
Dis CENS ans
« brûlés par
nombre de
retenu pa ‘
ères ; fans
s reçus au
avec beau-
atre , tous
autres, qui
ël, Mifio-
l’autres Re.
s Livres en
s, com
de Grande
ineurs dans
doit pren-g
ner les au-
rant la doc-
bite raifon.
éxaminer
du mal; de
à l'inno-
renouvellé
ne
R, d. E.
ieu qui leu!
Se
DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. IV. 187
ne trouvera point de peine à renouveler les autres, & fera bien-tôt régner
ja paix dans l'Empire & dans le fein particulier des familles. Le Doéteur
Tfeng, pour expliquer la doétrine de fon Maître avec toute la perfeétion
u’elle peut recevoir , y a joint un Commentaire en dix Chapitres.
Lz fecond Livre fe nomme Chong-yong, ou le Medium immuable. C’eft un
Ouvrage de Confucius, où ce Philofophe traite du Medium qui doit être ob-
fervé dans toutes chofes & que tout le monde doit fuivre , fur-tout ceux qui
font-chargés du Gouvernement des Nations; parce que c’eft dans ce Medium
ou ce tempéramment que la vertu confifte. L'Ouvrage eft divifé en trente-
trois articles, où Confucius établit que la Loi du Ciel eft gravée dans la na-
ture de l’homme, & que la lumière de la raifon eft un guide qu’on doit füi-
vre. 1! déplore le miférable état du genre humain, qui s'attache fi peu au
Medium. I] explique en quoi confifte le Medium de plufieurs vertus. ‘Il fait
voir que fi cette fcience eft difficile dans la fpéculation, elle eft aifée dans la
ratique & qu’elle s’étend aux aétions les plus communes de la vie. Il con-
firme cette doétrine par l’éxemple des Princes qui ont obfervé le Medium, &
par les grands avantages qui en réfultent. Enfin, pour atteindre à cette per-
feétion , il n’eft pas befoin de s'aflujettir à des chofes auftéres, ni d’en en-
treprendre de dificiles; il fuffit de s'attacher fimplement à la pratique de la
vertu. :
LE Lun-yu, ou le Livre des Senténces, troifième Livre du fecond ordre,
eft divifé en vingt articles, dix defquels font employés en récits que les Dif-
ciples de Confucius font de leur Maître; & les dix autres, en Queftions, en
Réponfes, & en Maximes de ce Philofophe ou de fes Difciples, fur les ver-
tus, les bonnes œuvres & l’art de bien gouverner. Cette Colleétion eft rem-
plie de Maximes & de Sentences morales , qui ne cedent rien à celles des
fept Sages de la Grèce. Confucius déclare, ,, qu’il eft impofñible qu’un Fla-
, teur ait de la vertu; que le Sage ne s’afllige point d’être peu connu des
» hommes, mais qu’il regrette de ne les pas connoître aflez ; que celui qui
,» approuve les mauvaifes feétes , comme celles de Ha-chang & des Bonzes
» de Fautfe (m) fe fait tort à lui-même & fait injure à l'Empire; que la
, véritable doétrine eft celle des anciens Sages, de qui les hommes ont appris
» à füivre la droite raifon; que l’homme fagé ne fe propofe que la beauté de
, la vertu, & que l'infenfé ne penfe qu'aux plaifirs & aux commodités de la vie.
Du Halde nous donne plufieurs extraits de ce Volume.
Le quatrième Livre fe nomme Meng-tfe, ou Livre du Doûewr Meng, que
jes Européens appellent Moncius. Il regarde les Rois de Lu & le Difciple de
Te-tfe, petit-fils de Confucius, dont il a mieux rendu le fens &l’énergie qu'au-
cun autre Philofophe de fon Ecole. Ses Ouvrages font divifés en deux par-
ties, dont la première contient fix Chapitres, & la feconde, huit. Ils traitent
prefqu’uniquement de la bonne adminiftration dans le Gouvernement. Comme
l'Empire étoit alors troublé par des guerres civiles, l'Auteur prouve que ce
n'eft pas de la force des armes, mais des éxemples de vertu, qu’il faut rs
re
(m) Ces Seétes n'ont éxifté que plufieurs
fiècles après Confucius, Ainfi ce ne peut être
loi qui les ait citées, & l’on doit fuppofer que
e Aa 2
ces éxemples ont été ajoûtés au Texte pour fer-
vir d'explication,
Sciences
DES CHINOIS,
Livres
CanoNIQUES.
Chong-yong,
fecond Livre
du fecond
ordre.
Lun-yu,
troifièime Li-
vre du fecond
ordre.
Maximes
de Confucius
Meng-tfe
quatrième Lés
vre du fecond
ordre,
Serences
pes CHINOIS.
Livres
CaNONIQUES.
Hyau-king,
cinquième Li-
VIE.
Obéiffance,
filiale,
Syau-hya,
fixième &
dernier Livre.
Contempo-
raius de Con-
fucius,
Objets de fes
études & de
{a dofine..
188 VOYAGES DANS L'EMPIRE
dre la paix & ia tranquillité de l'Etat. Ces Difcours font liés en forme de Dia.
logue, ou de Converfations sn avoit avec fes Difciples ou avec les Princes;
& pour donner plus de poids à fa doëtrine, il employe des comparaifons à
l'éxemple des Anciens. Du Halde en donne l’'Extrait.
LE cinquième Livre, intitulé Hyau-king, ou du Refpett filial, eft un petit
Volume, qui contient feulement les réponfes de Confucius aux queftions de
fon Difciple Tfeng, fur le devoir des enfans à l'égard de leurs pères, qu'il fait
regarder comme la bafe d’un fage Gouvernement. Le refpeét filial elt porté
fort loin dans ce Traité. Iln'y a point de vertu fi néceffaire & fi fublime que.
l’obéiffance d'un. fils, ni de crime fi énorme que fa défobéiffance, Cette obli-
gation ne regarde pas moins les Princes que les plus vils Sujets, & l'on pro.
pofe comme des modèles de vertu, ceux qui ont fervi par leurs éxemples à
mettre en honneur la tendrefle & le refpeét filial: Cependant on reconnoît que
les enfans ne doivent obéir à leur père, ni les Miniftres aux Princes, s'ils en
reçoivent des ordres qui bleffent la juftice.ou la.civilité. i
LE fixième .& le dernier Livre Canoniçue porte le titre de Syau-hya, ou
d’Ecole des Enfans. Il fut compofé vers l’an de Notre-Seigneur 1150, par le
Docteur Cheu-hi, fous le régne de la race de Song. C'eft une colleétion de
Maximes & d'Exemples, tant anciens que modernes, divifée en Chapitres
& en Paragraphes. Elle traite particulièrement des Ecoles publiques , des
honneurs dûs aux: parens, aux Rois, aux Magiftrats & aux perfonnes âgées;
des devoirs du mari & de la femme; de la manière de régler le cœur, les gef-
tes du corps, la nourriture & l'habillement. En un mot, le butde l’Auteur eft
d'inftruire la feunefle &.de réformer les manières. Du Halde donne un Ex-
trait des Maximes que. le Compilateur a jointes aux principes des anciens
Livres (n)..
(n) Du Halde pag. 418. & 441.
À
Vie. de CONFUCIUS ou KONCG-FU-TSE, grand Philolophe
Chinois.
EC NFUCIUS (a) naquit dans une Ville. (>) du Royaume de Zu,
qui. eft aujourd’hui la Province de Chan-tong, la vingtième année de
Ling-wang.. vingt-troifième Empereur de la race de Cheu, cinq cens cinquan:
te-un ans. avant Jefus-Chrift, & deux ans avant la mort de Thales, un des
fept Sages de la Gréce. Il fut contemporain du fameux Pythagore (c), & fu-
périeur de quelques années à Socrates. Mais il eur cet avantage fur eux, que
fà gloire n’a fait qu'augmenter avec le nombre des années, & qu’elle fubfilte
encore dans le plus grand Empire du Monde, qui croit.lui être redevable de fa
durée & de fa fplendeur.
CE fage Philofophe, fans tourner fon attention, comme Thalès, fur les
fecrets impénétrables de la Nature & fur l’origine du Monde, fans vouloir ap-
profondir, comme Pythagore, l'effénce des punitions & des récompenies fu
tures ,
. (a) C'eft une corruption do Kong fu-tfe, la Géographie de la Chine.
[qu'il faut attribuer aux premiers Européens. 14 (c) L'Auteur pouvoit ajoûter, Content.
(b) Nommée Kyo-feu-byen, Foyezcidef]us porain de Solon,
tures ,
pour lui
homm®s
jamais 1
dans cet
trouven
réformet
Iz n'e
à l’âge dé
Emplois
que l’ho
conde ra
tiroit fo
mort de
DANs
rement q
l'enfance
ceux qui
s'applique
neuf ans
mourut à
digne reje
aux prem
ConF
quité à m
nement fi
ufages da
Provinces
leurs Loi:
de lever c
plois, de
pendans d
l'excès de
des mœur.
entreprit
oppofées.
Son ir
bien-tôt f:
giftrature.
de travaill
à fon atte!
tables.
dans le Re
recueillit «
mois, le .
te. Une
conclure
tel. Minift:
e de Dia-
Princes;
araifons à
t un petit
tions de
qu'il fait
eit porté
blime que.
Cette obli-
c l'on pro.
xemples à
nnoît que
s, S'ils en
au-bya, ou
50, par le
lleétion de
. Chapitres
ques , des
nes âgées ;
ir, les gef-
’Auteur eft
ane un Ex-
es anciens
phe
e de Lu,
annce de
às cinquan-
5, un des
c), & fu
eux, que
lle fubfilte
vable de fa
s, fur les
ouloir ap-
penies fu
tures ,
, Conteti-
l'excès de leur pouvoir.
des mœurs régnoient ouvertement dans toutes ces petites Cours, Confucius
DE LA CHINE, Liv. Il Car. IV.
cures, fe borna uniquement à parler du principe ‘de tous les Etres, à infpirer
pour lui du refpeét, de la crainte & de la reconnoiflance, à perfuader aux.
hommes qu’il connoît tout, jufqu’àa nos plus fecretes penfées, qu’il ne laiffe.
jamais la vertu fans récompenfe ni le crime fans châtiment, quel qu’ait été
dans cette vie le fort de l'une ou de l’autre. Telles fontles maximes qui fe
trouvent répandues dans tous fes Ouvrages, & par lefquelles il entreprit de
réformer les mœurs du genre humain.
Iz n'avoit que trois ans lorfqu’il perdit Che-lyang-be, fon pére, qui mourut
à l’âge de foixante-treize ans. Quoique ce Vieïllard eût occupé les plus grands
Emplois du Royaume de Song , il ne laïffa point d'autre héritage à fon fils
que l’honneur d’être defcendu de Ti-hyé, vingt-feptième Empereur de la fe:
conde race de Chang. La mère de Confucius, qui fe nommoit Ching, & qui
tiroit fon origine de l'illuftre famille de Yen, furvécut de vingt-un ans à la
mort de fon: mari.
Dans l’âge le plus tendre, il fit éclater toute la fageffe qui n’eft ordinai-
rement que le fruit de la maturité. Il dédaigna les jeux & les amufemens de
l'enfance. Un air grave, modefte & férieux, lui attiroit la vénération de
ceux qui le connoifloient. À peine fut-il parvenu à l’âge de quinze ans, qu'il
s'appliqua férieufement à l'étude des anciens Ei-res. Il prit une femme à dix-
neuf ans & n’en eut jamais d'autre. Elle lui donna un fils nommé Pe-yu, qui
mourut à l’âge de cinquante ans, & qui laiffa un héritier, nommé Tfu-tu,
digne rejetton de fon grand-père, & d’un mérite fi diftingué qu’il fut élevé
aux premières dignités de l'Empire.
Conrucirus ayant fait des progrès confidérables dans l’étude de l'Anti-
quité à mefure qu'il avançoit en âge, propofa de rétablir la forme du Gouver-
nement fur de fages principes , &' de réformer par cette voie les mœurs & les
ufages dans les divers petits Royaumes dont l’Empire étoit compofé. Les
Provinces de la. Chine étoient alors des Royaumes diftingués , qui avoient
leurs Loix particulières & leurs propres Princes, à qui appartenoit le droit
de lever des taxes, d’impofer un tribut, de conférer les dignités & les em-
plois, de faire la guerre ou la paix avec leurs Voifins; enfin’, qui étoient dé-
pendans de l'Empereur, mais qui lui devenoient quelquefois redoutables par
Comme l'ambition, l’incontinence & la corruption
189
entreprit par fes exhortations & fes éxemples, d'y introduire les vertus
oppofées.
Son intégrité, l'étendue de fes lumières & la fplendeur de fes vertus l'ayant
bien-tôt fait connoître, on lui offrit plufieurs Offices diftingués: dans la Ma-
giftrature. Illes accepta, mais dans la feule vûe de répandre fa doëtrine &
de travailler à la réformation des hommes, Lorfque le fuccès répondoit mal
à fon attente, il abandonnoit fes Emplois pour chercher des Peuples plus trai-
tables. Vers la cinquante-cinquième année de fon âge , ayant été rappellé
dans le Royaume de Lu, fa Patrie, pour y remplir les premiers poftes , il y
recueillit de fi heureux fruits de fes foins, que dans l’efpace d'environ trois
mois, le Roi, les Grands & le Peuple changèrent entièrement de condui-
te. Une révolution fi prompte allarma les Princes voifins, jufqu'à leur faire
conclure que le Roi de Lu deviendroit trop puiflant avec les confeils d’un:
tel Miniftre. Le Roi de Tf prit a: voie fort étrange pour arrêter les pro-
a 3 grès
VIE 2:
Conrucics.
Son père &.
fa mère.
Enfance de
Confucius,
1! fe marie &
devient père
d'un fils.
Ses projets
de réforma-
tion,
Conduite
qu'il tient
dans cette
vûe,
VIEDE
Conrucius.-
Comment
fon Ouvrage
eftruiné dans
le Royaume
de Lu.
Ses courfes
dans plufieurs
Royaumes.
Il s’arrête
dans le Roy-
aume de
Ching.
Il fe fait un
grand nombre
de Diftiples.
Leur divifion
en quatre claf-
fes, chacun a
fon objet,
Fond de la
doétrine de
Confucius,
190 VOYAGES DANS LEMPIRE
grès de cette réformiation. Sous le voile d’une Ambaflade,, il envoya au Roi
de Lu & aux principaux Seigneurs de fa Cour un grand nombre de belles ff.
les (d), qui avoient été élevées dans l’éxercice de la danfe & du chant, &
qui étoient capables d'amollir les cœurs par le pouvoir de leurs charmes, Ce
ftratagème ne réuflit que trop heureufement. . L'intérêt des mœurs & du bien
public ne réfifta point à l'attrait du plaifir. En vain Confucius s’efforca
par fes remontrances de ramener le Prince & fes Sujets à la raifon. Dans le
chagrin de ne pouvoir fe faire écouter, il abandonna cette Cour, & des Em.
plois dont il n’avoit plus d'utilité à tirer pour fes vûes.
DE la Cour de Lu il pañla dans les Royaumes de Tfi, de Ghey, & de Thu,
mais il n’y trouva pas moins de réfiftance à fes principes. L'auftérité de f
Morale faifoit redouter fa Politique, & les Miniftres d'Etat n’étoient pas dif.
pofés à recevoir un Rival qui leur faifoit appréhender la ruine de leur autori.
té. Après avoir erré de Province en Province, il s'arrêta dans le Royaume de
Ching, où il fe vit réduit à la dernière indigence, fans rien perdrede fa gran.
deur d'ame & de fa conftance ordinaire, Il fe rappelloit les Maximes & les
éxemples de Tau, de Chun, de Tu, de Ching-tang & de Ven-vang. Ces Héros
de l'Antiquité fembloient revivre en lui. Enfin, l'éclat de fes vertus furmonta
tous les obftacles. Il fe fit un grand nombre de Difciples, qui lui furent in.
violablement attachés. On en compta trois mille, dont cinq cens étoient re.
vêtus des plus hautes dignités dans divers Royaumes & les éxerçoient fans re.
proche. Mais on en diftinguoit foixante-douze , plus célèbres que tous les
autres par la perfeétion de leur vertu. Son zéle, qui croïfloit de jour en jour,
lui infpira le defir de pafñler la Mer, pour communiquer fa doétrine aux Na.
tions étrangères & la répandre dans les climats les plus éloignés.
IL divifa fes Difciples en quatre claffes. La première fut compofée de ceux
qui devoient fe cultiver l’efprit par la méditation, & purifier leur cœur par !
pratique des vertus. Meng-tfe-kyen, Jen-pe-mycu, Chun-Rong &c Ten-yeuen, tin.
rent le premier rang dans cette clafle; mais la mort de Ten-yeuen, qui arriva
dans fa trente-unième année , caufa une fenfible affliétion à Confucius. La fe.
conde claffe contenoit ceux qui étoient capables de raifonner jufte, & de com-
pofer des difcours élégans & perfualifs. Tfay-ngo & Tfu-kong furent les plus
diftingués de cet ordre. L'objet de la troifième clafle étoit d'étudier les régles
du bon Gouvernement, d’en faire prendre une jufte idée aux Mandarins, &
de leur apprendre à s’acquitter dignement des offices publics. Les plus émi-
nens dans ce genre furent Ÿen-yeu & Ki-lu. Enfin, ceux qui étoient capables
d'écrire avec autant de précifion que d'élégance fur les principes de la Mora-
le, formoient la quatrième clafle, dans laquelle Tfu-byeu & Tfu-hya fe 'diftin-
guërent beaucoup. Ces dix Elèves choifis furent comme la fleur de l’école de
Confucius. «
Tours la doétrine de ce Philofophe tendoit à rétablir la nature humaine
dans cet ancien luftre & cette beauté primitive dont le Ciel fit fon partage,
mais qui fe trouvent défigurées par les ténebres de l’ignorance & par la con-
tagion du vice. Les moyens au’il propofoit pour atteindre à ce but, étoient
l'obéiffance & le refpeét pour le Seigneur du Ciel; d’aimer fon prochain com-
me
(4) Onen fait commerce en différentes Villes, & furtout à Tang-chew, Voyez cy-devant.
: de veiller :
me foi-
pañions ]
couter qi
ment qui
Com
que par
pour les L
étoit lui-
fes difcou
dans fes E
la mort di
jouet d’un
compofer
plus éclata
en avoir j
Éoin d’en
fés; & ce
fuite, pou
» Corde fa
5» nes, qu
ponfe ne p
l'interpofit
Les ve
fa modeftie
n'écoutoit
y faifoit qu
bien. Lor
de fa Mora
Légisflateu:
Sr l’'one
lui entendo:
dire, Le v
Saint dont i
ce de Jefus-
ment frappé
fonge, & q
du Monde 1
revenir fans
s'être inftru
gue du voya
tin, où ils
cette Régio:
fance de Coi
manquérent
h Chine,
Conruc
particulière
ya au Roi
_belles fil.
chant, &
mes, ‘Ce
& du bien
s s’efforca
Dans le
x des Em-
& de Tju,
érité de fa
nt pas dif.
eur autori.
yaume de
de fa gran.
imes © les
Ces Héros
s furmonta
furent in.
étoient re.
nt fans re.
ue tous les
ur en jour,
1e aux Na:
fée de ceux
cœur par à |
Yeuen , tin-
qui arriva
ius. La fe:
& de com-
ent les plus
r les régles
darins, &
s plus émi-
nt capables
e la Mora-
a fe 'diftin-
e l’école de
e humaine
n partagé ,
par la con-
t, étolent
chain com-
me
ez cy-devant,
DE LA CHINE, Lrv. Il Car. IV.
me foi-même, de vaincre fes inclinations déréglées ; de ne jamais prendre les
pañions pour régle de fa conduite ; de confulter toûjours la raifon & de n’é-
couter qu'elle; c'elt-à-dire, de ne jamais rien penfer ni rien faire volontaire-
ment qui la bleffe.
Comme les aétions de Confucius ne contredifoient jamais fes Maximes, &
que par fa gravité, fa modeftie, fa douceur & fa frugalité, par fon mépris
pour les plaifirs terreftres & par une vigilance continuelle fur fa conduite, il
OI
fes difcours, il n’y eut point de Princes qui ne fouhaitaffent enfin de l’attirer
dans fes Etats. Le Roi de Cheu fut un de fes plus zèlés admirateurs. Mais après
la mort de ce Prince, l'envie de fes Courtifans expofa Confucius à devenir le
jouet d’une populace infenfée, par quelques chanfons fatyriques qu’elle leur fit
compofer contre lui. Il parut infenfible à cette injure. Sa fermeté fut encore
plus éclatante lorfqu’un des principaux Officiers de l’Armée, qui le haïfloit fans.
en avoir jamais reçu d'offenfe, leva fon épée pour le frapper mortellement...
Eoin d'en paroître émû, il raffembla fes Difciples, que la crainte avoit difper-
fés; & ceux qui avoient le plus d’affeétion pour lui le preffant de prendre la:
fuite, pour éviter la fureur du Mandarin: ,, Si le Ciel, leur dit-il, nous ac-
» Corde fa proteétion, comme il vient de le déclarer par des marques certai-
» nes, quel mal Whan:ti peut-il nous faire avec toute fa puiflance? Cette ré-
ponfe ne permet pas de douter qu'il ne conrût une Providence particulière, ou.
l'interpofition du Ciel dans les affaires du Monde.
Les vertus du Philofophe Chinois tiroient un nouveau luftre des charmes de
fa modeftie. On ne l'entendit jamais parler avantageufement de lui-même. II
n'écoutoit pas volontiers les louanges qu’il recevoit de la bouche d'autrui. S'il.
y faifoit quelque réponfe, c’étoit par des reproches qu’il fefaifoit à lui-même,
1 de veiller avec trop peu de foin fur fes aétions & de négliger la pratique du
de fa Morale, il fe hâtoit de reconnoître qu’elle lui étoit venue de ces grands
Légisflateurs Yau & Chun, qui vivoient quinze cens ans avantlui.
Sr l’on en croit une tradition, qui eft univerfellement reçue à la Chine, on
lui entendoit fouvent répéter ces quatre mots: Si fang yeu ching Fin; c'eft-à-
dire, Le véritable Saint doit être cherché du côté de l'Oueft. On ignore quel eft le
Saint dont il parloit; mais il eft certain que quarante-cinq ans après la naïffan-
ce de Jefus-Chrift, Ming-ti, quinzième Empereur de la race de Han, égale-
ment frappé des paroles de Confucius & de la figure d’un homme qu'il vit en
fonge, & qui lui parut arriver du côté de l'Ouelt, envoya vers cette Partie
du Monde Tjay & Tfing-king, deux Grands de l'Empire, avec ordre de ne pas
revenir fans avoir trouvé le faint Homme que le Ciel lui avoit fait voir, & fans
s'être inftruits de fa doétrine. Les Députés, effrayés des périls & de la fati-
gue du voyage, s’arrêtèrent aux Indes, dans un lieu dont le nom eft incer-
ain, où ils trouvèrent laStatue d’un Impolteur, nommé /%, quiavoit infeëté
cette Région d’une monftrueufe doétrine, environ cinq cens ansavant la naif-
fance de Confucius; & s'étant fait inftruire des fuperftitions du Pays, ils ne
manquèrent point à leur retour de répandre cette Idolatrie dans l’Empire de
h Chine.
Conrucius, après avoir heureufement fini festravaux Philofophiques, &.
particulièrement fon Ouvrage Hiftorique de Chunt-/;u, mourut dans le Royau-
me
étoit lui-même un éxemple des préceptes qu'il donnoit dans fes écrits & dans:
bien. Lorfqu’on marquoit de l'admiration pour fa vertu & pour la fublimité .
Virne
Conrucius, .
Vertus de
Confucius.
Sa fermeté.
Sa modeftie,.
Tradition
fingulière fur
la prédiétion
d'un Saint fu-
tur, :
Derniers me:
mens de Çon-
fucius,
VICDE
<onrucius.
Son difccurs
à fes Difci-
ples.
Ilimeurt en
léthargie,
Honneurs
qui lui furent
rendus après
fa mort,
Son portrait.
Autres Cir-
conftances de
fa vie.
Remarque
des Auteurs
Anglois,
192 VOYAGES DANS L'EMPIRE
me de Lu, fa patrie, âgé de foixante-treize ans, dans la quarante-unième an.
née du régne de King-vang, vingt-cinquième Empereur de la race de Chen.
Peu de jours avant fa dernière maladie, il dit à fes Difciples, les larmes aux
veux, , qu'il étoit pénétré de douleur à la vûe des défordres qui régnoient
,, dans l'Empire. Il ajoûta; que la montagne étoittombée, la grande machine
,, détruite, & qu'on ne verroit plus paroître de Sages. Il vouloit faire en.
tendre que l'édifice de la perfection, auquel il avoit travaillé toute fa vie,
étoit prefqu’entièrement-ruiné ,, Depuis ce jour, on le vit dans une langueur
qui ne l'abandonna plus. Enfin, s'étant tourné vers fes Difciples: ,, Le
» Roi, leur dit-il, refufe de fuivre mes maximes; puifque je ne füis plus
A utile à rien fur la terre, il efl tems pour moi de la quitter. ,, À peine eut]
prononcé ces paroles, qu'il tomba dans une léthargie qui dura fept jours ; à la
fin defquels il expira dans les bras de fes Difciples. C'étoit Ngay-kong qui ré.
gnoit alors dans le Pays de Lu. Ce Prince ne put retenir {es larmes en appre.
nant la mort du Philofophe. ;, Le Ciel n’eft pas content de moi, s’éciia-t.l
» puifqu’il m’enlève Confucius. En effet, les Sages font le plus précieux dm
qu'il puifle accorder à la terre, & l'on ne commence à fentir ce qu’ils valoiert
qu'après les avoir perdus.
Les Difciples de Confucius lui bâtirent un tombeau près de Æyo-feu, Vil
de fa naiffance, fur le bord de la Rivière de Su, dans un lieu où il étoit ac.
coûtumé de les affembler. Comme on a pris foin, dans la fuite, de l’envi
ronner de murs, il a l’air aujourd’hui d'une petite Ville. Le Philofophe Chinoi
fut pleuré de tout l’Empire (e), mais particulièrement de fes Difciples, qu
prirent le deuil avec autant d'éclat que pour la mort d’un père, Ces fentimem
de vénération n'ayant fait qu’augmenter avec le tems, il eft aujourd’hui re.
gardé comme le grand Maître & le premier Doéteur de l'Empire.
Conrucrus étoit d'une taille haute & bien proportionnée, Ilavoïit la po.
trine & les épaules fort larges, l'air grave & majeftueux, leteintolivâtre, le
yeux grands, la barbe longue & noire, le nez un peu plat, & la voix fortet
perçante. On lui voyoit au milieu du front une petite tumeur, ou une efpt.
ce de veine, qui le défiguroit un peu & qui lui avoit fait donner par fon pére
le nom de Kyeu, ou de petite montagne. Ilfe le donnoit fouvent lui-même,
par un fentiment de modeftie & d'humilité.
Les Mémoiresdu Père le Comte, d’où le Pére du Halde a tiré prefqu'en.
tièrement ce récit, ajoûtent quelques autres circonftances de la vie de Confu
cius, particulièrement une conférence entre fon grand-père & lui pendant fon
enfance, & ce qu’il dit, à l’âge de feize ans, pour défendre les Livres Cano-
niques de la Chine, contre un grand Mandarin qui les accufoit d’être obfcurs
& fans utilité. Ce jeune Philofophe fit une leçon fi févère à fon Supérieur,
qu’elle le jetta dans quelque danger pour fa vie. Mais comme l’Hiftorien lui
fait dire que le fens des Livres de doétrine ne doit être entendu que des Sça-
vans, & qu'il feroit à craindre que le Peuple n’en abusât s’il étoit capable de
le pénétrer, [les Compilateurs Anglois s’imaginent plaifamment que ] cette
réfléxion eft fuppofée, pour confirmer, difent-ils, la doétrine de l’Eglife Ro
maine par l'autorité de Confucius: [ & ce qui femble autorifer ce foupron
c'el
(e) Le Père le Comte dit nettement qu'il fut honoré comme un Saint.
reté d
rien a)
ruptio
der qu
jamais
caraété
me, l:
&fan
té, po
homme
DEr
moire ;
delleme
Emper
Temple
y lit da
Docteur.
Cepend
lité de
Mandar
Pére le
vidence
ftition
CHa
tres, fo
ou Salle
l'Empire
& vern
qui fe f
léur tête
CHa:
l'ordre «
dans le ;
vés Ja v
Tribunal
cent fur
Le matir
rendent,
(7) Ce
blet il pas
fon fuffit p
fe foit, laf
& toute fa
ou même €
VIIL
>-unième an.
ce de Cheu.
larmes aux
ui régnoient
nde machine
oit faire en.
oute fa vie,
ane langueur
ples: ;, Le
ne fuis plus
| peine eut:
t jours ; à la
-kong qui ré.
es en appre.
, S'éciia-t:il,
récieux don
u’ils valoient
yo-feu, Vilk
à il étoit à.
e, de l’envi
ophe Chinoi
ifciples, qui
es fentimens
jourd’hui re.
[avoit la po.
olivâtre, la
voix forte
ou une efpt.
par fon pere
t lui-même,
ré prefqu'en.
ie de Confu-
pendant {on
ivres Cano-
’être obfours
n Supérieur,
Hiftorien lui
que des Sça-
t capable de
t que ] cette
l'Eglife Ro:
ce foupçonk
c'eft
DE LA CHINE, Liv. IL Cuur. IV.
c'eft que dans la fuite, Confucius lui-même prit beaucoup de peine pour expli-
uer ces Livres, & les rendre intelligibles à tout le sr
IL femble, fuivant le même Auteur, que le zèle de ce Philofophe & la pu-
reté de fa Morale étoient d’une perfeétion à laquelle il auroit été difficile de
rien ajoûter. Quelquefois, dit-il, il parle moins, en homme fouillé par la cor-
ruption dela nature, qu'en Doéteur de la Loi nouvelle; & cequi doit perfua-
der que l’hypocrifie n’y avoit point de part, c'eft que fes maximes ne furent
jamais démenties par fes aétions. En un mot, la gravité & la douceur de fon
caractère, fa rigoureufe abftinence, fon mépris pour tout ce que le monde efti.
me, l'attention continuelle qu’il apportoit, à toutes fes aétions, fon humilité
& fa modeftie, qui font des vertus fans éxemple parmi les Sages de l’Antiqui-
té, portent à juger que c’étoit moins un Philofophe formé par la raifon, qu’un
homme infpiré de Dieu (f) pour la réformation du genre humain (g).
Depuis fa mort, tout l'Empire Chinois n’a pas ceflé‘d'honorer fa mé-
moire; & vraifemblablement cette vénération , qui s’eft communiquée fi fi-
dellement à la poftérité, n’aura point d’autre fin que celle du Monde. Les
Empereurs lui ont fait bâtir, dans toutes les Provinces, des Palais ou des
Temples, où les Sçavans s’aflemblent pour lui rendre certains honneurs. On
y lit dans plufieurs endroits, en gros caractères: Au grand Maître. Au premier
Doëteur. Au Saint. À celui qui a donné des inftruËtions aux Empereurs £S aux Rois.
Cependant les Chinois ne l'ont jamais déïfié, quoiqu'ils ayent accordé la qua-
lité de Dieu, ou fuivant leurs expreffions, celle d'Efprit pur , à quantité de
Mandarins qui ne peuvent lui être comparés; comme fi le Ciel, remarque le
Père le Comte, n’avoit pas voulu fouffrir qu’un homme employé par fa Pro-
vidence à la réformation des mœurs, devint après fa mort un objet de Super-
fition & d’Idolatrie (b).
Cuaque Ville entretient un Palais pour les affemblées des Gens de Let-
tres, fous divers titres, tels que Puan-king, ou Salle Royale; Ta-ching-kyen,
ou Salle de la Perfeétion; Ta-hyo, ou grand Collége; Qua-byo, ou Collége de
l'Empire. On y voit, fur les murs, quantité de petites planches , dorées
& vernies, qui portent les noms des plus fameux, Philofophes & de ceux
qui fe font diftingués dans les Sciences. Mais Confucius paroît toûjours à
léur tête.
Cuaque année, les Doéteurs & les Lettrés de la Chine célebrent, par
l'ordre des Empereurs, une fête, dont toutes les circonftances font réglées
dans le grand Livre du cérémonial. Tous les préparatifs doivent être ache-
vés la veille. Un Boucher vient tuer un porc, & tous les domeftiques du
Tribunal apportent du vin, des fruits, des fleurs & des légumes, qu'ils pla-
cent fur une table ornée de flambeaux de cire & de caflolettes parfumées.
Le matin du jour même, les Gouverneurs, les Doéteurs & les Bacheliers fe
rendent, au fon des Inftrumens de Mufique , dans la Salle d’affemblée, de
e
(g) Le Comte obferve qu’il ne mangeoit
jamais rien fans s'être profterné à terre pout
offrir fa nourriture au Seigneur du Ciel.
(b) Mémoires du Pèrele Comte, pag. 1994
& fuivantes,
#7(7/) Ce que l'on dit de Confucius ne fém-
ble til pas prouver que la lumière de la rai-
fon fuffit pour rétablir, en quelque tems que
fe foit, la Loi Naturelle, dans tout fonluftre,
& toute RpureEe , lors qu'elle a été altérée
ou même éffacée par la inalice des hommes ?
VIIL Part. Bb
193
Vire pE
Conrucius,
Remarque
du Père le
Comte,
Combien
Confucius eft
refpedté à la
Chine.
Palais d’af.
femblée pour
les Savans,
Circonftan-
ces & formali.
tés de La fête,
\
Vie pe
ConrucIuUs.
Panégyrique
de Confucius.
Refpect de
l'Empereur
Kya-tfing
pour ce Philo-
fophe,
fée delaLan-
guc Cliaoife,
194 VOYAGES DANS LEMPIRE
le Maître des cérémonies leur ordonne, tantôt de s'incliner, tantôt de fe
mettre à genoux, ou de baïfler le front jufqu'à terre, & tantôt de fe tenir de.
bout. Enfuite le principal Mandarin ouvre la fête, en prenant fuccefiive.
ment du vin & des légumes, qu’il préfente fur les tables de Confucius. On
chante, à l'honneur de ce grand Philofophe, des Vers, quifont accompagnés
du fon des Inftrumens. On prononce fon éloge, c’eft-à-dire, un difcours de
fept ou huit lignes , dont le fujet roule fur fon fçavoir, fur fa fagefle & fur
l'excellence de fa Morale, & dont la formule eft la même dans toutes les Vil.
les de l'Empire. Ces honneurs, qui font rendus en effet aux Sciences & aux
Savans , dans la perfonne de Confucius, infpirent beaucoup d’émulation. La
cerémonie fe termine par quantité de nouvelles inclinations & de révéren.
ces, au fon des flutes & des hautbois, & par des complimens mutuels entre
les Mandarins. Pour dernière fcene, on enterre le poil & le fang de l'animal
qui a fervi de victime, & l'on brûle, en témoignage de joie, une grande
iéce d’étofe qui eft attachée au bout d'une pique & qui pend jufqu’à terre,
Be la première Salle on pañie dans une autre, où l’on rend auffi des honneurs
confacrés par l'ufage , aux anciens Gouverneurs des Villes & des Provin-
ces, qui ont acquis de la réputation dans l’éxercice de leurs Emplois. En.
fin l’on paile dans une troifième Salle, où font expofés les noms des Citoyens
diftingués par leurs vertus & leurs talens, & l’on y fait quelques autres cé-
rémonies.
Les Chinois racontent que Xya-tfing, un de leurs Empereurs, fe rendit au
Palais de Confucius avant que de commencer fes études, pour y offrir l'hom-
mage de fes louanges & de fes préfens, comme un témoignage de fon refpeët
pour tous les anciens Doéteurs de la Nation, füur-tout pour le Prince Cheu-
kong & pour le Philofophe Confucius. Il y prononça un difcours, dans lequel
il s’engagea folemnellement à faire une étude aflidue des Ouvrages de ces
grands Hommes & de ces fages Maîtres de l'Antiquité, dont les Maximes ne
doivent jamais ceffer de fervir de régle à leurs Defcendans (i).
{33 Chine du Përe Du Halde, Vol. IL page 295. & fuivantes.
$. VI
Langue Chinoile.
À connoiïffance du Langage & l’art de l'Ecriture, font, comme on l’a dé-
ja fait obferver , une partie de l’érudition Chinoife ; & la carrière des Em-
lois étant ouverte à tout le monde, le dernier homme du Peuple apprend à
ire & à écrire. 6
La Langue Chinoife n’à aucune reffemblance avec les autres Langues, mor-
tes ou vivantes. Toutes les autres ont un alphabet, compofé d’un certain
nombre de lettres, qui, par leurs diverfes combinaifons, forment des fylla-
bes & des mots; au-lieu que dans celle des Chinois il y a autant de caraété-
res & de différentes figures que de mots & de changemens ; ce qui en rend le
nombre fi grand, que Magalhaens en compte cinquante-quatre mille quatre
cens neuf, & d'autres jufqu'à quatre-vingt mille. Cependant le nombre de
leurs mots ne furpafle pas trois cens trente, Ce font autant de monofÿyllabes
indéclinables
indécli
rations
font pa
occafio
nant fu
és.
& mald
Po, fui
d'onze
Libéral
fers E
rile en
dante à
D'u:
té de q
du bois
préparé
une ca
un mo
Jupiter
tité d’a
nois, P
difcours
té L/
nofyilab
moindre
ELn
çhanten
pas être
délicats
dans la :
s'en for:
& par |
chofes c
Provert
Com
obligés
lefquels
ou troi:
(a) L
cens fur
Langue :
mots acc
par le Pé
tôt de fe
tenir de.
ucceffive.
ius. On
ompagnés
ifcours de
fe & fur
es les Vil-
ces & aux
ition. La
révéren-
uels entre
e l'animal
ne grande
qu'à terre,
honneurs
s Provin.
lois. En-
s Citoyens
autres Cé-
rendit au
rir l'hom-
on refpeët
ice Cheu-
ans lequel
res de ces
aximes ne
on l’a dé-
e des Em-
pprend à
/
es, mor-
certain
des fylla-
caractè-
n rend le
le quatre
mbre de
ofyllabes
linables ,
DE LA CHINE, Laiv.ll. Cnap, IV. 195
indéclinables, qui finiflent prefque toutes par une voyelle, ou par la confo-
nante N ou Ng. à k
Czerre petite quantité de fyllabes ne laiffe pas de fuflire pour traiter toutes
fortes de ee » parce que fans multiplier les mots, le fens eft varié prefqu’à
l'infini par la différence des accens (4), des infléxions, des tons, des aipi-
rations & des autres changemens de la voix. A la vérité, pour ceux qui ne
font pas fort verfés dans la Langue, cette variété de prononciation devient une
occafion continuelle d'erreur. Par éxemple, le mot Chu, prononcé en trat-
nant fur w & levant la voix, fignifie Seigneur Ë Maître; d'un ton uni & allon-
gé, il fignifie Pourceaux ; d'un ton bref, il fignifie Cuifine; & d’un ton fort
& mâle, qui s’adoucit fur la fin, il fignific Colomne. De même, la fyllabe
Po, fuivant fes divers accens & fes différentes prononciations, n’a pas moins
d’onze différens fens. Elle fignifie Verre, Bouillir, Vanner du riz, Prudent,
Libéral, Préparer, Vieille gen , Caffer ou fendre , Incliné , Fort peu, Arro-
fer, Efclave où Captif. On en doit conclure que cette Langue, quoique fté-
rile en apparence & bornée à peu de monofyllabes , eft néanmoins très-abon-
dante &très-expreffive.
D'un autre côté, le même mot différemment compofé, dénote une infini-
té de chofes différentes. Mu, par éxemple, fignifie Seul , un Arbre, ou
du bois. Compolé, il a quantité d’autres fens. Mu-lyau , fignifie du bois
préparé pour bâtir. Mu-lan, des barreaux ou des grilles de bois; Mu-hya,
une caille ; Mu-fyang , une armoire ; Mu-t/yang , un Charpentier ; Mu-ul,
un moufleron; Mu-nu, une efpèce de petite orange; Mufing, la Planette de
Jupiter; Mu-myen, du coton, &c.
tité d’autres, & forme autant de fens que de combinaifons. Ainfi les Chi.
nois, par un fimple changement d'ordre dans leurs monofÿllables, font des
difcours fuivis, dans lefquels ils s'expriment avec beaucoup de grace & de clar-
té, L’habitude leur fait diftinguer fi bien les différens tons des mêmes mo-
nofÿyllabes , qu'ils comprennent leurs différentes fignification$ fans faire la
moindre attention aux accens qui les déterminent.
LL ne faut pas s’imaginer, comme plufieurs Auteurs le racontent, qu'ils
chantent en parlant & qu’ils faffent une efpèce de mufique , qui ne pourroit
pas être fort agréable à l'orcille. Au contraire, ces différens tons font fi
délicats, que les Etrangers n’en fentent pas facilement la différence, fur-tout
dans la Province de Xyang-nan, où l'accent pañle pour le plus parfait. Onpeut
s’en former une idée par la prononciation gutturale de la Langue Efpagnole,
& par les différens tons du François & de ltalien, qui figniiens différentes
chofes quoiqu'on ait peine à les trouver différens; ce qui a donné naiffance au
Proverbe; Le ton fait tout.
Comme les Chinois n'ont point d’accens écrits pour: varier les{ons, ils font
obligés d'employer pour le même mot autant de figures qu’il y a de tons par
lefquels fon fens ef varié. Ils ont avec cela des caraétères qui expriment deux
ou trois mots (b) & quelquefois des phrafes entières. Par éxemple, pour
écrire
(a) Les Miffionaires ont marqué ces ac- fuite.
cens fur les mots, pour faciliter l'étude de cette (b) Cette manière de combiner donne la
Languc aux Savans. Magalhaens donne les facilité de former à toute occafion de nouveaux
mots accentués avec onze marques inventées caractères pour exprimer de nouvelles paroles
par le Père Lazaro Catanco, Mifionaie Be & de nouvelles idées,
2
Enfin, ce mot peut être joint à quan-*
LANGUL
CuiNo1sx,
Variété des
accens, des
tons & cles af
pirations.
Diverfes fi-
gaihications
d'un même
mot,
Mots com-
polés.
Délicatefe
dela pronon-
Ciatiun.
Variété des
figures & des
caractères,
. LANGUE
CHINOISE,
Carré ères
taciCAUX,
e
Diftionaire
Chinois, en
cent dix-n°uf
volumes,
Autre Dic-
tonaite,
Comparai-
fon des carac-
tres Euyp-
tiens avec
ceux de la
Chine.
196 VOYAGES DANS LEMPIRE
écrire ces deux mots, Bon jour Monjieur ; au-lieu de joindre le caraétère de
Bon jour avec celui de Monficur, ils en employent un différent, qui exprime
ar lui-même ces deux, ou, fi lon veut, ces trois mots. Mais on conçoit
aufli que cet ufage multiplie extrémement les caractères Chinois & rend l'art
de joindre les monofyllabes très-difficile. Après tout, cette jonétion fimple,
quoique füflifante pour fe faire entendre par écrit, eft un arcmédiocre, & bor-
né au vulgaire. Dans la compofition, les mots font à la vérité lesmêmes: mais
le ftyle poli eft fi différent de celui du difcours, qu'un homme de Lettres LE
pourroit les confondre fans paroître ridicule, 11 ft aifé de s'imaginer combien
l'étude d'un fi grand nombre de caraétères demande d’années, non-feulement
pour les diftinguer dans leur compofition , mais pour fe fouvenir même de
leur fignification & de leur forme. Cependant lorfqu on en fçait parfaitement
dix mille, on peut fort bien s'exprimer dans cette Langue & lire quantité de
Livres. Celui qui en fçait le plus paîle pour le plus habile, Maïs la plüpart des
Chinois n'en fçavent pas plus de quinze ou vingt mille; & parmi les Doéteurs
mêmes , il s’en trouve peu qui en fçachent plus de quarante mille.
CE prodigieux nombre de caraétéres eft recueilli dans une efpèce de Voca-
bulaire qui pe Hay-pyen. Comme l'Hebreu a fes lettres radicales, qui
font connoître l'origine des mots & la manière de trouver leurs dérivés dans
les Dictionaires, la Langue Chinoife a de même fes caraëétères radicaux, tels
que ceux des montagnes, des arbres, de l'homme, de la terre, du cheval,
&c. On apprend même à diflinguer dans chaque mot les traits ou les figures
qui font placées au-deffus, au deflous, à côté ou dans le corps de la figure ra.
dicale. Le dernier Empereur fit compofer un Diétionaire , qui contenoit,
dans la première compilation, quatre-vingt-quinze volumes (c) , la plüpart
fort épais & d’un petit caraétére, Cependant il étoit bien éloigné derenfermer
toute la Langue, puifqu'on jugea néceffaire d'y joindre un fupplément de
vingt-quatre volumes. S'il n’y a point de Langues dans le Monde qui ayent
tant d’étendue (4), on doit conclure que celle de la Chine eft la plus riche &
la plus abondante. ! SUR
Ourre ce grand Vocabulaire, les Chinois en ont un autre qui ne contient
que huit ou dix mille caraétères, & dont les Savans font ufage pour lire ou
écrire, & pour entendre ou compofer leurs Livres. Ils ont recours au grand,
lorfque le petit ne leur fuflit pas. C eft ainfi que les Mifionaires ont recucilli
tous les termes qui peuvent fervir à l'inftruétion du Peuple, pour fe faciliter
les moyens d’éxercer leur miniftère, Ki
CLÉMENT d'Alexandrie attribue trois fortes de caraétères aux Egyptiens.
Le premier, qu'il appelle Epiflolaire, reffemble, dit-il, aux lettres de notre
alphabet. Le fecond eft le Sacerdotal, qui fert pour les Ecrits Sacrés, comme
les notes pour la mufique. Le troifième, qui eft le Hicroglyphique, n’eft em-
ployé que pour les Infcriptions publiques fur es monumens. Il y a deux mé-
thodes pour le dernier; l’une par des images éxaétes, qui repréfentent ou l'ob-
jet même, ou quelque chofe qui en approche beaucoup; c'eft ainfi qu'on em-
ploye le Croiffant pour exprimer la Lune: l’autre, par des fymboles ie
Diétionaire compoié pour un Roi d'Arabie,
ne pouvoit être porté que fur un chariot trainé
par quarante chevaux,
(c) C'eft peut-être le Hay-pyen.
(4) On en peut douter, s'ileft vrai, com-
me le racontent les Auteurs Arabes, qu'un
| KFfques. R. d.”
figures (
dans fa |
eu, Con
cement
le papie:
un oifeai
fes (e).
tiers pot
ne pouvt
réfléxion
mes & d
cette rail
pofer de
les fens.
CEPE
ques, 10
fignificat
toit le Sc
employe
tution hu
repréfent
fignificati
par éxem
maifon, «
puifle arr
Cochinch
fignifient
un langa
s'entende
Ainfi leur:
qui porter
même.
A l'éga
de la Mo
avoient c
tion fur dé
re; parce qu
tent ou ne d
C'eit au Led
Père Du Hald
ge longue no
Anglois difent
paroiffent po
Etère de
exprime
conçoit
end l'art
_fimple,
» &bor-
esi mais
ettres nc
combien
eulement
même de
faitement
antité de
ûpart des
Doéteurs
de Voca-
ales, qui
yés dans
aux, tels
u cheval,
es figures
figure ra-
:ontenoit,
la plüpart
renfermer
ément de
qui ayent
s riche &
e contient
bur lire ou
au grand,
t recueilli
e faciliter
gyptiens.
e notre
s, comme
n’eft em-
deux mé-
nt ou l'ob-
qu’on €m-
les & des
figures
i d'Arabie,
hariot aîné
fiques. R. d.'T. [ ce que le Traduéteur appelle u-
DE LA CHINE, Liv. Il. Car. IV.
figures énigmatiques, telles qu'un ferpent en forme de cercle, avec fa queue
dans fa bouche, pour fignifier l'année ou | éternité. Les Chinois ont toûjours
eu, comime les Égyptiens, une certaine variété de caraétères. Au commen-
cement de leur Monarchie, ils fe communiquoient leurs idées en traçant fur
le papier les images naturelles de ce qu’ils vouloient exprimer: par éxemple,
un oifeau, une montagne, un arbre, pour fignifier éxaétement les mêmes cho-
fes (e). Cette méthode étoit fort imparfaite & demandoit des volumes en-
tiers pour l'expreffion des penfées les pluscourtes. D'ailleurs, combiend'objets
ne pouvoient être repréfentés par le crayon ou le pinceau, tels que l'ame, les
réfléxions, les paflions, la beauté, les vertus, les vices, les aétions des hom-
mes & des animaux; enfin, tout ce qui éft fans corps & fans forme? Ce fut
cette raifon qui fit changer infenfiblement l’ancienne manière d'écrire & com-
pofer des figures plus fimples pour exprimer les chofes qui ne tombent pas fous
les fens.
CEPENDANT ces caractères modernes font véritablement (f) hiéroglyphi-
ques, 10. parce qu'ils confiftent dans des figures fimples, qui confervent la
fignification des Caraétères primitifs. Autrefois, par éxemple, on repréfen-
toit le Soleil, qui s'appelle Ÿe, par le cercle fuivant ©. Aujourd'hui l'on
employe deux lignes droites & trois lignes tranfverfales. 29. Parce que l'infti-
tution humaine attache à ces figures les mêmes idées qui étoient naturellement
repréfentées par les fymboles, & que chaque caraétère Chinois a fa propre
fignification, qu'il conferve toûjours , quoique joint avec d’autres. Tjay,
par éxemple , qui fignifie Infortune & calamité , eft compofé du caraétère Myau,
maifon, & du caraëtère Ho, feu; parce que la plus grande infortune qui
puiffe arriver eft de voir fa maifon en feu. Au refte, les caractères de la
Cochinchine, du Tong-king & du Japon, font les mêmes qu’à la Chine &
fignifient les mêmes chofes. Quoique les Peuples de ces quatre Régions ayent
un langage fi différent qu’ils ne peuvent s'entendre dans le difcours, ils
s'entendent parfaitement par écrit, & leurs Livres font communs entr’eux.
Ainfi leurs Caractères peuvent être comparés aux figures des Nombres (g),
qui portent différens noms en divers Pays, mais dont le fens eft par-toutc le
même.
A l'égard des caraëtères originaux de la Chine, avant le commencement
de la Monarchie, c’étoient de petites cordes, avec des nœuds coulans, qui
avoient chacun leur fignification. Les Chinois en confervent la repréfenta-
tion fur deux tables, qu’ils appellent Lo-tu & Lo-chu. Ils prétendent que les
premières
197
(e) Du Halde, Vol. I. pag. 363. Magal-
haens, p. 69. & fuiv.
(f) Les Auteurs Anglois font ici une lon-
gue réfléxion, que je me difpenfe de tradui-
re; parce que leurs idées particulières n’ajoû-
tent ou ne diminuent rien à la vérité du Texte.
C'eft au Leéteur à juger, fur l'expoñtion du
Père Du Halde, fi ces caraétères font hierogly-
ques, qui ont toûjours quelque reffemblance,
ou naturelle ou fymbolique avec la chofe re-
préfentée: au-lieu que les caraétères Chinois
n’ont rien de femblable; ce font des figures
purement arbitraires, auxquelles leurs inven-
teurs ont attaché certaines idées fimples ; &
en les joignant deux ou trois enfemble, ils for.
ment des idées compotées, & expriment leur
penfée. ] KR. d. E.
ne longue note, fe réduit à ce que les Auteurs (g) C'eft en effet un Caraëtère univerfel ,.
Anglois difent que les caraëtères Chinoisneleur tel que celui de Wilkins, Evêque Anglois ,
paroiffent point des cara@ères Hiéroglyphi- qui l'a publié dans un Livre fous ce titre.
Bb 3,
LANGUE
Cuinoiëér.
Ancien ufa-
“e des Chi-
nois pour l'é-
criture.
Nature de
Icurs carattè-
res modernes,
Mêmes c1-
raétères au Ja.
pon, &c.
quoique la
langue foit
différente.
Remarques
fur l'ancienne
manière de
compter à la
Chine.
198 VOYAGES DANS L’'EMPIRE
LANGUE premières Colonies, qui habitérent la Province de Se-chuen, n'avoient pour
Cuinoïsr. toute litterature qu'un petit nombre d'inftrumens arithmétiques, compofés de
petites cordes nouées, en forme de chapelets, avec lefquelles ils faifoient
leurs fupputations dans les comptes de commerce. Ils les portoient fans
celle avec eux; & fouvent ils les faifoient fervir, comme de ceintures, pour
ajufter leurs habits. En un mot, c’eft faute de véritables caractères d'écri.
ture, qu'il ne refte aucun récit de ce qui s’eft paflé dans ces anciens tems 4
Premiers ca. du moins par la voie des Annales, ou des traditions écrites. /©- hi, pre.
raères ine micr Empereur de la Chine, Faut l'inventeur des lignes, pour exprimer les
NA ae idées de certaines chofès naturelles. Enfuite, ayant appris l'arc des com.
ob, binaifons, par le moyen des deux anciennes tables Lo-tu & Lo-chu, il forma,
pour premier efai, {a table lineaire, Mais ces lignes n'étant pas fuffifantes
pour tout exprimer, il entreprit d'inventer des caraétères plus étendus. Chi.
nong & H'hang-ti , fes Succeflèurs, en augmentérent le nombre ; & lorfqu'ils
en eurent formés fucceflivement une quantité fuflifante, on commença bier.
tôt à compofer des Livres (h).
StiledesTi- LE flile des Chinois, dans leurs compoñitions, eft concis, allégorique, &
vres Chinois. quelquefois obfcur pour'ceux qui ne font pas bien verfés dans l’ufage de leurs
caractères. Il demande beaucoup d'attention, & même d’habileté, pour ne
tomber dans aucune méprife. Il exprime quantité de chofes en peu de mots.
Les expreflions font vives, animées, entremêlées de comparaifons hardie
& de nobles métaphores. Du Halde en donne un éxemple. Pour exprimer
que perfonne ne doit penfer à détruire le Chriftianifme, parce que l’Empe.
Exemples reur l’a favorifé par un Edit, les Chinois écriront: ,, L’encre qui a tracé
des figures J'Edit Impérial en faveur de la Religion Chrétienne, n’eft point encore
PRQUSSe , féche; & vous entreprenez de la détruire! ,, Ils affectent fingulièremert
d'inférer dans leurs écrits des fentences & des paffages tirés des cinq Livres
Canoniques; & comme ils comparent la compofition à la peinture, ils com.
parent aufli ces fentences aux cinq principales couleurs , qu'ils employer
our peindre [ & c'’eft en cela principalement que confifte leur M
Combien le Enfin, ils attachent beaucoup de prix à l’habileté de la main pour la jufteff:
beau caridtè- @ la netteté des caraétères. C’eft à quoi l'on apporte une extrême atten.
RE q tion dans l'éxamende ceux qui fepréfentent pour les Degtés. Les Chinois pré.
Chine. fèrent un beau caraétère d'écriture, au tableau le plus fini; & fouvent une
page de quelque vieil écrit, bien éxécuté, fe vendra fort cher. Ils rendent
une efpèce d'honneur. à leurs caraétères, jufques dans les livres les plus com-
muns: & fi le hazard leur fait rencontrer quelques feuilles imprimées, ils ne
manquent point de les ramafler avec refpeét. Celui qui marcheroit deflus, ou
qui les jetteroit négligemment, pañleroit pour un homme fans éducation.
La plûpart des Menuiliers & des Maçons fe croiroient coupables, s'ils dé-
chiroient une feuille imprimée , lorfqu’ils {a trouvent collée fur un mur où
contre unc fenêtre.
Diftin&tion IL réfulte de toutes ces obfervations, qu’on peut diftinguer trois fortes de
Le Langages (i) Chinois: celui du peuple, celui des perfonnes polies, & celui
ages à le u’on
SES: (b) Du Halde, wbi fup. pag. 309. “diftingue pas ; le Chinois, & la bain du
(5) Cette difinétion n’eft pas fort éxaéte, Pays de Fu kyen. La différence en eft fi cer-
car ce n’eft ici que la même Langue avec dif. taine, que la dernière a la lettre r, qui n'éli
férentes modifications. Mais il y a réellement pas dans la vraie Langue Chinoife,
à la Chine deux Langues , que l'Auteur ne
qu'on €
deux aut
l'Europ
fionaires
certaine
font fort
ne pour
font ente
Mais la
ques Rela
cent fouv
genoux 0
nécefité,
vent être
termes de
APRÈ:
pour la pr
claffes, le:
darin, &
Eccléfiaft:
la Provinc
parties de
qu'il s’eft (
Nouvelles
parables,
La troi
ge familier
due fans le
de ce file.
ordinairem
n'y rencon:
doux & foi
dialeéte, &
pas fi relev.
cifion. IIf,
& majeftue
point de p«
qui ces ouv
hbiles gen:
Les Chi
qui a fervi à
tendre; mai
les fceaux &
dans les con
ont un caraé
aotes, ou d
(4) Ce
ent pour
npofés de
faifoient
oient fans
res, pour
es d’écri.
ns tems,
hi, pre.
primer les
des com.
il forma,
fuffifantes
dus. Chir.
& lorfqu'ils
1ença bien.
gorique, &
ge de leurs
é, pour ne
-u de mots.
ons hardies
ir exprimer
que l'Empe-
qui a tracé
oint encore
gulièrement
cinq Livres
e, ils com-
employent
r la jufteffe
rême atten-
hinois pré.
fouvent une
Ils rendent
es plus com-
ées, ils ne
deflus, ou
s éducation.
s, s'ils dé-
un mur OÙ
pis fortes de
es, & celui
qu'on
la Langue du
en eft fi cer-
re r, qui n'eli
ife,
éloquence. |}
DE LA CHINE, Liv. Il Crar. IV. 199
qu'on employe dans les Livres. Le premier, quoique moins élégant que les
deux autres, n'eft pas fi inférieur qu'on le bourroit penfer, aux Langues d:
l'Europe. Il n'a pas lès défauts, qu'on lui a quelquefois attribués. Les Mif.
fionaires, qui arrivent à la Chine & qui ne le fçavent point encore dans une
certaine perfeétion, y trouvent équivoques un grand nombre de mots, qui
font fort éloignés de l'être. Comme ils n’ont pas pris d'abord affez de pei-
ne pour prononcer les mots Chinois avec les afpirations & les accens, ils
font entendre difficilement, & n'entendent pas mieux ceux qui leur parlent.
Mais la faute vient moins de la Langue que d'eux-mêmes. On lit dans qucl-
ques Relations , que les Savans de la Chine, en converfant enfemble, tra-
cent fouvent les caraétérés avec le doigt ou avec leur éventail (x), fur leurs
genoux ou dans l'air. S'ils ont cet ufage, c'eft par toute autre raifon que la
néceñité. C’eft que leur Langue, par éxemple, a divers mots, qui ne doi-
vent être employés que rarement dans une converfation polie, tels que nos
termes de Navigation & de Chirurgie.
ArRès le langage vulgaire, qui varie dans les différentes Provinces, fur-tout
pour la prononciation, & qui n’eft employé que dans les compofitions des bafTes
claffes, les Chinois ont un dialeéte, poli & rafiné, qu'on appelle Langage Man-
darin, & qui eft à peu près pour eux, ce que le Latin eft en Europe pour les
Eccléfiaftiques & les Sçavans. Ce langage étoit autrefois celui de la Cour, dans
la Province de Kyang-nan, d'où il s’eft répandu par degrés, dans toutes les
parties de l'Empire. Mais c’eft toûjours dansles Provinces voifines de la Cour,
qu'il s’eft confervé le plus pur. On trouve un grand nombre d'Hiftoires & de
Nouvelles, écrites dans ce langage, avec toute l'élégance pofible, & com-
parables, pour le ftile, à nos meilleurs Ecrits de l'Europe.
La troifième efpèce eft celle des Livres, qui eft fort différente du langa-
ge familier. Elle ne s’employe jamais que pour écrire, & ne peut être enten-
due fans le fecours des Lettres. Mais ceux, à qui l'étude facilite l'intelligence
de ce ftile, y trouvent beaucoup de netteté & d'agrément. Chaque penfée eft
ordinairement exprimée par cinq ou fix caraétères: l'oreille la plus délicate
n’y rencontre rien de choquant; & la variété des accens en rend le fon fort
doux & fort harmonieux. La différence entre Îcs livres qu’on publie dans ce
dialeéte, & ceux qui portent le nom de King, confifte dans lefujet, qui n’eft
pas fi relevé, & dans le ftile, qui n’a pas la même grandeur & la même pré-
cifion. 11 faut pañler par quantité de Degrés, avant que d'arriver à la fublime
& majeftueufe briéveté, qu’on admire dans ces compofitions. On n’employe
point de ponétuation pour les fujets fublimes. On laiffe aux Savans, pour
qui ces ouvrages font deftinés, le foin de juger où le fens fe termine; & les
hbiles gens ne s’y trompent jamais.
Les Chinois ont encore une autre forte de langage, & un autrecaraétère,
qui a fervi à la compofition de quelques Livres, que les Savans doivent en-
tendre; mais qui ne fert plus à préfent que pour les titres, les infcriptions,
les eaux & les devifes. Ils ont auffi une écriture courante, qu'ils employent
dans les contrats, les obligations & les aétes de Juftice, comme les Européens
ont un caraétére particulier pour les procédures. Enfin, ils ont une efpèce de
aotes, ou de caraétères d'abréviations > qui demande une étude particulière,
a
(x) C'eftle Pérele Comte quinous apprend cct ufage.
La Nour
Cuinotsm
Langage
Mandarin &
fon origine,
Langage em.
ployé dans
les Livres,
Ses dificul.
tes.
Ponétua-
tion,
Notes, ou
caractères
d'abrévia-
tions,
Laxvoue
Cuinoise.
Si la Langue
Chinoife eft
difficile pour
les Euro.
péens,
Unique ref-
femblance en-
tre les carac-
tères Chinois
& ceux de
l'Europe.
200 VOYAGES DANS L'EMPIRE
à caufe de la variété de fes traits, & qui fert à recueillir promptement tour
ce qu’on veut écrire (!).
uoiquE toutes ces obfervations préfentent beaucoup de difficultés dans
le langage Chinois, & que plufieurs Miffionaires en jugent effeétivement l’étu.
de ennuyeufe, pénible, & d’une longueur infinie, d’autres en ont parlé fort
différemment. Magalhaens, par éxemple, aflüre qu’il-s’apprend avec plus de
facilité que le Grec, le Latin, & toutes les Langues de l'Europe; plus facile.
ment, dit-il encore, que les Langues des autres Pays, où les Jéfuites font em.
ployés dans les Mifions. 1l prétend qu'avec une bonne Méthode, & un tra.
vail affidu, on peut, dans l’efpace d’un an, entendre, & parler fort bién l;
Langue Chinoife. Les Miffionaires, ajoûte le même Auteur , y firent tant de
progrès, dans l’efpace de deux ans, qu’ils fe rendirent capables de confelter,
de catéchifer, de prêcher, & de compofer auffi facilement que dans leur Lan.
gue naturelle, quoique la plûpart fuffent d’un âge avancé (=). Enfin, Ma.
galhacns doute qu'ils euffent jamais pû s'élever à la même perfeétion dans les
Langues de l’Europe, quoiqu'elles ayent prefque toutes une certaine dépendan.
ce les unes des autres. Pour confirmer ce récit, il obférve, que l'étude des
Langues dépendant beaucoup de la mémoire (n), celle de la Langue Chinoi.
fe, qui n’en demande que pour retenir les accens, parce qu’elle contient for
peu de mots, doit être plus facile que l'étude des nôtres, dont il n’y en a pa
une, qui ne contienne plufieurs milliers de termes différens, [ Nous ne décide
rons cependant pas, jufqu’à quel point cet Argument eft concluant; il fembk
qu'il eft aufli difficile de fe reflouvenir d'un accent, que d'un nouveau mo:]
Si dans les Langues Grecque ou Latine, on confidère chaque mot, fimple x
compofé, comme un caractère, qui confifte dans la combinaïfon de plufieu
lettres, de méme que les caraétères Chinois confiftent en traits ou en lignes,
on trouvera peut-être qu'elles contiennent autant de caractères différens qu
la Langue Chinoife, & que l'étude par conféquent n’en doit pas être moin
difficile.
ON a fait fentir, dans l’article de l'Imprimerie, la grande différence quiel
entre les caraétères Chinois & ceux de l'Europe. Ils n'ont entr’eux qu’unefe-
Je reffemblance; c'eft que comme notre alphabet eft compofé de vingt-quatre
lettres, formées de fept traits (o), tous les caraétères Chinois font formésde
fix (p). La Langue Chinoïife eft le contrepied de toutes les autres, parce
qu’elle a, fi on ofe ainfi parler, infiniment plus de lettres que de mots, &
u'elle n’a pas beaucoup plus de mots que d’autres Langues n’ont de lettres,
Bidlion ne compte qu'environ vingt-quatre lettres dans les alphabets Euro
péens, il eft vrai qu'il y en a beaucoup plus, fi l’on confidère; 10, qu'elles
: font
prétend quelle eft du reffort de l'imagination
& de l'orcille, à caufe de la variété des tons.
Si l’on prononce mal un mot, ajoûte-t.il, on
peut cependant fe faire entendre, mais fi en
prononçant le Chinois , on place mal un ac:
cent, on fe rend inintelligible.
(o) Ou plûtôt de quatre différents traits;
car deux@u trois des fept ne font que les me
mes, placés dans différentes pofitions.
(p) C'eit plûtôt quatre, ou cinq au plus
{13 Chine du Père Du Halde, wbi fup. pag.
355. & fuiv.
(#7) Relation de la Chine par Magalhaens,
pags. 77. & fuiv.
{y (n) Le Conte, pag. 177. s'étonne que
Magalhaens ait tenu ce Langage, Il croit au
contraire que plufieurs Miflionaires auroient
moins eu de peine à travailler aux Mines qu'à
apprendre le Chinois. Il nie que l'étude de
cette langue dépende de la Mémoire, & il
F fyllabes,
font di
l'écrit
fortes
& que
caraété
figures
nettem
tous ce
tères C
T'a
n’admit
mer to
l'on fait
nombre
tères E:
res Chi:
nombre
l'efprit,
s’y font
éxempl
vérité,
raétères
que l'inv
d'exprin
thode C
IL ef
eft impo
en eft fe
certains
les carat
fons, o
femble.
raétère
les caraë
en aucu
re qui n’
par con
que les (
glois, fi
& vld-cou
Ç ). Lo
yllabes
ils empl
__(g) Chi
Cr) Cel
d'exprimer!
VIIL.
tement tont
ficultés dans
ement l'étu.
nt parlé fort
avec plus de
; plus facile.
ites font em.
e, & un tra.
r fort bién la
irent tant de
de confeffer,
ans leur Lan.
Enfin, Ma.
tion dans les
ne dépendan.
e l'étude de
ngue Chinoi.
contient for
n’y En a pà
jus ne décide
nt; il fembk
JUVEAU mot]
ot, fimple
n de plufieurs
ou en lignes,
différens que
as ètre moin
érence quiet
x qu’unefer
vingt-quatre
nt formés de
Autres, parce
de mots, &
t de lettres,
habets Euro-
10, qu'elles
font
e l'imagination
Pariété des tons.
ajoûte-t-il, On
dre, mais fi en
ace mal un ac
fférents traits;
ont que les mé:
ofitions.
cinq au plus.
DE LA CHINE, Liv. I. Cnar. IV.
font diverfifiées en Capitales, en Romaines, en Italiques, &c. 2°, que dans
l'écriture manuelle, on y a mis une autre varicté; 30, qu'il y a différentes
fortes de ponétuations; 49, que l'Arithmétique a fes chiffres ou fes figures ;
& que l'Aftronomie, la Géométrie, la Mufique ont auñi leurs fignes & leurs
caraétères; enfin, qu'il y a peu d'Arts ou de Sciences, qui n'ayent quelques
figures caraétériftiques qui leur font propres, & qui fervent à exprimer plus
nettement certaines idées (4), que des mots d'une certaine longueur. Mais
tous ces fignes, réunis enfemble, n’approchent pas de la multitude des carac-
tères Chinois.
T'anp1s qu'elle nous paroît furprenante, on nous aflüre que les Chinois
n’admirent pas moins, qu'avec fi peu de lettres, les Européens puiffenc expri-
mer toutes leurs paroles. Mais l’étonnement cefferoit de part & d'autre, fi
l'on faifoit réfléxion, que les mots font compofés de la combinaifon d'un petit
nombre de fons fimples, formés par les organes de la parole, &que les carac-
tères Européens font inventés pour exprimer des fons ; au-lieu que les ca’aétè-
res Chinois expriment des mots, & doivent étre par conféquent beaucoup plus
nombreux. Il n'eft pas aifé de juger comment cette méthode leur eft venue à
l'efprit, plûtôt que l'autre, ou pourquoi ils ont préféré l'une à l’autre, fi elles
s’y font préfentées routes deux. Nous fçavons feulement qu’il n'y a pas d'autre
éxemple de cette préférence dans toutes les parties du Monde connu. A la
vérité, les Egyptiens, les Mexiquains, & d’autres Peuples, ont eu des ca-
ractères de la meme (r) nature; mais il en refte fort peu; & l’on ne voit pas
que l'invention en ait été fi judicieufe & uniforme, ni qu’elle ait été capable
d'exprimer une aufli grande variété d'idées fimples & compofées, que la Mé-
thode Chinoife.
IL eft difficile d'exprimer les mots Chinois en caraétères Européens; mais il
eft impoñible d'exprimer les mots Européens en caraétères Chinois. La raifon
en eft fenfible. C’eft non feulement, parce que la Langue Chinoife manque de
certains fons, qui fe trouvent dans d'autres Langues, mais encore parce que
les caraétères Chinois expriment des paroles , au-lieu d'exprimer de fimples
fons, ou fi l'on veut, parce qu'ils expriment le fon de plufieurs lettres en-
Cependant il en faut excepter les voyelles, dont chacune a fon ca-
Comme tous les mots de cette Langue font de fimples
femble.
raétère particulier.
fr fyllabes, & que leur nombre n’eft que de [trois ] cens trente, il eft clair que
les caraétères Chinois ne peuvent exprimer un plus grand nombre de fyllabes,
en aucune autre Langue, & qu’un quart de ces caraétères, étant d'une natu-
re qui n'a rien de femblable, en aucun autre lieu, ils ne peuvent exprimer
par conféquent plus de deux cens cinquante fyllabes étrangères. Ainfi, quoi-
que les Chinois pûffent écrire, en caraétères de leur Langue, les mots An-
glois, Jing-Jong, & New-king , ils ne pourroient pas écrire de même fire-wvol,
& vld-count, parce qu'ils n'ont pas ces deux derniers mots dans leur Eangue
is Lorfqu'ils veulent écrire ou prononcer quelque mot Européen, dont les
yllabes ne fe trouvent pas dans les trois cens trente mots de leur Langue,
ils employent ceux qui en approchent le plus. Par éxemple, au-licu de Æ1-
lande ,
préfentée plus naturellement que celle d’expri-
mer des fons ? A :
(s) On en donnera ci deffous la T'able,
(4) Chine du Père cu Halde; pag. 365.
.(r) Cela ne prouve-t-il pas que la penfte
d'exprimer les mots par des caractères s'eft
VIII. Part. Cc
LANGUs
CHiNo1seE,
e
Remarque
fur l'uné
l'autre ulagé
Difficulté
d'exprimer
les mots Chi-
fois en caraiCs
tères Euro-
péens, & récié
proqueinents
LANGUE
CHiNoise.
Lettres Eu-
ropéennes qui
manquent aux
Chinois.
Autres re-
marques fur la
diflicuité de
rendre les
mots d’une
Eangue à l'au-
tre.
Terminaifon
des mots Chi.
nois écrits à
l'Européenne.
£02 VOYAGES DANS L'EMPIRE
lande, ils prononcent Go-lan-ki. Ils prononcent Ho-cul-fe-te-in, au-lieu. d'Hor:
fteins Se-tuyau-ko-culma, au-lieu de Stockolms & O-li-che-ye-fi-che, au-lieu d'A.
lexowitz. En"
LA difficulté devient d'autant plus grande qu’ils n'ont pas les lettres 2, d, r,
x, & 2, qui reviennent fouvent dans les Langues de l'Europe: Ils expriment
ordinairement le d, comme le#, par ki. Ils employent p, pour . Cependant,
Je d & le z paroiïffent fondus dans les mots j-#, que plufieurs Chinois pronon-
cent j-dfe. Mais ceux qui peuvent prononcer diftinétement j-d/2, ne pour.
roient prononcer da, de, di, do, du, ni%a, %e, 2i, 20, zu. Au-lieude notre
r, ils employent /, ou plûtôt un mot qui commence par /. Ainfi, pour Jxan.
ce, ils difent Fu-lan-tfu-fe. Ils employent che, au-lieu de notre x, comme on
l'a vû dans Ælexowitz. te
ON ne tenteroit pas moins inutilement de rendre les mots Chinois, en ca-
raétères de l'Europe. Nôn-feulement la plûpart feroient mal exprimés; mais
lorfqu'on feroit au bas de la page, on n’entendroit plus ce qu'on auroit pris
la peine d'écrire. C’eft une propriété, qui n'eft pas particulière à la Langue
Chinoife. Chaque Langue a quelques fons qui n'appartiennent qu'à elle, &qui
ne peuvent être exprimés par les lettres ou les caraéléres des autres Nations.
Ainfi, les Anglois n’ont pas de fon qui réponde à la À confonante Françoife Î
(+), comme les François n'en ont pas, qui réponde à celle des Anglois. Ce-
pendant il y a peu de fons ou de mots, foit Chinois, foit de toute autre Lan-
gue, qui ne puiflent être exprimés en lettres Angloifes,. fimples ou compofées,
Mais il n’en eft pas de même du François, parce que l'alphabet de cette Lan-
gue eft le plus imparfait & le plus pauvre de tous ceux de l'Europe. Outre la
confonante ÿ, il n’a point lech, le k, le 4 & le w des Anglois; fons communs
à la plûpart des autres Langues, particulièrement à celles qu'on nomme Orien-
tales. La jonétion même de deux ou trois lettres n’y fupplée pas dans la bou-
che des François. Et c’eft plûtôt cette raifon, qui les empêche de bien pro-
noncer & de bien écrire quantité de mots, que celle dont le Père Du Halde
s’eft avifé pour expliquer ce défaut. Il dit que les Chinois ont les dents placées
fort différemment des nôtres. La rangée fupérieures’écarte en dehors, &tom.
be quelquefois fur la lévre inférieure, ou du moins für la gencive de la féconds
rangée, qui eft plus en arrière; de forte que les deux rangées ne fe rencon-
trent prefque jamais, comme dans la bouche des Européens.
Tous Le mots Chinois, écrits en lettres Européennes, fe terminent, ou
par une de nos cinq voyelles (u), ou par la lettre n, qui eft quelquefois fim-
ple, ne produifant point d'antre fon qu'an, en, in, onn, unn, & quelquefois
fuivie d'un g (x), comme ang, eng, ing, ong, ung (y). Les voyelles Chi-
noifes ont auili différens fons, comme celles de l’Europe; ou plûtôt nous n'a-
vons pas affez de lettres, pour exprimer tous les fons & toutes les divifions de
celles, que nous nommons Voyelles, foit dans là Langue Chinoife, foit dans
les nôtres.
À
(æ) L'Auteur fe trompe ici, carles Anglois François & les Efpagnols qui ont ajouté leg :
expriment fort bien notre j par 2b. pour difinguer ln ouverte de la muctte. Les
(w) On y peut ajouter /, w & y, comme Portugais “mployent l'm,
dans les mots ul, cheu, may, &c. (y) Le Père Du Halde a pris dins Magal-
(x) n'ya point de mots Chinois qui ne baens & dans Le Conte prefque tout ce qu'il
fe terminent véritablement en n, Ce font les dit ici du Langage.
pr, cC
ne feule
tres uné
plus fen
Françoi.
TSC
To
Tchan,
Tchang,
Tchao,
Tchai,
Tche,
Tchen,
Tcheu,
Tchi,
Tchin,
Tching,
Tcho,
Ru ,
chung,
Tchua”
Tchuang
eu: d'Hol:
-lieu d'A:
$ b, d,r,
xpriment
pendant,
s pronon-
ne pour:
de notre
our JYan-
omme on
S, en Ca-
és; mais
uroit pris
a Langue
le, &qui
Nations.
ançoife ÿ
lois. Ce-
atre Lan-
mpofées,
ette Lan-
Outre la
communs
ne Orien-
1s la bou-
bien pro-
Du Halde
s placées
| &tom-
feconde
è rencon-
ent, où
fois fim-
clquefois
Îles Chi-
ous n'a-
ifions de
foit dans
À
méleg,
cette. LES
s Magal-
t ce qu'il
DE LA CHINE, Liv. Il. Car. IV. 203
A Yégard de la Table füivante, on doit faire trois obfervations: 1°. que
Jes mots, contenus fous les différentes lettres, font formés fur unerégle com-
mune de la Langue Chinoïfe, quoique le nombre n’en foit pas égal fous cha-
que lettre. 20. Que fuivant la manière d'écrire des François & des Portugais,
plufieurs paroiffent de deux ou troisfyllabes, &doivent étreprononcés de mê-
me, fi l'on s'attache à la manière commune de lire; au-lieu que fuivant la ma-
nière d'écrire des Anglois, ce font autant de monofyllabes, conformément au
génie de la Langue Chinoïfe. 30. Que le changement d'ortagraphe, du Portu-
gais & du François à l’Anglois, eft naturel & néceffaire. La principale diffi-
culté, pour les Anglois, confifte à prononcer certains caraétères, compofés
d’une double confonante, dont la prononciation n’eft point en ufage dans leur
Langue. Cependant, corume ils en ont aufli de doubles, & même de triples,
un peu d’éxercice leur facilite cette prononciation. Par éxemple, un Anglois,
qui eft accoûtumé à prononcer bran, fting, prong, fwing, férong, &c. ne fcau-
roit trouver beaucoup de peine à prononcer, dans un feul fon, ven, ywen,
fyang, kyang, fuen, lwi, tfyen ; il n’a qu’à fuivre, pour prononcer enfem-
ble, /w, yw, /y, &c. la même régle, qu’il 6bferve en prohonçant #r, J8,
pr, Qc. c'eft-a-diré, qu’il les doit prononcer, comme s'ils né faifoient qu'u-
ne feule lettre. 1} ÿparviendra, pa: degrés, en mettant entre les deux let-
tres une voyelle, qu'il n’a qu’äiprononcer fort vîte, jufqu'à ce qu'il ne la faffe
plus fentir.
TABLE ALPHABETIQUE
De tous: les mots qui cemipofent la Langue Chinoife, Juivant la
prononciation Françoile | Angloife &' Portugaife.
François. Anglois, Portugais. | François. Anglois. Portugais.
TSC CH CH Tchue, Chwe, Chue.
Tchuen, Chwen, Chuen.
Te HA, Cha, Cha. Chwi, Chui.
Tchan, Chan, Cham. . Chyau, Chiao.
Tchang, Chang, Cham. Chyen, Chien.
Tchao, Chau, Chao.
Tchai, Chay, Chai. F .F F
Tche, Ché, Che.
Tchen, Chen, Chen. Fa, Fa, Fa.
Cheng, Chem. Fan, Fau, Fan.
Tcheu , Chew, Cheu. Fang, Fang, Fam.
Tchi, Chi, Chi. Feu, Feu, Feu.
Tchin, Chin, Chin. Fi, Fi, Fi.
Tching, Ching, Chim. Fo, Fo, Fo.
Tcho, Cho, Cho. Foi, Foy,
Tchun, Chun, Chun. 1 Fu, Fu, Fu.
Tchung, Chung, Chum. Fung, Fung, Fum.
Tchua, Chwa, Chua. | Fuen, Fwen, Fuen.
Tchuang, Chwang, Chuam.
Cc2
LANGUE
CHINoïse.
Obfervations
fur la Table
fuivante.
Difficulté
pour les An-
glois,
LANOUE
CHiNO1sE.
_ 204
François.
Guei,
H
Hang,
Han,
Heo,
Hi,
He,
Hen,
Heng,
Heu,
Hi,
Hing,
Ho,
Hu,
Hun,
Hung,
Hive,
Hiven,
Hia,
Hiang,
Hiao,
Hiai,
Hie,
Hien,
Hieu ;,
Hio,
Hiu,
Hiun,
Hiung,
Anglois.
G
Gan,
Gang,
Gau,
Gay,
Gho,
Ghey, 0
Gwey,
Go,
Portugais.
G
Gan.
Gam.
Hiun.
Hiuem.
(a) Ce mot & le fuivant peuvent être
prononcés auf ie, Hion, par les Angluis,
| François.
I voyelle.
In,
Ing,
T confonne.
Cung,
(b) Ce mot eft écrit aufMi Kong, & le mé.
me doute naît à tous les mots de cette for-
me, que les Miffionaires écrivent indifé-
réiminent par 4 OU par 0
VOYAGES DANS LÆMPIRE
Anglois.
I
Portugais.
François
Kiun,
Kiung,
L
La ,
Lan,
Lang,
Lao ,
Lai,
Le,
Leng,
Leu,
Li,
Lin,
Ling,
Lo,
Lu,
Lun,
Lung,
Loan,
Lui,
Luon,
Leang,
Leao,
ortugaise
Y
Kiun,
, & le mé.
cette for-
ht indifé-
François.
Kiun ,
Kiung,
L
La ,
Lan,
Lang,
Lao ,
Lai,
Le,
Leng,
Leu,
Li,
Lin,
Ling,
Lo,
Lu,
Lun,
Lung,
Loan,
Lui,
Luon,
Leang,
Leao,
Lie,
Kyun,
Kiung,
L
La,
Lan,
Lang,
Lau,
Lay,
Le,
Leng,
Lew,
Li,
Lin,
Ling,
Lo,
Lu,
Lun,
Lung,
Lven,
Lwan,
Lwi,
Lwon,
Lyang,
Lyau,
Ma,
Man,
Mang,
Mau,
May,
Me,
Men,
Meng,
Mew,
Mi,
Min,
Miug ,
Portugais.
Kiun,
Kium.
L
— mt rt ne, RE meet mt. ms nn CREER CRÉES
eee ss ns EE) EEE CR nn
on
Ce)
o2
François.
Mo,
Mu,
Mung,
Muen,
Mui,
Muon,
Miao,
Mie,
Mien,
N&NG.
Na,
Nan,
Nang,
Nao,
Nai,.
Neng,
Ngan,
Ngao,
Ngai,
Ngue,
Nguen,
Ngeu,
Ngo,
Ni,
Ning,
No,
Nu,
Nun,
Nung,
Nui,
Nuon,
Niang,
Niao,
Nie,
Nien,
Nicu,
Nio,
Niu,
DE LA CHINE,Liv. IL Car. IV.
Anglois.
Anglois.
Mo,
Mu,
Mung,
Mwen,
Mvwi,
Mvwey,
Mwon,
Myau,
Mye,
Myen,
Myew,
205
LANGUE
CuiNoisE.
Portugais.
Moei.
Muon,
Miao.
Mie.
Mien.
Mieu.
O
LANCUr
CHINOISE.
206
François.
Qua,
Quouang ,
Quoai,
Quoue,
Quouei,
Quouen,
Qouo,
Quouon,
Sa ;
San,
Sang ;
VOYAGES DANS L'EMPIRE
Angois.
O
“Portugcis.
Kua.
Kuan.
Kuam.
Kuaiï.
Kue.
Kueiï.
Kuen.
Kuem.,
Kuo.
Kuon.
S
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
L
|
|
|
|
|
François.
Sao ;
Sai »
Se,
Sen,
Seng,
Seu ,
Si,
Sin,
Sing ;
So,
Sou,
Sun,
Sung,;
Siue , :
Siuen,
Sui,
Suon,
Siang ,
Sio,
Sie,
Sien,
Sieu,
Sio,
Siu,
Siun,
Ch.
Cha,
Chan,
Chang,
Chao,
Chai,
Che,
Chen,
Cheu,
Chi,
Chin,
Ching,
Cho,
Chu,
Chun,
Chung,
Choua,
Chouang,
Chua,
Anglois.
Sau,
Say,
se,
Sen,
Seng,
Êcw ;,
Si,
Sin,
Sing,
So,
Su,
Sun,
Sung ;,
Sve,
Sven,
Swi,
Swon,
Syangs
Syau,
Syes
Syen,
Syew,
Syo,
Syu,
Syun,
Sh.
Sha,
Shan,
Shang,
Shau,
Shay,
She,
Shen,
Shew,
Shi,
Shin,
Shing,
Sho,
Shu,
Shun,
Shung,
Shwa,
Shwang,
Shwa.
Portugais.
François.
Chue,
Chuen,
rtugais. François.
0, Chue,
i. Chuen,
n.
2m.
” L] T
n. |
m. a,
) Tan,
u. Tang »
un. ns
um. ut
iuc. Lu
jucn. eng;
j Teu,
ui. a
uon: A1,
2 ling,
Lam To
120 ,
ve Tu À
ic. pi
ien ue
sieu. JoR
Sio. ne ;
Siu. 1e f
iun Fia0 ,
ii Tie,
X Tien,
lieu ,
TL
Tfa,
Tfan,
Tfang ;,
To,
Tfai,
Te,
Tfeng,
Tfeu,
IG,
Tin,
LT
Ti,
Tfun,
DE LA CHINE, Liv. IL Cap. IV.
Anglois.
Shwe ,
Shwen,
Shwi,
Shyau ,
Shyew ,
T
Ta,
Tan,
Tang,
Tau,
Tay
Te s
Teng,
Tew,
Ti,
Ting,
(0) ?
Tu,
Tun,
Tung ,
Twy,
Twon,
Tyau,
Tye,
Tyen,
Tyeu,
Tf. ou Df.
Tfa,
Tfan,
Tfang,
Tfau,
Tfay,
Tfe,
Tfeng,
Tfeu,
Ti,
Tin,
Tfing
Tu,
Tfun,
Tung,
Tfve,
lortugais,
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
françois.
Tfiun,
Tfüi,
Tfuon,
Tfiang,
Tfiao,
Tfie ,
Tfien,
Tfieu ,
Tfo,
Tfiu,
Tfiung,
U voyelle.
Ou,
Ul ,
Oum;
V confonne.
Va,
Van,
Vang,
Vai,
Ve,
Ven,
: Vi,
Vo,
Von,
Vu,
Vung,
Ho.
Hoa,
Hoan,
Hoang,
Hoai,
Hoe,
Hoei,
Hue,
Hoen,
Huon,
Anglais.
Tfven,
Tfwe,
Tfwi,
Éd L
ang ,
T Rays
Tfye,
Tfyen,
Tfyeu,
Tfyo,
Tfyu,
Fyung,
U
U,
UI ou Eul,
Ung,
Wha,
Whan,
Whang,
Whay,
Whe,
Whey,
Whe,
When,
Whon,
207
Portugais.
LANGUE
CHINOISE,
iven,
ocou Çue.
ui.
Hoen.
Huon.
LANGUE
CutNoOIsE,
INTRODUC-
TION.
Quatre for-
tes de Sectes
parmi les Chi-
mois,
A qui l'Eu-
rope doit cet-
te connoiflan-
ce,
Conjetture
des Auteurs
Anglois.
208 VOYAGES DANS L'EMPIRE
François. Anglois. Portugais. François. Anglois. Portugais.
Y & I. Yeng, Yem.
leu, Yew, Yeu,
lo, Yo, Yo.
lu, Yu, Yu.
lun, Yun, Yun.
Iung, Yung,
Ive, Ywe, Yue.
Iven, Ywen, Yven.
Ywei, Yui.
Ywin, Yuin.
A A D cc EE 2: JTE
C H API IT R'E V.
Religions établies 4 la Chine.
ANS l'Empire de la Chine, comme dans la plüpart des autres Pays du
D Monde, les Habitans font divifés par la différence de leurs Religions.
On en diftingue quatre principales. 10. Celle de la nature, qui eft propre.
ment la Religion établie; c’eit-à-dire , celle des Lettrés, & du Gouverne.
ment. 2°. Celle du Philofophe Lau-kyun, qui femble n'être qu'une corrup.
tion de la loi naturelle, rétablie enfüuite par Confucius. 3°. Celle de l’Impof.
teur Fo, qui confifte dans une Idolàtrie groflière. 40. Celle de Zu-kyan, qu
paroît un rafinement de la première , & qui eft le partage d’une Seéte de
Lettrés. On peut joindre à ces quatre efpèces de Culte, le Judaïfme, k
Mahométifme , & le Chriftianifme , qui ont fait quelque progrès dans
l'Empire.
Nous devons la connoiffance des quatre Religions Chinoifes aux Mifo-
naires.Européens, fur-tout aux Jéfuites, qui ont joint à leurs propres obfr.
vations, plufieurs Extraits des Auteurs du Pays. Mais, foit qu'on doive en
accufr leur négligence, ou le penchant qui porte toûjours à défigurer la Re-
ligion d'autrui, ils n'ont traité que de la première avec un peu d éxactirude;
& leur inattention, au contraire, fe fait remarquer fi fenfiblement fur les trois
autres, qu'on peut les foupçonner den avoir pas toûjours connu la vérité. On
croit s’appercevoir que fur la Religion de /0, ils fuppriment quantité de cir-
conftances, & qu'ils én déguifent d'autres. D'ailleurs, ils chargent la Sete
de Zu-kyan d'Athéifme; & l'Auteur Anglois de ce Recueil, fe livrant icià fes
conjeétures, s’imagine qu'ils'ont en vûe de purger du même foupçon la Re.
ligion établie, dont ils ont toléré quelques pratiques. Quoiqu'il en foit, con-
clut cet Ecrivain Proteltant, on eft aflez mal informé du fyftême réel de ces
trois Sectes.
HOK Xe
Xe
x
"ES?
C qu'a
quelques !
deux cens
Chine œ &
traces de «
LE prit
comme le
ti, qui fig
fignificatio
qui préfide
mière Caufe
déterminé
d'une Fam:
Tyen de |”
les Efprits
vant la mê
IL paro!
ou ce pren
dant & tor
cœur ; qu’il
ordre ; qu
que fa juftic
chans, fan:
publiques f
réformatior
& de miféi
d'autres
menacés a
mœurs, qu
fieurs pafla,
Les Em
anciens Rit
principales
pour l'inftru
un des pren
meftique , !
(a) Voyez
noniques.
(b) Tyen
chu fignifie Soi
titre que les À
VIII. Pa
rtugais,
Pays de
eligions,
propre.
uverne-
COrrup-
l’Impof.
van , qui
Seéte de
fme , le
rés dans
te Mifo-
es obfer.
Le en
r la Re-
actirude;
les trois
sricé. On
é de cir-
la Seéte
ici a fes
in la Re:
it, COn-
2] de ces
4. L
DE LA CHINE, Lriv.lIl. Cuar. V.
G. L
Religion Naturelie établie à la Chine.
C T l'opinion commune de tous les Auteurs, qui ontécric fur la Chine,
qu'après la difperfion, dont on trouve le récit dans les faints Livres,
quelques Defcendans de Noë, ayant pénétré du côté de l'Orient, environ
deux cens ans après le Déluge, jettérent les fondemens du vafte Empire de la
Chine, & qu’ils y établirenc la Religion Naturelle. On trouve encore plufñeurs
traces de cet événement, dans les Livres Canoniques du premier ordre (4).
LE principal objet du culte des Chinois eit l’Etre Suprême, qu’ils regardent
comme le principe de toutes chofes. Ils l'adorent fous les deux noms de Chang-
ti, qui fignifie, Souverain Empereur, ou de Tyen (b), qui revient à la méme
fignification dans leur Langue. Tyen, fuivant leurs Inierprétes, eft l’Efprit
qui préfide au Ciel, parce que le Ciel eft le plus excellent ouvrage de la pre-
mière Caufe. Cependant il fe prend auf pour le Ciel matériel; & le fens eft
déterminé par le fujet auquel ce terme eît appliqué. Un Pére eft le Tyen
d'une Famille. Un Viceroïi eft le T'yen de la Province; & l'Empereur eft le
Tyen de l'Empire. Les Chinois honorent aufli, mais d'un culte fubordonné,
les Efprits inférieurs qui dépendent du premier Etre, & qui préfident, fui-
vant la même doétrine, aux Villes, aux Rivières, aux Montagnes, &c.
IL paroît, par les Livres Chinois, fur-tout par le Chu king, que ce Tyen,
ou ce premier Etre, eft le Créateur de tout ce qui éxilte; qu'il eft indépen-
dant & tout-puiffant, qu’il connoît tout, jufqu'aux plus intimes fecrets du
cœur; qu’il veille fur la conduite de l'Univers, où il n'arrive rieñ fans fon
ordre ; qu'il eft Saint; qu'il ne confidère que la vertu dans les hommes ;
que fa juftice eft fans bornes; qu’il éxerce des punitions fignalées fur les Mé-
chans, fans épargner les Rois, qu'il dépofe dans fa colère; que les calamités
publiques font des avertiflemens , qu’il employe pour exciter les hommes à la
réformation des mœurs, mais qu’il y fait fuccéder encore des actes de bonté
& de miféricorde; que les prodiges & les soparitions extraordinaires font
d’autres avis, par lefquels il annonce aux Empires les malheurs dont ils font
menacés afin que les hommes reviennent à lui, par le changement de leurs
mœurs, qui efl la plus sûre voie pour appaifer fon indignation. On cite plu-
fieurs pañlages des Livres Chinois, où ces principes paroiflent bien établis.
Les Empereurs ont toûjours regardé, comme un devoir, d'obferver les
anciens Rites, & fe font crus obligés, en qualité de Chefs, d'en éxercer les
principales fonétions. Ils font Empereurs, pour le Gouvernement, Maîtres,
pour l'inftruétion, & Prêtres, pour les facrifices. Æ0-hi, qui paie (c) pour
un des premiers Chefs de la Colonie Chinoife, nourrifloit, dans un Parc do-
meftique, fix fortes d'animaux, qui fervoient de victimes, dans les facrifices
qu'il
éviter toute équivoque.
(ce) C'eit une chimère.
Hiftoire Univerfelle, Vol,
la Note,
(a) Voyez ci deflus l'article des Livres Ca-
noniques.
(b) Tyen eft proprement Le Ciel, & Tyen-
chu fignifie Seigneur du Ciel. C'eit ce dernier
titre que les Miffionaires donnent à Dieu pour
VIIL. Part.
Voyez la nouvelle
il, pag. 116, dans
209
RELIGIONS
CHiNoises.
Origine de
la Religion
Naturelle à a
Chine,
Objet du
cuite des Chi.
nois.
Idée que les
Chinois ont
du premier
Etre,
Lenrs an.
cieas étiulif
femeuns de Re
—
igica,
RELIGIONS
CuiNoIsEs.
Entreprife
pour les dé-
tuire,
Le culte &
l'inftruétion
font confiés à
deux Manda-
rios difitrens.
Doctrine des
Chinois fur la
Création &
fur l'immorta-
Üté de l’'Ame,
Nulle trace
d'Ido'rrie
dans leurs an-
cigus Livres.
210 VOYAGES DANS L'EMPIRE
qu'il offroit deux fois l’année, aux deux Solftices. Ces Fêtes portoient, en
langue Chinoiïfe, le nom de Reconnoiffunce envers Tyen. On fermoit les Tri.
bunaux de Juftice; le travail étoit fufpendu, & perfonne n'auroit obtenu 13
permifion d'entreprendre un voyage. Chin-nong, Succefleur de Fo-hi, inititua
deux autres Fêtes aux Equinoxes; la première, au Printems, en faveur del'A.
griculture; & la feconde, en Automne, après la moiflon. Les premiers fruits
de la terre étoient offerts à Chang-ti. L'Empereur Chin-nong cultivoit, de fa pro.
pre main, le champ qui fournifloit du bled & des fruits pour le même facrif.
ce, [ & fon éxemple devint une regle pour fes Succefeurs.]
Wuanc-Ti, qui occupa le Trône, après Chin-nong, pouffa le zèle beaucoup
plus loin. 11 bâtit un grand Temple, pour y offrir les facrifices à couvert, &
pour y inftruire le peuple de fes principaux devoirs. Chan-bau, fon fils, joi-
gnit des concerts de mufique aux facrifices. Mais les dernières années du re.
gne de ce Prince furent troublées, par une confpiration de neuf Cheu-hens ;
c’eft-à-dire, de neuf Princes Feudataires. Le deflein des Rébelles étoit de
fubftituer la crainte des Efprits à celle de Chang-ti. Ils eurent recours à la Ma.
gie; & bien-côt toutes les maifons, fe trouvant infeftées d’Efprits dangereux,
le Peuple effrayé, demanda tumultueufement qu'on leur offrit des facrifices,
Mais l'Empereur Chuen-hyo, Neveu & Succeffeur de Chau-heu, extirpa la race
des neuf Enchanteurs, & rétablit l’ordre des anciennes Fétes.
LE même Prince, ayant confidéré le danger qu’il y avoit à raffembler un
Peuple oifif & turbulent, dans le même lieu où les Empereurs éxerçoient leurs
fonétions religieufes, fépara la Place de l’Inftruétion de celle des Sacrifiées. I]
établit pour Préfidens, deux grands Mandarins, choifis entre les Fils du der-
nier Empereur ; l’un, qu'il chargea de la direétion du cérémonial, & l’antre,
de l'inftruttion du Peuple. Il prefcrivit des regles pour le choix des viétimes.
On n’en devoit pas recevoir d’autres que les fix efpèces d'animaux, nommés
par Zo-bi. Ils devoient être fans aucun défaut, bien nourris, & d’une couleur
convenable aux quatre faifons des facrifices (d).
uorquE les Livres Canoniques placent les ames des hommes vertueux,
près de Chang-ti, l'Auteur avoue qu’ils ne s'expliquent pas clairement fur les
châtimens éternels dans une autre vie. De même, quoiqu'ils affürent que l'E.
tre Suprême a créé tout, de rien, leur doétrine n’elt point affez claire, pour
faire juger s’ils entendent une véritable action fur le néant. : Mais ils n’en ont
pas nié la poñfibilité, ni prétendu, comme un Philofophe Grec, que la ma-
tière foit éternelle. Les Mifionaires ne trouvent pas non plus que les Livres
Canoniques de la Chine ayent traité clairement de l’état futur des ames. Au
contraire, ils n’y ont apperçû que des idées confufes, qui s'accordent même
affez mal avec la vérité. Cependant on ne fçauroit douter que les Chinois ne
croient l’éxiftence des ames, après leur féparation du corps, & qu'ilsne foient
perfuadés de la certitude des Apparitions (e ).
[L eft fort remarquable qu’on ne trouve dans leurs Livres Canoniques au-
cune trace d’Idolitrie, jufqu'à ce que la Statue de Fo fût apportée à la Chine,
plufieurs
(4) Chine du Père du Halde, Vol. I. pa-
ge 64. & fuivantes.
(e) Ils n'ont pas néanmoins d'autre preu-
ve qu'un amas d'imaginations phantattiques,
On en diftingue une, attribuée à Confucius,
quan fçavant Miffionaire à jugé férieufe à
réelle.
plufieurs
Ja Magie
tion. M
n'ont ja
RIEN
ois, que
incien q
fupprimei
Millionait
pofé, ob
(F) fupe
commune
La Ch
les autres
de la Div
de Dieux :
leurs plus
rain Etre ;
grands ho
iervices,
pendues à
par des p«
Cependant
le divifére
voient ent
cius vint Î:
Maca
répondent
trois jours
veur du Ci
terre, dan:
ques, les À
“fur leurs tr
affaire, fui
dans fon P:
ON ad
partie mor:
ff) Le (
qu'ils tirent 1
Idolûtres.
nt, en
Ss Tri.
enu la
inftitua
de l'A.
s fruits
fa pro.
facrifi-
+
aucoup
ert, &
Is, joi-
dure-
eu-bens ;
toit de
Ja Ma.
>ETCUX,
crifices,
Ja race
bler un
ntleurs
iées. Il
du der-
l'autre,
iétimes,
ommés
couleur
rtueux,
fur les
que l’E-
è, pour
d'en ont
la ma-
Livres
s. Au
même
ois ne
e foient
es au-
Chine,
ufieurs
fucius,
ieufe à
DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. V. °11
plufeurs fiécles après Confucius. C'eft depuis le tems de ce Philofophe, que
Ja Magie, & quantité d’autres erreurs, ont commencé à répandre leur infec-
tion. Mais les Lettrés, conftamment attachés à la doétrine de leurs Ancêtres,
n'ont jamais eu.de part à la contagion.
R1EN n'a tant contribué au foutien de l’ancienne Religion parmi les Chi-
ois, que l’établiffement d'un fuprême Tribunal des Rites, qui eft prefqu'aufi
ncien que la fondation de l’Empire, & qui a le pouvoir de condamner ou de
fupprimer toutes les fuperftitions. dont il découvre la naiffance. Quelques
Miflionaires, qui ont Îû les Decrets des Mandarins dont ce Tribunal eft com-
pofé, obfervent, qu'à la vérité, ils éxercent quelquefois en fecret certaines
(f) fuperftitions, mais qu'étant affemblés en corps, pour leurs délibérations
communes, ils s'accordent ouvertement à les condamner!
La Chine s’eft garantie fort long-tems des fuperftitions, qui regnoient dans
les autres Contrées de l'Inde, où l’idée grofière & imparfaite qu’on fe formoit
de la Divinité, jetta les Peuples, par degrés, dans l’ufage d'attribuer le titre
de Dieux à leurs Héros. Quelque vénération que les Chinois ayent eue pour
leurs plus grands Empereurs, ils n’ont jamais rendu d’adoration qu’au Souve-
rain Être; & quoiqu’ils ayent fait éclater leur eftime & leur refpeét pour les
grands hommes, qui fe font diftingués par leur rang, leurs vertus, & leurs
fervices, ils ont mieux aimé conferver leur mémoire, par des tablettes fuf-
peudues à leur honneur, qui portent leurs noms, avec un court éloge, que
par des peintures ou des flatues, qui les auroïent pû conduire à l'Idolâtrie,
Cependant les troubles qui s’élevérent dans l'Empire, les guerres civiles qui
le diviférent, & la corruption des mœurs, qui devint prefque générale, a-
voient entièrement banni l’ancienne doétrine , lorfque le Philofophe Confu-
cius vint la ranimer, en rendant toute leur réputation aux anciens Livres (g ).
MaGaALHAENS obferve que les Chinois ont quatre principaux jeûnes, qui
répondent aux quatre faifons de l’année. Ces pénitences Nationales durent
trois jours, avant les facrifices folemnels. Lorfqu'ils veulent implorer la fa-
veur du Ciel, dans les tems de pefte & de famine, dans les tremblemens de
terre, dans les inondations extraordinaires, & dans les autres calamités publi-
ques, les Mandarins vivent féparés de leurs fémmes, pañlent la nuit & le jour
“fur leurs tribunaux, fe privent de chair & de vin, & [ne décident aucune
affaire, fur-tout en matières criminelles. ] L'Empereur même garde la folitude
dans fon Palais, à l’Eft de la grande falle Impériale (h ).
ON a déja vû, dans l’article des Livres Canoniques, tout ce qui regarde ia
partie morale de la Religion établie.
(g) Le Comte, pag. 316. & Chine du Pé-
re du Halde. wbi fup. pag. 646.
(b) Relation de Magalhaens, pag. 304,
g(f) Le Comte dit que cela arrive, parce
qu'ils tirent la plûpart leur origine de familles
Idolâtres.
#3 8 de %x À RE
MX XXe
Xe
te
ES
Da 2
RELIGIONS
CHINo1sES,
Cequilesen
a prélervés,
Jeûnes des
Chinois.
RELIGIONS
Cuinoisss.
Lau kyun,
Chef de cette
Sete,
Sa doétrine,
Cette Secte
éxerce la Chy-
mie & la Ma-
gie.
Liqueur
d'imnortalité
qu'elle pré-
tend avoir dé-
couvert,
219 VOYAGES DANS L'EMPIRE
f. II.
Seête de TAU-TSE (a).
ETTE Seëte reconnoît, pour Fondateur, un Philofophe, nommé Zu.
kyun (b). Ses Difciples, pour donner plus d'éclat à fa réputation, par
les merveilles de fa naiffance, aflürent qu’il demeura quatre-vingt ans dans
le fein de fa mère, & qu'il vint au monde, aux dépens de fa vie, s'ouvrant
un paflage par fon côté gauche. Ses Ouvrages fubfiftent encore, mais fort
alterés fans doute par les Partifans de fa Doëtrine. Cependant ils contiennent
des maximes & des fentences, dignes d'un Philofophe; particuliérement fur
les vertus morales, fur la fuite des honneurs & le mépris des richefles, für
l'élevation de l'ame, qui, dédaignant les chofes terreftres, fe fuffit à elle-mé.
me. Entre fes principes, on en remarque un, qu'il répétoit fouvent; fur.
tout lorfqu'il parloit de la produétion du Monde. ,, Tay; (c'eft-à-dire, la Loi
» de raifon) a produit un; un a produit deux; deux ont produit trois, &
» trois ont produit toutes choles ,, L'Auteur en concluroit volontiers que
Lau-kyun avoit quelque connoiffance de la Trinité Divine; mais une connoif.
fance, dit-il, imparfaite & groflière (c ).
Les principes moraux de ce Philofophe & de fes Difciples ont beaucoup
de reffemblance avec ceux d'Epicure. Ils confiftent à fe délivrer des pañions
qui peuvent troubler la tranquillité de l'ame. L'objet d'un homme fage, fui-
vant la doctrine de Lau-kyun, doit étre de pañler fa vie, fans inquiétude &
fans embarras. Dans cette vûe, il ne doit jamais tourner fes réfléxions fur le
pañlé, ni fa curiofité fur l'avenir. Etre agité par des foins, occupé de grands
projets, livré à l'ambition, à l’avarice & à d'autres païlions, c’eft vivre pour
la poftérité, plus que pour foi-mêème. Or il y a de la folie, fuivant les princi.
pes de Lau-kyun, à chercher le bonheur d'autrui, & même le nôtre, aux dé.
pens de notre repos; parce que tout ce que nous regardons comme le bon-
heur, cefle de mériter ce nom, lorfque la paix de l'ame en reçoit la moindre
altération. Auñi les Partifans de cette Philofophie affeétent-ils un calme, qui
fufpend, difent-ils, toutes les fonctions de leur ame. Mais comme cette tran-
quillité ne peut réfifter à la craince de la mort, ils fe vantent d'avoir trouvé
une liqueur, nommée Chang-feng-v0 (d), qui les rend immortels. Ils font li.
vrés à la Chymie, & fort infatués de la Pierre Philofophale. Leur pa on
n'eft pas moins aveugle pour la Magie. Ils font perfuadés, qu'avec l’affiftan-
ce des Démons qu’ils invoquent, ils peuvent réuflir dans toutes leurs entrepri-
fes. L’efpérance de fe rendre immortels, engage un grand nombre de Man-
darins à l'étude de cet art infernal; les femmes, fur-tout, qui font naturelle-
ment curieufes, & fort attachées à la vie, s’abandonnent follement à ces vai-
ncs
(a) Tau-tfe eft le nom d'un Livre compo- veux blancs, il fut nommé Lau-tié, c'eft.à.
fé par Lau-kyun. dire, le vieil Enfant, Du Halde Vol, IL pa-
(b) N fe nommeauM Lilau kKyun, &com- ge. 167.
muniment Pe-yang ou Lautau. Voyez le (ce) Couplet , in Sctentiar. Sinenf. Proem.
Père Couplet, in Scient. Sinenf. Proem. De- Declar. pag. 24.
clar. pag. 24. Son nométoit Li, & fon furnom :d) 1 fignitie Médecine, Chang, Eter-
Æui; mais étant venu au monde avec des che- ne, & Seng, Vie.
nes recher
perfticieux
coup le no
L'Empi
nité de Li
découvert
de Hau, fe
cette Seéte
fon éxempl
plit fa Cour
fes femmes
æploya fes er
teur paroît
parition fut
pernicieux |
queur d'Imi
mortel, il
CEPENI
& trouva m
obtinrent la
nombre de
grand prix,
dont ils av
d''mmortels
reurs de la
qui figmfie |
Temple ma,
race, fit ap
fon Palais {
LEs suc
de grands À
Kyang-f, 0
VOiiinés, un
médes pour
née, & fur
vent des 77
fais faits, a:
beaucoup fo
tlong , fe le
obfcure, ils
comipofé de
mons. Ilst
que l'alla re
(*) Les An
tœur manque d
Saints ou les H
& qu'il rend ine
S Lau.
1, par
J À cd
uvrant
is fort
ennent
nt fur
ss, fur
le-mê.
c; fur.
la Loi
pis, &
TS que
onnoif-
aucoup
>affions
e, fui-
tude &
s fur le
grands
e pour
princi-
aux dé.
le bon-
moindre
e, qui
e tran-
trouvé
font li.
pa ‘ion
a{fiftan-
trepri-
Man-
turelle-
Les Väi-
nes
E, c'eft-à-
1, IL pa
Proem.
ke, Etcr-
DE LA CHINE, Liv. Il. Car. V. 213
Dans la fuite du tems, certains Empereurs, crédules & fu-
nes recherches.
perftiieux, mirent en honneur cette doétrine impie, & multiplièrent beau-
coup le nombre de fes Partifans.
L'EMPEREUR Z/in-chi-Wang-ti, qu'on accufe d’avoir fait brûler une infi-
nité de Livres Chinois, fe laifla perfuader par ces Impofteurs, qu'ils avoient
découvert la liqueur de l’Immortalité. Vu-ki, fixième Empereur de la race
de Hau, fe livra uniquement à l’étude des Livres Magiques, fous un Chef de
cette Seéte, nommé Li-chau-kyun. Comme il avoit embraflé la Seéte même,
fon éxemple entraîna quantité de Seigneurs dans les mêmes fentimens, & rem-
plitfa Cour d’une. multitude de faux Doéteurs. La mort lui ayantenlevé une de
fes femmes, dont la perte le rendit inconfolable, un Magicien de fa Seéte em-
æploya fes enchantemens pour lui faire voir la perfonne qu ilregrettoit. [ L'Au-
teur paroît perfuadé, fur le témoignage des Hiftoires Chinoifes, que cette ap-
parition fut réelle.] Il ajoûte qu'elle attacha plus que jamais l'Empereur aux
pernicieux principes qu'il avoit embraflés. Ce Prince but plufieurs fois de la li-
queur d’Immortalité; mais s’appercevant à la fin, qu'il n'en étoit pas moins
mortel, il déplora trop tard l'excès de fa crédulité.
CEPENDANT la Seéte des Magiciens ne reçut aucun préjudice de fa mort,
& trouva meme de la proteétion dans fes Succeffeurs. Deux fameux Doéteurs
obtinrent la permillion de répandre leur culte, en élevant au Démon un grand
nombre de ‘T'emples, dans toutes les parties de l'Empire. Ilsvendoient, à fort
grand prix, de petites flatues, qui repréfentoient les Efprits des hommes,
dont ils avoient fait autant de Dieux, fous le nom de Syen-Yin; c'elt-a-dire,
d''mmortels (e). Cette fuperftition acquit tant de force, que fous les Empe-
reurs de la Dynaftie de Tang, on donnoit aux Prètres le titre de Tyen-tfe,
qui figmfie Doëteurs Céleftes. Le londateur de cette race Impériale éleva un
Temple magnifique à Lau-kyun; & Veng-tfon, fixième Empereur de la même
race, fit apporter, avec beaucoup de pompe, la ftatue de ce Philofophe dans
fon Palais {f).
Les suceeffeurs du Chef de cette Seéte ont toûjours été revêtus de la dignité
de grands Mandarins, & font leur réfidence dans une Ville de la Province de
Kyang-fi, où ils ont un palais magnifique. On y voit arriver, des Provinces
voiinés, une foule continuelle de Devots, qui viennent s’y procurer des re-
médes pour leurs maladies, ou demander des éclairciflemens jur leur defti-
née, & fur tout ce qui doit leur arriver dans le cours de leur vie. Ils reçoi-
vent des Tyen-tfes, un billet rempli de caraétères magiques, & partent. fort
fai faits, apres l'avoir payé. Mais le crédit de ces Impofteurs angmenta
beaucoup fous la Dynaftie de Song, dont le troifième Empereur, nommé Chin-
tfong , fe laiffa ridiculement tromper par leurs artifices. Pendant une nuit
obfcure, ils fufpendirent à la grande porte de la Ville Impériale un Livre,
compofé de caraétères & de fentences magiques, pour. l'invocation des Dé-
mons. Ils publièrent qu’il étoit tombé du Ciel. Auffi-tôt le crédule Monar-
que l'alla recevoir de leurs mains, avec une profonde vénération, & le porca,
comme
(+) Les Anglois prétendent ici que l’Au-
teur manque de fidélité en repréfenrant les
Saints ou les Héros Chinois comme ües Dieux,
& qu'il rend inal Sÿen-Tin par immortels, quoi
que ce mot fignifie Hommes immortels.
(f) Chine du PteduHlalde, pag. 648, &
Mémoires du Pere le Comte, pag. 324.
d 3
ReLiatons
Cuinoises,
Duperie
d'un Empe-
reur.
Progrès de
la Seéte de
Lau-kyun,
Honneurs
rendus aux
Prètres de
cette Secte.
Abus qu'ils
font de la
crédulité d'un
Empereur.
LS
Es
bé
u Le
l.4
—
Es p2
Les
CS
li
a
[a
&
ms
“
>
Cr
=
=
=
ee
Ke)
AL
1.25
8?
ne
«=
ee
zu
>S O0 me
©
us À
[an
oO
un
+
OC
ES Æ
2,
RELIGIONS
Cuinorsss,
Autres abus
"qui augmen-
tent le crédit
des Prêtres.
Impoftures
des Prêtres
de la Seéte de
Lau-kyun.
914 VOYAGES DANS L'EMPIRE
come en triomphe, dans fon:palais, où l'ayant renfermé dans une boëte d'or,
il le garda fort foigneufement. : Telle. fut l’origine du nouveau culte d’une
multitude d’Efprits, qui furent reconnus pour autant de Divinités indépen.
dantes, & honorées du nom-de-Chang-ti. (On déïfia même quelques anciens
Princes , auxquels on adreffa des prières.
Wu1G-TsONG, huitième Empereur de la même race, porta la fuperfti.
tion, jufqu’a-donner le nom de Chang-ti , ou de Doéteur célefte, à un Doc-
teur de la même Seéte, nommé Chang:i, qui s’étoit acquis beaucoup de répu-
tation fous la race de Hau. Jufqu’alors, les Idolâtres mêmes avoient diftingué
Chang-ti, des autres Divinités. Aufñli, quelques fameux Ko-laus , qui ont écrit
fur cette matière, attribuent-ils la ruine des Songs (g) à cette impiété. En
un mot, la Seéte de Lau-kyun s'étendit de jour en jour, foit par la protec.
tion des Empereurs, foit par la faveur des Grands, dont elle flattoit les pas.
fions, ou par l'impreflion d’étonnement & de terreur qu’elle faifoit fur le peu-
ple. [ Les paétes de leurs Miniftres avec le Démon, les forts qu’ils jettoient y
les furprenans effets de leur art magique, infatuèrent la plûpart des efprits,
& on les voit encore aujourd’hui extrémement prévenus en leur faveur. On
appelle afez ordinairement ces'Impofleurs pour guérir les maladies, & pour
chafler (h) les Démons. ] ;
Les Prêtres de Lau-kyun facrifient au Démon trois fortes de viétimes; un
porc, un poiflon, & un cifeau. Ils enfoncent un pieu dans la terré, comme
une efpèce de charme ; & traçant fur le papier quantité de figures bizarres,
ils accompagnent ces deux cérémonies de cris & de grimaces horribles, &
d’un bruit effroyable de chaudrons & de petits tambours. Quoique le fuccès
ne réponde pas toûjours à leurs promefles, ils ne s'en attirent pas moins de
refpeét par leur autorité & par leurs enchantemens. Ils s’affocient, à prix
. d'argent, quantité de Miférables, qui éxercent la Divination, comme un mé.
tier. Avec les lumières qu'ils tirent de leurs informations, ils difent le nom
d’une perfonne qui vient les confüulter, quoiqu’ils ne l’ayent jamais vûe, lé.
tat de fa farhille, la fituation de fa demeure, le nombre de fes enfans, leurs
noms & leur âge, avéc mille autres particularités, dont l’Auteur juge que le
Démon peut fort bien être inftruit & qui caufent, dit-il, une étrangé furpri-
fe au Vulgaire foible & crédule (i). 1l ajoûte, que ces Enchanteurs, après
avoir invoqué les Démons, font paroître dans l’air la figure du Chef de leur
Seéte & celles de leurs Idoles. Autrefois, dit-il encore, pour répondre aux
queftions qu’on leur faifoit fur l’avenir, ils employoient une plume ou un pin-
ceau, qui écrivoit feul, & fans être touché de perfonne, toutes leurs expli-
cations fur le papier ou fur le fable. Ils faifoient pañlér en revûe, dans un
grand vafe d’eau, toutes les perfonnes d’une maifon. Ils faifoient voir dans
le même vafe tous les changemens qui devoient arriver dans l’Empire, & les
dignités imaginaires qu’ils promettoient pour récompenfe à ceux qui embrafe-
roient
{5 (g) Cependant cette même fete dure
encore, ce qui prouve le peu de folidité de cette
conclufion,
{F"(b) Une impoiture en amène naturelle.
ment une autre après foi; & nous ne devons
pas être furpris de voir en Afie des Prêtres,
tirer parti de femblables fourberies , tandis
qu'il y a des Prêtres Européens, qui ne font
pas plus fcrupuleux. !
E;"(4) Ne peut-on pas ranger Du Halde lui
même parmi ce Vulgaire crédule, puis qu’il fup-
pofe qu'il y a de la réalité, dans les fourbe-
ries de ces gens-là ?
roient
aucun
Rienn
quoiqu
plus gre
regardé
nombre
CH1
vante d
Perfonn
de Lin-1
un pau
vé l’occ
même é
vant un
ple com
quatre-v
dans cet
de mene
Prunier,
blancs cd
mari, &
fils, du
Je bout d
c'eft-à-di
fans adm
Lors
pereur de
ment. I
Ufages di
avec lui f
fe, dans
un jour fi
va à l’ent
ui fe not
Énees
ayant fer
k fut lo
(k) Cep
te, que les
dent comm
tre Du Hale
a de gens
de même.
d'attribuer
Diable, co
Manichéifin
pes. Il eft a
“cs de pol
boëte d'or,
üulte d’une
s indépen-
es anciens
a fuperfti.
à ue Doc-
p de répu-
It diflingué
ii ont écrit
piété. En
la protec-
oit les pas.
fur le peu-
s jettoient y
es efprits,
aveur. On
s, & pour
iétimes ; un
ré, comme
s bizarres,
ribles, &
xe le fuccès
js moins de
ent, à prix
nme ufi mé-
fent le nom
is vûe, lé.
fans, leurs
juge que le
ange furpri-
teurs , après
ef de leur
pondre aux
ou un pin-
leurs expli-
e, dans un
voir dans
pire, & les
li embrafle-
roient
, quine font
Du Halde lui
puis qu’il fup-
s les fourbe-
tre Du Halde pag. 649. [Tout ce qu'il y
DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. V.
215
roient leur Seéte., Enfin ils prononcent des paroles myftérieufes, qui n’ont
aucun fens , & s’attribuent le pouvoir de charmer les hommes & les maifons.
Rien n’eft fi commun à la Chine que les récits de ces fortes d'Hiftoires : &
quoiqu'il y ait beaucoup d'apparence, faivant la réfléxion de l'Auteur, que la
plus grande partie ne foit qu'illufion, il n’eft pas croyable que tout doive être
regardé du même œil Enfin, le Père Du Halde eft perfuadé, qu’un grand
nombre de ces effets doit être attribué au pouvoir du Diable (k).
Cuin, Philofophe (7) de la Seéte des Écettrés modernes, donne l’idée füi-
vante de la naïflance, de la mort, & de la doëtrine de Zau-kyun, Ce fameux
Perfonnage nâquit, dit-il, vers la fin de la Dynaîlie de Cheu, près de la Ville
de Lin-pau, dans le diftriét de Ho-nau. Son père, furnommé Quang , étoit
un pauvre Laboureur, qui parvint à l’âge de foixante-dix ans, fans avoir trou-
vé l'occafion. de fe marier. Enfin ,. s'étant procuré l’affeétion d’une fille du
même état, qui étoit âgée de quarante ans, il l'époufa. Cette femme fe trou-
vant un jour dans un lieu folitaire, devint groffe tout-d’un-coup, par le fim-
ple commerce & la vertu vivifiante du Ciel & de la Terre. Sa groffeffe dura
quatre-vingt ans. Le Maître qu'elle fervoit effrayé de la voir fi long-tems
dans cet état, prit le parti de la congédier. Elle fe vit réduite à la néceffité
de mener une vie errante dans-le Pays, jufqu’à ce qu'étant accouchée fous un
Prunier, elle fe trouva mère d’un fils, qui avoit les cheveux & les fourcils
blancs comme la neige (m). Comme elle ignoroit le nom de famille de fon
mari, & qu'elle ne l'avoit jamais connu que par fon furnom, elle appella fon
fils, du nom de l'arbre, fous lequel il étoit né. Enfuite, obférvant qu’il avoit
Je bout des oreilles fort long, elle en prit occafion de le furnommer Li-eul;
c'eft-à-dire, Orcille de prunier. Mais le peuple, qui ne put voir fa blancheur
fans admiration, le nomma Lau-tfe, ou le Vieil Enfant.
Lorsqu’Ic eut atteint un certain âge, il devint Bibliothéquaire d’un Em-
pereur de la race de Cheu, par la faveur duquel il obtint un petit Gouverne-
ment. Il fit de fi grands progrès dans l'étude de l'ancienne Hiftoire & des
Ufages de l’Empire, que Confucius eut la curiofité de le voir, pour difcourir
avec lui fur le cérémonial, & fur lés talens d’un bon Mandarin (n). Lau-
te, dans fa vieilleffe, prédit la décadence de la Dynaftie de Cheu. 11 monta
un jour für le dos d’une vache noire, & prenant fa courfe à l'Oueft, il arri-
va à l’entrée d’une vallée affreufe, dont le paflage étoit gardé par un Officier
ui fe nommoit {hi. Il compofa le Livre du Tau-tfe , qui contient cinq mille
Dos dans la Ville de Cheu-che, au diftriét de Tfin-chuen. Enfin la mort
ayant fermé fes yeux, il fut enterré à U, où l’on voit encore fa tombe. Tel-
ke fut l’origine & la fin de Lau-tfe. Il ne put prévenir, pendant fa vie, la
ruine
(k) Cependant il remarque, dans une No-
te, que les Chinois les plus fenfés les regar-
dent comme des impoftures. Chine du Pè-
tenir un tel langage, qu'on feroit autorifé à
regarder comme impie,]
(1) On trouve dans Du Halde une partie
de fon Livre, traduit par le Père d'Entrecol-
les, Miffionaire Jéfuite, Vol. I. pug. 665.
(m) Sa naiffance monftrueufe eft repréfen-
tée ici commeune monftrueufe groffeffe.
(n) Un Partifan de Lau:tfe a prétendu que
Confucius fe propofoit dans cette vifite d’obte-
ni les moyens de vivre long-tems.
a de gens fenfés en Europe penferont aufli
de même. Cependant ce Jéfuite ne laiffe pas
d'attribuer tous ces effets au pouvoir du
Diable, comme s'il cherchoit à propager le
Manichéifme, ou la croyance de deux princi-
pes. Il eft aifé de comprendre quelles font les
“cs de politique , qui peuvent l’egager à
ReEL1c1oNs
CuiNoises.
Remarque
de l’Auteur.
Vie de Lau-
kyun, écrite
par Chin,
Naiffance de
Lau-kyun,
Ses divers
noins,
Il reçoit la vi-
fite de Confu-
cius.
Reztctons
CuiNotsus.
Où fes par-
tifans le pla-
cent spiès fa
mort.
Sa doctrine
eft railioc par
l'Ecrivain de
fa vie, "
Comment
l'Idole de Fo
fut introduite
à la Chine.
216 VOYAGES DANS LE-MPIRE
ruine de la race de Cheu, dont il étoit le Sujet & le Mandarin. Cependane
ajoûte l'Auteur de fa Vie, fes Partifans veulent nous faire croire toutes les
fables qu’ils rapportent de fa puiflance, & particulièrement qu'après fa mort
il fut placé au fommet du Ciel, avec le titre des Trois Puretés. A l'égard de fa
doétrine, Chin demande quelle idée l'on doit prendre d'un fyftême, dont l'u.
nique but eft d'enfcigner l'indolence & l'ination. Pour faire connoître Ja
jufteffe de fon raifonnement, il cite un pallage des inftruétions qu'il a laiffées
à fes Difciples, dans lefquelles, entreprenant de louer ce qui eft doux , & par
conféquent oppofé aux Livres Canoniques, qui louent la fermeté , il leur dit:
» Confidérez ma langue. Ne fubfifte-t-elle pas, tandis qu'elle eft douce &
» fléxible? & n’eft-ce pas elle qui détruit la dureté même des dents ? ‘ Le
même Ecrivain parle, avec mépris, de l’arrogance qui le portoit à fe vanter
d'avoir dérobé à la nature fa vertu vivifiante , & d’en pouvoir difpofer à fon
gré. Il ajoûte qu'après un tel excès de préfomption, cet homme, qui nour.
rifloit dans fon cœur l'ambition la plus vafte & la plus déréglée, a la folle
effronterie de foûtenir que tout eft vanité; celle de prétendre que le cœur ne
doit s'attacher à rien, quoiqu'il fût plus attaché que perfonne à la vie ; &
celle d'établir, qu’il n’y a rien de plus louable que l’état d’indolence & d’inac.
tion, quoique perfonne ne fût plus ardent que lui dans la pourfuite de fes
vûes. Chin raille auffi fes prétentions à l’immortalité , quoiqu'il n’ait pas vêcu
l'efpace d'un fiécle. Enfin il compare fa doétrine avec celle de Fo, dont on
va donner quelque idée dans la Seétion fuivante (0).
(o) Chine du Père Du Halde, ubi fup. page 669. & fuiv.
ç. III.
Seite de FO ox FUE.
QUIVA NT le récit des Mifionaires, ce fut environ foixante-cinq ans a.
vant la naiflance de Jefus-Chrift que l'Empereur Ming-ti introduifit dans
l'Empire une nouvelle Seéte, plus dangereufe encore que la précédente, &
dont les progrès furent beaucoup plus rapides (a). Ce Prince s'étant rappellé,
à l'occafon d’un fonge, qu’on avoit fouvent entendu dire à Confucius, ,, que
» le Saint devoit paroître du côté de l'Oucfr, » envoya des Ambafladeurs aux În-
des, pour découvrir quel étoit ce Saint, & fe faire inftruire de fa doétrine,
Ceux qu'il avoit chargés de ces ordres, s'imaginèrent l'avoir trouvé dans l'I-
dole Fo, ou Fue (b), qu’ils apportèrent à la Chine, avec les fables, les fu-
perflitions, la doétrine de la métemfycofe, & l'athéïfme, dont les Livres In-
diens étoient remplis. L’Auteur ajoûte, que fi toutes les merveilles que fes
Difciples lui attribuent, ne font pas de pures inventions, ileft porté ä croire,
avec
(a) Le Père Couplet dit qu’elle infeétatous du Père Du Halde.]
les Livres Chinois & toutes les Sectes, à l'ex- (b)-Nommée auffi Fue-kyau, Fotfes, Che
ception du Mahométifme. Proem. Declurat. ou Che kya, & par corruption Cha-ka au Ja-
pag. 27. [Il eft bon de remarquer que cette pon. Couplet obferve que par. le nom de Che-
note, & la plüpart de celles qui fuivent, font kya on entend tout le Corps des Bonzes & leur
tirées de la traduétion Angloife de l'Ouvrage Religion.
elle n
vienn
qu'à !
debou
trant |
tout -<
5 Jur |
il épot
nois À
foins d
que les
rempli
Indiens
Divin,
tion du
gnée. 1
bre de ,
re comb
pandue
pafloien
guoit di:
lumes à
plûtôc à
de La-m
Europée
LE D
mourut à
il affemb
qué que f
h vérité
il vouloit
principe «
(ce) Les
dreridicule
plus abfurde
(f) Cou
fmplicité, q
VIII, (l
pendant,
toutes les
s fa mort
gard de fa
, dont l’u.
nnoître la
1 a laiffées
ux , & par
il leur dit:
: douce &
nts ? ‘ Le
a fe vanter
pofer à fon
, qui nour-
; à la folle
» le cœur ne
la vie ; &
€ & d’inac.
fuite de fes
ait pas vêcu
Fo, dont on
-cinq ans 4:
roduifit dans
écédente, &
antrappelk,
UCIUS, »> que
deurs aux In-
= fa doétrine,
uvé dans l'I-
bles, les fu
es Livres In-
silles que fes
brté à croire,
avec
Cha-ka au Ja
le nom de Che-
s Bonzes & leut
DE LA CHINE, Liv. II. Cuar. V.
219
avec Saint François Xavier, que Fo étoit plûtôt un Efprit qu’un homme (c).
Izs racontent qu'il étoit né (4) dans cette partie des Indes, que les Chinois
nomment ar eh que fon père, nommé Zu-fan-vang, étoit Roi de ce
Pays, & que fa mère fe nommoit Mo-ya: qu'elle accoucha de lui par le côté
gauche (e), & qu’elle mourut peu de tems après; que pendant fa groffeffe,
elle ne ceffa point de rêver qu'elle avoit avallé un éléphant (f), & que delà
viennent les honneurs que les Rois Indiens rendent aux éléphans blancs, juf-
qu'à faire fouvent la guerre entr'eux pour s’en procurer un; que Fo fe tint
debout fur fes pieds au moment de fa naïflance, @ qu'il fit fept pas, en mon-
trant le Ciel d'une main, & la Terre de l'autre; que fa langue s'étant déliée
tout- d'un-coup, il prononça diftinétement les paroles fuivantes : 4u Ciel €ÿ
, Jur la Terre, il n'y à que moi qui mérite d'être adoré. ,, À l'âge de dix-fept ans,
il époufa trois femmes, de l’une defquelles il eut un fils, nommé par les Chi-
nois Mo-chen-lo (g). À dix-neuf ans, il abandonna fes femmes & tous les
foins de la terre, pour fe retirer dans un lieu défert, avec quatre Philofophes,
que les Indiens nomment Yogbis. : À trente ans, il fe trouva tout-d’un-coup
rempli de la Divinité, & devint F0; c'eft-à-dire, un de ces Dieux, que les
Indiens nomment Pagodes. Enfuite, fe regardant lui-même comme un Etre
Divin, il ne penfa plus qu’à répandre fa doétrine, & qu’à s'attirer la vénéra-
tion du peuple, par ies merveilles (h), dont fa prédication étoit accompa-
gnée. Les Chinois de fa Seéte ont repréfenté fes miracles dans un grand nom-
bre de gravûres, qui forment plufieurs gros volumes. On aüroïit peine à croi-
re combien cette ridicule Divinité .s’attira d'Adorateurs. Sa doétrine fut ré.
pandue dans toutes les parties de l'Orient par quatre-vingt mille Apôtres, qui
pafloient pour fes difciples favoris. Mais dans cette multitude, on en diftin-
guoit dix, d'un mérite & d’un rang fupérieurs, qui publièrent cinq mille vo-
lumes à l'honneur de leur Maître. Les Chinois donnent à fes Seétateurs, ou
plûtôt à fes Prêtres, le nom de Ho-changi, les Tartares, celui de Lamas, ou
de La-ma-feng ; les Siamoïis, celui de Talapoins ; & les Japonois, ou plûtôt les
Européens, celui de Bonxes. AL
Le Dieu Fo ne put fe difpenfer de la loi commune à tous les hommes. Il
mourut à l’âge de foixante-dix-neuf ans. À l’acproche de fa dernière heure,
il affembla fes Difciples, pour leur déclarer que jufqu’alors il ne s'étoit expli-
qué que par des figures & des paraboles, fous le voile defquelles il avoit caché
la vérité pendant l'efpace de quarante ans; mais qu’étant prêt à les quitter,
il vouloit leur communiquer le fond de fa doëtrine; qu’il n’y avoit pas d'autre
principe des chofes que le vuide & le néant; que tout étoit forti du néant, &
devoit
(e) Les Bonzes, que l’Auteurtâche deren: phant, entré par fon goficr, étoit pa®é dans
dreridicules, pourroient-ils avoirune croyance fon fein; mais que fuivant des conjeétures plus
plus abfurde que celle là? juites, c’étoit le Diable, qui ayant dérobé de
(d) Le Cointe dit mille ans avant Jefus- la femence humaine l’avoit rendue groffe fous
Cri - (@la forme de cet animal, Ubi fup. pag. 28. [Il
(e) A loccafion de cette naiffance, Cou. eft aifé de juger qu’elle eft la Philofophie &
let obferve que lo tenoit plus de la nature la Théologie de gens qui parlent de cette fa-
e la vipère que de celle de l'homme, &que çon.]
le nom de Foe ( c'eft ainfi qu’il l'écrit) fignifie (Z) La-bou-lo, fuivant Coupict.
en Chinois, Non Lomo. 5 L’Auteur ajoûte, par l'affiftance du Dia-
(f) Couplet dit encore, avec la mêmeg#ble. [Il auroit mieux fait de nier toutes ces pré-
fimplicité, que fa mère avoit rêvé qu'un Elé- ‘tendues merveilles,
VIII. Part. Ee
RELICIONS
CHiNolses.
Naiffance
de Fo & cir-
conftances de
fa vie.
Il devient
Dieu.
Comment fa
doétrine fut
répandue,
Mort de Fo
& fa dernière
déclaration,
RELIGIONS
CuiNoises.
Fables pu-
bliées par fS £ibles, qui en impofèrent facilement à la cré
Difciples.
Précaution doétrine. Son Maître lui avoit ordonné, en mourant, de ne jamais employer
de l'o pour
accréditer fa
doétrine,
Scéte d'A-
mida, ou d'O-
mito,
Deux au-
tres Scétes
Chinoifes.
218 . VOYAGES DANS L'EMPIRE
devoit y rentrer, & que telle étoit la fin de toutes iles efpérances. Malgré
cette déclaration, fes Difciples demeurèrent attachés à fes premières leçons
& leurs principes font direttement contraires à l'athéifme. :
Izs ne manquëêrent pas, après fa mort ( i) , de répandre une infinité de
ulité du Peuple. Ils publièrent
que leur Maître étoit né huit mille fois; que fon ame avoit pañlé fuccefive.
ment dans pluficurs animaux , & qu'il s'étoit fait voir fous la forme d'un
finge, d'un dragon, d'un éléphant blanc, &c. Comme le but de cette im-
poiture étoit d'introduire fon culte, fous la figure de ces divers animaux, on
ne manqua point de leur rendre des adorations, parce qu'ils avoient fervi de
domicile à l'ame de Fo. Les Chinois mêmes ont bâti des Temples à toutes
fortes d'Idoles, qui n’ont fait que fe multiplier dans toute l'étendue de l’Em-
pire. Mo-e-kya-ke, difciple favori de lo, demeura le dépoñitaire de fes
plus importans fecrets, & chargé particulièrement de la propagation de fa
d'argumens ni de preuves, pour. foutenir fa doétrine ; mais de mettre feule.
ment à la tête des Ouvrages qu'il devoit publier: ,, Telle eft la doétrine que
» jaireçue(k)
Fo parle, dans un de fes Livres, d’un Maître plus ancien que lui, auquel
les Chinois ont donné le nom d’O-mi-to, & les Japonois, par corruption,
celui d’Amida., .Ce Perfonnage parut dans le Royaumé de Bengal , & les Bon.
zes prétendent qu’il avoit acquis,une fi grande perfeétion de fainteté & de
mérite, qu’il fuilit à préfent de l'invoquer, pour: obtenir du Ciel.le pardon
des plus grands crimes (/). Aufi les Chinois de cette Seéte ont-ils conti
nuellement ces deux noms dans la bouche: O:mi-to, Fo! Ils font perfuadé
qu'aprèsavoir invoqué ces deux Dieux , non-feulement ils font parfaitement pu.
rifiés, mais qu'ils peuvent enfuite licher la bride à leurs paffions, parce qu'il
ont toûjours la facilité de laver:leurs taches au même:prix (m). Les derniers
difcours de Fo firent naître une Seëte d’Athées, entre les Bonzes., Une troi.
fième Seéte entreprit dé concilier les deux doétrines, par la diftinétion qu'elle
mit entre l'extérieur & l'intérieur. L'une; fuivant cette idée, eft plus conven:-
ble à la portée du Peuple, & prépare les efprits à recevoir la feconde, qui
ne convient qu'aux ames bien inftruites & bien purifiées, [& qui on
ur
(i) L'Auteur omet quantité de circonftan. . Ui fup, pag. 29. Il femble,. par ce pallige,
ces, rapportées par d'autres. Coupletraconte que la Religion des Bonzes de la Chinea
que le corps de Fo fut brûlé avec du boisodo: * beaucoup de rapportavet celle des Indiens, fi
tiférant, fuivant l'ufage du Pays, & que fes ce n'eft pas la même dans le fond. Mais les
cendres furent diftribuées entre les Hommes, Miffionaires n'ont pas fait remarquer cette
les Éfprits, & les Dragons de la mer: qu’une conformité.
de fes dents fut envoyée au Roi de l'Ifle de Cey- CE) Il ne paroit cependant pas que par fes
lan & qu'elle y fut adorée, jufqu'à ce que expreffions il ait jamais cherché à établir fa
Conitantin, frére d'un Duc de :Bragance , fupremacie. t
l'ayant enlevée avec d'autres d'pauilles, . la , ÿg=(2) Ces gens-là croyent fans doute le mé-
brûla & difperfa les cendres, après avoir refu- rite des œuvres, & les œuvres de (ureroga
fé de la reftituer pour une trés grofle fomme;, tion.
que les Hiftoriens Portügais , qui l'ont appel- f3*(m) Nous voyons de même en Europe des
lée Dent de Singe, n'ont pas commis d'erreur, gens qui croient que les péchés les plus atroces
puifque Fo eft honoré dans l'Ifle de Ceylan peuvent être expiés par certains aétes de reli-
fous la figure d'un Singe, & dansd’autres Na- gion, faits dans des baux privilégiés,
tions fous d'autres formes & d'autres noms. "1p
rappor
tn)
pour tou
térieur d
recomrmi£
comme
leurs vûe
Ja précar
nes, qui,
‘dire pi
ont égale
ceMité,
imitateur
aifé de f,
çon! Ma
Malgré
8 leçons,
ifinité de
“ublièrent
uccefive.
rme d'un
cette im-
maux, on
t fervi de
s à toutes
> de l’'Em-
ire de fes
tion de fa
s employer
ettre feule.
oétrine que
lui, auquel
-orruption,
&les Bon:
weté & de
11e pardon
nt-ils conti:
at perfuadés
aitement pu-
parce qu'ils
Les derniers
. Une troi:
étion qu'elle
lus conveni-
econde, qui
qui s’appuitÿ
fur
bar çe paîaiges
de la Chinea
des Indiens, fi
nd. Mais les
narquer cette
bas que par fes
a Séablir fa
s doute le mé-
de (urerogi-
en Europe des
es plus atroces
aétes de roli-
égiés.
DE LA CHINE, Lrv.lIl Cuar. V.
219
fur l’autre comme une voûte qu’on bâtit, fur fon cintre, & qui n'a plus befoin
de ce foutien, dès qu’une fois elle eft conftruite.]
Les principes de Morale, dont les Bonzes recommandent foigneufement la
ratique, font contenus dans la doétrine extérieure. Ils confiftent à croire:
u’il y a beaucoup de différence entre le bien & le mal; qu'après la mort,
, il y a des récompenfes pour la vertu, des punitions pour le vice, & des
, places marquées pour l'un & l'autre, fuivant le degré de leur mérite; que
, le Dieu Fo naquit pour fauver le Monde, & pour ramener, dans la voie
, du falut, ceux qui s'en étoient écartés ; que c’eft à lui qu'ils doivent l'ex-
, piation de leurs péchés, & la nouvelle naïflance à laquelle ils font defti-
» nés, dans un autre Monde; qu'il y a cinq préceptes d’une obligation in-
, difpenfable ; 1°, de ne tuer aucune créature vivante; 20, de ne pas s’em-
, parer du bien d'autrui; 3°. d'éviter l'impureté; 4°. de ne pas bleffer la
» vérité par le menfonge (n); 5°. de s’abftenir de l’ufage du Vin.
.. Mas les Bonzes recommandent particulièrement de ne pas négliger cer-
taines œuvres charitables, qu’ils prefcrivent dans leurs inftruétions: ,, Trai-
, tez bien les Bonzes, répétent-ils fans cefle, & fourniflez-leur tout ce qui
eft néceflaire à leur fubfiftance.
Bâtiflez des Monaftères & des Temples,
,, afin que par leurs prières, & par les châtimens volontaires qu’ils s’impofent
» pour l’expiation de vos péchés, ils puiffent vous garantir des punitions (0)
» dont vous êtes menacés.
Aux funérailles de vos parens, brûlez du papier
, doré & argenté, avec quantité d’habits & d’étoffes de foie, qui feront
, changés dans l’autre Monde en or, en argent, & en habits réels.
Ainf,
,» non-feulement vous pourvoirez aux nécellités des perfonnes qui vous font
» chères, mais vous les mettrez en état d’obtenir la faveur dedix-huit Gardes
,; de l'Enfer, qui feroient inéxorables, fans cette corruption, & capables
» de les traiter avec la dernière rigueur. Si vous négligez ces Commande-
» mens, vous ne devez vous attendre, après la mort, qu’à de cruels fuppli-
5» CES.
Votre ame, par un long cours de tranfmigrations, paflera dans les
» plus vils animaux, & vous reparoîtrez, fuccefivement, fous la forme d’un
, mulet, d’un cheval, d’un chien, d’un rat, & d’autres créatures, encore
» plus méprifables.
Iz feroit difficile de faire comprendre (p) toute la force de ces terribles chi-
mères, fur l’efprit crédule & fuperftitieux des Chinois. Le Père Le Comte en
rapporte un éxemple (q). Se trouvant dans la Province de Cheng-fi, il fut
gf(n) Commme il eft abfolument néceffaire
pour toutes fortes de religions d’avoir un ex-
térieur de fainteté, les Bonzes ont eu foin de
recommander la pratique de la morales mais
comme cette pratique ne s’accorde pus avec
leurs vûes intéreflées & ambitieufes, ilsont eu
la précaution de l'éluder par d'autres doétri-
nes, qui, pour ceux qui ne réfléchitfent pas, c'eft-
dire pour la plus grande partie du peuple,
ont également un extérieur d'équité & de né-
ceMité. Plut à Dieu, qu’ils n’euflent aucun
imitateur en Europe ; où il ne feroit que fort
aifé de faire voir qu’on a agi de la même fa-
çon! Mais nous n'entrerons pas ici dans ces
Ee 2
un
odieufes comparaifons.
Î5"{o) L'Auteur en rapportgnt ceci ne faifoit
pas attention, qu’il donnoit lieu à certaines
comparaifons, qui ne feroient pas de fon goût.
(Cp) Il n'eft pas difficile de comprendre
que les crédules Chinois font éffrayés par de
telles chimères, puifque nous voyons des peu-
ples en Europe trembler lorfqu'ils entendent
parler du pouvoir des démons, des forciers,
& d'autres chofes femblables.
(a) Les Auteurs Anglois trouvent l’efprit
fi fertile au Père le Comte, qu’ils croient pou-
voir quelquefois douter de la vérité de fes
éxemples,
Rez1GtoNs
Cuinoisss.
Morale des
Bonzes de la
Chine.
Articles
qu'ils recoiu:
mandeat.
Exemple de
la crédulité
que les Chi-
nois ont pour
la doctrine
des Bonzes.
RaLIGIONS
CHINOISES,
Autre éxem-
ple de l’im-
poiture des
Bonzes,
Adreffe des
Bonzes pour
foutenir leur
Secte,
220 VOYAGES DANS L'EMPIRE.
un jour appellé pour a à un Malade, qui étoit âgé de foixante-dix ans.
Ce Vicillard vivoit d'une petite d'a pb: qui lui avoitété accordée par l’Em.
pereur, & les Bonzes l’avoient aflüré , que la reconnoiffance lui impoferoit
dans l’autre Monde un devoir aflez pénible; c'étoit d'y fervir l'Empereur,
en portant les dépêches de la Cour dans les Provinces. Ainf fon ame devoit
pañlér, pour cet office, dans le corps d’un cheval de pofte. 1ls lui recomman-
doient de ne jamais broncher, ni mordre, ni ruer, ni blefler perfonne; ils
l’exhortoient à courir légèrement, à manger peu, à fouffrir patiemment l'épe.
ron, comme autant de moyens pour exciter la compañion des Dieux, qui font
fouvent un homme de qualité d'un bon cheval, & qui l’élevent à la dignité
de Mandarin. ‘Toutes ces idées afliégeoient fans cefle l'imagination du Vieil.
lard, le faifoient trembler, & troubloient chaque nuit fon fommeil. Dans fes
fonges, il croyoit fe voir fellé, bridé, & prêt à partir, au premier coup de
fouet du Poftillon. 1l fe trouvoit couvert de fueur & tout éperdu à fon ré.
veil; incertain quelquefois s’il étoit homme ou cheval. Comme il avoit en.
tendu dire, que dans la Religion du Miffionaire, on n’avoit point à redouter
un fort fi miférable, & qu’on ne cefloit pas du moins d'y conferver la qualité
d'homme, il fouhaita vivement d’y être reçû, & le Mifionaire aflüre qu'il
mourut très-bon Catholique (r).
La doétrine de la tranfmigration des ames eft extrémement propre à foûte-
nir les fraudes & les artifices, que les Bonzes inventent pour exciter la libéra-
lité du Peuple. On en lit un autre éxemple, dans le même Auteur. Deux Bon-
zes, voyant deux beaux canards dans la cour d’un riche payfan, fe mirent à
foupirer & à pleurer amèrement. La maîtreffe de la maifon, qui les obfervoit
de fa chambre, fortit avec empreffement, pour leur demander ce qui les af.
fiigeoit. ,, Hélas! lui dirent-ils, nous fçavons que les ames de nos pères
“Ont paflé dans le corps de ces animaux, & la crainte qu’il ne vous prenne
» envie de les tuer, nous fait mourir de douleur. J'avoue, leur répondit
, cette femme , que notre deffein étoit de les tuer ; mais je vous promets de
les garder, puifqu’ils font vos parens. “ Ce n’étoit pas tout-à-fait l'inten-
tion des Bonzes. Îls lui repréfentèrent, que fon mari feroit peut-être moins
charitable, & qu'ils feroient fort à plaindre, s’il arrivoit quelque difgrace à
ces pauvres créatures. Enfin, la pitié prenant le deffüs dans le cœur de
cette honnête femme, elle confentit à leur livrer les canards, afin qu’ils pûf.
fent veiller eux-mêmes à leur fureté, Ils les acceptèrent, avec de grandes
marques de reconnoiffance, en fe profternant devant eux, & leur témoignant
beaucoup de tendreffe & de refpeët. Mais ils les tuèrent le foir, pour en
faire un bon feftin.
Dans la mécefité de foûtenir leur Seéte, ils achetent de jeunes garçons
de fept ou huit ans, qu'ils inftruifent pendant quinze ou vingt ans dans leurs
myftères, avec toutes fortes de foins, pour les rendre propres aux mêmes
offices. Cependant la plûpart font fort ignorans, & n’entendent pas même
les principes de leur doétrine. Mais comme il y a parmi eux une diftinétion
de rangs fort bien établie, les uns font employés à demander l’aumône; d'au-
tres, qui ont acquis la connoiffance des Livres, & qui parlent poliment , font
chargés de vifiter les gens de Lettres, & de s’infinuer dans la faveur “ete
arins.
(r) Mémoires du Père le Comte , pag. 326. & Chine du Père du Halde, pag. 650. & fuiv.
TTL
*
ans.
rl'Em-
oferoit
Dereur ,
devoit
yminan-
anne; ils
nt l'épe-
qui font
dignité
lu Vieil-
Dans fes
coup de
1 fon ré-
avoit en-
redouter
la qualité
re qu’il
e à foûte-
la libéra-
Deux Bon-
mirent à
obfervoit
qui les af-
nos pères
us prenne
r répondit
bromets de
ait l'inten-
être moins
difgrace à
e cœur de
qu'ils pûf
de grandes
émoignant
, pour en
es garçons
dans leurs
aux mêmes
as même
'diftinétion
ône; d'au-
ment , font
des Man-
darins:
6so. & [uive
4%. V Schdeu scuér.
MOINE Y ’ re
E R ? ] , u + .
lP'AGODES _ov_ S!
«Hi niso,ou la volupté . ( Le Grand. Kin 64
Le | à . 2. _
Mi-ni-s0,of de Wellust . À De Groote King
___PAGODES_ov__ STATUES.
t til st WA)
INVIVIVIVVNON
< S S
RÎQQIÎÎRS
ISSN
KR
SOS
E—
HT
pte.. ( Le Grand. Kin Gany . l'Imortalite .
2. . : J- N , |
Just. À De Groote King-Gang. De Onfterftykheid à
Hi niso,o
Mi-n1-50,(
- railles de
Ils donner
le voyage
(+); mais
gage du b
ENTR:
ne font pa
darins.
PER C
femmes
ge dans
gulière
zes.
par leur
de l'hyf
toutes le
IL n°
ont bâti
des péle
montagn
qui ne ps
une gran
Au centr
Les Dévi
du bras,
diocre, «
boule all
tre leurs
dont l’Au
compagn
cles roug
Les L
fons, po
par leur f
(s) Il out
Jvovez pag.
affez mblab
bouche de c
ne reffembler
(+) Ceci
de certains E
pirens avec le
qui mettent d
bénite : ces f
Pas non plus
(v) Les A
niverfelle, &c
d'un Voyageur
is, de celui d
grandes relati
DE LA CHINE, Liv. Il Cuar. V. 221
darins. [ Mais le nombre de ces derniers eft fort petit. ] Ils ont auñi, dans
Jeurs Couvens, de vénérables Vieillards, qui préfident aux Aflemblées des
femmes; mais ces Affemblées font en petit nombre, & ne font point en ufa-
e dans toutes les Villes. Quoique les Bonzes n’ayent pas de Hierarchie ré-
ulière, ils ont des Supérieurs, qu'ils appellent Tu-ho-chang, où Grands Bon-
zes. Ce rang ajoûte beaucoup à la confidération au peuvent avoir acquife
par leur âge, par leur contenance grave & modefte, & par tous les artifices
de l’hypocrifie. On rencontre des Maifons, ou des Couvens de Bonzes, dans
toutes les parties de l'Empire.
Iz n’y a point de Province, qui n’ait quelques montagnes, où les Bonzes
ont bâti des Couvens, qui font plus honorés que ceux des Villes. On y fait
des pélerinages. Les Dévots fe mettent à genoux, en arrivant au pied de la
montagne, & fe profternent, à chaque pas qu'ils font pour monter. Ceux
qui ne peuvent entreprendre le voyage, prient leurs amis d'acheter pour eux
une grande feuille imprimée, dont le coin ef figné de la marque des Bonzes.
Au centre eft la figure du Dieu Fo, entourée d'un grand nombre de cercles.
Les Dévots de l’un & de l’autre féxe portent au cou, & quelquefois autour
du bras, une efpèce de rofaire, compofé de cent grains d’une grofleur mé-
diocre, & de huit autres grains beaucoup plus gros. : Le fommet eft une
boule allongée, de la forme d’une petite gourde. En roulant ces grains en-
tre leurs doigts , ils prononcent Îles deux noms myftérieux, O-mito, Fo,
dont l’Auteur dit qu'ils n’entendent pas eux-mêmes le fens (s). Ils les ac-
compagnent de cent génuñéxions, après lefquelles ils retranchent un des cer-
cles rouges , qui font imprimés fur leur feuille.
Les Laïques invitent quelquefois les Bonzes à les vifiter dans leurs mai-
fons, pour y faire leur prière, & pour confirmer l’autenticité de ces cercles
par leur fceau. Ils portent la feuille, avec beaucoup de pompe, aux funé-
railles de leurs parens, dans une boëte, qui eft fcellée aufi par les Bonzes.
Ils donnent à ce précieux bijou le nom de Lu-in, c’eft-à-dire, Pafleport pour
le voyage de ce Monde à l’autre. Ce tréfor ne s'obtient qu'à prix d'argent
(+); mais perfonne ne regrette la dépenfe , parce qu'on le regarde comme le
gage du bonheur futur.
ENTRE les Temples des faux Dieux (v) on en diftingue plufieurs , qui
ne font pas moins fameux par la magnificence & l'étendue des édifices, que
par
(s) Il oublie qu’il l’a expliqué plus haut, Seétateurs de Fo ne font point idolâtres. Ils
voyez pag. 218 [& c'eft une expreffion proteftent contre l’adoration de plufeurs
affez femblable à celle qui eft fouvent dans la Dieux, & n'en reconnoiflent qu'un, dont ils
bouche de certains Pélerins Huropéens, qui ont reçu les précepres par deux de fes Servi-
ne reffemblent pas mal aux Pelerins Chinois.] teurs, [ Dalay Lama à Kutuvbtu.] S'ils ho-
ÿ"(t) Ceci reffemble un peu à la fuperftitiong#norent fes images & celles des faints Perfon-
de certains Européens qui font enterrer leurs nages, c'eft en qualité de fimples repréfenta-
parens avec les habits d’un ordre religieux, où. tions qu'ils croient capables de rappeller aux
qui mettent dans leur cercueil quelque image hommes le fouvenir de leur devoir. Hifhoire
bénite : ces fortes de privilégesnes’accordent Générale des Turcs, des Monguls€ÿc. Vol. IL.
pas non plus fans argent. pag. 409. [ Cette raifon n’eit pas des mrilleu-
(v) Les Auteurs Anglois de l'Hiftoire U- res, cependant ne pourroit-on pas foupçonner
niverfelle, &c. prétendent, furle témoignage l’Auteur de n'avoir pas repréfenté au jufte la
d'un Voyageur fort intelligent, appuyé, difent. Doëtrine des Bonzes, pour leur oter un argu-
is, de celui de plufieurs autres qui ont eu de ment qu’il a en commun avec eux.]
grandes relations avec les Chinois, que les .
Ee 3
RELIGIONS
CuiNoises.
Pélerinages
de la Seéte de
l'o.
Crédulité
des Laïques.
}
i
!
La figure des |
Holes inpofe *
au Peuple,
229 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Rez1GtONS par l’étrange figure des Idoles. Il y'en a de fi monftrueufes,;: r& leurs adora.
CHiNOISES tougs effrayés du feul fpeétacle, fe profternent en tremblant
Les morti-
fications des
Bonzes ne lui
en impofent
pas moins.
Etrange pé-
nitence d'un
jeune Bonze.
Sonentre-
tien avec le
Père le Com-
te.
frapent plu-
fieurs fois la terre du front. Comme les Bonzes n’ont point-d'autre vûe-que
de gagner de l'argent, & que touté la réputation qu’ils peuvent avoir acquife
n’empeche point qu'ils ne foient la plus vile partiede l'Empire ;1äls poffédent
l'art de fe contrefaire devant le Peuple par une continuelle affectation de dou.
ceur, de complaifance, d'humilité & de modeftie, qui trompe tout le mon.
de au premier coup-d’œil. Les Chinois ne pénétrant point au de-là de lap.
parence, les prennent pour autant de Saints, fur-tout lorfqu'à cec extérieur
impofant ils joignent des mortifications corporelles & des jeûnes rigoureux,
qu'ils fe lèvent plufieurs fois la nuit pour adorer Fo & qu’ils paroïflent fe facri-
fier au bien public. Souvent, pour augmenter leur mérite dans l'opinion du
vulgaire & toucher de compañlion leurs fpeétateurs, ils s'impofent de rudes
pénitences jufqu’au milieu des places publiques. Les uns s'attachent au col &
aux pieds de groffès chaînes, de plus de trente pieds de long, qu'ils traînent
avec beaucoup de fatigue au travers des rues; & s’arrêtant à chaque porte:
» Vous voyez, difent-ils aux Habitans, ce qu’il nous en coûte pour expier vos
» péchés. Ne pouvez vous nous faire une petite aumône (x)? On en recon-
tre d’autres qui paroiflent tout fanglans des coups qu'ils fe donnent fur la tête
avec une groffe pierre. Mais de toutes ces auftérités volontaires, il n’y ena
pas de plus furprenante que celle qui eft rapportée par le Père le Comte. Il
rencontra, au milieu d’un Village, un jeune Bonze, doux, affable & modelte,
placé debout dans une chaife de fer, dont le dedans étoit hériffé de cloux
pointus, qui ne lui permettoient pas de s'appuyer fans fe faire une infinité de
bleflures. Il étoit porté fort lentement dans les maifons par deux porteurs de
louage, & toutes fes prières feréduifoient à demander quelqu’aumône. ,, Vous
le voyez, difoit-il, ,, je fuis enfermé dans cette chaife pour le bien de vos
ames. Je n’en fortirai point que tous les cloux dont elle eft remplie n’ayent
été achctés. L’Auteur remarque'qu’il y en avoit plus de deux mille. ,, Cha-
que clou, ajoûtoit le Bonze, ,, vous coûtera fix fols. Mais vous ne devez
pas douter qu’ils ne deviennent une fource de bénédiétions dans vos famil-
les. Prenez-en du moins un. Vous ferez un aéte héroïque de vertu; & l’au-
mône que vous donnerez ne fera pas pour les Bonzes, à qui vous pouvez
témoigner votre charité par d’autres voies; mais pour le Dieu Fo, à l’hon-
neur duquel nous voudrions bâtir un Temple.
LE Père le Comte pañfa fort près de ce jeune Impofteur, qui lui fit le mé.
me compliment. Sur quoi il lui confeilla de s’épargner des peines inutiles &
d'aller fe faire inftruire à l'Eglife Chrétienne. Le Bonze lui répondit qu'il lere-
mercioit beaucoup de fon confeil, mais qu’il lui auroit encore plus d'obligation
s'il vouloit acheter une demi-douzaine de fes cloux, qui lui attireroient in-
failliblement du bonheur dans fon voyage. ,, Tenez, ajoûta-t-il, en fe tour-
nant dans fa chaife, . prenez ceux-ci, fur ma parole. Foi de Bonze, je
» vous les donne por: les meilleurs, parceque ce font ceux qui m'incom-
»» modent le plus. Cependant ils ne vous couteront pas plus que les autres. Il
prononça
29
»
LD
LE
3
EE]
2
LE]
vw
2)
f(x) On voit ailleurs qu'à.la Chine des bien à cet égard, äcelles des Borzès,
Mefdians , dont les pratiques reffemblent
Y JOIE
mi-to,
tent f
Au
de pei
forme.
Bonze
fienne.
des tre
lais de
fent u
vernie
doré &
votes (
fur ce
pour g
la mai
tre Ma
res de
Ja clef,
APR
le Palai
Enfuita
tirer ce
de l'or
Cr).
été l’objce
qui le re
croyoit a\
(a)
vres, do
le modël
$ adofa-
ent plu-
vûe que
* acquife
offédent
de dou-
: le mon.
de ap.
extérieur.
goureux,
c fe facri-
pinion du
de rudes
au col &
s traînent
ue porte:
xpier vos
en recon-
fur la tête
il n'y ena
‘omte. Il
modefte,
, de cloux
infinité de
orteurs de
e, , Vous
ien de vos
lie n’ayent
le. ,, Cha-
s ne devez
vos famil-
u; & lau-
bus pouvez
o, a l'hon-
fit le mê-
inutiles &
willere-
l'obligation
eroient in-
en fe tour-
Bonze, je
m'incom-
autres. Il
prononça
bnzès,
DE LA CHINE, Liv. IL Car. V. 223
rononça ce difcours, d'un air qui auroit faitrire le Mifionaire dans toute au.
tre occafion (y). .
L'AvVIDITÉ des Bonzes pour les aumônes les rend toûiours prêts à fe ren-
dre indifféremment chez les riches & chez les pauvres, au moment qu’ils y font
appellés. Ils y demeurent auifi long-tems qu'on veut les retenir. Si c’eft pour
quelqu’affemblée de femmes, ils ménent avec eux un Grand Bouge, qui eft dif-
tingué des autres par le refpcét qu'ils lui portent, par le droit de préféance,
& par un habillement propre à fon rang.
CEs afl:mblées dévotes leur apportent un revenu confidérable. On voit dans
Jes Villes plufieurs Sociétés de dix, quinze ou vingtfemmes, avancées en âge
ou veuves, & par conféquent libres dans la difpofition de leur bourfe. Les
Bonzes choififlent particulièrement les dernières pour Supérieures ou pour Ab-
befles de la Société. Chacune obtient ce degré d'honneur à fon tour, & le pof-
fède l'efpace d'un an. C’eft chez la Supérieure que fe tiennent les affemblées,
& les autres contribuent d’une certaine fomme d'argent aux dépenfes nécef-
faires pour l'entretien de l'Ordre. Les jours d'aflemblée, un vieux Bonze qui
en eft le Préfident, chante des hymnes à l'honneur de Fo. Toutes les Dévotes
y joignent leur voix. Lorfqu’elles ont faitretentir affez long-tems les noms O-
mi-to, Fo, & battu fur de petits chaudrons, elles fe mettent à table & fe trai-
tent fort bien. Mais on ne parle ici que de la cérémonie ordinaire.
Aux jours folemnels, le lieu de l'affemblée eft orné de plufieurs images &
de peintures grotefques, qui repréfentent les tourmens de l'Enfer fous mille
formes différentes. Les prières & les jeûnes durent fept jours, & le grand
Bonze eft affifté par d'autres Bonzes inférieurs, qui joignent leurs voix à la
fienne. Dans cet intervalle, leur principal foin eft de préparer & de confacrer
des tréfors pour l’autre Monde (2). On conftruit dans cette vûe un petit Pa-
lais de papier peint & doré, où l'on fait entrer toutes les parties qui compo-.
fent une maifon. On le remplit d'une infinité de boëtes de carton, peintes &
vernies, qui contiennent des lingats d'or & d'argent; c'eft-à-dire, de «papier
doré & argenté. Ces myftérieufes bagatelles doivent fervir à préferver les Dé-
votes des châtimens terribles que le Yen-vang, ou le Roi de l'Enfer, éxerce
fur ceux qui n'ont rien à lui offrir. Ils mettent à art une certaine fomme,
pour gagner les Officiers de ce redoutable Tribunal; le refte eit deftiné, avec
la maifon, à fe loger, à fe nourrir & à fe procurer quelqu’emploi dans l’au-
tre Monde. Ils mettent toutes leurs petites boëtes à couvert fous des ferru-
res de papier; & fermant la porte de l'édifice, ils en gardent foigneufement
ja clef.
ArrÈs la mort de celui qui a fait cette dépenfe, on commence par brûler
Je Palais de papier, avec une gravité qui rend cette cérémonie fort férieufe.
Enfüuite on en brûle les clefs, afin que le Mort puiffe ouvrir les boëtes pour en
tirer ce qu’elles contiennent. Ce ne fera plus du papier doré & argenté, mais
de l'or & de l'argent réel, dont l'offre touchera infailliblement Ven-vang (a),
arce
(y) Le bon Père le Comtepeut Lien avoir éxifte dans notre Continent. d
été l’objet de la raillerie de ce jeune Bonze, &ÿ(a) Ne diroit-on pas que les Bonzes ont
qui le reconnoiffant pour un Prêtre étranger, l'idée d’un Purgatoire, d'où il font tirer les
croyoitavoir quelque chofe decommunaveclui. Ames des morts par des Indulgences, & au-
ÿ; (2) Ce tréfor, joint au mérite des œu- tres chofes que leur fournit leur trélor fpiri.
vres, dont ilaété parlé ci-devant, fembleêtre tuel?
le modèle d'un tréfor de même genre, qui
RiLictons
Cuinoisge.
Vifites des
Bonzes chez
leurs Seéta-
tours.
Affemblées
religieufes
des femmes
Chinoifes.
Leurs fêtes
folemnelles.
Autres fu-
perftitions de
la Scéte de Fo.
RELIGIONS
CHINOISES,
Affemblées
d'hommes, &
ce qui s'y paf-
{e,
__ Jeûnes des
Dévots Chi-
nois,
La pratique
:n eff facile,
22 VOYAGES DANS L'EMPIRE
parce que ce Roi des Ombres eft facile à corrompre. Cette efpérance, jointe
aux circonftances d'une cérémonie fort éclatante, fait tant d’impreflion fut
l'efprit des Chinois, qu’il faut un miracle extraordinaire de la Grace pour les
détromper (b). Leurs Prêtres acquièrent ainfi fur eux plus d'afcendant qu'on
ne peut fe l'imaginer. On ne voit de toutes parts qu’une multitude de Statues
& d'Images, que les crédules Chinois invoquent fansceffe, fur-tout dans leurs
Maladies (c), dans leurs Voyages, & dans toutes les occafions où ils fe croient
menacés de quelque danger.
Les hommes ont, comme les femmes, des affemblées où les Bonzes préfi.
dent, & qu'ils appellent Chang-chays ou Jeûneurs. Le Supérieur de ces Socié:
tés en eft comme le Maître. Il a fous lui quantité de Difciples, qui portent le
nom de Fu-tis; comme il eft diftingué lui-même par'le titre de T/e-fu, qui fi.
gnifie Père Doéteur (d).
UN Bonze induftrieux, qui s’eft acquis un peu deréputation, obtient facile.
ment cet Emploi. On conferve dans chaque famille quelque vieux Manufcrit,
qui eft-pafé de père en fils depuis plufieurs générations, & qui contient des
formules de prières impies, auxquelles non-fculement perfonne n’entendrien,
(e) mais que le Chef ou le Père feul a droit de répeter. Le Peuple eft per-
fuadé qu’elles produifent quelque-fois des effets furprenans. Ces cas merveilleux
fuffifent pour élever un père de famille à la qualité de Tfe-fu, & pour lui attirer
un grand nombre de Difciples.
Tour le monde eft averti des jours marqués pour l’affembiée, & perfonne
n’a la hardieffe de s’abfenter. Le Supérieur fe place au bas de la falle, vers le
milieu. Les affiftans, après s’être profternés devant lui, forment deux rangs,
l'un à droite & l'autre à gauche. On récite des prières intelligibles. Enfuite
chacun prend fa place à table, pour s’y livrer à toutes fortes d’excès ; car rien
n’eft fi plaifant, dit l’Auteur, que les Ÿedneurs Chinois. Ils fe retranchent àla
vérité, pendant toute leur vie, l’ufage de la chair, du poiflon, du vin, des
oignons, de l'ail, & de tout ce qui eft capable d’échaufer le fang (f); mais
ils fçavent fe dédommager par d’autres alimens, & par la liberté de manger auf
fouvent qu’ils le (g) défirent. D'ailleurs on ne doit pas fuppofer que cette ab-
ftin -nce {oit fort pénible pour les Chinois, parce qu'entre ceux qui ne font pas
profeflion de jeûner, il s’en trouve un graad nombre qui vivent de riz & de
légumes (). Il n’eft pas plus furprenant que les Jeûneurs ayent d’attachement
pour
5 (2) Sites MiMonaires font furpris de voir
le Peuple Chinois attaché fi aveuglement à
toutes les rêveries de fes Bonzes, ne devons-
vous pas être frappés de voir certains Chréti-
ens à qui l'extérieur de leur Religion en impo-
fe, & que la profonde ignorance où ils font à
tout autre égard, fait vivre dans une fécurité
furprenantce ?
A7" (ce) On a fouvent en Europe de fembla-
bles fpettacies.
(d} Les Auteurs Anglois joignent de lon-
gues Notes à cette Defcription, pour fe ré-
jouir par la refemblance prétendue des ufages
de l'Eglife Romaine avec ceux de la Seéte de
ra. Rd, 'T,
PAYER A7 TATIANA EST EP Re»
Ne) Si peifonne n'y entend rien, cour.
ment l’Auteur Ôze-t-il traiter ces prières d'im-
jes ?
NF (f) En fe privant de tous ces mets, on
ne comprend guëères comiment ils peuvent fe
livrer à la débauche.
(g) Ceci eft une fimple affertion, fans
preuve. Mais en fuppofant le fait, il eft toù-
jours vrai qu'il y a beaucoup d'auftérité dans
leur genre de vie, dès qu'ils fe privent de li:
queurs fortes & de viandes. ;
Pb) C'eft-là une mauvaife raifon pour dé+
créditer les Jeûnes des Bonzes, qui font vo-
lontairement, ce que d’autres ne font que par
néceffité,
PS D RP 7
pour
Outre
confid
ont ad
tis fo
groffe
vrir to
une g
tagém(
la dév(
leur pe
que si
ce fecd
noie p
leurs P
des Af
eft d’a
Chinoi
leurs
qu'ils j4
Contré
ridicule
point d
de affür
gués du
gards 1
{ent leu
droit, c
me la p
honnête
ON :
intérieu
prendre
rans &
EH
employe i
torqué co!
pas dans |
LCR) 2
pour reter
préfentent
me eux, :
tion? Le
quifait ag
le mobile «
(1) Chi
ge 653. &
ge 334. &
(m) Or
VIII.
ice, jointe
reflion fut
ce pour les
dant qu'on
de Statues
t dans leurs
s fe croient
onzes préfi-
> ces Socié:
| portent le
-fu, qui fi-
tient facile-
Manufcrit,
ontient des
ntend rien,
ple eft per-
merveilleux
ir lui attirer
& perfonne
lle, vers le
leux rangs,
s. Enfuite
sx Carrien
inchent aa
lu vin, des
(f); mais
nanger auil
e cette ab-
ne font pas
e riz & de
tachement
pour
rien , Cour
prières d'im-
tes mets, on
s peuvent fe
brtion , fans
t, ileft toù-
uftérité dans
brivent de li:
on pour dé:
qui font vo-
font que par
DE LA CHINE, Liv. IL Cnar. V. 225
our leur méthode, qu’on s’eflorceroit en vain de la leur faire abandonner.
Outre la facilité de cette pratique, l’Auteur ajoûte qu'ils en tirent un revenu
confidérable. Lorfqu’ils font ane fois parvenus au degré de Tfe-fu & qu'ils
ont acquis un grand nombre de Difciples, les contributions que tous les Fu-
tis font obligés de payer à chaque aflemblée, montent annuellement à de fort
grofes fommes. Enfin, la pratique du jeûne eft un voile excellent pour cou-
vrir tous les défordres d’une vie libertine & pour fe faire à peu de frais (i)
une grande réputation de fainteté. L’Auteur conclut qu’il n’y a point de ftra-
tagêmes ni d'inventions ridicules, que les Bonzes HMS ere pour affermir
la dévotion de leurs partifans & pour les éloigner du Chriftianifme (k). Ils
leur perfuadent que les Miffionaires ne fe propofent que la ruine de l'Empire ;
que s'ils réufiffenc à fe faire quelques difciples, c’eft à force d'argent; & que
ce fecours ne leur manque jamais, parce qu’ils ont l’art de contrefaire la mon-
noie publique. Ils font croire à d'autres, que les Jéfuites prennent les yeux de
leurs Profélytes pour en faire des telefcopes, qui leur fervent à l’obfervation
des Aftres. Ils prétendent aufñi qu’en venant prêcher à la Chine, leur deffein
eft d’augmenter le nombre de leurs Sujets, qui eft fort petit en Europe; qu'un
Chinois qui fe rend une fois à leurs principes ne doit plus efpérer de fortir de
leurs mains, même après la mort; & que par la force de certains charmes
qu'ils jettent fur les Ames, ils les font pafler malgré elles dans les différentes
Contrées de l'Europe. Voyez, ajoûtent-ils, de quoi vous êtes menacés. Ces
ridicules avis, prononcés d’un air de confiance & d'autorité, ne manqueñt
point d’en impofer aux efprits fimples & crédules. Cependant le Père du Hal-
de affüre qu’ils ne font pas la même impreffion fur les Chinois un peu diftin-
gués du Peuple (7). Les Bonzes, dit-il, malgré leur contenance & leurs re-
gards modeftes, font connus aflez publiquement pour des hypocrites, qui paf-
{ent leur vie dans toutes fortes de débauches. [Il remarque, dans un autre en-
droit, qu'ils font généralernent méprifés des Grands, & qu'étantregardés com-
me la plus vile partie du Peuple (m), il n’y a point de Chinois-d’une naïffance
honnête qui veuille embraffer leur profeffion.
ON n'a repréfenté jufqu'ici que la doétrine extérieure de Fo. Les dogmes
intérieurs de fa feéte paflent pour des myftères, que perfonne ne peut com-
prendre, fans en excepter la plus grande partie des Bonzes, qui fonttropigno-
rans & trop ftupides, pour élever leurs connoiffances au-deflus (n) des fens.
Ceux
(5) L’Auteur ne fait pas attention qu'il plüpart ont été achetés de pauvres parens dans
employe ici un Argument qui pourroit être re-
torqué contre lui, par des gens qui ne feroient
pas dans fes idées.
tk) Ne voit-on pas des Chrétiens, qui,
pour retenir le peuple dunsleur croyance, re-
préfentent tous ceux qui ne penfent pas com-
me eux, comme étant dans un état de damna-
tion? Le même efprit d'intérêt & d'ambition,
qui fait agir les Bonzes, pourroit bien aufi être
le mobile de ces Chrétiens peu charitables.
(1) Chine du Père du Halde, Vol. I. pa-
ge 653. & Mémoires du Père le Comte, pa-
ge 334. & fuiv.
(m) On doit fe (ouvenir d'avoir 1à que la
VIII. Part.
leur enfance. voyez cy-deflus pag, 220.
(n) L’Auteur de PHiftoire des l'urcs, des
Mogols & des Tartares, et fort éloigné d’at-
tribucr tant d'ignorance aux Bonzes, Il pré-
tend, fur le témoignage d’un Catholique Ro-
main qui avoit voyagé, dit-il, dans ce Pays,
qu’ils connoiffent fort bien les Religions étran-
gères & qu'ils les combattent avecefprit. Ben-
tink. Vol. IL pag. 488, 489 ES 490. Or, s'ils
connoiffent fi bien-la Religion d'autrui, eft-il
probable qu'ils ignorent la leur? Ce qui eft
vrai, c'eft qu'ils en font myftère, commenos
Auteurs l'obfervent eux-mêmes.
FF
RELIGTONS
CHinoises.
Fables que
les onzes pu-
biient pour
décrier les
Mifionaires.
Combienles
Bonzes font
méprifabics.
Doétrine ine
térieure de la
Seéte de Fo,
Rezicronws
Cuinorses.
A quoi cette
doétrine de
boutit,
Ses Progrès
x la Cour,
226 VOYAGES DANS LEMPIRE
Ceux qui font initiés aux véritables principes de Fo, doivent avoir reçu de 1:
nature un génie fublime, & capable de la plus haute p:rfection. Cette doc.
trine, que les Moines de la Seéte vantent comme la feule vraie & la feule fo.
lide, n'a pas laiffé d’ètre expliquée par quelques anciens Difciples de Fo, qui
avoient eu plus de part que les autres à la confiance de leur Chef. Ils enfei.
gnent que le vuide, ou le néant, eft l'origine & la fin de tout ce qui éxilte ;
que le mélange des Elémens, dont toutes les créatures font compofées, eft
forti du néant, & doit y rentrer; que tous les Etres, animés & fans ame, ne
diffèrent l’un de l’autre que par leur forme & leurs qualités, &font, au fond,
les mêmes dans leur fubftance & dans leur principe.
CE principe de toutes chofes eft, difent-ils, une chofe admirable, d’une
pureté extrême, éxemte de toutesfortes d'altérations, très-belle, très-fimple,
enfin la perfeétion de toutes chofes par fa fimplicité. Elle eft parfaite elle.
même, & par conféquent dans un repos perpétuel , fans aétion, fans pou-
voir, & fans intelligence. Bien plus, fon effence confifte à n'avoir ni intelli.
gence, ni aétion, ni defir. Pour vivre heureux, nous devons nous efforcer
continuellement, par la méditation, & par de fréquentes victoires fur nous.
mêmes, de devenir femblables à ce principe; & dans cette vûe, nous devons
nous accoutumer à ne rien faire, à ne rien defirer, à n’être fenfibles à rien, àne
penfer même à rien. Le vice & la vertu, les récompenfes & les punitions, la
providence, l'immortalité de l’ame n’entrent pour rien dans ce fyftéme. Tou-
te la fainteté conlifte à ceffer d’être & à fe replonger dans le néant. Plus on
approche de la nature d’une pierre ou d’un tronc d'arbre, plus on touche à là
perfection. En un mot, c’eît dans l’indolence, dans l'inaétion, dans la ceffa.
tion de tous les defirs, & dans la privation de tous les mouvemens du corps,
dans l’annihilation de toutes les facultés de l'ame, & dans la fufpenfion géné-
rale de la penfée, que confiftent la vertu & le bonheur. Lorfqu'on eft une fois
parvenu à cet heureux état, toutes les vieiflitudes & les tranfmigrations étant
finies, on n’a plus rien à redouter, parce qu’à parler proprement, on nf
plus rien; & pour renfermer toute la perfeétion de cet état dans un feul mot,
on eft parfaitement femblable au Dieu Fo.
CETTE doétrine n'eft pas fans Partifans à la Cour. Plufieurs Mandarins du
plus haut rang, l'ont embraffée; & l'Empereur Kan-tfong en étoit fi rempli,
qu'il prit le parti de réfigner l'Empire à fon fils adoptif, pour fe livrer entiè-
rement à ces méditations ftupides & infenfées. Cependant la plûpart des Let-
trés de l'Empire fe font toûjours oppofés à cette fauife contemplation, parti-
culièrement le fameux Puey-ghey, Miniftre de l'Empire, & Difciple de Con-
fucius. Ils l'ont attaquée de toutes leurs forces, parce que cette apathie, ou
plûtôt cette monftrueufe ftupidité, qui va jufqu'à ne rien faire & ne penier à
rien, eft capable de ruiner tous les principes de la morale & de la fociété ci-
vile; que l’homme n’eft fupérieur aux autres tres, que par la faculté qu'il
a de penfer, de raifonner, & de s'appliquer librement à la connoiffance &
à la pratique de la vertu; que tendre à cette folle inaction, c'eftrenoncer aux
devoirs les plus effenticls, & détruire les relations néceffaires des pères &
des enfans, des maris & des femmes, des Princes & des füujets; en un mot,
que l'effet de cette doétrine feroit de ravaller les hommes fort au-deflous des
bêtes (o).
+
(o) Du Halde, ubi fup. pag, 656, & fuivantes, Le Comte, pag. 335. & fuiv. ui
D Le ECLAIRCISSEMENS
_titude d’is
E
Le
intérie
de, q1
droit q
tions,
néant.
rien en
objet.
devroic
leux T'
du fpir:
À l'éga
être dé
vuide «
& que
tion de
LE :
fonge u
ceinte.
rés. E
entraille
des jeû
pour att
giner,
re, foit
Fo re
ne autor
concubi
en or,
cieufes.
bitans m:
des Peupl
une vie
tique de
lui-même
pafler d’
par leque
I Lr é p
fien, po
leurs rave
maux. D(
fort puiffe
‘eçu de la
ette doc-
a feule fo.
e Fo, qui
Ils enfei.
qui éxilte;
ofées , eft
js ame, nc
, au fond,
ble, d’une
rès-fimple,
rfaite elle.
, fans pou-
r ni intelli-
us efforcer
es fur nous-
ous devons
arien,anc
anitions, la
têéme. Tou-
it, Plus on
touche à la
ans la cel.
is du corps,
nfon géné-
eft une fois
ations étant
t, on nel
n feul mot,
andarins du
fi rempli,
livrer entié-
art des Let-
ion, part-
ble de Con-
apathie, ou
ne penier à
) fociété Ci-
aculté qu'il
oiffance
noncer aux
es pères
2n un Mot,
deflous des
uiv.
EMENS
DE LA CHINE, Liv. I. Cnar. V.
227
ECLAIRCISSEMENS fur FO € fa doûrine, tirés d'un
Auteur Chinois.
E PHILOSOPHE Chinois, dont on a déja cité le témoignage, donne
unie idée plus complette, mais un peu différente, de Fo & de fa doétrine
intérieure. I] lui attribue, pour principe, que l'Univers entier eft un pur vui-
de, qui ne contient rien de réel. C’eft fur ce fondement, dit-il, que Fo vou-
droit qu’on ne penfit à rien; que le cœur fût éxempt de toutes fortes d'affec-
tions, & qu’on allât jufqu’à s’oublier foi-même, comme fi l’on étoit réduit au
néant. Nous avons des yeux & des oreilles, mais nous ne devons rien voir ni
rien entendre. La perfeétion de ces organes confifte à n'être occupés d'aucun
objet. Nous avons une bouche, des mains, des pieds; mais ces membres
devroient être dans l'inaétion. Un autre principe de Fo, c’eft que le merveil-
leux Ternaire de t/fing, de ki, &de chin; c’eft-a-dire, du beau, du fubtil, &
du fpirituel, eft à fa perfection, lorfqu'il eft raflemblé & qu'il ne forme qu’un.
A l'égard de l'ame, il prétend que fa durée eft infinie, parce qu'elle ne peut
être détruite. La-deflus, fes Partifans font profeffion de croire que tout eft
vuide dans le monde vifible ; que le yang , ou l'Efprit, eft feul immortel;
& que la grande doétrine de Jo & Lau abîme tout dans le néant, à l'excep-
tion de l’ame, qui doit éxifter & vivre fans cefle.
LE même Auteur raconte hiftoriquement, que la mère de Fo ayant vû en
fonge un gros éléphant blanc, s’apperçut au même inftant, qu’elle étoit en-
ceinte. Son fruit reçut dans fon fein la nourriture & les accroïffemens ordinai-
res. Enfin, il s’ouvrit un pañlage par le côté de fa mère & lui déchira les
entrailles. C’eft parce qu'il tua fa mère en naïflant, que les Idolâtres obfervent
des jeûnes, font des procefions, & fe livrent à cent pratiques fuperftitieufes,
pour attirer toutes fortes de profpérités fur leurs mères. Mais peut-on s’ima-
giner, remarque l’Auteur Chinois, que celui qui n’a pû fauver fa propre mè-
re, foit capable de protéger la mère d'autrui ?
Fo régna dans une des Contrées qui font à l'Occident de l’Empire, avec u-
ne autorité abfolue fur le temporel & le fpirituel. 1l eut une femme & une
concubine d’une rare beauté, dont il fit deux Déeffes. Son Royaume abondoit
enor, en argent, en marchandifes, en provifions, & fur-tout en pierres pré-
cieufes. Mais quoique riche & abondant, il avoit peu d’étendue; & les Ha-
bitans manquant de forces & de courage, il étoit fouventexpofé aux invafons
des Peuples voifins. Cette raifon porta Fo à quitter le Trône, pour embrafler
une vie folitaire. Il fit fon unique occupation d’exhorter le Peuple à la pra-
tique de la vertu, & de publier fa doctrine de la métempfycofe, qu'il avoit
lui-même inventée , & qui apprendroit aux hommes que leur fort étoit de
pafler d’un corps dans un autre, en obfervant néanmoins un certain ordre,
par lequel la vertu étoit récompenfée & le vice puni.
IL répandit ces folles imaginations dans les Royaumes qui touchoient au
RELIGICNS
Cuinorses,
Principes at-
tribués à Fo
par un Auteur
Chinois.
Circonftane
ces de fa vie,
fuivantle mê-
me Auteur,
Aïtiicz de
Fo,
Comment il
fen, pour intimider fes perfécuteurs, & leur perfuader,. que s’ils continuoient le fait réulhr.
leurs ravages, ils feroient changés, après cette vie, en diverfes fortes @'ani-
maux. Douze années lui ayant fuffi pour fe faire fuivre d’une prodigieufe mul-
titude d’ignorans, il remonta fur fon trône, avec leur afliftance; il redevint
fort puiffant, il reprit une femme, & laiffa une poftérité nomoreufe, . as
Ff2 effet
RELIGIONS
CuiNoisis.
Verbiage i-
nintelligible
de fes Difci-
ples.
Autres ex-
travagances,
Facilité des
femmes de
cette Secte à
fe laiffer fé. |
ayire,
208 VOYAGES DANS LEMPIRE
l'effet de fes artifices. Tandis qu’il entretenoit fes Difciples du mépris des
biens de la terre, il ne penfoit qu’à s’en affürer la poffeñion.
Cerre Seéte, continue Chin, ne prefcrit qu’un petit nombre de prières oi.
fives, pour arriver au bonheur & à la parfaite tranquillité ; au-lieu que nos
Sages nous exhortent à vaincre nos paflions, à gouverner nos defirs, & qu'ils
nous impofent plufieurs devoirs auftères. Dans cette Seéte, dit-il encore, on
trouve ce langage inintelligible : Fo-chi-i-chin-eul-yen-fang-fyang ; C'eft-à-dire,
le corps de Fo, le tronc ou la fubftance, eft un; mais il a trois images. Lau.
chi-i-chin-eul-fuen-fang-tfing, c'et-a-dire, le corps de Lau, le tronc ou la fub.
ftance, eftun, mais il eft diftingué en trois puretés. Ces Seétaires ont recours
à des comparaifons pour fe faire entendre; une branche de füreau, plantéeen
terre, laifle par degrés une petite effence de la nature de fureau. Un renard,
mourant dans fa tanière, laifle derrière lui les efprits vivifians, dont il étoit a-
nimé (4). Ainf, difent les Seétateurs de Fo, après la mort de leur Maître
il eft refté quelque chofe de fa perfonne, qui a commencé à revivre dans le
monde. -
ENTRE uncinfinité de folles imaginations de la Seéte de Fo, on lit dans le
Livre de fes Difciples, qui a pour titre, l’Utilité de la Maifon, que le corps eft
notre habitation; que l'ame eft un Etre immortel qui s’y trouve logé, & qui
paîle d’hôtellerie en hôtellerie, comme un voyageur ; qu’un enfant eft nourri
du lait de fa mère, comme les habitans d’un pays boivent de l’eau d’une riviè-
re, dont il eft arrofé. Cette doétrine de la tranfmigration, qui repréfente le
corps comme une habitation pañlagère, ne tend, fuivant le Philofophe Chir,
qu'a déraciner de l’efprit des hommes le refpeét qu'ils doivent aux auteurs de
leur naiffance, & le foin de leur propre confervation. On voit, continue-t'il,
des Seétaires de Fo qui vont en pélerinage, dans des T'emples fitués fur le
fommet d’un roc efcarpé, & qui après avoir prononcé quelques prières, fe
jettent dans le précipice, comme s'ils étoient sûrs d’être éxaucés. D’autres
prodiguent leur vie, en fe livrant aux plus honteux excès. Deux jeunes per.
fonnes de différent féxe, qui trouvent des obftacles à leur pafion déréglée,
prennent de concert le parti de fe noyer ou de fe pendre, dans la confiance,
que venant à renaître, ils s’uniront enfemble par un heureux mariage.
Les femmes & les filles de la Seéte de Fo fe laiffent facilement féduire par
les Bonzes, & par les Tuu-tfes, gens d’une adreflé extrême dans les intrigues
d'amour. Ces Impofteurs entendent merveilleufement l’art d’infinuer à leurs
Dévotes, que les corps ne font qu’un lieu de paffage, une cabane mébprifable,
qui ne mérite pas qu'on en prenne tant de foin; & que les femmes, en ac-
cordant leurs faveurs , fe trouvent fouvent honorées , fans le fçavoir , des
embraflemens de leur Dieu Fo. ,, A préfent, leurdifent-ils, vous êtes le féxe
» foible & fervile; mais nous vous promettons, qu’en renaiflant dans lemon-
» de, vous deviendrez hommes. ,, On voit fort ordinairement de jeunes pet-
fonnes, des meilleures familles & de la plus grande efpérance, déshonorées
par ces infâmes, accoutumées au vice, dès l’âge le plus tendre, & rédui-
tes,
&
(a) Les femmes idolâtres fe figurent qu’el- qu'abfurde qu'elle foit, s’eft répandue de tous
les voyent fouvent des Efprits fous des for. côtés; & il n’y a point de tems & de pays,
mes de renards, & les nomment Æuldi-tfing. où l'on ne voie des gens qui s'imaginent d'en
{La croyance de femblables apparitions, quel-® avoir des preuves convaincantes.]
tion in
qui avo
les Off
tences
dans le
fent to
vent ai
l'encen
d'un pi
attenti
ou de
LE
qui fo
perfua
ticulie
Dieu ]
1 b)
certaine
des Prê
que dog
pre le f
dela tr:
(c) 1
(4)
attribue
ques p
ou un :
Ke)
mépris des
le prières oi-
lieu que nos
rs, & qu'ils
encore, on
C’eft-à-dire,
nages. Lau:
c ou la fub-
s ont recours
» plantéeen
Un renard,
nt ilétoit a-
leur Maître
vivre dans le
on lit dans le
e le corps eft
logé, & qui
nt eft nourri
| d’une rivié-
repréfente le
ofophe Chin,
x auteurs de
continue-t'il,
fitués fur le
s prières, fe
s, D’autres
jeunes per-
on déréglée,
a confiance,
age.
féduire par
les intrigues
inuer à leurs
+ méprifable,
mes, en ac-
çavoir , des
s êtes le féxe
dans le mon-
> jeunes per-
déshonorées
e, & rédui-
tes,
Épandue de tous
is & de pays,
imaginent d'en
s]
=, vorable dont nous jouiffons.
DE LA CHINE, Liv. IL Caar. V. 229
tes, pour toute reffource » à faire ouvertement profeffion d’un libertinage
qu'elles 26 (b). ‘#1 3
CELLES qui fe laiflent tromper par ces ridicules chiméres, affürent que le
bien & le mal de la vie préfente, eft une fuite nécefläire des aétions qu’elles
ont commifes dans leur éxiftence précédente , & qu'on leur doit par confé-
uent de l’indulgence. Sur ce principe, elles fe livrent, fans remord, à la
débauche & au larcin. ,, Nous ne prenons, vous difent-elles, que ce qui
, Nous appartient; car nous fommes bien füres que vous nous deviez telle
, fomme dans une autre vie. Un libertin qui tend fes piéges pour y faire
tomber une jeune fille, ne manque pas de lui dire: PA Ne vous fouvenez-vous
» Pas qu'avant que de naître vous m'avez promis d'être ma femme? C'eft
» une mort trop prompte qui m'a privé des droits que je redemande au-
,» jourd'hui. De-là vient la cendre difpofition de nos cœurs & l'occafon fa-
[ C'eft ainfi que ce monftrueux dogme de la
metempfycofe fert de voile pour couvrir toutes fortes de méchancetés, &
les plus (c) affreux défordres. ]
Les feétateurs de Fo font perfuadés qu’ils peuvent s'abandonner impuné-
ment aux aétions les plus criminelles, & qu'en brûlant un peu d’encens pen-
dant la nuit, ou récitant quelques priéres devant une ftatue (4), ils obtien-
nent non-feulement le pardon de tous leurs crimes, mais encore une protec-
tion infaillible contre les pourfuites de la Juftice. Un voleur de cette feéte,
qui avoit eu la hardieffe de fe gliffer dans le Palais Impérial, étant arrêté par
les Officiers de la garde, fe trouva couvert de papiers confacrés par les fen-
tences de Fo, qu'il regardoit comme un préfervatif pour n'être pas furpris
dans le crime (e) , ou du moins pour faciliter fon évafion. Les Dévots pas-
fent toute leur vie à faire des pélerinages vers certaines montagnes. Ils vi-
vent avec beaucoup d'épargne, pour ménager de quoi fournir aux frais de
l'encens qu’ils brûlent devant les ftatues. Ils font infenfibles aux néceffités
d'un père & d’une mère (f) qui fouffrent le froid & la faim. Toute leur
attention fe borne à ramafler une fomme d'argent, pour orner l'autel de Fo,
ou de quelqu’autre Dieu qu'ils honorent d’un culte particulier (g).
LE vulgaire croit tout ce qu’on lui raconte des Temples & des Monaftères
qui font bâtis dans les lieux les plus déferts & ies plus inacceffibles. 11 eft
perfuadé que c’eft le féjour de la vertu & de l'innocence, Quantité de Par-
ticuliers prennent le parti d'y pafñler le refte de leurs jours, pour imiter le
Dieu Fo dans fa vie folitare. Souvent on les voit renoncer , dans cette
vûe,
{7 (b) Si l’on confultoit les Annales d’une
rtaine partie des Chrétiens, on trouveroit
des Prêtres qui n'ont pas moins abufé de quel-
que dogine deleurcominunion, pour corrom-
pre le féxe, que les Bonzes Chinois abufent
de la tranfimigration des ames.
(c) Du Halde, pag. 670. & fuiv.
1F"(4) On voit auffi en Europe des gens qui
attribuent une éficace toute particulière à quel-
ques prières prononcées devant une image,
ou un autel privilégié.
FF (e) De même, dans notre Continent, il
Ff3
y a des pérfonnes qui portent toûjours fur el-
les certaines bagatelies, qui font autant de
charmes auxquels on attribue la vertu de pré-
ferver de tous mauvais accidens, ou d'écar-
ter les mauvais efprits.
(f) L'Europe nous fournit tous les jours
des éxemples d'une fuperftition auffi inhu-
maine.
(g) I n'y a point un feul trait dans ce ré-
cit que les Auteurs Anglois des Notes n’as-
pliquent à la Religion Romaine & à fes ufa-
ges. R, d, T.
RELIGIONS
Cainolses,
Comment
elles juftifient
leur libertina-
ge.
Licence au-
torifée par la
doctrine de
Fo.
Infatuation
du Peuple.
Rerratows
CHiNoisss,
Elle pañe
aux Grands,
Tours d'a-
decile des
Lonzes,
Effet du fa-
patifine po-
pulaire.
_
VOYAGES DANS L'EMPIRE
vüe, à leurs femmes, à leurs enfans & à toutes leurs poflefions, Les pom.
peufes exhortations de & dè Lau, fur le vuide, & fur l’état de perfec.
tion, qui confilte à méprifer tous les biens temporels, font autant de pié.
ges où les Dévots fe laiffent engager. Mais quelqu’opinion qu'ils ayent çu
de leurs forces, ils fe dégoûtent bien-tôt de leur entreprife. Le tempéram.
ment reprend fon empire; & les palions, qui n'ont fait qu'augmenter par
Ja contrainte , les précipitent ordinairement dans toutes fortes d’excéès (b).
Cerre illufion n’eft pas bornée au Peuple. Si l'oh a vû quelquefois {a
Capitale de l'Empire affiégée par des Armées rébelles, & la Chine aflujettie
par des Etrangers, ces infortunes n’ont point eu d'autre caufe que l'aveugle.
ment des Princes, qui font devenus incapables de gouverner pour s'être livrés
aux maximes & aux fuperftitions de 0. C’eit ainli que Lyang-vu-ti fe vit ré.
duit à mourir de faim dans la Ville de Tay-ching , que Æey-t/ong fut emmené
captif dans les Déferts de la Tartarie, & que Huen-tfong tomba dans la hon.
teufe néceflité de prendre la fuite vers les montagnes de Se-chuen, pour ÿ
fouffrir les derniers excès de la mifère. Enfin, conclut le Philofophe Chin,
ces pernicieufes Seétes ont entraîné nos Empereurs dans les plus dangereufes
illufions (2) & conduit l'Etat fur le penchant de fa ruine.
AjourTons un autre artifice, que les Bonzes employent pour féduire les
ames crédules. Lorfqu’ils admettent quelqu’un à la participation de leurs my-
ftères, ils l’'obligent de fixer les yeux dans un vafe rempli d'eau, où il fe voit
d’abord tel qu’il eft aétuellement. Enfüuite, regardant une feconde fois, il fe
voit dans la condition qui lui eft deitinée lorfqu 1l renaîtra dans le Monde, s'il
continue de vivre foumis au Dieu Fo. On aflüre qu'ils ont l’art de faire pa-
roître un homme riche fous la forme d’un Malade ou d’un Pauvre, L'im-
preffion de ce fpeétacle le porte fouvent à confacrer tous fes biens au fervi-
ce des Idoles. Alors les Bonzes lui perfuadent de regarder encore dans le va-
fe d'eau, où il fe voit en habit de Géniral d’Armée ou de premier Minittre
d'Etat. Si c'eft une femme, elle fe voit couverte des habits & des joyaux
d'une Impératrice, d’une Reine ou de la Concubine favorite du Prince. C’eft
l'heureux état auquel ils doivent s'attendre en renaïflant dans le Monde. Par
ces enchantemens, continue l’Auteur, les Bonzes difpofent quelquefois le Peu-
ple à la révolte. La force de fa prévention lui fait prendre les armes, le rend
téméraire dans les batailles & lui fait regarder la mort comme l'entrée d'une
condition plus heureufe. Sous la Dynaftie de Han on vit deux Rébelles,
animés par cés principes, caufer une infinité de défordres, qui fe renouvel-
lérent fous le régne de uen, & qui ont recommencé plus recemment fous ce-
lui de Ming, avec la perte de plufieurs millions d'hommes. Les Chefs de ces
affreufes féditions tendoient volontairement le col aux bourreaux qui de-
voient punir leur crime ; & dans leur enthoufiafme ils s’écrioient: ,, Frap-
5» pez, nous mourons contens. Nous fommes fur le point d'entrer dans ce
230
» délicieux féjour de l’Oueft, où Fo nous attend & nous fera partager fon
» bonheur (k).
LA
Q5 (5) C'eft ainfi que le Roi Faques I fut
la dupe du Fuifme Anglois.
{5 Ck) Le même efprit de cruauté & de ré
bellion paroit dans la deftruétion des Indiens
par
fé (b) Ne doit-on pas craindre les mêmes
excès de la part de ceux qu'on force”à vivre
dans le célibat ou dans une retraite contre
leur goût ?
…
LA
leur €
reurs,
horten
celle q
ks ho
mes,
dépens
l'artifid
trouve
les loix
à la CI
désbe
fes Céle
le mur
ordinai
d'habits
C'Es
Suppof
vre; qL
droit *
viendro
maginer
l'Empir(
giner c
à peind
ces inve
» Je to
» parce
» infini.
CEu:
hires, |
ge. Ils
vient in
fe par la
cette pa
a fait tor
Enfer, «
parler de
lvent à:
de leurs .
par les Ep:
qui ont agit
la Reine El
Gouvernem
éxemples de
litiques, 1
Les pom.
de perfec.
ant de pic.
ils ayent cu
tempéram.
xmenter par
l'excès (b).
aelquefois la
ine affujettie
ne l’aveugle.
s'être livrés
ti fe vit ré.
fut emmené
dans la hon-
uen, pour
fophe Chin,
dangereufes
r féduire les
de leurs my-
où il fe voit
de fois, il fe
Monde, sil
de faire pa-
avre, L'im-
ns au fervi-
e dans le va-
ier Miniftre
des joyaux
Prince. C'eft
onde. Par
1efois le Peu-
es, le rend
entrée d’une
x Rébelles,
e renouvel-
ent fous ce-
“hefs de ces
aux qui de-
ct, Frap-
rer dans CE
partager fon
La
Faques IN fut
auté & de ré
bn des Indiens
par
DE LA CHINE, Liv. Il Cnar. V.
281
LA Chine a quatre fortes de Profefions, entre lefquelles fes Habitans font
Jeur choix & qui fervent à l'entretien de la fociété ; les Lettrés, les Labou-
reurs, les Marchands & les Artifans. Mais les Difciples de Jo & de Lau ex-
hortent fans cefle le Peuple à s'éloigner de ces quatre voies, pour entrer dans
celle qu’ils ont prife eux-mêmes & dont ils vantent les avantages. Ils preflent
les hommes d’embrafler l'Ordre de Ho-chang ou de Tau-tfe (1) ; & les fem-
mes, celui de Xu ou de Mi (m). Ces Bonzes de différens féxes vivent aux
dépens du Public, & font leur étude continuelle d'employer le menfonge &
l'artifice pour fe procurer des aumônes. Ils fe livrent à tous les excès dont ils
trouvent la fource dans leur imagination corrompue, fans aucun refpeét pour
les loix de la Nature & de la Société. Ta-mo, ce Perfonnage fi vanté, qui vint
à la Chine du côté de l'Oueft, pañla, difent-ils, neuf ans entiers fur la mon-
tagne de ‘Tfong, dans une profonde contemplation. Son application aux cho-
fes Céleftes le rendoit immobile. Il avoit les yeux continuellement attachés fur
le mur, fans changer de fituation. Cependant loin de manquer des-nécefités
ordinaires de la vie, il ne ceflà point de recevoir en abondance toutes fortes
d'habits & de provifions.
C'est le Philofophe Chin qui continue toûjours de parler dans cet article.
Suppofons, dit-il, après cet éxemple, que tout le monde entreprît de le füui-
vre ; que deviendroient les profeñions les plus neceflaires à l'Etat? Qui pren-
droit foin de cultiver les terres & de travailler aux manufaétures ? D'où nous
viendroient les étoffes & les alimens pour le foutien de la vie? Peut-on s’i-
maginer qu'une doétrine dont l'établiffement univerfel entraîneroit la ruine de
l'Empire ,-ait la vérité pour fondement? D'ailleurs, il eft impoñfible de s’ima-
giner combien l'on employe d'or & d'argent à bâtir & réparer les Temples,
à peindre, à dorer les ftatues, à célébrer des fêtes à leur honneur. ‘Toutes
ces inventions ne fervent qu’à diffiper les richeffes des plus nombreufes familles.
» Je touche légèrement chaque partie de mon fujet, dit le Philofophe Chin,
» parce que tous les défordres de nos Seétaires demanderoient un détail
» infini
Ceux qui ont la foiblefle , reprend-il, de s’abandonner aux notions popu-
hires, pañlent leur vie dans une forte d'yvrefle & la finiflent comme un fon-
ge. Ils font enfoncés dans un tas de rêveries méprifables, dont il leur de-
vient impofñtible de fe dégager; & l'efpérance d’obtenir une vie plus heureu-
fe par la protection des Efprits, augmente continuellement leur erreur. C'eft
cette pafion naturelle pour le bonheur, jointe à la crédulité des hommes, qui
a fait tomber dans l'efprit de Fo & de’Lau d'établir un lieu de récompenfe , un
Enfer, un Palais pour les Gouverneurs des Eaux & les autres Divinités; fans
parler des Efprits d’un ordre inférieur, & des Hommes extraordinaires qui s’é-
lvent à l’immortalité. C’eft fur le même principe qu'ils ont vanté les faveurs
de leurs Dieux, & placé dans le Ciel Vo-wang, ou le Chef de tous les Etres
immortels,
par les Efpagnols, dans les différens troubles
qui ont agité l'Angleterre depuis le régne de
la Reine Elizabeth, jufqu'à l'établiffement du
Gouvernement préfent, & dans bien d’autres
éxemples de ce genre, où l'on a vû des fa-
litiques, femblables aux feétateurs de L'o,
fe faire un mérite de leur inhumanité.
{5"C1) Deux Ordres de Bonzes, [qui vivent
dans le célibat.]
(m) On ignore le fond de ces deux Ordres
de feinmes, parce que leurs noms ne fe trou-
vent dans aucun autre endroit.
RELIGIONS
CuniNoises.
Les Bonzes
s'efForcent
d'engager
tout le monde
dans leur pro-
feMon.
Combien ce
deffein eft
dangercux
pour la focié-
té,
Folle inac-
tion de ceux
qui fe laiffent
féduire,
RELIGIONS
CHINOISLS,
Palages ti-
rés de divers
Livres de la
Sete d: l'o.
Remarques
du Philofo-
phe Chin,
Autres arti-
cles de Ja
créance de
lo.
VOYAGES DANS L'EMPIRE
immortels, qui diftribue leurs emplois à tous ces Efprits, tels qae de préfider
à la pluie, aux punitions, aux récompenfes, ec.
ON trouve dans le Livre de Yo-whang (n) le récit fuivant: ,, 11 y avoit
du côté de l'Oueft, un Prince du Royaume de la pure Vertu. Ce Prince
parvint à l’âge de quarante ans fans avoir un fils. Mais fes prières ferven.
tes & celles de la Reine Pau-yué, en obtinrent un de Lau-kyun, & ce fils
eft le Yo-whang dont nous parlons. Un pañlage du Livre Huen-u affôre;
, que dans les Régions Occidentales il fe trouve un Pays nommé le Royaume
“ de la pure Joie, dont le Roi n'ayant point d'enfans en obtint un de Lau.
kyun, & que c'eft lui qui eft honoré fous le nom de Hyen-u-Tfu-tfe. On
lit auffi dans l’Hiftoire de Fo; ,, qu'il y a vers l'Oueft un Royaume de pure In.
, nocence, & que le Prince héritier de la Couronne eft 0 lui-même; que la
» femme qu'il époufa fe nommoit Na-to-i ; qu'elle eut de lui un fils nommé
3» Mo-beu-l 3 qu'enfüite le dc pañla douze ans dans la folitude, & que pen.
dant fx contemplation il fut transformé en Fo.
QueLzLes fictions! s'écrie Chin. Qui pourra s'imaginer qu’une chofe dont
il ne refte aucune trace, ait été autrefois la merveille du Monde? Parcourez
tous les Pays à l'Oueft de la Chine, vous n'y trouverez que des Barbares. Où
faut-ii donc chercher le Royaume de la pure Vertu, & le Peuple qui a trois
têtes, fix épaules & huit mains (0), qui vit deux ou trois cens ans & qui n’eit
pas fujet aux infirmités de la vieilleffle? Comment fe perfuader qu'un tel lieu
{oit le féjour des Etres immortels? ‘Toutes les autres fables qui regardent le Roi
du Ciel & le Commandant général des Efprits ne font-elles pas inventées, de
même, pour abufer de la crédulité du vulgaire (p )?
Les fectateurs de Fo font profeflion de croire qu’il y a un Enfer fouterrain,
qui n’eft compofé que d'un monceau de terre, d'eau &depierre; qu'il eftgou-
verné par un Dieu nommé Ten-vang , & par des Lo-bans ou des Efprits qui
(aq) réglent la deftinée du genre humain; que ces Efprits conduifent l'ame
dans le corps au moment de la naiflance, & qu’à la mort ils la précipitent
dans le lieu du châtiment, où elle eft cruellement tourmentée par d’autres
Efprits (r); qu’un homme, dent la vie s’eft paflée dans la pratique de la ver.
tu, renaîtra dans un état de richefle & de fplendeur ; que les bêtes mêmes,
lorfqu’elles ont bien vécu fuivant leur condition, feront transformées en hom-
mes; qu'au-contraire, les hommes qui fe rendent efclaves de leurs paflions &
qui fe livrent à leurs appétits déréglés, deviendront bêtes; que les animaux
qui font plus cruels qu'il ne convient à leur nature, pañlent à une nouvelle vie
(s) après leur mort, mais que leurs ames font abfolument anéanties; que le
Dieu Ten-vang & les autres Juges fes Miniftres (+) fixent le moment de la
naiflance pour tous les hommes; qu’ils déterminent s'ils feront mariés ou non,
s'ils auront des enfans, & s'ils feront richesou pauvres; enfin, que dns re
oit
toit un des trente-fix Kangs de Tüau-kya.
(r) Navarette dit (pag. 73.) que les Bon-
zesontinventé des Indulgences plenières pour
retirer les Ames de l'Enfer, & qu'ils les ven-
(n) Les Prêtres de Fo ont leurs Ecritures,
leurs Légendes, leurs Vies des Saints, & des
Livres de dévotion en très-grand nombre.
(eo) Les images de Fo & de quelques autres
Dicux font refpeétées fous cette forme. dent jufqu'à cinquante ducats.
(pb) Chine du Père du Halde, page 672. & (s) Angl. ne pañfent pas à une nouvelle
fuivantes. vie. |
(q) Le Chef fe nomme Æe-kong fong. C'<- (+) Ce font les Lo lans.
blées p
Aux at
qu'ils f
ütre d’
des Vil
d'Efpri
de Fo 1
fentent
de préfider
1 y avoit,
Ce Prince
ères ferven.
n, & ce fils
ten-u affûre;
le Royaume
un de Lau.
Tfu-tfe. On
: de pure In.
éme; que la
1 fils nommé
& que pen-
e chofe dont
:? Parcourez
arbares. Où
e qui a trois
ns & qui n'eit
u'un tel lieu
ardent le Roi
iventées, de
r fouterrain,
qu'il eftgou-
s Efprits qui
duifent l'ame
a précipitent
par d’autres
e de la ver.
êtes mêmes,
ées en home
s pañions &
les animaux
nouvelle vie
ties ; que le
oment de la
riés ou non,
uetoutcequi
doit
Tau-kya.
que les Bon:
plenières pour
qu'ils les veu-
une nouvelle
DE LA CHINE, Liv. ll. Cnar. V. 233
doit arriver à chaque homme eft écrit dans le Livre de Yen-vang, comme un
deftin inévitable, auquel il ne faut point efpérer de changement.
Pour combattre cette doétrine, le Philofbphe Chin produit un Paflage du
Livre Huen-u-chuen. ,, Un homme, qui fe nommoit Pung, vécut jufqu'à l'âge
» dehuitcens ans & fe maria fucceffivement à foixante-douze femmes. La der-
» nière étant morte à fon tour, demanda dans l’autre Monde aux Ancêtres de
» Pung, pourquoi fon mari avoit eu le bonheur dé vivre fi long-tems. Se-
» Toit-ce, ajoûta-t-elle, que fon nom n'auroit point été marqué fur le Livre
» de Yen-vang? On nous aflüre pourtant qu'il n'en échape aucun. Je vais
» vous expliquer ce myftère, lui répondit l'A yeul de Pung. Le nom & le fur-
» nom-.de mon petit-fils fe trouvent aflürément dans le Livre; mais voici de
# Quelle manière, Lorfqu'il fut queftion de relier le Livre de Yen-vang, les
» Officiers qu’il avoit chargés de cet office prirent par mégarde la feuille qui
,, Contenoit la deftinée de Pung, l’entrélacèrent en cordon & s’en fervirent
» pour coudre toutes les autres 2 La femme f’ayant pû garder le fecret de
» Cette avanture, Yen-vang en fut bien-tôt inftruit. Il fe fit apporter le Li-
x vre, éxamina le cordon & coupa le nom de Pung, qui mourut au même
» inftant. Cette hiftoire, continue Chin, ne prouve-t-elle pas direétement le
contraire de leur doétrine? Voilà donc un homme qui étoit échapé à la péné-
tration de Yen-vang. Comment peuvent-ils étre sûrs qu’il ne lui en foit point
échapé quantité d'autres? k
À l'égard des Efprits-gardiens , le Philofophe obferve que cette doëtrine
n'étoit pas connue avant les Dynafties de Hya & de Chang, lorfqu’on établit
que les Habitations feroient déformais environnées de murs & de foflés, pour
les garantir des voleurs & des rébelles. Ce ne fut qu’à la ve qu'on éri-
gea le Ching-wbang (x) en Divinité, & qu’on bâtit des Temples à fon hon-
neur. Enfuite on en éleva d’autres aux Tu-tis (y); lorfque les Seétaires de
Fo eurent donné à leurs Efprits le pompeux nom de Tu-tis, parce qu'ils les
regardoient comme les nourriciers du Peuple , ils les divifèrent en différentes
clafles. Ils nommèrent Che-ching (2) ceux qu’il leur plut de charger du foin
des champs & des terres cultivées. Le nom de Tw-ris fut confervé à ceux
dont l'office eft de préfider aux Villages, de veiller à la fanté des Habitans &
d'entretenir la paix parmi eux. Les Efprits chargés de la garde des affem-
blées publiques & de l'intérieur desmaifons, reçurent le nom Chun-Lyeus (a).
Aux autres, on configna les Pays déferts & montagneux , dans l'efpérance
wils faciliteroient le tranfport des provifions & des marchandifes, fous le
ütre d’Efprits des hautes montagnes. Enfin, ceux qu’on place dans les gran-
des Villes entourées de murs & de foflés, reçurent le nom de Chingwbang , ou
d'Efprits tutelaires des Habitans contre les calamités publiques. Les feétateurs
de Fo font perfuadés que ces Efprits opèrent fouvent des prodiges & fe pré-
fentent en fonge fous fa forme humaine (b).
(v) Les Livres Chinois font fouvent reliés 3) Che fignifie un lieu hors de la Ville.
dans cette forme. a) Nom des lieux où l’on fufpend les ta-
(x) Ching figniñie Mur, Wang, Rivière blettes.
ou Foffé. 6 | (b) Chine du Père Du Halde, pag. 675. &
(y) Tu fignifie Terre, & Ti, Lieu, fuivantes.
VIII Pat. Gg
Autres
Reztctons
CuiNoises.
Livre du
deftin des
hommes.
Comment
Chin refute
cette doftri-
ne,
Efprits gar.
diens els |
Chine.
L2
VOYAGES DANS L'EMPIRE
confe
de pr
lins,
RELIGIONS . ! . |
CuINOISES. Autres circonflances , tirées des Miffionaires.
Li)
Doëtrine des L' Bonzes de la Chine enfeignent qu'après la vie, il y a des récompen.
Bonzes fur de Se AR les Ba
d'onetutie, fes pour la vertu, & des punitions pour le vice; que les ames paffent par tiblel
conféquent dans différens lieux, fuivant le mérite de leurs fentimens & de
leurs aétions ; que le Dieu Fo eft le Sauveur du Monde; qu'il naquit pour
Comment ils apprendre aux hommes la voie du falut, & pour expier leurs péchés. Quoi-
traitent leurs que fes Seétateurs honorent fi dévotement les ftatues de leurs Saints, ils les
loin.
périro
» en
: ; Dr ue
ldoles, traitent quelquefois avec peu de refpeét. N’en obriennent-ils rien, après de ; ph :
longues prières, ils les chaffent de leur Temple, comme des Divinités impuif. p-Peking
fantes. D'autres les accablent de reproches, & leur donnent des noms ou. l'Autei
trageans, auxquels ils joignent quelquefois des coups: ,, Comment? chien Procu
> d'Efprit. Nous vous logeons dans un Temple magnifique, nous vous revé. {us lui
,, tons d'une belle dorure, nous vous nourriffons bien, nous vous offrons de difcu
» l'encens; & tous nos foins ne font de vous qu'un ingrat, qui nous refufe ce aù be
, que nous lui demandons. ,, Là-deflus, ils lient la ftatue avec des cordes, soiehé
| & la traînent dans les rues, au travers des boues & des plus fales immondi- oui ef.
| ces, pour lui faire payer toute la dépenfe qu’ils ont faite en parfums. Si te efpd
| le hazard leur fait obtenir alors ce qu’ils demandoient, ils lavent le Dieu avec Peuple
| beaucoup de cérémonies, ils le rapportent au Temple; & l'ayant replacé dans en plus
| fa niche, ils tombent à genoux devant lui, & s’épuifent en excufes fur lama- LE 1
| nière dont ils l'ont traité. ,, Au fond, lui difent-ils, nous nous fommes un perfon
» peu trop hâtés; mais il eft vrai aufli que vous avez été un peu trop lent,
À À Lx à. 9 P. toûjour
» Pourquoi vous êtes-vous attiré nos injures? Nous ne pouvons remédier au
; : Mes y à peu
» paflé. IN'en parlons plas. Si vous voulez l'oublier, nous allons vous re. voyant
Avanture de, vêtir d’une nouvelle dorure (a). On lit dans le Père le Comte, une avan- faire de
Nan-king. ture fort bizarre, qui étoit arrivée à Nan-king depuis peu d'années. Un ha broient
bitant de cette Ville, voyant fa fille unique dans une maladie fort dangereufe, chine te
& n’efpérant plus rien ces remédes de l’art, s’adreffa aux Bonzes, qui lui pro. d'un jet
mirent, pour une fomme d'argent, l’affiftance d’une Idole fort vantée. Iln’en les roul
perdit pas moins l’objet de fon affeétion. Dans la douleur de fa perte, il ré. deflus d
folut du moins de fe vanger. Il porta fa plainte aux Juges, pour demander facrifier
que l’Idole fût punie de l'avoir trompé par une faufle promefle. ,, Si cet Ef loit prè
» prit, difoit-il dans fa requête, eft capable de guérir les Malades, c'eft une » Ta pc
» friponnerie manifefte d'avoir pris mon argent, & laiffé mourir ma fille, S'il , qui
, n’a pas le pouvoir qu'il s’attribue, que fignifie cette préfomption? Pour- » CE
quoi prend-il la qualité de Dieu? eil-ce pour rien que nous l’honorons & » fà pl:
que toute la Province lui offre des facrifices. Aïnf, concluant que la mort , effe
de fa fille venoit de l’impuiffance ou dela méchanceté de l’Idole, il demandoit APR
qu'elle fût punie corporellement, que fon Temple fûtabbatu, & que fes Prê- coup de
« tres fuffent honteufement chaffés de la Ville. Cette affaire parut À importan= même c
te, que les Juges ordinaires en renvoyèrent la connoiffance au Gouverneur , qu'il lui
qui l’'évoqua au Viccroi de la Province. Ce Mandarin, après avoir entendu allarmé:
les Bonzes, prit pitié de leur embarras. Il fit appeller leur adverfaire, & lui teftèren
confeilla
(a) Les Auteurs Anglois ne manquentpoint en ufent de même à l’égard de S. Antoine de
ici de rappeller l'éxemple des Portugais, qui Pade. Ils citent la bataille d'Almanza,
récompen-
paffent par
mens & de
naquit pour
hés. Quoi-
ints, ils lés
\, après de
ités impuif-
noms ou-
ent? chien
vous revê-
offrons de
is refufe ce
les cordes,
s immondi-
rfums. Si
> Dieu avec
eplacé dans
s fur la ma-
fommes un
trop lent.
emédier au
1s -VOUS re-
une avan-
s. Un ha.
langereufe,
qui lui pro.
tée. Iln’en
erte, il ré-
demander
Si cet Ef-
| c'eft une
a fille, S'il
bn? Pour-
norons &
e Ja mort
Hemandoit
e fes Prê-
mportan-
verneur s
entendu
e, & lui
confeilla
Antoine de
&
DE LA CHINE, Lrv. Il. CHar. V. 235
confeilla de renoncer à fes prétentions, en lui repréfentant qu'il ny avoit pas
de prudence à prefler certaine efpèce d'Efprits , qui étoient naturellement ma-
lins, & qui pouvoient lui jouer, tôt ou tard, un mauvais tour. Il ajoûta que
les Bonzes s’engageroient à faire, au nom de l’idole, ce qu’on pouvoitraifon-
nablement éxiger d'eux ,.pourvû que les demandes ne fuffent pas pouflées trop
loin. Mais le Père, qui étoit inconfolable de la mort de fa fille, protefta qu'il
périroit plûtôt que de fe relâcher. ,, Ce-lo-ban, difoit-il, ne fe croira-t'il pas
» €n droit de commettre toutes fortes d’injuftices, s’il eft une fois perfuadé
» que perfonne n’a la hardieffe de s’y oppofer? Le Viceroi fe vit obligé de
s'en remettre au cours ordinaire de la Juftice. L'affaire fut portée au Confeil de
Peking, [où elle traina aflez long-tems. Le Diable, dit affez plaifämment
l’Auteur, qui a des amis partout, ena un nombre parmi les Avocats, & les
Procureurs. Cependant fon fubtil adverfaire trouva le moyen de l'emporter
fur lui, en gagnant les Jugès par des préfens.] En un mot, après de longues
difcufions, l’Idole fut condamnée au banniflement perpétuel, comme inutile
au bien de l’Empire; fon Temple fut abbatu; & les Bonzes, qui la repréfen-
grtoient furent châtiés (b) févèrement. [ Après cela, s'écrie le Pére le Comte,
qui eft celui qui, fans avoir perdu le bon fens, peut adorer des Dieux de cet-
te efpèce, foibles, craintifs, & qu'on infüulte impunément? Cependant le
Peuple, loin de reconnoitre la foibleffe de fes Dieux, paroît devenir de plus
en plus aveugle fur leur compte. ]
LE refpeét que le Peuple Chinois porte aux Prêtres, n'empêche pas queles
perfonnes prudentes ne foient fur leurs gardes, & que les Magiftrats n’ayent
toûjours l'œil ouvert, fur eux dans toutes les parties de leur Jurifdiétion. Il
y a peu d’années, raconte le même Auteur, que le Gouverneur d’une Ville,
voyant une foule de peuple affemblée fur le grand chemin, eut la curiofité de
faire demander la caufe de ce tumulte. On lui répondit que les Bonzes célé-
broient une fête extraordinaire. Ils avoient placé, fur un théâtre, une ma-
chine terminée par une petite cage de fer, au-deflus de laquelle pafloit la tête
d’un jeune homme, dont on ne voyoit diftinétement que les yeux, mais qui
les rouloit une manière effrayahte. Un Bonze, paroïffant fur le théâtre, au-
deflus de ia machine, avoit annoncé au peuple que ce jeune homme alloit fe
facrifier volontairement, en fe précipitant dans une profonde rivière, qui cou-
loit près du grand chemin. ,, Cependant, avoit ajouté le Bonze, il n’en mour-
» Ta point. Au fond de la rivière, il fera reçû par des Efprits charitables,
» qui lui feront un accueil auffi favorable qu’il puiffe le defirer. En vérité,
» C’eft ce qui pouvoit lui arriver de plus heureux. Cent autres ontambitionné
, fa place. Maïs nous lui aVous donné la préférence, parce qu’il la mérite
» Cffeétivement par fon zéle & par fes autres vertus.
APRÈS avoir écouté ce récit, le Gouverneur déclara qu’il trouvoit beau-
coup de courage au jeune homme, mais qu’il étoit furpris que ce ne fût pas lui-
même qui eût annoncé fa réfolution au peuple. En même-tems, il ordonna
qu’il lui fût amené, pour fé donner ia fatisfattion de l'entendre. Les Bonzes,
alarmés de cetordre, employèrent tous leurs efforts pour s’y oppofer. Ils pro-
teflérent que fi la viétime ouvroit la bouche , le facrifice feroit inutile, &
qu'ils
æ
(b) Mémoires du Père le Comte , pag. 328. & fuivantes,
Gg 2
RELIGIONS
Cawouises,
Fraudes des
Bonzes, dé-
couvertes par
les Magi-
ftrats.
Rezrcrons
CHiINoIsrs.
Jufle puni-
tion de quel-
ques Bonzes.
Bonzesnom-
més Lamas.
Rapport de
Ja Religion de
Fo avec le
Chriftianifine.
236 VOYAGES DANS L'EMPIRE
qu'ils ne répondoient pas des malheurs que cette profanation pouvoit attirer
fur la Province. Je réponds de tout, dit le Gouverneur; & renouvellant fes
ordres, il fut furpris d'apprendre, qu'au-lieu de s'expliquer avec ceux qu’il en
avoit chargés, le jeune homme n'avoit fait que jetter fur eux des regards api.
tés, avec des contorfions extrémement violentes. ,,- Vous voyez, dit un Bon.
, Ze, combien il eft affigé des ordres que vous lui faites porter. Il en eft au
défefpoir; & fi vous ne les révoquez, vous le ferez mourir de douleur.
Loin de changer de réfolution, le Mandarin chargea fes gardes de le dégager
de fa cage & de l’amener. Ils le trouvèrent, non-feulement lié par les pieds &
par les mains, mais à-demi fuffoqué, d’un baïllon qui lui remplifloit la bouche,
Aufti-tôt qu'il fut délivré de ce tourment, il fe mit à crier de toute fa force:
» Vangez-moi de ces affaffins, qui veulent me noyer. Je fuis un Bachelier
» dans les Arts. J'allois à Peking pour l'éxamen. Hier, une troupe de Bonzes
» m'enleva violemment. Ils m’ont attaché ce matin à cette machine; pour me
noyer ce foir, dans la vûe de je ne fçai quelle déteftable cérémonie (c),
Tandis qu’il exprimoit fes plaintes, les Bonzes avoient commencé à s'éloigner;
mais les gardes, qui accompagnent fans ceffe les Gouverneurs, en arrétérent
quelques-uns. Le fupérieur , c’eft-à-dire, celui qui avoit harangué l’affemblée,
fut jetté fur le champ dans la rivière, où les Efprits charitables ne fe préfentè.
rent pas pour le recevoir. Les autres coupables furent refferrés dans une étroi-
te prifon, & reçurent enfuite la punition qu'ils méritoient (d).
Depuis que les T'artares font établis à la Chine, les Lamas, autre forte de
Bonzes, font venus s’y établir. . Leur habit eft différent de celui des Bonzes
Chinois, par la taille & la couleur; mais leur Religion eft la même, ou ne
diffère que par un petit nombre de pratiques fuperftitieufes (e ). Ils fervent de
chapellains à la Nobleffe Tartare, qui habite à Peking. Le Père Le Comte pré.
tend qu'en Tartarie ils font les Divinités mêmes que le peuple adore ( f).
ON a déja dû remarquer, dans plufieurs articles de ta Religion de Fo, une
conformité furprenante avec le Chriftianifme (g). Quelques Mifionaires, é.
tonnés de cette reffemblance, ont cru qu’elle en pouvoit être une corruption,
& que vers le feptième ou le huitième fiécle, les Peuples du Tibet & de la Tar-
tarie
nité, & d'autres comme la Trinité même,
Sc) On fçait l'Hiftoire dunommé Fetzer,
Quant aux autres traits de conformité, les mé-
à qui l’on imprima à Bâle les cinq plaies, en
fuppofant une Vifion de la Vierge Marie. On
n'ignore pas non plus par qui ce tour fut joué.
Il ne reffemble pas mal à celui de ces Bonzes.
f3"(d) L'avanture arrivée à Bâle eut aufli
ja même iffue.
(e }Suivantle Pèrel.e Comte, ce font les plus
fuperftitieux de tous les Bonzes.
(f) On ne fçait fur quel fondement le Pè-
re le Comte avance un fait fi peu connu, pag.
437. & fuiv. Voyez ci-deffous l'article de la
Tartarie Chinoife.
5 (g) Les Auteurs Angloisne trouvent d’au-
tres conformités, entre le Chriftianifme & la
Religion de Fo, qu'en ce que celle-ci fuppo-
fe un Dieuincarné, un Sauveur, un Saint El-
prit, & un Ternaire, que quelques MifMionai-
res regardeut comme un Emblème de la Tri-
mes Auteurs Anglois les trouvent uniquement
dans des pratiques particulières auxCatholiques
Romains. Ils s'étendent même affez ample-
ment fur cet article. Mais comine le Traduc-
teur a fupprimé ces détails peu favorables la
Religion qu'il profeffe, nous croyons devoir
l'imiter en faveur de ceux de nos Leéteurs qui
font de la même Religion. C'eft pour la mê-
me raifon qu'en fupléant cy-devant les notes
omifes auffi parle Traduéteur, nous avons tâ-
ché d’adoucir tout ce qu'il y auroit eu de cho-
quant pour ceux qui ne font pas dans les idées
Proteftantes. Quand nous avons trouvé quel-
ques faits, ou quelques paffages, qui n’étoient
pas fufcentibles de ces adouciffemens, nous
les avons Entièrement fupprimé, R, d. L.
tarie pe
que l'E
Apôtre
paroît (
de plus
autres
Halde,
obferve
Philofof
vient a
de la M
croit po
La fami
nois do
qu'on vo
quifet
fon pays
(h) C
378.
(#) Ibie
ES t
l'E
avoit vû
anciens I
dans la fa
la littérat
diftingué
les ancien
données (
Ces li
Chrétienr
ouvrages
quit une f
des Lettrés
ning, Chc
mer un cc
particulièt
rent tous |
rent les L
poférent,
(a) Or
it attirer
vellant fes
IX qu'il en
gards agi.
it un Bon.
| en eft au
> douleur,
e dégager
s pieds &
la bouche,
> fa force:
Bachelier
de Bonzes
, pour me
onie (c).
’éloigner;
arrétèrent
ffemblée,
: préfenté.
une étroi-
re forte de
es Bonzes
ne, ou ne
fervent de
omte pré-
e (f).
> Fo, une
naires, é-
prruption,
de la Tar-
tarie
inité même,
ité, les mé-
uniquement
Catholiques
fez ample-
e le Traduc-
vorables d1æ
vons devoir
Lecteurs qui
pour la mê*
nt les notes
us avons ti-
it eu de cho-
ns les idées
rouvé quel-
Qui n’étoient
nens, nous
. d LE
DE LA CHINE, Liv. IL Car. V.. 237
tarie peuvent avoir été convertis par les Neftoriens. D’autres fe font figurés
que l'Evangile peut avoir été prèché dans ces Régions, du tems même des
Apôtres (b). Mais comment donner de la vraifemblance à cette opinion, s’il
paroît certain, par les Hiftoires Chinoifes, que la Religion de Fo ait précédé
de plus de mille ans, celle de Jefus-Chrift? Couplet, Le Comte, & plufieurs
autres Miffionaires, n’oppofent rien à cette fuppofition. Il eft vrai que Du
Halde, en parlant de la naiffance deFo, n’en rapporte point le tems; mais il
obferve, dans plufieurs autres endroits, particulièrement dans une note fur le
Philofophe Chin (i), que Fo vivoit cinq cens ans avant Pythagore; ce quire-
vient au même. Il ajoûte que Pythagore tira des difciples de Fo fa doétrine
de la Métempfycofe. Sans entreprendre d’éciaircir de fi épaiffes ténébres, on
croit pouvoir conclure cet article, par une obfervation du Père Navarette.
La fameufe figure, qui fe nomme San-pau, dit ce Miffionaire, que les Chi-
nois donnent pour l’image de leur Ternaire, eft éxactement femblable à celle
qu'on voit à Madrid fur le grand autel du Couvent des Trinitaires. Un Chinois,
qui fe trouveroit en Efpagne pourroit s’imaginer qu'on y adore le San-pau de
fon pays (k).
(b) Chine du Père Du Halde Vol. 11. pag.
378.
(5) Ibid, pag. 670.
(k) Colleétion du Churchill,
à Vol, I. pa
ge 241. à
ç VI.
Seête de FU-KT AU.
ES troubles de la Religion & de la guerre avoient entiérement banni de
l'Empire Chinois l'amour des fciences, & pendant plufieurs fiécles on y
avoit vû régner l'ignorance & la corruption des mœurs; lorfque le goût des
anciens Livres & l’eftime pour les gens de Lettres commençant à revivre
dans la famille Impériale de Song, on vit naître infenfiblement l'émulation de
la littérature entre les principaux Mandarins & toôu‘es les perfonnes un peu
diftinguées par l’efprit &le mérite. Ils entreprirent d'expliquer, non-feulement
les anciens Livres Canoniques, mais encore les interprétations qu'en avoient
données Confucius, Mencius, fon difciple, & d’autres fameux Ecrivains.
CEs Interprètes acquirent beaucoup de réputation vers l’an 1070 de l'Ere
Chrétienne. Les plus célébres furent Chu-1/e & Ching-tfe, qui publièrent leurs
ouvrages fous le régne du fixième Empereur de la race de Song. Chu-tfe (a )ac-
quit une fi grande diitinétion par fon fçavoir, qu’il fut honoré du titre de Prince
ds Lettrés. Vers l'an 1400, Tong-lo, troifième Empereur de la race de Tay-
ming, choifit quarante-deux des plus fçavans Doéteurs, qu'il chargea de for-
mer un corps de doftrine, pour fervir de régle aux Lettrés, & de s’attacher
particulièrement aux commentaires de Chu-tfe & de Ching-tfe. Ils apportè-
rent tous leurs foins à cette grande entreprife. Non-feulement ils interprété-
rent les Livres Canoniques, & ceux de Confucius & de Mencius; mais ils com-
pofèrent, en vingt volumes, un nouvel Ouvrage, fous le titre de Sing-li-ta-
tfuen ,
(a) On lit Chu-bi dans l'Original; mais il paroît que c’eft une méprife,
C3
L)
ReLTGIONS
CHINOISES,
Obfervation
de Navarette
Extinétion &
renaiffance
des Lettres à
la Chine.
Nouveau
corps de dôc-
trine.
4
14
|
- If #
1
Î }
1 h |
De
LI
|
À
Œ
L.
RELIGIONS
CHINOISES.
Carañtères
de cet Ouvra-
(2e)
ve
Syftêine des
nouveaux
Doëteurs
Chinois.
Ce que c'eft
quele Tay-ki.
238 VOYAGES DANS LEMPIRE
tfuen, qui fignific Nature, ou Philofophie Naturelle. Ils s'attachèrent, füivant
l’ordre Impérial, à la doétrine des deux Ecrivains qu'on a nommés; c’eft.2.
dire, que pour m'être pas accufés d’avoir abandonné les anciens livres, qui
étoient refpeëtés de tout l'Empire, ils les expliquérent [ par de faufles interpré.ém
tations, & en leur donnant un fens forcé | d'une manière conforme à leurs
ropres opinions. Cependant l'autorité de l'Empereur, la réputation de ces
crivains, leur ftyle ingénieux & poli, la nouveauté de.leur méthode, &
l'obfcurité des anciens livres, donnèrent tant d'éclat à leur ouvrage, qu'un
grand nombre de Lettrés s’y laiflèrent tromper.
Ces nouveaux Doéteurs prétendirent que leur doétrine étoit fondée fur
V'Zking, le plus ancien de tousles Livres Chinois. Mais leurs explications étoienr
obfcures, remplies d'équivoques & même de contradiétions. Ils employoient
des termes, qui paroifloient marquer leur attachement pour l’ancienne doc.
trine, tandis qu’en effet ils en établiffoient une nouvelle. Ils affeétoient de par.
ler le langage des Anciens, fur tous les objets du culte ; & dans le même tems
ils donnoient à leurs expreffions un fens impie, qui tendoit à la ruine de tou.
tes fortes de cultes. On va donner quelque idée de leur fyftême, quoiqu'il foit
difficile d’en tirer un fens bien clair, & que les inventeurs ne s’entendiffent
peut-être pas eux-mêmes.
Is donnoient à la première caufe le nom de Tay-ki, qu'ils prétendoient
avoir trouvé dans les deux Doéteurs, dont ils feignoient de fuivre les princi-
pes. Cependant Chu-tfe confeffe lui-même que ce nom n'étoit connu, ni de
Fo-bi, Auteur de l'Iking, ni de Ven-vang fon interpréte {b). En effet, le
Père Couplet, qui étoit trés-verfé dans les Livres Chinois, affûre qu’il ne fe
trouve dans aucun des Livres Canoniques, excepté dans un court Appendix,
qui eft à la fin de l’expofition de l’Zking par Confucius, où l’Auteur dit: ., Que
, la transformation contient le Tay-ki; & que le Tay-ki produit deux quali.
» tés; le parfait & l’imparfait: que ces deux qualités produifent quatre ima.
» Ses, & que ces quatre images produifent huit figures. Suivant les meilleu.
res interprétations, le Tay-ki de Confucius ne fignifie que la matière premié.
re. Quoique ce Tay-ki, difent les nouveaux Doéteurs, foit quelque chofe
qui ne peut être exprimé; qu'il foit féparé de toutes les imperfeétions de la
matière, & qu'on ne puifle trouver de nom qui lui convienne, ils s'efforcent
néanmoins d’en donner une idée qui autorife leur opinion. Comme les deux
mots Tay-ki fignifient en eux-mêmes le faîte d’une maifon, ils veulent, qu'en
qualité du premier être, le Tay-ki foit, à l'égard des autres êtres, ce que le
faîte d’une maifon eft à l'égard de l'Univers, comme le faîte unit & foutient
toutes les parties d’un toît. Ils le comparent auffi à la cîme («) d’un arbre, &
à l’effieu d’un chariot. Ils le nomment le pivot, fur lequel toute la machinede
l'Univers tourne; la bafe, le pilier & le fondement dé tout ce qui éxifte, Ce
n'eft pas, difent-ils, un Etre chimérique, tel que lé'Vuide des Bonzes, mais
un Etre réel, dont l’éxiftence a précédé celle de tottes chofes, & qui ne peut
néanmoins en être diftingué; car c’eft la même chofe que le parfait & l'im-
parfait, la Terre, leCiel & les cinq élémens; de forte que dans quelque fens,
chaque être particulier peut être nommé Tay-ki.
ILs
(b) Voyez ci-deffus l’article des Livres Ca- (c) Angl, à la racine. R, d. E,
noniques ue la Chine, ù
ILs
Lorfqu
tile, a
duit l’#
tel qu’
profon
pénétre
tières 1
formen
tudes ©
& l’im
ajoûten
produit
de tous
gularité
CEp
u’ils at
ue fans
cipes.
fource :
droit, il
me & d
a tout pl
s'efforce
les plus:
pañages
aufii le n
compofit
fon eflen
raifonner
Li donne
font brifé
ILs ra
voirs réci
& les fem
eft la for:
ceffe d'éx
foute par
fluidité &
mes obfct
tombent r
te furnatt
mée (e),
(4) N'eft
bien entendr
haires n’entr
Auteurs, co
ht, fuivant
és; c’eft.à.
livres, qui
es interpré.{ém
rme à leurs
tion de ces
éthode, &
age, qu'un
fondée fur
ions étoient
mployoient
cienne doc.
ient de par.
même tems
ine de tou.
uoïqu’il foit
entendiffent
rétendoient
: les princi-
nnu, ni de
in effet, le
> qu'il ne fe
rt Æppendix,
dit: ,, Que
deux quali-
quatre ima-
les meilleu-
ère premié-
elque chofe
ions de la
s s'efforcent
e les deux
ent, qu'en
, ce que le
& foutient
narbre, &
machine de
éxifte, Ce
pnzes, mais
qui ne peut
fait & l'im-
elque fens,
DE LA CHINE, Liv. IL Cnar. V. 239
ILs difent qu’il doit être confidéré comme une chofe immobile & en repos.
Lorfqu'il fe remue, il produit le yang, qui eft une matière parfaitement fub-
tile, aétive, & dans un mouvement continuel. Lorfqu'il eft en repos, il pro.
duit ln, matière imparfaite & groflière, qui n’a point de mouvement, 1l eft
tel qu’un homme qui demeure en repos, tandis qu'il eft dans une méditation
rofonde fur quelque fujet, & qui pafle du repos au mouvement, lorfqu'il a
pénétré le fujet dont il étoit occupé. Du mêlange de ces deux fortes de ma-
tières naiflent les cinq élémens, qui, par leur union & leurtempéramment,
forment l'Univers & la différence de tous les corps. De-là viennent les vicifli-
tudes continuelles de toutes les parties de l'univers, le mouvement des étoiles,
& l'immobilité de la terre, avec la fécondité & la ftérilité des plaines. Ils
ajoûtent que cette matière, ou plûtôt cette vertu répandue dans la matière,
produit, ordonne & conferve toutes les parties de l'univers; que c’eft la caufe
de tous les changemens, mais une caufe ignorante, qui ne connoît pas la ré-
gularité de fes propres opérations. |
CEPENDANT rien n'eft plus furprenant que la multitude de perfettions
v’ils attribuent à leur Tay-ki. [Ils lui donnent une grandeur & une éten-
de fans bornes.] C’eft difent-ils, le pluspur & le plus parfait de tousles prin-
cipes. Il n’a point de commencement ni de fin. C’eft l'idée, le modéle & la
fource le toutes chofes, l’effence de tous les autres Etres. Dans un autre en-
droit, ils le confidèrent comme un Etre animé, auquel ils donnent le nom d’'a-
me & d’efprit. Ils en parlent même comme de la fuprême Intelligence, qui
a tout produit. Mais ils ne s'accordent point avec eux-mêmes; & lorfqu'ils
s'efforcent de concilier leur fyftême avec les anciens Livres, ils tombent dans
les plus manifeftes contradiétions (4). On a pris droit à la Chine, de quelques
pañlages de leur Livre, pour élever des lemples au Tay-ki. Ils lui donnent
auffi le nom de Li. C’eft lui, difent-ils encore, qui joint la matière dans la
compofition des corps naturels ; qui conftitue chaque être particulier dans
fon eflence, & qui le diftingue de tous les autres. .Voici lenr manière de
raifonner. ,, Vous faites d’une piéce de bois, un banc ou une table, Mais le
Li donne au bois la forme d’une table ou d'un banc; & lorfque ces inftrumens
font brifés, leur Li ne fubfifte plus.
ILs raïfonnent de même fur les principes de la Morale. Ce qui établit les de-
voirs réciproques entre les Princes & les Sujets, les pères & les enfans, les maris
& les femmes ; ilsl'appellent Li, Ils donnent à l'ame lenom de Li, parce qu’elle
eft la forme du corps; & lorfqu’elle ceffe de l'être, ils prétendent que le Li
celle d'éxifter; de la même manière, difent-ils, que l’eau glacée qui eft dif.
foute par la chaleur, perd le Li qui l’avoit rendue glace, pour reprendre fa
fuidité & fon être naturel. Enfin, après avoir difputé long-tems dans ces ter-
mes obfcurs & prefqu'inintelligibles fur la nature du Tay-ki & du Li, ils
tombent néceflairement dans l’athéifme, jufqu’à rejetter toute caufe efficien-
te furnaturelle , & ne plus admettre d'autre principe qu’une vertu inani-
mée (e), unie à la matière, à laquelle ils donnent le nom de Li ou de 17e
AIS
(d) N'eftil pas à craindre que faute de
bien entendre la Langue Chinoife les Miffio- Voyez la Relation de Mezzabarba.
naires n’entrent point affez dans le fens des (e) Cet endroit paroît contredit par ce
Auteurs, comme on a và ci-deffüs que l’En-gqu'on va lire, [& où l’on verra qu'ils di
en
pereur Kang-hi leur en faifoit un reproche,
RELIGIONS
CHINOISES.
Autres ex-
plications.
Contradic>
tions du nou.
veau ftyfté.
me, & mau-
vais effet qu'il
produit,
Ce que c’eft
que le Li,
RELIGIONS
CHiINONSLS.
Embarras
des Doéteurs
pour concilier
leur fyfiême
avec l'ancien:
ne doctrine,
Diirérence
des véritibles
Lettrés & de
ceux qui ne le
fontpas.
C'eft cette
différence qui
a faitnaître
les contefta-
tions des Mif-
fionaires,
Déclaration
de l’Empe-
reur de la
Chine.
240 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Mars ils fe jettent dans un extrême embarras, lorfqu'ils veulent éluder
uantité de paflages des anciens Livres qui parlent clairément des Efprits, de
Ja Juftice, de la Providence, d'un Etre fuprême, de la connoïffance qu'il à
du fecret des cœurs, &c. S'ils entreprennent deles concilier avec leurs idées,
ils s'engagent dans une infinité de nouvelles contradiétions, & fouvent ils dé.
truifent dans un endroit ce qu’ils ont établi dans un autre. On en verra vo.
lontiers quelques éxemples. Ils enfeignent nettement que l'ame, par l'empire
u’elle a fur tous les mouvemens & les affeétions, peut arriver àla connoiflance
de l'ame fuprême, c’eft-à dire, de l'Intelligence qui gouverne tout; que de
même la fimple confidération de la manière étonnante dont chaque Etre fe
perpétue & produit fon femblable, prouve évidemment l’éxiftence d’un grand
Etre intelligent, qui conferve, gouverne & conduit toutes chofes à leur pro.
pre fin par la voie la plus convenable. Ils vont jufqu’à foûtenir que cette ad.
mirable fubftance ne peut être inanimée ni matérielle. Ils affürent même qu'elle
eft Efhrit; qu’elle contient l'excellence de tous les autres êtres, & qu’elle don-
ne l’etre à tout ce qui fubfifte.
Les véritables Lettrés demeurent attachés aux anciens principes. Mais
comme il s'en trouve aufñi, qui, fe livrant aux commentaires modernes, &
cherchant l'explication de chaque chofe dans les caufes naturelles, ne recon-
hoiffent point d'autre principe qu’une vertu célefte, aveugle & naturelle, les
Miffionaires nouvellement envoyés à la Chine, ont été portés à croire que c’é.
toit l'opinion commune des Lettrés. Cependant ils promirent d'en juger au-
trement, fi l'Empereur vouloit expliquer la vraie fignification des mots Ty,
& Chang-ti, & déclarer qu’il entendoit par ces deux termes Je Maître du Ciel,
& non /e Ciel matériel. Maigret, Vicaire Apoftolique de Fo-kyen, infifta fur
la néceflité de cette explication; & dans le cours de l’année 1700 on confülta
ce Prince avec tant de ménagemens, qu’il ne pût fe défier du motif de cette
curiofité. Aufñfi déclara-t'il, par un Edit qui fut inferé dans les Archives de
l'Empire , & publié dans toutes les Gazettes, ,, que ce n'’étoit point au Ciel
vifible & matériel qu'on offroit des facrifices, mais uniquement au Seigneur
& au Maître du Ciel, de la terre & de toutes chofes; qu’il falloit donner
le même fens à l’infcription ( Chang-ti), qu'on lifoit fur les Tablettes, de-
vant lefquelles on offroit ces facrifices ; que c’étoit par un jufte fentiment
de refpeét qu’on n'ofoit donner au fouverain Seigneur le nom qui lui con-
» vient, & qu’on étoit dans l’ufage de l’invoquer fous les titres de Ciel Supré-
» ne, de Bonté fupréme du Ciel, de Ciel univerfel; comme en parlant refpec-
» tueufement de l'Empereur, au-lieu de l’appeller par fon propre nom, on
» employe ceux de Marches du Trûne, & de Cour fupréme de fon Palais: enfin,
» que ces noms, quoique différens dans les termes, font en effet les mêmes
» dans leur fignification. ,, Un jour l'Empereur s’expliquant en public, af-
füra ,, que les Lettrés de l'Empire penfoient, comme lui, que le Principe de
» toutes chofes eft nommé Tyen (c’eft-à-dire, Ciel) dans un ftyle noble &
» figuré; comme les Empereurs Chinois font appellés Chau-ting, du nom de
» leurs Palais, qui font les lieux où la Majefté Impériale til: dans fon plus
» grand éclat.
Les
32
LL
2
LE
tent un Ltre intelligent qui gouvernele Mon. être que des Jnftrumens dans la main du pie-
de, Ainfi ces principes inanimés ne doivent mier.]
qui che
très-ap
hrétie
La
me de
font pa
d’éduca
quelque
tranquil
différen
tres Let
Mais l
peuple :
l'Idolâtr
leurs m:
dorées.
Difciple
ont afle
fasse
1 quel
ke î
rémonie
méchan
(f) C
: PTIT
lent éluder
Efprits, de
ance qu'il a
leurs idées,
ivent ils dé.
n verra vo-
par l'empire
onnoiflance
ut ; que de
que Etre fe
> d’un grand
a leur pro-
ue cette ad-
nême qu’elle
qu’elle don.
ipes. Mais
odernes , &
, ne recon-
iturelle, les
oire que c’é-
en juger au-
s mots Tyer
aître du Ciel,
), infiita fur
on confulta
otif de cette
Archives de
oint au Ciel
au Seigneur
Iloit donner
blettes, de-
e fentiment
qui lui con-
e Ciel Supré-
ant refpec-
2 nom, On
lais: enfin,
les mêmes
public , af
Principe de
le noble &
du nom de
ns fon plus
LE;
main du pie-
aui cherchoient à les rendre odieux.
DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. V. d4t
Les nouveaux Mifionaires confultèrent auf les Princes, les Grands de
la Chine, les Mandarins du premier ordre, & les principaux Lettrés, fur-tout
Je Premier Préfident de l’Académie Impériale, qui eft compofée des plus émi-
nens Doéteurs & de ceux qui paflent proprement pour les Lettrés de l'Empe-
reur. Tous parurent füurpris qu'il y eut, en Europe, des Sçavans capables
de fe perfuader que les Lettrés de la Chine honoraffent un Etre animé, tel que
le Ciel vifible & matériel. Ils déclarèrent unanimement, qu’en invoquant Tyen
& Chang-ti, ils invoquoient le fouverain Seigneur du Ciel, l’Auteur & le prin-
cipe de toutes chofes, le Difpenfateur de tous les biens, qui voit tout, qui
fait tout, & dont la fagefle gouverne l'Univers. Quoi? s’écriggent quelques-
uns d’entr'eux, croyons-nous que chaque famille puiffe être fans Chef, cha-
» que Ville fans Gouverneur, chaque Province fans Viceroi, & l'Empire en-
#» tier fans un Maître indépendant? Pourrions-nous douter qu'il n’y ait une
#» première Intelligence, un Etre fuprême, un fouverain Seigneur de l’Uni-
» Vers, qui gouverneavec une fagefle égale à fa Juftice? N'’eft-ce pas la
» doétrine de nos anciens Livres? & ne l’avons-nous pas reçûe de nos pre-
» miers Sages (f)? |
Du Halde donne beaucoup d’étendue aux preuves qu'il tire des Edits de
l'Empereur & de fes décifions en divérfes occafions. Mais on fe difpenfe ici
d’un détail, qui paroîtroit déplacé dans un Recueil Hiftorique ; [ d’autant plus
que cet Auteur femble avoir en vûe-de favorifer la caufe que fon Ordre a eu
à foûtenir contre plufieurs autres. On fe contentera de remarquer que bien
loin qu’on doive regarder les Lettrés Chinois, comme autant d'Athées, il eft
très-apparent, qu’ils n’ont été accufés d'irreligion, que par des adverfaires,
On ne voit que trop fouvent parmi les
Chrétiens des éxemples femblables..
La Chine a produit une autre efpèce de Lettrés, qui ont formé leur fyfté-
me de ces différens principes, en s’efforçant de les concilier. D’autres ne
font pas plûtôt parvenus au degré de Mandarins, que foit par un préjugé
d'éducation, qui vient de leur naïiffance dans une famille Idolâtre , foit par
quelque vâûe d'intérêt, foit par indulgence pour le neuple & par zéle pour la
tranquillité publique, ils femblent embraffer les opinions de plufieurs Seétes
différentes. En même-tems, ils ne marquent pas moins d’ardeur que les au-
tres Lettrés à déclamer contre L-tu-an; c’eft-à-dire, contre les faufles Seétes.
Mais l'expérience fait connoître qu’ils n’ont pas moins d’attachement que le
peuple même pour les fuperftitions de Jo. Leurs femmes, qui font livrées à
l'Idolâtrie, entretiennent ordinairement dans l'endroit le plus honorable de
leurs maifons une forte d’autel, fur lequel on voit une légion de ftatues bien
dorées.. Et la complaifance, ou d’autres motifs, porte fouvent ces foibles
Difciples de Confucius à fléchir le genou devant ces Idoles. Ceux-mêmes qui
ont aflez de fermeté pour réfifter au torrent, participent du moins aux mé-
thodes imaginaires que leurs femmes employent pour pénétrer dans l'avenir.
Si quelque perfonne de leur famille paroît menacée de la mort, ils font appel-
ler les Bonzes, qui viennent brûler du papier doré, & pratiquer d'autres cé-
rémonies. Loin de pañler pour Philofophes, ils feroient regardés comme de
méchans Citoyens, s'ils ne s’aflujettifloient pas à cet ufage,
L'IGNORANCE
(f) Chine de Duktalde, Vol, L pag. 658, & fuiv. Mémoires de Te Cointe, pag. 340
PTIT. Part, Hh ;
RertcroRs
CuiNoises.
Déclaration
des Grands de
l'Empire,
Diverfes for.
tes d'opinions
établies à la
Chine.
Rectctons
CuHiNorsss.
Culte des
Génies.
Trois four-
ces de l’igno-
rance du Peu-
ple Chinois.
L'horofco-
L’invocation
des Efprits,
242 VOYAGES DANS L'EMPIRE
L'IeNoRANCE groffière de la Phyfique, dont les Auteurs Chinoïs ne font
as plus éxemts que le Peuple, leur fait attribuer les plus fimples effets des cau.
es naturelles à quelque mauvaisgénie. Cette opinion eft prefque généralement
établie, fur-tout dans l’efprit du Peuple & parmi les femmes. Quelquefois ce
mauvais génie eft une de leurs ftatues, ou plûtôt, fuivant la remarque du
Père Du Halde, c’eft le Démon qui l’habite. Pour d’autres, c’eft une haute
montagne, un grand arbre, un Dragon imaginaire qu’ils placent au fond de
la Mer ou dans le Ciel, la quinteffence de quelque animal, tel qu’un renard,
un finge, une tortue, un crapaud, &c. C’eft ce qu'ils appellent T/ing, ou
Vau-quay, où Quo-Jire-R, c'elt-à-dire, Monftre, ou quelque chofe de fort fur.
prenant. Ils aflürent que ces animaux, après avoir vécu longtems, ont le pou-
voir de purifier leur propre effence & de fe dépouiller de toutes leurs parties
groffières & terreftres. La portion füubtile qui demeure, fe plaît à troubler
l'imagination des hommes & des femmes. Un renard purifié de cette manière
eft extrémement redoutable. Lorfque les Chinois tômbent malades & qu'ils
font dans le délire de la fiévre, c’eft indubitablement le Démon qui les tour.
mente, & l'on appelle aufli-tôt les Bonzes. Il eft impofñfible de fe repréfenter
les tours de foupleffe & le bruit qu’ils font dans la maifon. Le Peuple & les
demi-fçavans ne réfiftent point à cesimpoftures. Mais trois chofes fervent prin-
cipalement à les entretenir dans cette ignorance.
LA première eft ce qui s’appelle à la Chine Suenming, & qui revient à nos
Difeurs de bonne-avanture. Le pays eft plein de gens qui calculent les natiuités,
& qui jouant d’une efpèce de théorbe, vont de maifons en maïfons pour offrir
à chacun de lui dire FA bonne ou fa mauvaife fortune. La plûpart font des a.
veugles, & le prix de leur fervice eft d'environ deux liards. Il n’y a point
d’extravagances qu'ils ne débitent fur les huit lettres dont l’an, le jour, le
mois & l’heure de la naïffance font compofés. Cet horofcope fe nomme P4-
tfe. Ils prédifent les difgraces dont on eft menacé, ils promettent des richef.
es & des honneurs, du fuccès dans les entreprifes de Commerce & dans l'é.
tude des Sciences. Ils découvrent la caufe de vos maladies & de celles de vos
enfans, les raïfons qui vous ont fait perdre votre père & votre mère, &c.
Les infortunes viennent.toûjours de quelqu’Efprit que vous avez eu le malheur
d’offenfer. Ils vous conféillent de ne pas perdre de tems pour l'appaifer, &
de faire appeller promptement un certain Bonze. Si les prédiétions fe trouvent
fauffes .. le Peuple fe contente de dire: ,, Cet. homme entend mal fon métier.
Le fécond ufage, qui entretient l’aveuglement des Chinois, confifte dans
le Pa-qua, ou le Ta-qua, c’eft-à-dire, l'art de confulter les Efprits. Il y a plu-
fieurs méthodes établies pour cette opération. Mais la plus commune eft de
fe préfenter devant une Statue & de brûler certains parfums, enfrappantplu-
fieurs fois la terre du front. On prend foin de porter près de la Statue une
boëte remplie de petites fpatules, d’un demi-pied de longueur, für lefquelles
font gravés des Caraétères énigmatiques, qui paflent pour autant d’oracles.
Après avoir fait plufieurs révérences, on laïfle tomber au hazard une des fpa-
tules, dont les caraétères font expliqués par le Bonze qui préfide à la cérémo-
nie. Quelquefois on confülte une grande pancarte, qui eft attachée contre le
mur & qui: contient la clé des caractères. Cetteopération fe pratique à l'approche
d'une affaire importante, d’un voyage, d’une vente de marchandifes, d’un
mariage, & dans mille autres occafions, pour le choix d’un jour heureux &
pour le fuccés de l’entreprife.. La
LA
cule,
des ke
uelqu
ain d
croire
aufi lo
fuites €
confifté
de terr
qui rep
ins qu
jour de
l'encen
fans cef
attend
la part
de leurs
fÎtance c
par des
des per
n’eft po
maifon ;
ment s
quitte p
tems.
de leurs
nir lieu
rien à r
tent de
répand ;
pour
leurs re
long-tet
dre cett
\ytes CI
ciennes
dans qu
d'un m
attendo
hois ne font
Fets des cau.
énéralement
elquefois ce
emarque du
tune haute
au fond de
‘un renard,
C Tfing > Où
de fort fur.
, Ont le pou-
leurs parties
t à troubler
tte manière
les & qu'ils
qui les tour.
repréfenter
euple & les
ervent p'in-
vient à nos
es natiuités,
; PE offrir
ont des a-
n’y a point
le jour, le
omme Ps.
des richef.
& dans l'é.
Iles de vos
mère, &c.
le malheur
ppaifer, &
fe trouvent
on métier.
ag
a plu-
Fr eft de
kppant plu-
Sratue une
lefquelles
d'oracles.
e des fpa-
a cérémo-
e contre le
’approche
ifes, d'un
eureux &
LA
DE LA CHINE, Lrv. Il Crar. V. 945
La troifième fource d'ignorance, & la plus profonde quoique la plus ridi-
cule, eft le Fong-chwi, autre opération myftérieufe, qui regarde la pofition
des édifices & fur-tout celle des tombeaux. Fong-chwi fignifie ent & Eau. Si
uelqu’un bâtit, par hazard, dans une pofition fi contraire à fes voifins, qu’un
Din de fa maifon foit oppofé au côté de celled'unautre, c eft affez pour faire
croire que tout eft perdu. Non-feulement il en réfulte des haines, qui durent
auffi long-tems que l'édifice; mais le propriétaire demeure expofé aux pour
fuites des Mandarins. Ces remèdes font-ils fans effet ? Il n’en refte qu'un, ane
confifte à placer, dans une chambre (g), un dragon, ou quelqu autre monftre
de terre cuite,. qui jette un regard terrible fur le coin de la fatale maifon, &
Æqui repoufle ainfi toutes les influences qu'on peut en appréhender. [ Les voi-
ins qui prennent cette précaution contre le danger, ne Sn pas chaque
jour de vifiter plufieurs fois le monftre qui veille à leur défenfe. Ils brûlent de
Vénétie devant lui, ou plûtôt devant l'Efprit qui le gouverne & qu’ils croient
fans ceffe occupé de ce foin. Ils fe réuniffent pour cette cérémonie, & chacun
attend de l'Efprit ou du Monitre de fes voifins le fecours qu’il leur romet de
la part du fien. Les Bones ne manquent point de prendre part à embarras
de leurs cliens. Ils s'engagent pour une fomme d'argent à leur procurer Pafi-
{tance de quelque puiffant Efprit, qui foit capable de les raffürer nuit & jour
par des efforts aufli continuels que fa vigilance & fon attention. Il fe trouve
des perfonnes fi timides, qu’elles interrompent leur fommeil pour obferver s’il
n’eft point arrivé de changement qui doive les obliger de changer de lit ou de
maifon; & d’autres encore plus crédules, qui ne dormiroient pas tranquille-
ment s'ils n'entretenoient, dans la chambre du dragon, un Bonze, qui ne les
uitte pas jufqu’à la fin du danger. Mais il eft rare que le défordre dure long-
_n Tous les voifins ayant le même intérêt à fe délivrer de leurs allarmes,
employent leurs biens & leur crédit auprès des Mandarins, qui faififfent quel-
quefois, aufñi volontiers que les Bonzes, de fi belles occafions pour tirer un
profit confidérable de la foibleffe du Peuple. Ce qui doit paroître étrange,
c’eft qu’une fuperftition fi généralement établie n’ait produit aucune Loi, qui
ôte aux Particuliers la liberté dé fuivre leur goût dans la forme & la pofition
de leurs édifices On s'imagineroit que la feule force de la fuperftition doit te-
nir lieu de Loi; mais comme elle n'agit que fur les voifins, parce qu'il n’y a
rien à redouter pour celui qui bâtit, il arrive fouvent qu'un Particulier mécon-
tent de fon voifinage, prend un plaifir malin à fe venger par le trouble qu’il y
répand; fi l'on n’aime mieux croire que les Bonzes ont part à la caufe du mal,
pour affermir leur crédit en fe rendant néceffaires au Peuple, ou pour groffir
leurs revenus. Les Miffionaires de Nan-king , contre lefquels il s’etoient
long-tems déchaînés dans cette Ville, Îles foupçonnérent d avoir voulu join-
dre cette malignité à quantité d’autres perfécutions. Un jour quelques Profé-
\tes Chinois, qui n'avoient point encore fecoué le joug de routes leurs an-
ciennes erreurs, vinrent avertir le Supérieur de la Miffion qu’un de fes voifins,
dans quelques réparations qu'il faifoit à fes édifices, avoit fait tourner le coin
d'un mur contre le côté de l’Eglife. Toute la Ville, informée de cette infulte "
attendoit curieufement quelle feroit la conduite des Européens & ER
(g) Angl. à placer fur fon toit, R. d. E,
Hh 2
Reztcroxe
CuiNoises,
Le Fong-
Chwi, ou fu-
perftition du
vent & de
l'eau.
Remèdes
contre la
crainte du
Fong-chwi,
Jufqu'où va
la fuperfti-
tion.
Elle eñt mé-
prifée par les
Mifficnaires
de Nao-king.
RELIGIONS
Curnoises,
Superftition
d'un Gouver-
ncur,
Autres ob.
iets du l'ong-
chiri,
Réfléxion
des Auteurs
Apglois. .
244 VOYAGES DANS. L'EMPIRE
thode ils employéroient pour détourner les difgraces dont ils étoient menacés.
Mais les Miffionaires ayant reçu cet avis avec dédain & paroiflant tranquilles
fur un.fi frivole fujet de terreur, le Peuple ne douta point que , dans les prati..
ques de leur Religion ils n'euflent des méthodes, comme celles de la Chine
pour fe garantir d’un mal fi redoutable. ] y
LE. Gouverneur de Xyen-chan eut recours à la même méthode pour fe défendre
contre l'Eglife des Jéfuites, qui étoit bâtie fur ue éminence qui dominoit fon
Palais. 11 eut auifi la précaution d’en tourner ls appartemens un peu de côté
D'ailleurs une forte d'édifice, ou de porte à trois étages, qu'il.fit bâtir à deux
cens pas de l'Eglife, fervoit à le garantir de l'influence. Mais, par malheur
cette porte fut regardée comme l'unique caufe de la-mort du Gouverneur fui.
vant. Ce Mandarin ayant été attaqué d’une fluxion de poitrine, qui lui fai.
foit cracher de gros flegmes blancs, on ne douta point que cette porte, dont
la couleur étoit blanche, n'eut produit fa maladie, &. là-deffüus on prit la ré.
folution de. la peindre en noir, pour arrêter le cours de fes effets, Ce
expédient n'ayant pas réufli , on s’imagina que c'étoit parce qu'on s’y é..
toit pris trop tard, & le Mandarin mourut. Enfuite à l'occafion de quelque.
autre chimère, on fit reblanchir la porte. | |
CETTE fuperftition ne regarde pas feulement la fituation des édifices
mais encore la.manière de placer les portes, le jour & la manière de difpofer
le fourneau pour faire cuire le riz, & quantité d’autres particularités de la.
même nature. Le pouvoir du Fong-chwi s'étend encore pius.f17 les fépuicres.
des mort’ Certains impofteurs font leur métier. de découvrir les montagnes,
& les collines dont l'afpeët eft favorable; & lorfqu'après diverfes cérémonies,
ridicules, ils ont fixé un lieu pour cet ufage, on ne croit pas qu'il y ait de
trop groffe fomme pour acheter cette heureufe portion de terre, |
Lzs Chinois regardent le Fong-chwi (k).comme une chofe plus précieufe
en quelque forte, que la vie même, parce qu’ils font perfuadés que le bon.
heur ou le malheur de la vie dépend de cette chimire. En un mot, fi quelqu'un
fe diftingue entre les perfonnes du même âge par fes talens & fa capacité; s’il
parvient de bonne-heure au degré de Doéteur, ou à quelqu'emploi; s’il de.
vient père d'une nombreufe famille ;. s’il vit long-tems, ce n’eft point à fon
mérite, à fon adrefle, à fa probité qu’il en a l'obligation; fon bonheur vient.
€i) de l'heureufe fituation de fa demeure, ou de ce que la fépulture de fes An-
cétres. eft partagée d’un excellent Pong-chwi. |
L'inÉée qu’on vient de prendre des-différentes- Sectes Chinoifes fert à faire
concevoir par-quels degrés les changemens de Religion arrivent dans les au.
tres pays, foit de bien en mal, foit de mal en pire. Comme il paroît que la.
Religion Naturelle eft-la première qui s’eft répandue à. la Chine, on peut ju-
ger qu'elle n'eft pas moins la plus ancienne dans tous les autres Etats du Mon-.
de. Elle prévalut parmi les Chinois, jufqu’à ce :que l'ambition & l'inconti-.
nence des Grands eut introduit la, corruption. des mœurs, accompagnée de,
l'ignorance, qui ouvrirent la porte à la fuperftition & aux pernicieux princi-
pes. de Law-tfe.. Enfuite Confucius . habile &. vertueux. Philofophe, entre-
pris.
TF”(D) Par ce mot ils n’entendent pas feule. qui s'étend jufqu’à la poftérité.
(3) Du Halde, pag, pôs.
ment un air Corrompu , qui caufe des mala-
dies,. mais euçore une efpèce de malédiétion-
prit de
ps fon rep
tous les
courage
profefle
La Q
les prind
fut aifé
pide ino
pereur
fi les plu
& la pl
ktjon des
bientôt
devient
un Pays
imiter |
faire ave
ils feront
bonnes. i
ES 1
info
x Kay-fon
T. ae
faire quel
cette con
nagOgUE ,
la Chine,
voir leur:
trèrent le
fon d’ent
leur Cha
entre jan
(a) Cet
ré d'une Li
lé feptième
vrage trad!
en 1743. fc
a joint des]
fFRemarques
trouvera qu
Lettres Re:
défignées,
t menacés;
tranquilles
s les prati..
la Chine.
e défendre
minoit fon
u de côté,
itir à deux,
* malheur,
erneur fui.
qui lui fai.
rte, dont
prit la ré.
fets. Cet.
l'on s’y é-
le. quelque.
édifices ,
le difpofer
rités de la.
s fépuïcres.
montagnes,
érémonies,
il y ait de,
précieufe.,
e le bon.
quelqu'un
acité s s’il,
i; s’il de-
oint à fon,
eur vient
de fes An-
ertafaire
ns les au
pit que la.
peut ju-
du Mon-.
l'inconti-.
agnée de.
princi-
>, entre
pris.
DÉ LA CHINE, Liv. Il Cnar. V.
ie de la rétablir, avec l'afliftance de plufieurs autres Sçavans, au rifque de
fon repos & de fa füreté. Il y réuiit, [Et c'eft ainfi que doivent fe conduire
fr tous les gens de mérite dans les autres Religions. 1! faut qu'ils ayent aflez de
courage pour réunir leurs efforts , dans la vûe de purifier la Religion qu'ils
profellent des fuperftitions qui peuvent y être mêlées.] |
La Chine fe foutint dans cette fituacion pendant plus de mille ans ; mais:
les principes de la. Morale Chinoife ayant dégénèré dans un fi long efpace, il
fut aifé à la doétrine de Fo de s’y introduire. _Elle fe répandit comme une ra-
pide inondation dans toute l'étendue de l’Empire, fous la proteétion d'un Em-
pereur fuperftitieux qui l'avoit apportée, & de deux de fes Succefeurs. Ain-
fi les plus exécrables principes peuvent fuccéder à la Religion la plus fainte
& la plus pure, lorfqu'ils ont pour appui l'autorité des Princes & la corrup-
ktion des mœurs. [ La même chofe a lieu par rapport à la liberté. Elle difparoît
bientôt lorfque la plus grande partie du Peuple fe plonge dans le vice, &
devient vénale. Dés que ces maux pernicieux commencent à s’introduire dans
un Pays, ceux qui ont à cœur le bien & la fûreté publique, doivent d abord
imiter le généreux éxemple de Confucius & de fes Affociez; & euffent-ils à
faire avec une race de gens plus perverfe & plus corrompue que la Chinoife,
ils feront toüjours récompenfés jufqu’a un certain point par le fuccès de leurs
bonnes. intentions. |
$. V:
Origine ES progrès du Fudaïfme & du Mahométifine à la Chine.
ES Miffionaires de Peking, curieux depuis long-tems de fe procurer des
EL informations fur les Juifs qui fe trouvoient établis depuis plufieurs fiécles
x Kay-fong-fu, Capitale de la Province de Ho-nan, chargèrent en r704.le Père
T. 8 Guzani (a), qui gouvernoit une Eglife Chrétienne dans cette Ville, de
faire quelques recherches fur leur établiffement & leurs ufages. Pour éxécuter
cette commiflion, Gozani les vifita dans leur. Li-pay-fu, c'eft-a-dire, leur Sy-
nagogue, un jour qu'ils y étoient tous affemblés. -C cft la feule qu'ils ayent à
la Chine. Dans une longue conférence qu'ils eurent avec lui, ils lui firent
voir leurs Infcriptions, les unes en Chinois, d’autres en Hebreu. Ils lui mon-
trèrent leur King, ou leurs Livres de Religion: Ils lui accordèrent la permif-
fon d’entrer dans le plus intime (>) endroit de leur Synagogue, réfervé pour:
entre jamais qu'avec la plus profonde vénération.
Au
(a) Cet éclairciffeinent fur les Juifs eft ti:
ré d'une Lettre de Gozani, qui fe trouve dans
lé feptième Tome des Lettres Ediliantes, Ou-
vrage traduit: en Anglois par M. Lockman,
en 1743. fous le titre de The Fefuitstravels. 1
a joint des Notes à cette Lettre, avec quelques
Remarques des Miffionaires mêmes. [On en.
trouvera quelques-unes ici, diftinguées par ces
Lettres Rémarg. Celles qui ne feront.pas ainfi.
défignées, feront des notes de Mr, Lockman.].
Hh 3
Comme il y a dé la confufion & quelques au-
pas fait difficulté de le mettre ici en meilleur
ordre.
(b). Cet endroit répond à l’Hechal des Juifs
Européens, où les Livres de la Loi font gar-
cien Teftament. | k
(ec) Comme autrefois le Grand-Prètre.-
245
leur Chang-kyau, c’eft-à-dire, pour celui qui en a la direétion (c) & qui n’y:
tres défauts dans le récit de Gozani, on n’a.
dés; ou plütôt au Saint des Saints de l'Ans-
RELIGIONS
Cuainoises,
De qui vien-
nent ces é-
clairciffe--
mens.
Le Père Go-
zani vifite les
Juifs de Kay-
fong-fu.
RELIGIONS
pi LA CHINE,
Ce qu'il
/ voit dans leur
Synagogue,
Sallonoùles
grands Per-
fonnages font
honorés.
Salle des
Hôtes.
Torme dela
Synagogue
Chinoifc.
246 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Au centre de la Synagogue ils ont un magnifique pupître (d), fort élevé
& couvert d'un couffin, , dont la broderie eft très-riche. c£ ? pupitre de
Moyfe, fur lequel on place tous les Samedis, qui font les jours du fabbat, &
les autres jours folemnels, le Livre du Pentateuque, pour en faire la leéture,
On y voit auffi le Van-fui-pay, c'eft-à-dire, une Tablette qui contient le nom
de l'Empereur ; mais fans aucune forte de ftatues ou d'images. La Synagogue
regarde l’Oueft. Ils fe tournent du même côté (2) pour prier Dieu, qu'ils
adorent fous les noms de Tyen, de Chang-tyen, de Ckang-ti, de Tyau-van, de
We-che ou de Créateur de toutes chofes, & de J’an-we-chu:kay ou de Créateur
de tout l'Univers. C'eft ce qui paroît par leur Pay-tang, & ler Pa-pyen, ou
leurs Infcriptions. Tous ces noms, remarque l’Auteur, font empruntés des
Livres Chinois.
Gozanti ne remarqua point d'Autel (f). Il ne vit que le pupître dont on
vient de parler, une caflolette pour l’encens, une longue table & quelques
candelabres, avec des chandelles de fuif. 11 y avoit, fur la méme table, trei.
ze efpèces de tabernacles en formed’arches , avec de petits rideaux par-devant,
Douze repréfentoient les Tribus d'Ifraël, & letreizième, Movyfe. Ils fervoient
à renfermer le Pentateuque (g).
EN fortant de la Synagogue, on trouve un grand fallon, (b) dans lequel
on n’apperçoit qu’un grand nombre d'encenfoirs ou de caflolettes. On ap-
prit à Gozani que c’eit le lieu où les Juifs honorent leur Ching-lins, ou les
grands hommes de leur Loi. La plus grande des caflolettes, qui eft pour
le Patriarche Abraham , eft placé au milieu de la falle. Elle eft fuivie de
celles d’Ifaac, de Jacob, & de fes douze enfans, qu'ils appellent Che-iel.
kung-pay-tfe ; (1) c'eft-à-dire, les douze Defcendans , ou les douze Tribus d'Ifrael
Entité on voit celle de Moyfe , d’Aaron, de Jofué, d'Efdras & de plu.
fieurs autres fameux perfonnages de l’un & de l’autre féxe.
De cet appartement, Gozani fut conduit à la falle des Hôtes , pour y
converfer avec fes Guides. Là, n'ayant pas manqué de comparer fa Bible
avec leur Chin-king, ou leur Pentsieuque, (k) il trouva que la Chronologie
& la Généalogie des Patriarches, avec leur âge, étoient éxaétement fem.
blables.
La Synagogue Chinoife a quelque reflemblance avec nos Eglifes de l'Eu-
rope. Elle eft divifée en trois nefs, & l’on peut en faire intérieurement
le tour. Celle du milieu eft pour la table des parfums , pour le pulpitre
de Moyfe, & pour le Wan-Jui-pay ; (1) c'eft-àa-dire, la tablette de: l’'Empe-
reur , avec les tabernacles dont on a parlé. Cette nef eft comme le ver
e
(ad) Ceci répond au Theba ou au Popte nagogue Chinoife eft divifée en trois parties :
des Synagogues Européennes, où l'on lit la 1. Le Saint des Saints; 2. la partie où eft le
Loi les Samedis & les autres jours d'affem- Pupître ou la Chaire; 3. la Salle, qui reffem-
blée. ble plus au Veffibule où au Portique de l’an-
(e) Parce que Jérufatem eft de ce côté-là cien Temple, que Ie lieu où les Juifs s’affem-
à l'égard de Ja Chine. blent en Europe
(f) Il ne devoit pas compter d’en voir, (#) Chel-cum-pay-fe dans la Traduäion.
puifqu'il n’eft permis aux Juifs de facrifier qu'à (k) Obfervez que l'Auteur lui donne trois
Jérufalem. Remarq. différens noms ; King, Fa king & Ching-king-
(g) Ces Tabernacles font particuliers aux (4) Van-fay-pay dans la ‘Fraduétion, au-lieu
Juifs Chinois. Remarg. de Van:fui-pay, qui fignifie la Tablette de dix
(b) ll paroït, fuivant Gozani, que la Sy- mille ans; nom qu’on donne à l'Ernpereur.
dei. $
ces du q
Les
l'ancient
is la no
Synagog
un des
nets & d
de ces
Jaune, c
avoit été
en firent
nagogue.
même lié
Pentateud
Livres le
crut écrit
vieux & À
étoient d
Les n
font: Bere
corps, ils
mes (p),
vans, cha
qu'on avo
qu'il en
aucune co
qu'il s’étoi
put douter
des Juges,
de Jonas,
L'Aur
avoient m
dans l’Ecr:
éxemts de
vagans, d
Chmois ét
Bible. Où
moient Su
plies d’hift
(m) Ceté
on l’a vû ci:d
(n) Il pa
bas fort habil
Haddebarim.
bellent le pre
ort élevé
upître de
abbat, &
a leéture,
it le nom
ynagogue
eu, qu'ils
u-van, de
> Créateur
-pyen, où
runtés des
e dont on
& quelques
able, trei-
ar-devant,
|s fervoient
Jans lequel
On ap-
ns, ou les
i eft pour
- fuivie de
nt Che-iel.
bus d'Ifrael,
& de plu.
» Pour y
rfà Bibl
hronologie
ment fem-
s de l’Eu-
ieurement
le pulpitre
e, l'Empe-
e le chœur
de
rois parties :
tie où eft le
qui reffem-
que de lan-
uifs s'affem-
dudion.
donne trois
Ching-king.
fon, au-lieu
blette. de dix
cinpereure
DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. V.
247
dei Synagogue. Les deux autres font pour la priére & les autres éxerci-
es du culte.
Es Juifs Chinois donnent à leur Loi le nom de Ky-kyuu ,
l'ancienne Loi; de Tyen-kyau, ou Loi de Dieu; & dans leur Infcriptions,
ui fignifie
ils la nomment lJ/alel-Kyau ou Loi d'Ifrael. Gozani obtint du Chef de la
Synagogue, que le rideau fût ouvert devant un des tabernacles. On en tira
un des Livres. Il eft écrit fur de longues piéces de parchemin en caraétères
nets & diftinéts, & les feuilles font roulées autour de plufieurs bâtons. Un
de ces Livres fut fauvé de la grande inondation du Wangho, ou de la Rivière
Jaune, qui couvrit entièrement la Ville de Kay-fong-fu (m). Mais comme il
avoit été mouillé, & que les caraétères en étoient à demi-effacés, les Juifs
en firent tirer les douze copies, qui fe gardent dans les tabernacles de la Sy-
nagogue. Ils confervent dans de vieux coffres, en deux autres endroits du
mème lieu, un grand nombre de petits Livres qui font autant de divifions du
Pentateuque, qu'ils nomment Ta-king, & des autres Livres de leur Loi. Ces
Livres leur fervent pour prier. Ils en firent voir plufieurs à Gozani, qui les
crut écrits en Hebreu (n}). Quelques-uns lui parurent neufs. D’autres font
vieux & à demi-déchirés. Mais ils font gardés, aufli foigneufement que s'ils
étoient d'or.
Les noms des livres du Pentateuque, fuivant le Chef de la Synagogue ,
font: Bereshith, Veclefemath, Vayirra , Vaje-dabher , & Haddabarim (o). En
corps, ils portent le nom de Tawwa. Ils font divifés en cinquante-trois volu-
mes (p}), c’eft-à-dire, la Genefe en douze, l'Exode enonze, & les trois fui-
vans, chacun en dix, qui fe nomment Quan. Le même Chef dit à Gozani
qu'on avoit les titres de quelques autres livres de l’Ancien Teftament, mais
qu'il en manquoit plufieurs, & qu'il y en avoit quelques-uns dont on n’avoit
aucune connoiffance. D'autres Juifs, qui fe trouvoient préfens, ajoûtèrent
qu’il s’étoit perdu plufieurs Livres au tems de l’inondation. En effet Gozani ne
put douter qu’ils n’en euffent connu d’autres, en les entendant parler du livre
des Juges, de David, de Salomon, d'Ezechiel, qui vivifia des os defféchés ,
de Jonas, qui pafla trois jours dans le ventre d’une haleine, &c.
L'AUTEUR ne remarqua pas fans étonnement que leurs anciens Rabbins
éxemts de cette altération (q). On lui fit à cette occafion cent récits extra-
vagans, dont il ne put s’empêcher de rire; ce qui lui fit juger que ces Juifs
Chmois étoient de la Seéte des Talmudiftes, qui ont corrompu le fens de la
Bible. Outre ce livre faint, ils avoient d’autres livres Hébreux, qu'ils nome
moient Sun-t/o. C'étaient des compofitions de leurs anciens Rabbins, rem-
glies d’hiftoires ridicules, qui renferment leur rituel, ou les cérémonies qu'ils
pratiquent
te avec fondement que les Juifs de la Chine em-
ployent le not de Bereshitb, comme ceux de
l'Europe,
(p) OuSe&ions. Les Juifs de l’Europe font
la même chofe. Ils en lifent une tous les Same-
dis, & le tout une fois l’année. Remarg.
(g) Cela doit être plûtôt entendu de la Glo-
{e ou du Commentaire , que du Texte, Remarge
(m) Cetévéneinent arriva en 1642, comme
on l’a vû ci-deflus.
(n) 11 paroît que le Père Gozani n'étoit
pas fort habile en Hebreu.
(o) Les Juifs Européens les appellent Bere-
Ptb, Ue Nechemot, Vaykre, Valedeber & Elle
Haddebarim. Comme les Juifs Orientaux ap-
bellent le premier Brafithro, M. Lokman dou-
ReLrcroxs
DE LA CHINE,
Comment
les Livres de
la Loi font é-
crits,
Autres Li-
vres Juifs.
Fables que
avoient mêlé quantité de contes ridicules parmi les faits qui font rapportés les Rabins y
dans l’EÉcriture, & que les cinq Livres mêmes de Moyfe n’avoient point été ©tmêlées.
RELIGIONS
DE LA CHINE,
Cérémonies
en ufage par-
mi les Juifs
Chinois.
Honneurs
qu'ils rendent
à Confucius.
Tisn'avoicent
point entendu
parler de Je-
fus-Chriit,
Temns au-
quel les Juifs
font venus à la
Chine.
Nom qu'ils
y portent,
248 VOYAGES DANS L'EMPIREYE
pratiquent aujourd'hui. Ils rnt des idées fort bizarres du Paradis & de l'En-
fer, qu'ils ont tirées vraifemblablement du Talmud.
Izs confervent encore plufieurs cérémonies de l’Ancien Teftament, telle
que la Circoncifion. Ils.obfervent le Sabbath & d’autres fêtes de l’ancienne Loi
particulièrement celle des Azimes. Ils ont aufli leur Agneau Pafcal, en mé,
moire de la délivrance d'Egypte & du paflage de la Mer Rouge. Ils n’allument
point de feu & ne préparent pas leurs alimens le famedi. Ce foin fe prend Ja
veille. Pendant qu’on fait la leéture de la Bible dans leur Synagogue, ils ont
le vifage couvert d’un voile tranfparent, en mémoire de Moyfe, qui defcen.
dit de la montagne le vifage couvert.
Comme il fe trouvoit parmi eux quelques Bacheliers & quelques autres
Lettrés de l’ordre inférieur, Gozani leur demanda s'ils rendoient des honneurs
à Confucius. Le Chef répondit qu'ils l’honoroient de la même manière que
les Lettrés Chinois; qu'iis fe joignoient avec eux pour les cérémonies qui fe
pratiquent dans la falle de leurs grands ‘hommes; & que les honneurs qu'ils
rendoient à leurs Ancêtres, fuivant l'ufage de la Chine, s’obfervoient dans la
falle contigue à leur Synagogue; qu'ils offroient en facrifice la chair des ani.
maux, excepté celle de porc, des confitures & de l'encens dans des plats de
porcelaine, en fe difpenfant feulement de fe profterner; que dans leurs mai.
fons & dans la falle de leurs Ancêtres ils n’emploient que des caflolettes, fans
infcriptions & fans images. Lorfque Gozani leur parla du Mefie promis par
les Ecritures, & de fes divines aétions, ils tombérent dans une profonde fur.
prife. Ils n’avoient jamais entendu d'autre nom de Ye/us que celui du Fils de
Sirnab. Après tout, dit le Mifionaire, mais fans en apporter aucune rai.
fon, il y a peu de fond à faire fur cette Nation.
ILs lui dirent aufi que leurs Ancétres étoient venus du Royaume de Ju.
dée à l'Oueft, qui avoit été conquis par Jofué, après être forti de l'Egyp-
te autravers de la Mer Rouge, & qu'ils étoiént entrés à la Chine fous ja
Dynaftie de Han (r).. Leur Colonie étoit alors compofée d’un grand nom-
bre de familles (5); mais elle eft réduite à fept, qui fe marient entr’elles,
fans prendre jamais d'alliance avec les Wheg-wbegs; c'eft-à-dire, avec les
Mahométans. Elles n'ont rien non plus de commun avec eux par rapport
à la Religion, & leurs mouftaches mêmes ne font pas tournées de la même
manière.
Les Juifs portent à la Chine le nomde Tygu-kin-kyau , qui fignifie qu'ils
s’abftiennent de fang, & que pour le faire fortir plus facilement du corps
des animaux, ils leur coupent les nerfs & les veines. Ils ont reçû ce nom
des Chinois, .& le portent d'autant plus volontiers qu’il les diftingue des
Mabométans, qui portent celui de Ti-mo-kyau (+). Ils racontèrent à Gozani
que
(r) LaDynaîtie dé ‘Han eft la cinquième
des vingt-deux. , On la fait commencer deux
cens fix ans avant Jefus-Chrift, & finir deux
<ens vingt ans après l'£re Chrétienne; deforte
que, dans cette fuppofition , il eft impoflible de
fixer l'entrée des Juifs à la Chine fans un dou-
te dé quatre:cens ans.
(4) Ils devoient être fortnombreux;en 845,
f l'Ordonnance quitut publiée dans la cin-
quième année de l'Empereur Pu-tfong &, qui
répond à cette année de Jefis-Chrift, regat-
de leur Nation; car les Bonzes de Z4-t/ing,
ou de Judée, & de Mu-ba-pa, en tout au
nombre de trois mille, font sondamnés dans
cette Piéce à retourner à la vie féculière. Du
Halde; Vol. I. (
(&) Hs funt nommés .ciedeffus /beyraubeyse
cevoir
en mat
lances :
ter, Ils
le de ve
ui ravi
fs les n
partie,
uiffans
aller à
multipli
ON]
Mahom
fans dot
vième f
ils s’étoi
dentaux
(vo) Ve
vels, Vol.
(x) M
ES I
chée
numens :
que Sain!
D gue de di
1625, pl
après avc
Jefus-Chr
porte qu”
que l’Emj
neurs, &
veur. Ce
fur, en
uésdes p
(a) D
VIII, .
& de T'En-
ament, telle
ncienne Loi,
cal, «en mé-
Is n’allument
1 fe prend la
igue , ils ont
qui defcen.
ques autres
des honneurs
manière que
monies qui fe
nneurs qu'ils
oient dans la
chair des ani.
des plats de
ns leurs mai
flolettes, fans
ie promis ‘mn
profonde
lui du Fils de
r aucune rai-
paume de Ju
ti de l’Egyp-
Chine fous la
grand nom.
nt entr’elles,
ire, avec les
par rapport
s de la même
fignifie qu'ils
ent du corps
reçû ce nom
diftingue des
rent à Gozani
que
“Vu-tfong &: qui
üis-Chrift, regat-
Les de Z4-tfing ;
ba, en tout a
gondamnés dans
e féculière. Du
fus Mbeysaobeys.
D E LA CHINE, Ltv.Il Crar. V.
que les Miffionaires Chrétiens leur avoient fait propofer deux fois d'entrer avec
eux dans quelque Traité; la première fois, fous la Dynaftie de Ming, par Ro-
Mig de Figueredo ; la féconde, par Nge-li-ke, fous la Dynaftie préfente de
Ÿ inr. ,
À l'égard des Mahométans, il y a plus de fix cens ans qu'ils font établis
dans diveffes Provinces de l’Empire, où ils vivent tranquillement, fans y re-
cevoir jamais le moindre trouble, parce qu’ils n'en caufent point aux autres
en matière de Réligion. Leur nombre s’accrut d’abord par la feule voie des al-
äncess mais depuis plufieurs années, l'argent leur fert beaucoup à l’augmen-
ter. Ils achetent de tous côtés des enfans, que leurs parens ne font pas fcrupu-
Je de vendre lorfqu’ils ne font point en état de les élever. Pendant une famine
ui ravagea la Province de Chan-tong , ils en achetèrent ainfi plusde dix mille.
Îs les marient & les établiflent dans des Villes dont ils achetent auñi quelque
partie, ou qu’ils bâtiffent à leurs propres frais. Cette méthode les a rendus fi
uiffans dans plufeurs endroits, qu'ils n'y fouffrent point ceux qui refufent
aller à la Mofquée, & que dans l’efpace d’un fiécle ils fe font-extrémement
multipliés (x).
ON peut conclure de ces Relations imparfaites des Miffionaires, que les
Mahométans doivent avoir acquis des richefles confidérables, qu’ils doivent
fans doute à la voie du commerce. On prétend que dans le huitième ou le neu-
vième fiécle, ils l’éxerçoient à Siraf en Perfe (y); mais vraifemblablement
ils s’étoient introduits à la Chine, par terre, avec l'Armée des Tartares Occi-
dentaux, fous Fengliez-kam, ou fous fes premiers fucceffeurs,
249
(v) Voyages des Jéfuites, ou Fefuits Tra-
vs, Vol, IL pag. 12. & fuiv.
(x) Mémoires du Père le Comte, pag:
339. Du Halde, Vol. I. pag. 678.
(y) Voyez l'Introduétion, au premier To-
me de ce Recueil.
f VL L
Origine, progrès € ruine du Chriflianifine à la Chine.
L ES Mifionaires paroiflent perfuadés que la Religion Chrétienne a été pré-
chée fort anciennement à la Chine. Ils en donnent pour preuve deux Mo-
numens: l’un eft le Breviaire de l’Eglife du Malabar, où (4) l’on rapporte
Loue Saint Thomas convertit les Chinois; l'autre, une Table de marbre, lon-
gue de dix pieds & large de cinq, qui fut, dit-on, trouvée dans la terte, en
1625, près de Si-ngan-fu, Capitale de’ Chen-f. L’infcription de cette Table,
après avoir fait mention de la Trinité, de la Naifflance & de l’Afcenfion de
Jefus-Chrift, de l'objet de fa miffion & de la fainteté de fon miniftère, rap-
porte qu'un Chrétien, nommé O--pwen, vint de Judée à la Chine en 636;
que l'Empereur Tay-t/ong, qui régnoit alors, ie reçut avec beaucoup d’hon-
neurs, & que fur l’éxamen qu’il fit de fa doétrine, il publia un’ Edit en fa fa-
veur, Ce Prince donna ordre auñfi qu’on bâtit une Eglife; & Auo, fon fuccef-
fur, en fit élever plufieurs autres. Quelques années après, les Bonzes allar-
és des progrès de la foi Chrétiennelui fufcitèrent des perfécutions, qui ee
auili-tot
(a) Dans une Leçon du fecond Noëturne de l'Office de 8. Thomas,
VIII, Part, Ii
RFrLIGTONs
DE LA CHINE.
Origine &
progrès des
Mahométans
àla Chine,
Preuves de
l'antiquité du
Chüittianifme
à la Chine,
Infcription
d'une table de
inarbre,
RELIGIONS
DE LA CHINE,
Témoignage
de plufieurs
Manufcrits.
Durée du
Chrittianifine
à la Chine.
Premier é-
tabliflement
des Mifio-
naires Jé-
fuites,
Caratère &
Fabileté du
Pere Ricci,
250 VOYAGES DANS L'EMPIRE
auñi-tôt appaifées par les foins de Kao. Les Empereurs fuivans, fur-tout $s.
chong, continuërent de bâtir des Eglifes, firent chaque année pendant quaran.
te jours des offrandes à l'autel, fervirent de leurs propres mains les Prêtres de
quatre Eglifes, nourrirent les Pauvres, vêtirent ceux qui étoient nuds, pri.
rent. foin des Malades, & ne dédaignèrent pas d’enterrer les Morts. On lit
fur la même table que ce monument fut élevé en 782. Sur un des côtés, au
bas du marbre, on voit une autre infcription fort longue, partie en caraëtères
Syriaques ou Chaldaïques, partie en caractères Chinois, avec les noms, en
Syriaque, des Miffionaires venus de la Judée pour prêcher l'Evangile à la Chi.
ne; tous. Evêques, Prêtres & Diacres. On prétend que leur miffion eft con.
firmée par divers manufcrits Arabes & Orientaux, découverts dans la Biblio.
théque Royale de France par l'Abbé Renaudot & par Thevenot (b), & quel'o-
riginal s’en confervé à Rome dans la Bibliothéue du Collége des Téfuites. Xir-
ker en a publié (c) l'extrait, avec une verfion littérale & fa pa:aphrafe. Du
Halde n’ofe affürer que les Empereurs nommés dans l'infcription. méritent les
éloges qu’on leur accorde. Il reconnoît que s'ils fasorifèrent les Prédicateurs
de l'Evangile, ils n’étoient pas moins portés à foutenir les Seétes Idolâtres,
Les Jéfüuites font fort embarraflés à découvrir quelle fut la durée du Chrif:
tianifme dans l'Empire. Ils confeflent que le fouvenir en devoit être effacé de.
puis plufeurs fiécles, puifqu’il n'en reftoit pas le moindre veftige en 1552,
lorfque Saint François Xavier, l’Apôtre des Indes, arriva dans l'ffle de Chang.
chuun-chan, nommée auffi Sancian (d), où il mourut fans avoir mis le pied
la Chine. Trente ans après, les Milfionaires de Macao firent des efforts inu-
tiles pour obtenir d’y être reçûs. Enfin le Tong-tu de Ÿuang-iong ayant cité
devant fon Tribunal les Portugais de Macao, le Père Roger ,. Jéfuite, futen.
voyé à Chan-king-fu, où il fut reçû fi favorablement du Viceroi qu’il demand:
la permiffion de réfider dans la Province. Elle lui fut accordée; fur quoi lui
& Pafo commencèrent leur établiffement. Mais ce Mandarin ayant été bien.
tôt difgracié, & craignant les plaintes qu’on pouvoit porter contre lui, pour
avoir reçû des Etrangers dans le lieu de fa Jurifdiétion, les obligea de retour.
ner à Macao. Aïinfi s’évanouirent les premières efpérances. Mais, lorfque
les Miffionaires s’y attendoïent le moins, un garde du nouveau Viceroi, en-
tendant parler des récompenfes promifés à ceux qui procureroient leur rap-
pel, eut la hardieffe d’en parler à fon Maître, & fe rendit enfuite à Macao.
Roger & Ricci ne firent pas difficulté de le fuivre à Chan-king, où ils obtin-
rent bientôt une Patente du Viceroi, qui leur permettoit de s'établir dans le
lieu qu’ils voudroient choifir. Ces deux Miffionaires trouvèrent le fecret de
plaire aux Chinois ; fur-tout le Père Ricci, par la douceur de fon caractère &
pe fes manières infinuantes. La connoiflänce qu’il avoit de la Langue & fon
abileté dans les Mathématiques, lui furent encore plus utiles. Les Chinois
virent avec plailir une Carte générale qui étoit fon ouvrage, quoiqu'il y eût
donné à leur Pays moins d’étendue qu'ils neluiattribuoient. Enfuite leur ayant
compofé un Catéchifme, qui contenoit l'explication de la Morale Chrétien
ne:
. 63) On foupçonne l'autenticité de ces Ma-
pufcrits, & pluficurs lroteftans y ont crû re-
connoitre diverfes marques de fauffeté.
Ke) Dans fon Ouvrage intitulé China illuf-
trata. ,
(d) Sancian eft fur la.Côte de la Province
de Quang-tong,
L néceftairé
| mée nom
1Ês il
Jeur att
king.
contr'e
ers AYe
A Ce
toine 4}
Jorfqu'u
donna 0
ues, M
ire ado
Canton,
rer. On
bandonn
Chinois 1
de leut «
réfolutiot
Cour (e
VERS
une inva
tous les À
obtint d’t
de le fui
rés à |
arque fi
effrayé c
pañat N:
quelque t
nois qui :
Ricc
Il y fut
Longobarc
tems apr
la liberté
vec les J:
Etranger
faite de |
fuivie, I
préfens F
Magiftra
paflant p
curiofité,
grinde f
fur-tout Se-
ant quaran.
s Prêtres de
t nuds, pri-
rts. On lit
> côtés, au
n Caraétères
s NnOMs, en
ile à la Chi-
lion eft con.
is la Biblio.
, & quel’o.
éfuites. Xir-
phrafe. Du
méritent les
Prédicateurs
Idolâtres.
‘ée du Chrif-
re effacé de.
re en 1552,
le de Chang.
mis le pied à
; efforts inu-
g ayant cité
fuite, futen.
juil demanda
- für quoi lui
ant été bien.
re lui, pour
ea de retour-
ais, lorfque
iceroi, en-
ent leur rap-
ite à Macao.
où ils obtin-
ablir dans le
le fecret de
caraétère &
angue & fon
Les Chinois
biqu'il y eût
e leur ayant
ile Chrétien-
0e,
de la Province
DE LA CHINE, Liv. I. Cuar. V.
ne, il en convertit un grand nombre. La réputation qu'il fit aux Miffionaires
eur attira les vifites de tout ce FA y avoit de perfonnes dediftinétion à Chan-
king. Mais le Peuple, moins facile à recevoir leurs impreffions, fe fouleva
contr'eux, & leur fit quelques infüultes dans leur propre maifon. Deux Etran-
gers ayant excité contr'eux divers füujets de jaloufie, Roger fut renvoyé à Ma-
cao. Cependant peu d'années après, le danger parut diminué, & le Pére An-
toine Almeyde vint au fecours de la Miffion. Elle fe foutenoit depuis fept ans,
Jorfqu'un nouveau Viceroi, qui avoit quelques vûes fur la maifon des Jéfuites,
donna ordre à Ricci de quitter l'Empire avec fes Compagnons. Leurs fuppli-
ues, & les follicitations des principaux Magiftrats en leur faveur, ne purent
ire adoucir cette rigoureufe déclaration. Ils obéirent. Maïs en arrivant à
Canton, ils furent agréablement furpris de recevoir la permiffion de demeu-
rer. On leur afligna Chau-cheu pour demeure. Ce fut dans cette Ville, qu’a-
bandonnant l’habit des Bonzes, qui les avoit fait méprifer, ils prirent celui des
Chinois Lettrés. Ce changement leur attira du refpeét & favorifa le progrès
de leur doétrine. Mais, pour l’établir folidement, Ricci conçut qu'il étoit
néceffaire de la faire gouter dans la Capitale de l'Empire; & s’arrêtant à cette
réfolution, il ne fe promit pas moins que de couvertir l'Empereur & toute fa
Cour (e).
LaSe le rmême tems, Tayko-fama, Empereur du Japon, ayant levé une Ar-
mée nombreufe, dans la vûe de conquérir d’abord la Corée, & de faire enfuite
une invafon à la Chine, l'Empereur Chinois raffembla au tour de fa perfonne
tous les Mandarins qui avoient quelque habileté dans l’art de la guerre. Ricci
obtint d’un d’entr'eux, avec lequel il fe trouvoit lié d'amitié, la permiffion
de le fuivre jufqu’à la Province de Kyang-fi. Il fe flattoit de l'engager par de-
rés à lui permettre de l’accompagner jufqu'à Peking. Dans cette route la
Farque fit naufrage, & Ricci n'échappa qu'à peine au danger. Le Mandarin
efrayé continua fon voyage par terre, & ne voulut pas que le Mifionaire
paffät Nan-king. Un autre Mandarin, qui lui avoit marqué anciennement
quelque bonté, lui donna ordre de quitter cette Ville même, & punit le Chi-
nois qui avoit ofé le recevoir dans fa maifon.
Rrcctr fe vit dans la nécefité de retourner dans la Capitale de Kyang-fi,
Il y fut reçu favorablement des Mandarins & du Viceroi même. Cataneo ,
Longobardi & d’autres Miffionaires le joignirent alors dans cette Ville. Quelque
tems après, le Gouverneur partant pour Peking, Ricci & deux autres obtinrent
l liberté de le fuivre. Leur féjour dura peu dans cette Capitale; la guerre a-
vec les Japonoïs ayant augmenté la défiance & le dégout qu’on avoit pour les
Etrangers, ils firent peu de progrès dans un efpace fi court. Mais après la dé-
faite de l'Armée Japonoife, & la mort de Tayko-fama, dont elle fut bientôt
fivie, Ricci ne trouva plus de difficulté à s'établir à Nan-king. Enfuice les
préfens pour l'Empereur étant arrivés à Mazao, il obtint d'un des principaux
Magiftrats un pañleport pour les porter lui-même à Peking. Il partit. Mais en
pañlant par Lin-t/ing-cheu, le refus qu'il fit à un Eunuque de lui abandonner les
curiofités de l’Europe & le foin de les préfenter à la Cour, l’expofa au cha-
grin de fe voir emprifonner avec tout fon cortège, fousprétextequ'uncrucifix,
qu'il
Ce) Du Halde, Vol. IL pag. j € Juir.
1 2
RELIGIONS
DE LA CHINE,
Diveifes for-
tunes des Mi:
fionaires,
Efforcs de
Ricci pour
pénétrer das
la Capitale.
Ils lui réufli.
ffent mal,
il arrive des
préfens pour
l'Empereur.
Danger 1u-
quel ils expo-
fent Ricci,
RELIGIONS
DE LA CHINE,
Il fe rend en-
fin à Peking,
Premiers
fucces de la,
Miflion.
Perfécution
contre Île
Cbriftianifine, «
A quelle
occafion elle
s’éleve,
e LE
ve Crniees,
252 VOYAGES DANS LEMPIRE
qu'il portoit dans fa valize, ne pouvoit être qu'un charme pour ôter la vie 4
l'Empereur. Les Miflionaires auroient été facrifiés au reffentiment de cet Of.
ficier, fi les témoignages avantageux qu’il avoit déja donnés lui-même en leur
faveur ne l’eufTent empêché de porter contr'eux fes accufations à la Çour.
Erin l'ordre étant venu d'envoyer les Etrangers à Peking,. Ricci fe hâta
de s’y rendre & fut bien-tôt introduit au Palais, où fa perfonne & fes préfens
furent également agréables à l'Empereur. Il offrit à ce Prince une grande hor.
loge & une montre à répétition. Sa Majefté lui accorda, non-feulement une
maifon dans la Ville pour lui & pour fes compagnons, mais encore un fonds
pour leur fubfiftance & la liberté d'entrer dans une des cours du Palais. Le
Ciel ayant permis qu'après vingt ans dé travail ils fe viflent heureufement éta.
blis dans la Capitale de l'Empire, ils s’appliquèrent fortement à l'ouvragedes
converfions. Entre une infinité de Profélytes, ils comptèrent un des premiers
Mandarins de Pe-king, nommé Li; une famille entière de Princes du Sang à
Nan-chang-fu; Paul Syu, un des Ko-laus de l'Empire, & Candida fa fille à
Nan-king, avec un grand nombre de Lettrés & d’autres Mandarins dans les
mêmes Villes & dans d'autres lieux.. Candida fit imprimer, à fes propres frais,
des Livres de Religion & d’autres Ouvrages des Miffionaires.. Elle bâtit des
Eglifés dans diverfes Provinces & des Hôpitaux pour lés enfans trouvés. En.
fin. le nombre des Profélytes s’accrut avec tant de fuccès, que la feule Provin-
ce de Kyang-nan offroit quatre-vingt-dix Eglifes, quarante-cinq Oratoires &
quatre efpèces de Congrégations; l'une à l'honneur de la Sainte-Viergei l'au-
tre, des Anges; un autre, de là Paffion de Jefüus-Chrift, & la quatrième, pour
les Lettrés, fous la proteétion de Saint, Ignace. L'ufage étoit de s’y affem.
bler le premier jour de chaque mois, pour répéter les inftruétions que di.
vers Lettrés avoient compofées für plufieurs articles de la Religion: Celles qui
étoient approuvées des Miflionaires fe récitoient le Dimanche d’après, dansles
Eglifes, & fervoient beaucoup à faire de nouveaux Profélytes,
CEPENDANT les Bonzes, défefpérés du fuccès d’une doctrine dont l'éta.
bliflément entraînoit la ruine de leurs principes, füfcitérent plufieurs perfécu.
tions contre les Miffionaires. Elles furent bien-tôt appaifées; mais il s’en éleva
une à Macao, qui parut plus dangereufe, à l’occafion d’une difpute entre le
Vicaire Général & les Francifcains, dans laquelle le Reéteur des Jéfüites fe
déclara pour les derniers. Jamais l'Enfer, fuivant les termes de l’Auteur, n'in-
venta rien de plus noir que-la vengeance d'un Partifan du Vicaire Général,
qui auroi vû périr volontiers la Religion Chrétienne à la Chine pourvû que
les Jéfuites fuflént enveloppés dans fa ruine. Il fit entendre äux Chinois que
l'ambition des Jéfüuites étoit fans bornes, & que la prédication de l'Evangile
n'étoit qu'un prétexte pour élever Catane, un Miffionaire de leur Ordre,
au Trône Impérial; que lés lieux. dans lefquels ils étoient établis, à Canton &
à Peking, favorifoient leur projet; que la Flotte Hollandoïife, qui avoit paru
depuis peu fur la Côte, étoit venue pour les feconder ; que le Gouverneur de
Macao étoit dans leurs interêts avec fes troupes, & que les. Chrétiens du Ja-
pon devoient fe joindre à leurs amis de la Chine,
Ces affreufes nouvelles étant parvenues jufqu’aux Magiftrats de Canton, les
autres Villes de l'Empire prirent aufii-tôt l'allarme. On publia que lé Père
Ricci avoit fouffert le dernier fupplice à Peking; & François Martinez ayant
été obligé de traverfer Canton daus les mémes circonftances, fit ds TR
; JQUtUES
* veur, «
inutiles
à la ba
les Jéfi
nifme €
avoit g
Ric
fes trav
apres €
fa fépul
en 161)
tion.
nis, &
cao. L
lorfque
Manda
& rapp
Whay-t
VER
Cour, d
fon habi
que les
Je travai
vinrent
rement
des Jéfu
plus hau
toi de 9
tares ;
l'Empert
fous le :
fervé un
du Pape
belles ef
des T'art
ADaA':
tienne,
tenu fon
étoit dep
format
cher à ce
fionaires.
brailé le
volées a
. (f) C'é
l'Armée en
&ing-fu dan
ter la vie à
t de cet Of.
ême en leur
a Çour.
Ricci fe hâta
x fes préfens
grande hor.
-ulement une
re un fonds
| Palais. Le
ufement éta.
l'ouvrage des
des premiers
es du Sang à
ida fa fille à
rins dans les
ropres frais,
île bâtit des
rouvés. En.
feule Provin-
Oratoires &
Vierge ; l’au-
rrième, pout.
de s’y aflem.
tions que di-
a, Celles qui
rès, dansles
Le dont l'éta-
eurs perfécu-
s il s’en éleva
pute entre le
s Jéfuites fe
Auteur, n'in-
aire Général,
è pourvû que
Chinois que
de l'Evangile
leur Ordre,
à Canton &
ji avoit paru
buverneur de
tiens du Ja-
Canton, les
que lé Père
trtinez ayant
t des efforts
inutiles
DE LA CHINE, Liv. I. Cnar. V.
inutiles pour fe cacher. Il fut découvert par un Profélyte Apoftat & condamné
à la baftonade, fous laquelle il mourut. Sï l’accufation dont on avoit noirci
les Jéfuites eût pénétré jufqu'aux oreilles de l'Empereur, la ruine du Chriftia-
nifme étoit inévitable; mais les Magiftrats reconnurent bien-tôt qu’on leur en
avoit groffièrement impofé.
Riccr, dont le tempéramment étoit fort affoibli par le poids: continuel de
{es travaux Apoftoliques, môurut en 1610, à l’âge de quatre-vingt-huit ans,
après en avoir paflé vingt-fept à la Chine. L'Empereur Van-lye accorda pour
fa fépulture une portion de terrain, qui, par la continuation de la même fa-
veur, devint enfuite le Cimetière des Jéfuites S& desautres Miffionaires. Mais.
en 1617, un Mandarin de Nan-king fufcita contr'eux une nouvelle perfécu-
tion. Quelques-uns furent battus cruellement; d’autres emprifonnés ou ban-
nis, & ceux qui étoient établis à Peking fe virent forcés de retourner à Ma-
cao. Leur fituation ne fut pas plus tranquille jufqu'a l'irruption des Tartares,
Jorfque T'yen-ki fuccédant au Trône, fe détermina, par le confeil de Paul Syu,
Mandarin Chrétien, à faire venir les Portugais pour conduire fon artillerie,
& rappella les Miffionaires. Ils vécurent paifiblement fous ce Monarque & fous.
Hhay-tfong où Tfong-ching , fon fuccefleur, en 1628.
VERs l'année 1631, le Père Adam Schaal, Téfuite, ayant été envoyé à la
Cour, obtint bién:tôt la faveur de Sa Majefté Impériale & des Grands, par
fon habileté dans les Mathématiques. Ce fut dans le cours de la même année
que les Dominiquains & les Francifcains entrèrent à la Chine pour partager
le travail de la Miffion, qui’ étoit alors floriffante. Mais les guerres qui fur-
vinrent en 1636 & qui durérent plus de vingt ans, caufèrent prefqu’entié-
rement fa ruine. Cependant les malheurs du tems n’arrêcèrent point le zéle
des Jéfüuites. Ils firent des converfions nombreufes, & quelques-unes dans les
plus hauts rangs de l'Empire. On compta dans ce nombre Thomas Kyn, Vice-
roi de Ouang-fi; Luc Chin, Généraliffime de l'Armée Chinoiïfe contre les Tar-
tares ; Pan Acbilles, Grand-Eunuque, & cinquante Dames de la Cour: enfin.
l'Empereur lui-même (f) & l'Impératrice , qui reçurent le Baptême: l’un,
fous le nom de Conftantin; l'autre, fous celui d'Helène. On nous a con-
fervé une Lettre de l'Impératrice au Pape, écrite en 1652 (g), avec le Bref
du Pape à Sa Majefté Chinoïfe. Mais, dans l’efpace de peu d'années, de fi
belles efpérances furent détruites, par la défaite de l'Empereur & la conquête
des Tartares (h). | *
ADam Schaal, demeuré feul à Peking pour l'adminiftration de l'Eglife Chré-
äenne, ne füt pas plûtôt connu de Chun-chi, Empereur ‘Fartare, qu'ayant cb-
tenu fon eftime, il fut créé Préfident du Tribunal des Mathématiques , qui
étoit depuis trois cens ans fous la direction des Aftronôrmes Mahométans. La
réformation du Calendrier, qu'il éxécuta heureufement, le rendit encore plus
cher à ce Prince. On vit arriver à la Cour, fous fes aufpices, quatorze Mif-
fionaires, & dans ce nombre, Ferdinand Verbieft. L'Empereur auroit em-
braffé le Chriftianifime, s’il n’eût été retenu par fes femmes, qui-étoient dé-
vouces aux Bonzes, Mais ce Prince fe refroidit un peu pour Schaal,. à l’occafon:
de
(f) C'étoit Yunz-ly, qui fut proclamé par
., ’ ? A | +, 4
Armée en 1646, & qui fixa fon fiége à Chaur
ing-fu dans Quang-tong.
Du Halde, Vol. IL pag. 5. & fuir.
Voyez ci-deflus, dans les Relations
RELIGIONS
DE LA CHINE
Mort du P&:.
re Ricci.
Rétabliffe-
ment des Mi.
fionairces,
Arrivée du
Père Adim
Schaal,
Sa faveur
à la Cour.
hangemens
caufés par la
conquête des
Tartares,
Services qe
Schaal rend'à
la Religion,
num non re
RELYGIONS
pc La CuiNe.
Il eft fait
Précepteur du
jeune Empe-
rcur.
Calomnices
contre les
Chrétiens.
Sentence qui
condamne à
mort le Père
Adam Schaal.
254 VOYAGES DANS L'EMPIRE
de fon dernier mariage, qui avoit été cenfüuré par ce Miflionaire; ce qui n’em.
pécha point qu’au lit de la mort il ne le fit appeller, & qu'il ne le traitàt avec
beaucoup de bonté.
A l’acceffion de Kang-bi, qui n’étoit alors âgé que de huit ans, les Bonzes
furent chaflés du Palais, tandis qe Schaal fut nommé Precepteur du jeune
Monarque. Le crédit de ce Miffionaire fauva Macao de fa ruine , lorfque
toutes les Places de la Côte furent détruites pour affoiblir Xu-ching, ou ko.
xinga, en lui coupant les provifions. 11 prévint auffi, dans les Provinces, di.
verfes perfécutions qui furent fufcitées par les Bonzes. Mais cous fes foins ne
purent arrêter un foulevement général, caufé par Fang-quang-fyen (i), Chi.
nois Lettré, qui s’étoit rendu redoutable aux plus grands Mandarins par fes
violences & fes intrigues. Dans un Livre qu'il publia & dans une Suplique
u’il préfenta aux quatre Régens, il s'emportoit en inveétives contre les Mif.
& leur Religion. Il ofoit affürer, ,, qu'ils avoient été bannis de leur
» propre Pays pour avoir fufcité des féditions, & qu'ils étoient venus à la
» Chine pour y exciter les Peuples à fa révolte; que la vûe du Père Schaal en
» S'élevant à l'autorité dont il jouiifoit à Peking, étoit d'introduire dans l'Etat
; une multitude d’Etrangers, qui fe répandoient dans les Provinces fous fa
» direction & qui levoient les plans des Villes pour en faciliter la conquête;
que les gens de leur fuite étoient autant de Soldats, & que le nombre en
étoit infini; que tous les ans il arrivoit à Macao de nouvelles troupes d’E.
trangers, qui n’attendoient qu'une occafion favorable pour l’éxécution de
,, leur defféin. Il produifoit, en même-tems, un Livre publié par le Pêre
Schaal, dans lequel ce Miffionaire exhortoit les Chinois & les Tartares à fe
foumettre aux Loix du Chriftianifme, & qui contenoit une lifte ue toutes les
Eglifes de la Province, avec celle des Magiftrats qui avoient été baptifés,
Fang-quang-fyen repréfentoit cet Ouvrage comme l'état d’un Armée prête à
tenir la campagne au premier figne; les Médailles & les Chapelets des Chré.
tiens étoient des marques fecrétes auxquelles les Confpirés devoient fe recon-
noître. Enfin, montrant la figure de Jefüus crucifié, qui étoit dans les Livres
diftribués par les Miflionaires: ;, Voyez, difoit-il, le Dieu des Européens,
* qui eft cloué fur une croix pour avoir entrepris de fe faire Roi des Juifs.
, Telle eft la Puiflance qu'ils invoquent pour le fuccès du deffein qu'ils ont
, formé de fe rendre maîtres de la Chine.
Ox eft difpenfé de s'étendre ici fur un événement dont on a déja là (&) les
fatales circonftances. Le Père Schaal, alors âgé de foixante-dix-huit ans, fut
chargé de fers avec tous les autres Miflionaires & parut à genoux devant le
Tribunal Chinois, où fes infirmités obligèrent le Père Verbieft de répondre
pour lui. Ils furent tous emprifonnés le 12 de Novembre 1664. L'année füi-
vante, les Mandarins affemblés prononcèrent que la Loi Chrétienne étoit (2)
faufle & pernicieufe, & que le Père Adam & tous fes Compagnons méritoient
d'être punis comme féduéteurs du Peuple & propagateurs d’une fauffe doétri-
ne. Toutes les apologies furent inutiles. Le Père Schaal reçut la fentence de
mort, qui le condamnoit d'abord à être étranglé, comme au fupplice le plus
honorable à la Chine; mais qui fut changée en celui d'être coupé en piéces,
qui
LE)
LE
39
Relations,
(4) Ibidem,
(i) Le même dont on déja parlé.
(k) Voyez le Tome VIH, dans les dernières
Jyen, Au
qui pal
Sang Ô
. DAN
abando
fois qu’
força l”
fur-tout
tables 2
la libert
tains cri
me les
prifon,
tremble
de viole
joint à q
ges, à
niers,
ne furvé
La pe
y jetta le
nis à Ca
récit de
mier Réd
ne mort
fut coupe
nal Math
pendant
par confi
ftilentiel.
UN. €
dans leur
fautes da
courtifan
bieft, ch
que pour
Bien-tôt
fouffert «
mander d
Suppliqu
Em) C
vec lui-mêr
dit regardé
l'effet de l:
ls Miffion
Jaché des
noit dans |
(n) Ans
cequin’em.
traitât avec
les Bonzes
ar du jeune
ne , lorfque
ing, Où Ào.
>vinces, di.
fes foins ne
us (i), Chi.
rins par fes
ine Suplique
tre les Mif
nnis de leur
venus à la
re Schaal en
e dans l'Etat
nces fous f1
\ conquête;
nombre en
roupes d'E-
xécution de
par le Pire
'artares à fe
e toutes Îles
té baptifés,
née prête à
s des Chré-
nt fe recon-
les Livres
Européens,
oi des Juifs.
n qu'ils ont
a là (R) les
it ans, fut
devant le
e répondre
’année füui-
e étoit (1)
méritoient
fe doétri-
entence de
ice le plus
en piéces ;
qui
DE LA CHINE, Liv. Il, Car. V.
qui pale pour le plus ignominieux. Cet arrêt fut communiqué aux Princès du
Sang & aux quatre Régens, pour ètre confirmé par leur approbation.
. Dans une extrémité fi terrible, Je Ciel, dit l'Ecrivain, quiparoifloitavoir
abandonné fes Serviteurs, fe déclara manifeflement en leur faveur. Chaque
fois qu’on entreprit de lire la fentence, un effroyable tremblement de terre
força l’Affemblée de quitter la Salle du Confeil. La confternation du Peuple,
fur-tout celle de la Reine-mère du dernier Empereur, qui attribuoit ces redou-
tables accidens à l'injuftice des Magiftrats, obligèrent la Regence de rendre
la liberté aux Prifonniers, à l'exception de ceux qui étoient coupables de cer-
tains crimes, particulièrement d'avoir enfeigné une fauffe doétrine (#7). Com-
me les Miffionaires étoient compris dans cette exception, ils demeurèrent en
prifon, taudis que douze cens autres Chrétiens (n) furent délivrés. Mais les
tremblemens de terre, continue Du Halde, qui fe renouvellèrent avec plus
de violenceque jamais, & le feu qui confuma la plus grande partie du Palais,
joint à quantité d'autres prodiges 0), firent ouvrir les yeux à d’injuftes Ju-
ges, & les convainquirent enfin que le Ciel s'intérefloit en faveur des Prifon-
niers, Les Mifionaires obtinrent alors la liberté. Mais le Père Adam Schaal
ne furvécut pas long-tems à fes fouffrances. Il mourut en 1666.
La perfécution n'ayant pas caufé moins de ravage dans les Provinces, on
y jetta les Miffionaires dans de rigoureufes prifons, & vingt-cinq furent ban-
nis à Canton. Il n’en refta que quatre à la Cour. Leurs ennemis, fuivant le
récit de l’Auteur. n’échapèrent pas long-tems à la vengeance du Ciel. Le pre-
mier Régent, qui étoit le plus ardent des Perfécuteurs, mourut bien-tôt d’u-
ne mort naturelle. Le fécond fut condamné au fupplice. Son troifième fils
fut coupé en piéces & les autres eurent la tête tranchée (p). Tang-quang-
Jyen, Auteur de la perfécution, qui avoit été nommé Préfident du Tribu-
nal Mathématique à la place d'Adam, fut dégradé & condamné à mort. Ce-
pendant cette fentence ayant été changée dans un banniffement perpétuel,
par confidération pour fon grand âge, il mourut en chemin d’un ulcère pe-
ftilentiel.
UN. événement, qui arriva peu d’années après, rétablit les Miffionaires
dans leur ancienne faveur. L’Empereur ayant découvert un grand nombre de
fautes dans le Calendrier de l'Empire, fut follicité par quelques-uns de fes
courtifans de confülter les Européens. Il fuivit ce confeil. Le Père Ver-
bieft, chargé de fes ordres, s'acquitta fi heureufement de cette commiffion,
que pour récompenfe il fut nommé Préfident du Tribunal des Mathématiques.
Bien-tôt on vit paroîre un Edit Impérial, par lequel tous ceux qui avoient
fouffert quelqu'injuftice fous la minorité de l'Empereur étoient invités à de-
mander des réparations. Verbieft faifit cette occafion. Il expofa dans une
Supplique l'abus qu'on avoit fait de l'Autorité Souveraine en condamnant le
Chriftianifme
f$"(m) Comment concilier ici l’Auteur a- (o) Navarette forme quelques difficultés
vec lui-même? 11 n’eft guères apparent qu'on contre tous ces prodiges. Voyez fa Relation
dit regardé ces tremblemens deterre, commegau Tome VII, Paul fait voir le peu de fond
l'effet de la fentence injufte prononcée contre qu'il y a à faire fur cette relation.]
ls Miffionaires, & que cependant on ait re- (pb) L'’Auteur ne rapporte point leurs cri-
laché des criminels, pendant qu'on les rete-
noit dans les fers.
{n) Angl, douze cens criminels, R. d, Æ, les Miffionaires,
mes, mais on doit fuppofer qu'ils en avoient
commis d’autres que celui d'avoir perfécuté:
Reztcions
DE LA Cuins.
Miracios
qu'on rappore.
te en faveur
du Chrittia-
nifme,
Vengeance
du Ciel contre
les Perfécu-
teurs,
Rétabliffe-
ment du
Chriftianif-
me. À quelle
oceafion.
MELICIONS
pr LA CHINt.
Fdit en fa-
veur de la
Religion.
Progrès du
Chuiftianifme,
Nouveaux
Miflionaires
envoyés à la
Chine.
Mort du P&-
re Verbieft,
Son loge,
compofé par
FEmpereur,
56 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Chriftianifme & banniffant fes Miniftres, Cette Piéce fut rejettée par un Tri.
bunal; mais un autre déclara, ,, que la Lpi Chrétienne avoit été profcrite in.
juftement, qu’elle étoit bonne, & qu’elle n’enfeignoit rien qui ne s’accor.
,, dât avec le bien de l’Etat. Les Seigneurs Chrétiens furent aulli-tôt rétablis
dans leurs Emplois , le Père Verbicft dans tous fes honneurs; & les autres
Miionaires ayant été rappellés, rentrèrent, en 1671, dans leurs Eglifes. A
la vérité l’Édit Impérial défendoit à tous les Sujets de l'Empire d'embrafler la
Religion Chrétienne; mais on ne laifla point de baptifer dans le cours de la
même année un grand nombre de perfonnes, entre lefquelles fe trouvoient un
oncle maternel de l'Empereur & l’un des huit Généraux Tartares.
VERBIEST, appellé enfuite à la Cour, enfeigna pendant deux ans les Ma.
thématiques à l'Empereur & prit occafion d’un Livre publié par un Mandarin
pour faire défendre par un Edit que la Religion Chrétienne fût traitée de fauf:
fe Religion. Sa faveur s’accrut encore par le fervice qu'il rendit à l'Empire
en faifant fondre du canon de cuivre, d’une légèreté qui le rendoit facile à
tranfporter fur les montagnes. Les Chinois ne connoïfloient jufqu’alors que l'u.
fage des canons de fer. Avec ce nouveau fecours les Tartares forcèrent dans
fes retranchemens U:/fan-ghey, fameux Chinoïs qui les avoit appellés dans l'Em-
pire, & qui s'étoit lui-même révolté contr'eux. Cet événement procura la
paix & confirma Kanghi fur le Trône (4). Le crédit des Miffionaires n’ayant
fait qu'augmenter avec la faveur de Verbieft, on.vit croître fi promptement
le nombre des Profélytes, que les Jéfuites de Peking écrivirent en Europe pour
inviter leurs confrères à venir partager leurs travaux. Ces lettres attirérent
à Verbieft un Bref du Pape, qui le remercioit de fon zèle, & portèrent Louis
XIV à faire pafler à la Chine de nouveaux Miffionaires, également propres à
répandre le goût des Sciences & les lumières du Chriftianifme.
D'un grand nombre qui s'offrirent pour cetteglorieufe entreprife, on choi.
fit les Pères de Fontaney, Tachard, Gerbillon, Bouvet, le Comte & V'ifdelou, tous
Jéfuites, qui, après avoir été reçus à l’Académie des Sciences, partirent bien
fournis d’Inftrumens Mathématiques & de magnifiques préfens. Ils mirent à
la voile au port de Breft, dans le cours de Mars 1685, avec le titre de M-
thématiciens du Roi. Tachard fut retenu à Siam, où le Chevalier de Chau-
mont étoit envoyé en Ambaffade , tandis que les cinq autres continuèrent leur
route vers la Chine. Etant arrivés à Ning-po, où ils ne trouvèrent aucune op-
pofition de la part du Viceroi (r), Verbieft les fit bientôt appeller à la Cour.
Ils arrivèrent à Peking au mois de Février 1688, mais cet illuftre Miffionaire
étoit mort avant qu'ils y fuffent entrés. L’hiftoire de leur voyage nous (s)
apprend que fous l'habit d'un Mandarin il portoit un cilice,. & qu'il avoit le
corps ceint d’une chaîne de fer à pointes; qu'il fut magnifiquement enfeveli
aux frais de l'Empereur, & que Sa Majefté compofa elle-même fon éloge.
L’Auteur nous l’a confervé, avec l’ordre de fes funérailles. Verbieft eut pour
facceffeur dans l'emploi de Préfident du Tribunal des Mathématqiues le Père
Grimaldi, Jéfuite Italien. |
LE
(a) Voyez cette Relation au Tome VII de (s) Les Auteurs Anglois paroiffent doutet
ce Recucil. de ce goût des Miffionaires pour la mortifica-
_(r) Angl où ils trouvèrent des oppoñi- tion, & nel'attribuent du moins qu'à l'envie
tions de la part du Viceroi. KR d, E.. de contrebalancer celle des Bonzes.
LE
reur,
apprei
nomm
envoy
des de
Place
diater
L'E
ques fo
faifoit
vres pd
rérent
théorie
tant C
Livre d
Ma
riale, |
Provinc
tranger
jours ex
plus vio
& d’aut
reufes p
pernicie
conte /’,
aux out
traînés,
& Chin
tonade.
GER
fes plain
Sa Majc
Grand-1
darins,
der une
ficier qu
(+) C'e
1e? Les
VIIL.
par un Tri.
jrofcrite in.
ne s’accore
tÔt rétablis
& les autres
Eglifes. A
embrafler la
cours de la
ouvoient un
ans les Ma-
n Mandarin
tée de fauf.
t à l'Empire
doit facile à
lors que l’u-
rcèrent dans
s dans l’'Em-
procura la
res n'ayant
romptement
Europe pour
»s attirérent
tèrent Louis
nt propres à
fe, onchoi.
ifdelou, tous
artirent bien
[ls mirent à
tre de Mx-
er de Chau-
uérent leur
aucune op-
r à la Cour.
Mifionaire
e nous(s)
il avoit le
ent enfeveli
fon éloge.
ft eut pour
es le Père
LE
iffent doutet
la mortifica-
qu'à l'envie
ss
DÉ LA CHINE, Liv. IL Car. V. 257
Le 25 de Mars, les Miffionaires François furent conduits devant l’Empe-
reur, qui retint près de fa perfonne Gerbillon & Bouvet. Après leur avoir fait
apprendre la Langue Tartare, il chargea le premier, avec un autre Jéfuice
nommé Pereyra, de fuivre en qualité d’Interprétes , les Ambafladeurs qu'il
envoyoit à Ni-po-cheu, où Norchinskoy, pour regler avec les Rufiens les limites
des deux Empires. Ils contribuerent ainfi au Traité de paix, par lequel Tack/x,
Place fituée fur la Rivière d’Amur (r) fut cedée aux Chinois & prefqu'immé-
diatement démolie.
L'EMPEREUR Kang-hi tranquille fur le Trône, fit un cours de Mathémati-
ques fous Gerbillon & Bouvet, & vécut avec eux fi familiérement qu'il leur
faifoit prendre place avec lui fur le même fiége. Ils traduifirent plufieurs li-
vres pour fon ufage. Ils en compofèrent d’autres. Les études de ce Prince du-
rérent l’efpace de cinq ans, avec le foin continuel de joindre la pratique à la
théorie. 1l fit des progrès fi extraordinaires dans les Mathématiques, que s'é-
tant chargé lui-même de l'inftruétion de fes enfans, il compofa pour eux un
Livre de Géométrie.
MaLGRé toute la faveur dont les Miffionaires jouifloient à la Cour Impé-
riale, leur Religion n'étoit que tolerée dans l'Empire; & les Mandarins des
Provinces ne revenant point de la haine qu'ils leur portoient, foit à titre d'E-
trangers & de Novateurs, foit par l'inftigation des Bonzes, ils furent toû:
jours expofés à diverfes perfécutions. On en vit naître ouvertement une des
plus violentes à Hang-cheu-fu dans la Province de Che-kyang, où le Viceroi
& d’autres Mandarins renouvellant l’Edit de 1669 défendirent fous de rigou-
reufes peines l’éxercice du Chriftianifme, qu'ils traitèrent de Seéte faufle &
pernicieufe. Leurs Eglifes furent faifies & livrées aux Bonzes. Les croix, ra-
conte l’Auteur, furent brifées, les autels profanés, &les images abandonnées
aux outrages des Infidèles. Un grand nombre de nouveaux Convertis furent
traînés, avec le Père Intorcetta leur Pafteur, devant les Tribunaux Tartares
& Chinois. Les uns furent emprifonnés ; d'autres reçurent une cruelle baf-
tonade. Ë
GERBILLON, qui étoic alors en Tartarie à la frite de l'Empereur, adreffa
fes plaintes au Prince So-fan, qui joignoit à l’honneur d'être proche parent de
Sa Majefté Impériale, la qualité d’un de fes premiers Miniftres & celle de
Grand-Maître du Palais. Maïs deux lettres, que ce Seigneur écrivitaux Man-
darins, ayant produit peu d'effet, les Miflionaires prirent le parti de deman-
der une audience particulière à l'Empereur, qui leur fit cette bizarre réponfe:
» Il étoit füurpris, leur dit.il, de les voir fi infatués de leur Religion, & fi
» inquiets pour les affaires d’un Monde, dans lequel ils n’avoient jamais été.
» Son avis étoit qu'il devoit jouir tranquillement de la vie préfente. Il ajoñta
, que leur Dieu reffentoit fans doute quelque peine du trouble où illes voyoit,
» & qu'il étoit aflez puiffant pour fe faire juftice à lui-même, fans qu'ils prif-
» fent tant de foin. Les Mifionaires frappés de cette réponfe, comme d’un
coup de foudre, répandirent l’amertume de leur cœur à genoux devant la por-
te du Palais. L'Empereur, informé de leur fituation, leur fit dire par un Of-
ficier qu’il n’y avoit point d'autre moyen pour arrêter la perfécution, que tes
milier
(+) C'eft le nom que lui donnent les Ruf-
Gens. Les Tartares Orientaux l’appell nt Sag-
VIII. Part. [
balian ufa, & les Chinois Ze-long-kyang, ou
Kiviecre du D'gon noir. ’
RELIGIONS
DE LA Cut Ne
Les Miflio-
naires font
employés au
fervice de la
Chine,
L'Empereur
apprend
d'eux les Ma-
thématiques.
Nouvelle
perfécution
qui s'élève.
Les Miflio-
naires por-
tent leurs
plaintes À
l'Empereur,
Sa réponfe,
VOYAGES DANS LEMPIRE
Ruuroons Milier fecrétement le Viceroi, ce qui feroit fon ouvrage; ou d'obtenir un De.
oi: LA Cuir. Cret favorable du Tribunal, ce qui les regardoit uniquement.
Confeilqu'il LS s’arrétèrent à la dernière de ces deux méthodes. Ayant dreffé une fup-
donne aux plique, ils la firent remettre à l'Empereur pour la lire. Ce grand Monarque
Mifonaires. ne la crouva point affez bien compofée, & ne mettant point de bornes à fa
Ils préfen. bonté, ilen dreffa lui-même une en langue Tartare (v), qu'il shoes aux
tent une Sup. Miflionaires pour y faire les changemens qu'ils jugeroient à propos. Élle fur
plique au Ter préfentée à Sa Majefté, dans un jour d audience folemnelle, par les Jéfuités
«es Pereyra & Thomas. Mais lorfqu'elle eut été renvoyée au Tribunal des Rites,
la Sentence des Mandarins déclara qu’il falloit s'en tenir aux Edits précédens,
. Elle ett re. L'Empereur, piqué de ce Jugement, donna ordre aux Mandarins de recom.
jettée, mencer l'éxamen. C'étoit déclarer affèz nettement fes intentions. Cepen.
dant leur feconde réponfe ne fut pas plus moderée que la première. L’Em.
pereur, les voyant obflinés contre les Mifionaires & leur Religion, prit le
parti de figner le Decret, dans la crainte d'irriter les Sujets de l’Empire. D'un
autre côté fa compaflion pour les Jéfuites lui fit confulter le Prince $o-fan, qui
lui confilla de faire valoir fon autorité dans cette occafion, pour rendre les
L'Empereur Mandarins plus traitables (x). Cet avis plut au Monarque. Il envoya au Kolau
employe fon. & aux Membres du Lipu, un ordre, qui portoit que tous les Edits publiés
sotéen contre la Loi Chrétienne fuffent déchirés & jettés au feu. So-fan fe préfenta
SUR Jans l'Affemblée. Quoiqu’attaché à la Religion du Pays, il plaida la caufe des
Miffionaires avec tant + force, & donna de fi fes explications aux dix
Commandemens, que les Mandarins, reconnoiflant enfin u’une telle Loi ne
pouvoit:être dangereufe (y), prononcérent: ,, Que les fervices des Miffio-
naires. méritoient des récompenfes; qu’ils n’avoient rien commis de con-
traire à la Morale; qu'ils n’avoient fait de mal à perfonne ; queleur Doëétrine
n'avoit aucune reffemblance avec celle des faufles Seétes, & ne tendoit
point à la féduétion; qu’ils conferveroient leurs Eglifes,. & qu’ils auroient.
» Comme les Bonzes, la liberté de prêcher leur Religion. L'Empereur figna
ce Decret le 2 de Mars 1692, & le fit publier dans toutes les parties de l’Em-
pire (2). Mais il obligea les Miffionaires d’écrire à leurs Confrères, dans a
Province de Che-kyang, qu'ils ne devoient pas trop préfumer de cette gra-
ce, & qu’il falloit fe conduire avec tant de circonfpeétion , qu’on n'entendit
il agit jamais recommencer les plaintes, Cet avis fembloit marquer, fuivant l'Hifto.
rien, qu’il n’approuvoit point le Chriftianifme fans fe faire quelque violence
(a), & qu'en favorifant les Miffionaires , il facrifioit fes vûes politiques à
52
contre fes
propres de-
ie l'affection qu’il avoit pour eux.
LA liberté qu'on leur accordoit fervit bien-tôt à multiplier les converfions.
Le Chriftia- :
nifimerede. Elle attira de France un grand nombre de Jéfuites. Louis XIV afligna (2) un
vient forif- revenu annuel de neuf mille deux cens livres, pour vingt Miffionaires à la Chi-
fant,
ne
réponfes de ce Prince, quoique ls même Au-
teur lui attribue dans d'autres endroits du
penchant pour le Chriftianifine. L
(b) L'Original Anglois dit Louis XV. mais
cela revient à la même chofe; parce que ce
Prince, n’a fait que continuer les libéralités de
Louis XIV envers les Mifionaires, R. d, E.
(v) L'Auteuren donne une Tradwtion,
(x) Chine du Père Du Halde, T. IE pag.
18. €ÿ Juiv.
(y) Les Auteurs Anglois prétendent ici
qu’elle eft dangereufe dans le fens Catholique.
(3) Voyez le Tome VII. de ce Recueil.
(a) Ona pû faire la même remarque dans
le l'ome précédent, à l'occafion de plufieurs
ne & :
de fon
les foi
fuites
lais, 4
cinqua
fournit
més po
& à l’a
toutes
bre 172
repréfe
qu'elle
ne s'éto
maticie
To
tre ent
ti Cec
au Chri
toire de
naires &
mé préc
Auteurs
à des uf:
cet évé
extirpée
refta dar
nés Chi
On fit p
Eglifes,
TEL
par le D
(a) Vo;
d ) Les
ques réflex
Une de le:
ici fans ch:
fionaires a
gence avec
leur perme:
top éxiger
enir un De:
ÎTé une fup-
| Monarque
bornes à fa
eNVOYA aux
s Elle fut
les Jéfuités
| des Rites,
précédens.
‘de recom-
is. Cépen-
re. L’Em.
ion, prit le
npire. D'un
o-fan, qui
r rendre les
ya au Kolau
dits publiés
fe préfenta
la caufe des
ons aux dix
telle Loi ne
des Miffio-
nis de con-
ur Doétrine
ne tendoit
ils auroient
pereur figna
ies de l’Em-
es, dans la
e cette gra-
n’entendit
ant l’Hifto-
e violence
politiques à
onverfions.
Bna () un
es à laChi-
ne
le même Au-
endroits du
uis XV. mais
arce que ce
libéralités de
RdE
DE LA CHINE, Lrv. I Car. V. 259
ne & aux Indes. Dans cet intervalle, l'Empereur, qui ne fe relâchoit point
de fon application à l'étude, fut attaqué de la fiévré tierce, Il en fut guéripar
les foins de Gerbillon & de Bouvet. Sa reconnoiffance lui fit donner aux Jé-
fuites un grand édifice dans le Whang-thing, ou la première cour de fon Pa-
lis, avec la moitié d’un champ voifin pour y bâtir une Eglife. Il y joignit
cinquante onces d'argent, qui devoient férvir à l'éxécution de l'ouvrage. Il
fournit même une partie des matériaux, & quelques Mandarins furent nom.
més pour en prendre la direétion. On employa quatre ans à bâtir cette :glife
& à l'embellir. Aufli devint-clle une des plus belles & des plus régulières de
toutes les Eglifes de l'Eft. Mais à peine fut-elle achevée, au mois de Décem-
bre 1720, que les Cenfeurs de l'Empire firent entendre leurs laintes. ils la
repréfentèrent comme un excès de luxe qui bleffoit les loix, demandèérent
qu'elle fût démolie. L'Empereur les réduifit au filence, en répondant que rien
ne s’étoit fait que par fes ordres & pour récompenfér les fervices des Mathé-
maticiens étrangers.
Tour paroifloit favorable aux travaux des Miffionaires, lorfqu'on vit naî-
tre entr’eux les fameufes difputes qui regardoient le fens des mots T'yen & Chang-
ti. Ce contretems replongea les affaires dans la confufion, & devint plus fatal
au Chriftianifme que toutes les perfécutions qu’il avoit efluyées. Comme l’hif-
toire de ce malheureux différend, qui fe termina par l’expulfion des Miflio- -
naires & par la ruine de tous leurs travaux, a déja trouvé place dans le Volu-
mé précédent (c), on fe contentera d’obferver ici que fuivant le récit de nos
Auteurs, il n’y eut pas moins de trois cens Eglifes, ou détruites, ou livrées
à des ufages profanes, ni moins de trois [ cens ] mille Chrétiens expofés par
cet événement à la rage des Infidèles. Auffi la Religion Chrétienne fut-elle
extirpée à la Chine, fans aucun efpoir d’y être jamais rétablie, Cependant il
refta dans les Provinces trois Jéfuites & quelques autres Prêtres, qui, étant
nés Chinois, trouvèrent facilement le moyen de, fe dérober à la perfécution.
On fit pañler auffi, chaque année, d’habiles Catéchiftes dans les différentes
Eglifes, pour inftruire & confoler lés Fidéles par des leétures de piété.
Tec eft l’état auquel les Miflions Catholiques ce la Chine furent réduites
par le Décret Impérial de l'année 1723 (d).
c) Voyez les Relations des Voyageurs.
(ê ) Les Auteurs Anglois joignent ici quél-
ques réflexions Injurieufes à la Cour de Rome.
Une de leurs remarques, qu’on peut inférer
ici fans choquer perfonne; c’eft que les Mif-
fonaires auroient dû fe contenter de l’indul-
gnce avec laquelle l'Empereur de- la Chine
leur permettoit de prêcher leur Religion, fans
top éxiger de ce Prince, à qui ilsavoient les
plus grandes obligations. Il prévit les dange-
reufes conféquences qui pourroient réfulter de
fa facilité à recevoir les décifions du Pape,
fur le moindre point en fait d’inftitutions ci-
viles. Il craignit qu’en cédant à quelques é-
gards', on ne fe prévalut dans la fuite de fa
condefcendance & qu’on ne pouffàt les cho-
fes fi loin, qu'ilne feroit plus teins d'y re-
médier R. d. E.
2 EN
KE
HIXAN
Li
Kk 2
CHAPITRE
RELIGIONS
DE LA CHINE,
Faveurs ac-
cordées aux
Miffionaires,
Leur ruine
entière, Caue
fée par leurs
propres diffe+
rends,
4
GOUVERNE:
MENT
DE LA CuiNE.
Premiers
tems de l'Ein-
pire Chinois.
. Leurobfcu-
rité,
Raifons qui
en rendent
l'Hiftoire ful-
pcéte.
VOYAGES DANS L'EMPIRE
GLEN 2 UD cc ee GTI QE: 4: 68 AE
CHAPITRE VI.
Conftitution € Gouvernement de la Chine.
f. I
Antiquité € étendue de la Monarchie Chinoife.
UOIQUE l’Empire de la Chine foit trés-ancien, & que fes Hiftoriens
donnent à leurs Monarques une origine fort éclatante & fort reculée,
it s'en faut beaucoup qu'ils nous apprennent clairement dans quel tems leur
Pays fut peuplé & quand les Chinois commencèrent à faire quelquefigure dans
le monde. L'opinion commune eft que cette Monarchie fut fondée par Fo-bi,
qui, fuivant certains Auteurs Chinois, commença fon regne deux mille neuf
cens cinquante-deux ans avant l’Ere Chrétienne. D’autres plus zélés pour la
gloire de leur Pays, font remonter beaucoup plus loin fon origine. Mais fi
l'on jette un œil critique fur leurs Annales, on y reconnoît plus d'une forte
d’éxagérations.
Leurs Auteurs donnent à Fo-hi le corps d’un férpent L): On ignore !x
durée de fon regne & de celui de fes fix premiers Succefleurs, quoiqu’on ne
compte pas moins de cinq cens quatre-vingt-quinze ans depuis fon inaugura.
tion jufqu’à celle de Tan, feptième Empereur, dont on fait durer le regne
foixante-douze ans, comme on donne cinquante ans à celui de Chun fon fuc-
ceffeur. Ces neuf Empereurs regnérent avant les vingt-deux races dont leur
fucceffion eft compofée. C’eft à eux que les Chinois attribuent leurs loix &
leurs fciences, leurs réglemens civils, moraux & religieux, leur agriculture,
leurs manufaétures & l'invention de plufieurs inftrumens qui appartiennent
aux Arts. Mais ces circonftances mêmes fervent à rendre leur Hiftoire fort
fufpeéte. Plufieurs des premiers regnes, obferve le Traduéteur Anglois du
Père Du Halde, paroiflent autant de fiétions, qui font apparemment l’ou-
vrage des anciens Hiftoriens Chinois, foit pour relever leur Nation au-defus
de toutes les autres, par l'ancienneté, la fageflë, lapoliteffe, l'excellence des.
loix, & par d’autres avantages; foit pour former des modeles & des caraétè-
res que les Princes puflent imiter. Il paroît fort étrange, ajoûte le même E-
crivain, que non-feulement toutes leurs fciences, mais encore tous leurs arts
& leurs uftenciles, jufqu'a ceux qui regardent l’agriculture & la cuifine, ayent
été inventés par leur premier Empereur, comme s’il eût été, dans cet ancien
tems, le feul à qui la nature eut accordé du génie ou quelque degré de capaci-
té. On pourroit dire auffi que dans cette origine, & fans communication avec
les autres peuples, il n’eft pas vraifemblable que les mêmes chofes ayent été
portées à la perfeétion qu'elles ont aujourd'hui.
QUELQUE
(a) Chin-nung; la tête d'un bœuf & d'au. noloziques de la Monarchie Chinoife par Cou
tres idées fabuleufes. Foyez les Tables Chro. plet, pag. 10, de la Préface.
= É pi A
Que:
Chinois 1
cer la M
noife eft
des Aute
des Ann:
mènes,
première
nômes E
ON v
les, pub
vant Jéfi
ne de L
l'ouvrage
& Vicer(
Annales
là on déc
regarde 1
comparée
res font «
Fouquet
qu'elle fix
vant Jefu
fez fortes
que la N:
que l'Ilift
au-delà d
mun entr
LE mé
le Cycle (
tribuer à.
dont on
ue jufqu
oit à la
Fo-bi & C
incertaine
la fantaifi
PREM:
gies Chin
que des f
d'incertair
(b) Chin
(c) Ibide
(4) Cela
vé que les
née où elle
toient avoir
RSS» Eh
Hiftoriens
t reculée,
tems leur
igure dans
par Jo-bi,
mille neuf
lés pour la
. Maïsfi
l'une forte
n ignore x
oiqu'on ne
inaugura-
r le regne
nm fon fuc-
s dont leur
rs loix &
griculture,
artiennent
iftoire fort
Anglois du
ent l’ou-
au-deffis
ellence des.
es caraétè-
e même E-
leurs arts
ne, ayent
cet ancien
de capaci-
ation avec
ayent été
DUELQUE
oife par Cou
DE LA CHINE, Liv. IL Car. VI 261
uzLQUE jugement qu'on en veuille porter, un troifième parti entre les
Chinois rejette ces fept premiers Empereurs comme incertains, & fait commen-
cer la Monarchie par T4, depuis leregne duquel on prétend quel'Hiftoire Chi-
noife eft d'autant plus éxaéte & d'autant mieux fuivie, qu'elle eft l'ouvrage
des Auteurs contemporains & qu'elle fe trouve confirmée dans tout le cours
des Annales par une fuite d'obfervations d'éclypfes. Le premier de ces Phéno-
mènes, qui eft rapporté au regne de Chang-kang , quatrième Empereur de la
première Dynaltic, 2155 ans avant Jefus-Chrift, a été vérifié par les Aftro-
nômes Européens.
ON vit paroître, à Rome, en 1729, une Table Chronologique en trois feuil-
les, publiée par le Père Fouquet Évêque Titulaire d'Eleuthéropolis, aupara-
vant Jéfuite & Mifionaire, Cette Table ne commence pas plus haut qu'au re-
ne de Lye-vang, quatre cens trente-quatre ans avant Jefus-Chrift. Elle eft
l'ouvrage de Nyen, jeune Seigneur Tartare, fort verfé dans l’Hiftoire du Pays,
& Viceroi de Canton en 1720, qui l’avoit tirée du Xang-mu, ou des grandes
Annales Chinoifes. Or les Auteurs du Kang-mu remarquent qu'avant ce tems-
là on découvre peu de certitude dans la Chronologie , du moins pour ce qui
regarde le commencement & la fin des régnes, & la fucceffion des années,
comparée avec le Kyn-tfe, ou le Cycle Chinois (b). La plupart des Mifionai-
res font du même fentiment, fondés apparemment fur l'autorité du Kang-mu.
Touquet pofe pour un des premiers principes de la Table qu’il a publiée,
qu'elle fixe l'Ere de la véritable Hiftoire Chinoife environ quatre cens ans a-
vant Jefus-Chrift. 11 obferve que fuivant quelques opinions, fondées fur d’af-
fez fortes raifons, elle pourroit être placée encore plus bas (c). En avouant
que la Nation Chinoife eft prefque aufi ancienne que le Déluge, il prétend
que l'Hiftoire du Pays mérite peu de foi, lorfqu on remonte quatre cens ans
au-delà de Jefus-Chrift. Ce fentiment, dit Fourmont, eft à préfent fort com-
mun entre les Miffionaires Jéfuites.
LE même Auteur obferve que Muigret, Evêque de Conon, ne croyoit pas
le Cycle Chinois fort ancien. Ce Prélat jugeoit que c’étoit une erreur de l’at-
tribuer à #Whang-ti, fecond fuccefleur de Jo-hi, & que l'Auteur des Annales
dont on vient de parler l’appliqua le prémier aux années & aux fiécles, quoi-
ue jufqu’aicrs on ne s’en fût fervi que pour compter les jours. Il reconnoif-
Pit à la vérité l’éxiftence des trois premières races, & même de Chu, Tao,
Fo-bi & Chin-nung ; mais, regardant la Chronologie des anciens tems comme
incertaine, 1l fuppofoit que les années & les éclypfes ont été ajuftées fuivant
l fantaifie de l’Annalifte (4).
PREMARE, dans fa Lettre contre Renaudot (e), diftingue trois Chronolo-
gies Chinoifes ; la fabuleufe, l’incertaine & la véritable. 11 tire cette remar-
que des plus célebres Hiftoriens du Pays, qui, libres de partialité, traitent
d'incertains les tems qu'on place entre Æo-hi & Ghyc-lye-vang (f), c'eft-à-di-
ie,
(b) Chine du Père Du Halde, Tome I,
(c) Ibidem. de l'Hiftoire.
(4) Cela ne peut être, parce qu'onatrou- (e) Lettres Edifiantes, Tome, XIX. pag.
vé que les Eclypfes font arrivées dans l’ane 457.
née où elles font placées, Mais elles pour- (f) Le même que Lye-vang, dont on a dé-
voient avoir été calculées plulieurs fiécles a- ja parlé,
Kk 3
près, pour fervir comme d'appuis à la vérité
GOUVERNE-
MENT
DE LA CHINE,
Opinion plus
vraifembla-
ble,
Table Chro-
nologique de
l'ouquet, fur
quoi fondée.
Opinion de
Maigret, E-
vêque de Co-
non.
Celle de Pre:
mare,
GOUVERNE-
MENT
DE LA CHINE,
Soupçons
contre les o-
inions des
diffionaires.
Sentiment
de Fourmont.
Etendue de
la Chine,
262 VOYAGES DANS L'EMPIRE
re, ne croient pas qu'ils doivent être rangés féricufement dans l'ordre Chrono.
logique, & donnent le nom de fabuleux à ceux qui ont précedé Fo-hi. Ce.
pendant il prouve que la Chine étoit peuplée, plus de deux mille cent cinquan.
te-cinq ans avant Jefus-Chrift; & la vérité de cette opinion lui paroît démon.
trée par l’éclypfe Solaire, qui arriva cette année & qui fe trouve dans l’Hiftoi.
re Chinoife (g ).
Mais comme les Miffonaires expliquent leur fentiment fur la Chronologie
de la Chine, fans le fonder fur des raifons particulières, les Auteurs Anglois
obfervent que leur explication ne fert au faire naître des doutes, & qu’on
les a même accufés de former leurs objeétions par de fimples vûes de picté,
dans l’idée qu’on ne peut admettre la Chronologie Chinoife fans renverfer cel.
le de l’Ecriture-Sainte, fuivant le calcul Hebreu, puifqu’elle placele commen.
cement de cette Monarchie près de fix cens ans avant le Déluge. D'un au.
tre côté, quelques-uns penfent que comme il y a deux Chronologies de l’an-
cien Teftament (la Samaritaine & celle des Septante) qui placent le Déluge
pluficurs fiécles auparavant, & qui ne pañlent pas pour moins autentiques, il
vaut mieux en fuivre une que de rejetter celle des Chinois. C’eft l'opinion de
la plûpart de nos Sçavans modernes, particulièrement de Fourmont, qui fou-
tient la certitude de la Chronologie & de l'Hiftoire Chinoife contre les ob-
jeétions des Jéfuites. Il établit, 1°. que Confucius ayant vécu du tems de
Lyng-vang, cent quarante-un ans avant Ghey-vang; &le Chun-tfyn, qui eft fon
ouvrage, contenant les annales de deux fiécles, la Chronologie fe trouvefixée
pour huit cens quatre-vingt-cinq ans avant Jefuis-Chrift, c’elt-à-dire, jufqu’au
tems de Li-vang (b) ou plus haut; 2°. que les Chinois ayant fixé les époques
& les obfervations des éclypfes (i), il n’eft pas poffible que leurs Hiftoriens
fe foient trompés dans l’ordre des tems, 3°. Il demande pourquoi les tems
qui ont précédé Ghey-lye-vang ne feroïent pas plus éxaéts que la Chronologie
Grecque & Latine, ou même que les Annales de France, puifque les Chinois
apportent tant de foins à la compofition de leur Hiftoire? Il employe d’au-
tres argumens par induétion, en faveur de la Chronolnsie Chinoïife. Mais
il obferve judicieufement que fans avoir éxaminé avec aucoup d'attention
une grande variété de Livres qui ont rapport à l'Hiftoi de la Chine, un Cri-
* cique ne fera jamais capable de juger abfolument de la vérité, foit de celledes
dates ou des événemens (#); d’où l’on pourroit conclure qu’il faut renoncer
pour jamais à l’éclairciffement de cette Éfpute. Cependant on ne peut dif
convenir après-tout, que la Monarchie Chinoife ne foit du moins auffi ancien-
ne que celle des Perfes, des Affyriens, & que tout autre dont on trouve des
traces dans l'Hiftoire Grecque & Romaine.
A l'égard de fon étendue, il ne faut pas s’imagner qu’elle ait toûjours été
la même. Sous le régne de ÆWhang-ti, troifième Empereur, la Chine étoit
bornée au Sud par le Kyang; mais elle s’eit fort accrue dans ces derniers fié-
cles. On nous raconte que cette Monarchie commença dans la Province 4
Cher:fis
(6) Il s'agit defçavoir s'ils ont un nombre
fuffifant de ces obfervations.
(g) Hiftoire Critique de Tourmont, Tome
IT, pag. pag, 402. Il ett cité dans les Notes
de Du Halde, (k) Fourmont, wbi fup, pag. 404, 405
a) Dixième Empereur de la Dynaftie de & 4n1, É Je: p 1
icu.
Chen-fi ;
vinces ©
Royaums
JEmpere
pendance
temps.
niers fiéc
La Race
te la Tar
prend les
Nord pa
Sud de ?’
D'AIL
Royaume
ui reçoix
e les fai
ON cr
vingt-deu
ils font fo
I, Ed
x ©
3:
RS
La lon
S&. Y
hui
9. C:
(1) Quelq
Dynaftie
r, Hya.
2, Chang
3. Cheu..
4 Tfin.
s. Han.
(m) Le m
giñe, ni Dy
à Succefion: n
de forte que
Race a pofféc
re Chrono.
0-hi. Ce.
it Cinquan-
it démon.
ns l’Hiftoi.
hronologie
rs Anglois
, & qu'on
de picté,
verfer cel.
> commen.
D'un au-
ies de l’an-
- le Déluge
ntiques, il
opinion de
t, qui fou.
tre les ob-
lu tems de
qui eft fon
rouve fixée
U jufqu’au
es époques
Hiftoriens
i les tems
ronologie
es Chinois
loye d’au-
ife. Mais
d'attention
e, unCri-
e celledes
renoncer
peut dif-
i ancien-
rouve des
jours été
dine étoit
iers fé-
rince de-
Chen-f;
n nombre
O4, AO
à Succeffion: mais un certain nombre d'années :
DE LA CHINE, Liv. I. Car. VI.
Chen-fi; qu'elle reçut fes accroiffemens par degrés, & que les diverfes Pro-
vinces dont l’Empire eft aujourd’hui compofé étoient autrefois autant de
263
Govvenne-
MENT
Royaumes. À la vérité on les repréfente toûjours comme dépendantes de ?£ LA CHine.
Empereur; mais il n’eft pas probable qu’elles fuflent tombées dans cette dé-
pendance fans y avoir été forcées; ce qui ne peut avoir été que l'ouvrage du
temps. On confefle que la Province de Tun-nan. eft une conquête des der-
niers fiécles. Dans celle de Fo-kyen, l'ancien langage du Pays éxifte encore,
La Race Impériale qui pofféde aujourd’hui le Trône, a joint à l’Empire tou-
te la Tartarie Orientale, avec une grande partie de l'Occidentale, qui com-
prend les Pays des Mongols ou Mogols, & ceux des Kalkas. 11 eft bordé-au
Nord par la grande Rivière de Saghallan-vla ou d’Amur, d’où jufqu’à la pointe
Sud de l’Ifle de Hay-nan, il comprend plus de neuf cens lieues de France,
D'AILLEURS, on çompte entre les Tributaires de la Chine plufieurs
Royaumes, tels que la Corée, le Tong-king, la Cochinchine , Siam, &c.
ui reçoivent quelquefois leurs Souverains de l'Empereur, ou qui font obligés
É' les faire confirmer par fon approbation.
ON croit devoir joindre ici le Catalogue des premiers Empereurs & des
vingt-deux Dynafties Chinoifes, pour jetter du jour fur cette Defcription, où
ils font fouvent nommés.
Premiers Fondateurs de l Empire.
1. Fo-hi. 5. Chwen-ye.
2. Chin-nung, 6. Ti-ko.
3. Whang. 7. Chi
4. Çhau-hun.
LA longueur du régne de ces fept Empereurs eft inconnue (7).
8. YAo. Il régna feul pendant foixante-douze ans, & l’efpace de [vingt]
huit avec Chun.
9. CHUN regna feul environ cinquante ans.
(1) Quelques Hiftoriens Chinois ajoutent plufieurs autres Einpereurs entre Fo-hi & Whang-hi.
Ordre des Dynafties (m) ou des Races Impériales..
Suivant Du Haine. Suivant FourRMoNT (n.).
Dynaflies. Empereurs. Durée. Commencement. Durée.
1. Hya. 7. « 488, Années 2207. 44r.
2, Chang ou Leg. 28. . 644. . ant] © 1566 . 664.
3. Cheu. . . 35. 87% « + + + . 1122. . 874.
4 Tfin. on ds 44, . , + + 46 42.
5. Han. x «T5 406 : à + … 206. 425.
6. Heu-han..
de cette Race, Voyez Fourmont dans fes Ré:
fléxions critiques fur l’Hiftoire des anciens Peu-
ples, T. Il. pag. 397
de forte que tout le tems pendant lequel une (n)
Race a polfédé l'Empire, fe nomme le Chaw vrage de Fourmont, pag. 447:
(m) Le mot Chinois eft Chau, qui ne fi-
gifñie, ni Dynaftie, ni Race , ni Famille , ni
Ses accroiffe:
mens.
Royaumes
tributaires de
la Chine.
Nom defes
l'ondateurs,
Dynafties:
Impérialess.
397:
Cette Addition eft tirée du même Ou
GoUvERNE-
MENT
DE LA CHINE ,
Excellente
forme du
Gouverne-
.ment Chinois,
Les Chinois
ne connoif-
fent pas le
nom de Répu-
plique.
Tondement
de leur Gou-
vernement.
264 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Dynafiies. Empereurs. Durée. > Commencement. Durée.
6. Heu-han, . . 2. . 44. . . Années 220. ;
7. Tfn. “et agit mede à MG lisge M)
8. Song. es O6 Tr 7480 ne 59.
9. Tfi. sue au 0 0 DE ce elite à dE, 23.
10. Lyang. + + 4. . 55. . . . .. . 502 . 155.
11. Chin. RETRO LR RC ENT EEE RES
29 SCRWÉ is 5.8 4 12 à Le D, , 97
13. Tang .. , 20 . 289. . , . . . (618: '. 289.
14 Hewlyalg.: : ! 2 + 10. , +, . 7, © 907, 16.
15. Hewitang.. , : 4 . 19, . 7, : 993 . 13.
26, Hew:tfini, 9. 4 EI 199968. II.
17. Hew-han. . 2. . PORTES NE CET 4.
18. Hew-cheu . 3. . Qi: elle MR PT, 1 COR | 9.
19. Song. s He Oo DID sise 6: 1! 060-1898:
20. Ywen. RS EE 88.
21. Ming . . 2160,.. 976 , , .!, . 2908 , 277
295 LORRe. + + "De ee à + 6 0 DOANN à |
{. I I.
Principes du Gouvernement Chinois.
E Tous les plans & les modéles de Gouvernement qui nous font venus
des Anciens, peut-être n’en eft-il aucun qui renferme autant d'éxactitu-
de & de perfection que celui de la Monarchie Chinoife; & l'admiration doi
augmenter s’il eft vrai, comme les Chinois le prétendent, que dès le tems de
fon origine il ait eu toute la vigueur & la perfection qu'on lui connoît aujour-
d'hui. Mais il paroît du moins que la conftitution du Gouvernement Chinois
eft fi judicieufement conçue, qu’elle ne peut s’altérer, comme celle des au-
tres États ; ou que s’il y arrivoit quelque efpèce d’altération, elle a dans elle-
même dequoi réparer fes propres forces.
Le nom de République n’avoit jamais été connu des Chinois jufqu’à l’arri-
vée des Hollandois, & l’on auroit eu peine à leur faire comprendre qu'un Etat
puifle fe gouverner fans Roi. Ils regardoient un Gouvernement populaire
comme un monftre à plufieurs têtes, formé par l'ambition, l’inconftance &
la ne des hommes, dans des tems de défordre & de confufon publi-
que (a).
LE Gouvernement politique de la Chine roule uniquement fur les devoirs
mutuels des pères & des enfans. L'Empereur porte le nom de Père de l'Em-
pire. Un Viceroi eft le père de la Province où il commande, comme un Man-
darin eft celui de la Ville qu'il gouverne. Les anciens Sages étoient perfuadés
qu'un profond fentiment de refpeét dans les enfans pour leurs pères les entre-
tient dans une parfaite difpofition à l'obéiffance civile; que certe foumiffion,
confervant
(a) Mémoires du Père Le Comte, pag. 248.
confe
que ce
ordie d
peuple
aftectic
jugé a
races.
abfolué
Maxi
nyap
fonnab
la viole
la perf
qu'on
ces qui
Sui
rempli
qu'il pu
rir les $
fulter fl
autres E
ritent,
tres Suj
la Nobl
cheffes
S'incorp
leurs cœ
me une
ples; fe
fuader a
que fes
uftes, f
Careffer
étrange!
prendre
me à leu
ter avec
ils devie
fervatioi
de la ret
L'av
procéde
de leurs
la natur
leurs Pr:
font venus
t d'éxactitu.
jration doit
s le tems de
noît aujour-
ent Chinois
elle des au-
a dans elle.
fqu’à l'arri-
qu'un Etat
it populaire
onftance &
ufon publi-
les devoirs
re de l'Em-
ne un Man-
t perfuadés
les entre-
oumiflion,
conférvant
DE LA CHINE, Liv. IL Cnap. VI 965
confervant la paix dans les familles, produit la tranquillité dans les Villes, &
ue cette tranquillité prévient les foulevemens du peuple & fait régner le bon
ordre dans toutes les parties de l’Empire (b). D'un autre côté, comme le
euple a pour fes Chefs une foûmiffion filiale, il s'attend d’être traité avec une
affeétion paternelle, d'être protégé contre l'injuftice & l'oppreffion , d’être
jugé avec une impartiale équité, enfin d’être confolé & foûtenu dans fes dif-
races. Aufñi, quoique la Chine foit une Monarchie, & peut-être la plus
gbfolue qu’il y ait au Monde, fa conftitution eft fondée fur de fi excellentes
Maximes, & tous fes réglemens font fi bien rapportés au bien public, qu'il
n'y a peut-être pas de Nation fur la terre, qui jouiffe d’une liberté plus rai-
fonnable, ni dont les Particuliers & les propriétés foient mieux à couvert de
ja violence & de l'oppreflion des Officiers de la Couronne. Comme c’eft dans
Ja perfonne de l'Empereur que réfide un pouvoir fi vafte, les £hinois penfent
qu'on ne peut apporter trop de foin à former l'efprit & le caraétère des Prin.
ces qui font deftinés au Trône. . |
Suivant Confucius, un Prince vertueux doit pofféder neuf qualités , ou
remplir neuf devoirs. 1°. Se perfeétionner lui-même & fe gouverner fi bien
qu’il puifle fervir de guide & d’éxemple à tous fes Sujets. 0, Honorer & ché-
rir les Sçavans & les gens vertueux, converfer fouvent avec eux & les con-
fulter fur les affaires de l'Empire. 3°. Aimer fes oncles, fes coufins & les
autres Princes du Sang, leur accorder les faveurs & les récompenfes qu’ils mé-
ritent, & leur faire connoître qu'il les préfère dans fon eftime à tous les au-
tres Sujets de l'Empire. 40. Marquer de la politeffe & de la confidération à
la Nobleffe qui n’eft pas du Sang Royal; & l’élever aux honneurs & aux ri-
chefles, pour faire connoître au Public qu'il les diftingue du commun. 5°.
S'incorporer en quelque forte avec le refte de fes Sujets, pour mettre entre
leurs cœurs & le fien toute l'égalité & l’union poffibles, & les regarder com-
me une partie de foi-même. 6°. Avoir une véritable affeétion pour fes peu-
ples; fe réjouir de leursavantages & s’afliger de leurs difgraces, jufqu’à per-
fuader aux plus vils Sujets de l'Empire qu’ils font auffi chers à leur Souverain
que fes propres enfans. 7°. Inviter à fa Cour toutes fortes d'Ouvriers & d’Ar-
tiftes, pour expédier promptement les affaires publiques & particulières. go,
Carefler & traiter avec autant de libéralité que de politeffe les Ambaffadeurs
étrangers , pour leur faire connoître qu’il a l'ame Royale & généreufe ; &
prendre foin qu’en retournant chez eux il ne manque rien à leur fureté com-
me à leur fatisfaétion. 90. Chérir tous les Seigneurs de l'Empire, & les trai-
ter avec tant de bonté , qu’au-lieu d'entretenir les moindres idées de révolte,
ils deviennent les forterefles & les boulevards de l'Etat ( ‘. C’eft par l’ob-
fervation de ces régles, ajoûtent les Commentateurs, q: 1n Prince acquiert
de la renommée, & répond à la fin de fon Elevation.
L’avzrsiomn des Chinois eft extrême pour la tyrannie & l'oppreflion. Elle
procéde moins, difent-ils, du pouvoir abfolu des Princes, que du défordre
de leurs pañlions & du déréglement de leurs défirs, au mépris de la voix de
la nature & des loix du Ciel. Ils font perfuadés que l'obligation impofée à
leurs Princes de ne point abufer de leur pouvoir, fert plûtôt à l’établir qu’à le
détruire;
k co Chine du Père Du Halde, pag. 248.
306.
(c) Relation de Magalbaens, pag, 197.
& fuivantes,
GouvenNe-
MENT
DE LA CHINE,
Devoirs mu-
tucls des pè-
res & des en-
fans.
Devoir des
Princes, fui-
vant Confu-
cius,
Averfion des
Chinois pour
la tyrannie.
GOUVERNE:
MENT
PE LA CHINE,
Taxes de
l'Empire.
De qui les
Sentences re-
çoivent leur
autorité,
Succeffon
au Trône.
Noinination
aux dignités
de l'Empire.
Changement:
de Miniftres
& dégrada-
tion des Prin-
LUE
266 (VOYAGES DANS L'EMPIRE
détruire; enfin que le frein qu’on met à leurs. pañlions, ne diminue pas plus
leur autorité, que le pouvoir Divin n’eft diminué par l’impuiffance : de com.
mettre le mal (4).
(4) Mémoires du Père Le Comte, pag. 248:
$ IIL
Autorité de l'Empereur de la Chine. Sa grandeur. Sa famille.
E UTORIT E’ Impériale eft abfolue à la Chine. Quoique chaque Par.
ticulier foit parfaitement maître de fon bien, & vive paifiblement dans
la poffeffion de Ÿs terres, l'Empereur eft le maître d’impofer les taxes qu'il
juge convenables au befoin de l'Etat. Mais, hors le cas d’une preflante né-
cellité, il ufe rarement de ce pouvoir. C’eft une coutume établie, d’éxemp-
ter, chaque année, une ou deux Provinces de fournir fa part des taxes, fur-
tout lorfqu’elle a fouffert de quelque maladie, où lorfque le mauvais tems à
fait tort à fes prodnétions.
IL n’y a point de Tribunal dans l’Empire, dont la Sentence n'ait befoin d'é-
tre confirmée par l’autorité du Prince. Mais les Décrets qui viennent immé-
diatement de lui font perpétuels & irrévocables. Les Vicerois & les. Tribu-
naux des Provinces fontobligés de les enregiftrer,, & de les faire publier aufli-
tôt dans toute l'étendue de leur Jurifdiétion.
L'EmPEREuR choifit, pour fon héritier, celui d’entre fes enfans qu'il ju-
ge le plus propre à lui fuccéder. S'il ne fe trouve perfonne dans fa famille qui
lui paroifle capable du Gouvernement , il fait tomber fôn choix fur un de fes
Sujets. Mais ces éxemples ne font connus que dans l’ancientems. S'il préfère,
à fon fils aîné, quelqu'un qui l'emporte fur lui par lé mérite, une fi belle aétion
rend fon nom immortel. Au contraire, s’il arrive que celui qu’il a choifi ré-
ponde mal à lefpérance publique, il eft obligé de l'exclure & d'en nommer
un autre, fans quoi il perdroit fa réputation. Kang-hi, dernier Empereur,
dépofà d’une manière fort étrange le feul fils qu’il eut de fon époufé légitime.
On vit avec étonnement un Prince dont l'autorité avoit été prefqu'égale à celle
de l'Empereur, chargé de fers dans une étroite prifon. Ses enfans & fes prin-
cipaux Officiers furent enveloppés dans le même fort; & les gazettes furent
auffitôt remplies de Manifeftes, qui rendoient compte au Public de la condui-
te de. l'Empereur.
Ce Monarque difpofé, avec le même pouvoir, de toutes les dignités de
l'Empire, fans être obligé de les conférer aux perfonnes qui lui font propofées
par les Tribunaux, Cependant il confirme ordinairement leur choix, aprés a-
voir éxaminé lui-même les Sujets qui doivent leur éleétion à la Voie des füffra-
ges; füuivant la méthode dont on donnera bien-tôt l'explication, A l'égard des
premiers potes, tels que ceux de Tfong-tu, de Vice-rois, &c: c'eftäl'Empe-
reur feu] que cettenomination appartient. Il éleve, il dégrade, fuivant le mérl-
te & lacapacité des Sujets. En général, il n'ya point d'Emploi vénal à la Chine.
Les Princes mêmes du Sang n’ont aucun droit aux titres &aux honneurs, fans.
la permiffion expreflé de l’Émpereur. Celui dont la conduite ne répond point
à l'attente du Public, perd fes dignités & fes revenus par l'ordre du fase
traiter
LE
E
\inue
lance. gt
Ile.
e chaque Par.
iblement dans
les taxes qu'il
preflante né.
ie, d’éxemp-
>s taxes, fur.
uvais tems à
ait befoin d'é.
nnent immé-
Œ les. Tribu-
publier aufii.
fans qu’il ju-
a famille qui
fur un de fes
S'il préfère,
| belle aétion
a choifi ré.
en. nommer
Empereur,
fé légitime.
égale à celle
&. fes prin-
ettes furent
e la condui-
dignités de
t propofées
K, aprés d-
des füffra-
l'égard des
tàl'Empe-
int le méri=
à la Chine.
eurs, fans.
bond point
du Prince.
&
DE LA CHINE, Liv. Il Crar. VI 267
& n'eft plus connu par d’autres diftinétions que celle de la ceinture jaune, qui
eft la marque du Sang Impérial pour l’un & l’autre féxe. On lui accorde feule-
ment, pour fa fubfiftance, une médiocre penfion du Tréfor Royal (a).
Des révolutions de cette nature feroient naître en Europe des faétions &
des troubles; mais elles ne produifent pas le moindre défordre à la Chine. La
vôûe du bien public étouffe les mécontentemens. Quand il arriveroit même que
ces renverfemens .de fortune fuffent l'effet d'une haine perfonnelle ou de quel-
qu'autre paffion violente, fi le Gouvernement eft équitable dans les autres par-
ties, le Public prend peu d'intérêt à la difgrace des Miniftres.
ON jugera combien le pouvoir Impérial eft abfolu, par un événement qui
erriva pendant la dernière guerre de la Chine avec les Tartares Eluths. Le
Prince des Tartares ayant défait avec des furces médiocres une Armée puif-
fante, commandée par le frère de l'Empereur, & tué fon beau-père, quicom-
mandoit l'artillerie, Kang-hi, moins fenfible à la perte d'une bataille qu'à l'hon-
neur de fon frère, le fit appeller à la Cour, pour y être jugé par une affem-
blée des Princes du Sang qu’il convoqua dans fon Palais. Le Prince, qui étoit
d’ailleurs fort diftingué par fon mérite perfonnel, fe hâta de paroître, avec
autant de foumiffion qu’on pouvoit en attendre du plus fimple Officier de l’Ar-
mée; & fans attendre qu’on lui prononçât fa fentence, il fe condamna lui-
même, en reconnoiffant qu'il méritoit la mort. ,, Vous la méritez en effet,
>> lui dit l'Empereur. Mais pour réparer l’honneur que vous avez perdu, il
» faut la chercher au milieu des Troupes ennemies & non dans Peking, ce qui
» ne feroit qu’augmenter votre honte, Cependant à la fin l'Empereur parut
difpofé à lui pardonner. Mais les Princes, qui fe éroyoient en quelque forte
déshonorés par cette aétion, preffèrent inftamment l'Empereur de ne le pas
fouftraire au ciâtiment; & fon oncle, qui affiftoit au Confeil, affeéta de le
traiter avec toutes les marques poffibles de mépris & d’indignation (4).
Le pouvoir de l'Empereur s'étend même fur les Morts, qu'ilaccable d’hon-
neurs ou de honte comme s’ils étoient en vie, lorfqu'il veut les punir ou les
récompenfer, foit dans leurs propres perfonnes ou dans leurs familles. Il crée
des Morts, Comtes ou Ducs. Il leur confére divers autres titres (c). En qua-
lité de Grand-Pontife (d), il peut leur donner :a qualité de Saints; ou, fui:
vant le langage de la Chine, en faire des Efprits nuds, Quelquefois il leur
éleve des Temples, & s'ils fe font rendus utiles par d’importans fervices ou
recommandables par de grandes vertus, il ordonne au Peuple de les honorer
comme des Dieux (e) ou des Déeflès. (On en trouve un éxkemple fous le re-
gne de l'Empereur Van-lye, qui eft le tems où les Jéfuites entrérent pour la
première fois à la Chine. Ce Monarque ayant fait mourir-un Ko-lau (f) , Gou-
verneur du Prince héréditaire , pour avoir entretenu un commerce d'amour
avec
tion de Magalhaens, pag. 256.
Ce Ko-luu, qui 's'appelloit Chang-kyu-
ching, a fait fur les Livres de Confucius, un
Commentaire qui paffe pour le meilleur de fon
genre. On propofoit à l'Empéreur de brûler
cet Ouvrage; mais il répondit qu'il ne punif-
foit pas les bonnes aétions,
(a) LeComte, wbifup. pag. 254. Du Hat.
de, pag. 70. & 242. (f)
Cb) Le Comte, 4bid. pag. 252. & fuiv.
(c) Voyez ce qu'on a dit ci-deflus des An-
cêtres du Père Verbiett.
(d) Voyez ci-deflus.
(e) Le Comte, ubi fup, pag. 257. Rela-
LI 2
Gouvennwz:
MENT
DE LA CuINs:
Exemple du
pouvoir abfo-
lu de l’Empe-
reur,
Pouvoir de
l'Empereur
fur les Morts.
Il crée des
Dieux.
268 VOYAGES DANS L'EMPIRE
G avec fa mère, la douleur.de cette perte, joint àcelle de l’outrage & peut-être
OUVERNE- À Ae .
ment. à (la crainte du même châtiment, firent tant d’impreflion fur cette Dame
pe LA Cuixe. qu'elle mourut en peu de jours d’une maladie violente. L'Empereur fe crut
Apothéofe obligé de réparer l'honneur de fa mère par des honneurs extraordinaires. 1] Ja
d'une Prin- déclara Kyen-lyen-pu-fa, c'eft-a-dire, Déefle des neuf Fleurs; & lui faifant ba.
a tir des Temples dans tout l'Empire, il ordonna qu'elle y fût adorée fous ce
titre, comme la Courtifane Flore l’étoit parmi les Romains.
Apothéofc Iz y a quatre cens ans qu'un Bonze de la Seéte des Tau-tfes, qui ne fe ra.
d'un Bonze. fent jamais la tête, mais qui ne laïiffent pas de fe marier , devint fi cher à
l'Empereur régnant, par fon habileté dans la Chymie & dans les Arts magi.
ques (g), que ce Prince l'ayant regardé pendant fa vie comme fupérieur à
la condition humaine, le fit déclarer, après fa mort, Dieu & Seigneur du
Ciel, du Soleil, de la Lune & des Etoiles (h). #
l'es nee ON peut dire en un mot que le pouvoir de l'Empereur s'étend prefqu’à tout.
furles Lettres 11 peut changer la figure & le caraétère des lettres, abolir les anciennes, en
& fur le Lan- introduire de nouvelles. Il peut changer les noms des Provinces, des Villes&
sage. des familles. Il peut défendre l’ufage de certaines expreflions dans le langage
& faire revivre celles qui ont été abandonnées; de forte que fon autorité pré.
vaut fur l’ufage même, dont les Grecs & les Romains croyoient l'empire ab-
folu dans toutes les chofes de cette nature.
, Frein de Mars quoiqu'elle ait fi peu de bornes, elle eft reftrainte par quelques loix,
l'autorité Im. Oui d’ Ôté à la fortifier. La maxime d'Etat qui oblige fe
périale, qui fervent d'un autre côté : A tat qui oblige fes
Sujets de lui rendre une obéiflance filiale, lui impofe aufi l'obligation de les
aimer comme un père. Les Chinois jugent du mérite de leur Souverain par
l'affection paternelle qu’il témoigne à fes fujets, & par les foins qu'il apporte
à la faire éclater, en faifant fon occupation de les rendre heureux. C’eft une
opinion généralement établie parmi eux, qu'un Empereur doit entrer dans
tous les détails qui concernent le bien public; qu'il n'eft pas placé dans un fi
haut rang pour s’amufer des biens qui l’environnent, mais qu'il doit faire fon
amufement de remplir les devoirs de fa condition, & prouver par fon appli.
cation, fa vigilance, & fa tendreflé pour fes Sujets, qu'il eft, fuivant leur
langage, le père & la mère de fon Peuple. Si fa conduite ne répond pas
à cette idée, il tombe bien-tôt dans le dernier mépris. ,, Pourquoi le Ciel,
, diféent-ils, l’a-t-il placé au-deffus de nous? N'eft-ce pas pour nous fervir de
» père & de mère?
… Quelleertl'éæ Un Empereur Chinois s’étudie continuellement à foutenir fa réputation.
tude conti. Eorfqu’une Province eft affigée de quelque difgrace, il fe renferme dans fon
Re 4 Palais, il obferve des jeûnes, il fe refufe toutes fortes de plaifirs; & fe hâtant
la Chine, de diminuer les taxes par un décret, il employe tous fes efforts au foulagement
des malheureux. Il affeéte, dans les termes du decret, de faire fentir combien
il eft touché de la mifère de fon Peuple. ,, Il porte, dit-il, les miférables
, dans fon cœur. Il pleure nuit & jour leur infortune. Toutes fes penfées fe
», rapportent à rendre leur fituation plus heureufe. Il employe d’autres expref-
fions pour leur perfuader qu’il les aime. L'Empereur Tong-ching poufla cette
affeétation jufqu’à ordonner, qu'auffi-tôt que la moindre partie de l’Empire
paroitroît
(z) Voyez ci-deffus.
(à) Relation de la Chine par Magalhaens, pag. 257. & fuiv.
paroîti
Courie
forcer
UN
que da
capable
darins
mes le:
ces ren
lacaufe
rin rect
par tou
ces mat
mauvail
mean
Lat
apporte
pereur
des Vic
droient
reffentir
& qui fe
celle de
de tems
éxemple
tion au
feul mo:
IL ps
faires d’
rins don
les autre
merveil!
deux he
Kang-hi
me duc
Surv
nommé
l'autre,
Miniftre
h difcuft
leur déc]
_ (3) Mé
Du Halde.
(&) Ma
ui fuprà.
KI) Ce
dans le Mc
& peut-être
tte Dame,
eur fe crut
naires. Il la
faifant bi.
rée fous ce
ui ne fe ra.
it fi cher à
Arts magi.
fupérieur à
eigneur du
efqu’à tout.
iennes, en
les Villes &
s le langage
utorité pré-
empire ab-
elques loix,
i oblige fes
ation de les
uverain par
u’il apporte
C'eft une
entrer dans
& dans un fi
it faire fon
fon appli
uivant leur
répond pas
uoi le Cul,
s fervir de
réputation.
e dans fon
& fe hâtant
pulagement
ir combien
miférables
penfées fe
res expref-
ouffa cette
e l'Empire
paroitroît
paroîtroït menacée de quelque difgrace , on fe hâtat de l'en informer par un
Courier; afin que fe croyant refponfable de tous les maux de l'Etat, il pûts’ef-
forcer, par fa conduite, d’appaifer la colère du Ciel (i).
UNE autre contrainte que les Loix apportent à l'autorité fouveraine, c’eft
ue dans toutes les occafions où l'Empereur comimnet quelque faute qui paroît
capable de troubler le bon ordre du Gouvernement, elles autorifent les Man-
darins à lui faire leurs repréfentations en forme de fupplique, & dans lester.
mes les plus humbles & les plus refpeëtueux. S'il marquoit du mépris pour
ces remontrances, ou s’il maltraitoit le Mandarin qui a le courage d’embraffer
lacaufe publique, il perdroit l'affection de fon Peuple, tandis que le Manda-
rin recevroit les plus glorieux applaudiffemens & verroitimmortalifer fon nom
par toutes fortes d’honneurs. L’Hiftoire Chinoife offre un grand nombre de
ces martyrs du bien public, qui ont eu la hardieffe de lever la voix contre une
mauvaife adminiftration, fans craindre le reflentiment de l'Empereur, nimé-
me la mort.
La tranquillité de l'Empire dépend entièreme. t «1 foin que le Monarque
apporte au maintien des Loix; car tel cft le caraétère des Chinois, quefil’Em-
pereur & fon Confeil n’avoient pas les yeux fans cefle ouverts fur la conduite
des Vicerois & des autres Officiers qui vivent loin de la Cour, ils devien-
droient autant de petits tyrans dans les Provinces. Ce défordre échaufferoit je
reffentiment du Peuple, qui ne feroit pas long-tems fans former des afflemblées
& qui fe porteroit bien-tôt à la révolte. Parmi les Chinois, la moindre étin-
celle de fédition, lorfqu’elle n’eft pas étouffée fur le champ, produit en peu
de tems les plus dangereufes révolutions. Leur Hiftoire eft remplie de ces
éxemples. Ainfi l'expérience a fait connoître aux Empereurs, que l’applica-
tion au travail & la conftance à marcher fur les traces de leurs ancêtres eft le
feul moyen d’affûrer leur autorité (k).
IL paroît incroyable qu’un Prince ait le tems d’éxaminer lui-même les af-
faires d’un fi vafte Empire, & de prêter l'oreille à cette multitude de Manda-
rins dont il eft chaque jour affiégé; les uns qu’il nomme aux Emplois vacans,
les autres qu’il y deftine à leur tour. Maïs l’ordre qui s’obferve à la Cour eft fi
merveilleux, & les Loix ont pourvû fi clairement à toutes les difficultés, que
deux heures fufifent chaque jour pour cette multitude de foins. L'Empereur
Kang-hi vouloit tout voir de fes propres yeux (/), & ne fe fioit qu'alui-mé-
me du choix des Officiers qui devoient gouverner fon Peuple.
SUIVANT le Père le Comte, l'Empereur a deux Confeils fouverains; l’un,
nommé le Con/eil extraordinaire, qui n’eft compofé que des Princes du Sang;
l'autre, qui porte le nom de Conjeil ordinaire , où les Ko-laus, c'eft-à-dire, les
Miniftres d'Etat, font admis avec les Princes. . Ces Miniftres font chargés de
k difcuffion des affaires. Ils en font leur rapport à Sa Majefté Impériale, qui
leur déclare fes volontés (#). Du Halde prétend que le grand Confeil eft com-
pofé
. (1) Mémoires du Père Le Comte, pag. 259.
Du Halde, pag. 242.
(k) Magalhaens, Le Comte & Du Halde,
ubi fuprà. |
(1) Cela paroît d'autant plus incroiable
dans le Monarque d’un auf grand Empire que
LI 3
la Chine, que nous voyons en Europe de pe-
tits Princes, fi fort diftraits par d’autres affai-
res, qu'ils n'ont pas le loifir d'éxaminer cel-
les de leur état.
Km) Le Conte #bid, pag. 263.
DE LA CHINE, Liv. Il Caar. VI 269
Gouvrrve-
MENT
DE LA CHIN£,
Droit dere-
montrance
que les Loix
accordent
aux Manda-
rins,
Source com-
mune des dée
fordres pu-
blics.
Ordre admi-
rable qui re-
gne dans les
affaires,
Confeils de
l'Empereur.
Gouvranz-
MENT
ne LA CHINE,
Sceaux de
la Chine.
Sceau Impé-
rial.
Sceau des
Princes du
Sang & des
AMandarins.
Vénération
des Chinois
pour la Maje(.
té Impériale.
Allarme pu-
blique pour
les maladies
de l’'Empe-
teur.
donne l’ordre exprès.
27e VOYAGES DANS LEMPIRE
pofé de tous les Miniftres d'Etat, des premiers Préfidens & des Afiftans des
fix Cours fuprêmes, & de trois autres Tribunaux confidérables ; au-lieu que
le Confeil privé ne confifte que dans les trois Ordres d'Officiers qui appar.
tiennent au Tribunal nommé Nwi-yuen (n), dont on expliquera bientôt les
fonétions.
UNE des principales marques de l'autorité Souveraine eft le fceau, qui s’ap.
pofe aux actes publics & aux décifions des Tribunaux. Le Sceau Impérial eft
une pierre quarrée, d'environ douze pouces. Elle eft de jafpe, quieft fort ef.
timé à la Chine. Nul autre que l'Empereur n'a le droit d'employer le jafpe à
cet ufage. Les Chinois l’appellent Tu-che & le tirent de In-yu-chan, qui figni.
fie la montagne du fceau d'agathe (o), de laquelle ils racontent une infinité de fa.
bles. L'Empereur datte fes Lettres, fes Décrets & tous les Aétes publics, de
l'année de fon regne & du jour de la Lune. [11 dit par éxemple, la feizièmes
année de mon regne, & le fixième jour de la quatrième Lune.]
Les Sceaux d'honneur qu’on donne aux Princes font d'or. Ceux des Vice.
rois, des grands Mandarins ou des Magiftrats du premier Ordre, font dar.
gent; & ceux des Mandarins ou des Magiftrats inférieurs ne font que de cui:
vre ou de plomb, plus ou moïns grands, fuivant l'élévation de leurs dignités,
Lorfqu'un fceau commence à s’ufer, ils doivent en donner avis au Tribunal,
qui leur en accorde un autre, mais qui les oblige de rendre le vieux. Depui
ue les Tartares font établis à la Chine, les caraétères gravés fur ces fceaur
ont mêlés de Chinois & de Tartare, camme chaque ‘Tribunal eft compo
d’un mélange des deux Nations. L'Empereur n’envoye point de commiflfi.
res dans les Provinces pour -obferver la conduite des Gouverneurs, des Ma
giftrats @& des Particuliers, fans les munir chacun du fceau de leur Office.
La vénération que les Chinois ont pour leur Empereur, répond à la gran
deur de fon autorité. C’eft une efpèce de Divinité pour fon Peuple. On li
rend des refpeéts qui approchent de l'adoration (p). Ses paroles font autant
d'oracles, & fes moindres commandemens font éxécutés comme s'ils venoient
du Ciel. Perfonne, fans en excepter fes frères, ne peut lui parler qu’à genoux.
On ne paroît point en cérémonie devant lui dans une autre pofture, s’il n'en
Il n’y a que les Seigneurs de fon cortège ordinaire qui
ayent la liberté d’être debout ex: fa préfence; mais ils font obligés de fléchir
Je genou lorfqu’ils lui parlent. Ce refpeét s'étend à tous les Officiers qui repré-
fentent Sa Majefté Impériale.
Les Mandarins, les Grands de la Cour & les Princes mêmes du Sang, fe
profternent non-feulement devant la perfonne de l'Empereur, mais même de-
vant fon fauteuil, fon trône & tout ce qui fert à fon ufage. Ils fe mettent
quelquefois à genoux devant fon habit ou fa ceinture. Le premier jour de l'an
ou le jour de fa naiffance, lorfque les Mandarins des fix Cours Souveraines
viennent lui rendre les devoirs de cérémonie dans une des cours du Palais,
il-eft rare qu'il s’y trouve préfent, & quelquefois il eft fort éloigné du lieu
où ces hommages lui font rendus. S'il tombe dans quelque maladie dan:
gereufe, l’allarme devient générale. Les Mandarins de tous les Ordres s’af-
femblent dans une vafte cour du Palais, & fans faire attention à la ri:
gueur de l'air, ils paffent à genoux les jours & les nuits, occupés à faire écla-
te
(n) Du Halde, pag. 248.
Tome précédent,
(o) Voyez les Journaux des Voyageurs, au Pa
(bp) Ibrdem,
ver leur
l'Empire
jets croi
moignag
tenir la
ce qu'il
nent à l
dire, à
Ching-wb
Dix mille
qu'il par
lorfqu'il
figniie &
de ce mo
part de n
leurs citr
nez dela
Que le Ci
difent Pi
c'eft-à-di
du Palais
k refte (
UNS
pañler à c
tre pied à
Chaque c
chemin q
doivent m
2 che eft au
nes de qu
& qui pal
Les Müli
faluer l'E:
de fon ap
rir avec u
l'Empere!
l terre. |
fe relever
reçoit de
La m
un crime
Père Ad:
placer l’i
concluoit
(a) Le
de, pag. 2
(r) Ang
s Afliftans des
S; au-lieu que
rs qui appar.
ra bientôt les
eau, qui s’ap.
u Impérial eft
qui eft fort ef.
yer le jafpe à
an, qui figni.
infinité de fa.
s publics, de
>, la feizièmes
eux des Vice.
e, font d'ar.
it que de cui:
eurs dignités,
au Tribunal,
ieux, Depui
ur ces fceaur
eft compo
le commiflai.
ars, des M4
ir Office.
nd à la gran.
ple. On
s font autant
s'ils venoient
qu’à genoux
re, s'ilnen
ordinaire qui
és .de fléchir
ers qui repré-
du Sang, fe
is même de-
s fe mettent
r jour de l'an
Souveraines
s du Palais,
pigné du lieu
aladie dan-
Ordres s’af-
tion à la ri-
à faire écla-
ter
DE LA CHINE, Liv. Il Cuar. VI. 277
er leur douleur & à demander au Ciel le rétabliffément de fa fanté. Tout
l'Empire fouffre dans fa perfonne, & fa perte eft le feul malheur que fes Su-
jets croient avoir à redouter. Les Grands fe croient obligés de donner ces té-
moignages publics de vénération pour leur Souverain , dans la vûe d’entre-
tenir la fubordination , & d’infpirer au Peuple, par leur éxemple, l’obéiflan-
ce qu'il doit à l'autorité. C’eft en conféquence de cette maxime qu'ils don-
nent à l'Empereur les titres les plus pompeux. Ils l'appellent Tyen-tfe, c'eft-
adire, Soleil du Ciel; Whang-ti, qui fignifie Augufte & fouverain Empereur ;
Ching-wbang , ou faint Empereur; Chau-tinz, ou Palais Royal; Vanfwi, ou
Dix mille années (q). Mais l'Empereur n'employe jamais ces expreflions lorf-
qu'il parle de lui-même. 11 fe fert du terme No, qui fignifie 7e ou Moi; &
lorfqu'il paroît en public, aflis fur fon trône, 1l employe celui de Chin, qui
fignifie Saut (r), avec cette feule différence, qu'il eft le feul qui faffe ufage
de ce mot: plus modefte, fuivant l’obfervation de Magalhaens , que la plû-
part de nos Princes, qui affeétent de groflir continuellement le catalogue de
leurs titres. Le langage du Palais eft fort pompeux. On ne dit jamais; Son-
nez deda trompette; Battez du tambour, &c. mais, Tu-bui, c'eft-à-dire Û
Que le Ciel lâche fon tonnerre. Pour faire entendre que l'Empereur eft mort, ils
dent Ping-tyen, qui fignifie; 11 eft entré un nouvel hôte au Ciel; ou Pung ;
c'eft-à-dire, Une grande montagne eft tombée. Au-lieu de dire, Les portes
du Palais; ils difent Kiu-mwen; Les portes d’or ; & de même à l'égard de tout
k refte (s). | |
Un Sujet, de quelque rang ou de quelque qualité qu’on le fuppofe, n’ofe
pafler à cheval ou en chaife devant la porte du Palais Impérial. Il doit met-
tre pied à terre lorfqu'il en approche, & ne remonter qu à la diftance établie,
Chaque cour du Palais a fon fentier, pavé de larges pierres, qui ne fert de
chemin qu’à l'Empereur lorfqu’il y paîle ; & ceux qui ont à traverfer les cours
doivent marcher fort vîte au long de ce fentier. Cette viîtefle dans la mar-
2 che eft auifi une marque de refpeét, qui s’obferve en paffant près des perfon-
nes de qualité. Les Chinois ont une manière de courir qui leur eft propre,
& qui pañle pour une politeffe auf gracieufe que nos révérences en Europe.
Les Miflionaires fe virent obhgés d'apprendre cetts cérémonie avant que de
faluer l'Empcreur Kang-hi dans fon Kong, c’eft-a-dire, dans la grande falle
de fon appartement. Au‘i-tôt qu'on a pallé la porte de la falle, on doit cou-
tir avec une légèreté gracieufe jufqu’au fond de la chambre qui fait face à
l'Empereur. La, on doit demeurer un moment debout , les deux bras étendus vers
terre. Enfuite, après : voir fléchi les genoux , on doit fe baifler jufqu'à terre,
f relever & répéter trois fois la meme cérémonie, en attendant l’ordre qu’on
reçoit de s’avancer & de fe mettre à genoux aux pieds de l'Empereur ‘#).
La moindre négligence dans le refpect. qu’on doit à l'Empereur, paffe pour
un crime à la Chine. Une des plus graves accufations qui furent intentées au
Père Adam Schaal, par le Mandarin Hyang-quang-fven, fut d'avoir omis de
placer l'Étoile du Nord dans le globe qu'il avoit compofé. Son accufateur en
concluoit qu’il ne vouloit pas reconnoître d'Empereur à la Chine, & par con-
féquent
(a) Le Comte, pag. 240. &fuiv. Du Hal-
de, pag. 241. & fuiv.
(r) Angl.. qui fignifiela même chofe, R. d, E,
(s) Magalhaens, pag. 254 & 293,
(t) Du.Halde, pag, 241, & fuiv..
Gouverne-
MENT
DE LA CHINE.
Titres qu'on
lui donne.
Langage
pompeux dy
Palais,
Formalités
qui s’y obfer-
vent,
Les négli-
gences font
punies,
Singulière:
accufation
contre le Pète:
Schaal..
me in née
e
GoUvrRrNE-
MENT
Pr. LA CHINE,
Officiers de
la Maifon Im
périale,
Vêtement de
l'Empereur.
Livrée Impé-
riale,
Fafte de
l'Empereur
loriqu'il fort
du Palais.
272 VOYAGES DANS L'EMPIRE
féquent qu'il n'étoit qu’un rébelle qui méritoit la mort. On doit obferver
que les Chinois appellent l'Etoile du Nord, Ti-fing, ou le Roi des Etoiles
parce qu’elle eft immobile. Ils prétendent que toutes les autres Etoiles tour.
nent autour d'elle ; comme les Sujets de l'Empereur tournent autour de Jui
our le fervir; & que par cette raifon leur Monarque eft fur la terre ce que
cette Etoile eft au Ciel. 11 paroît que les Juges Chinois furent charmés de
cette ridicule accufation, & qu'ils la regardèrent comme un argument d'une
force extrême, Mais ils furent extrémement décontenancés, lorfque le glo.
be ayant été produit, on s'apperçut qu’il n'étoit point achevé & que l’Auteur
n'y avoit encore tracé que l'hémifphère du Sud (v).
Les Officiers de la maïfon de l'Empereur & ceux qui ont le Gouverne.
ment particulier de fes affaires font en fort grand nombre, Tout étoit autre.
fois entre les mains des Eunuques, dont le nombre étoit d'environ dix (x)
mille, gens infâmes par leur orgueil & leur avarice. Mais les T'artares ne fe
furent pas plûtôt rendus maîtres de l'Empire qu’ils en chaffèrent neuf mille,
confervant le refte pour le fervice le plus intérieur du Palais. Cependant cette
monftrueufe efpèce parvint par fes flateries & fon adreffe à gagner lés bon:
nes graces du jeune Chun-chi, & fe rétablit prefqu'entièrement dans fon an:
cienne autorité. Après la mort de ce Prince, les quatre Régens Tartares fe
défirent encore de cette pefte. Les Eunuques, privés de leur crédit, furent
réduits à trois cens pour fervir le jeune Monarque, les Reines, fa mère & fi
grand'mère, dans les offices les plus ferviles (y).
CerenDpanT l'Empereur, dans fa vie privée, conferve peu de cette pom-
pe qu'il déploye dans toutes les occafions publiques, foit au centre de fon Pa.
lais lorfqu'’il y donne audience & qu'il reçoit des hommages , foit lorfqu’il fe
fait voir au dehors. 1l paroît en public, vêtu d’une longue robe jaune,
d’une vefte qui lui couvre jufqu’aux pieds. Le fond en eft de velours, brodé
en plein d'une multitude de petits Dragons, qui ont cinq griffes à chaque pied.
Deux gros Dragons, avec leurs corps & leurs queues entremêlés, remplif.
fent des deux côtés le devant de la poitrine. Ils font dans une attitude qui
les feroit croire prêts à faifir, avec leurs dents & leurs griffes, une fort helle
perle qui paroît defcendre du Ciel. Les Chinois, faifant allufion à ces figu-
res, difent que les Dragons badinent avec les nuées & les perles. Le bonnet
de l'Empereur, fes bottines, fa ceinture, en un mot fon habillement eft d'u-
ne magnificence achevée (2).
IL faut obferver à cette occafion, que la livrée Impériale eft jaune, & que
tout ce qui appartient à l'Empereur (a) eft de la même couleur, fans excep-
ter fes Dragons à cinq griffes, qui fe nomment Long ,& fa cotte-d’armes, que
l'Empereur Fo-hi prit le premier. Perfonne n’oferoit prendre ni l’un ni l'autre
fans fa permiflion; mais tout le monde peut orner fon habit d'un Dragon à
quatre griffes, qui s'appelle Mang (b). L'Empereur fort rarement de fon Pa-
jais, à moins que ce ne foit pour la chafle, pour prendre l'air, pour fe diver-
tir dans fes parcs & fes jardins, pour facrifier au T'emple de Tyen ou pour
faire
Ca) Jufqu'au papier dont il fait ufage &
aux Livres qui fe publienten fon nom. ANava-
rette, pag. 50.
(b) Mémoires du Pèrele Comte, pag. 140:
> Magalhaens, pag. 293.
) Voyez ci deffus.
ÿ Magalhaens, pag. 291. & fuiv.
) Magalhaens, pag. 249,
T
(
(x
(y
(3
<
faire ]
grand
mes, I
ques de
pour la
ron de
du Ko-]
long de
après €
qui font
leur, tQ
vêtus d
de dem
croiflan
tus de |
eft tout
porteur
& d’aut
breux.
alloit p
voyage
tude d’C
nombre
toit peu
propres
que avar
Lors
choit eff
quête d’
expofés :
étoient f
ces chaf
comptée
Les.
lenefe.
fa route
à l'Empe
de Han |
(c) Na
te Romanu.
font au n
Mendoza,
rieure du 1
VIII,
)
doit obferver
| des Etoiles,
Etoiles tour.
autour de lui
terre ce que
t charmés de
"ument d’une
orfque le glo.
que l’Auteur
le Gouverne.
it étoit autre.
ron dix (x)
'artares ne fe
neuf mille,
pendant cette
zner lés bon-
dans fon an.
s Tartares fe
rédit, furent
fa mère & fr
de cette po.
re de fon Pa.
it lorfquil fe
Je jaune, où
lours, brodé
chaque pied,
lés, rempli:
attitude qui
ne fort helle
n à ces figu-
Le bonnet
ment eft d'u-
une, & que
fans excep-
d'armes, que
un ni l'autre
n Dragon à
it de fon Pa-
our fe diver-
yen ou pour
faire
[ fait ufage &
n nom. {Nava-
bmte , page 140,
DE LA CHINE,Lrv. Il Cuar. VL 273
faire la vifite des Provinces. Dansces occalions il efl coljoursaccompagné d'un
grand: nombre de Seigneurs & de Gardes, tous à cheval, Son train, fes ar-
mes, le harnois de fes chevaux, les parafols, les éventails & les autres mar-
ques de la dignité Impériale, tout eft brillant autour de lui. S'il ne fort que
pour la chafle ou pour prendre l'air, toute la cavalcade eft compote d'envi-
ron deux mille perfonnes. Les Princes & les Seigneurs vont à la tête, füuivis
du Ko-lau, des premiers Miniftres & des grands Mandarins. Ils marchent le
long des maifons, en laiffant le milieu de a rue fortouvert. On voit paroître,
après eux, vingt-quatre étendarts de foie jaune, brodés de dragons en or,
qui font füuivis de vingt-quatre parafols & d'autant d’éventails de la même cou-
leur, tous fort riches & d’un travail curieux. Les Gardes-du-corps (c) font
vêtus de jaune, chacun avec une forte de cafque & une efpèce de javeline où
de demi-pique dorée , au fommet de laquelle eft la figure du Soleil, ou le
croiflant de la Lune, ou la tête de quelqu’animal. Douze Valets-de-pied, vê-
tus de la même livrée, portent fur leurs épaules le fauteuil de l'Empereur, qui
eft tout-à-fait magnifique. En divers endroits du chemin il fe trouve d'autres
porteurs, pour relever les premiers. Une bande de Muficiens, de Trompettes
& d’autres Inftrumens qui accompagnent Sa Majefté Impériale, ne ceflent pas
de fe faire entendre pendant la marche, & cette proceflion eft fermée par un
grand nombre de Pages & de Valets-de-pied.
T£LLe étoit autrefois la pompe Impériale. Mais aujourd'hui que l'Empe-
reur fe fait voir plus fouvent hors de fon Palais, fon cortège eft moins nom-
breux. Lorfque Kang-hi vifitoit les Provinces Méridionales de fon Empire, il
alloit par eau, dans une Barque neuve qu’il faifoit conftruire exprès pour ce
voyage, accompagné de fes enfans, des premiers Seigneurs & d’une multi.
rude d'Officiers de confiance, Mais les chemins étoient couverts d’un fi grand
nombre de Troupes, qu'il fembloit marcher au milieu d’une Armée. Il s’arré-
toit peu dans fa route, fi ce n’étoit quelquefois pour éxaminer les chofes de fes
propres yeux & pour être informé de ce qui fe pañloit. A fon retour, fa Bar-
que avançoit jour & nuit (4).
Lorsqu’ir alloit en Tartarie pour y prendre le plaifir de la Chafle, il mar-
choit effeétivement à la tête d’une Armée, comme s’il n’eût penfé qu’à la con-
quête d’un Empire. Il n’avoit pas moins de quarantemillehommes, quiétoient
expofés à fouffrir beaucoup du chaud ou du froid, parce que les campemens
étoient fort incommodes. Quelquefois il perdoit plus de chevaux dans une de
ces chaffes que dans une bataille ; mais la perte de dix mille chevaux étoit
comptée pour rien.
Les Jéfuites qui l'accompagnoiïent racontent que la magnificence Impéria-
le ne fe déploie jamais plusque dans ces occafions. Il fe préfente fouvent dans
fa route trente ou quarante petits Rois Tartares, qui viennent faire leur cour
à l'Empereur ou lui payer le tribut. Quelques-uns portent eux-mêmes le titre
de Han (e) ou Khan, c'eft-ä-dire, d'Empereur. Ils font fes penfionnaires,
comme
(c) Navarette (pag. 11.) accufe le Jéfui- mes, fans compter ceux de la cour & des au-
te Romanus' de fauffeté, pour avoir écrit qu'ils tres portes.
font au nombre de foixante dix mille ; & (d) Magalhaens, pag. 334. Mémoires du
Mendoza, pour avoir dit que la porte exté- Père le Comte, pag. 170. Du Halde pag, 247,
tieure du Palais eft gardée par dix mille hom- (e) Le Comte écrit Ham ou Cham,
VIII. Part. Mm
GouvERNr-
MENT
DE LA CHINE.
Cafe en
Tartarie,
Magnificence
de fa route.
Petits Rois
fes 'Tributai-
res,
Gouvrans.
MENT
DE LA CHINE,
Defcription
d'une Proces-
fion pour un
Sacrilice,
VOYAGES DANS L'EMPIRE
274
comme tous les Mandarins du premier Ordre. 11 leur donne fes filles en ma.
riage ; & pour les attacher plus fidellement à fes intérêts, il fe déclare leur
roteéteur contre les Tartares Occidentaux, qui leur caufent affez fouvent de
’embarras & qui ont même la hardiefle d'attaquer la Chine. Pendant que ces
petits Souverains font au camp del'Empereur, fa Cour eft extrémement Mr
tueufe, & les tentes des Mandarins font d'une richefle & d'un éclat (f)
exceflifs.
Magalhaens nous a décrit l’ordre & la pompe d'une marche de (g ) l'Empe.
reur lorfqu'il va célébrer quelque facrifice , ou remplir quelque devoir public
dont les cérémonies font fixées. Cette proceflion commence par vingt-quatre
tambours , rangés fur deux files, & par vingt-quatre trompettes, d’un bois nom.
mé U-tong-chu, qui eft fort eftimé à la Chine. Elles ont plus de trois pieds de
longuçur & fept ou huit pouces de diamettre à l'ouverture. Leur forme eft à peu
près celle d’une cloche. Elles font ornées de cercles d'or, & s’accordent fort
bien avec les tambours. Enfüuite paroïflent vingt-quatre hommes de la même
livrée, armés de bâtons longs de fept ou huit pieds, revêtus d’un vernis rou-
e à feuillages d’or. Cent foldats fuccédent, portant des hallebardes dont le
er fe termine en forme de croiflant. Ils font fuivis de cent mafliers , dont
les armes font couvertes d'un vernis rouge mêlé de fleurs, & dorées à l'ex-
trémité, On voit paroître enfüuite quatre cent grandes lanternes, richement
ornées, & quatre cens flambeaux, compofés d'un bois qui brûle long-tems
& qui jette beaucoup de lumière. Deux cens épieux, qui fuivent immédia-
tement, font parés de rubans de foie de diverfes couleurs, ou de queuës de
Panthéres, de Renards & d’autres animaux. Ils font fuccédés par vingt-qua.
tre bannières, fur lefquelles font repréfentées les douze Signes du Zodiaque,
que les Chinois divifent en vingt-quatre parties. (Cinquante-fix bannières,
qui repréfentent les cinquante-fix Conftellations, nombre auquel les Chinois
réduifent toutes les Etoiles. Deux cens éventails, foutenus par de longs bà.
tons dorés & peints de diverfes figures de dragons, d'oifeaux & d'autres
animaux. Vingt-quatre parafols, richement ornés. Un buffet porté par des
er de cuifine & garni d’uftenciles d’or, tels que des baffins, des éguié.
res, &c.
APRÈS cette avant-garde, qui marchoit en trés-bon ordre, l'Empereur pa-
roifloit à cheval, vêtu pompeufement, avec une gravité majeftueufe. Onpor-
toit aux deux côtés de fa perfonne un riche parafol, affez grand pour le metre
à l'ombre, lui & fon cheval. Il étoit environné de dix chevaux blancs de
main, dont les brides & les felles étoient enrichies d’or & de pierres précieu-
fes ; de cent hommes armés d’épieux, & des Pages de fa chambre. On voyoit
enfuite, dansle même ordre, tous les Princes du Sang, les petits Rois (4),
les principaux Mandarins & les Seigneurs de la Cour, dans leurs habits de
cérémonie ; cinq cens jeunes Gentilshommes du Palais, richement vêtus; mille
Valets-de-pied en robes rouges, brodées de fleurs & d’étoiles d’or & d'argent.
Enfuite trente-fix hommes portoient une chaife ouverte, füuivie d’une autré
chaife, mais fermée & beaucoup plus grande, qui étoit foutenue par cent vingt
porteurs. Enfin l’on voyoit fuivre quatre grands chariots, dont deux PE
traines
\f) Le Comte, ibid.
(3) Le Comte & Du Halde rapportent
cette proceflion d’après Magalhaens.
(b) Ou es Regules, fuivantles Portugais:
KW
traînés
raçons C
Compag
deux Of
rémonie
Tovu
de l'Em
litières $
reur
“4 fefti
dant de
les Etra
l'avarica
me déce
IL co
l'Europe
Préfens,
direéte,
leurs Eta
principa
métans,
karñd ; Pa
enfin, /
ban-mu:te
de l’Émrf
pas eu.p
aient obt
comme u
des Indes
taires: n
ils en pre
des Chin
prétende
hommes
ON an
vre la tê
vante fa
rant uh |
pendent
fermés fi
fe détèrr
m) W
au-lieu de
Iles en ma.
éclare leur
buvent de
nt de ces
nent fomp-
éclat (p
g ) l'Empe.
voir public
ingt-quatre
| bois nom.
is pieds de
1e eft à peu
ordent fort
le la même
vernis rou-
les dont le
ers, dont
ées à l’ex-
richement
: long-tems
immédia-
queuës de
vingt-qua-
Zodiaque,
bannières,
les Chinois
longs bà.
& d'autres
té par des
des éguit.
pereur pa-
e. Onpor-
r le metre
blancs de
es précieu-
On voyoit
Rois (4),
habits de
tus; mille
d'argent.
lune autré
ent vingt
ix étoient
traînés
; ns. ns
es Portugais:
pr raçons C
DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. VI 275
traînés par des Eléphans & les deux autres par des chevaux, avec des capa-
argés de broderie : [chaque chaife & chaque chariot étoient fuivis d'une
Compagnie de cinquante hommes pour fa garde. ] La marche étoit fermée par
deux O Ge civils & deux Officiers militaires, en magnifiques habits de cé-
rémonie (i).
Tous les Ambafñfadeurs des Puiffances étrangères font entretenus aux frais
de l'Empereur, qui leur fournit toutes fortes de provifions, de chevaux, de
litières & de barques. Ils font logés dans la cour Royale du Palais, où l’Em-
reur leur envoye , de deux jours l’un, en témoignage d'eftime & d'amitié,
un feftin tout préparé de fa propre cuifine. Magalhaens , qui avoit logé pen-
dant deux ans dans cette hôtellerie Royale, obferve que l'Empereur reçoit tous
les Etrangers avec beaucoup de fplendeur & de magnificence, quoique par
l'avarice de fes Officiers cette civilité ne s'éxécute pas toûjours avec la mê-
me décence & la même régularité (4).
IL convient néanmoins de remarquer, à cette occafion, que les Princes de
l'Europe doivent prendre garde comment ils envoyent leurs Lettres ou leurs
Préfens, foit par des Miflionaires ou des Marchands, foit par quelque voie
direéte, en leur propre nom; parce qu’aufli-tôt qu'ils ont fait cette démarche,
leurs Etats font enregiftrés au nombre des tributaires de la Chine (7). Les
principales Puiffances qui portent ce titre font la Corée, le Japon, les Maho-
métans, par le nom defquels les Chinois entendent Sa-ma-ul-ban où Samar-
kañd 3 Pan-ko-la ou le Bengale, qu'ils placent à l’Eft d’Inta ou de l'Indoftan ;
enfin, Me-te-na où Médine; car , fi l’on en croit un Géographe Chinois, Mo-
ban-mute, où Mabomet ; envoya des Ambafñladeurs à la Chine fous le régne
de l'Empereur Ming-hyou-te, pour lui payer le tribut (”). Les Ruffiens n'ont
pas eu.peu de peint: à faire changer ce terme en leur faveur; & quoiqu'ils
aient obtenu qu'il fûi changé, leur Ambaffade n’en a pas moins été regardée
comme un hommage. Le même ufage eft établi dans toutes les autres parties
des Indes; non que les Etrangers y foient regardés férieufement comme tribu-
taires: mais la vanité des Indiens eft flattée par cétte fuppofition, & fouvent
ils en prennent droit de méptifer les Souverains de l'Europe. La Géographie
des Chinois eft ajuftée à cette chimère; car, fupsofant la Terre quarrée, ils
prétendent que la Chine en occupe la plus grande partie & que le refte des
homes eft relégué dans les coins (#).
ON ne doit point oùblier la Couronne Impériale, dont l'Empereur fe cou-
vre la tête dans quelques occafions. Navarette , qui l’avoit vûe plufieurs fois,
vañte fa beauté & la juge myftérieufe. Sa forme, dit-il, eft ronde, mais ti-
rant uh peu für l'ovale. De douze colliers de perles qui y font attachés, quatre
pendent fur les yeux, pour fignifier que Sa Majefté doit avoir les yeux
fermés fur ceux qui ont quelqu’affairé devant lui; c’eft-a-dire, qu’elle ne doit
fe détérminer , ni par faveur pour le riche, ni par compafñfion pour le pau-
vre,
C'eft apparemment Hiun-tfong, fixièmc Em-
pereur de la Dynaftie de Tong, qui commença
fon régne l'an 712 après Jefus-Chrift. Mais
Mahomet étoit mort plus de quatre-vingt ans
auparavant.
(nm) Chine du Père Du Halde, pag. 46.
R) Ibid. pag. 101. Du Halde, pag. 245.
1) Les Chinois croient leur faire beau-
coup d'honneur; car ils traitent toutes les au-
tres Nations de Barbares.
m) Min-biuen dans l’Original. D’autres,
au-lieu de Hiuen, écrivent Hiven & Huen.
Mm 2
(e Magalhaens, pag. 334.
GOUVERNE-
MENT
DE LA CHINZ.
Traitement
u'on faitaux
Ambaffadeurs
étrangers,
Avis 1ux
Princes de
l'Europe.
Terme humfe
liant changé
en faveur des
Ruffiens.
Couronne
Impériale de
la Chine,
4
GOUVERNE-
MENT
DE LA CHINE.
Revenu de
l'Empereur.
Revenu en
nature,
Revenu en
argent,
Cominent
fe fait le paye-
mênt,
276 VOYAGES DANS L'EMPIRE
vre, & qu'elle ne doit pas fe laiffer conduire par l'affeétion cu par la haine
Les quatre colliers qui pendent fur les oreilles, fignifient que les oreilles d’un
Juge doivent toûjours être fermées aux prières des Grands comme aux larme
des Pauvres, & qu'elles ne doivent s'ouvrir qu’à la raifon, aux loix & à la
juftice. Les quatre colliers qui pendent par derrière, expriment avec com-
bien de jugement, de pénétration, de réfléxion & de foin les Princes doivent
pefer leurs réfolutions, & combien ils doivent être verfés dans les affaires du
Gouvernement (0).
LE revenu de l'Empereur eft immenfe ; mais il n’eft pas aifé de le connot.
tre à fond, parce que le tribut annuel fe paye moitié en argent, moitié en
nature. Il fe lève fur toutes les terres, fans excepter les montagnes; für le
fel, les foies, les toiles de coton & de lin, & fur d’autres efpèces de mar-
chandifes ; fur les forêts, les jardins, les confifcations &c. (p). Les fubfides
autorifés par les loix font fi confidérables, que fi les Chinois avoient moins
d’induftrie & leur terre moins de fertilité, ce grand Empire ne feroït, com-
me les autres Etats des Indes, qu’une fociété de miférables (4).
Le tribut qui fe paye par tête, depuis l’âge de vingt ans ER foixante
produit des fommes incroyables. Les Chinois prétendent que cette taxe étoit
autrefois payée par cinquante-huit millions d'Habitans (4). L'Empereur en-
tretient dix mille Barques, pour le tranfport du tribut en nature. Chaque an-
née il reçoit des Provinces quarante millions cent cinquante-cinq mille quatre
cens quatre-vingt-dix facs de riz, de froment & de millet, chaque fac pefant
cent vingt livres ; un million trois cens quinze mille neuf cens trente-fept
‘pains de fel, chacun pefant cinquante livres ; deux cens dix mille quatre
cens foixante-dix facs deféves, & vingt-deux millions cinq cens quatre-vingt.
dix-huit mille cinq cens quatre-vingt-fept bottes de paille pour fes chevaux,
De foie en œuvre & d'étoifes, il reçoit cent quatre-vingt-onze mille cinq cens
trente livres pefant, chaque livre de vingt onces; en foie crue, quatre cens
neuf mille huit cens quatre-vingt-feize livres; trois cens quatre-vingt-feize
mille quatre cens quatre-vingt piéces de toiles de coton; cinq cens foixante
mille deux cens quatre-vingt piéces de toile de lin; fans compter des quanti-
tés confidérables de fatin, de velours, de damas & d’autres écoffes de foie
de vernis, de bœufs, de moutons , de porcs, d’oies, de canards, d'oifeaux
fauvages, de poiflon, de légumes, de fruits, d'épices, & de diverfes fortes
de vins qui entrent tous les ans au Palais Impérial. Enfin, tous les revenus
de l'Empereur, en argent de la Chine, montent à près de deux cens millions
de lyangs, ou d'onces d'argent, dont chacune vaut fix fchellings huit fols
d'Angleterre (5). C'eft ce prodigieux tréfor qui rend l'Empereur de la Chi-
ne fi redoutable, & qui le met en état, avec les Armées qu’il a continuelle-
ment fur pied, d'entretenir fes Sujets dans la crainte & la foumiffion.
CouwmE toutes les terres font mefurées, & que le nombre des familles eft
auffi connu que ce qu'elles doivent payer à l'Empereur, il eft facile de cal-
culer
(o) Navarctte, pag. 29.
(p) Du Halde, pag. 244,
(a)
L:
$
cens trente-trois mille trois cens trente trois
livres fix fchelings huit fols fterling. Suivant
le calcul du Père le Comte, ce n'eft que vingt-
un millions fix cens mille, en y comprenant
vingt-deux millions de lyangs en efpèce,
g) Le Comte, pag. 254.
è
Ç
) Voyez ci-deflus la divifion du Peuple.
) Ce qui fait (vixante-cinq millions huit
culer CE
les taxes
ay, ©
thode ca
commen
n’ont pas
enfuite P
n'aiment
font nou
ainfi à le
TAgES.
7: (
c'eft-à-di
après le
mes qu'il
cun port
barrils &
c'eft-à-dit
Hupu ne
d'impofe
quelques
UNE £
dans les
des Vieill
pointeme
publics, <
de toutes
de la Capi
mes de 1
& près d
ne certall
ont une f
abonganc
és à la (
frayés fu
& des lo;
Troupes
entretien
Cavalerie
ou des T
Quor
(&) Le
pas cette F
qu'on voit
(v) Du
fe pratique
chant à la
par la haine,
oreilles d’un
1e aux larmes
loix & à la
t avec com-
inces doivent
es affaires du
le le connot.
t, moitié en
gnes; fur le
ces de mar.
Les fubfides
oient moins
éroit, com-
l'a foixante,
te taxe étoit
mpereur en-
Chaque an-
mille quatre
e fac pefant
trente-fept
mille quatre
uatre-vingt.
es chevaux,
le cinq cens
quatre cens
-vingt-feize
ns foixante
des quanti.
es de foie,
, d'oifeaux
erfes fortes
es revenus
ns millions
s huit fols
de la Chi-
ontinuelle-
ion,
amilles eft
ile de cal-
culer
trente trois
g. Suivant
que vingt-
comprenant
fpèce,
-
DE. LA CHINE, Liv.Il Cuar. VI 277
culer ce que chaque Ville paye annuellement (#). Les Officiers qui lèvent
les taxes, ne faififfent jamais les biens de ceux qui marquent de la lenteur à
ayer, Où qui cherchent à s'en difpenfer par de continuels délais. Cette mé-
thode cauferoit la ruine des familles. Depuis le milieu du printems,. où l’on
commence à labourer la terre, jufqu'au tems de la moiflon, les Mandarins
n'ont pas la liberté de chagriner les Payfans; mais le moyen qu'ils prennent
enfuite pour les obliger de payer, eft la baftonade où l'emprifonnement; s'ils
n'aiment mieux les charger , par billets, de l'entretien des Vieillards ,. qui
font nourris dans chaque Ville aux dépens de l'Empereur, & qui pañlent
ainfi à la charge des débiteurs jufqu'a l'entière confommation des arré-
es.
Fa Officiers font comptables de ce qu'ils reçoivent , au Pu-ching-tfe ;
c'eft-à-dire, au Tréforier général de la. Province, qui tient le premier rang
après le Viceroi. . Ils font obligés de lui remettre de tems en tems les fom-
mes qu'ils ont touchées. On tranfporte ces fommes fur des mulets, dont‘cha-
cun porte deux mille lyangs, dans deux vaiffeaux de bois faits en forme de longs
barrils & bien garnis de cercles de fer. Le Pu-ching-tfe rend compte au Hupu ;
c'eft-à-dire, au Tribunal fuprême qui a la fur-intendance des finances, & le
Hupu ne reflortit qu’à l'Empereur. Rien n’eft mieux ordonné que’la manière
d'impofer & de recueillir les tributs: ce qui n'empêche pas qu’il ne s’y ghfle
quelques petites fraudes de la part des Officiers fubalternes.
UNE grande partie du tribut Impérial qui fe lève ‘en nature, eft employée
dans les Provinces, en penfions, & pour l'entretien des Pauvres, fur-tout
des Vieillards & des Invalides, qui font en fort grand nombre, pour les :)-
pointemens des Mandarins, le payement des forces, l'entretien des édifices
publics, celui des Ambafladeurs, des grands chemins, &c. Mais le furplus
de toutes ces dépenfes eft porté à Peking, pour fournir à celles du palais &
de la Capitale de l'Empire, où l'Empereur entretient cent foixante mille hom-
mes de Troupes réglées, auxquelles il donne d’ailleurs une paye en argent,
& prés de cinq mille Mandarins, entre lefquels on diftribue tous les jours u-
ne certaine quantité de viande, de poiffon, de fel, de légumes, &ec. Is
ont une fois le mois,du riz, des féves, du bois, du charbon & de la paille en
abondance (v). Le même ufage s’obferve à l'égard de eux qui font appel-
lés à la Cour, ou envoyés de-là dans les Provinces. Ils font fervis & dé-
frayés fur la route. On leur fournit des barques, des chevaux, des voitures
& des logemens qui font entretenus aux frais de l'Empereur. Le nombre des
Troupes qui font à fa folde, monte à plus de fept cens foixante-dix mille. Il
entretient de même cinq cens foixante-cinq mille chevaux, pour remonter la
Cavalerie, & pour l’ufage des Poftes & des Courriers qui portent fes ordres,
où des Tribunaux dans chaque Province.
Quoique ce qui vient par eau des Provinces Méridionales fuffife pour four-
nir
vin, la viande, la chandelle, &c. étoient
diftribuées. Cette diftribution s’appelloit Li-
vraifon ou Délivrance; & de-là vient le terme
de Livrée qu'on donnoit aux domeftiques de
la même diftribution, c'eft-à-dire, qui appar-
tenoient au même Maitre.
(&) Le Conte obferve que la Chine n'a
pas cette multitude d’Officiers & de Commis
qu'on voit en Jurope.
(v) Du Halde remarque (pag, 245.) qu’il
fe pratiquoit autrefois quelque chofe d’appro-
chant à la Cour de France, où le pain, le
Mn 3
GouvrnNe-
MENT
DE LA Cie.
Officiers qui
y font eim-
ployés.
Emploi des
revenus de
l'Empereur,
Magafins de
riz à Peking,
CouvrRNE-
MENT
DE LA CHINE.
Lieu où fe
garde le tré-
for & les rare.
tés de l’'Em-
pire.
Femmes,
enfans & pa--
rens de l’Em-
percur.
Nombre de
fes concubi.
NES
Comment il
fe marie,
278 VOYAGES DANS L'EMPIRE
nir à la dépenfe de Peking, on appréhende fi fort que le revenu ne fit pus
tojours égal à la confommation, qu’on entrétierit conftamment à Peking (+)
des magafins de riz pour trois añs. $e
Le tréfor, ou le revenu Impérial, eft gardé au Tribunal du Æipu, qui
fignifie Tre/or, & dont on donnera bientôt la defcription. Il y a d’ailleurs à la
Cour, deux palais où l’on conferve les joyaux & les raretés (y).* Magalhaens
les regarde comme le plus grand & le plus précieux amas que le Monde ait
dans ce genre, parce que depuis plus dé quatre mille ans les Empereurs Chi.
nois y ont fans cefle ajoûté quélqué chofe, fans cri avoir jamais rien ôté. Mal.
gré les changemens de la fuccellion, jatnais aucun Empcreur n’a touché àcet.
te colleétion ni à l’autre tréfor, dans la crainte des rigoureux châtimens que
la nouvelle race auroit éxercés pour uh fi grand crime, fur lui (2) & für tous
fes defcendans. Cependant le Commentateur de cet Hiftotien obferve qu'il
faut excepter les actidens du feu & le pillage de la guerre; car eh 1644 leré.
belle Li-kung, n'ofant attendre les Tartares à Peking , émploya huit jours
à faire enlever tout ce qu'il y avoit de précieux au Palais (a).
Les femmes & les concubines de l'Empereur font en figrandnombre, que
fuivant le Père le Comte, il eft difficile de le bien connoître, d'autant plu
js n’eft jamais fixe. Elles ne paroiffenc jamais qu'aux yeux du Monarque.
péine tout autre homme ofe-t’il én demander dés nouvelles (b). Mag
haens fait monter le nombre des coficubines à troismille. On les nomme Kong.
ngu, où Dames du Palais. Mais celles pour qui l'affection de l'Empereur s'el
déclarée particulièrement, portent le nom de 1%, qui fignifie prefque Reine.
Il leur donne, quand il lui plaît, des joyaux qu’elles portent à la tête ou fr
la poitrine, & une piéce de fätin où de darmas jaune, qu’elles fufpendent de
vant leur porte & qui les fait refpeéter plus que toutes leurs compagnes. Ce
Dames ont auffi leurs titres & leurs dignités. Elles font divifées en’ plufeurs
claffes, & diftinguées, comme les Mandarins par leurs habits & leu parure,
& par d’autres marques de leur dégré. Mais leurs enfans, & ceux même des
deux Reinés (c), fonc regardés comtne des enfans naturels (d).
Lorsque l'Empereur ou l'héritier de la Couronne, penfe à fe marier,
le Tribunal des Cérémonies nommé des matrones d’une réputation bien éta-
blie, pour choifir vingt filles, les plus belles & les plus accomplies qu'elles
puiflent trouver, fans aucun égard pour léur naïffance & pour leur famille,
On les tranfporte au Palais dans dés Sédans bien fermés. Pendant quelques
jours elles y font éxaminéés par la Reine mère , ou, fi cette Princef ne
vit plus, par la prémière Dame de là Cour, qui leur fait faire divers éxer-
cices, pour s'affürér qu’elles n’ont pas de mauvaife odeur ni d’autres défauts
corporels. Après quantité d'épreuves, elle en choifit une, qu’elle fait con-
duire à l'Empereur ou au Prince, avec béaucoup de cérémonies. Cette fête
eft accompagnée de toutes fortes de réjouiffances & de faveurs, füurtout d’un
patdon général pour tous les criminels de l’Empire, à l'exception des De
es
(x) Le Comte, pag. 312. Du Halde, pa. (à Magalhaens, pag. 311 & 314
e 244. b) Le Comte, pag, 60.
(y) Voyez les Journaux du Tome VII, n Angl. des demi-Reines. R. d. E,
(3) On a vû que les Chinois éxercent des d) Magalhaens, pag. 291.
châtimens fur les Morts. KR, d. T,
les & des
pe fort éq
, venus CO.
miers Seig
ris retour
rier avant
TELL
fent les
filles de q
trois. El
mes. Ell
& d'autres
ment, ni
Tandis q
forme de «
fuite pou
tité de ch(
le ducats €
d'or & d’a
Lese
tence, qu
re (b).
l'Empereu
féparés (à
ON no
lorfque l'E
fes’ femme
bres du Cr
au Tribun
du jour in
mière por
le on élev
binet por!
quée, on
avoit été €
& des Co
ques Manc
machine &
ces du San
rang, qui
niftres, les
(e) Maga
Le Comte, I
(f) Le Ce
(g) Nava
(b) Maga
(i) Voyez
he foit p:
Pekin és
Hu-pu, qui
'ailleuts à la
Magalhaens
: Monde ait
Jereurs Chi:
n Ôté. Mai.
ouché àcct.
âtimens que
) & für tous
bferve qu'il
h 1644 leré.
a huit jours
ombre, que
d'autant plus
| Monarque,
b). Magk
nomme Xong.
npereur sel
r'efque Reïner,
a tête ou fu
fpendent de
jagnes. Ce
en plufieurs
leuf parure,
ux même des
fe marier,
on bien éta-
plies qu'elles
leur famille,
ant quelques
Princefle ne
divers éxer-
utres défauts
lle fait con-
Cette fête
furtout d’un
n des rebel-
les
K 314
KR, d, L
DE LA CHINE, Liv. IL Crar. VL.
Jes & des voleurs.
e fort éclatante.
279
Enfuite la jeune perfonne eft couronnée avec une pom-
On lui donne quantité de titres. On lui affigne des re-
, venus confidérables. Les dix-neuf autres filles font mariées aux fils des pre-
miers Seigneurs, s’il s’en trouve un nombre égal. Celles qui reftent fans ma-
is retournent chez leurs parens, avec des dotes qui fufifent pour les ma-
rier avantageufement.
TeLLe étoit l’ancienne coûtume des Monarques Chinois, Mais à pré-
fent les Empereurs Tartares prennent pour femmes & ‘pour Reines (e) les
filles de quelque Roi de la Tartarie Orientale. Les Reines font au nombrede
trois. Elles jouiflent de beaucoup plus d’honneurs que toutes les autres fem-
mes. Elles ont un logement particulier, une Cour, deux Dames d'honneur
& d'autres Domeftiques de leur féxe. On n'épargne rien pour leur amufe-
ment, ni pour la magnificence de leurs meubles, & de leur cortége (f).
Tandis que Navarette étoit à Peking , l'Empereur envoya un préfent, en
forme de dote , à la fille d’un des quatre Régens de l’Empire, qu'il prit en-
fuite pour fa femme. Ce préfent confiftoit en cent tables couvertes de quan-
tité de chofes & de toutes fortes de mets , deux mille ducats en argent, mil-
le ducats en or, cent piéces d’étoffes de foie de diverfes couleurs, à fleurs
d'or & d'argent, & cent piéces d’étoffes de coton (g).
Les enfans des trois Reines font tous légitimes , avec cette feule difré-
rence, que les fils de la première font pré‘érés pour fuccéder à l'Empi-
re (h). La première Reine fait fa réfidence dans le Palais Impérial, avec
l'Empereur, & porte le titre d'Impératrice, Les deux autres ont des palais
féparés (i). ë
On nous fait la defcription fuivante des cérémonies qui furent obfervées,
lorfque l'Empereur Tong-ching (k) déclara le choix qu’il avoit fait d’une de
fes femmes pour Impératrice. Deux des principaux Doéteurs, qui font Mem-
bres du Confeil, furent députés pour compofer le compliment & le remettre
au Tribunal des Rites, qui fe prépara auffi-tôt pour la cérémonie. Le matin
du jour indiqué, on commença par porter à la porte Orientale ou à la pre-
mière porte du palais (1) une efpèce de table quarrée, aux coins de laquel-
le on éleva quatre piliers, qui foutenoient une for:e de dôme. Ce petit ça-
binet portatif fut paré de foie jaune & d’autres ornemens. A l'heure mar-
quée, on plaça fur la table un petit livre, qui contenoit le compliment qui
avoit été compofé pour l'Empereur, avec les noms des Princes, des Grands,
& des Cours fuprêmes, qui étoient venus en corps pour la cérémonie. Quel-
ques Mandarins, vêtus d’une manière convenabie à leur office, enlevérent la
machine & fe mirent en marche. Ils avoient été précedés de tous les Prin-
ces du Sang , des autres Princes & de tous les Seigneurs, chacun dans fon
rang, qui s'arrétèrent près de la cour intérieure du Palais. Les premiers Mi-
nittres, les Doéteurs du premier rang , les Préfidens des Cours fupérieures,
(e) Magalhaens , pag, 308. & fuivantes.
Le Comte, pag. Go.
(f) Le Comte, pag. 61.
(g) Navarctte, pag. 69.
(b) Magalhaens, pag. 291,
(i) Voyez ci-deflus.
(k) Le dernier Empereur, fucceffeur de
Kang-hi.
(1) La grande porte du Sud ne s'ouvre ja-
o@ mais que pour l'Empereur, [ou pour les cé-
rémonies qui fe pratiquent à l'honneur de fes
Ancêtres.]
GOUVERNE-
MENT
DE LA CHINE,
Ufage préfent
des Empe-
reurs Tartu-
res,
Etat des
enfans.
Cérémonies
obfervées
pour le choix
d’une impéra-
trice,
GOUVERNE-
MENT
PE LA CHINE.
Compliment
des hommes à
l'Empereur.
Compliment
des femmes à
l'Impératrice.
280 VOYAGES DANS L'EMPIRE
& les autres grands Officiers Tartares & Chinois, civils comme militaires
vêtus magnifiquement de leurs habits de cérémonie, fuivirent la table à pied,
Plufieurs inftrumens de mufique firent entendre un concert très-agréable, tan.
dis que le bruit des tambours & des trompettes retentiffoit dans toutes les
parties du palais.
CETTE proceffion étant arrivée à la porte qui fe nomme U-mwen, les
Princes s’y joignirent & fe placèrenc à la tête. Ils marchèrent dans cet ordre
jufqu’a la falle d'audience (m), ils y entrèrent, & prenant leur compliment
fur la table portative, ils le placèrent fur une autre table, qui avoit été pré.
parée au milieu de la falle. ‘Tout le refte fut rangé en fort bel ordre. En.
fuite ils firent les révérences ordinaires devant le ‘l'rône Impérial, comme fi
l'Empereur eût été préfent. La Mufique recommença aufli-tôt, & les Prifi.
dens du Tribunal des Rites informèrent les Eunuques que les Grands de l'En.
pire fupplioient Sa Majcfté Impériale de paroître & de s’affeoir fur fon pré.
cieux Trône. Cet avis ayant été porté au Monarque, il parut & monta ir
fon Trône. Alors deux Docteurs du premier rang s’avancèrent près de k
table, & firent plufieurs révérences à genoux. Enfin s'étant levés, un d'en.
tr'eux prit le petit livre & lut diftinctement , à voix haute, le compliment
que fa Compagnie avoit fait pour Sa Majefté. Cette piéce n'étoit pas for
longue. Aufñli-tôt que la leéture fut achevée, les Doéteurs reprirent leurs
places, & l'Empereur defcendant de fon Trône retourna dans fon appar.
tement.
APrRÈs midi, les Princeffes du Sang, les autres Princefles, & les Dame
de la première qualité ,avec les femmes de tous les grands Mandarins , fe ren.
dirent, fuivant leur rang & l’ordre de leurs dignités, au Palais de l'Impér:
trice, où les Seigneurs & les Mandarins n’ofent paroître dans cette cérémo.
nie. Files étoient conduites par une Dame de diftinétion, qui éxerce l'office |
de Maîtrefle des cérémonies. Auñi-tôt qu'elles furent arrivées près du palais,
le premier Eunuque de l'Impératrice s'étant préfenté, la Maîtreffe des cérémo.
nies lui tint cedifcours: ,, Je fupplie très-humblement l'Impératrice, au nom
de cette Affemblée, de condefcendre à fortir de fon palais, & de fe placer
fur fon Trône. Le compliment des femmes n’eft pas contenu dans un petit
livre, comme celui que les hommes adreffent à FEmpereur. Elles préfentent
une feuille de papier, d’une efpèce particulière, fur laquelle il eft écrit, avec
une variété de caraétères & d'ornemens. L’Impératrice parut bientôt, & s'é-
tant placée fur fon Trône, qui étoit élevé dans une des falles du Palais, lorf-
que le papier lui eut été préfenté, les Dames, qui fe tenoient debout, lui fi-
rent deux révérences, à la manière des femmes de l’Europe, qui eft auf cel-
le de Ja Chine. Cette révérence fe nomme Van-fo (n); c'eft-à-dire, que tou-
tes fortes de bonheur vous accompagnent! Enfuite, tombant à genoux, elles |
frappérent une fois la terre du front, commele Tribunal des Rites l’avoit pref-
crit. Elles fe levèrent & reprirent leurs rangs, avec un profond filence, tan-
dis que l’Impératrice defcendit de fon Trône &fe retira (0).
(m) Celle où l'Empereur reçoit les Ambaf. (n) Pen ou Wan fignifie dix mille, & Æ,
fadcurs & où il donne deux ou trois fois l’an- Bonheur. "
née des inflructions à fes Grands. (9) Du Halde, pag, 292. & fuiv.
LA
LA
Lorfq
cipales
vit tro
gnifice
nent,
d'appa
ceinte
fon tra
VAN£ ;
chuen ,
Rois a
& pou
bliques
quatre
commé
feule d
au-lieu
ans.
Sou
fifloit
âgés de
& la bc
mari pl
en terr
Parens
mais ils
le Peup
matin,
la terre
L’Emp
des gra
Khans
©: Tot
fuffent-
fiftance
Je privi
précédi
bre de :
gnés né
vre, à
dans l'E
(») A
Hangoch:
Capitales
Chuen. L
VIII
e militaires,
table à pied,
gréable , tan.
ns toutes les
U-mwen, les
ans Cet ordre
compliment
voit Été pré.
ordre. En.
al, comme fi
& les Préfi.
nds de l’Em.
fur fon pré.
& monta ir
it près de la
és, un d'en
compliment
étoit pas fort
prirent leu
is fon appar.
& les Dame
arins , fe ren.
de l’Impér:
cette Cérémo.
xerce l'office |
ès du palais,
e des cérémo-
rice, aunom
k de fe placer
dans un petit
les préfentent
écrit, avec
ntôt, & s'é-
hu Palais, lorf-
ebout, lui fi-
i eft aufli cel-
re, que tou-
benoux, elles |
s l'avoit pref-
filence, tan-
LA
k mille , & Fo,
& fuive
DE LA CHINE, Liv. IL Crar. VI. 28r
La réfidence desfils de l'Empereur, avantleur mariage , eft le Palais Impérial.
Lorfqu’ils font mariés, l’ufage elt de les envoyer dans quelques-unes des prin-
cipales Villes des Provinces, qui ontdes palais pour lesrecevoir. L’Auteur, qui
vit trois de ces palais, les trouva (p) très-grands, trés-beaux, & d’une ma-
gnificence furprenante, quoique fort inférieurs à celui de Peking. Ils contien-
nent, les uns dix, d'autres douze, & quelques-uns un plus grand nombre
d'appartemens', avec d’autres Palais féparés de chaque côté, & une doubleen-
ceinte de murs. Lorfque l'Empereur envoye dans un de ces pasais fon fecond ou
fon troifième fils, il lui donne le titre de Roi. Il donna ainfi le titre de Chu-
vang, ou de Roi de Cho, à celui qui fut envoyé à Ching-tu-fu, Capitale de Se-
chuen, parce qu’anciennement cette Province fe nommoit Cho. Chacun de ces
Rois a mille Eunuques pour lui fervir de cortège, pour adminiftrer fes affaires
& pour recevoir fes revenus. Mais ils ne prennent aucune part aux affaires pu-
bliques de la Province. Seulement les Mandarins font obligés de s’affembler
quatre fois l’année au palais du jeune Prince, pour lui rendre leur hommage
comme ils le rendent à l'Empereur dans la Capitale de l'Empire; avec cette
feule différence qu’ils donnent le titre de Van-fwi; c'elt-à-dire, dix mille ans,
au-lieu qu'on n’accorde à ces Princes que celui de Syen-fwi, qui fignifie mille
ans. à
Sous le régne des Empereurs Chinois, le Tribunal des Cérémonies choi-
fifloit pour le mariage des Princefles un certain nombre de jeunes hommes,
âgés de quatorze ou quinze ans. On ne confidéroit dans ce choix que l’efprit
& la bonne mine. C’étoit dans cette belle Troupe que l'Empereur prenoit un
mari pour fa file, ou fa fœur , à laquelle il donnoit une dot trés-confidérable
en terres & en joyaux. Ces maris portoient le nom de Tu-ma; c'efl-à-dire,
Parens de l'Empereur par leurs femmes. Ils ne pouvoient être Mandarins ;
mais ils devenoient fi puiffans, que leurs opprefions étoient redoutables pour
le Peuple. Jufqu’à ce qu'il leur vint des enfans, ils étoient obligés , foir &
matin, de fe mettre à genoux devant leurs femmes, & de frapper trois fois
la terre du front. Mais la qualité de pères les éxemptoit de cette cérémonie.
L'Empeñtur Tartare qui régne aujourd’hui marie fes fœurs & fes filles aux fils
des grands Scigneurs , fans éxiger qu'ils foient de Sang Royal, ou à ceux des
Khans de la Tartarie Orientale (q).
Tous les parens de l'Empereur par les mâles, foit riches, foit pauvres,
fuffent-ils à la quinzième génération, reçoivent quelque penfion pour leur fub-
fiftance, fuivant le degré de leur dignité & la proximité du fang. Ils ont tous
le privilége de peindre en rouge leurs maïfons & leurs meubles. Mais la race
précédente ayant régné l’efpace de deux cens foixante-dix-fept ans, le nom-
bre de fes defcendans s’étoit tellement multiplié, que le revenu des plus éloi-
gnés ne pouvant füffire à leur entretien, plufieurs étoient réduits, pour vi-
vre, à l’éxercice de quelque métier. La première fois que Magalhaens entra
dans l’Empire, il en trouva un dans la Capitale de Ky-ang-fi, qui éxerçoit l’of-
fice
de Chen.fi. L'Auteur nomme d’autres Villes
qui ont de ces Palais.
(g) Magalhaens, pag. 307.
(p) A Vu-chang-fu, à nt y de & à
Hangochong-fu. Les deux premières font les
Capitales des Provinces de Hu-quang & de Se-
Chuen. La troifième eft une Ville confidérable
VIII. Part. Nn
GOUVERNE-
MENT
D£ LA CHINE.
Réfidence
des fils de
l'Empereur.
Leurs titres
& leur état,
Cominent on
marie les Prin-
ceffes.
Aflujettiffe-
ment de leurs
maris.
Sort des pus
rens de l’Em- :
pereur,
GouvEenne-
MENT
DE LA CHINE.
La conduite
des Princes
Chinois eft
obfervée,
Funérailles
de l'Émpe-
xeur.
Cercueil Im-
périal.
282 VOYAGES DANS L'EMPIRE
fice de porte-faix, &, qui pour fe diftinguer des gens du même ordre » por-
toit fur le dos des crochets fort brillans & vernis de rouge. Sous la race pré-
cédente, il s’en trouvoit un nombre infini, qui étoient difperfés dans toutes
les parties de l'Empire, & qui abufant des priviléges de leur naïffance, com.
mettoient des infolences & des extorfions continuelles; mais ils furent ex.
tirpés jufqu’au dernier par les Tartares. Tous les parens de l'Empereur
qui régne aujourd’hui font des perfonnages importans, qui font:leur réfidence
à la Cour. Mais fi cette race dure long-tems , ils fe multiplieront fans doute,
& ne feront pas moins à charge que les précédens (r). Navarette dit que les
palais des petits Rois du Sang Royal font couverts de tuiles d’un rouge lui.
fant, & que l'Empereur les qualifie, eux & tous fes autres parens, de Kin-
chi-pau-tfe, qui fignifie Branches d'Or & feuilles précieufes (5).
Les parens de Sa Majefté Impériale, du côté. des femmes, font de deux
efpèces. Les unes defcendent de fés filles, & ne pañlent point pour Princes
du Sang, ni même pour appartenir à fa famile. Aufñi n'ont-ils aucun droit à
la fucceffion, quand même ils auroïent plufieurs enfans mâles. Le même ufa-
ge eft établi parmi le Peuple. La feconde efpèce eft compolée des pères, des
frères, des oncles, & des autres parens de la Reine, des. gendres de l'Empe-
reur, de leurs pères, de leurs oncles & de leurs autres parens. C'étoit dans
ces deux ordres que les Empereurs Chinois chaïfifloient un certain nombre des
plus diftingués, pour en compofer le Tribunal qui fe nomme #bang-fin. Mais
les Tartares ont extirpé aufli la feconde de ces deux parentés (+).
L'EMPEREUR obferve avec beaucoup d'attention la conduite des Princes
du Sang, & les punit fans indulgence lorfqu'il ne la trouve pas digne de leur
naïffance & de leur rang. Apprenant un jour que l’un d’entr’eux aimoit l’a.
mufement avec trop de pañlion, furtout les combats de cogs, qui font un
pafle-tems fort commun parmi les Orientaux: il trouva de la baffeffe dans l’ex-
cès de ce goût, & lui en fit un reproche. Mais ne voyant aucun fruit de fon
avertiflement , ii réfolut de faire un éxemple, en déclarant que le Prince fut
rivé de fon cortége , de fa penfion &:de fa qualité, jufqu’à ce qu’il trouvât
l'occafion de réparer fa faute par quelque aétion éclatante, & de fairé'connoi-
tre à tout l'Empire qu’il n’étoit point indigne du Sang dont il fortoit (vw).
Iz nous refte à parler des funérailles du grand Monarque de la Chine. Auñi-
tôt qu'il a rendu le dernier foupir, on le met dans un riche fauteuil, qui eft
porté par fix Eunuques, au milieu de la falle Royale de Gin-chi-tfien; c'eft-à-
dire, du Palais de la merci € de la prudence (%). On y place le corps fur un
lit fort riche; & l'on netarde pas long-tems.à le renfermer, avec une infinité
de cérémonies & beaucoup de mufique funébre, dans un cercueil qui coûte
deux ou trois mille écus. La matière eft un bois nommé Kong-/yo-mo, ou Bois
de Paon, qui tire ce nom de la reffemblance de fes veines avec ce qu'on ap-
pelle les yeux dans la queue d’un paon. Les Chinois aflürent que ce bois (y)
préferve les corps morts de toute corruption , & laiflent en effetun cadavre je
e
(v) Mémoires du Père le Comte, pag. 251:
(x) Ce Palais et dans l'enceinte du grand
Palais de l'Empereur. Voyez ci-defJus.
(y) Il croit dans la Province de Se-chuen,
(r) Ibid. pag. 238.
(s) Navarette, Defcription de la Chine,
pag. 22.
(t) Magalhaens, pag. 239. & fuiv.
le mê
tières.
La
de ma
cette |
etlen
grande
il eft aq
Domef
Soldats
lation !
To
deuil,
niers te
qui fe
qu'il ne
Mandar
pour \ (
nies qui
ON
mére.
dant lef
l'Emperc
dans le
Pluficurs
Les fils
leurs hat
blanc, a
cérémon:
toient dé
porter le
ordonna
fuperftit
qu'ils tra
ment enf
vent par
par la mi
avec des
de l’Impe
UA1
rt
(3) On
ple & des
de ces céré
(a) Ma
(b) Cet
Ou 50. jour
re, por-
race pré-
ns toutes
ce, com-
rent €ex-
Empereur
réfidence
ns doute,
it que les
ouge lui-
, de Ain.
- de deux
r Princes
an droit à
1ême ufa-
ères, des
e l'Empe-
étoit dans
ombre des
fin. Mais
es Princes
1e de leur
imoit l’a.
i font un
dans l’ex-
uit de fon
Prince fut
il trouvit
de infinité
qui coûte
, ou Bois
qu’on ap*
bois (y)
avre dans
le
; Pa8: 251°
re grand
(Jus.
le Se-chuer.
DE LA CHINE, Liv. IL Cnar. VI 283
le même lieu pendant plufieurs mois, quelquefois pendant des années en- Gouvrnwe-
tières.
MENT
La pompefunébre s'éxécute dans le même palaisavec tant de cérémonies & #14 Cine,
de magnificence, qu’elle dermanderoit une très-longue defcription 6x). Après
cette lugubre fçene, on porte le corps à fa fépulture, dans le Bois Jmpérial ; tel
eft le nom que les Chinois donnent aux tombeaux deleurs Empereurs. L’air de
grandeur qui régne dans ce lieu, les.palais, les richefles & les ornemens dont
il eft accompagné, les murs qui l’environnent, le nombre de Mandarins & de
Domeftiques qui font employés continuellement pour le fervice, & celui des
Soldats qui font la garde, mériteroient encore, fuivant Magalhaens , une re-
lation particulière (a). ,
Tous les Sujets de l'Empire étoient obligés anciennement de porter le
deuil, pendant trois ans, pour la mort d’un Empereur ; mais dans ces der-
niers tems, cet incommode ufage a été réduit à peu de jours. Navarette,
qui fe trouvoit à la Chine pendant le deuil du père de Kang-hi, rapporte
qu'il ne dura pas plus de quatre ou cing'jours (b). Dans cet intervalle les
Mandarins des Villes & des Bourgs s’affemblent dans quelque place publique,
pour y obferver des jeñnes accompagnés de pleurs & de toutes les cérémo-
nies qui fe font en préfence du corps (c).
ON nous repréfente plus particulièrement les funérailles de l’Impératrice
mère. Tout le monde parut en deuil profond l’efpace dé quarante jours, pen-
dant lefquels tous les Tribunaux furent fermés. On n'entrétint pas même
l'Empereur de la moindre affaire. Les Mandarins pafñlèrent un jour entier
dans le palais, à pleurer, ou du moins à feindre ces apparences de douleur.
Pluficurs y paflèrent la nuit, affis en plein air, quoique le tems fût très-froid.
Les fils mêmes de l'Empereur jouèrent le même rôle, & ne quittérent point
leurs habits pendant toute la nuit. Tous les Mandarins, à cheval, vêtus de
blanc, avec peu de fuite, allèrent pendant trois jours confécutifs obferver les
cérémonies ordinaires devant la tablette de l'Impératrice. Léurs bonnets é-
toient dépouillés de foie rouge & de leurs autres ornemens. Lorfqu’il fallut
porter le corps dans la falle où il devoit être expofé en public, l'Empereur
ordonna qu’on le fit paffer par les portes du palais, pour détruire l'opinion
fuperftitieufe des Chinois , qui font de nouvelles portes à leurs maifons lorf-
qu’ils tranfportent le corps de quelque parent à la fépulture , & qui les fer-
ment enfuite , dans la crainte que leur douleur ne fût renouvellée trop fou-
vent par le fouvenir du Mort, s'ils étoient obligés de pafler continuellement
par la même porte. On bâcit hors de la Ville un vafte & fomptueux palais,
avec des cours, des falles & des appartemens, pour y conferver le corps
de l'Impératrice , en attendant qu’il fût tranfporté au bois impérial (4).
RATE jeunes filles , qui avoient fervi cette Princeffe avec beaucoup
d'affection, s'étoient déjà parées à la manière des Tartares pour fe facrifier
elles-mêmes
(3) On a déja décrit les funérailles du Peu- (ce) Navarette, Defcription de la Chine,
ple & des Grands, pour donner quelqu'idée
de ces cérémonies,
(a) Magalhacns, wbi fup. pag. 306.
(b) Cet peut-être une erreur , pour 40.
Ou 50. jours, |
Pig. 73-
(d) Cette fépulture cft prés de la grande
muraille qui fépare la Tartarie de la Chine
au Nord-Eft-quart-d'Eft de Peking.
Nn 2
Tombeaux
des Empe-
reurs Chinois,
Deuil public,
Funérailles
de l’Impéra-
trice-mère,
Coutumes
barbares abo-
lics par l'Em.
pereur,
GoUvERNE-"
MENT. ‘
DE LA CHINE,
Son refpett
pour les fem-
mes de fon
Prédéceffeur,
Ce que c'eft
que le titre
e Mandarin
ou de Quan.
Neuf ordres
de Mandarins.
Comment
les Mandarins
font créés.
Deux degrés
de diftinétion
dans chaque
Ordre,
284 VOYAGES DANS LEMPIRE
elles-mêmes devant le corps de leur Maîtrefle. Mais l'Empereur arrêta cette
barbare pratique. 11 défendit aufli, pour l'avenir, un autre ufage de la mé.
me Nation, qui confifte à brûler, avec les corps des perfonnes de diftinétion
& se ° même bucher ; leurs richeffes & quelquefois même leurs Domefti.
ues (e). |
$ MAGALHAENs nous apprend que le fuccefleur d'un Empereur mort ne
voit jamais les femmes ni les concubines de fon prédécefleur, & que ce
refpeét eft porté fi loin qu’il ne met pas même le pied dans leur apparte.
ment (f).
(e) Du Halde, pag. 308. (f) Magalhaens , pag. 310.
$. I V.
Officiers du Gouvernement pour les affaires civiles.
O a déja remarqué qu’à la Chine perfonne ne peut s'élever au moindre
emploi du gouvernement, s’il ne le mérite par fon fçavoir & fa capa-
cité. Aufñitôt qu'un Particulier eft employé au fervice de l'Empire, il eft
qualifié du titre de Quan, qui fignifie Prépofé, ou celui qui eft à la tête des
autres. Les Portugais ont donné aux Quans le nom de Mandarins , ou de
Commandans, que toutes les autres Nations de l’Europe ont adopté. Mais
à celui de Quan, les Chinois joignent le titre de Lau-ya , ou Seigneur, pour
marquer la nobleffe de ceux qui obtiennent cet honneur.
IL y a neuf ordres de Qu , ou de Mandarins, fi parfaitement fübordon-
nés entr'eux, que rien n’eft comparable au refpeët & à la foumiffion des ordres
inférieurs pour ceux qui font au-deffus. Avant que de parvenir à quelqu'un
de ces ordres, le Candidat , fuivant Magalhaens , doit avoir été troifième
affiftant d'un Chi-ven; c’eft-a-dire, du Gouverneur d’une Ville du troifième
rang. Il porte alors le nom de Tyen-tfe, & n’eft encore d’aucun ordre. Mais
s’il fe conduit bien pendant trois ans, le Gouverneur de cette Ville en rend
témoignage, par un certificat, au Gouverneur de la Ville du premier rang
dont il dépend. Celui-ci en informe le Gouverneur de la Capitale de la mé.
me Province , qui communique fes informations aux deux grands Tribunaux
de fa Ville. Le Viceroi les reçoit de ces deux Tribunaux. Enfuite il écrit au
rand Tribunal de Peking , qui donne le même avis au Confeil d'Etat. En-
Ên l'Empereur, informé par fon Confeil, crée le Candidat Mandarin de l'or-
dre huitième ou neuvième (a).
Cnacun de ces neuf ordres eft divifé en neuf degrés (b). On diftingue
ainfi un Mandarin du premier ou du fecond degré du premier, du fcond,
ou du troifième ordre. Cette diftinétion ne confifte néanmoins que dans des
titres qui leur font accordés par l'Empereur , fans aucun rapport à leurs em-
plois; car quoique la dignité de leurs emplois foit .mefurée ordinairement fur
celle de leur ordre, cette régle n'eft pas générale, parce qu'il arrive quel-
quefois que pour récompenfer un Officier inférieur, l'Empereur le crée se
arin
a) Magalhaens pag. 245, (b) Angi. ef divifé en deux degiés, R.d.R.
=
darin d
pour pu
rieurs,
ON!
ordres f
fait d’eu
ou la co
Ce Trib
première
premier
prêmes,
quel les
l'Emper(
que ceu
des Kol:
fit à fon
qu'on en
naireme
Cheu- fian
LE
falle Imp
dans cett
l'homma;
d’autres,
à chaque
tout ce q
titre d’hc
lieu.] L”
toutes les
ou la gue
préfente
Ko-laus «
le rejette
faires &
Les I
première
fidens de
de Lettré.
ou du trc
me clafle
darins,
écrit tou
(ce) Ibi
(d) Ils
peut-être F
(e) Ali
arrêta cètte
: de la mé.
: diftinétion
s Domefti.
# mort ne
& que ce
ar apparte-
au moindre
& fa capa-
pire, il eft
la tête des
ins , ou de
pté. Mais
neur, pour
t fubordon-.
1 des ordres
quelqu'un
é troifième
u troifième
brdre. Mais
lle en rend
emiér rang
e de la mé-
Tribunaux
> il écrit au
Etat. En-
rin de l'or-
n diftingue
u {vcond,
e dans des
leurs em-
ement fur
rive quel-
rée Man-
darin
. KR dR.
DE LA CHINE, Liv. Il. Caar. VI. 285
darin du premier ou du fecond ordre. D'un autre côté, il arrive auffi que
pour punir une perfonne dont l'office appartient naturellement aux ordres fupé-
rieurs, il le dégrade à quelque ordre inférieur (c).
ON peut prendre quelque idée de la manière dont les Mandarins des neuf
ordres font nploves à l'adminiftration des affaires, par la diftribution qui fe
fait d’eux dans le Tribunal du Confeil privé, qui fe nomme Nivi-yuen (d),
ou la cour intérieure, parce qu’il a fon fiége dans le palais Impérial de Peking.
Ce Tribunal, ou cette Cour , eft compofée de trois clafles de Mandarins. La
première comprend les Xolaus (e) ou les Miniftres d'Etat, qui forment le
premier ordre des Mandarins, avec les premiers Préfidens des Tribunaux fu-
prêmes, & les principaux Officiers de l'Armée. Ce degré eft le plus relevé au-
quel les Lettrés puiflent afpirer ; à moins que pour quelque important fervice
l'Empereur ne les jugeât dignes de quelque titre encore plus honorable, tels
que ceux qui répondent à nos titres de Comtes, de Ducs, &c. Le nombre
des Kolaus n’eft pas fixe. 11 dépend de la volonté du Monarque, qui les choi-
fit à fon gré dans les divers Tribunaux de l'Empire. Cependant il cft rare
qu'on en voye plus de cinq ou fix à la fois (f), & l’un d'entr'eux jouit ordi-
nairement de quelque diftinétion au-deflus des autres. 1l porte le titre de
Cheu-fiang. Il eft Préfident du Confeil. Il a toute la confiance de l'Empereur.
Le Tribunal des Ko-laus a fon fiége dans le Palais, à main gauche de la
falle Impériale, ce qui pañle à la Chine pour la plus grande diftinétion. C’eft
dans cette faille que l'Empereur donne fes audiences publiques, & qu’il reçoit
l'hommage & les refpeéts des Mandarins. (Comme le palais en a quantité
d’autres, fort magnifiques & fort pompeufement ornées, on en affigne une
à chaque Ko-lau, pour lui fervir comme de fiége particulier, où il éxamine
tout ce qui reffortit à lui; & le nom de cette falle fe joint au fien comme un
titre d'honneur. [ L’on dit, par éxemple, un tel Kolau, fuprème falle du mi-
lieu.] L'objet du Tribunal des Ko-laus eft de recevoir & d’éxaminer prefque
toutes les demandes des Tribunaux fuprêmes, foit qu’elles regardent la paix
ou la guerre, & les matières civiles ou criminelles. Après cet éxamen, il les
préfente à l'Empereur; à moins que le fujet ne fouffre quelque objettion. Les
Ko-laus en avertiflent alors Sa Majefté Impériale, qui reçoit leur avis, ou qui
le rejette à fon gré. Quelquefois l'Empereur fe réferve la connoiffance des af-
faires & l’éxamen des Mémoires qui lui font préfentés.
Les Mandarins de la feconde claffe font en quelque forte afiftans de la
première. C’eff de leur ordre qu’on tire les Vicerois des Provinces & les Pré-
fidens des autres Tribunaux. Ils portent le titre de Ta-byotfe; c'eft-à-dire,
de Lettrés, ou de Magiftrats d’une capacité reconnue. On les tire du fecond
ou du troifiéme ordre des Mandarins. Dans ce Tribunal, ceux de la troifiè-
me claffe, qui portent le titre de Chon-chu-ko; c'eft-à-dire, d’Ecole des Man-
darins, font les Sécretaires de l'Empereur. Leur office eft de réduire par
écrit toutes les matières qui ont été délibérées dans le Tribunal. Ils font ti-
rés
(c) Ibid. pag. 196. & fuiv.
(d) Ils fout nommés ci-deffus Æyu yuer ;
peut-être par inéprife.
(e) Aliagata en langue Tartare,
(f) Navarette dit qu'ils étoient ordinaire:
on les a doublés en y joignant fept Tartares,
Is font alMis autour d'une table ronde,
Nn 3
ment fept; mais que depuis le préfent régne,.
GOUVERNE-
MENT
DE LA CHINE.
Comment les
Mandarins
font employés
aux affaires
publiques.
Changemens
qui dépen-
dent de l’'Em-
pereur.
Tribunal des
Ko:-laus, &
leur emploi. :
Seconde
claffe.
GOUVERN£-
MENT
DE LA CHINE.
Dittinétion
entre les Man-
darins civils
& militaires.
Nombre to-
tal des Man-
datins.
Marques qui
diftinguent
les Ordres.
VOYAGES DANS L'EMPIRE
rés du quatrième, du cinquième, & du fixième ordre des Mandarins : .c'eft
dans ce Tribunal qu’on agite la plûpart des grandes affaires ; à moins quel'Em.
ereur n'affemble exprès le grand Confeil (g).
ON diftingue les Quans civils & les militaires. Quelques Voyageurs nom.
ment les premiers, Mandarins Lettrés, & les divifenc en civils & cri.
minels. Mais ce partage n’eft propre qu'à jetter de la confufon dans Je
récit, puisqu’en effet ils fonc tous de l’efpéce littéraire, & qu'après avoir paf.
fé par les éxamens & pris les degrés, ils doivent tous leur élévation à leurs
études, quoiqu’elles ayent été de différentes natures. S'il en eft quelques.
uns auxquéls le titre de Quans Lettrés appartienne particuliérement, ce font
ceux qui préfident fur les Lettrés ou les Etudians de chaque Ville où il fe trou.
veun Tribural érigé dans cette vûe.
Le nombre des Mandarins civils, qui font difperfés dans toutes les parties
de l'Empire, monte à treize mille fix cens quarante fept; & celui des mii-
286
taires à [ dix ] huit mille cinq cens vingt, qui font enfemble trente-deux milleys
cent foixante-fept. Quatre fois l'année, on en imprime uh Catalogue, où
leurs noms, leurs titres, leur pays, & le tems auquel ils ont pris leurs degrés
font marqués régulièrement (b). INavarette en compte deux mille quatre
cens à la Cour, où chaque Province a le fen, qui eft comme fon proteéteur
ou fon folliciteur général (i).
Les neuf ordres de Mandarins, tant civils que militaires, font diftingués
par différentes marques, que le Père Adam Schaal a recueillies dans fa Rela.
tion (4). Ceux du premier ordre portent à l’extrémité de leur bonnet, qui
fe termine en cône fort plat, une efcarboucle, enchaflée dans de l'or, & une
perle au bas pardevant. Leur ceinture eft enrichie de quatre pierres fort efti.
mées à la Chine, enchaffées auffi dans de l'Or, & coupées en quarrés longs
de quatre doigts & larges de quatre (7).
Les Mandarins du fecond ordre portent au fommet de leurs bonnets, un
gros rubis, & un autre au bas. Leurs ceintures font ornées de demi-fphéres
d'Or, embellies de fleurs du même métal, avec une efcarboucle au milieu,
Ceux du troifième ordre ont à la pointe du bonnet une efcarboucle enchaflée
dans de l'Or, & un faphir au bas. Leur ceinture eft garmie de demi-fphéres,
ornées de fleurs feulement. La marque du quatrième ordre eft un faphir à la
pointe du bonnet; & un autre au bas, mais moins gros. Sur les ceintures,
ce font de fimples demi-fphères d'Or. Les Mandarins du cinquième ordre ne
portent qu’un faphir à leur bonnet, & reffemblent pour le refte à ceux du qua-
trième. Le bonnet du fixième ordre eft orné d'un criftal fort bien taillé au
fommet, & d’un fapñir au bas. Les ceintures font couvertes de morceaux
de corne de Rhynoceros , enchaffés en or. Le feptième ordre n’a qu'un fimple
ornement
(g) Magalhaens, pag, 197. Du Halde, pa-
ge 248.
(Ch) Magalhaens, ubi Jup. pag.
Ilalde, pag. 251.
(i) Navarette, pag, 19.
(kr) Ce qui fuitefttiré des Notes de l'E-
dition Françoife de Magalhaens:
(1) Cette pierre, que les Chinoïs appellent
Tutfe, vient du Royaume de Kofoghar. Les
Marchands Mahométans qui l’apportent vien
nent tous les trois ans à la Chine fousle pré-
texte d'une Ambaffade. lle eft un peu ver-
dâtre & reflemble au Jafpe, excepté qu’elle eft
plus dure, un peu plus tranfparente & tirant
plus fur le blanc. C’eft ce que dit Magalhaens ;
mais nous trouvons ailleurs une Miné de la
méme pierre à la Chine.
249. Du
ornement
minces de
tent un bd
ceaux de «
Les
ne font di
ture, avec
tent à la p
attachée à
même port
de-la groff
dent à l’en
cieufes & d
qui les dift
geon d’or à
ceros fur le
gent, avec
IL nya
Mandarins.
du quatriè
dont leurs
dé de figure
gés de port
chaleurs de
kfquelles o
ont réglé le
au palais,
i-dire, du
cupent la dr
Les emf
neufs ordre:
ne, travaill
re à leur po
ks, d’autres
Léopards,
dans leurs c
bient en pe
fes de corne
d'aigle, d'a
celle des em
li conférar
re de foie et
jloux des n
(m) Comm
l'ouvrage de N
he pouvons pa
ins : .c'eft
quel'Em-.
eurs nom-
Is & cri-
n dans Je
avoir paf.
on à leurs
quelques.
it,ce font
| il fe trou.
les parties
i des mil
deux milleys
logue, où
-urs degrés
rille quatre
proteéteur
diftingués
ns fa Rela.
onnet, qui
or, &une
es fort efti.
iarrés longs
onnets , un
mi-fphères
+ au milieu,
enchafée
i-fphères,
faphir à la
ceintures,
e ordre ne
ux du qua-
n taillé au
morceaux
r'un fimple
ornement
portent viens
e fousle pré-
un peu Ver-
Lté qu’elle eft
nte & tirant
Magalhaens ;
Mine de la
DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. VI.
287
ornement d'or, fans aucune pierre. La ceinture eft couverte de piéces fort
minces de cornes de Rhynoceros qe ). Les Mandarins du neuvième ordre por-
tent un bonnet de fatin, bordé d'un tiflu d'Or; & fur la ceinture, des mor-
ceaux de corne de buffle enchaflés en argent.
Les grands Seigneurs, qui font au-deffus des neuf ordres des Mandarins,
ne font Éftingués u premier ordre que par des pierres rondes fur leur cein-
ture, avec un faphir au milieu. Les Régules , au-lieu d'efcarboucles, por-
tent à la pointe de leurs bonnets, un rubis orné de perles, & une fleur d'Or
attachée à la partie bafle des bonnets qui defcend fur le front. L'Empereur lui-
mêmé porte un bonnet de la même forme, dont la pointe eft ornée d'une perle,
de-la groffeur d'un œuf de pigeon, & de plulieurs autres petites perles qui pen-
dent à l'entour. Sa ceinture éblouit les yeux par la multitude de pierres pré-
cieufes & de perles dont elle eft couverte. Les Gradués ont aufli des marques
qui les diflinguent. Celle des Licentiés, ou des Maitres ès Arts, elt un pi-
geon d'or à la pointe du bonnet, avec des piéces plates de corne de Rhyÿno-
ceros fur leur ceinture, Les Bacheliers portent auffi le pigeon , mais d’ar-
gent, avec des plaques de corne de buflle fur leur ceinture.
IL n’y a pas moins de différence dans les habits des différens ordres des
Mandarins. Les Mandarins civils des trois premiers ordres, & les militaires
du quatrième font diftingués des ordres inférieurs par les figures de dragons
dont leurs robes font enrichies. Ils portent auffi une efpèce de /wr-tout, bro-
dé de figures, d'oifeaux & d'autres bêtes. Mais comme ils ne font point obli-
gés de porter conftamment ces fur-touts, particuliérement dans les exceflives
chaleurs de l'Eté , cette diftinétion n’eft pas fi fûre que les précédentes, fans
lkfquelles on ne peut paroître, comme on n'y peut rien changer. Les loix
onc réglé les places, que chacun doit prendre dans les affemblées qui fe font
a palais. Les Mandarins civils font à la gauche du Trône Impérial; c’eft-
dire, du côté le plus honorable à la Chine. Les Mandarins militaires oc-
cupent la droite, & l'Empereur préfente le vifage au Sud (n).
Les emplois des Mandarins ont aufli leurs diftinétifs, comme chacun des
neufs ordres. C’eft une piéce quarrée d'étoffe, qu’ils portent fur la poitri-
ne, travaillée fort richement, avec une devife au milieu, qui eft particulié-
re à leur pofte. Les Mandarins civils ont , les uns un Dragon à quatre grif-
ks, d’autres , une Aigle ou un Soleil. Ceux de la claffe militaire portent des
Léopards, des T'ygres, des Lions, &c. Ils affectent auffi de la diftinétion
dans leurs ceintures. Avant que l’habit T'artare fût en ufage, ils les divi-
bient en petits quarrés, & les attachoient pardevant avec de grandes agra-
fs de corne de bufle & de Rhynoceros, d'ivoire, d'écaille de tortue, de bois
daigle, d'argent, de pierreries; & la différence de la matière dépendoit de
celle des emplois. Un Ko-lau, à qui l'Empereur a donné quelque joyau en
li conférant fon office, eft feul en droit de les porter. A préfent la ceintu-
re de foie eft l'unique diftinétif des Kolaus. Les Mandarins font extrémement
jloux des marques de leur dignité, qui les diftinguent non-feulement du peu-
ple,
(m) Comme nous n’avons pas aétuellement
l'ouvrage de Magalhaens fous les yeux, nous
® pouvons pas fuppléer ici à l’omiflion de nos
Auteurs, qui ont oublié de parler des marques
de huitième ordre. R. d. E.
(nm) Magalhaens, pag. 298, & fuiv.
GouvenNt-
MENT
DE LA Cuine.
Marque des
Grands & des
Princes,
Différence
entre les ha-
bits,
Différence
dans les pla-
ces.
Marques des
Emplois,
GOUVERNE-
MENT
pe LA CHINE.
Diftin&ion
des penfions,
des maifons ,
Kc,
Divers Offi-
ciers des Pro-
vinces.
Ceque c'eft
que le Tfong-
tue
Son autorité.
Mandarins
des Villes.
Le Chi-fu.
Le Chihyen.
288 VOYAGES DANS L'EMPIRE
ple, mais encore des fimples Lettrés; & ceux du rang inférieur ne le font pas
moins entr'eux ( }
Les Princes & les Mandarins font diftingués aufli par leurs penfons, leurs
maifons, le nombre de leurs domeftiques, la forme & la grandeur de leurs
Sedans ; de forte que leur qualité n'eft ignorée de perfonne lorfqu'ils parois.
fent en public. Sous le gouvernement des Chinois, les particuliers mêmes
ortoient des marques de diftinétion. Un homme de Lettres étoit connu par
a couleur & la forme de fon habit (p).
La Chine eft gouvernée par divers Officiers, fous l'autorité de l'Empe.
reur, Chaque Province a cinq Officiers généraux, qui font le Æu-y0-»;
c'eft-à-dire, dans notre langage, le Viceroi ou le Gouverneur, avec quatre
Affiftans; le Pu-ching-tfe, ou le Tréforier général; le Nyan-cha-tfe ; ou le Ju.
ge criminel; le Ven-tau, qui a la fürintendance des Poftes & des Salines, &
le Lyang-tau, à qui appartient le foin des provifions qui fe lèvent en qualité
de tribut. Ces quatre Officiers font obligés, comme Affiftans du Viceroi,
de fe trouver plufieurs fois le mois à fon Tribunal ,» pour les affaires impor.
tantes de la Province. Maïs quelques Provinces , que leur grandeur a fai
divifer en deux parties, ont deux Vicerois. Telle eft la Province de Xyumg.
nan. Au-deflus du Viceroi eft encore un autre officier, nommé le T/ong-4
(g). qui a quelquefois deux ou trois Provinces fous fa jurifdiétion. Cells
de Chen-fi & de Se-chuen, & celles de Quang-tong & de Quang-fi ont ler
Tfong-tu. C’eft à ces grands Officiers que l'Empereur envoie fes ordres , qu'i
tranfmettent de main en main à toutes les Villes de leur diftriét. Cependant,
quelle que foit l'autorité du Tfong-tu , elle ne diminue pas celle des Vic.
rois ; mais tout eft réglé avec tant d'ordre, qu’il ne s'élève jamais aucun di.
férend pour la jurifdiétion (r). UE En le Tfong-tu n'eft chargé qu
du foin d’une Province, comme celui de Hu-quang , de Chen-fi, &c. Alors
la Province eft divifée en deux Gouvernemens, qui ont chacun leur propre
Viceroi, fubordonné au Tfong-tu, mais feulement dans certaines mati.
res. 11 a néanmoins le droit de décider de toutes fortes de caufes, dans les
appels qui font portés à fon Tribunal , de celui des deux Gouverneurs Pro.
vinciaux (5). Les Provinces de Quang-tong & de Fo-kyen font gouver-
nées par de petits Rois (+), qui font au-deflus de tous les Officiers précé-
dens par leur qualité, mais qui n’ont au fond que la même autorité dans
leur Gouvernement. Cependant ils s'en attribuent beaucoup & rendent
le joug fort pefant , parce qu'il ne fe trouve perfonne qui ôfe leur ré-
ifter.
CHAQUE Province étant divifée en un certain nombre de jurifdiétions qui
fe nomment Fus, & qui font fubdivifies en d’autres diftriéts nommés Cheus
& Hyens, toutes les Villes qui portent le titre de x ont un Mandarin qui
fe nomme Chi-fu (v), & du moins un autre qui s'appelle Chi-byen. 2e
e
(o) Du Halde, pag. 252. (s) Du flalde, pag. 4. |
C D Ménoires du Père le Comte, pag. 297. (+) Ou des Regules. [ Ce titre eft à préfent
qg) ya deux Généraux militaires, fu- aboli.]
bordonnés au Tfong-tu; l’un, pour les Tarta- (uw) C'ett le titre des Préfidens des Cours
res ; l'autre, pourles Chinois, avec leurs Of. fuprêmes. Chi fignifie Gouverneur, [& Fun]
ficiers inférieurs. diftriét ou une Ville du premier rang]
(r) Du Halde, pag. 2. & 251.
ke Chi-fi
hyen, F
des auti
tement
CHA
l'office €
tion, &
Impérial
l'intenda
l'autre
taus y C\
ve,al
bles il y
marchar
quiali
Les,
leurs. pr
fait fa ri
Officiers
Tou.
une dép
pleine a
tres Mar
Officiers
Ja :Ville
autres M
fuprême
ON o
Mandari
Jorfqu’il :
pirans fo
Li-pu, &
trés. Li
cette vûc
de-T/ing
du fecon
Emplois
peller les
quatre b
boëte, q
vant l'or
partage.
OUTRE
à quelle
le font pas
fions , leurs
r de leurs
ils parois.
ers mêmes
t connu par
de l'Empe.
e Lu-yo-en;
vec quatre
, oule Ju.
Salines, &
t en qualité
u Viceroi,
ires impor.
deur a fai
e de Kyang.
le T/ong-t
jon. Cell
-fi ont leu
>rdres , qu'lk
Cependant,
> des Vic.
is aucun di.
chargé que
&c. Alors
leur propre
aines matic-
es, dans les
erneurs Pro-
ont gouver-
ciers précé-
utorité dans
& rendent
Ôfe leur ré-
ifdiétions qui
ommés Cheus
Mandarin qui
JYChe Outre
le
tre eft à préfent
dens des Cours
eur, [& Fuunl
br rang:]
DE LA CHINE, Lriv.lIl. Cuar. VI. 289
le Chi-fu, les: Capitales ont deux Mandarins inférieurs avec le titre de Chi-
hyen, parce que leur territoire qui cit ordinairement plus étendu que celui
des autres Villes, eft divifé en deux diftriéts, donc chacun reflorcic immédia-
tement à fon Chi-hyen (x).
CuHaque diftriét eft chargé d’un autre Mandarin nommé Tauw-ti, dont
l'office eft de veiller fur la conduire & les mœurs des Officiers de fa jurifdic-
tion, & de preffer les Gouverneurs des Villes pour le payement des droits
Impériaux. Il y en a deux autres qui ont, dans leurs quartiers refpeétifs,
lintendance des Rivières & des Côtes de Mer. L'un fe nomme Ho-tau &
l'autre Hay-tau. Tous ces, Mandarins appartiennent au ‘Tribunal des XKo-
taus , C'elt-à-dire , des Infpeéteurs & des Vificeurs (y). Navarette obfer-
ve, à l'occafion de ces deux fortes d'Officiers, que prés des Rivières naviga-
bles il y a des Mandarins chargés du foin des Barques, foit Impériales, foit
marchandes, & que dans les Capitales maritimes 1l y a un grand Mandarin
qui a l'infpettion de toute la Côte.
Les, Chinois Lettrés ne font pas foumis aux Magiftrats communs. Ils ont
leurs, propres Magiltrats; & dans chaque Ville ils en ont un principal, qui
fait fa réfidence dans le lieu où les Etudians (+) font éxaminés, avec deux
Officiers fubalternes (a).
To:us les Officiers qui ont part à l’adminiftration de l'Empire ont entr’eux
une dépendance mutuelle. Le, Mandarin le moins confidérable jouit d’une
pleine autorité dans l'étendue de fon diftriét. Mais il dépend de plufieurs au-
tres Mandarins, qui quoique plus puiffans, ne laiffent pas d'être foumis aux
Officiers généraux de la Province, comme ceux-ci le font aux Tribunaux de
Ja :Ville Impériale. : Les Préfidens des Cours fuprêmes, qui font redoutés des
autres Mandarins, tremblent eux-mêmes au nom de l'Empereur, qui eft la
fuprême fource de l'autorité.
ON obferve un ordre:conftant dans la diftribution des Emplois entre les
Mandarins. Tout particulier devient capable de pofléder les Offices publics,
lorfqu’il s’eft élevé à deux ou trois degrés de Littérature. Les noms des af-
pirans fontécrits fur les regîtres du premier Tribunal fuprême, qui fe nomme
Lipu, & qui diftribue les Offices vacans fuivant le rang & le mérite des Let-
trés. Lorfqu'ils ont acquis les qualités requifes, ils fe rendent à la Cour dans
cette vûe. Mais la plus grande partie de ceux qui s'élèvent au degré même
de-T/fing-tfe, ou de Doëéteurs, font bornés à devenir Gouverneurs des Villes
du fecond ou du troifième rang. Aufli-tôt qu'il waque un ou plufieurs de ces
Emplois, quatre, par éxemple, on en donne avis à l'Empereur, qui fait ap-
peller les quatre Lertrés qui fe trouvent les premiers für la lifte. On écrit fe
quatre billets (b) les noms des quatre Gouvernemens. On les met dans une
boëte, qu’on élève à la portée des Candidats. Ils tirent fucceflivement , fui-
vant l'ordre de leur degré, & chacun obtient la Ville qui lui tombe en
partage.
OuTRre les éxamens communs, on en fait fubir un autre, pour découvrir
à quelle forte de Gouvernement chaque Mandarin eit propre. Mais avec de
l'argent
(x) Du Halde, pag. 4. (a) Navarette, pag. 14,
(y) Magalhaens, pag. 243. (bb) Magalhaens dir fur de petites planches
(3) Les Univerfités ou les Académies, minces.
VIII, Part Oo
GOUVERNES
MENT
DE LA Cuinr.
LeTautt,
* Le Ho-ta
Le Hay-tau*
é ê
Magittrats
des Lettrés,
Manière
dont les Jims
plois fe diftrie
buetite
Corruptiou
qui régne
dans la diftris
bution des
Emplois,
GOUVERNE-
MENT
D LA CHINE.
Reffentiment
d'un Candidat
troinpé.
Tous les Of-
ficiers Chinois
pillent le Peu-
ple.
Touteft vé-
pal à la Chine.
Excmple.
290
VOYAGES DANS L'EMPIRE
l'argent & desamis il eft aifé defaire tomber les meilleurs poftés à ceux qu'on
veut favorifer (c). Magalhaens affüre que d'intelligence avec le Tribunal
les billets font tellement arrangés que chacun tire celui qu'il defire. Cepen-
dant, continue-t-il, cet artifice ne tourna point heureufement pour un Man.
darin, en 1669. Il avoit donné une fomme confidérable à l’un des premiers
Sécretaires de cette Cour, dans la vûe d'obtenir une Ville d’un grand Com.
merce, qui n'étoit pas éloignée.
Province de Quey-cheu, c’eft-à-dire,
Mais il eut le malheur d’en tirer une de Ja
de la plus éloignée & de la plus pauvre
de l'Empire. La douleur de fe voir trompé lui fit oublier le refpeét qu'il de.
voit à plus de trois cens Mandarins qui compofoient l’afflemblée,
Il fe leva
tout furieux ; car l’ufage oblige les Candidats de fe tenir à genoux; il fe mit
à crier de toute fa force qu’il étoit perdu , &jettant de rage fon bonnet & fa
robe, il comba fur le Sécretaire , il le
de pieds & de poings. . Il y joignoit les reproches les plus amers.
renverfa & le battit rudement à coups
» Lâche
impofteur, lui difoit-il, où eft l’argent que je t’ai donné? Où eft la Ville
» que tu m’avois promife ? Toute l'affemblée s'étant levée dans un grand
trouble, les deux Parties furent étroitement renfermées & n’eurent pas peu
de peine’ à fe garantir de la mort, qui eft le.chätiment établi pour cette pré-
varication (d).
Mais on s’embarrafle fi peu des punitions, que fi l'onen croit Magalhaens
Cet Hiftorien affûre que le Gouvernement d’une
tout eft vénal à la Chine.
Ville coûte de très-groffes fommes à ceux qui l’obtiennent.
vingt ou trente mille écus, fuivant l'importance du poîñte.
à proportion pour tous les autres Offices.
C'eft quelquefois
Il en éft de même
Avant qu'un Viceroi ou le Gou-
verneur d’une Province ait pû faire fceller fa Commiflion, il a fouvent dé.
bourfé jufqu’a foixante ou foixante-dix mille écus.
Cet argent pafle dans la
poche des (e)Ko-laus & des Officiers des Tribunaux fuprêmes, qui vendent fe.
crétement tous les Emplois. D'un autre côté, les Vicerois & les autres Chefs
des Provinces fe rembourfent de leurs
frais par les préfens qu'ils extorquent
des Gouverneurs de toutes les grandes Villes, qui fe dédommagent à leur tour
par les extorfions qu’ils éxercent fur les petites, & tous fe liguent enfemble
pour remplir leur bourfe aux dépens
du Public. Auffi dit-on communé.
ment à la Chine, que l'Empereur en créant de nouveaux Mandarins pour le
Gouvernement, lâche malgré lui autant de bourreaux , de meurtriers, de
chiens & de loups affamés, pour ruiner & dévorer le pauvre Peuple. En un
mot, il n’y a point de Viceroi, de Vifiteur de Province, ni d’autres Officiers
de cette efpèce, qui à la fin de fes trois’ans ne rapporte fix ou fept cens mille
& quelquefois un million d’écus (f).
CE honteux trafic s’éxerce aufli ouvertement que s’il étoit autorifé par les
Loix; & l’on peut dire que la Juftice & les Emplois fe vendent dans toutes les
parties de l'Empire, fur-tout à la Cour.
feul qui ait à cœur l'intérêt public.
Ainfi l'Empereur eft proprement le
Tous les autres n’ont en vûe que leur in-
térêt. L’Auteur en cite un éxemple dont il avoit été témoin. Le pére d’un
(c) Du Halde, pag. 252.
(d) Magalhaens, pag. 247.
(e) Pendant que le Père le Comte étoit à
Peking, trois Ko-laus furent cafés pour s'être
nouveau
{
laiffés corrompre par des préfens. Il en vitun
réduit à la qualité de fimple fentinelle. Poyez
ci-deffus.
(f) Mémoires du Père le Comte, pag. 135
nouveau €
mée de vd
pereur no
ration de
n'ayant p:
füivant l
fidérable.
lui déclaré
ce quator
on lui pro
fi, qui eft
le Manda
fe content
Les Lo
verneurs,
s'eft introd
plaintes d
refponfabls
perdre du
La Loi reg
n'y peut ê
ficiers fuba
qu’il le tro
homme né
même ont
à quelqu’au
pêcher qu’
roient le rc
me Provin
les favorife
S'IL obt
ti, ce doit
moins, pa
du bien pi
ne manque
gagé à fai
ruiner ceux
ment quelq
jamais un .
que autre ]
l'Empereur
ceroi dans
donner avi
merang da
que le frèr:
(£g
x qu'on
ibunal,
Cepen-
n Man-
remiers
d Com-
1e de la
pauvre
qu'il de.
fe leva
l fe mit
et & fa
à coups
, Lâche
la Ville
a grand
pas peu
tte pré-
palhaens
nt d’une
quefois
e même
le Gou-
vent dé-
dans la
dent fe.
es Chefs
orquent
eur tour
nfemble
muné-
pour le
rs , de
En un
Dfficiers
s mille
par les
tes les
ent le
leur in-
e d'un
ouveau
n vitun
+, Voyez
bag, 135e
DE LA CHINE, Liv. IL Cnar. VI. 291
nouveau converti ayant été tué dans une expédition militaire contre une ar-
mée de voleurs, tandis qu'ilétoit Gouverneur de la Province de Chen-f, l'Em-
pereur nomma fon fils Gouverneur d'une Ville du fecond rang. Après l’expi-
ration des trois années , il lui donna une Ville du premier rang. Cet Officier
n'ayant pas achevé moins heureufement fon fecond terme, fe rendit à la Cour
füivant l’ufage, dans l'efpérance d'obtenir un Gouvernement encore plus con.
fidérable. L'Empereur renvoya fa demande au Tribunal des Mandarins, qui
Jui déclarèrent aufli-tôt par leurs lettres que s’il vouloit dépofer en main tier-
ce quatorze Vans d'argent, c’eft-à-dire, la fomme d’environ cent mille écus,
on lui promettoit le Gouvernement de Ping-yang-fu, dans la Province de Chen-
fi, qui eft une Ville des plus riches & des plus peuplées de l'Empire. Mais
le Mandarin Chrétien ne voulant rien devoir à la corruption, leur fit dire qu’il
fe contenteroit du Pofte que lé fort lui feroit tomber en partage (g).
Les Loix n’ont pas laiflé d'établir des remèdes contre les extorfions des Gou-
verneurs, foit qu’elles viennent de leur avarice perfonnelle, ou de l’ufage qui
s’eft introduit de vendre les Places. 19. Comme il eft difficile d’étouffer les
plaintes du Peuple lorfqu’il eft dans l'oppreffion, la Loi rend les Gouverneurs
refponfables des moindres mouvemens pupulaires. Ils font prefque sûrs de
perdre du moins leurs Emplois, fi la Sédition n’eft pas pus fur le champ.
La Loi regarde un Gouverneur comme le Chef d’une grande famille. La paix
n’y peut être troublée que par fa faute. C'eft à lui d'empêcher que les Of-
ficiers fubalternes n'oppriment le Peuple, qui porte joyeufement le joug lorf-
qu’il le trouve leger. 20. La Loi défend qu’on faffe Mandarin du Peuple un
homme né dans la même Ville ou dans la même Province. Ordinairement
même on ne le laifle pas long-tems en poffeffion de fon Emploi. Il eft élevé
à quelqu'autre Pofte, dans la feule vûe de le faire changer de lieu, pour em-
pêcher qu’il ne contraéte dans le Pays des engagemens ou des liaifons qui pour-
roient le rendre partial. Comme la plûpart des autres Mandarins de la mé-
me Province lui font inconnus, il arrive rarement qu'il ait aucune raifon de
les favorifer.
S'IL obtient un emploi dans la Province qui teuche à celle dont il eft for:
ti, ce doit être dans une Ville qui en foit éloignée de cinquante lieuës au
moins, parce qu’un Mandarin, difent les Chinois, ne doit être occupé que
du bien public. Dans une Ville de fon propre Pays, fes voifins & fes amis
ne manqueroient pas de le troubler par leurs follicitations. 11 fe verroit en.
gagé à faire des injuftices en leur faveur, ou porté par fes reffentimens à
ruiner ceux dont quelqu'un de fa famille ou lui-même auroient reçu ancienne-
ment quelque injure. La délicatefle va fi loin fur cet article, qu'on ne place
jamais un Mandarin füubalterne dans un lieu où fon frère, fon oncle ou quel-
que autre parent tient un rang fupérieur. Si l'on fppole, par éxemple, que
l'Empereur veuille envoyer le frère d’un Mandarin fubalterne pour être Vi-
ceroi dans la même Province, le plus jeune des deux frères eft obligé de
donner avis de cette circonftance à la Cour, qui lui accorde un pofte du mé-
me rang dans une autre Province. On apporte pour raifon de ce réglement
que le frère aîné fe trouvant l’Officier fupérieur , pourroit favorifer le plus
jeune
(g) Ibid. pag. 245.
Oo 2
Gouverne-:
MENT
DE LA Cuuwe.
Remèdes
établis par tes
Loix.
qe 6 ge manie nat tas
es Qu pie (Gt
GOUVERNE:-
MENT
DE LA CHINE.
292: VOYAGES:DANS LEMPIRE
jeune en res lès yeux: fur fes fautes ; ou queicelui-ci comptant fur l'a.’
torité & la protection de fon frère, deviendroit peut-être plus partial & m nu
attentif à fon devoir. D un-autre côté, il feroit trop dur pour un: Officier
fupérieur d'être obligé d'accufer fon frère, & l'unique moyen de préténis ect
inconvénient efl de ne jamais permettre qu’ils poffédent des emplois dé Fu
dans l’un de l'autre. Hé ttt
| 3°. qe trois en trois ans, on fait une revûe générale de tous les Mand
rins de sr , dans laquelle on éxamine leurs bonnes & mauvaifes alt
“ an ouvernement. Chaque Mandarin fupérieur éxamine la conduite
e fes inférieurs , depuis le tems des dernières informations ê i
qu'ils ont pris pofleflion de 1 fi 4 in tt
« qui p ion de leur office. Il donne à chacun des notes, qui
Ste . À rs ou des louanges. Par éxemple , le premier Man
arin d’une Ville du troifième rang , qui a fous lui trois c |
l ÿ us lui trois i
ca leur qe des notes & les envoye au Mandarin Se te
cond rang, fur lequel il fait fond. Celui-ci qui ê :
d. -Ci qui a de même fous lui plu
Mandarins dans les Villes du troifième rang , éxamine ces notes, & 1 ï k Ne
ou les confirme. | DA ne
se : ce Li rs cave Ville du fecond ordre a reçu les notes de tous
ä s Villes du troifième rang, 1! y joi E
px g, li y Joint fes propres notes. En-
de il envoye le catalogue de tous les Mandarins de fon diftriét aux Man
Pr qui font leur réfidence dans la Capitale. Ce catalogue js
" . eurs mains dans celles du Viceroi, qui après l'avoir éxaminé en 0)
ticulier , pa avec les quatre Mandarins fes afliftans , l'envoye à la Cour
augmenté 7 fes propres notes. Ainfi le premier Tribunal parvient à Con.
ne éxaétement tous les Tribunaux de l'Empire, & fe trouve en état de
HART ou les En ee fuivant leur mérite. On récompenfe un Mm
élevant plus haut de quelques degrés i till
grés, ou en lui accorda cit.
pe pofte. On le punit par des voies oppoñées. Pr
ENDANT deux mois que dure cet éxamen, le Viceroi ne voit perf
ne reçoit aucune vifite, ni même aucune lettre de ceux qui font Re £ dé
« s fa dé.
pendance, afin de fe conferver la réputation de Juge intégre ir fi T
re que le mérite. 10 À Lu
en A à Lie fs forme de ces notes ; fous le nom dés Mandarins & fous le
i e leur Gouvernement, on écrit: ;, C’eft un homme fort avide d'a:
9 gt done dans fes punitions, qui traite durement le Peuple Ou
A ) op avancé en âge, il n’eft plus capable d'é &tion
Hé ne 8e plus capable d'éxercer les fonctions
ss emploi, il eit orgueilleux, capricieu 1
n EME x, d'une hume igale , À
eft téméraire , pañionné, il n joint d'empif He 24
% : é, il n’a point d'empire fur lui-mé
À di de onne, Il ui-même. Il eft pa-
, refleux, lent dans l'expédition des affai il n {
affaires, il n’eft po fez verfé d
les loix & les ufages, & i DE en
Sr nie É ge » Si les notes font favorables, elles contien-
4 us du Mandarin. ,, C’eft un homme intég i n'op-
5 Leo point le Peuple, & qui remplit fidellement fes dex re © ft Lx
1omme d’expéri ' te 107
5, ae d Rtts qui eft ferme fans rudefle , qui s’attire l’affeétion du
» | ple, FA éde l'art de gouverner, &c.
Re PE AE cg 2 des notes arrive à Peking, le Tribunal fuprême ,
ER pl reffé , s'attache à l’éxaminer. Il y marque les récompenfes
Fa fe se que chaque Mandarin lui paroît mériter; après quoi il fe
âte de Îc renvovye 7j j tit à ah Ait à
nvoyer au Viceroi, qui dépouille de leurs emplois ceux dont
le
Je certifics
ou qui éle
fait pale
cond. 1
changeme
y LES
à 16 font «
informé d
et élevé
rieur.
danger de
4. DE
des Ko-tau
Ville en
ou qui, P
ment de
voies, de
les marqu
autorité ef
Mais fi la
décide du
IL ya
te efpece
de Quang
contre l'a
prit parti
déclarère
fondir de
vinces de
avec la q
qu'on leu
fèrent mê
nât de s’è
vec les NM
tirer des
més, jui
commenc
à des cri
“durée des
dans un |
toit traite
dant tou
(b) Le
Mandarins
avec beat
aveu par €
que s'ils e
or l’aue
moins
n'Officier
événir cet
is dépen.
es Manda.
ifes quali.
a conduite
me depuis
otes, qui
ier Man.
btits Man.
ille du fe.
-plufieurs
es change
es de tous
tes. En.
aux Man.
logue pas.
é en par.
la Cour,
nt à COn-
n état de
un Ma.
t un meil.
perfonne,
ins fa dé.
2 confidi-
& fous je
vide d'ar-
ple. Ou
fonctions
égale , 1
[1 eft pa-
erfé dans
contien-
qui n'op-
C'eft un
tion du
rprême,
mpenfes
uoi il fe
ax dont
4
1e
Ve
DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. VI 293
le certificat contient le moindre reproche. fur l'article du Gouvernement,
ou qui éleve à d’autres poites ceux qu'il trouve honorés d’un éloge. Il les
fait paler , par éxemple, d'une Ville du troifième rang à une Ville du fe-
cond. D'autres ne font qu’élevés ou rabbaiffés de quelques degrés, & ce
changement eft marqué à la tête, de leurs ordres, dans la forme fuivante :
Les Mandarins de cette Ville, élevés de trois degrés (ou rabbaïflés, s'ils
, le font en effet) donnent avis, ordonnent, &c. (h). Ainfi le public et
informé des punitions ou des récompenfes qu’un Mandarin a méritées. S'il
ait élevé de trois degrés, il a l’efpérance d'obtenir un Gouvernement fupé-
rieur. Au contraire, s’il eft rabbaiflé de dix degrés (i), il eft expofé au
danger de perdre fon emploi. |
4. DE tems en tems l'Empereur envoye fecrétement dans les Provinces
des Ko-taus, c’eit-à-dire, des Infpeéteurs ou des Vifiteurs , qui pañlant de
Ville en Ville fe gliflent dans les Tribunaux pendant l'audience du Mandarin;
ou qui, par les informations qu'ils tirent du Peuple , s’éclairciffent adrcite-
ment de l’adminiftration. Si le Vifiteur découvre , par quelqu'une de ces
voies, de l’irrégularité dans la conduite des Officiers, il fait voir aufli-tôt
les marques de fa dignité & fe déclare l'Envoyé de l'Empereur. Comme fon
autorité eft abfolue, il pourfuit aufñfi-tôt le coupable & le punit avec rigueur.
Mais fi la faute n’eft pas grave, il envoye fes informations à la Cour, qui
décide du parti qu’il doit prendre.
IL y a peu d'années que l'Empereur ayant nommé des Commiffaires de cet-
te efpece, pour éxaminer certaines accufations que le Viceroi de la Province
de Quang-tong & le Controlleur général du fel avoient envoyées à Peking l’un
contre l’autre, le Peuple de la Province , qui fouffroit de la rareté du fel,
prit parti pour le Viceroi, tandis que la plûpart des Mandarins généraux fe
déclarèrent pour fon ennemi. L'Empereur, qui fouhaitoit ardemment d’appro-
fondir de quel côté étoit la juftice, fit partir pour Canton le Tfong-tu des Pro-
vinces de Che-kyang & de l'o-kyen, &ie Tfong-tu de Kyang-nan & de Kyang-fi,
avec la qualité de fes Commiffaires. En arrivant ils fe rendirent au Palais
qu'on leur avoit préparé, fans faire & fans recevoir aucune vifite. Ils refu-
férent même les honneurs ordinaires; & dans.la crainte qu’on ne les foupçon-
nât de s'être laïflés gagner par des préfens , ils n'eurent de communication a-
vec les Mandarins de la Ville que pour les citer l’un après Pautre & pour en
tirer des informations. En un mot, ils ne cefférent pas de fe tenir renfer-
més, jufqu'a ce qu'ayant cité le Viceroi & le Controlleur général ils eurent
commencé le procès par divers interrogatoires qu'ils leurs firent fubir comme
à des criminels du commun (#). Le Viceroi fur obligé, pendant toute la
“durée des procedures, de quitter fon Palais [ tous les matins, pour fe rendre
dans un lieu près de l’Audience , & d’y demeurer jufqu’a la nuit. En cela il é-
toit traité avec plus de diftinétion que le Controlleur général , qui dût pen-
dant tout ce tems-là s’abfenter de fon tribunal, ] & fe tenir conftamment
a
dans le Mémoire de l'Infpséteur, ils rifquent
(b) Le Comte dit que de teins entems les
de perdre leurs Emplois. e.
Mandarins font obligés d'envoyer à la Cour,
avec beaucoup de fincérité & d'huinilité, un ( i \ fl n'y a que neuf des es de Quans.
aveu par écrit de leurs fautes publiques, & (k) Le Comte, pag. 266, Du Halde, pag,
que s'ils en celént quelqu'une qui fe trouve 257. & fuiv.
00 3
GOUVERNE-
MENT
DZ LA CHINE,
Exemple de
févérité dans
la Juftice Chi-
noife,
294 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Gouverne- à]a porte de la Salle des audiences. Toutes lesboutignes de la Ville furent fer.
vx L'Carne, mées & le Peuple ne manqua point de faire préfenter aux Commiflaires fes ac.
* cufations contre le Controlleur général, qui furent reçûes, comme celles des
Mandarins contre le Viceroi. Lorfque les informations furent achevées, les
Commiffaires fe hâtérent de les envoyer à Peking par un Courier, après quoi
ils reçurent les vifites de tous les Mandarins , à l'exception du Controlleur
général. à ; i
Voyagesde 52 Quoique les Infpeéteurs des Provinces foient toûjours choifis entre
l'Empereur les principaux Officiers & qu’on fafle tomber le choix fur des perfonnages d'u.
fRUNASRS ne intégrité reconnue, cependant comme ils peuvent abufer quelquefois de
de la Juftice, leur pouvoir & fe laiffer gagner par des préfens pour épargner les coupables,
l'Empereur prend le tems auquel ils y penfent le moins pour voyager dans di.
verfes Provinces & s'informer par lui-même des plaintes du Peuple contre les
Gouverneurs. Ces voyages, pendant lefquels il affecte de fe rendre populaire,
jettent la terreur parmi les Mandarins des Provinces. L'Empereur Kang-hi vi.
fitant ainfi les Provinces Méridionales, en 1689, pañla par les Villes de S4-
cheu-fu, de Tang-cheu-fu & de Nan-king. Il étoit à cheval, fuivi de fes Gar-
des & d’un cortége d'environ trois mille Seigneurs. Ce fut dans cet état qu'il
fit fon entrée dans la dernière de ces trois Villes. Les principaux citoyens
allèrent au-devant de lui avec des Etendarts & des Enfeignes de foie, avec
des parafols, des dais & une infinité d’autres ornemens, tandis que les autres,
bordant les rues dans un profond filence, lui donnèrent les plus grands témoi.
gnages de refpeét. On avoit élevé , de vingt en vingt pas, des arcs de triom.
phe, couverts des plusriches étoffes & ornés de feftons, de rubans & de touf.
fes de foie, fous lefquels le Monarque pañla dans fa marche.
ETanT arrivé le foir à Tang-cheu-fu,1l pañla la nuit dans fa Barque, & le jour
fuivant il fit fon entrée à cheval danscette Ville. Commetoutesles rues étoient
couvertes de tapis, il demanda aux Habitans fi c'étoit par l’ordre des Manda.
rins. Ils lui répondirent qu’ils s’étoient portés volontairement à ne rien épar-
gner pour recevoir leur Maître. Cette réponfe parut lui caufer beaucoup de
joie. Les rues étoient fi remplies d'hommes & d’enfans, qui marchoient en
foule au travers du cortége Impérial, que Sa Majefté s’arrétoit à chaque mo.
ment pour exprimer le plaifir qu’elle en reffentoit. À Su-cheu-fu, les Habitans
ayant couvert aufi les rues de tapis magnifiques , ce Prince fit arrêter à l’entréede
la Ville la Cavalerie dont il étoit accompagné, pour épargner de fi belles étoffes
de foie qui appartenoïent au Peuple. 11 daigna marcher à pied jufqu’au Palais qui
.. … lJuiavoit été préparé, & la Ville fut honorée de fa préfence pendant deux jours.
a nel ot Le Comte rapporte une action du même Empereur, dans une de ces vili-
reur Kanghi. 65» qui le rendit formidable aux Mandarins & qui augmenta pour lui l'affec-
tion du Peuple. Ce grand Prince s’étoit éloigné à quelque diftance de fon cor-
tége, apperçut un Vieillard qui pleuroit amèrement. Il lui demanda la caufe
de fes larmes: ,, Je n’avois qu'un fils, lui répondit le Vieillard , dans lequel
» J'avois placé toute ma joie & le foin de ma famille. Un Mandarin Tartare
» mel'aenlevé. Je fuis privé déformais de toute afiftance humaine; car,
» pauvre & vieux comme je fuis, quel moyen d’obliger le Gouverneur à me
rendre juflfte? ,, 11 y a moins de difficulté que vous ne penfez, repliqua
l'Empereur; ,, montez derrière moi & me fervez de guide jufqu’à la maïfon
du Raviffeur. Le Vieillard obéït fans cérémonie. En deux heures ils arrive-
»» TENt
, rent au F
dinaire. La
quelque-tem
voir de quoi
tres entréren
condamné fu
na vers le |
, donne VE
» plus de mc
» Te qui pui
ENFIN,
contenir dans
ui fe répand
f rapportent
ont ÉTÉ privé
ce. L'un eft
lité en levant
gent dans fes
que des qualit
que poite plus
pour quelque
trouve place
CET Ouvr
duit une fente
vacantes ; les
qu'elles ont r
penfes qui fe
pour les ouvra
les Tribunaux
décifions. OI
courager l'Ag:
Cour & de tc
ks inftruire de
veaux Ufages
primandes qu’
y réputation ;
principal but d
de gouverner
offre coûjours
fervations fur
I ne s’imprim
qui ne vienne (
hardieffe d'y aj
fous peine de
un Officier de
(1) Le
rent fer.
2s fes ac.
elles des
7ées a les
rés quoi
ntrolleur
fis entre
ages d'u.
aefois de
upables,
dans di.
ontre les
)pulaire,
ng-hi vi.
s de Sa.
fes Gar-
état qu’il
citoyens
le, avec
s autres,
ls témoi-
le triom.
de touf.
& le jour
s étoient
Manda.
en épar-
icoup de
Dient en
que mo-
abitans
intrée de
s étoifes
alais qui
jours.
es vili-
l'affec-
on COr-
a caufe
lequel
l'artare
s CU,
à me
pliqua
maifon
arrive-
»» TN
L
DE LA CHINE, Liv. II Cnar. VI. 295
, rent au Palais du Mandarin, qui ne s’attendoit point à une vifite fi extraor.
dinaire. Les Gardes-du-corps & quantité de Seigneurs, après avoir cherché
quelque-tems leur Maître, fe rendirent enfin au même lieu ; &, fans fça-
voir de quoi il étoit queftion, les uns environnèrent le Palais, tandis que d'au-
res entrérent avec l'Empereur. Le Mandarin, convaincu de violence, fut
condamné fur le champ à perdre la tête. Aprés l'éxécution, Kang-hi fe tour-
na vers le Vieillard. ,, Pour réparation, lui dit-il, d’un air férieux; je vous
, donne l'Emploi du coupable qu’on vient de punir. Conduifez-vous avec
» plus de modération que lui, & que fon éxemple vous apprenne à ne rien fai-
, re qui puifle vous mettre à votre tour dans le cas de fervir d’éxemple (7).
Erin, rien n’eft plus inftruétif pour les Mandarins & plus propre à les
contenir dans l’ordre, que la Gazette qui s’imprime chaque jour à Peking &
ui fe répand dans toutes les Provinces. Les articles dont elle eft compoñfée ne
f rapportent qu'au Gouvernement. On y trouve les noms des Mandarins qui
ont été privés de leurs Emplois, & les raifons qui leur ont attiré cette difgra-
ce. L'un cft dépouillé pour s’être rendu coupable de négligence ou d'infidé-
lité en levant les tributs; un autre, pour avoir été trop févère où trop indul-
gent dans fes punitions; l’un, pour fesoppreflions ; l’autre, parce qu'il man-
que des qualités néceffaires à fon Emploi. Qu'un Mandarin foit avancé à quel-
que poite plus confidérable , ou ravallé au deffous du fien; qu’il foit privé,
pour quelque faute, dela penfion annuelle qu'il recevoit de l'Empereur , il
trouve place auffi-côt dans la Gazette.
CET Ouvrage périodique contient toutes les affaires criminelles qui ont pro-
duit une fentence de mort; les noms des Officiers qui ont fuccédé aux places
vacantes ; les malheurs qui font arrivés dans les Provinces, & les fecours
qu'elles ont reçu des Mandarins par l’ordre de l'Empereur ; l'extrait des dé-
penfes qui fe font pour l'entretien des troupes, pour les néceffités du Peuple,
pour les ouvrages publics & pour les graces du Prince; les remontrances que
les Tribunaux fuprêmes ont faites à l'Empereur fur fa conduite ou fur fes
décifions. On y voit aufi le jour où l'Empereur laboure la terre pour en-
courager l'Agriculture; le tems qu’il a fixé pour l’affemblée des Grands de fa
Cour & de tous les Mandarins qui préfident aux ‘Tribunaux, lorfqu'il veut
ks inftruire de leurs obligations. On y trouve les Loix nouvelles & les nou-
veaux Ufages; les éloges que l'Empereur accorde aux Mandarins ; les ré-
primandes qu’il leur fait: Par éxempie; ,, Un tel Quan n’eft pas en bonne
, réputation; il fera puni s’il ne penfe point à fe corriger. En un mot, le
principal but de la Gazette de Peking eft d’inftruire les Mandarins dans l’art
de gouverner le Peuple. Aufñi la lifent-ils foigneufement ; & comme elle
ofre coûjours l'état des affaires publiques, la plûpart font par écrit des ob-
fervations fur chaque article , pour les faire fervir de régle à leur conduite.
I ne s'imprime rien dans la Gazette qui n'ait été préfenté à l'Empereur ou
qui ne vienne de lui. Ceux qui font chargés de la publier n’auroient pas la
hardieffe d'y ajoûter un fimple titre, ni la moindre réfléxion qui vienne d’eux,
fous peine de punition corporelle. En 1726, un Ecrivain de ce Tribunal &
un Officier de la Pofte furent punis de mort, pour y avoir inféré gaie
auffetés.
(1) Le Comte, pag. 267 Du Halde, pag. 159,
Gouv£rnr-
MENT
DE LA CuiNe.
Gazette Im
périale,
Ce qu'elle
contient,
GOUVLRNE-
MENT .
DE LA CHINE.
Moyen le
plus sûr pour
fervir de frein
à l'oppreflion.
La Loi prive
les Mandarins
des plaifirs
cominuns.
À quoi leur
Emploi les af-
fujettit.
Us font obli-
ges d'inftruire
le Peuple,
(et A
KE
296 VOYAGES DANS L'EMPIRE
fauffetés. L'unique motif que le Tribunal criminel fit valoir pout juftifie
cette rigueur , fut que les coupables avoient manqué de refpeét pour Sa M.
jefté Impériale ; crime capital fuivant les Loix. ‘
Mars de tant de moyens que les Chinois ont inventés pour prévenir ]
corruption des Gouverneurs & leurs oppreffions, il n'y en a point dont “
puifle attendre plus vraifemblablement cet effet que celui dont on doit l'in.
vention à l'Empereur Tong-ching. Il augmenta leurs appointemens du dou.
ble; & déclarant qu'il renonçoit lui-même à recevoir aucun préfent, il lewr
défendit de préndre jamais rien au-delà de ce qui leur eft dû, fous les peines
portées par fa Loi, qui ordonne qu'un Mandarin convaincu d'avoir éxigé ou
reçu injuftement quatre-vingt onces d'argent, fera puni de mort. Il accorda
auffi de groifes fommes aux [nfpeéteurs & aux Vifiteurs pour les frais de leurs
voyages, en puniffant avec la dernière févérité, & le corrupteur & cehi
qui fe laifle corrompre.
UNE autre rigueur de la Loi, c’eft de priver les Mandarins de la plûpart
des plaifirs communs de la vie. 11 ne leur eft pas permis de traiter fouvenr
leurs amis, ni de leur donner la Comédie. Ils s'expoferoient à la perte de leur
fortune s’ils prenoient la liberté de jouer, de fe promener hors de leurs mur
de faire des vifites particulières & de fréquenter les affemblées publiques. En
un mot, ils n'ont pas d'autre amufement que celui qu’ils peuvent prendre dan:
les appartemens les plus intérieurs de leurs Palais Us Comme ils ne fon
établis que pour foûtenir & protéger le Peuple, ïls doivent être toûjours préx
à recevoir les plaintes. Cette obligation ne regarde pas feulement les jours ré.
glés pour l'audience ; elle eft la même à toutes les heures du jour. S'il ef
queftion d’une affaire preflante , les Parties fe rendent au Palais du Mandarin
& frappent à grands coups fur une efpèce de tymbale, qui eft quelquefois
dans la Salle de Juftice ,mais plus fouvent hors de la porte, afin que le Peuple
en puifle approcher plus facilement jour & nuit. 1} n’ÿ a point d'occupation
qui doive empêcher le Mandarin de répondre à ce fignal. Il accorde l'a
dience qu’on lui demande. Mais fi celui qui fe plaint n’a pas fouffert quel.
que tort confidérable, qui le mette en droit d'implorer le fecours de Ja Jutti-
ce, ileft sûr de recevoir la baftonade pour cette importune vifite.
Ox regarde cmme une des principales fonétions du Mandarin d'inftruire
fon Peuple. Ce devoir eft fondé für l’hoineur qu'il a de repréfenter l’Empe-
reur, qui, fuivant les Chinois, n’eft pas feulement Monarque pour gouver-
ner & Prêtre pour les facrifices, mais encore Maître pour enfeigner. De-là
vient que par intervalles Sa Majefté convoque tous les Grands de fa Cour &
les Chefs des Tribunaux, dans la feule vûe de leur donner des inftructions ,
dont le texte eft tiré des Livres Canoniques. A fon éxemple, chaque Gou-
verneur doit affembler fon Peuple le premier & le quinzième jour dumois, &
lui adreffer un long difcours dans lequel il fait le perfonnage d’un pére qui in-
ftruit fa famille. Cette méthode eft établie par une Loi de l'Empire, & l'Em-
pereur a réglé lui-même les fujets qui doivent être traités dans les Sermons.
Ils font compris dans feize Ordonnances Impériales :
_ La première, porte qu’on recommandera foigneufement les devoirs de la
pieté
(m) Du Halde, ubi fup. pag. 3, 257 & 260,
piété filia
dre aux J(
Nature.
La fed
un fouven
gner con
3. D'E
relles & lé
4. D'E
tivent leu
parce qu'a
vêtir.
53. DE
modeftie ;
6. D’'E
que les je
7. DE
ble pour e
8. D’
ferver dan
9. D'r
rité, dans
10. D'I
de la bien
la fociété.
ir. D’:
fes enfans
de fuivre 1
12. DE
n'auront ri
13. DE
mener une
dans leur «
14. DE
fe garantir
15. D'A
parce que
16. DE
tre à couv.
TELLE
de leurs Se
me article,
ce de la m
tant plus eff
qu'il y a pl
(n)
FIIL. P
ouf juftifier
our Sa Ma.
prévenir Ja
nt dont on
on doit l'in.
ns du dou.
ent, il leur
s les peines
ir ÉXIgé où
Il accord:
ais de leurs
ur & celui
> Ja plûpart
cer fouvenr
erte de lewr
> leurs murs
bliques. En
rendre dans
ils ne font
\jours préts
les jours ré.
r. S'il ef
à Mandarn
quelquefois
le le Peuple
occupation
corde l'an.
iffert quel.
de la Jufti.
d'inftruire
cer l’Empe-
ar gouver-
1er. De-là
fa Cour &
ftruétions ,
aque Gou-
lu mois, &
ére qui in-
, & l'Em-
_ Sermons.
voirs de la
piété
DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. VI 297
iété filiale & la défèrence que les cadets doivent à leurs aînés, pour appren-
dre aux jeunes gens combien ils doivent refpeéter les loix eflentielles de la
Nature.
La feconde, qu'on recommandera de conferver toûjours dans les familles
un fouvenir refpeëtueux de leurs Ancêtres, comme un moyen pour y faire ré-
gner conftamment la paix & la concorde.
3. D'ENTRETENIR l'union dans tous les Villages, pour y éviter les que-
relles & les procès.
4. D'EsTIMER beaucoup la profeffion des Laboureurs & de ceux qui cul-
tivent leurs Meuriers, dont les feuilles fervent à la nourriture des vers à foie,
parce qu'alors on ne manquera ni de grains pour vivre, ni d'habits pour fe
vêtir.
5. DE s’accoutumer à l’æœconomie, à la frugalité, à la tempérance & à la
modeftie; moyens néceflaires pour éviter quantité de folles dépenfes.
6. D'ENCOURAGER par toutes fortes de voies les Ecoles publiques, afin
que les jeunes gens y puifent de bons principes de morale.
7. DE s'appliquer chacun à fes propres affaires, comme un moyen infailli-
ble pour entretenir la paix de l’efprit & du cœur.
8. D'érourren les Sectes & les Erreurs dans leur naiffance, pour con-
ferver dans toute fa pureté la vraie & la folide doétrine.
9. D'INcuLQuER au Peuple les Loix pénales qui font établies par l’Auto-
rité, dans la crainte qu'il ne devienne indocile & revêche pour le devoir.
10, D'INSTRUIRE parfaitement tout Je monde des régles de la civilité &
de la bienféance, dans la vûe d’entretenir les bons ufages & la douceur de
la fociété.
11. D'APPORTER toutes fortes de foins à donner une bonne éducation à
fes enfans & à fes jeunes frères; ce qui les empêchera de fe livrer au vice &
de fuivre le torrent des pañions.
12. DE s’abftenir de la médifance , parce qu’alors l'innocence & la vertu
n'auront rien à redouter.
13. DE ne pas donner d’afile aux coupables que leurs crimes réduifent à
mener une vie errante & vagabonde, afin de nc pas fe trouver enveloppés
dans leur châtiment.
14. DE payer éxaétement les contributions établies par le Prince, pour
fe garantir des recherches & des véxations du Colleéteur des taxes.
15. D'AGIR de concert avec les Chefs de quartier dans chaque Ville,
parce que c’eft le moyen de prévenir le vol & la fuite des voleurs.
16. DE réprimer les mouvemens dela colère, commeun moyen de fe met-
tre à couvert d’une infinité de dangers (n).
TeLLes font les Ordonnances d'où les Mandarins doivent virer le fujet
de leurs Sermons. Du Halde nous a donné un de ces Difcours , fur le troilié-
me article, L’énergie, la précifion, la force du raifonnement & l’excellen-
ce de la morale y brillent également. On regarde comme une obligation d'au-
tant plus effentielle au Mandarin de haranguer le Peuple une fois en quinze jours,
qu'il y a plufieurs crimes dont il eft refponfable lorfqu'ils fe commettent dans
{on
(#) Chine du Père Du Halde, pag. 254. & fuivantes,
PIIL. Part. Pp
GouvEANE-
MNT
DE LA CHIN?.
Ordonnan-
ces pour les
fermons que
les Mandarins
font au Peu-
ple.
GoOUvERNr-
MENT
DE LA CHIN£.
Crimes dont
les Mandarins
font refponfa-
bles.
Par qui la
Juitice eft ad-
miniftrée.
Mandarins
qui lèvent les
taxes.
Commentils
juftifient leur
rigueur,
Police ad.
mirable des
Villes.
398 VOYAGES DANS L'EMPIRE
fon territoire. S'il arrive un vol ou un meurtre dans fa Ville, il doit décou.
vrir le voleur ou le meurtrier, fous peine de perdre fon Emploi. S'il fe com.
met quelque crime révoltant, tel qu'un parricide, la Cour n'en eft pas plû.
tôt informée qu’elle commence par ne tous les Mandarins de leurs Of.
fices. On juge toûjours que c’eft leur faute, & qu'un défaftre de cette nature
ne feroit pas arrivé s'ils avoient pris foin de répandre les principes d’unebon.
ne morale. C’eft par la même raifon qu’on punit un père de mort, lorfque fon
fils s'eft rendu coupable de quelque crime monftrueux Co).
L'ADMINISTRATION à la juftice appartient au Gouverneur de chaque
Ville. C’eft lui qui reçoit le tribut que chaque famille doit paye: à l’'Empe.
reur, & qui vifite perfonnellement les corps de ceux qui ont été tués par
quelqu’accident ou que le défefpoir a fait renoncer volontairement à la vie,
Chaque mois il eft obligé de donner deux audiences à tous les Chefs de quar.
tier de fon diftriét, pour être éxaétement informé de tout ce qui fe paille.
C’eft aufli fon office de donner des pafleports aux Barques & aux autres Bâti.
mens; d'entendre les plaintes, & de recevoir les accufations , qui doivent
être prefque continuelles dans un Etat fi peuplé. Tous les procès viennent
à fon Tribunal. Il a droit de faire donner une rigoureufe baftonade à la Par.
tie quiatort. Enfin, fon pouvoir s'étend jufqu’à la fentence de mort; mais
elle ne peut être éxécutée, non plus que celle d'aucun Mandarin fupérieur,
fans avoir été ratifiée par le Souverain. La décifion des petites caufes ef
abandonnée aux trois Mandarins inférieurs (p).
L'occuPpATION principale des, Mandarins inférieurs, foit Chi-cheus, ou
Chi-hyens | où Whey-cheu-peys (a), confifte à lever les taxes. Cette fonétion
éxige leur préfence perfonnelle. Quoique les terres foient mefurées dans cha.
que Province & que la taxe de chaque arpent (r) foit réglée fuivant la bonté
u terroir, la pauvreté ou l’avarice ne laifle pas de rendre le Peuple affez lent
à payer. Il attend que les Officiers inférieurs viennent l'en preffer, & fou.
vent les coups font néceflaires pour l’y contraindre. Lorfqu'on reproche, à
ces Colleéteurs des taxes, de traiter les Payfans avec trop de rigueur, ils al.
leguent pour excufe que s'ils ne rapportoient pas les fommes dont ils font
comptables, leurs fupérieurs les foupçonneroient d'avoir négligé leur devoir
ou de s’être laiflés corrompre; foupçon qui füuffiroit, fans autre éxamen,
pour les expofer à la baftonade. D'un aurre côté, les Mandarins prétendent
juftifier la dureté avec laquelle ils traitent leurs inférieurs, en alléguant que
s’ils ne font pas eux-mêmes en état de payer au tems marqué, ils fe voient
obligés de faire des avances de leur propre bourfe, dans la crainte de perdre
leurs Emplois. Eneffec, plufieurs Provinces doivent au Tréfor Royal des arréra-
ges confidérables, qui vraifemblablement ne feront jamais acquittés. Mais
pour remédier à cet inconvénient, Yong-ching, dernier Empereur (s), or-
donna qu’à l’avenir les taxes fuffent payées, non par les tenanciers, mais par
les (t ) propriétaires.
RIEN ne contribue tant à la tranquillité qui régne à la Chine, que les bons
réglemens
(r) C’eft une mefure de terre qui contient
cent pas quarrés, chaeun de dix-huit pieds.
(s) Mort en 1736.
(+) Du Halde, wbi Jup. pag. 4
(eo) Du Halde, pag. 257.
(p) Le même, pag. 253. |
q) Ces derniers font des Officiers mili-
faires.
réglemens q
autres prenn
tours, dés fi
rues, & de
ues autres
eu l’ox cafo:
l'œil ouvert
ce qui arrivé
d'avertir auf
famille répo
fins font obli
qui furvienn
pour la maïfc
IL ya to
pañfans… U
moindre fig
ne avis au N
pas fouffrir q
pris hérédita
de peuples in
naître, àla fi
AUSSI-TÔT
l'extrémité dé
certaines dift
Quelques Vil
les remparts.
pour le trav
perfonne dan:
un vagabond
des ténébres.
que le plus in
LorsQU'I
en vient aux
Si les combat
fer, ils l’abar
terminent pre
coute les rail
recevoir la be
La Chine
Monde ; mai:
pas qu'elles a:
pent des maif
femble , ordi
(v) Voyez ci
(x) Le Cont
que les Miffion:
décou-
e com-
is plû-
1rs Of.
nature
16 bon-
que fon
chaque
Empe-
1és par
la vie,
e quar-
> palke,
>s Bâti.
doivent
iennent
Ja Par.
t; mais
érieur,
ufes ef
eus, OÙ
fonétion
ans Cha.
la bonté
flez lent
& fou-
oche, à
» ilsal.
ils font
devoir
xamen,
tendent
ant que
> voient
perdre
arréra-
Mais
contient
piedse
DE LA CHINE, Liv.ll. Cnar. VI.
299
réglemens qui s’obfervent dans les Villes, fur-tout à Peking, dont toutes les Gouvenws.
autres prennent l’éxemple (v). Comme on a déja parlé de leur forme, des
MENT
cours, des portes, de la divifion des quartiers, de l'ordre établi dans les PE LA Cuir,
rues, & des Gardes qui veillent à la füreté publique, on fe bornera ici à quel-
ques autres articles qui ont rapport à la police, & dont on n’a point encore
eu loc cafon de traiter. Dans les Villes, chaque quartier a fon Chef, qui a
l'œil ouvert fur un certain nombre de maifons, & qui eft refponfable de tout
ce qui arrive dans fon diftriét. S'il s'élevoit quelque tumulte dont il négligeât
d'avertir auffi-tôt les Mandarins , il feroit puni févèrement,
Les Maîtres de
famille répondent de même pour leurs enfans & leurs domeftiques. Les voi-
fins font obligés entr'eux de fe fecourir mutuellement dans les accidens ficheux
qui furviennent; tels, par éxemple, qu’un vol noéturne, Une maifon répond
pour la maïfon voiline.
IL y a toûjours, aux portes de chaque Ville, une Garde qui éxamine les Combien les
paffans… Un étranger eft reconnu à la phyfionomie, à l'air, à l'accent, au
moindre figne qui le rend fufpeét. Il eft arrêté, & fur le champ on en don-
ne avis au Mandarin (x). C’eft une maxime fondamentale des Chinois de ne
pas fouffrir que les étrangers s’établiffent dans leur Empire.
Outre leur mé-
pris héréditaire pour les autres Nations, ils ont pour principe qu’un mélange
de peuples introduifant de la variété dans les manières -& les ufages, feroit
naître, à la fin, des querelles perfonnelles, des partis & des révoltes.
Aussr-TÔT que la nuit tombe, les portesdela Ville &les barrières qui font à
l'extrémité de chaque rue fe ferment foigneufement. On place desfentinelles à nuit.
certaines diftances, pour arrêter ceux qui font trop tard hors de leurs maifons.
Quelques Villes ont un guet à cheval, qui fait une patrouille continuelle fur
les remparts. La nuit, difent les Chinois, eft faite pour le repos | & le jour
pour le travail. Cette loi s’obferve fi fidellement qu’on ne rencontre jamais
perfonne dans les rues; ou s il arrive à quelqu'un d'y être pris, il pañle pour
un vagabond ou pour un voleur qui cherche l’occafion de nuire à la faveur
des ténébres. Il eft toûjours dangereux de fortir à certaines heures, parce
que le plus innocent n'échappe pas fans peine à la févérité des Magiftrats.
Lorsqu’'iz s'élève une querelle dans la populice, & que des injures on
en vient aux coups, on évite avec un foin extrême de répandre du fang.
Si les combattans fe trouvent armés d'un bâton ou de quelque inftrument de:
Ces différends fe
fer, ils l’abandonnent pour fe battre à coups de poings.
terminent prefque toûjours par des plaintes qu'on porte au Magiftrat. Il é-
coute les raifons des deux Parties, & condamne ordinairement le coupable à
recevoir la baftonnade en fa préfence.
Etrangers
font obfervés.
Police de 14
La Chine a fes femmes publiques, comme la plûpart des autres Pays du I'emmes pu
Monde ; mais dans la crainte qu’elles ne caufent du défordre, on ne permet bliques.
pas qu’elles ayent leur demeure dans l'intérieur des Villes, ni qu'elles occu-
pent des maifons particulières. Elles s’aflocient, pour fe loger plufieurs en-
femble , ordinairement fous le gouvernement d’un homme qui répond de tout
(v) Voyez ci-defus.
que les Miffionaires qui n'étoient point ap-
Pp 2
1 , prouvés de l'Empereur avoient beaucoup de
(x) Le Conte obferve, à cette occafion, peine à faire de longs voyages.
le
GotvVERNE-
MENT
DE LA CHINE.
Facilité du
Gouvernc-
nicnt,
Pompe &
gravité des
Mandarins,
Oräre de
leurs voyages.
Korg-quans,
ou Hételle-
rics Koyales.
€Couriers de
l'Empereur.
300 VOYAGES DANS L'EMPIRE
le mal qu’elles peuvent caufer. Après tout, remarque l’Auteur, (y) ces fem.
mes ne font que tolérées parmi les Chinois & paflent pour infimes. Il fe
trouve même des Gouverneurs qui ne les fouffrent point dans l'étendue de
leur jurifdiétion.
Iz eft furprenant qu’une Nation fi nombreufe, fi naturellement ennemie
du repos, fi remplie d'amour pour elle-même, & fi pallionnée pour les ri.
chefles, puifle être contenue dans les bornes du devoir par le petit nombre
de Mandarins qui font à la tête de chaque Province. On auroit peine à fe
perfuader avec quelle facilité un fimple Mandarin, qui ne fera point , fi l'on
veut, au-deffus de la qualité de Chi-fu, gouverne une populace innombrable,
Qu'il publie fes ordres fur une petite feuille de papier fcellée de fon fceau,
& affichée au coin des rues, il eft obéi avec la plus prompte foumiflion ;
tant il eft vrai, fuivant la remarque de l’Auteur, que l’ombre feule de l'Auto.
rité Impériale, dérivée du fyftème de la paternité , agit fur cette Nation avec
une f.rce fans bornes.
Lorsqu'un Chi-fu rend la juftice fur fon Tribunal , on ne lui parle jamais
qu'à genoux. Il ne paroît point en public fans un nombreux cortége, qui
lui donne un air fort majeftueux. Il eft vêtu magnifiquement. Sa conte.
nance eft grave & févère. Quatre hommes le portent dans une chaife do-
rée, qui eft ouverte en Eté, & fermée pendant l'Hyver. Il eft précédé de
tous les Officiers de fon Tribunal, coëffés & vêtus d'une manière extraordi.
naire. Les jours de cérémonies, ou lorfqu'il vifite ceux auxquels il veut
marquer de la confidération , deux hommes portent devant fa chaife, fur
une litière, & dans une boëte d'or, les fceaux qu'il a reçus de l'Empe.
reur. Dans le lieu où il arrive, on les place fur une table couverte d'un
tapis.
Ir eft accompagné de la même pompe dans fes marches, fes procefions,
& dans tous fes voyages, par eau & par terre. Quoiqu'on ait déjà touché
cet article, on ajoûtera , pour achever de l'éclaircir, que la veille du départ
d'un Mandarin, on envoye un Courier devant lui avec une tablette, qui fe
nomme Pay , fur laquelle font écrits le nom & l'emploi de l’'Officier qui doit
faivre. A la vûe de cette marque, on prépare aufli-tôt pour fa réception,
fuivant l’ordre de fa dignité, les logemens du Kong-quan, ou de l'Hôtelierie
Royale. On lui fournit toutes les commodités néceflaires, telles que des vi-
vres, des porteurs, des maifons, des chaifes , ou des Barques, s’il voyage
par eau. Les Courriers qui publient fon arrivée, trouvent toûjours les che-
vaux prêts; & dans la crainte d’en manquer ils battent fur un bafin, déux ou
trois is avant la pofte, pour avertir que les chevaux foient fellés fur le
champ, s'ils ne le font déja. Les meubles d’un Kong-quan ne confiftent que
dans un petit nombre de feutres & de nattes, deux ou trois chaifes, une ta-
ble & un châlit de bois, couvert d'une natte. Si le Mandarin eft d'un rang
confidérable, & que le Kong-quan ne réponde point à fa dignité, il eft logé
dans rs des meilleures maifons de la Ville, où l’on emprunte un appartement
our lui.
Les Hôtelleries Royales fervent à toutes fortes. de perfonnes & même aux
Couriers
(y) Chine du Père Du Halde, pag. 264. & fuivantes.
Couriers de
voyageoien
endant on
ordinaireme
lufñeurs Ca
couvert d'u
au dos du
des chevaux
foixante ou
les. Les pl
rante,. Lu
dos ; mais |
croupe. C4
de l'Empere
d'une Provil
Particuliers
Si c’eft
c'eft-à-dire,
re, enfeign
darin du pr
de la Barque
chay-ta-Jin ,
flammes &
Le ‘natin &
décharge d
fin du jour «
treize autres
dix en ligne
que les liant
pagnie, vis:
être de gard
harangue au
tels que ceu
fables. A la
fe retirant p
de leur trou
deux picces
Les fentinel
QuELQt
tiendroient
d'être les pt
Magiftrat d
perfonnes v
pour répant
(3) Relatic
Halde, pag. 2
(a) Du H:
ces fem.
s Il fe
ndue de
ennemie
ur les ri.
nombre
ine à fe
:, filon
mbrable,
n fceau,
imiflion ;
e l'Auto.
ion avec
le jamais
ége, qui
a conte.
haife do.
écédé de
Xtraordi-
s il veut
aife , fur
l'Empe.
rte d'un
ceflions,
à touché
u départ
>, qui fe
qui doit
Ception,
ôtellerie
e des vi-
voyage
les che-
déux ou
ss fur le
ent que
une ta-
un rang
eft logé
rtement
pme aux
ouriers
è
A
DE LA CHINE, Liv. IL Cnar“ VI. or
Couriers de l'Empereur. Les.Miffionaires y étoient fouvent reçus, lorfqu'ils
voyageoient par l'ordre de Sa Majefté dans quelque partie delËmpire. Ce-
endant on doit obferver que ceux qui portent les ordres du Souverain fonc
ordinairement des perfonnes de quelque diftinétion, & qu'ils font efcortés de
lufieurs Cavaliers. Les ordres Impériaux font contenus dans un grand rôle,
couvert d'une étofe de foie jaune, & enveloppé dans une écharpe qui pend
au dos du Courier. Chaque maifon de pofte a fon Mandarin, quiprend foin
des chevaux de l'Empereur. Sans être fort beaux, ils font une courfe de
foixante ou foixante-dix lis. Les poîtes, qui fe nomment Chau, font inéga-
les. Les plus courtes font de cinquante lis, ou rarement au-deffous de qua-
rante. L'ufage des Couricrs ordinaires eft de porter leur malle attachée au
dos ; mais loriqu’ils font à cheval, ils la mettent fur un couflin qui eft à la
croupe. Ces malles font fort légères. Elles ne contiennent que les dépêches
de l'Empereur, ou des Cours Souveraines , ou quelques avis des Officiers
d'une Province. Aufñli les Couriers ont-ils la liberté de prendre les lettres des
Particuliers, & c'eft en quoi confiftent leurs profits (2).
S1 c'eft par eau qu'un Mandarin voyage , les Soldats de chaque Tang ,
c'eft-à-dire, des Corps-de-garde, fe rangent par pt au long de la Riviè-
re, enfeigne déployée, & les armes à la main. Lorfque l'Envayé eftun Man-
darin du premier ordre ou un Seigneur de la Cour, on met aux deux bouts
de la Barque quatre lanternes , avec ces mots en gros caraétères d'or: King-
chay-ta-fin, qui fignifient, Grand Seigneur envoyé de la Cour. On y joint des
flammes & des banderolles de foie de diverfes couleurs, qui flottent au vent.
Le ‘natin & le foir, lorfqu’on met à l’ancre,. la Garde falue le Mandarin d’une
décharge de fes armes à feu, accompagnée du bruit des trompettes. Vers la
fin du jour on allume les lanternes qui font aux deux bouts de la Barque, &
treize autres, mais plus petites, qui pendent au mit en forme de chapelet,
dix en ligne perpendiculaire, & crois au-deffus qui les croifent. Aulli-tôt
que les lanternes font allumées, le Capitaine du Tang paroît avec fa Com-
pagnie, vis-a-vis de la Barque, & nomme à haute voix les Soldats qui doivent
être de garde pendant la nuit. Alors le Patron de la Barque fait une longue
harangue aux Soldats, pour leur repréfenter les accidens qui peuvent arriver,
tels que ceux du feu, du vol, & quantité d’autres, dont il les déclare refpon-
fables. A la fin de chaque article, les Soldats jettent un grand cri; après quoi
fe retirant pour former une garde régulière, ils laiffent en fentinelle un homme
de leur troupe, qui va & vient fur la rive, en frappant continuellement de
deux picces de bambou l’une contre l’autre, pour témoignage de fa vigilance.
Les fentinelles font relevées d'heure en heure (a).
Quezque redoutable que foit l'autorité de ces Mandarins, ils ne fe fou-
tiendroient pas long-tems dans leurs offices, s'ils ne fe faifoient la réputation
d'être les pères du peuple (») & de ne fe propofer que le bien public. Un
Magiftrat de ce caractere doit s'être fait une étude d’appeller près de lui des
perfonnes verfées dans l'art d'élever des vers à foie & de ies mettre en œuvre,
pour répandre la pratique de cet art dans fon diftriét. Ce foin d'enrichir {a
Viile
(3) Relation de Magalhaens, pag. 39. Du (b) Magalhaens dit (pag. 237.) qu'on ap-
Halde, pay. 265. & fuivantes. pelle les Gouverneurs Funeu; c'eit à dire Le-
(a) Du Halde, wbi fup. pag. 287. re à Mère du l'eupie.
: Pp3
GOUVERNE-
MENT
D£ LA CHINE
Chevaux de
Pofte,
Voyages des
Mandarins
par eau.
Gardes éta-
blies pour leur
sûrcté.
Comment les
Mandarins
obtiennent de
la confidéra-
tion.
AV
LŸ
ENT
==
1.25
ZA
Oo:
+ ==
und
28
ù
LU pe
2
À
+
Vy Vo à &, VW.
Ÿ
Ve, Vy
y
GouvERNE-
MENT
DE LA CHINE,
Combienils
font obfervés.
Leurs efforts
pour fe faire
aimer du Peu-
ple.
Maniére de
prier dans les
Teimples.
On maltrai-
te les Idoles.
Exemple,
55 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Ville lui attiré de grands applaudiffemens. D'auères Mandarins, dans un tetns
d'orage, ne fe bornant point à deffendre le pañlage de la rivière, fe rendent
fur la rive & ne la quittent pas pendant des jours entiers , pour s’oppofèr par
leur préfence à la témérité de ceux qui feroient tentés de braver le danger,
Celui qui n’a pas donné au Peuple quelque marque d'affection de cette natu.
re, ou qui traite fes Sujets avec trop de févérité , ne manque point d’être
noté dans l'information que les Vicerois envoyent à la Cour tous les trois
ans, & demeure expofé à perdre fon emploi. Lorfqu'un prifonnier meurt
dans fes chaînes, il faut un grand nombre d’atteftations pour prouvér que le
Mandarin n'a pas été fuborné pour lui ôter la vie, qu’il l’a vifité dans fa ma.
ladie, qu’il lui a procuré un Médecin & tous les remédes de l'art. L’Empe-
reur eft informé de tous ceux qui meurent en prifon ; & fuivant les avis qu'il
reçoit, il ordonne foyvent des procédures extraordinaires.
Dans une année peu favorable, où l’on appréhende une mauvaife récol.
te, foit à l’occafion d’une féchereffe , ou d'un excès de pluie, foit par quel-
ue autre accident, tel qu’une abondance de fauterelles qui ravagent quelque.
ois certaines Provinces , le Mandarin n’épargne rien pour fe tendre populai.
re. L'intérêt ou la diflimulation prend le mafque du zéle pour le bien public.
Quoique la plûpart déteftent les Idoles de Fo & de Tau, ils ne manquent pas
de vifiter folemnellement les Temples pour demander de la pluie ou du beau
tems. Dans ces calamités publiques un Mandarin publie des Ordonnances qui
font affichées au coin de chaque rue. Il impofe un jeûne général, il défend
fous de rigoureufes peines, aux bouchers & aux cuifiniers, de vendre de la
viande. Cet ordre n’en eft pas mieux obfervé, parce que les Officiers éta.
blis pour y tenir la main fe laiffent corrompre avec un peu d’argent. Le Man.
darin fe rend au Temple à pied, vêtu négligemment, & quelquefois avec de
Ja paille dans fes fouliers, acco:inpagné des Mandarins inférieurs, & fuivi des
principaux habitans de la Ville. En arrivant, il allume für l’autel deux ou
trois paftilles parfumées ; après quoi s’affleyant avec tout fon cortége, il boit
du thé pour pañlér le tems, il fume du tabac l'éfpace d’une heure entière, &
fe retire. On en peut conclure que les Chinois traitent l’Idole avec peu de cé-
rémonie. S'ils trouvent qu’elle leur fafle attendre trop long-tems là faveur
qu'ils lui demandent, ils employent quelquefois le bâton pour la rendre plus
traitable; mais ces emportemens font rares.
A Kyang-cheu, dans la Province de Chen-fi, les Officiers firent battre une
pagode jufqu’à la mettre en piéces, pour s'être obftinée à refufer de la pluie
dans un tems de grande féchereffe. Lorfque la pluie fut venue, ils firent une
autre Idole, de terre ou de plâtre ; ils la portérent en triomphe par toute la
Ville, & la rétabliffant dans tous les Droits de fainteté, ils lui offrirent des
facrifices. Une autre pagode n'ayant pas daigné répondre aux commande-
mens réitérés du Viceroi de la Province, ce Seigneur lui fit déclarer par un
Mandarin inférieur que s’il ne tomboit pas de pluie avant un certain jour,
elle feroit chaffée de la Ville & fon temple rafé jufqu'aux fondemens. Com-
me cette menace ne produifit aucun effet avant le jour marqué, le temple fut
fermé & les portes fcellées. Mais il plut heureufement, peu dejour: après. À-
Jors le Viceroi, revenu de fa colère, permit que l'Idole reçût les honneurs
ordinaires.
Dans ces calamités publiques, le Mandarin, en qualité de Père & de Gou-
vernqur
verneur c
& fe con
prit, que
qu'ils fon
vent imp
n'écoute
qu'ils lui |
ment moi
leurs prit
darin ajoi
n Vous a
» pourn
» grace €
» fera ha
Lors:
quitté de
qui infpir
des tables
couvre di
fums. On
viandes,
thé. Aufl
la tête ju
D'autres |
leur recot
refles à m
voir le F
fait prenc
font en v
ques. L
placées d:
Le jo
adminittr:
dans fon
ue boët.
auze pe
arrivant
profonde
terre, ar
Le plus c
des deux
de Fo-tfyu
qui fignifi
tement &
s un tetms
e rendent
pofèr par
e danger,
etté natu-
int d’être
Jes trois
ier meurt
'ér que le
ans fa ma-
L’'Empe-
avis qu'il
aife récol.
par quel-
t quelque-
e populai-
ien public.
iquent pas
u du beau
nances qui
_il défend
ndre de la
ficiers éta-
. Le Man.
is avec de
& fuivi des
>] deux ou
se, il boit
ntière, &
peu de cé-
là faveur
ndre plus
battre une
de la pluie
firent une
èr toute la
rirent des
ommande-
er par un
tain jour,
ns. Com-
emple fut
aprés. À-
honneurs
& de Gou-
vernqur
verneur du Peuple, adreffe humblement fa prière au Génie:gardien de fa Ville,
& fe conformant à l'ancien ufage il implore fon afliftance (c). Il dit à cet Ef-
prit, que c’eft par fà puiflance que les habitans’ obtiennent leurs profpérités &
qu'ils font préfervés des malheurs qui les menacent; que c’elt lui qu’ils doi-
vent implorer dans leurs infortunes: mais il lui fait entendre auffi que s’il
n'écoute pas leur demande, leur cœur ne peut avoir de part aux honneurs
qu'ils lui rendent; & que s’il n'en eft pas moins ce qu'il eft, il fera certaine-
ment moins honoré & moins connu. Après lui avoir appris que leurs jeûnes,
Jeurs priéres & leur repentir n'ont point eu la force de toucher Tyen, le Man-
darin ajoûte: ,, Pour vous, ô Efprit! Gouverneur invifible de cette Ville,
» Vous avez de l'accès près de lui, vous pouvez lui demander des faveurs
» Pour nous pauvres Mortels, & le fupplier de finir nos affliétions. Une telle
à grace obtenue par votre interceflion, répondra aux defirs du Peuple & vous
, fera honorer de plus en plus dans cette Ville (d). ,
Lorsqu'un Gouverneur pafñle dans une autre Province, après s'être ac-
quitté de fon Office à la fatisfaétion du Public, le Peuple lui rend des honneurs
qui infpirent aux plus ftupides l’amour de la juftice & de la vertu. On place
des tables à certaines diftances, dans l’efpace de deux ou trois lieuës. On les
couvre de grands tapis de foie, qui tombent jufqu’a terre: On y brûle des par-
fums. On y met des candelabres avec des flambeaux de cire, toutes fortes de
viandes, de liqueurs & de fruits. Sur d’autres tables, on éxpofe du vin & du
thé. Auffi-tôt que le Mandarin paroît, tout le monde tombe à genoux & baifle
h tête jufqu’a terre. Quelques-uns pleurent, ou du moins feignent de pleurer.
D'autres le preffent de defcendre, pour recevoir les derniers témoignages de
leur reconnoiffance. On lui préfente du thé & du vin. Il eft arrêté par cesca-
reffes à mefure qu’il avance. Mais la plus plaifante partie de ce fpeétacle eft de
voir le Peuple qui lui tire fes bottes de diftance en diftance, & qui lui en
fait prendre de nouvelles 2 Toutes les bottes qui ont touché à fes jambes
font en vénération parmi fes amis & fe confervent comme de précieufes reli-
ques. Les premières qu’on lui a tirées dans ces tranfports de gratitude , font
placées dans une forte de cage für la porte de la Ville (f)
Le jour de la naiffance d’un Gouverneur, fi f: Ville elt contente de fon
adminittration, les prinéipaux Habitans s’affemblent pour le faluer en corps
dans fon Palais. Outre les préfens ordinaires, ils portent avec eux une lon-
ue boëte de vernis du Japon, ornée de fleurs d'or & divifée en huit ou
rs petites cellules, qui font remplies de diverfes fortes de confitures. En
arrivant à la falle de cérémonie, ils fe placent tous en rang & lui font une
profonde révérence. Enfuite ils tombent à genoux & baïflent la tête jufqu’à
terre, à moins que le Quan ne s’y oppofe, comme il arrive ordinairement.
Le plus confidérable d’entr'eux prend une coupe de vin, & la tenant levée
des deux mains, il l'offre au Mandarin, en prononçant à voix haute le mot
de Fo-tfyu, c'elt-à-dire, Voilà le vin qui apporte le bonbeur ; & celui de Cheu-tfyu,
qui fignifie , Poilà le vin qui donne une longue vie. Un autre s’avance immédia-
tement & préfente les confitures, qu'il tient de même, en difant; C’ef É le
' ucre
(c) Du Halde donne une de ces formules bonnet & fon manteau pour lui en donner
de Priére. d’autres. ;
6e) Du Halde, pag. 253. & fuiv. (f) 1lchange fouvent trente fois de bottes.
, (e) Le Comte dit qu'on lui ôte aufli fon
DE LA CHINE, Liv. Il, Cunar. VI. 303 :
GOUVERNE-
MENT
DE !.A CHINE,
Priére adre
fée au Génie
de la Ville.
Cérémonies
qu'onobfesve
au départ d’un
Gouverneur.
Changement
de bottes.
Cérémonies
pour l’aniver-
faire de fa
naiflance.
GoUvVERNE-
MENT
DE LA CHINE.
Cérémonie
diftinguée,
Mépris qu'on
& pour un
Gouverneur
qui s'eft mal
conduit.
Divifion gé-
nérale des
Tribunaux.
2 na ER LE DA EN 0 7 2 re RQ Sn
. giftrats qui y préfident. [Chaque Gouverneur a fa Cour particulière.] Lesf”
304 VOYAGES DANS L'EMPIRE
fucre de la longue vie.
les mêmes vœux. (£ ). é
Sr le Mandarin s'eft diftingué d’une manière extraordinaire par fon équité,
fon zèle & fon affection pour le Peuple, ils employent une autre méthode pour
Jui faire connoître la haute opinion qu'ils ont de fon Gouvernement. Les Let.
trés font faire un habit, compofé de petites piéces quarrées de fatin de di.
verfes couleurs, comme bleu, rouge, verd, noir, jaune, &c. & le jour de
fa naiflance ils lui portent ce préfent avec beaucoup de cérémonies, ac.
compagnées de mufique. En arrivant à a falle extérieure, qui fert de Tri.
bunal, ils le font prier de pafler de fon appartement intérieur dans la falle
publique. Là, ils lui préféntent l’habit, dont ils le fupplient de fe revêtir,
Le Mandarin affeéte quelques difficultés & fe reconnoît indigne de cet hon.
neur. Mais feignant de céder enfin aux inftances des Lettrés & du Peuple,
il fe laifle dépouiller de fa robe ordinaire & vètir de celle qu'on lui apporte.
La variété des couleurs repréfente, dans l’idée des Chinois, toutes les Na.
tions qui portent des habits différens, & fignifie qu'il eft régardé comme le
père du Peuple, dont il eft le digne Gouverneur. ‘Cette raifon fait donner à
fon nouvel habillement le nom de Van-fin-i, qui fignifie Habit de toutes les Na:
tions. A la vérité il ne le porte que dans cette occafion; mais on le confer.
ve foigneufement dans fa famille, comme une marque d’honneur & de dis.
tinétion. Le Viceroi ne manque point d’en être informé, & fouvent on «
donne avis aux Cours fuprêmes. Le Père Contancin , Mifionaire Jéfuite,
aflifta un jour à cette cérémonie, en allant complimenter un Gouverneur fur
le jour de fa naïflance (h).
Au contraire, un Mandarin qui ne s’eft pas conduit honorablement dans
fon Emploi, eft traité à fon départ avec beaucoup de mépris & de dédain
Le Gouverneur d’une Province Maritime ayant été privé de fon Office, pour
avoir-fraudé le Peuple des trois quarts d’une provifion de riz que l'Empereur
avoit envoyée dans un tems de difette , fut fuivi d’une prodigieufe foule de
Peuple, qui lui reprocha fon avarice. Les uns l’invitoient, d’un air raillewr,
à ne pas quitter fon Gouvernement fans avoir achevé de manger tout le riz
que l'Empereur avoit confié à fes foins: D’autres le chaffèrent de fa chaife &
la mirent en piéces. On lui déchira fes habits; on brifa fes parafols. Enfin
il n’y eut point d’injures & de malédictions qu’il n’effuyâc jufqu’a l’entrée de
fa Barque (i).
D'autres répétent trois fois les mêmes cérémonies avec
(b) Du Halde, pag. 294
(g) Le Comte, pag. 275. Du Halde, pa-
(i) Le même, pag. 279.
ge 274.
G. V.
OUTES les affaires qui regardent le Gouvernement, civil & militaire,
és à fe traitent dans des Cours ou des Tribunaux établis pour cet ufage, dont
chacuti a fon objet particulier, afin que la diligence y réponde toûjours à
l'éxaétitude. Ces Tribunaux font fubordonnés l’un à l’autre, comme les Ma-
lribunaux des Villes dépendent des Cours Provinciales , & les Cours Pro-
vinciales dépendent des Cours fuprêmes ou des” Tribunaux Lg re de
Empire
verain:
pire ; Î
nomme
LE
Tribune
de l’En
mauva
dégrad
quifitet
mier ,
grands
la conc
les aéte
Offices
qui vie
de Ki-k
Princes
Marqui
deced
des gen
dans la
LE :
rier de
partieu
donne
régle L
gneurs
tes les
gafins ]
quatorz
vinces
tée au
plufieu
me en.
foit fa :
& l’on
duite a
CHOX
fouvenir
les Lang
VII]
| A
monies avec
r fon équité,
éthode pour
nt. Les Let.
fatin de di.
& le jour de
onies , ac-
fert de Tri.
dans la falle
efe revêtir,
de cet hon.
c du Peuple,
lui apporte,
utes les Na.
é comme le
ait donner à
toutes les Na.
bn le confer.
ur & de dis.
puvent on en
aire Jéfuite,
uverneur fur
lement dans
& de dédain,
Office, pour
: l'Empereur
ufe foule de
air railleur,
r tout le riz
fa chaife &
fols. Enfin
à l'entrée de
& militaire,
ufage, dont
toûjours à
me les Ma-
lière.] Les”
Cours Pro-
ÉnÉraux de
l'Empire
Hi Ca) Magalhaens écrit Lo-pu. [On doit fe
DE LA CHINE, Lrv. I. Cnar. VI. s05
l'Empire, qui font fixés à Peking &: devant lefquels reffortiflent toutes les
grandes affaires , pour l'éxamen & pour la décifion. ut) 1414
Tribunaux Suprêmes , ou généraux.
UTRE le grand Tribunal, qui fe nomme Nuiyuen, & dont on a déja
parlé, on compte dans l’intérieur du Palais onze autres Tribunaux Sou-
verains dont le pouvoir & l'autorité s'étend dans toutes les Provinces de l’Em-
pire ; fix qui font pour les affaires civiles & quifenomment Lew-pu (a); cinq,
nommés U-fu, pour les affaires militaires.
Le premier des fix Tribunaux civils porte le nom de Li-pu , qui fignifie,
Tribunal des Magiftrats. Son objet eft de fournir des Officiers aux Provinces
de l'Empire, de veiller fur leur conduite , d'éxaminer leurs bonnes & .leurs
mauvaifes qualités & d’en rendre compte. à l'Empereur, qui les élève ou les
dégrade fuivant leur mérite. C’eft à proprement parler le Tribunal,des. In-
quifiteurs de l'Etat. Cette Cour a fous elle quatre autres Tribunaux. Le pre-
mier , nommé Ven-fwen-fu, choifit ceux qui font capables de pofléder les
grands Offices de l'Empire. Le fécond, qui fe nomme Xau-kong-fu, éxamine
la conduite des Mandarins. Le troifième, appellé Nyen-fong-fu, fcelle tous
les actes judiciaires, afligne aux Mandarins de différens Ordres & de différens
Offices les fceaux qui leur conviennent, éxamine fi les fceaux & les dépêches
qui viennent à la, Cour font vrais ou contrefaits. Le quatrième, fous le nom
de Ki-kyong-fu, éxamine le mérite des Grands de l'Empire; c’eft-à-dire, des
Princes du Sang, des Regules, & de ceux qui portent le titre de Ducs, de
Marquis, de Comtes, ou les noms Chinois qui y répondent. Les Seigneurs
de ce dernier Ordre fe nomment Æyang-chin, .ou Anciens Vaflaux. Ce font
des gens affeétionnés, qui ont rendu de grands fervices à la Famille régnante
dans la guerre des Tartares.
Le fecond Tribunal fuprêéme, nommé Hu-pu, c'eft-à-dire, Grand Tréfo-
rier de l'Empereur, a la furintendance des finances, avec le foin du domaine
particulier, des tréfors, de la dépenfe & des revenus de ce Monarque. Il
donne des ordres pour: les appointemens des Officiers & pour les penfions. Il
régle la diftribution de l’argent, du riz, & des étoffes de foie entre les Sei-
gneurs & tous les Mandarins de l’Empire. Il garde un regître éxaét de tou-
tes les familles, de tous les tributs, de toutes les douanes & de tous les ma-
gafins publics. Mais pour traiter une fi prodigieufe multitude d’affaires, il a
quatorze Tribunaux fubordonnés, qui portent chacun le nom d’une des Pro-
vinces de l'Empire. La quinzième, qui eft celle de Pe-che-li, n’eft pas comp-
tée au rang des autres; parce qu'étant le fiége de l'Empereur elle jouit, à
plufieurs égards, des priviléges de la Cour & de la Maifon Impériale, com-
me en jouifloit autrefois la Province de Kyang-nan lorfque l'Empereur y fai-
foit fa réfidence. Elle avoit fix Tribunaux fupérieurs comme ceux de Peking,
& l’on ne comptoit alors que treize Provinces. Mais les Tartares l’ayant ré-
duite au rang des autres en ont fait la quatorziéme. |
| Le
rend ici la prononciation Chinoife fort incer-
fouvenir que la voyelleu fe prononce eu dans taine,]
les Langues Portugaifes & Italiennes ; ce qui
VIII. Part. Qq
GOUVERNE:
MENT
DE LA CHINE.
Douze Tri.
bunaux Sou-
verains.
Premier Tri-
bunal fuprê-
me & Tribu-
naux fubor-
donnés,
Second Tri.
bunal fuprè-
me.
Gouvrane-
MENT
DE LA CHINE.
Troifième
Tribunal fu-
prême,
Quatre Tri-
‘ bunaux quiaf-
fiftent celui
des Li-pus.
Quatrième
Tribunal Su-
prême & fes
Tribunaux fu-
bordonnés,
.306
fa, diftribue les Officiers
VOYAGES DANS LEMPIRE
Lœ troifième Tribunal fuprême fe nomme Li-pu, c’eft-à-dire, le Tribünal
des Rites. Quoique ce nom paroifle le même que celui du premier Tribu-
nal, la prononciation de Li, qui eft différente, lui fait fignifier Mandarins
(h) dans la première acception & Rites dans la feconde. Cette Cour eft in-
ituée pour veiller à l’obfervation des rites & des cérémonies, & au pro.
grés des Arts & des Sciences. Elle eft chargée aufñli de la mufique Impériale.
Elle éxamine ceux qui afpirent aux Degrés & leur accorde la permiflion de
venir à l'éxamen. On la confulte fur les titres d'honneur & fur les autres
marques de diftinétion dont l'Empereur veut gratifier ceux qui le méritent par
leurs fervices. Elle a le département des Temples, & des facrifices qui font
‘offerts par Sa Majefté, celui des Fêtes Impériales & celui des Ambaffadeurs,
avec la direétion des Arts libéraux & celle des Loix ou des trois Religions éta-
blies dans l'Empire. En un mot, c’eft une efpèce de Tribunal Eccléfiaftique,
devant lequel les Miflionaires font obligés de paroître dans le tems des per-
fécutions. Le Tribunal des Li-pus éft'añifté par quatre Tribunaux inférieurs,
dont le premier, nommé J-chifu, ou le Tribunal des affaires importantes,
régle & diftribue les titres & les patentes des Regules, des Ducs, des . F/ong-
tus, des Viceroïs & des autres grands Officiers de l'Empire. Le feéond, qui
fe nomme Su-fi-fa, préfide aux facrifices Impériaux, aux\Temples, aux Ma-
thématiques, & aux Religions approuvées & tolérées. Le nom du troiïfième
eft Chu-ke-fu, & fon emploi, de recevoir ceux qui fontenvoyés à la Cour. Le
En qui s'appelle Sing-/en:chu a-la diréétion de’ la table de l'Empereur
des fêtes qu’il donne aux Grands & aux Arnbaffadeurs. NON
La quatrième Cour Suprême fe nomme ‘Ping-pu , ou le Tribunal des ar.
mes. Élle a fous fes orüres coute la milice ‘de l'Empire , dans laquelle font
compris, avec les Soldats, tous les Officiers généraux & particuliers. Elle
veille à l’obfervation de leurs éxercices , à la réparation des Places de guer.
re, à l'entretien des Arfenaux & des Magafins, à la fabrique des armes; en
un mot, à tout ce qui concerne la défenfe &'la sûreté de FEmpire De qua-
tre Tribunaux inférieurs dont elle eft afliftée ; le premier, nommé 4-/iun-fu,
difpofe de tous les emplois militaires, ‘& prend foin que la difcipline foit bien
obfervée dans cous les co de troupés. Le‘fécond, qui fe nomme Che-fong-
les Soldats dans leurs quartiers, : pour le maintien
de la tranquillité publique, füur-tout-pour garantir les Villes @& les grands che-
mins de toutes fortes de brigandages & de vols. ‘Le troifième s'appelle C-
kya-fu. Il'a la furintendance des chevaux de l'Empire, des poftes @ des Hô-
telleries Impériales, des Barques qui font établiès pour le tranfport des vivres
& des provifions militaires. Le quatrième, appellé Fu:ka-fu, préfide à la fa-
brique des armes & à la fourniture des Arfenaux (c).
NavarETTE obfervé que cette Cour, qu’il nomme Martiale, a de plus
quelques autres Jurifdiétions, puifque ce fut devant elle que les Miffionaires
furent obligés de paroître pour recevoir l’ordre de leur banniflement. A
| ‘alligna
gnifie Mandarin; To-co, Rites; & Churgan,
Tribunal.
(ce) Relation de Muagalhaens, pag: 205; &
Du Hüide, pag. 249.
(b) Magalhaens obferve qu'il ne fe trouve
pas de ces mots équivoques dans la Langue
Tartare. Le Tribunal des Mandarins s’appelle
dans cette Langue Tfa-fau-chur-gan ; & le Tri-
bunal des Rites, Zo-ko-chur-gan, Tfu-fau fi-
M-dins &
pa
la To
elle que
ce Y'É
LA
ouvrag
de l'E
des fég
tours,
vières,
rues »
font a
& les d
te, al
tiers, €
pellé
chauffé
nommé
Ces
de l’Eft
longue
gées de
lieu, q
pañfe de
ques à
bunal s
cette fe
fervent
mange
pargne
eux à
cretair
l'efpac:
cour (
Su!
la mèr
uns de
les on
le.
Enélic
(a)
te, pat
de, pa
le Tribina)
ier Tribu-
Manderins
Cour eft in.
& au pro.
> Impériale,
rmiflion de
r les autres
éritent par
ces qui font
baffadeurs,
eligions éta.
léfiaftique,
s des per-
inférieurs,
portantes ,
des F/ong-
econd, qui
s, aux Ma.
u troïifième
a Cour. Le
l'Empereur
na] des ar
quelle font
iers. Elle
:s de guer.
armes; en
e De qua-
Vu-fiun-fu,
ne foit bien
e Che-fong-
e maintien
rands che-
ppelle Ch.
& des Hô-
des vivres
le à la fa-
a de plus
liffionaires
ent. Elle
‘affigna
. Chur-gan,
18, 205; À
DE LA CHINE, Liv.ll Cuar. VI. 307
afigna aufñfi des Barques, une Garde & des Officiers pour les conduire (4).
1. nom du cinquième Tribunal fuprême eft Hin-pu, qui revient à celui de
la Tournelle ou de la Chambre criminelle des Parlemens de France. Elle a fous
els quatorze Tribunaux fubordonnés; c'eft-à-dire, un pour chaque Province
ce l'Empire.
LA fixième Cour & la dernière, qui fe nomme Xang-pu, ou le Tribunal des
ouvrages publics, a pour objet la réparation des édifices publics, des Palais
de l'Empereur, de ceux des Tribunaux des Princes du Sang, & des Vicerois,
des fépultures Impériales | des temples, &c. Elle a la furintendance des
tours, des arcs de triomphe, des ponts, des chaufléés, des digues, des ri-
viéres, des canaux, des lacs, & des travaux néceflaires à la Navigation, des’
rues, des grands chemins, dés barques, &c. Les Tribunaux fubordonnés
font au nombre de quatre. Le premier, nommé Win-chin-fu, prépareles plans
& les deffeins se ouvrages publics. Le fecond, qui s'appelle Tu-beng-
tfe, a la direétion de tous les ateliers Impériaux de Menuifiers, de Charpen-
tiers, de Maçons, &c. dans toutes les Villes de l'Empire. Le troifième, ap-
pellé Tong-chew-itfe, s'emploie à la réparation des canaux, des ponts, des
chauflées, des routes, & à rendre les rivières navigables. Le quatrième,
nommé Tfu-tyen-tfe , prend foin des maifons Impériales, des parcs, des jar-
Mu dins & des vergers. [ Il les fait cultiver & en perçoit (e) le revenu.]
Ces fix Tribunaux ont Jeurs fiéges près du Palais de l'Empereur, du côté
de l’Eft. Chacun jouit d’un grand tes quarré, d’une portée de moufquet de
longueur dans toutes fes dimenfions, divifé en trois parties, ou en trois ran-
gées de cours & d'appartemens. Le premier Préfident occupe la divifion du mi-
lieu, qui commence à la rue, où eft une grande porte avec trois portaux., On
paife de-là par d’autres portes & par d’autres cours, qui font ornées de porti-
ques & de galleries foutenus par des piliers, jufqu'à la grande falle où le Tri-
bunal s’aflemble. Au-delà de cette falle, on traverfe une autre cour, pour
arriver à une falle moins grande, où le premier Préfident fe retire avec fes
Affiftans lorfqu'il.a quelque affaire particulière à difcuter. Dés deux côtés de
cette falle & au-delà font diverfes chambres & d’autres falles. Les chambres
fervent au Préfident & aux Mandarins du Tribunal, pour s’y repofer &
manger les alimens qui leur font fournis par l'Empereur, dans la vûe d'é-
pargner le tems qu! faudroit perdre s'ils étoient obligés de fe rendre chez
eux à l'heure du dîner. Les falles font pour les premiers Commis, les Sé-
cretaires., & les autres Officiers. fubalternes. ‘Les deux autres divifions de
Rs Rene aux ‘Tribunaux inférieurs qui dépendent de la même
cour
SuIvaNT le récit de Navarette , la forme & la ftruéture des édifices eft
la même dans tous les fiéges des fix Tribunaux, excepté qu'il y en a quelques-
uns de plus gros que les autres.. Chaque tribunal a trois portes , fur lefquel-
les on voit en peinture plufeurs géans terribles, pour épouvanter le Peu-
ple.. Il n'eft permis qu'aux Mandarins & aux perfonnes d'une haute dif-
tinétion de pañler par la porte du milieu, qui eft fort grande. Les deux au-
: tres
(e) Relation de Magalhaens, pag. 213. Du
Halde, pag. 250.
(f) Magalhaens, ubi fup. pag. 209.
Qa 2
Cd) Defcription de la Chine par Navaret-
te, pag. 19. Magalhaens, pag. 213, Du Hal-
de, pag. 240.
Gouverwz-
MENT
DE LA CHINE,
Cinquième
Cour fupré-
me.
Sixième
Cour,
Siéges de ces
fix Triby-
naux,
Salles &
Chambres.
GOUVERNE.
MENT
DE LA CHINE,
Officiers des
Tribunaux.
Siéges des
Tribunaux in-
férieurs,
Etendue de
la jurifdiétion
des Tribu-
paux fupré-
mes.
38 VOYAGES DANS L'EMPIRE
tres font pour les folliciteurs & les cliens du Tribunal. On entre dans une
grande cour, par trois chemins qui aboutiflent aux trois portes. Celui du
milieu eft plus haut de quelques pieds que les autres. Il a vers le milieu,
une arche de pierre, avec une autre porte. Des deux côtés de cette place -
d'entrée, on voit quantité de chambres pous les Sécretaires | les Solliciteurs
& les autres Officiers. Ces lieux ne manquent jamais de Temple. Vis-à-vis
les portes on voit de grandes falles, accompagnées d’autres lieux où fe tien.
nent les Tribunaux. Chacun des Tribunaux fuprêmes a quatre grandes cham-
bres, pour des Mandarins d'un rang inférieur , qui font chargés d'affaires
moins importantes (£).
CHAQUE Tribunal eft compofé de deux.Préfidens , avec quatre Affi-
flans; & de vingt-quatre Conféillers, douze defquels font Tartares, & dou-
ze Chinois, On regarde ce partage comme un trait admirable de la politi-
que du Conquérant, qui en doublant ainfi le nombre- des Conféillers , fit
entrer les Tartares dans l’adminiftration fans mécontenter les Chinois (b).
MaAGaALHAEzENs prétend que les premiers Préfidens des fix Tribunaux Su-
prêmes font du fecond degré des Mandarins du premier ordre () & qu'ils
portent le nom de Chang-chu (k) , qui eft annéxé, dit-il, au premier Préfi-
dent de chaque Tribunal. Ainfi celui du. Tribunal des Rites s'appelle Li-pu-
chang-chu.. Chaque Préfident a deux Affiftans, dont le premier fe nomme
Tfo-chi-lang, ou Préfidént de Fa main gauche ; & l’autre, Ten-chi-lang, ou
Préfident de la main droite, tous deux du premier degré des Mandarins_ du
fecond ordre. Ces Préfidens & ces Affiftans ont plufieurs autres citres, L'un
fe nomme Ta:tang; c'eft-à-dire, grande ou première falle. Un autre por-
te le nom de Salle de la gauche ; un troifième, celui de Salle de la droite
LEs quarante-quatre Tribunaux inférieurs ont aufñii leurs palais & leurs fal.
les, qui font fitués dans l'intérieur dé l’enclos auquel ils appartiennent. Ils
ont chacun deux, Préfidens , & vingt-quatre Confeillérs, fans parler d’un
. grand nombre, de Commis, dé Sécretaires , de Maffiers, de Meflagers, de
Prevôts, de Sergens, de Bedeaux, de Cüifiniers, & d’autres Officiers (7)
fubalternes.
Comme il féroit difficile , dans un fi grand nombre d'Officiers:,. dé trou-
ver ceux dont on a befoin, on vend un Livre, qui pourroit porter le nom
d'Etat préfent de la Chine , où font les noms , les furnoms & les emplois de
chacun, avec. des marques qui fervent à diftinguer s'ils font Chinois ou Tar.
tares, Doéteurs ou Bachéliers, &c. On y trouve aufñffi les changemens qui
arrivent, füur-tout pour les Officiers militaires ; & ces changemens avec des
ro mobiles, afin qu’il ne devienne pas néceflaire. deréimprimer le (m}
ivre.
La jurifdiétion des Tribunaux Souverains s’étend für toutes les Provinces,
& prefque für tout ce qui appartient à la Cour de l'Empereur. Ils n'ont pas
d'autre fupérieur que l'Empereur même, ou le grand Conféil. Lorfque Sa
Majefté juge à propos d’aflémbler fon grand Confeil pour quelque affaire im-
: portante.
(g) Navarette, pag. 19.. (&) Ce mot Chinois fignifie Premier Pré
(b) Du Halde, wbf fup. pag. 249. fident. In Tartare, c'eft Aliogamba.
Ci) La. Traduétion Augloïfe met du-fecond (4) Magalhaens, pag. 20.
Orüre. Cm), Du Halde, pag. 69,
ortante
fente fes
pereur
figne de
dre fes o
des qui
au titre
fente (
CES
propre.
du papi
Tribuna
fuite to
fa tête,
portée a
dens , O
fait rend
portuné
Préliden
l’'éxamer
envoyé :
quelque
changer
au mém
ftans , il
d'Etat,
muniqué
en recor
Majeité
premier
cès dem
nal de P
trôleur |
Préfiden
quer (p
Ja:
l'Emper
fois néc
cordent
qui doiv
uniquerr
dante da
IL n’
confort
dans une
Celui du
e milieu,
ette place -
Solliciteurs
is-à-vis
où fe tien.
des cham.
d'affaires
atre Afi.
s, & dou-
la politi.
eillers , fit
inois (b).
unaux Su.
) & qu'ils
ier Préfi-
elle Li-pu-
e nomme
i-lang , ‘ou
darins du
tres. L'un
autre por-
la droite,
leurs fal.
nent. Ils
irler d’un
agers , de
iciers ( 1)
. dé trou-
r le nom
nplois dé
sou T'ar
mens qui
avec des
ner le (m}
'Ovinces,
n'ont pas
rique Sa
faire im-
portante.
mier Pré.
LÀ
DE LA CHINE, Liv. IL Cnar. VI 309
rtante qui a déja été jugée par une des Cours fuprêmes , cette Cour pré.
fente fes demandes aux jours marqués; & fouvent elle en confère avec l'Em.
pereur même, qui les approuve ou qui les rejette. S'il les approuve , il les
figne de fa propre main. Mais S'il les retient, la Cour eft obligée d'atten-
dre fes ordres, qui lui font communiqués par un des Xo-laus. Les deman-
des qui font préfentées par les Préfidens des Cours fuprêmes doivent porter ,
au titre , le fujet du Mémoire, & finir par l'opinion de la Cour qui les pré-
fente (n).
Ces fix Tribunaux ont, dans leurs procédures, une méthode qui leur eft
propre. Un Particulier qui a quelque affaire, l'expofe d'abord par écrit, fur
du papier dont la grandeur & la forme font réglées. Il fe rend au Palais du
Tribunal, où il frappe fur le tambour qu’il trouve à la feconde porte. En-
fuite tombant à genoux & tenant fa fupplique des deux mains à la hauteur de
fa tête, il attend qu’un Officier chargé de ce foin vienne la prendre. Elleeft
portée aux Mandarins de la grande falle, qui la donnent aux premiers Préfi-
dens, ou, dans leur abfence, à leurs Afiftans. Si elle eft rejettée , on la
fait rendre au fuppliant, & fouvent on le condamne au fouet, pour avoir im-
portuné la Cour par une demande ridicule. Si elle eft admife, le premier
Préfident l’envoye au Tribunal inférieur, que cette affaire regarde. Après
l'éxamen qui s'en fait dans cette Cour, le jugement qu'elle en a porté eft
envoyé aux (Premiers Préfidens , qui ajoûtent quelquefois ou qui diminuent
quelque chofe à la fentence, ou qui ne font que la confirmer fans aucun
changement. Si c’eft une affaire de la dernière importance, ils ordonnent
au même Tribunal de réduire le cas par écrit; & l’ayant 1à avec leurs Afi-
ftans , ils l’envoyent au Contrôleur (0), qui le communique au Confeil
d'Etat, logé dans le palais meme de l'Empereur. If y eft éxaminé , & com-
muniqué à l'Empereur, qui le fait ordinairement renvoyer au Tribunal pour
en recommencer l'éxamen, Ilrevient enfüuite, par les mêmes voies, à Sa
Majefté Impériale , qui porte enfin fon jugement. La fentence retourne au
premier Préfident du Tribunal. Elle eft notifiée aux deux Parties, & le pro-
cès demeure terminé. Si c’eft une affaire qui vienne de quelque Tribu-
nal de Province à la Cour, le mémoire eft envoyé, fous un fçeau, au Con-
trôleur Impérial , qui l’ouvre pour le lire, & qui le communique au premier
Es LAPA après quoi l'on procède, fuivant la forme qu’on vient d’expli-
uer (p).
* (EE Vrn les fix Cours fuprêmes ne prennent part ::x affaires d'Etat, fi
l'Empereur ne juge à propos de les leur communiquer; ce qui arrive quelque-
fois néceffairement, parce qu'ayant befoin l’une de l’autre, ilfaut qu’elles s’ac-
cordent pour les préparatifs d'argent, de troupes, d'Officiers & de munitions,
qui doivent être faits aux tems marqués. Cependant, chaque Cour fe renferme
uniquement dans les affaires qui la regardent; & la matière eft coûjours abon-
dante dans un Empire d’une fi vaîte étendue (4).
Iz n’y auroitpoint d'État plusheureux que la Chine, ff tous les Mandarins fe
conformoient éxaétement aux Loix de leur Pays. Mais dans un fi grand Eu
"Officiers
d'Infpeéteurs, dont on parlera bien-tôt..
) Magaihaens, pag. 203,
(q) DuHalde, pag, 69,
(n) Magalhaens,. pag. 201. Du Halde, pa-
ge 7o.
(o) IHyaun Tribunal de Controlleurs Q
ga
Gouvenne.
MENT
D£ LA CHINE,
Leur métho-
de dans les
procédures.
Fraudes qui
fe gliffent
dans le Gou-
vernement..
Gouverne-
MENT
DE LA CHINE
Deux pré-
cautions con-
tre Je pouvoir
exceffif des
Tribunaux
Suprêmes.
Kolis ou
Infpeéteurs,
/
VOYAGES DANS L'EMPIRE
310
d'Officiers, il s’en trouve toûjours quelques-uns qui facrifient le bien public à
leurs incérêts particuliers. Les fubalternes employent toutes fortes de rufes &
d'artifices pour tromper les Mandarins fupégeurs, tandis que ceux-ci s'effor.
cent d'en impofer aux Tribunaux fuprémes & quelquefois meme à l'Empereur,
Ils ont tant d’adrefle à déguifer leurs vües fous des expreifions humbles & fla.
teufes, & dans les Mémoires qu'ils préfentent ils affeétent un air fi définté.
reflé, qu'un Prince a befoin d'une extrême penétration pour découvrir la vé.
rité (r) au travers de tant de voiles. Kang-hi, dernier Empereur, poflédoit
cette qualité dans le plus haut degré; ce qui n'empecha pas que malgré toute
fa vigilance on ne vit naître fous fon régne unie infinité de défordres. Mais
Yong-ching, fon quatrième fils, qui monta fur le Trône après lui, trouva,
comme on l’a déja remarqué (s), le moyen de remédier au mal, en accor.
dant, aux lof tout, de grofles fommes pour les frais de leur commiffion,
Comme il feroit à craindre que des Corps aufñfi puiffans que les Tribunaux
Suprêmesn’affoibliffent par degrés l'autorité de l'Empereur, lesLoix ont pour.
vû doublenient à ce danger. 1°. Aucun de ces Tribunaux n’eft revêtu d’un
pouvoir abfolu pour juger des matières qui reflortiffent à lui. Il lui faut l’a.
flance d’un autre, & quelquefois de tous les autres enfemble, pour l’éxécu-
tion de fes decrets. Par éxemple, la milice eft foûmife au quatrième Tribu-
nal fuprême; mais pour le payement elle reffortit au fecond, tandis que pour
les barques, .les chariots, les tentes, les armes, &c. elle dépend du fixième,
Ainf, fans la concurrence de ces différens Tribunaux on ne peut foûtenir au-
cune entreprife militaire; & le cas eft le même pour toutes les affaires d’im-
portance qui concernent l'Etat. 2°. Rien n'eft mieux imaginé, pour fervir
de frein aux Magiftrats des Tribunaux Suprêmes, que l’établiffement d’un Vi-
fiteur, nommé Xo-tau ou Ko-li, c'eft-àa-dire, Infhetteur ou Cenfeur, dont l'of.
fice eft d’aflifter à toutes leurs affemblées & de revoir leurs aétes, qui doivent
lui être communiqués. Il ne peut lui-même décider de rien; mais il doit pren-
dre connoiflance de tout ce qui fe pafñfe dans chaque Tribunal, & fecrétement
informer l'Empereur de toutes les fautes que les Mandarins commettent, non-
feulement dans l’adminiftration des affaires , mais même dans leur conduite
particulière (+). Ilya, dans tous les Palais des Tribunaux, une falle & un
appartement pour le Ko-i, qui n'a de part aux affaires qu'en qualité de Con-
trolleur ou d’Infpeéteur (v). ,
Ces Ko-lis font redoutables aux Princes mêmes du Sang; comme on a dû
l'obferver à l’occafion d'un Prince, qui, dans la crainte de leurs accufations,
fit abbattre une maifon qu'il avoit bâtie avec trop de magnificence, Leur au-
torité s'étend jufqu’a les mettre en droit d’avertir l'Empereur lorfqu'il donne
quelque mauvais éxemple, ou lorfque fe livrant au plaifir & au luxe il néglige
quelque partie de fon devoir. Quoique cette hardieffe les expoñe à de fort mau-
vais traitemens , ils n'abandonnent guères leur entreprife fans avoir obtenu
ce qu'ils defirent (x), Le Pére le Comte en rapporte un éxemple fort re-
marquable :
UN
Le Comte, pag. 264. Du Halde, page 259+
(v) Magalhaens, ibid.
(x) Navarette, pag. 18.
(r) Magalhaens , pag. 204 & 250. & Du
Halde, pag. 257.
(s) Voyez le Paragraphe précédent.
(t) Magalhaens, bi Jup. pag. 201 & 204,
UN E
entreten
eine de
fi faire 1
que tems
voyant p
mére , pe
peét filial
eut le co
fupplice.
préfenta
facrifier
qu’à la pa
ah é
on éxem
deéxécut
de perdre
troifième
que qu'il
» par la
» Plusre,
entend
» re. Ils
» nuit vC
reur, plu
put imag
volontair
Enfin la ç
& foit qu
il déclara
traité fes
d’avoir ct
(y) dans
modèle d
A PR
£ tio
fçavoir.
leurs deg
ls memt
CEST
n public à
de rufes &
-Ci s'effor.
"Empereur,
bles & fa.
fi définté.
vrir la vé.
+ poflédoit
algré toute
res. Mais
» trouva,
en accor.
mmiffion,
Tribunaux
K ont pour.
evêtu d’un
i faut l’aï.
ur l’éxécu.
ème Tribu.
s que pour
du fixième,
oûtenir au-
aires d’im-
our fervir
nt d’un Vi.
dont l’of.
ui doivent
doit pren-
2crétement
cent, non-
r conduite
alle & un
té de Con-
e on a dû
cufations,
Leur au-
u'il donne
il néglige
: fort mau-
ir obtenu
le fort re-
UN
Age 2 59
DE LA CHINE, Liv. Il. Cnar. VL
UN Empereur ayant banni fa mère dans une Province éloignée, pour avoir
entretenu un commerce trop ubre avec un Seigneur de la Cour, défendit fous
eine de mort aux Mandarins, qu’il jugeoit mécontens de cette rigueur, de
fi faire la-deffus leurs repréfentations. 1ls gardérent le filence pendant quel-
que tems, dans l’efpérance qu’il pourroit changer de difpofition ; mais le
voyant perfifter dans fes reffentimens, ils réfolurent de parler en faveur de fa
mére, parce que la manière dont il l’avoit traitée leur paroifloit bleffer le ref-
pet filial, qui eft en fi haute recommandation à la Chine. Le premier qui
eut le courage de préfenter fa requête à l'Empereur, fut envoyé fur lechamp au
fupplice. Sa mort arrêta fi peu les autres, que deux ou trois jours après il s’en
préfenta un.avec les mêmes plaintes; & pour faire connoître vos étoit prêt à
facrifier fa vie pour le bien public, il fe fit accompagner de fon cercueil juf-
qu’à la porte du Palais. L'Empereur, irrité plûtôt qu'adouci par une aétion fi
énéreufe, crut devoir infpirer la terreur à ceux qui feroient tentés de fuivre
fm éxemple, en le condamnant à mourir dans les tourmens. Mais cette fecon-
de éxécution ne fut pas capable de refroidir les Mandarins Chinois. Ils réfolurent
de perdre la vie l’un après l’autre, plûtôt que de renoncer à leur entreprife. Un
troifième fe dévouant au fupplice comme les deux autres, protefta au Monar-
que qu'il ne pouvoit le voir plus long-tems coupable: ;, Que perdrons-nous
» par la mort? lui dit-il; rien que la vûe d'un Maître que nous ne pouvons
» Plus regarder fans étonnement & fans horreur. Puifque vous refufez de nous
, entendre, nousirons joindre nos Ancêtres & ceux de l’Impératrice votremé-
» Te. Ils écouteront nos plaintes, & peut-être que pendant les ténebres de ja
» huit vous entendrez les reproches de leurs ombres:& des nôtres. L'Empe-
reur, plus indigné que jamais, le fit expirer dans lesplus cruelstourmens qu'il
put imaginer. Plufieurs autres, encouragés par ces éxemples, s’expoférent
volontairement au même fort & moururent en effet martyrs du refpeët filial.
Enfin la cruauté de l'Empereur fe laiffa vaincre par cette conftance héroïque;
& foit qu’il fût effrayé des conféquences, ou qu'il ouvrîtles yeux fur fafaute,
il déclara que fe règardant comme le père de fon Peuple il fe repentoit d’avoir
traité fes enfans avec tant de rigueur, comme il regrettoit, en qualité de fils,
d’avoir chagriné fi long-tems fa mère. Il rappella cette Princefle & la rétablit
t(y) dans fa première dignité; [ & enfüuite le refpeét qu'il eut pour elle, fut le
modèle de celui que fes Sujets eurent pour lui.] |
31
(3) Le Comte, pag. 254.
Divers autres Tribunaux de Peking.
‘À PRES les fix Cours fuprêmes, le Tribunal qui mérite le plus d’atten-
c tion fe nomme Hunslin-yuen, c'eft-à-dire, Bois ou ardin floriffant en (a)
frawir. 11 eft compofé des nouveaux Doéteurs, ou Tfin-tfes, qui prennent
leurs degrés à Peking tous les trois ans. (C'eft une efpèce d’'Académie, dont
ls membres font les plus grands génies & les plus fçavans de l’Empire. -
C'EsT à ces Doéteurs queles Loix confent l'éducation de l’héritier du Trô-
ne.
(a) On a parlé ci-deflus de ce noi,
Gouvrrwe-
MENT
DE LA CHine,
Exemple fin.
gulier de fer-
meté,
Han:lin,
Tribunal des
Lettrés,
GOUVERNE:
MENT
DE LA CHINE,
Deux Tribu:
paux pour les
defcendans de
l'Empereur,
Tfu-kyen,
ou Tribunal
de l'Ecole Im-
périale,
Ju-hya, Tri-
bunal civil &
militaire.
Du Halde, pag. 231.
512 VOYAGES DANS L'EMPIRE
ne. Ils doivent lui apprendre, avec.les Sciences, le grand
ment. lis font chargés d'écrire l'Hiftoire générale de l'Empire, % ps sh nel.
lir tous les événemens qui méritent d'être tranfmis à la poltérité, Leur +4
feflion eit d'étudier continuellement & de compofer des Livres utiles. Ils En
proprement les Lectrés de l'Empereur, qui s'entretient des Sciences avec ra
& qui tire fouvent de leur Corps fes Ko-laus & les Préfidens des Cours fu "
mes. Les Doéteurs Han-lin font divifés en cinq claffes, qui Se + Si
tant de Tribunaux, Ceux du premier appartiennent au troifième Ordre xoA
Mandarins ; ceux du fecond, au quatrième Ordre, & ceux des trois dre
au cinquième (b). Il paroîc que le principal objet de cet établiffement el
d'encourager l'Etude par les honneurs qu’on rend aux Lettrés.
PEkING a deux ‘lribunaux, dont l'office eft de prendre connoiffance de
affaires qui regardent les defcendans de la famille Impériale. Le premier
qui fe nomme TJong-jin-fu, a l'infpeétion de celles des Princes de la ligne maf.
culine. Les Préfidens & les Afiftans de cette Cour font Princes ou Regules:
mais les Officiers inférieurs , qui recueillent les actes des procedures & les au.
tres piéces, font tirés d'entre les Mandarins. C'eft dans les regîtres du Tfong-
jin-fu qu'on écrit les noms des enfans de la famille Impériale, au moment de
leur naiffance. On y écrit auffi les dignités & les citres dont ils font honorés
(c). C'eft la même Cour qui leur paye leurs penfons, & qui les punit lorf.
qu'ils font coupables, après leur avoir fait leur procès (4).
Le fecond'fribunal, nommé #hang-fin, et compofé des parents de Sa Mz-
jefté Impériale en ligne féminine. On a déja remarqué qu’elle en a de deux
fortes (e). Elle choïfit les plus confidérables, & leur office eft le même ue
celui du Tribunal précédent, avec cette différence , qu'ils font Mandarins +4
premier & du fecond Ordre ; au-lieu que les Membres de l'autre Cour ne font
d'aucun Ordre des Mandarins. Mais ceux du Whang-fin fe croyent plus ho.
norés-du nom de leur Tribunal, ou de celui de Fu-ma (f), qui fignifie Parent
de l'Empereur, que du titre de Mandarin, même du premier Ordre (g ). |
Le Tribunal qui fe nomme Che-t/u-kyen, eft comme l'Ecole Impériale ou
le Collége de tout l’Empire. 11 a deux offices, dont le premier eft de préfenter
le vin dans les facrifices Impériaux. Le fecond confifte dans une infpeétion
fur les Licenciés & les autres Lettrés, auxquels Sa Majeité confère des digni.
tés & des titres; ce qui les rend en quelque forte égaux aux Bacheliers. ‘
_ Le Fu-hya eft un Tribunal mêlé , qui prend foin des Gradués, civils &mi-
litaires. Il eft gouverné par quatre Préfidens, deux pour chaque faculté
Les Bacheliers civils s’'éxercent fouvent à faire des difcours fur l'art de con.
ferver l’Etat & de gouverner le Peuple. Dans la clafle militaire , les fujets
fe prennent des Opérations de la guerre & de la Difcipline ; de la manièregé
d'attaquer des Places fortes, de ranger une Armée en bataille, & ad matiè-
res femblables. ] Les Mandarins de ce Tribunal font répandus dans toutes les
Provinces & les Villes, où ils paflent moins pour des Magiftrats que pour
des Profefleurs. Leur Préfident eft du quatrième Ordre des Mandarins ,
&
(b) Magalhaens, 218. Navarette,pag. 18. pag. 250.
(e) Voyez le Paragraphe précédent.
) On trouve ailleurs Tima.
(c) Voyez le Paragraphe précédent. (
(g) Magalhaens, pag. 239.
(d) Magalhaens, pag. 239. Du Halde,
& fes Af
me Ordre
Les 1
font Cont
Jent en d
econd O
tres du 3
font du fi
terventio
eft de ve
les partie
au Peuple
teurs dar
un Chon
aux neu
nes, qui
néraux s
ceux-ci «
buent le
ne, & I:
troifième
tite vifite
déguifés
des Offic
Outre c«
pi le
ofé par
Fe faire
dégrade
rigibles.
dent, u
& des B
tes les 2
des choft
Tartares
fier ici,
VIIl
Gouverne.
de recueil.
eur pro.
les. Ils font
es avec eux
ours fupré.
pofent au.
Ordre des
trois autres
{Mement eft
biffance des
premier,
à ligne maf.
ou Regules:
es & les au-
rs du T'{ong.
moment &
nt honorés
punit lorf.
s de Sa Mz.
a de deux
même que
andarins du
our ne font
nt plus ho.
re
ipérfale ou
e préfenter
infpeétion
: des digni.
liers.
ivils &mi-
ue faculté,
rt de con-
les fujets
la maniéreyés
tres matiè-
toutes les
que pour
fandarins ,
&
dent.
DE LA CHINE, Liv. I. Cnar. VI. 313
& fes Affiftans, qui font les Profeffeurs du Collége, doivent être du cinquié.
e Ordre (4h).
P'Lus A nduriss ui compofent le Tu-cha-yuen, autre efpèce de Tribunal,
{ont Contrôleurs du Palais Impérial & de tout l'Empire. Leurs Préfidens égæ
lent en dignité (5) ceux des fix Tribunaux fuprêmes. Ils font Mandarins du
fecond Ordre. Les deux premiers Affiftans font du troifième , & les deux au-
tres du quatrième. Tous les autres membres, dont le nombre eft fort grand,
font du feptième Ordre. Ce Tribunal punit les petites fautes, fans aucune in-
tervention; mais il doit informer l'Empereur des fautes capitales. Son objet
eft de veiller foigneufement à l'obfervation des loix & des ufages dans toutes
les parties de l'Etat, & de faire obferver leur devoir aux Mandarins comme
au Peuple. C’eft dans cette vûe qu'ilenvoye, de trois entroisans, des Infpec-
teurs dans les Provinces pour y faire une vifite générale, & chaque année
un Chong-chay, qui eft une autre efpèce de Vifiteur. Il en envoye de même
aux neuf quartiers des frontières, du côté de la grande Muraille, & aux Sali-
nes, qui rapportent à l'Empereur un revenu confidérable. Les Vifiteurs gé-
néraux s’enrichiffent des dépouilles du Peuple & decelles des Mandarins. Mais
ceux-ci éxercent des rapines beaucoup plus éortes fur les Fermiers qui diftri-
buent le fel dans les Provinces. Ce font les plus riches Particuliers de la Chi-
ne, & la plûpart n’amaflent pas moins de quatre ou cinq cens mille écus. La
troifième vifite, qui fe fait de trois en trois mois, fe nomme Syen-chay ou pe-
tite vifite. On envoye fouvent des Infpeéteurs, fous des noms & des habits
déguifés, dans les Provinces ou dans les Villes, pour y obferver la conduite
des Officiers publics qui fe déshonorent par leur tyrannie & leurs extorfions.
Outre ces vifites, il y en a d’autres qui fe font de trois en trois ans par les Hyo-
yuen (k) & par les Ti-hyo (1), autres efpèces d'Infpeéteurs ; les premiers, qui
font envoyés dans chaque Province ; les feconds ans les Villes; pour éxa-
miner les Bacheliers & garantir le Peuple des violences auxquelles il eft ex-
pofé par l'abus qu’ils font quelquefois de leurs priviléges. Ils ont le pouvoir
de faire arrêter les coupables & de les condamner au fouet. Ils peuvent même
dégrader & puniravec une févérité extraordinaire ceux qui demeurent incor
rigibles. Enfin le même Tribunal envoye ; dans les occafions qui le deman-
dent, un Vifiteur nommé Syun-bo, pour éxaminer l’état du Canal Impérial
& des Barques ; commiffion qui rapporte plus d'honneur & de profit que tou-
tes lés autres.
Les Juges de ce Tribunal font logés dans un vafte Palais, où leurs Tribu-
naux fubalternes font au nombre de vingt-cinq, divifés en cinq claffes, à cha-
cune defquelles appartiennent cinq autres Tribunaux, avec leurs Préfidens ,
leurs Affiftans & leurs Officiers inférieurs. Les cinq de la première clafle fe
nomment
tat préfent de la Chine.
(k) Voyez l’article précédent.
(1) Les mêmes apparemment que ceux
qu'on a nominés ci-deflus Zi-byo-tau. Les
Traduéteurs Anglois mettent Ti-trio 3; mais
c’eft une erreur, puifqueles Chinois n’ontpas
la lettre r,
b) Ibid. pag. 219 & 229.
$) Remarquons que Magaïlhaens ne met
qu'un Préfidenc & deux Affiftans dans chaque
Tribunal ; mais comme il repréfente l’état
des chofes tel qu'il étoit avant la conquête des
Tartares, on ne fait pas difficulté de le rcéti-
fier ici, pour donner une idée plus jufte de l’é-
VIII, Part. Rr
Gouvraw2:
MENT
DE LA CHINE,
Tu-cha-
yuen, ou Tri.
bunal des
Contrôleur:.
Infpeteurs
Syen-chay.
Hyo-yuen &
ihyo, pour
les Letrés.
Muititude
de Tribunaux
fubalternes.
Leurs divers
offices.
CouvERNE-
MENT
DE LA CHINE.
Chanfon par
Jaquelie on
exhorte les
familles au
devoir.
Divifion des
lifpeéteurs.
Jufqu'où s’é-
tend leur au-
torité,
814 VOYAGES DANS L'EMPIRE
nomment U-chin-cha-yuen , ou Vifiteurs des: cinq quartiers de Peking (m),
Les quatre premiers ont l'infpeétion des murs qui environnent la Ville, & cd.
lé des quartiers voifins. Le cinquième eft chargé des ‘murs intérieurs. Les
Mandarins qui compofent ces Tribunaux jouiflent d’une très-grande autorité,
Non-feulement ils ont le pouvoir de faire le procès & d'impofér des châti.
mens aux domeftiques des Mandarins & des autres Seigneurs ; mais fi le cou.
pable mérite la mort où confifcation de fes biens, ils peuvent l'envoyer au
Tribunal criminel.
Ceux de la feconde claffe portent le nom de U:ching-ping-ma-tfe , qui fi.
gnifie Grands Preudts des cing quartiers. Ceux de la troifième claffe fe nom.
ment Tang-quen, ou Prevôts inférieurs des-cinq quartiers. L'office des deux
derniers eft de faire arrêter & mettre en prifon les malfaiteurs de toute efpi.
ce, tels que les joueurs, les vagabonds, &c. d'entretenir des gardes pendant
le jour & de faire des rondes pendant la nuit, de placer des fentinelles pour
veiller aux accidens du feu, &c. Les Capitaines des Corps-de-garde dépen-
dent auffi de ces. deux claffes. 1lya, de dix en dix maïfons, un Capitaine
qui fe nomme Pay , &.de dix en dix Pays il y a un autre Capitaine nommé
L-tong-bye, qui doit informer le Tribunal de tout ce qui fe pañle dans fon dis-
triét, comme des défordres qui arrivent , des Etrangers qui entrent dans la
Ville, &c. Il eit obligé de faire auffi chaque nuit une exhortation à chaque
famille, par une efpèce de chanfon qu’il chante dans les rues, compofée de
cinq couplets, dont voici le fens: ;, Obéïflez à vos parens. Refpeëtez les
» vieillards & vos fupérieurs. Vivez dans l’union. Inftruifez vos enfans. Ne
commettez point d’injuftice.
Dans les petites Villes qui n’ont pas de Mandarins , le foin de faire ob.
ferver ce devoir eft confié à quatre ou cinq Lau-jin , c'eft-a-dire, Vieillards,
fous le commandement d’un Capitaine nommé Hyang-yo où Ti-fang. Cet
Officier chante la même chanfon toutes les nuits. Le premier & le quin-
ze de chaque mois il affemble les Habitans & leur explique les mêmes in.
ftruétions dans un difcours, par des comparaifons & des éxemples (n ).
Les Officiers que ce Tribunal envoye dans les Provinces, font tirés d’un
Tribunal inférieur. de la même efpèce & fe nomment XKo-laus ou Ko-lis,
c'eft-à dire , Infpeéteurs ou Cenfeurs. Ils font divifés en fix claffes , com.
me les fix Tribunaux fuprêmes, dont ils tirent aufi leurs noms & leurs dis-
tinétions. La première s'appelle Li-ko , c’eft-à-dire , Infpeéteurs du Tribu-
nal Mandarin; la feconde, Hu-ko, ou Infpeéteurs du Tribunal de la Tréfore-
rie; & de même pour toutes les autres. Chaque claffe n'étant compofée que
de Mandarins du feptième Ordre (0), elles n'ont aucune fupériorité l’une
fur l’autre,
Lzur autorité eft fi grande, en qualité de Cenfeurs, qu’elle s'étend fur
les fix Tribunaux fuprêmes & même fur les Grands. Les Princes, les Sei-
gneurs & les Vicerois Tartares, ne font point à couvert de leurs accufations,
quoiqu'ils foient immédiatement fous la protettion de la Cour. Ona déja
v
(m) Ceci ne regarde fans doute que la tiers.
Ville Tartare, où eft le Palais; car le même (n) Magalhaens, pag. 227. Il donne ici em
Auteur nous apprend queles deux Villes dont peu de mots un éxemple de ces Difcours..
Peking eft compofée ont chacune cinq, quat- (a) Le même, pag. 227:
vû que,
ofer à la
ner leurs
olitique.
Ko-laus d
furent di
chape à
trouvent
des éxem
pêcher q
menaces
ne leur p
eft d'infi
fert d'eux
du fecret
tfing, vi
marchan(
bang, vil
Syong-chi
LE
comme ©
ployés d
en qualité
reur çon
darin tué
tat; foit
qu'autre
ordinaire
Le T
mes, tir
& à conf
les crime
Les Préf
tans, du
que les r
criminel
San-fa-t}
le Tu-ch
minel s’
parties i
reur Cor
aux Par!
Le 7
Cp) D:
parlé que
(a) Di
(r) O!
ing (m),
le, & cel.
urs. Les
e autorité,
des chti.
fi le cou.
nvoyer au
fe, quifi.
fe nom.
e des deux
oute efpé.
> pendant
elles pour
de dépen:-
Capitaine
e nommé
s fon dis-
it dans la
Là chaque
mpofée de
peétez les
nfans. Ne
: faire ob.
Vieillards,
tirés d’un
pu Ko-lis,
es , com-
leurs dis-
du Tribu-
à Tréfore-
pofée que
rité l’une
étend fur
| les Sei-
ufations,
Dn a déja
vû
onne ici enr
fcours..
DE LA CHINE, Liv IL Cmar. VI 315
vû que, foit par vanité ou par obflination, ces Cenfeurs aiment mieux s’ex-
ofer à la difgrace de l'Empereur & braver la mort même , que d’abandon-
ner leurs pourfuites lorfqu'ils les croient conformes à la jaftice & à la faine
olitique. Ce fut par les informations d’un d'entr'eux que les quatre (p)
Ko-laus dont on a rapporté l'hiftoire & quatre autres Officiers du premier rang
furent difgraciés, pour avoir vendu divers poftes à prix d'argent. Rien n'é-
chape à leur vigilance. Ils n'épargnent pas l'Empereur même , lorfqu'ils
trouvent quelque chofe à blâmer dans fa conduite. L’Hiftoire Chinoife offre
des éxemples furprenans de leur courage & de leur fermeté. Et pour em-
pêcher qu'ils ne fe laiflent corrompre par des efpérances ou intimider par des
menaces (q), on les fixe conftamment dans leurs Emplois , ou du moins on
ne leur permet de s’avancer que dans là même carrière (r). Leur méthode
eft d'informer l'Empereur par des mémoires particuliers. Ce Monarque fe
fert d'eux aufi pour l'éxécution de divers ordres importans, qui demandent
du fecret. Il en députe trois chaque année. Le premier, nommé Syong-
tfing, vifite tous les Marchands de la Cour & de Peking, pour découvrir les
marchandifes contrefaites ou défendues. Le fecond, qui fe nomme Syong-
bang, vilte les fours à chaux de l'Empereur. Le troifième, fous le titre de
Syong-chi-ning-ing , aflifte à toutes les revûes générales des ‘lroupes.
LE ‘Tribunal qui fe nomme Hing-jin-tfe, ell compofé de Doëéteurs, tirés,
comme ceux du précédent , du feptième Ordre des Mardarins. Ils font em-
ployés dans les différentes parties de l'Empire, ou dans les Pays étrangers,
en qualité de Meffagers, d'Envoyés ou d'Ambafladeurs; foit lorfque l'Empe-
reur confére quelques titres d honneur à la mère, ou à la femme d’un Man-
darin tué dans une bataille, après avoir rendu quelqu’important fervice à l’E-
tat; foit lorfqu'il lui plaît de confirmer l’éleétion du Roi de Corée ou de quel-
qu'autre Prince voifin. Ces ambaflades font fort honorables, & ne font pas
ordinairement moins lucratives. .
Le Tribunal Tay li-tfe, c'eft-à-dire, de la Raïfon & de la Juftice fupré-
mes, tire ce nom de fon emploi, qui confifte à éxaminer les Caufes douteufes
& à confirmer ou annuller les fentences des autres ‘Tribunaux, fur-tout pour
les crimes qui concernent les biens, l’honneur « la vie des Sujets de l'Empire.
Les Préfidens de ce Tribunal font du troifième Ordre des Mandarins ; leurs Affif-
tans, du quatrième, & les autres Officiers, du cinquième & du fixième. Lorf
que les raïfons qui ont fait condamner un coupable à la moït par le Tribunal
criminel, paroiffent incertaines à l'Empereur, il renvuïe la caufe au Tribunal
San-fa-tfe , qui eft comme fon Confeil de confcience. Là-deflus le Tay-li-tfe,
le Tu-cha-yuen (s) ou la Cour fupérieure des Vifiteurs, & le Tribunal cri-
minel s’aflemblent , recommencent la difcuflion du procès en préfence des
parties intéréfées & révoquent fouvent la fentence. Ordinairement l’'Empe-
reur confirme la décifion de ces irvis Tribunaux, parce qu’il eft impoñlible
aux Parties d'y rien obtenir par la corruption ou l’artifice,
Le Tribunal Tong-ching-tfe eft chargé de la publication des ordres de l’Em-
pereur,
(p) Dans le récit qui-eft ci-deffus, on n’a
parlé que de trois Ko-laus,
(a) Du Halde, pag. 250.
(r) On affura le Père le Comtè que leur
Rr 2
li-ywen par méprife,
Emploi eft perpétuel, & par la même raifon.
(s) Les Traduéteurs Anglois mettent Tw-
GOUVERNE-
MENT
D£ LA CHINE,
Aquoil'Tiu-
pereur les eme
p'oye.
Tribunal des
Envoyés,
Tribunal de
la Raifon & de
la uftice fu-
prêmes.
GouUvVERNE-
*< MENT
* pr LA CHINE.
Tribunal qui
publie les or-
dres Impé-
riaux;
Tribunal de
Ja Mufique &
des Sacrifices.
Tribunal des
Hôtelleries
Royales,
Tribunal des
Chevaux.
316 VOYAGES DANS LEMPIRE
pereur, & des informations qui regardentles calamités, les oppreffions & les
néceffités publiques, dont il doit avertir l'Empereur. Son office eft auffi de
communiquer à Sa Majefté Impériale, ou de fupprimer, s’il le juge à propos
les Mémoires des Mandarins militaires & des Lettrés, qui viennent des qua-
torze Provinces de l'Empire ; des Mandarins vétérans , qui font difpenfés du fer.
vice ; du Peuple, des Soldats & des Etrangers. Il n’y a que les Mandarins
militaires de la Province de Peking qui ayent droit de sh SN leurs mémoires à
Empereur même. Les Préfidens de ce Tribunal font tirés du troifième Or.
dre; les deux premiers Affiftans, du quatrième ; les deux autres, du cinquié.
me; @& le refte des Officiers, qui font en grand nombre , du fixième & du
feptième.
Le Tribunal Tay-chang-fu eft comme l’aflocié du Li-pu ou du fuprême Tri.
bunal des Rites. Ses Préfidens font du troifième Ordre; fes Afliftans , du
pass & les autres Officiers, du cinquième & du fixième. Ils ont la
urintendance de la mufique & des facrifices de l'Empereur, avec celle des
Temples où ces cérémonies s’éxécutent. Ils ont fous leur jurisdiétion les Bon-
zes mariés (+). Ils donnent des ordres pour la réception & le logement des
Etrangers qui arrivent à la Cour, par deux membres de leur Corps qu'ils
chargent de cette commiffion. Enfin, ils prennent connoiffance des femmes
publiques, des lieux qu’elles habitent & de ceux qui ont ia direétion de cet in-
fâme trafic. Les Chinois donnent à ces Direéteurs le nom de Vang-pus, qui
fignifie des hommes ennemis des huit vertus; c'eft-à-dire, l’obéiffance filiale,
l'affection pour leurs frères & pour leurs autres parens , la fidélité pour leur
Prince, la fincérité, lhonnêteté , la juftice, la modeftie, la chafteté; enfin
tous les Ufages louables. Cette exprellion, obferve l’Auteur, qui ne confifte
qu’en deux mots ou en deux carattères, marque également & la force de leur
Langue & l’eftime qu'ils ont pour la vertu.
LE Tribunal Quau-le-tfe (vw), ou des Hôtelleries Royales, eft chargé des
provifions de vin, d’animaux & de tout ce qui appartient aux facrifices [m-
périaux. H donne fes ordres pour les feftins & les amufemens de ceux qui
font traités aux frais de l'Empereur. C’eft encore un aflocié du Tribunal des
Rites. Ses Préfidens font du troifième Ordre; les deux premiers Affiftans,
du quatrième, & les deux autres, du cinquième. Le refte des Officiers, dont
le nombre eft fort grand, font du feptième.
Les Mandarins du Tribunal Tay-po-tfe font des mêmes Ordres que ceux
du Tribunal précédent. Leur office regarde les chevaux de l'Empereur & ceux
de l'armée. Lorfque leurs agens en ont raffemblé le nombre néceflaire, ils les
envoyent au Tribunal militaire, dont celui de Tay-po-t/è eft un Affiftant, &
qui les diftribue entre les Officiers & les Places de guerre. Pendant le Gou-
vernement des Chinois, ces Chevaux étoient fournis par les Provinces; mais
ils font amenés aujourd’hui nar-les Tartares Occidentaux. L'Empereur enache-
te tous les ans fept mille (x), outre ceux qui font achetés par les Seigneurs,
par les Mandarins civils & militaires, & par le Peuple; ce qui monte au dou-
ble & au triple de ce nombre.
LE
aux Portugais,
(t) Ou ceux de Tan:tfe.
(x) Angl. foixante &. dix mille, R di £,
(vu) Magalhaens écrit toûjours /# pour tfe.
Les Mifionaires François en font un reproche.
Le î
thématic
fixième,
nal eft f
principa
le mouv
d'autres
pations
riages »
coûte q!
de cette
LE 1
qui app:
s'étende
veur pa
Mandar
pendent
CELt
rémonie
falle Im]
Tribuna
Affiftans
du huiti
LE 7
des Ver
des por
facrifice
du Trit
Tribun:
LE (
eft chaï
due
faire u
de l'En
deflus ,
ploi, €
fceaux.
dépêch
les fces
Les Pr
darins
nombr
me Or
LE
PPS
C2 4
ffions & les
eft auffi de
à propos,
t des qua.
nfés du fer.
Mandarins
mémoires à
bifième Or.
du cinquié.
ième & du
prême Tri.
fMiftans , du
Ils ont la
ec celle des
on les Bon.
gement des
orps qu'ils
des femmes
n de cet in.
ang-pus, qui
ance filiale,
é pour leur
eté; enfin,
ne confilte
orce-de leur
chargé des
crifices [m-
e ceux qui
‘ribunal des
Affiftans,
ciers, dont
s que ceux
‘eur & ceux
ire, ilsles
liftant, &
int le Gou-
nces; mais
ur enache-
Seigneurs,
te au dou-
Lo
le, Rd £,
DE LA CHINE, Liv. Il Cnar. VI.
Le Tribunal qui s'appelle Xyn-tyen-kyen , eft celui qui préfide aux Ma-
thématiques. Ses Préfidens fonc du cinquième Ordre; les Afliftans font du
fixième, & les autres Officiers, du feptième & du huitième (y). Ce Tribu-
[44 D 2
31:
GOUVERNE-
MENT.
ne LA CHINE,
Tribunal des
nal eft fubordonné à celui des Rites. Il eft divifé en deux chambres, dont la }{hémau.
principale & la plus nombreufe, nommée Li-ko, ne s'employe qu’à calculer ques.
le mouvement des Aftres, à obferver le Ciel, à compofer le Calendrier & à:
d'autres affaires Aftronomiques. La feconde, nommée Lu-ko, a des occu-
pations particulières, telles que de régler les jours convenables pour les ma-
riages, pour les enterremens & d'autres matières civiles. Mais il ne leur en
coûte que la peine de tranfcrire un ancien Livre Chinois, où toutes les choies
de cette nature font déja reglées, fuivant l'année du cycle féxagénaire (2).
Le Ta-i-yun, ou le Tribunal de la Médecine, eft compofé des Médecins
Tribunal de
qui appartiennent à l'Empereur, aux Reines & aux Princes. Mais leurs foins' la Médecine.
s'étendent à d’autres malades, fur-tout à ceux que Sa Majefté, par une fa-
veur particulière , leur ordonne de vifiter & de traiter eux-mêmes. Les
Mandarins de ce Tribunal font du même Ordre que ceux du précédent & dé-
pendent auffi du Tribunal des Rites.
CeLuri de Hong-lu-tfe fait l'office de premier Huiïflier & de Maître des cé-
rémonies, lorfque l'Empereur donne fes audiences, ou lorfqu’il entre dans la
falle Impériale pour y recevoir l'hommage des Grands & des Mandarins. Ce
Tribunal affifte celui des Rites. Les Préfidens font du quatrième Ordre; les
Affiftans, du cinquième & du fixième, & les autres Officiers, du feptième &
du huitième.
Le Tribunal qui fe nomme Chang-len-yuen, eft chargé du foin des Jardins,
des Vergers & des Parcs. 11 a la furintendance des beftiaux, des moutons ,
des porcs, des canards, des oifeaux & des autres animaux qui fervent aux
facrifices, aux fêtes, & dans les Hôtelleries de l'Empereur. Ïl eft dépendant
du Tribunal des Rites, & fes Mandarins font du même Ordre que ceux des
Tribunaux de Phyfique (a) & des Mathématiques.
Le Chang-pau-tfe (b) eft un Tribunal qui a fon fiége dans le Palais & qui
eft chargé du fceau Impérial. Les Mandarins qui le compofent font obligés
d’avertir l'Empereur lorfque le fceau eft donné a quelque T'ribunal qui en doit
faire ufage & lorfqu’il eft rendu. Ils préparent les fceaux de toutes les Cours
de l'Empire. Ils difpofent les lettres & les marques qui doivent être gravées
deflus, lorfque Sa Majefté honore quelqu'un d’un nouveau titre ou d’un em-
ploi, & lorfque par quelque raifon d'Etat elle juge à propos de changer les
{ceaux. Si le grand ‘l'ribunal des Mandarins a des ordres à donner, où des
dépêches à faire aux Mandarins de la Cour ou des Provinces, il fait demander
les fceaux au Chang-pau-tfe, après avoir obtenu la permiffion de l'Empereur,
Les Préfidens de cette Cour ont deux Affiftans, tous deux Doéteurs & Man-
darins du cinquième Ordre. Les autres membres du Tribunal font tirés du
nombre des Mandarins de faveur. Ils appartiennent au feptième & au huitiè-
me Ordre.
Le Kin-i-ghey, ou le Tribunal des Gardes Impériales, eft compofé de pipe
: ieurs
(b) Ce nom fignifie Pierre précieufe, par
allufion au fceau, qui eft d'une efpèce d'a.
gatbe,
15
(y) Magalhacns, pag, 228,
(2) Du Halde, pag. 69.
Ca) Angh de Médecine, R. d, E,
Tribunal des
Jardins, &e.
Tribunal des
Sceaux.
GoUvrRNE-
MENT
LE LA CHINE.
Tribunal des
Gardes Jinpé-
riales,
Deux Tribu-
naux Subor-
donnés.
Cribunal des
Péages.
Tribunal des
Juges de la
iaifon royale.
Tribunal Su.
prème de cha-
que Province,
318 VOYAGES. DANS LEMPIRE
fieurs centaines de Mandarins militaires, qui font divifés en quatre clafles. Ceux
de la première clafle appartiennent au fécond ordre des Mandarins; ceux de
la feconde, au troifième; ceux de Ja troifième, au quatrième, & ceux de la
quatrième au cinquième. Leur office eft de garder la perfonne de l'Empereur
lorfque ce Prince fort de fon Palais, & lorfqu’il donne audience aux Grands
& aux Mandarins. Ils arrêtent par commiffion les perfonnes d’ün rang ou d'u.
ne naiflance diftinguée. La plûpart font ou frères ou parens des Reines, filsou
neveux des grands Mandarins & de ceux qui ont rendu quelqu’important fer.
vice à l'Etat. Ils ne paflent jamais aux Tribunaux Supérieurs, comme les au.
tres Mandarins; maïs ils s’avancent dans leur propre Tribunal, & fouvent à
la dignité de Chang-pan (c) ou de Ko-lau, c'eft-à-dire, de Confeillers d'Etat,
Quoique Mandarins militaires, ils font éxemts de la jurifdiétion du Ping-pu,
où du fuprême Tribunal des armes, parce qu’ils font dans la dépendance im-
médiate de l'Empereur. L’honneur qu’ils ont d’être fans ceffe près de fa per-
fonne, les fait craindre & refpeéter.
Ce Tribunal en a deux fubordonnés, qui ont chacun leur fége particulier,
Le premier fe nomme Nan-chin, c'eft-a-dire, Tour de Garde de la Cour (d). L’of.
fice de fes Mandarins eft d'accompagner ceux qui font chargés d’arrêter quel.
que Grand. Le fecond, qui s'appelle Pe-chin ou Tour de garde du Nord, reçoit
& garde les prifonniers, jufqu’à ce qu’ils ayent obtenu la liberté ou qu’ils foient
livrés au Tribunal criminel. Les Préfidens de ces deux Tribunaux font du cin-
uième Ordre. Leurs Mandarins inférieurs, dont:le nombre eft fort grand,
one du feptième. :
Les deux Tribunaux nommés Sui-ke-tfe, fubordonnés à celui de Æuw-pu on
de la Tréforerie, font proprement ies Auditeurs des comptes pour les péages
des efclaves, des chevaux, des chameaux & de tout ce qui arrive à Peking
pour y être vendu. Les Préfidens appartiennent au feptième Ordre, & les
Mandarins inférieurs au huitième & au neuvième.
Le Tu-pu eft comme le Tribunal des Juges ordinaires de la Maifon Impé.
riale. Ses Préfidens font du fecond Ordre; fes Affiftans du troifième, les au-
tres Mandarins, du feptième & du huitième. Leur office eft double; ro, ils
arrêtent les voleurs & les brigands, pour leur faire leur procès. S'ils les jugent
dignes de mort, ils les livrent au Tribunal criminel; mais ils puniflent eux-
mêmes les offenfes qui ne font pas capitales, ‘29 Ils arrêtent & puniflent les
Efclaves fugitifs. Ce Tribunal a dans fa dépendance un grand nombre de Ser-
gens & d’Ârchers, qui font d’une adrefle extraordinaire dans l’éxercice de
leur profeilion (e).
(ce) C'eft le titre des Préfidens des fix Tri-
(d) Angl. Tour de Garde du Sud.R. dE.
bunaux fuprêmes.
(e) Magalhaens, pag. 252. & fuivantes.
Tribunaux des Provinces ES des Villes.
HAQUE Province de l'Empire, fans en excepter celle de Pe-che-li, a
fon Tribunal faprême, auquel tous les autres font fubordonnés. Les Pré-
fidens portent les titres de Tu-rang, de Kyen-muen, de Tu-yuen, de Syun-fu &
divers autres, qui n’emportent rien de plus que ceux de Gouverneur de Pro-
vince & de Viceroi. Ces Préfidens font du premier, du fecond ou du troifième
Ordre des Mandarins, comme il plaît à l'Empereur. ls font chargés de qi
e
le gouve
Peuple &
niquent |
mes.
périeurs
Province
importan
Les
le Vifite
ping, Où
rieurs, P
lais dans
devoir les
tion. Le
naux CO
font que
confidéral
rins. L’a
de dignité
inférieurs
toutes les
nus de la
Tour
criminel.
dent, qui
& deux 2
criminel,
dre; & p
To-tfe, el
nom de &S
commun
chaque P:
l'Emperet
vince, de
taus, ont
de leur di
Le Tumye
pouvoir d
fuprêmes
OuTRr
Jliers à cer
les Mand:
& à coup:
nu Impéri
_ darin gén
(a) Mas
(&) Mag
les. Ceux
; ceux de
“eux de la
Empereur
1x Grands
ng ou d’u-
es, filsou
ortant fer.
me les au.
fouvent À
rs d'Etat,
u Ping-pu,
dance im-
de fa per-
particulicr,
(d). L'of-
rêter quel-
ord, reçoit
u’ils foient
ont du cin-
fort grand,
e Hu-pu où
les péages
e à Peking
re, & les
ifon Impé-
e, les au-
les 1°, ils
s les jugent
iffent eux-
niffent les
bre de Ser-
xercice de
Sud. R. dE.
fuivantes.
Pe-che-li, a
. Les Pré-
Syun-fu &
ur de Pro-
troifième
és de tout
le
DE LA CHINE, Liv. Il Cnar. VI. 319
le gouvernement, en paix comme en guerre, avec une égale autorité für le
Peuple & fur les Soldats, dans les matières civiles & criminelles. Ils commu-
niquent lés affaires d'importance à l'Empereur & aux fix Tribunaux fupré-
mes. D'un autre côté, tous les ordres Impériaux & ceux des Tribunaux fu-
périeurs font adreflés à ces Cours Provinciales ; @& tous les Mandarins des
Provinces font obligés de s'y rendre lorfqu’il s’agit de quelque délibération
importante.
Les Préfidens de chacun de ces Tribunaux font le Viceroi de la Province,
le Vifiteur, qui porte le titre de Ngan-tay, ou de Nyan-yuen , & le Tjong-
ping, ou le Général des Troupes. Ils ont fous eux quantité de Mandarins infé-
rieurs, pour les afifter dans l'expédition des affaires. Quoiqu’ils ayent leur pa-
Jais dans la Capitale de la Province, ils n’y réfident pas continuellement. Leur
devoir les oblige de fuivre les affaires & de parcourir les Villes de leur jurifdic-
tion. Le palais qui fert de fiége à ce Tribunal renferme deux autres Tribu-
naux comme ceux de la Cour, maïs qui ne lui font point inférieurs, & quine
font que fes Affiftans. Celui de la gauche fe nomme Tfan-ching. C'eft le plus
confidérable. Ses Préfidens font du fecond & du troifième ordre des Manda-
rins. L'autre, qui eft à droite, & qui porte le nom de Tfun-i, a des Préfidens
de dignité égale, tirés du fecond degré du quatrième ordre. Les Mandarins
inférieurs de ces trois Tribunaux fe nomment Cheu-lyen-quan. Ils décident de
toutes les affaires civiles; ils font les payemens publics & reçoivent les reve-
nus de la Province (a).
Toures les Capitales des Provinces ont deux Tribunaux, l’un civil & l’autre
criminel. Le premier, quife nomme Pu-ching-tfe, eft gouverné par un Préfi-
dent, qui peut être comparé à nos Tréforiers généraux de Province en Europe,
& deux Affiftans, qui font toûjours Mandarins du fecond ordre. Le Tribunal
criminel, nommé Ngan-cha-tfe, a pour Préfident un Mandarin du troifième or-
dre; & pour Affiftans, deux claffes de Mandarins. La première, qui s'appelle
To-tfe, elt du premier ordre. La feconde, qui eft diftinguée de l’autre par le
nom de Syen-t/e, eft du cinquième ordre. Mais les deux claffes portent lenom
commun de Tau-li.
chaque Province. Ils ont leurs Tribunaux refpeétifs. Leur office eft d'informer
l'Empereur de tout ce qui fe pafle, furtout lorfqu’il n’y a point, dans la Pro-
vince, de Vifiteur envoyé par la Cour. Quelques-uns, fous le nom d'Zchuen*
taus, ont la direétion des Poftes, des Hôtelleries Impériales & des Barques
de leur diftriét. D’autres, nommés Ping-pi-taus, ont l’infpeétion des Troupes.
Le Tumyen-tau eft chargé de la vifite des Côtes Maritimes (»). Tous ont le
pouvoir de punir les criminels, & font comme les fubftituts des fix Tribunaux
fuprêmes de la Cour.
OuTRE les Tribunaux communs à chaque Province, il y en a de particu-
Jiers à certains lieux, dont les fonétions font auñffi particulières. Tels font, r°.
ls Mandarins du fel, dont l'office confifte à le diftribuer dans les Provinces,
& a couper le cours au Commerce clandeftin, qui feroit préjudiciable au reve-
nu Impérial. Le Préfident de ce Tribunal fe nomme Yen-fa-tau. 920. Le Man-
- darin général du tribut du riz, qui fe nomme Lyang-tau. 3°. Un autre Man-
darin:
(a) Magalhaens, ubifup. pag. zar. & fuiv.
(4) Magalhaens "ait que leur emploi eft
de fécher les terres & d'applanir les grands:
chemins,
Ces Mandarins font les vifireurs des différens diftriéts de .
GOUVERNE-
MENT
DE LA CHINE.
Deux Tribu.
naux civil &
criminel dans
chaque Ca.
pitale.
Tribunaux.
particuliers.
GOUVERNE-
MENT
DE LA CHINE.
Tribunal de
chaque dif-
triét,
Nombre des
Tribunaux in-
térieurs des *
Provinces.
Ce que c’eft
que le Chi-fu.
Le Chi-cher,
Le Chi-yen,
920 VOYAGES DANS L'EMPIRE
darin général, nommé Hyo-tau, qui préfide à l'éxamen des Etudians de Ja Pro. À
vince & de ceux qui fe préfentent pour les Degrés. Il feroit trop long de s’é.
tendre fur quantité d’autres Offices particuliers (c).
CHaque diftriét a, comme chaque Province, fon propre Tribunal, ou fa
Cour ; dont l’objet principal eft l'entretien de l’ordre & l’obfervation de la Juf.
tice, Il réfide dans la principale Ville de chaque diftriét ; foit qu’elle foit du
premier, du fecond, ou du troifième rang; c'eft-à-dire, Fu, Cheu, où Hyen,
Ces Préfidens font les Gouverneurs des diftriéts & des Villes, qui tirent de-li
leurs titres de Chi-fu, Chi-cheu & Chi-yen. ;
ON compte à la Chine cent foixante-treize Tribunaux ou Jurifdiétions 74
qui reffortiflent immédiaternent aux Officiers généraux & aux Gouverneurs de
chaque Province; quatorze cens huit. Tribunaux inférieurs, ou Jurifdiétion
fubordonnées , qui dépendent immédiatement des Chi-fus , dont onze cen
foixante-treize font hyens, & deux cens trente-cinq cheus. Ces derniers néan.
moins ont quelque différence entr'eux. Quoique la plûpart n'ayent pas d'auto.
rité fur les hyens, il y en a quelques-uns qui ont un, deux, trois ou quatre
hyens fous leur jurifdiétion, & dont l'autorité, prefqu’égale à celle des Chi.
fus, dépend immédiatement du Viceroi de la Province (d). ;
Dans toutes les Provinces, à l’éxception de Peking, le Chi-fu des Villesdu
premier rang eft un Mandarin du quatrième ordre, qui a trois Affiftans, nom.
més le Tong-chi, le Tong-puen, & le Chui-quau, du fixième & du feptième or.
dre. On les appelle auffi le fecond, le troifième & le quatrième Seigneur, d:
la feconde, de la troifième& de la quatrième chaire; c'eft-à-dire , de la fecon.
de, de la troifième & de la quatrième Ville; parce que le Préfident fe non:
me le premier Seigneur, & que la première chaire eftla première Ville. Il y:
uatre autres Mandarins inférieurs, nommés le Xing-lue-chu-tfe, le Chau-m,
& le Xin-hyau, qui font du feptième, du huitième & du neuvième ordre. Tou-
tes les grandes Villes de l'Empire ont le même nombre deces Mandarins. Mai
il eft double dans les Villes où le commerce eft floriffant & dont le diftriét elt
d’une grandeur extraordinaire (e).
Le Chi-cheu, ou le Préfident du Tribunal, dans les Villes du fécond rang,
eft du fecond degré du fecond ordre des Mandarins. Il a deux Affiftans, dont
le premier porte le titre de Cheu-long, & l’autre celui de Cheu-puen, tous deux
du fecond degré du fixième & du fepti ème ordre. [ Outre cela il a encore fousg
lui un troifième Mandarin, nommé Li-mo, du fecond degré du neuvième or-
dre.] Le Peuple donne àce Préfident, ou à ce Gouverneur , lenom de Zay-w,
qui lignifie Grand & Premier Seigneur. Les trois Officiers fubordonnés fe nom-
ment le fecond, le troifième & le quatrième Seigneur.
LE Chi-yen, ou le Préfident du Tribunal dans les Villes du troifième rang,
eft du premier degré du feptième ordre. Il a auffi deux Affiftans, doncle pre-
mier, nommé Hyen-ching, eft du huitième ordre, & le fecond, qui fe nom-
me Chi-pu, du neuvième. Un troifième Officier, qu’il a fous lui & qui porte
le titre de Tyen-tfe, n’eft d'aucun ordre; mais s’il remplit bien fes fonctions
pendant trois ans, il ne manque point, comme on l'a déja remarqué, d'être
avancé fur la recommandation du Gouverneur.
Daxs
Ce) Le même, pag. 242, Du Halde, pa- (4) Du Halde, pag. 5.
ge 251. (e) Magalhaens, ubi Jup. Dag: 244
Dan
chacune
qui eft
tingué F
fous de
Fu-in qu
ping-hyer
l'Empire
du quat
ne font
d'inftrui
récompd
les facri
eft le mi
bunaux
Peking.
dre des
Affiftans
IL y
les Ma
Wey-che:
Ville. 1]
la cond
de leur
qui font
mes dift
s’en rap
poufler
en a qu
ride Quey
vince de
ces, ell
& d'un
militairé
Les
dent po
leur rap
yen,
même €
dépende
obligés.
mens di
(f) M
(8) L
pour écri
d'une gra
la parcou
VIII
D
lians dela Pro. À
P long de s’é.
ribunal, ou f
tion de la Juf.
qu’elle foit du
beu, où Hyen,
ui tirent de-}
rifdiétions Z4,
Juverneurs de
à Jurifdiétions
nt onze cen
derniers néan.
nt pas d'auto
rois ou quatre
celle des Chi.
u des Villes du
Mftans, nom.
feptième or.
Seigneur, di
, de la fecon
ident fe non:
e Ville, Il y:
» le Chau-m,
> ordre. Tu.
ndarins. Mais
: le diftriét eft
fecond rang,
ffiftans, dont
en, tous deux
a encore fousf
neuvième or-
om de Zay-va,
onnés fe nom-
oifième rang,
, donrle pre-
qui fe nom-
i & qui porte
fes fonctions
arqué, d'être
Dans
pag. 244
DE LA CHINE, Liv. II Cuar. VI.
Dans les Villes dont le diftriét eft fi grand qu'elles pañlent pour doubics,
chacune des deux parties a fon Tribunal particulier, outre celui de Chi-fu,
qui eft toûjours le plus nombreux, & le plus puiflant, & qui eft fouvent dif-
tingué par un autre nom. Peking, par éxemple, étant divifé en deux Villes,
fous deux Gouverneurs différens, a deux Tribunaux fubordonnés à celui. du
Fu-in qui eft le principal; l'un nommé Tay-bing-byen , l'autre qui s'appelle Ven-
ping-hyen. Les deux Gouverneurs ont la fupériorité fur tous les Chi-fus de
l'Empire. Ils font du troifième ordre des Mandarins, & leurs Affiftans font
du quatrième. Le prémier a la furintendance des Etudians & des Lettrés qui
ne font point encore parvenus au degré de Mandarins. L'office du fecond eft
d'inftruire le Peuple & de le garantir de l'oppreflion, de punir le vice & de
récompenfer la vertu, enfin dé préparer le lieu & les chofes néceffaires poux
les facrifices publics. Dans les autres Villes, l'objet des Tribunaux inférieurs
eft le même, à l'exception du dernier de ces articles. Leurs Cours & leurs Tri-
bunaux fupérieurs ont aufi les mêmes fonétions que le premier Tribunal de
Peking. Les Préfidens, dans les Villes où la Cour réfide, font du fixième or-
dre des Mandarins; mais ceux des Provinces font du feptième ordre; & les
Affiftans, du feptième, du huitième-& du neuvième (F).
Iz yad'autres Tribunaux dans les Villes qui fe nomment Æ#eys, & dont
les Mandarins ou les Gouverneurs font Officiers militaires, fous le titre de
Wey-cheu-peys.. Leur jurifdiétion ne s'étend guêres au-delà des murs de leur
Ville. 11 y en a d'autres dans les Villages; & leur office fe borne à veiller fur
la conduite de ceux qui doivent quelque fervice au Public par les engagemens
de leur naïffance ou par les obligations de quelque emploi. Ces Tribunaux,
qui font diftingués auffi par des nems propres, font quelquefois dans les mé-
mes diftriéts, comme ceux des Chi-fus & des Chi-yens; de forte que fi l’on
s’en rapportoit aux Liftes des Mandarins & aux Hiftoires des Provinces, fans
poufler plus loin fes informations, on compteroit trois Villes “ &) lorfqu’il n’y
enaquune. Par éxemple, la Ville qui s’appelle Li-ping-fu, dans la Province
321
ppde Quey-cheu, eft en effet la même qui s'appelle aufi Kay-wey, [ dans la Pro-
vince de Hu-quang.] C'eft que fe trouvant fituée fur les bords de deux Provin-
ces, elle eft tout à la fois le Siége d’un Chi-ft de la Province de Quey-cheu ,
& d'un Wey-cheu-pey qui dépend de celle de Zu-quang en qualité d’Officier
militaire (h ). . AH ER nd
Les Gouverneurs de Villes quine font que Mandarins inférieurs, ne déci-
dent point ordinairement des affaires importantes. Ils font obligés d’en faire”
jeur rapport aux Mandarins fupérieurs, c’efl-à-dire, au Pu-ching-tfe & au Fu-
uen, qui n'ont au-deffüus d'eux que les Tribunaux de Peking. Le Tfong-tu
même eft foumis aux mêmes Tribunaux (i). Comme les Officiers militaires
dépendent aufli, à quelques égards, .de l'autorité du Viceroi, & qu'ils font
obligés, fous de rigoureufes péines, de lui donner avis des moindres mouve-
mens du Peuple dans leurs diftriéts, il arrive à la fin que prefque toutes Las
« aires
formations ; mais qu’il faut d’autres 1econrs
convenables.
(b) Du Halde, pag. 2.
(i) Le même, pag. 257,
(f) Magalhaens, pag. 256.
(g) L'Auteurobferveici, avecraifon, que
pour écrire avec certitude fur la Géographie
d'une grande Région, ce n’eft point affez de
la parcourir fimplement & d'y prendre des in-
VIII. Part. Ss
Gouvrnne:
MENT
DZ LA CHINE,
Villes dou-
bles, avecun
Tribunal dans
chaque partie.
Autres Tri.
bunaux parti
culièrs,
Bornes des
Mandarins in-
férieurs.
GouverNt-
MENT
DE LA CHINE.
Six fortes
d'Officiers in-
férieurs dans
les Tribu-
naux,
Tribunaux
de Kyau-
quans pourles
Lettrés,
Freins des
"Cribunauxin-
férieurs.
yu-fa.
922 VOYAGES DANS LEMPIRE
faires du Gouvernement, militaires, civiles & criminelles, font apportées de.
vant fon Tribunal; & ce qui augmente encore l'étendue de fon pouvoir, c’eft
que toutes les décifions des Cours fuprêmes de Peking font ordinairement fon.
dées fur les informations qu’elles reçoivent de lui. Elles ne manquent guères
non plus de ratifier les Sentences qu'il porte contre les Mandarins inférieurs,
foit qu'il les déplace, comme il en a le droit, foit qu'il commence par leur
ôter feulement leur fceau (k). ie
Cnaque Préfidenc a les Officiers de fon Tribunal logés dans fon Palais,
Ces Officiers font des Notaires, des Sécretaires, &c. On en diftingue fit for-
tes, dont les fonétions font les mêmes que dans les fix Cours fuprêmes de Pe.
king; de forte qu’un Officier fubalterne fait en raccourci dans fon Tribunal ce
qu’il doit faire quelque jour, en grand, dans les-Cours fupérieures qui regar-
dent toute l'étendue de l’Empire. 1ls font entretenus aux dépens du Public,
& leurs places font à vie. Aufñi les affaires vent-elles fans interruption, quoi-
que les Mandarins foient fouvent changés, foit lorfqu’ils font dépofés, foit
lorfqu’ils paflent dans quelque autre Province (7).
Toures les Villes de l'Empire ont un Tribunal, compofé d’un Préfident
& de deux ou trois Affiftans au moins, "qui fe nomment Xyau-quans, ou Ju-
es des Lettrés. Leur office eft de prendre foin des Sciences & de ceux qui
es cultivent, de veiller particulièrement fur la conduite des Bacheliers, qui
font en très-grand nombre, & la plupart fort pauvres; mais que la confian-
ce qu'ils ont à leurs priviléges rend quelquefois infolens. Ils employent tou-
tes fortes de rufes, & même la violence pour tirer de l'argent des riches &
des pauvres ; & fouvent ils manquent de refpeét pour les Préfidens & les Gou-
verneurs. La Cour des Hyau-quans a droit de les punir, foit par le fouet &
par d’autres peines, foit en les dégradant, lorfqu'ils deviennent incorrigibles,
Eette autorité la rend fort redoutable aux Bacheliers ; d’autant plus qu’elle à
droit aufli d’afflembler de tems en tems tous.les Gradués de la Ville & les vieux
Mandarins que leur âge difpenfe du fervice, pour les éxaminer & leur don-
ner des thêmes, comme on l’a déja rapporté. Ainfi ces Officiers font moins
des Magiftrats que des Profeffeurs (m).
Les Tribunaux inférieurs des Provinces & des Villes font bridés par di-
vers freins, comme les Tribunaux fuprêmes de l'Empire; fur-tout par les Vi.
fiteurs ou les Cenfeurs qui portent le titre de Ko%, de Ko-tau, & de Ko-tau-
Auffi-tôt que les quatorze Vifiteurs, envoyés par le Tribunal de 74-
cha-yuen, mettent le pied dans leurs Provinces refpeétives, ils prennent la fu-
périorité fur les Vicerois & fur tous les autres Mandarins. L’effroi qu’ils ré-
pandent eft fi général, qu’il fait dire en proverbe : Le rat a vi le chat. Ce
n'eft pas fansraifon, puifque le droit de ces Cenfeurs va. jufqu’à leur ôter leurs
emplois & ruiner leur fortune. Après leur vifite, ils retournent à la Cour ,
chargés ordinairement de quatre ou cinq cens mille écus , que les Man-
darins coupables ieur donnent volontairement pour éviter d’être accufés de-
vant l'Empereur. D’autres leur offrent quelque argent pour fe garantir
des faufles informations. Leurs dépouilles font partagées entre les pre-
miers Préfidens & leurs Affiftans, qui rendent compte enfuite de leur vifite à
l'Empereur.
(x) Le même, pag. 3.
Cm.) Magalhaens, ubi [up pag. 247:
(!) Le même, pag. 285,
j'Empe
que fu
ceux à
Comme
rien n°
voir de
d'en dé
par und
miers d
voir,
preuve
ILs
fe répa
voyées
Ja moi
conclu
maintie
intriguc
reur, q
tement
comme
s'attire
EN
tions.
leurs p
été ma
pourfui
décour:
grader,
bat ent:
Mais lo
blic, &
lui font
une fav
Nav
droit,
auf ter
nant le
l’auteur
dangere
race ;
e pein
lui dont
{ecréter
Jortées de.
voir, c’eft
ment fon-
ent guères
inférieurs,
> par leur
fon Palais,
zue fix for-
nes de Pe.
‘ribunal ce
qui regar.
du Public,
ion, quoi-
pofés, foit
Préfident
ns, Ou Ju-
e ceux qui
eliers, qui
a confian-
oyent tou-
riches &
& les Gou-
e fouet &
orrigibles,
qu'elle a
les vieux
leur don-
Ont moins
és par-di-
ar les Vi.
e Ko-tau-
al de 74-
ent la fu-
qu’ils ré-
chat. Ce
ôter leurs
la Cour ,
les Man-
cufés de-
garantir
les pre-
vifite à
mpereur.
247e
DE LA CHINE, Liv. I. Car. VI.- 323
l'Empereur. On ne voit guères tomber Ia févérité de ces redoutables Juges
ue fur ceux dont les défordres font trop éclatans pour être déguifés, ou fur
ceux à qui la vertu ou la pauvreté ne permet pas de gratifier leur avarice (n ).
Comme leur vigilance eft extrême, & qu'ils font bien fervis par leurs efpions,
rien n'échappe à leur connoiflance. Si quelque Mandarin a négligé fon de.
voir dans une occafion d'importance, & que le Viceroi ne fe foit pas hâté
d'en dônner avis, ils doivent en informer les Cours Suprêmes & l'Empereur
par une accufation publique. C’eft un grand honneur pour eux d’être les pre-
miers qui découvrent le défordre. D'un autre côté, s'ils manquent à ce de-
voir, ils font expofés à perdre leurs emplois. On ne leur demande point de
preuves formelles. Il fuffit que leur rapport ait l'air de la vérité.
ILs employent, pour informer l'Empereur, laméthode des fuppliques, qui
fe répandent aufli-tôt dans toutes les parties del'Empire. Lorfqu'elles font ren-
voyées aux Tribunaux, fuivant l’ufage, il eft rare que les Mandarins y faflent
Ja moindre objeétion, dans la crainte d’être eux-mêmes accufés. On en doit
conclure que leur pouvoir a peu de bornes; mais rien ne contribue tant au
maintien de la paix, du bon ordre & des anciens ufages. S'il arrive que les
intrigues des Grands qu’ils ont accufés, ou le reffentiment même de l'Empe-
reur, qui s’offenfe quelquefois de leur avis, les expofe à quelque mauvais trai-
tement, ils font regardés de toute la Nation comme les Pères de la Patrie, &
comme les Martyrs du bien public; tandis que l'Empereur ne manque pas de
s’attirer des noms odieux, que l’Hiftoire tranfmet à la poftérité.
EN un mot, ces Cenfeurs ont une fermeté furprenante dans leurs réfolu-
tions. Sila Cour, ou le grand Tribunal, entreprend d’éluder la juftice de
leurs plaintes, ils retournent à la Charge, ils font connoître que les loix ont
été mal obfervées. On en a vû quelques-uns perfifter pendant deux ans à
pourfuivre un Viceroï, foûtenu par tous les Grands de la Cour, &, fans étre
découragés par les délais ni effrayés par les menaces, forcer la Cour à le dé-
grader, dans la crainte de mécontenter le Peuple. C'eft une efpèce de com-
bat entre le Monarque & l'Etat, au nom duquel les Cenfeurs paroiflent agir.
Mais lorfque le Prince fe rend à leurs inftancrs, il reçoit les éloges du Pu-
blic, & tout l’Empireretentit de fes louanges. Les Cours Suprêmes de Peking
lui font des remercimens, & ce qu’il accorde à la juftice eft regardé comme
une faveur fingulière (0).
N'avareTTE obferve que les Vifiteurs portent le fceau Impérial attaché au bras
droit, & qu'aufli-tôt qu'ils l’ontreçu del'Empereur, ils deviennent, dit-il(p)},
auffi terribles que la foudre. Un d’entr'eux ayant perdufonfceau, & foupçon-
nant le Gouverneur de la Ville, qu’il regardoit comme fon ennemi, d'être
l'auteur de fon malheur, difparut fubitement , fous prétexte d’une maladie
dangereufe. Un Mandarin de fes amis jugea qu’il lui étoit arrivé quelque dif-
gs & s'étant rendu à fon Palais, dont il n’obtint l'entrée qu'avec beaucoup
e peine, il apprit enfin de lui-même le fujet de fon chagrin. Le confeil qu'il
lui donna fut de mettre le feu à fon appartement, après en avoir fait retirer
fecrétement fes meilleurs effets, & de prendre droit de cet accident pour met-
tre
(p) Navarette, pag. 18.
en) Magalhaens, pag. 222.
o) Du Halde, pag. 70 & 150.
GouvezRNE-
MENT
DE LA CHINE.
Méthode des
Vifiteurs pour
informer la
Cour.
Leur fermeté,
Commentles
Vifiteurs por-
tent le Sceau. :
Avanture
fingulière
d'un Vifteur.
GouvERNE-
MENT
LA LA CHINE.
Comment fe
jugent les pe-
tites Caufes,
Formes de
jugement
pour les Cau-
fes importan-
nes,
Juges civils
& militaires,
g24 VOYAGES DANS LEMPIRE
tre publiquement entre les mains du Gouverneur le petit coffre où l’on garde
les fceaux, en le priant de fe charger du dépèr. » S'il vous à dérobé Votre
» fceau, ajoûta le Mandarin, il ne pourra fe difpenfer de le remettre dans le
» coffre, ou du moins vous porn l'accufer lui-même de l’avoir perdu. Il pa.
roît, fuivant le récit de Du Halde, que cet artifice eut tout le fuccès que le
Mandarin avoit prévu, & que le Vifiteur retrouva fon fceau (4).
(4) Du Halde, pag. 243
Méthode des Chinois dans les affaires civiles € criminelles.
HAQUE Magiftrat, de quelquerang qu’on le fuppofe, a fon Tribunal,
qui porte le nom de Tamen. Après l'information qu’il reçoit des Parties,
& quelques procédures, dont le foin appartient à d’autres Officiers, il pronon.
ce la Sentence, telle qu'il s’y croit obligé par la juftice. Celui qui perd fa cau-
fe eft quelquefois condamné à la baftonade pour avoir commencé un procès a-
vec de mauvaifes intentions, ou pour l'avoir foûtenu contre toute apparence
d'équité (a).
Les petites caufes font portées ordinairement devant les Tribunaux infc.
rieurs. Cependant la Partie qui fe plaint a toûjours la liberté de s’adrefler aux
Cours fupérieures. Par éxemple, un Habitant d’une Ville du premier rang, au-
lieu de porter fa plainte à fon propre Gouverneur, peutavoir recours au Gou-
verneur de la Capitale de fa Province, ou même au Viceroi; & lorfqu’un Juge
fupérieur a pris connoiffance d’une affaire, les Juges inférieurs n’y ont plus au.
cune part, à moins qu’elle ne leur foit renvoyée, comme il arrive fouvent.
Pour les affaires d'importance, l’appel eft toûjourslibre des Vicerois aux Cours
fuprêmes de Peking, fuivant la nature de la caufe. Là, elle eft d’abord éxa-
minée dans un des Tribunaux fubalternes, qui en fait fon rapport au Tribunal
fuprême. Le Préfident porte fon Jugement, mais c’eftaprès avoir eonféré avec
fes Affiftans, & communiqué fon avis au Ko-lau, qui en informe l'Empereur.
Quelquefois Sa Majefté fait recommencer les informations; d'autres fois, elle
prononce fur le champ. Alors, la Cour fuprême dreffe la Sentence au nom
de Sa Majefté Impériale, & l’envoye au Viceroi de la Province, quidemeure
chargé de l’éxécution. Une décifion dans cette forme eftirrévocable. Elle por-
te le nom de Saint Commandement, fans défaut &5 Jans partialité (b).
Quezque déférence que les Mandarins marquent pour les ordres & pout
les moindres fignes de la volonté de l'Empereur , ils ne manquent point defer-
meté dans l’occafion. Lorfqu’il interroge les Tribunaux pour en tirer des in-
formations, ils n’ont à craindre ni blâme ni reproche fi leur réponfe eft con-
forme aux loix. Au contraire, s'ils s’écartent de cette regle, les Cenfeurs de
l'Empire ont droit de les accufer, & l'Empereur celui de les punir.
Comme toutes les Cours Provinciales dépendent des Vicerois & des quatre
Officiers généraux qui lui fervent d’Affiftans, fuivant la nature des affaires,
les caufes qui regardent le revenu Impérial & les matières civiles reflortiflent
au Tribunal Pu-ching-t/e, ou du Tréfor général; les caufes criminelles vont au
Ngan-cha-tfe, qui eft comme le Lieutenant criminel; celles aui ge 2.4
oftes
(a) Le même pag. 3. (b) Mémoires du Père le Comte, pag. 269:
Poites
provifid
tre les
Tribun
fuborda
du Vice
d'afifte
AJo
bien ils
l'admin
le pofé
ties.
leurs dt
verfaire
A lé
conduir
ce pour
malités
ilalep
min, Oo!
pon, ui
coups d
ceux au
étant re
de riguc
L'E
à moins
Si l'Em
peut no
ce que |
pourroit
matière.
par cinc
de revo:
duite de
la fauve
Janguir 1
LES
ne font
ment Co
eution,
prétend
mée cau
ion eft
(ce) Ch
füivantes,
(d) Le
on garde
bé votre
> dans le
lu. Il pa.
ès que le
Tribunal,
s Parties,
il pronon-
rd fa cau-
procès a-
apparence
naux infé-
reffer aux
rang, au-
rs au Gou-
qu'un Juge
nt plus au-
e fouvent,
aux Cours
abord éxa-
Tribunal
féré avec
Empereur.
fois, elle
e au nom
idemeurc
Elle por-
es & pout
bint de fer-
rer des in-
e eft con-
enfeurs de
des quatre
affaires,
effortiffent
les vont au
ardent les
Poftes
, pag. 269:
Poftes ou le Sel appartiennent au Hyen-tau ; enfin celles qui concernent les
provifions qui fe lèvent à titre de tribut, font portées au Lyang-tau. Mais ou-
tre les affaires qui font propres àces quatre Officiers, on peut s’adreffer à leur
Tribunal dans d’autres Cas, parce que toutes les Cours inférieures leur étant
fubordonnées, les Préfidens de ces Cours font par leur pofte même Confeillers
du Viceroi, & qu'en cette qualité ils font obligée plufieurs fois chaque mois
d'afifter à fon Tribunal pour les affaires importantes de la Province (c).
AjoûrTons pour la gloire des Légiflateurs Chinois, & pour montrer com-
bien ils avoient à cœur le véritable intérêt du Peuple, qu’on ne payerien pour
ladminiftration de la Juftice. Comme l’officede Juge ne coûte rien à celui qui
le pofède & que fes appointemens font reglés, il ne peut rien éxiger des Par-
ties. Ainfi les plus pauvres Plaideurs font en état de faire valoir la Juftice de
leurs droits & ne craignent point d’être opprimés par l'opulence de leurs ad-
verfaires (d). a
A l'égard des procédures criminelles, il n'eft pas befoin d’un Decret pour
conduire les coupables devant la Juftice, ni que le Magiftrat tienne audien-
te pour écouter lés accufations & les défenfes. On n'éxige pas tant de for-
malités à la Chine. Dans quelque lieu qu’un Magiftrat découvre du défordre,
il a le pouvoir de le punir fur le champ, foit dansles rues ou fur le grand che-
min, ou dans les maifons particulières. Il peut faire arrêter un joueur, unfri-
pon, un débauché; &, fur un fimple ordre, lui faire donner vingt ou trente
coups de fouet. Malgré ce châtiment, le coupable peut encore être cité, par
ceux auxquels il a fait tort, devant quelque Cour fupérieure, où fon procés
étant recommencé dans les formes il eft quelquefois châtié avec beaucoup plus
de rigueur (e).
L'ÉMPEREUR nomme un Commiflaire pour toutes les caufes criminelles,
à moins que le rang ou la naïffance du coupable ne le mette en droit de le recufer.
Si l'Empereur n’approuve pas la prémière Sentence du Tribunal Criminel, il
peut nommer d’autres Juges pour recommencer l'éxamen du coupable, jufqu’à
ce que leur Jugement s'accorde avec le fien. Sanscefrein, l'argent ou l'artifice
pourroit fauver un homme dont la vie eft nuifole à l'Etat (f). Avant que les
maticres criminelles foient abfolument décidées , elles paflent ordinairement
par cinq ou fix Tribunaux fubordonnés les uns aux autres, qui ont tous droit
de revoir les procédures, & de recevoir des informations fur la vie & la con-
duite des accufés & des témoins. Ces délais font favorables à l'innocence, &
la fauvent prefque toûjours de l’oppreffion, quoiqu'elle demeure expofée à
Janguir long-tems dans les chaînes (g).
Les voleurs qui font pris armés font condamnés à mort par la loi. S'its
ne font point en étaê de tuer ou de bleffer, on leur fait fubir quelque châti-
ment corporel, füivant la nature du vol, Si leur entreprife n’a point eu d'éxé-
eution, ils en font quittes pour vingt ou trente coups de bâton. Les Chinois
prétendent que ces brigands dérobent à la faveur d'une drogue , dont la fu-
mée caufe un profond fommeil à tous les Habitans d’une maifon. Cette opi-
nion eit fi bien établie à la Chine, que les voyageurs font mettre pendant la
nuit :
aus. Chine du Père du Halde, pag. 70. & {
ivantes, ;
«) Lemême, pag, 269.
f) Le même, pag. 284.
| )
(d) Le Comte, wbi Jup. pag. 287. g) Du Halde, pag. 130,
S 3
DE LA CHINE,Liv. IL Cuar. VL ges
Gouvernr-
MENT
D£ La Cine.
L'adminit-
tration de la
Juitice eit 3ra-
tuite,
Procédures
criminelles,
©
Comment ls
voleurs {ont
traités,
. 826 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Gouvenwe. nuit, dans Jeur chambre, un baflin d’eau fraîche, comme un préfervatif in.
menr faillible contre la force du charme (h).
ne LA CHinr. LA battonade, le carcan & l'emprifonnement font les feules punitions que
Pouvoir des Jes Mandarins provinciaux puiflent impofer aux criminels. Ils ont droit à la
Juges pour vérité de condamner au banniffement; mais leur fentence doit être confirmée
condamner au l'égard de la vie. il Ann à
fupylice, par les Cours fuprémes. À l'égard de la vie, ils ne peuvent l'ôter à perfonne
fi ce n’eft dans les cas où la jultice doit être promte, tels que la Sédition &
la révolte, L'Empereur donne alors au Tfong-tu, & même au Viceroi, le
pouvoir de faire conduire fur le champ les coupables au fupplice ( id:
os ve Lorsqu'un criminel doit étre condamné à mort, les 1 le font ame.
pie ner au Tribunal, où l’ufage eft de lui préparer un repas fort court. On ne
ceux qui font È + . :
condamnés à manque pas , du moins avant que de lui prononcer fa fentence, de lui offrir
luort, un verre de vin, qui fe nomme T/f-Jong (k). Après la leéture de la fenten.
ce, la plûpart de ces malheureux s’emportent en inveétives contre ceux qui
les ont condamnés. Les Mandarins écoutent leurs injures avec beaucoup de
atience & de compaflion. Mais on leur met bien-tôt dans la bouche un bäil.
on, avec lequel on les mène au lieu de l'éxécution. D'autres ne font que
chanter dans le chemin qui les conduit à la mort, & boivent joyeufement le
vin qu’ils reçoivent de leurs amis, qui attendent leur arrivée pour leur don-
ner les derniers témoignages d'amitié.
Méthode Tous les Jugemens qui concernent les crimes dignes de mort doivent être
pourles Juge- éxaminés, approuvés & fignés par l'Émpereur. Les Mandarins envoyent à
PER la Cour les piéces du procès, avec leur décifion, dans laquelle ils font entrer
les articles de la Loi qui leur ont fervi de régle. Par éxemple. ,, Un tel
» ft coupable de tel crime, & la Loi ordonne que celui qui a commis ce
» Crime fera étranglé; c’eft pourquoi je le condamne à être étranglé. La.
& deffus le Tribunal Morline éxamine le fait, les circonftances & le jugement.
Si le fait n’eft pas prouvé clairement, ou fi le Tribunal éxige de nouvelles in.
formations, il préfente à l'Empereur un mémoire qui contient le cas & la dé-
cifion des Mandarins inférieurs, avec cette addition: ,, Pour juger parfaite.
» ment, il eft néceffaire que nous foyons mieux informés de telle circonftance.
» Nôtre avis eft donc que l'affaire foit renvoyée à tel Mandarin, afin qu'il
» puifle nous donner toutes les lumières que nous defirons. La clémence de
l'Empereur fe porte toûjours à ce qu’on lui demande , dans la crainte qu'on
ne prononce témérairement & fans une parfaite conviétion fur un objet auf
important que la vie d’un homme. Lorfque le Tribunal fuprême a réçu les
informations qu'il défiroit, il les préfente une feconde fois à l'Empereur, qui
confirme la fentence ou qui diminue la a y du châtiment. Quelquefois
il renvoye le mémoire, avec cette addition de fa propre main: ,, Que le Tri-
bunal recommence à délibérer fur cette affaire & qu'il m’en faîle fon rap-
»» port.
Combienla ÎL n’y a point de précaution qui paroïfle excefive aux Chinois, lorfqu’il
vie d'un hom- eft queftion de condamner un homme à mort. L'Empereur Yong-ching or-
meelrebec Gonna, en 1725, qu'on ne porteroit point de fentence capitale fans que le
procès
frande. Left en ufage auffi pour les offrandes
b) Le Comte, pag. 232.
qui fe font aux Ancêtres.
(b)
(5) Du Halde, pag. 3. & fuiv.
(k) Ce mot fignifie Vin offert, ou Vind'Of-
rocès lu
réglemen
tems ava
font ven!
fentence
corriger ,
en ordre
& l’autre
ciers de
changem
Sujet de
u aux pe
e l’Aute
affemblée
rès nou:
uit fois |
Toutes ce
plus fidél
Lors
gnant la f
» Cet ord
d'un crim
» foit gar
ferve qu’i
tous les ci:
(4) C'eft
ce récit don
hiftration Cl
’IL pa
S Chine
Il eft reglé
énormité.
fautes légé
le châtime
dans les rt
vingt, ils
cune taché
d'un rang €
faut qu’une
quelques cd
plûtôt info
eft obligé
front jufq
dement...
'# vatif in.
itions que
droit à la
confirmée
, perfonne
dition &
iceroi, le
ont ame.
, On ne
lui offrir
la fenten.
ceux qui
iucoup de
Le un bäil.
font que
ifement le
leur don-
ivent être
nvoyent à
ont entrer
» Un tel
ommis ce
nglé. La-
jugement.
uvelles in-
s & la dé.
r parfaite.
conftance.
afin qu'il
émence de
inte qu'on
objet aufli
à réçu les
ereur, qui
uelquefois
e le Tri-
fe fon rap-
, lorfqu’il
ching or-
ns que le
procès
es offrandes
DE LA CHINE, Liv. IL Car. VI 327
rocès lui eût été préfenté jufqu'’à trois fois. C'eft pour fe conformer à ce
réglement que le Tribunal criminel obferve la méthode fuivante: Quelque-
tems avant le jour marqué, il fait tranfcrire toutes les informations qui lui
font venues des Juges inférieurs pendant le cours de l'année. 11 y joint la
fentence de chaque Juge & la fienne. Enfüite il les affemble, pour revoir,
corriger, ajoûter ou retrancher ce qu'il juge à propos. Après avoir mis tout
en ordre , il en fait faire deux copies, dont l'une eft préfentée à l'Empereur,
& l'autre demeure au Tribunal pour être communiquée aux principaux Of-
ciers de toutes les Cours fuprêémes, qui ont la liberté d'y faire encore les
changemens qu'ils jugent néceflaires. Ainfi le plus vil & le plus méprifable
Sujet de l'Empire jouit à la Chine d'un privilège 4 i ne s'accorde en Europe
u'aux perfonnes de la plus haute diftinétion; c'elt-à-dire, fuivant les termes
e l'Auteur, qu'il a le droit d'être jugé par toutes les chambres du Parlement
affemblées en corps (/). La feconde copie eft préfentée à l'Empereur , a-
rès nouvelle difcuffion; enfüite l’ufage eft de la tranfcrire quatre-vingt-dix-
Euit fois en langue Tartare & quatre-vingt-dix-fept fois en langue Chinoife.
Toutes ces copies font remifes à l'Empereur , qui en confie l'éxamen à fes
plus fidéles Officiers des deux Nations.
Lorsque le crime eft d'une énormité extraordinaire, l'Empereur en fi-
gnant la fentence de mort y joint l’ordre fuivant: ,, Auffi-tôc qu'on aura reçu
cet ordre, que le coupable foit éxécuté fans délai. S'il n’eft queftion que
d'un crime ordinaire, l’ordre eft adouci dans ces termes: ,, Que le criminel
,» foit gardé en prifon jufqu’à l'automne & qu'il foit éxécuté. L’Auteur ob-
ferve qu’il y a des jours fixés dans le cours de l'automne pour l’éxécution de
tous les criminels condamnés à mort (m).
(m) Mémoires du Père le Comte, pag. 254,
(4) C'eft même quelque chofe de plus, &
& Du Halde,. pag. 241. 312. & fuiv.
ce récit donne une idée admirable de l’admi-
niftration Chinoife.
Supplices de la Chin-.
S'L paroïît que la longueur des procédures rend la juftice forte lente à la
Chine, le châtiment n’en eft pas moins sûr pour toutes fortes de crimes.
Il eft reglé par la Loi, avec une jufte difpenfation qui le proportionne à leur
énormité. Le Pan-tfe, ou la baftonade , fe donne ordinairement pour des
fautes légères, & le nombre des coups répond à la qualité de l'offenfe. C'eft
le châtiment commun des fentinelles qu’on trouve endormies pendant la nuit
dans les rues & dans les places publiques. Si le nombre des coups ne pale pas
vingt, ils font regardés comme une correétion paternelle, qui n’imprime au-
cune tache. L'Empereur lui-même la fait quelquefois fubir aux perfonnes
d'un rang diftingué , & ne les voit pas moins après cette humiliation, Il ne
fut qu'une bagatelle pour fe l'attirer; un petit larcin, un mot outrageant ,
quelques coups de poing donnés mal-à-propos. Le Mandarin n'en eft pas.
plûtôt informé, qu’il fait éxercer le Pan-tfe. Après la correétion, le patient.
tft obligé de fe mettre à genoux devant fon Juge, de baifler trois Fois le:
front jufqu'à terre & de le remercier du foin qu'il a pris de fon aman-
dement.. |
Le:
GOUVERNE-
MENT
DE LA Cuine.
Ordonnance
de l'Empereur
Yong-ching.
Tems des
éxécutions.
Punitions res
glées par la
Loi & propor-
tionnées au
crime.
Le Pan.tfe,.
ou la baftona-
de, punition:
commune.
328
*
VOYAGES DANS L'EMPIRE
CGOUVYERNE-
MENT
DE LA CHINE,
Ce que c'eft
que ls Pan tie
& comment il
fe donne.
LE Pan-tfe eft une piéce affez épaifle de bambou fendu (a) ,qui a pluñeurs
pieds de longueur. Le bout d’enbas eft large comme la main; l'autre bout
eft uni & menu, pour s’en fervir plus facilement. Un Mandarin, dans fes
audiences, eft environné d’Officiers armés de ces inftrumens. Au moindre
figne que leur donne le Magiftrat, en jettant par terre de petits bâtons, d'en.
viron fix pouces de longueur fur deux de largeur, placés ordinairement für
une table qui-eft devant lui, ils faififlént le coupable , & l’étendanc tout de
fon long le vifage contre terre, ils tirent fes hautes-chauffes jufque für fes
talons. Dans cette polture, ils lui donnent autant de coups fur les fefles que
le Mandarin a jetté de bâtons; [on change d'éxécuteur de cinq coups en
cinq coups, ou plûtôt deux éxécuteurs frappent alternativement chacun cinq *
coups, afin qu’ils foient plus pefants.] Cependant l’Auteur obferve que quatre
coups font comptés pour cinq; ce qui s'appelle le coup de grace de l'Empe.
reur, qui, en qualité de père tendre & pitoyable, diminue toûjours quelque
chofe du châtiment: Mais les coupables ont un autre moyen de l’adoucir,
C’eft de gagner les Exécuteurs, qui ont l’art de ménager leurs coups avec une
légèreté qui les rend prefqu’infenfibles (2). Ce fupplice eft d’ailleurs fi vio.
lent, qu'un feul coup eft capable de fendre en deux une perfonne délicare,
Souvent on en meurt. Mais pour de l'argent on loue auffi des hommes, qui
fubiffent le châtiment à la place du coupable. Le Comte affüre que par une
tromperie de cette efpèce Ÿang-quang-fyen, fameux perfécuteur des Mifionai-
res, évita la morc & fit tomb." la fentence fur un Malheureux, qui s’étoit
Joué à lui dans la perfüafion qu'il ne s’agifloit au plus que de la baftonade (c).
UN Mandarin a le pouvoir de faire donner la baftonade , non-feulement
dans fon Tribunal, mais dans tout autre lieu de fa Jurifdiétion. Aufli ne mar-
che-t-1l jamais fans un cortége de fes Officiers de Juftice, qui portent le Pan.
tfe. Si quelque perforne du Peuple demeure à cheval lorfqu'il paffe dans une
rue & ne fe hâte point de defcendre ou de fe retirer, c’eit aflez pour s’attirer
cinq ou fix coups par fon ordre. Cette éxécution fe fait fi vite, qu'elle e
fouvent finie avant que les voifins s’en apperçoivent. Le pan:tfe eft auñi la
punition ordinaire des mandians valides, des vagabonds, des coureurs de nuit
& des gens fans aveu (4).
La Chine fourmille de mendians vagabonds, de muficiens & de gens qui
difent la bonne avanture. Ces fainéans voyagent en troupe & ne font pas moins
trompeurs que nos ÆEgyptiens d'Europe. Quelquefois ils font tous aveugles.
On leur voit éxercer mille rigueurs contre eux-mêmes , pour extorquer des
aumônes. Ils fe fouettent le corps, ils mettent des charbons ardens fur leur
tête, ils frappent du front contre une pierre, ou l’un contre l'autre, mere
| e
La bafton1-
de fe donne en
toutes fortes
de lieux.
Vagabonds
& Marchands
de la Chine.
Leurs art
fiico pour Ex-
turquer l’au-
tone,
_ (a) C’eft unecfpèce decanne, dure, grof.
fe & pefante. Voyez ci-defJous l'Hifhoire Natu-
telle de la Chine.
(b) Du Halde pag- 310. Mémoires du Pè-
re le Comte pag. 291.
(ce) Mémoires du Père le Comte, pag, 293.
Les Auteurs Anglois de ce Recueil traitent
cette Hiftoire de fable, & jugent qu'elle fut
inventée par le Miffionaire pour fe venger de
l'Eancmi deleur Religion, Outre plufieurs rai
fons, difent-ils, qui leur en font prendre cet-
te idée, c'eft affez pour eux d’oblerver que
Fang-quang-fyen obtint grace de l'Empereur,
comme on l'a déja rapporté, & de fçavoir
d’ailleurs qu'un Mandarin, ni même un fim-
ple Particulier, ne neut être éxécuté qu'apres
que fon procès-a pailé fous les yeux de la
Cour & que fa fentence y a été confirme.
(4) Chine du Père du Halde, pag.3 & 311,
plufieurs
tre bout
dans {es EEE
moindre H MANDIA
ns, d'en-
ement fur
ct tout de
ne fur fes
feffes que
COUPS en
acun cinq
que quatre
e l'Empe.
rs quelque
l'adoucir,
s avec une
urs fi vio-
e délicate,
nmes, qui
ue par une
Miffionai-
qui s’étoit
onade (c).
-feulement
fi ne mar- = — :
ent le Pan AUTRES MANDIANS.
e dans une —
ur s’actirer
qu'elle eft
eft auñi ka
urs de nuit
le gens qui
it pas moins
s aveugles.
orquer des
ns fur leur
re, jufqu'à
fe
L prendre cet-
j'obferver que
* l'Empereur,
& de fçavoir
nême un fim-
icuté qu'après
5 yeux de là
onfirmée.
, pag.3 & 311. 7. She Jeubr-
ZWERVENDE SCHOOIJE RS, uit NIEUHOF
fe faire
tinuero
Jeur doi
& le ne
borgne:
apporté
dès l'en
artifices
ON
animaux
d'arbres
fus leur
pale de
te, une
baumes
fortes d
troupe !
avec de.
grands
aîles ati
REV
tion;
près les
{idérabl
fer fans
dre cor
eft vrai
pour ju!
PU
es Vice
un mot
res pou
ques; a
Magiftr
UNE
le collie
pofé de
cou. Ut
hi porte
DE LA CHINE, Liv. Il. Car. VI. 329
£e faire enfer prodigieufement la tête ou à tomber fans counoiffance. Ils con-
tinueroient.ces extravagances, au danger d'en mourir , files fpeétateurs ne
leur donnoient quelque chofe. La plûpart font eftropiés. Ils ont la bouche
& le nez de travers, l'épine du dos rompue, de loss nez crochus ; ils font
borgnes ou aveugles; ils ge d'une jambe ou d'un bras: s'ils n'ont pas
apporté ces difformités en naiflant, ce font leurs parens qui les ont eftropiés
dés l'enfance, pour les mettre en état de gagner leur vie par ces miférables
artifices (e).
ON voit des femmes, à qui leurs parens ont crevé volontairement les yeux,
marcher avec des guitares pour gagner leur pain. D’autres, jouant de divers
Inftrumens, tirent l’horofcope & prétendent juger de la fortune des paffans
par les traits du vifage (f). On voit des Opérateurs qui parcourent les Bourgs
& les Villes, montés fur des Tygres & fur d’autres bêtes apprivoifées. Ces
animaux marchent lentement, en recourbant la queue & portant des branches
d'arbres dans leur gueule. Ceux qui les montent ont ordinairement par-def-
fus leur habit un grand manteau à longues manches & un baudrier qui leur
palle de l’épaule droite fous le bras gauche. Ils portent, dans la main droi-
te, une épée avec laquelle ils font le moulinet par intervalles , €N vantant leurs
baumes, leurs emplâtres, & la vertu infaillible de leurs remèdes pour toutes
fortes de bleflures & de maladies. Ils ont ordinairement pour cortége une
troupe de pauvres eftropiés, qui les fuivent à l’aide de leurs béquilles, ou
avec des creflelles & des fonnettes. La plûpart font nuds. D’autres ont de
grands manteaux avec dés piéces de diverfes couleurs. D’autres portent des
aîles attachées aux deux temples (g ).
Revenons au Pan-tfe. Les Mandarins mêmes font fujets à cette puni-
tion; mais, fuffent-ils du dernier Ordre, on ne peut la leur-faire -fubir qu’a-
prés les avoir dégradés. Au refte, cette faveur de la Loi n’eft pas fort con-
fidérable, puifque dans certaines occafions un Viceroi a le pouvoir de les caf-
fer fans attendre la décifion des Cours fuprêmes, & qu'il n’eft obligé qu’àren-
dre compte enfuite de fes raifons, qui font prefque coûjours approuvées. Il
eft vrai qu’un Mandarin puniavec cette rigueur a la liberté de paroître à Peking
pour juftifier fa conduite. Il peut préfenter un mémoire à l'une des Cours fu-
rêmes ou porter fes plaintes à l'Empereur même. C'eft un frein, qui empêche
LÉ Vicerois d’agir avec trop de précipitation & d'abufer de fon autorité(h). En
un mot, les maîtres employent le pan-tfe pour châtier leurs écoliers, les pè-
res pour corriger leurs enfans, & les Seigneurs pour punir leurs domefti-
ques; avec cette différence, qu'il n'eft pas fi long ni fi gros que celui des
Magiftrats.
UNE autre punition, plus déshonorante quoique moins douloureufe, c’eft
le collier debois, ou le carcan, que les Portugais appellent Cangue. Il eft com-
pofé de deux piéces de bois, qui fe joignent en forme de collier autour (i) du
cou. Un criminel qui a le cou paié dans cette machine rie peut voir fes pieds,
ni porter la main à fa bouche; de forte qu'il eft obligé de recevoir fes rs
e
Ce) Montanus, dans la Chine d'Ogilby, (b) Du Halde, pag. 3.
Pas. 306. (i) À peu près comme les planches d'u
(f) Navarette, pag. 58. pilori,
Cg) Montanus, udi Jup. pag. 306.
VII, Part. Tt
GoUvERNE-
MENT
LE LA CHINE,
RS D 2 2 D AT PO A A mn
Les Manda-
rins ne font !
pas éxeints du
Pan-tfe,
Autre puni-
tion nommée
Cangue ou
Carcan,
GouvVERNE-
MENT
DE LA CHINE.
Diverfes ma-
nières d’adou-
cirle fupplice,
Formalités
dont il eft ac-
compagné,
Relicieufe
Chinoife con.
damnée au
Canguec.
Son crime &
la fentence du
Juge.
339 VOYAGES DANS L'EMPIRE
de la main d'autrui, Il porte, jour & nuit, cet incommode fardeau, qui eft
plus ou moins pefant, fuivant la qualité du crime. Le poids commun des car-
cans ou des cangues eft de cinquante-fix livres. Mais il s’en trouve qui pèfent
jufqu'a deux cens, & qui font tant de mal aux criminels, que foit par Percës
de leur confufon & de leur douleur, foit faute de nourriture & de fommeil, ils
meurent dans cette étrangefituation. Il y a des Cangues de quatre pieds quarrés
& de cinq ou fix pouces d’épaifleur. |
CEPENDANT les criminels ont divers moyens d’adoucir la rigueur de ce chà.
timent. Les uns fe font accompagner de leurs parens & deleurs amis, qui fou.
tenant les quatre coins du Cangue, empêchent qu'il ne pefe crop für les épau.
les. D’autres en pofent les bords fur une table ou fur un banc. D'autres fe font
faire une chaife à quatre piliers de hauteur égale, qui fervent de fupport àla ma.
chine. Les plus effrontés fe couchent fur le ventre, & fe fervent du trou de
leur Canguc comme d’une fenêtre, par laquelle ils regardent les paffans avecla
dernière impudence.
Lorsqu'on a pafñlé le cou du criminel dans ce pilori mobile, cequi fe fait
devant les yeux du Juge, on couvre les endroits par lefquels les deux piéces de
bois fe joignent, de deux longues tranches de papier, larges de quatre doigts
fur lefquelles on applique un fceau, afin que le Cangue ne puifle être ouvert,
Sur ces deux papiers, on écrit en gros cara£tères la nature du crime & la durée
du châtiment, Par éxemple: ,, Ce criminel eft un voleur. C’eft un débauché,
» un féditieux, un homme qui trouble la paix des familles. C’eftun joueur (ke).
» Il portera le Cangue pendant trois mois, dans telendroit. Le lieu où ces Mi.
férables font expofés eft ordinairement la porte d’un Temple, ou de la Ville
ou celle du Tribynal même, ou le coin de quelque rue, ou la place publi uc,
Lorfque le terme de la punition eft expiré, les Officiers du Tribunal famenent
le criminel au Mandarin, qui le délivre, apres une courte exhortation à tenir
une conduite plus reglée. Mais en lui accordant la liberté de fe retirer, il lui
fait donner vingt coups de pan-tfe, comme un préfervatif contre l'oubil. Or.
dinairement toutes les punitions Chinoifes, al'exception des amendes pécuniai.
res, commencent & finiffent par la baftonade. |
QUoIQUE le fupplice du Cangue foit moins commun pour les femmes que
pour les hommes, le Père Contancin vit un jour, près d’un Tribunal La
Bongeffe, c'eft-à-dire, une efpèce de Religieufe, qui portoit cet infime orne-
ment. Malgré la loi qui les oblige de mener une vie chafte dans leurs Couvens
& qui en interdit l'entrée aux hommes, il leur arrive fouvent de violer leurs
regles. Cette femme ayant été accufée d’avoir fait unenfant, le Mandarin l'a-
voit citée à fon Tribunal, & lui avoit déclaré, après une fevére réprimande
que puifqu'elle ne pouvoit garder la chafteté dans fon cloître, il jugeoità pro
pos qu’elle en fortit pour fe marier ; mais que jugeant auffi qu'elle n’en méritoit
pas moins d'etre punie, il la condamnoit à porter le Cangue. Sur le papier qui
contenoit fon crime, il fit «joûter que fi quelqu'un vouloit l'époufer, elle feroit
mife en liberté; & qu'il donneroit pour les frais une once & demie d'argent |
c'eft-à-dire,. environ douze francs de notre monnoie. Un tiers de cette fomme
L devoit
ils jouent leurs femmes, leurs enfans & leur
propre perfonne, qui deviennent les efclaves:
du. vainquéur,
(k) Les Chinois font extrêmement paf.
fionnés pour le jeu, ds mettent toute leur
HRriuue au hazard fur un feul coup, &fouvent.
devoit fer
étoient p4
un mari.
IL ya
un jour €
enoux ,
huit livres
roifloient
qui aima
Jui avoit €
les mena
bunal. S
mencé pa
ner la ba
fes genou
fils. Le
pofé par
regardoit
mettez
» pardon
> du côte
» Vous
, de l'obl
lement.
eût la libe
ON dif
deux jou
D'autres !
rare que (
fois perpé
départ, €
Les v
che, ave
La troifiè
condamnt
derniers t
deux cara
cette pun
inclinatio
féance étt
difformes
reur ordc
che (m)
ON p:
tare, ou
(1) Du
qui eff
des car-
Ï pèfent
l'excès
meil , ils
quarrés
e ce chi.
qui fou.
es épau-
s fe font
a la ma-
trou de
s avec la
ui fe fait
piéces de
edoigts,
| ouvert,
la durée
‘bauché,
ieur (k ).
ù ces Mi-
la Ville,
publique,
amenent
à tenir
Ts il lui
bli. Or:
DéCuniaI-
mes que
al, une
e orne-
ouvens
ler leurs
Harin l’a
imande,
pit à pro=
éritoit.
ier qui
le feroit.
argent,
fomme
devoit
s & leur
efclavess
DE LA CHINE, Liv. II Cnar. VI 331
devoit fervir à louer une chaife & à payer les Muficiens. Les deux autres tiers
étoient pour la dépenfe de la fête nuptiale. Elle ne fut pas long-tems à trouver
un mari. y : : u Er
IL y a d'autres punitions pour les fautes leyères. Le même Miffionaire étant
an jour entré dans la feconde cour du Tribunal, y vit plufieurs jeunes gens à
genoux, dont quelques-uns portoient fur la tête une pierre du poids de fept ou
huit livres, tandis que d’autres tenoient entre leurs mains un livre qu'ils pa-
roifloient lire avec beaucoup d'attention. De ce nombre étoit un jeune marié {
qui aimant le jeu à l'excès, avoit perdu une partie de la fomme que fon père
Jui avoit donnée pour fon établiffement. Les exhortations, les réprimandes &
les menaces n'ayant pu fervir à le corrigers fes parens l'avoient amené au Tri-
bunal. Sur leurs plaintes, le Mandarin l'avoit fait approcher. | Il avoit come
mencé par des reproches & des confeils; enfüuite il fe difpoloit à lui faire don-
ner la baftonade, lorfque fa mêre étant entrée brufquement & s'étant jettée à
fes genoux avec une abondance de larmes, Jui avoit demandé grace pour fon
fils. Le Mandarin touché de compañlion s’étoit fait apporter un Livre, com-
pofé par l'Empereur pour l'inftruétion de fes Sujets; & l’ouvrant à l'article qui
regardoit l'obéiflance filiale, il avoit dit au jeune homme: ,, Vous me pro-
» mettez de renoncer au jeu & d'écouter les confeils de votre père. Je vous
pardonue pour cette fais. Mais allez vous mettre à genoux dans la gallerie,
” du côté de la falle de l'audience, & tâchez d'apprendre par cœur cet article.
“ Vous ne quitterez le Tribunal qu'après me l’avoir répété & m'avoir promis
”_ de l'obferver pendant le refte de votre vie. Cet ordre fut éxécuté ponétuel-
lement. Le jeune homme eût befoin de trois jours pour apprendre l'article. Il
eût la liberté de fe retirer après les avoir pailés dans la gallerie,
On diftingue certains crimes, pour lefquels un criminel eft marqué fur les
deux joues, avec des caractères Chinois qui expriment la nature de l'offenie.
D'autres font condamnés au banniffement, ou à tirer les Barques Royales. Il eft
rare que cette fervitude dure plus de trois ans ; Mais le banniffement eft quelque-
fois perpétuel, furtout lorfqu'il eft en Tartarie, Un Exilé eft sûr, avant fon
départ, de recevoir un nombre de coups proportionné à fon crime (7).
Les vols d'adrefe font punis la première fois par une marque fur le bras gau-
che, avec un fer chaud, & la feconde fois par une marque fur le bras droit.
La troifième, ils font livrés au Tribunal criminel. Les Efclaves fugitifs font
condamnés à cent coups de foues, & rendus enfüite à leurs Maîtres. Dansces
derniers tems on leur marquoit la joue gauche avec deux caraétères Chinois &
deux caraétères Tartares; mais un Mandarin ayant repréfenté à l'Empereur que
cette punition étoit trop rigoureufe, pour un crime qui venoit moins d'aucune
inclination vicieufe que du defir naturel de la liberté, & que d’ailleurs labien-
féance étoit bleffée, dans une Ville où Sa Majefté réfidoit, par tant d'objets
difformes dont les rues étoient remplies, ce confeil fut bien reçu, & l'Empe-
reur ordonna qu’à l’avenir la marque des lettres s’appliqueroit fur le bras gau-
che (m”). |
o nt obferver, à cette occafion, que fouvent un grand Mandarin Tar-
tare, ou un Chinois Tartarifé, c'eft-à-dire, enrollé fous la bannière l'artare,
qui
(1) Du Halde, pag. 311. Cm) Magalhaens, pag. 236;
Tt 2
Gouvrnnr:
MENT
DE La CHIN£,
Punitions
pour les fau-
tes légères.
Fixemples
rapportés par
le Père Con-
tancin,
Marques ap-
pliquées fur la
joue.
Bannifle-
ment,
Punition
pour les vols
d’adreffe &
pour les Efcla-
ves fugitifs.
Révolutions
de fortune.
ne en nd near
GoUvERNE-
MENT
BE LA CHINE.
Éfclaves de
la Chine &
leur condi-
tjon.
Trois Suppli-
ces capitaux,
Supplice des
gun de quuli-
Manière de
trancher la
icte,
339 VOYAGES DANS L'EMPIRE
qui a plufeurs efclaves à fon fervice, eft lui-même efclave de quelque Sei.
neur de la Cour, auquel il eft obligé par intervalles de donner des fommes
confidérables. Un Chinois que la pauvreté force de fe donner à quelque Prin.
ce Tartare, peut efpèrer, s’ila du mérite, de devenir bientôt un grand Man.
darin. Mais ces caprices de fortune ne font pas fi communs fous la Dynaftie
préfente qu’ils l’étoient anciennement. Le même, s’il eft privé de fon Of.
ce, retourne à fon Maître , pour éxercer à fon fervice quelques fonctions
honorables.
LorsQUE les perfonnes riches marient leurs filles, ils leur font préfent de
L4
plufieurs familles d'Efclaves, fuivant l’état de leur fortune. Ces Efclaves ob-
. tiennent fouvent la liberté ; & quélques-uns à condition de payer une fomme
annuelle à leur Maître. S'ils s’enrichiffent par leur induftrie, leur Maître n'a
pas droit d’envahir leurs biens; il fe contente de tirer d'eux de gros préfens,
fans vouloir confentir qu’ils fe rachetent de ce refte de fervitude. Ils font d’u-
ne fidélité fingulière, & leur attachement eft inviolable pour leurs Patrons.
Ceux-ci de leur côté les traitent comme leurs enfans, & leur confient fouvent
leurs plus importantes affaires. L'autorité des Chinois fur leurs Efclaves fe borne
aux devoirs ordinaires du fervice. S'il étoit bien prouvé qu'un Maître eût
abufé de fon pouvoir pour prendre des libertés criminelles avec la femme de
fon Efclave, rien ne pourroit le garantir de fa ruine (#).
Les trois Supplices capitaux de la Chine font d’étrangler, de trancher la
tête, & de couper en piéces. Le premier, qui eft le plus commun & qui paf-
fe pour le plus doux, eft la punition des petites offenfes capitales, telles que
de tuer fon adverfaire en duel. Dans quelques parties de l'Empire, on étran-
gle avec une efpèce d'arc. Dans d’autres lieux on fe fert d’une corde de fept
ou huit pieds de long, avec un nœud coulant, qu’on pañle au cou du crimi-
nel. Deux fuppôts du Tribunal tirent de toute leur force les deux bouts de
la corde, & ies lâchent auffitôt. Enfuite, les tirant une feconde fois, ils font
fûrs de leur entreprife. Les perfonnes de quelque diftinétion font toûtjours
conduites au lieu de l'éxécution dans leurs chaifes ou fur des. chariots cou-
verts (0). L'ufage eft d’étrangler les criminels de haute qualité; à moins
que la notoriété du crime ne les ravalle à la punition du Peuple. Alors on
leur coupe quelquefois la tête, pour la fufpendre à quelque arbre fur le grand
chemin (p). En un mot il eft plus honorable d’être étranglé que d’avoir
la tête tranchée. De-là vient que pour marquer quelque bonté aux Sei-
gneurs ou aux Mandarins qui font condamnés à la mort, l'Empereur leur
envoye un cordon de foie, & l’ordre de s’étrangler de leurs propres mains.
ON tranche la tête pour les crimes de la plus odieufe énormité, tels que
l'affaffinat. Cette mort paîñle pour la plus infime, parce que la tête, qui eft
la principale partie de l'homme, eft féparée du corps, & que le criminel ne
conferve point, en mourant, fon corps aufñi entier qu’il l’a reçu de la natu-
re. On ne dreffe pas d’échafaut pour les éxécutions. Le criminel fe met à
genoux dans quelque place publique, les mains liés derrière le dos On le
tient fi ferme qu’il ne peut fe remuer; tandis que l'Exécutev: s'vançant par
derrière, lui abbat la tête d’un feul coup, & le couche immédiatement dure le
o$
(2) Chine du Père du Halde, pag, 278, (p) Mémoires du Père le Comte, pag. 295:
Ce) Du Halde, ibid, pag. à & 512,
dos avec t:
de fang fur
amis ne re
lui envoyer
des liqueur:
l'ufage ait :
s'en acquitt
pagnant le
pé dans ur
vêtu de l’a
Peuple (4)
Les Ch
avoir manq
fain & parf
ce crime.
l'Exécuteui
Ja tête, en
rapportent |
tanc vers fa
clara qu'il f
fait & auñli
CEUx q
ce, de laf
d'infamie.
ter dans le :
tions rigout
fidérable ; <
l'Empire pc
fon, attire
vant, dans
qu'à l’occa!
mariage d'
que autre
réferve de
répi font o
dans cette
La troifi
Couper en mi
xécuteur at
defcendre |
Iluimutile
piéces; &
de fes enna
vent pratid
(4) Du IT:
(r) Souve
que Sei.
fommes
e Prin-
nd Man.
Dynaftie
on Off.
nétions
éfent de
aves ob-
> fomme
ître n’a
bréfens,
ont d’u-
Patrons.
fouvent
fe borne
ître eût
mme de
ncher la
qui paf-
elles que
n étran-
de fept
h crimie
bouts de
ils font
totrjours
DtS COu-
à Moins
lors on
e grand
d’avoir
iux Sei-
ur leur
s mains.
els que
qui eft
inel ne
la natu-
» met à
On le
ant par
it fur le
dos
pag. 295,
DE LA CHINE, Laiv. Il. Cuar. VE, 334
dos avec tant de promptitude & d'adrefle , qu'il ne tombe pas une goutte
de fang fur fes habits. Ils fonc meilleurs qu'à l'ordinaire. Les parens & les
amis ne reconnoiflent pas volontiers que le coupable leur appartienne ; maisils
Jui envoyent ordinairement des habits neufs; & fur la route ils lui font offrir
des liqueurs & des vivres. L’Exécuteur eft un Soldat du commun; & loin que
l'ufage ait attaché de la honte à fes fonctions, c'eft un honneur pour lui de
s'en acquitter bien. À Peking il porte une ceinture de foie jaune en accom-
pagnant le criminel. C'eit la couleur Impériale ; & fon fabre eft envelop-
pé dans une étoffe de foie de la même couleur , pour montrer qu’il eft re-
vêtu de l'autorité de l'Empereur & lui attirer plus de refpeët de la part du
Peuple (q).
Les Chinois font perfuadés qu'un homme à qui l'on a tranché la tête doit
avoir manqué de foûmiilion pour fes parens, qui lui avoient donné un corps
fain & parfait. La féparation des membres leur paroît une jufte punition de
ce crime. Cette opinion eft fi bien établie, qu'ils achetent à grand prix, de
l'Exécuteur, les corps de leurs parens & de leurs amis (r), pour y recoudre
la tête, en s’efforçant d’expier fa défobéiflance par leurs gémiflemens. Ils
rapportent l’origine de cette idée à Tfong-tu, Difciple de Confucius, qui exhor-
tant vers fa dernière heure fes enfans & fes difciples à l’obéiffance, leur dé-
clara qu'il fe croyoit redevable à la fienne d’avoir confervé fon corps aufli par-
fait & aufli entier qu’il l'avoit reçu de fes parens.
Ceux qui font condamnés au même fupplice font privés, par leur Senten-
ce, de la fépulture commune; ce qui pañle à la Chine pour un autre excès
d'infamie. L’Exécuteur, après avoir dépouillé le corps, eft obligé de le jet-
ter dans le foflé voifin. Auïli ne peut-il le vendre fans s’expofer à des puni-
tions rigoureufes. Mais il gagne le Juge ou les délateurs par un préfent con-
fidérable; ce qui augmente beaucoup le prix du corps. Une ancienne loi de
l'Empire porte qu’un criminel, à qui fes bonnes qualités, ou quelqu’autre rai-
fon, attient une jufte pitié, obtiendra un répi jufqu'à la fin de l’Automne füi-
vant, dans quelque tems qu'il ait été condamné. La raifon de cette loi, c’eft
qu'à l'occafon de quelque réjouiflance publique, foit pour la naïiffance ou le
mariage d'un Prince, foit pour la fin d’un tremblement de terre ou de quel-
que autre calamité, on ne manque pas de relicher tous les Prifonniers, à la
réferve de quelques-uns qui fonc exceptés. Ainfi ceux à qui l’on accorde un
répi font ordinairemant renvoyés libres, ou paflent du moins quelques mois
dans cette efpérance (5). |
LA troifième efpêce de punition, que les Chinois appellent dans leur langue,
Couper en mille pièces , eft celle des rebelles & destraîtres. Elle paroît cruelle. L’E-
xécuteur attache le criminel à quelque pilier, & lui écorche la tête jufqu’à faire
defcendre la peau fur fes yeux, afin qu’il ne puiffe voir fes propres tourmens.
Ilui mutile enfuite toutes les parties du corps, en les coupant fucceflivement en
piéces; & lorfqu’il et fatigué de ce fanglant éxercice, ill’abandonne àla fureur
de fes ennemis & aux infultes du Peuple. Mais quoique ce fupplice ait été fou-
vent pratiqué fous divers regnes, qui paflent pour barbares , il ne confifte,
fuivant
(4) Du Malde, pag. 4 & 312, (s) Magalhaens, pag, 211, & fuive
(7) Souvent iufqu'à fix cens ou mille écus,
Ttg
GOUVERNE-
MENT
DE LA CHINE
Diftintion
del'Exécu-
teur.
Opinion des
Chinois fur ce
fupplice.
Privation de
la fépulture.
Comment leg
criminels font
coupés en pié-
ces,
GouvrnNr-
MENT
pr LA CHINE.
- Plufieurs
fortes de tor-
tures.
Supplice in-
venté par
l'Empereur
Chcw.
Forme des
Prifons Chi-
noifes,
834 VOYAGES DANS L'EMPIRE
fuivant la loi, qu’à couper:en piéces le corps du criminel; :à lui onvrir le
ventre (+) & a jetter le cadavre dans une: Rivière ou dans un foflé, On pu.
nit ainfi les plus grands crimes, C'eft la juftice, difent les Chinois, & non
Ja cruauté , qui elt néceflaire.
LA torture eft en ufage à la Chine, comme dans la plüpart des autres Pays
du Monde, pour arracher la confeffion du crime. On diftingue la queftion
ordinaire & l’extraordinaire. La première eft très-vive & trés-douloureufe,
Elle fe donne aux pieds & aux mains. On fe fert pour cela d'un inftrument
compofé de trois piéces de bois croifées, dont celle du milieu eft fixe, tandis
que les deux autres tournent à l'entour. On met le pied du criminel dans
cette machine, où il eft ferré avec tant de violence , que la cheville en eit
quelquefois applatie (vw). La torture fe donne aux mains en plaçant de pe.
tites piéces de bois entre les doigts du coupable, & les ferrant d’une corde
avec-beaacoup de force. On le laiffe dans cette fituation auffi long tems que
fa Sentence le porte. Mais les Chinois ont des remèdes pour diminuer &
même pour engourdir le fentiment de la douleur dans un fi rude tourment,
comme ils en ont pour guérir le mal après l’éxécution. 11 ne leur faut que
peu de jours pour rétablir des membres difloqués (x). La torture extraor.
dinaire, qui fe donne après la preuve du fait, pour découvrir les complices
d’un crime, fur-tout dans le cas de haute trahifon, confifte à faire de petites
eftafilades au corps du criminel, & à l’écorcher par degrés en lui enlevant
de petites lanières ou des filets de peau. PL
Les loix Chinoiïfes n'impofent point d’autres punitions pour les crimes,
Mais quelques Empereurs en ont établi de plus cruelles. L'Empereur Chew,
à l'inftigation de fa concubine favorite, qui fe nommoit Z4-kya, inventa un
nouveau genre de fupplice , fous le nom de Pau-lo. C'étoit une colomne de
cuivre, haute de vingt coudées, fur huit de diametre, creufe comme le Tau
reau de Phalaris, -avec trois ouvertures pour y mettre du feu. On attachoit
les criminels à cette colomne, en la leur faifant embraffer avec les pieds &
les jambes. -On allumoiït un grand feu au-dedans, qui rotifloit ces Malheu-
reux jufqu'à ce qu’ils fuffent réduits en cendre; L’Hiftorien ajoûte que Ta-
kya fe faifoit un amufement de ce fpectacle (y).
(t ) Peut-être après qu'il étoit mort. pour la Chirurgie de la Chine.
(uv) Mngalhaens , fouffrit cette torture. (y) Chine de Du Halde, pag. 312. & fuiv.
Voyez ok dis les Fournaux du Tome VII. Mémoires du Père le Comte, pag. 293
(x) Ce récit devroit donner dela curiofité
Prifons de la Chine.
ES Prifons Chinoifes n'ont pas ces apparences d’horreur qu’on voit régner
dans celles de l'Europe, Elles fônt même commodes & fpacieufes. L’é-
difice en eft femblable dans toutes les parties de l'Empire, Elles font fituées
à peu de diftance des Tribunaux de Juftice. Après avoir pallé la porte de
la rue, on trouve une longue allée qui conduit au logement du fecond Geo-
lier. Enfüite on entre dans une grande cour quarrée, aux quatre côtés de
laquelle font les chambres des prifonniers , élevées fur de gros piliers de bois;
ce qui forme au-deflous une forte de galerie. Les quatre coins font occupés
par des prifons particulières, où l'on enferme les plus fameux brigands, Las
( : eut
jeur laifler
ils achéten
chaînes pet
& fi ferrée
fe reliche |
n'ont pas
cour de la
renfermér «
Jouer de pi
Sentinelles.
lence. Si.
gne, on fe
au défordre
toute efpér:
prife feroie
doit toñjou
tombe mai
l'Empereur
foin pofibl
l'Empereur
balterne a f
chargés de
lancolique,
cicer la co
leur emprif
mais encor
punition.
Dans le
on permet
chers, les L
la commodi
leurs alimer
des. Officier
La Prifo
le qu'au tra
leurs nécefii
Dans qi
neft pas pl
fait exprès
Lorfqu'un F
demande c
parce qu'or
précation q
haie du m
fn (a)!
(a)
ouvrir le
. On pu.
> & non
itres Pays
| queftion
rloureufe,
aftrument
e, tandis
inel dans
lle en cit
at de pe.
une corde
-tems que
ninuer &
ourment ,
faut que
> EXtrAOf-
complices
de petites
| enlevant
2s crimes,
eur Chew,
iventa un
olomne de
ne le T'au-
\ attachoit
s pieds &
s Malheu-
e que Ta:
912. & fuiv,
B. 293
oit régner
ufes. L’é-
pnt fituées
porte de
ond Geo-
côtés de
s de bois;
t OCCUPÉS
ands, fans
leur
DE LA CHINE, Liv. IL. Cnar. VI
teur laiffer pendant le jour la liberté de fe promener dans la cour. Cependant
ils achétent cette grace pour quelques heures. La nuit, ils font chargés de
chaînes pefantes, qu'on leur attache aux mains, aux pieds & à la ceinture,
& fi ferrées , qu’à peine leur laiffent-elles le pouvoir de fe remuer. Si l'on
fe relàche un peu de cette rigueur, ce n’eft qu’à prix d'argent. Ceux qui
n'ont pas commis de crimes odieux ont la liberté de prendre l’air dans la
cour de la Prifon; mais, le foir, on les appelle l’un après l'autre, pour les
renfermer dans une grande faille obfeure, à moins qu'ils ne foient en état de
Jouer de petites chambres , qui leur font un logement plus commode, Des
Sentinelles, qui veillent pendant toute la nuit , font obferver un profond fi-
Jence. Si l'on entend le moindre bruit, ou s'i: arrive que la lampe s’étei-
gne, on fe hâte d’en donner avis aux Geoliers, afin qu'ils puiffent remédier
au défordre: Il fe fait des rondes continuelles , qui ôtent aux prifonniers
toute efpérance de pouvair s’échapper. Ceux qui formeroient cette entre-
prife feroient punis févèérement. Le Mandarin vifite fouvent la Prifon, &
doit toûjours être en état de rendre compte des prifonniers. Si quelqu'un
tombe malade, il eft obligé non-feulement de lui procurer, aux frais de
l'Empereur , des Médecins & des remèdes; mais encore de prendre tout le
foin pofñible de fon rétabliffement. Si quelqu'un meurt, il doit en informer
l'Empereur, qui ordonne fouvent au Mandarin fupérieur d'éxaminer fi le fu-
balterne a fait fon devoir. Dans ces tems de vifice, les Prifonniers qui font
chargés de quelque crime capital paroiflent avec un vifage pâle, un air mé-
lancolique, la tête panchée, & les genoux tremblans, dans l’efpérance d’ex-
citer la compafñlion. Mais ils en trouvent d'autant moins, que le but de
leur emprifonnement eft non-feulement de les tenir fous une garde fûre,
mais encore de les morufier, & qu'il eft regardé comme une partie de leur
punition.
Dans les grandes Prifons, comme celle du Tribunal fuprême de Peking,
on permet aux Ouvriers & aux Artifans, tels que ies T'ailleurs , les Bou-
chers, les Marchands de riz & de légumes, &c. d'entrer pour le fervice &
la commodité des Prifonniers. Ils ont même des cuifiniers, qui préparent
leurs alimens; & tout s'éxécute avec beaucoup d'ordre, par le foin continuel
des Officiers.
LA Prifon des femmes eft féparée de celle des hommes. On ne leur par-
le qu’au travers d’une grille, ou par une efpèce de tour qui fert à faire pafler
leurs néceflités. Les hommes ont rarement la liberté de s’en approcher.
Dans quelques endroits, le corps d'un criminel qui meurt en prifon
neft pas porté à la fepulture par la porte commune, mais par un pañlage
fait exprès dans le mur de la première porte, qui ne fert qu’à cet ufage.
Lorfqu'un Prifonnier de quelque diftinétion fe trouve en danger de mort, il
demande comme une faveur la permiflion de fortir avant que d’expirer ,
parce qu'on attache une idée d'infamie à ce paflige. La plus grande im-
précarion qu'on puifle faire à la Chine, contre une perfonne à qui l'on fou-
haie du mal, eft de lui dire: ,,. Puiflég-tu pafler par le trou de la Prix
on (a)!
NAVAREITE
Ca) Du Halde, pag. 310, & fuiw
GOUVLRNES
MENT
DE LA CHINE,
Etat des pri:
fonniers.
Vifites du
Mandarin
dans la prifon,
& fes devoirs.
Commodités
permifes,
Prifon des
femmes.
Corminent un
traite les pri-
fonniers
morts.
336 VOYAGES DANS L'EMPIRE
NavareTTE, qui avoitété renfermé avec les autres Miffionaires, pendant
GOUVÉRNE- '
MENT la perfécution, à Hang-cheu-fu, Capitale de la Province de Che-kyang, fait la cette li
vs La CHINE, beinture fuivante de la Prifon de cette Ville & du traitement qu'ils y avoien: à l'éca
Defkriptien reçu. En arrivant dans la première cour, ils apperçurent le principal Geolier, ue les
delaPrifon de aflis avec beaucoup de pompe fur le fiège de fon Tribunal. Ce redoutable Of. tit. ge
Ho cier demanda aufli-tôt l'ordre du Juge criminel. Enfuite il-interrogea les Mif. pieds d
GPS EU fionaires fur le deffein qui les avoit amenés à la Chine & fur d’autres circon. vec bea
ftances. Ils répondirent avec beaucoup de liberté; après quoi ils furent con. ta Les
duits par une autre petite porte, qui étoit fous l4 garde d’un Portier, dans un rible. À
Temple d’une grande élégance. Il n'y a point de Prifons dans tout l'Empi. celui de
re, de Dongeons, ni de Cours de Paint Lx n'ayent leur Temple, fort pro. gés de «
pre & fort bien orné, où les Prifonniers & les Plaideurs font leurs prières, fouffrir
offrent des cierges, de l'huile, de l’argent, des parfums & d'autres préfens, montre
[ Les uns font des vœux pour leur élargiffement, & les autres pour l’h<ureuxt miratlo
faccès de leurs procès: Mais, fuivant la remarque de l’Auteur, des Images leurs Id
de bois ou de terre, ne font guères propres à les éxaucer.] A l'entrée de la ces & h
nuit, on fit pañler les Miffionaires par une plus petite porte, dans une cour 4 » SR
& de-là dans une grande falle fort obfcure, fans aucune fenêtre, & firemplie » deux
de monde qu’à peine purent-ils s’y tenir debout. Ce lieu fe nommoit la petite s» VÉC ;
Prifon, pour le diftinguer du Dongeon, qui en eft affez loin. {is y pañlérent 5 ge?
quarante jours, durant lefquels ils eurent toûjours de la lumière pendant l » Ce V
nuit. En‘: l’envie de rendre leur fituation plus commode leur ft louer une » diftin,
chambre. :1l y avoit, dans la prifon, un Infpeéteur, dont l'office étoit d’en. par lequ
tretenir l’ordre parmi les Prifonniers. Ils lui marquoient une extrême fou. Prifon (
miflion. On n’entendoit point de bruit. On ne voyoit pas naître de querelle, |
La tranquillité régnoit comme dans un Monaftère. (2)
PENDANT le jour on reconduifoit les Miffionaires au Temple & dans k aie
rande cour, pour y prendre l'air. Les chambres particulières bordoient deux
allées. Elles étoient pour les Prifonniers de quelqt ce diftinétion, qui n’avoient
commis que des fautes legères. La vie qu’ils y menoient étoit paiñble & com-
mode. On voyoit aufli quelques maifons habitées par des perfonnes mariées,
qui faifoient la garde pendant la nuit. Leur devoir eft de fe promener dans les
allées & dans les cours, en battant fans cefle du tambour & foufflant dans de :
petits cornets. Avec tant de précautions, quand la Prifon feroit moins fûre par À ET
elle-même, il n’en feroit pas moins impoiïible aux Prifonniers de s'échapper. L Givi
[LA prifon des femmes ,comme on la déja remarqué , étoit féparée des au-f#° rofefio
tres; une forte porte qui en fermoit l'entrée avoit une ouverture par laquelle on P ts: cé
donnoit aux Prifonnières ce dont elles avoient befoin. L’Auteur fut bier infor- . d
mé qu'aucun homme ne vient là pour s'entrecenir avec elles: & à cette oc- Le vi
cafon il remarque que les hommes & les femmes fe conduifent dans cet endroit d.obt :
avec tant de modeftie & de retenue, qu’on ne voit nulle part dans le refte du Lis Le
Monde une conduite aufli régulière. ] On y apporte, chaque jour, toutes for- Le
tes de commodités en abondance; ce qui forme continuellement un véritable pe
marché. Tout enfemble a lair d’uge petite République bien ordonnée. Cha-
que jour au foir le principal Geolier vifite les prifonniers avec fes commis, (a) Pa
les appelle par leur nom & les renferme dans le lieu qu’ils habirent. On don- néral des”
ne, aux prifonniers pauvres, une portion de riz tous les jours. Ils en man- de la milic
gent une partie, & du refte ils achetent du bois, du fel & des légumes. Sans al dans
cette del
VIII.
es, pendant
ang, fait la
ls y avoien:
pal Geolier,
outable Of.
gea les Mif.
tres Circon.
furent con.
er, dans un
out l’Empi.
e, fort pro:
urs prières,
res préfens,
ur }! 1e areuxt
des Images
entrée de la
une Cour,
& firemplie
oit la petite
y pañlérent
pendant l:
it louer nine
> étoit d’en.
xtrême fou-
de querelle,
> & dans ha
doient deux
ui n’avoient
ble & com-
es mariées,
her dans les
ant dans de
ins fûre par
s'échapper.
laquelle on
bier infor-
à cette oc-
cet endroit
le refte du
toutes for-
n véritable
ée, Cha-
s commis,
, On don-
ls en man-
mes, Sans
cette
arée des au-[f
DE LA CHINE, Liv. II. Cuar. VI 337
cette libéralité la plûpart manqueroient du néceflaire, parce qu’étant logés fort
à l'écart, ils n’ont pas de reflource dans les aumônes. Pendant tout le tems
ue les Miffionaires furent captifs, il entra plus de prifonniers qu’il n’en for-
tit. Les uns avoient les cuifles meurtries de coups; d’autres, les chevilles des
pieds difloquées par la torture. Ces châtimens font communs & s’éxercent a.
vec beaucoup de févérité. |
Les Miffionaires entrérent un jour dans le Donjon. C'eft un lieu aflez ter-
‘ rible. Au dehors eft une grande cour, & dans lecentre, un Temple, comme
celui de la petite prifon. ‘l'ous ceux qui s’y trouvoient renfermés étoient char-
gés de chaînes. Ils avoient le teint livide, parce qu'ils avoient beaucoup à
fouffrir de l'humidité. Cependant on leur permettoit, pendant le jour, de fe
montrer au Soleil, où ils refpiroient un air plus fain. Rien ne caufa plus d’ad-
miration aux Miffionaires que l'ardeur avec laquelle ils leur voyoient implorer
leurs Idoles, pour obtenir la fin de leurs fouffrances, &que les manières dou-
ces & honnètes qu'ils avoient l’un pour l’autre & pour ceux qui les vifitoient :
» S'il fe trouvoit dans nos prifons, remarque Navarette, deux Chinois ou
deux Japonois, comment feroient-ils traités par les autres Prifonniers? A.
vec quelle rigueur ne leur feroit-on pas payer les Droits établis par l’ufa-
ge? On ne voit rien de femblable à la Chine. Nous fûmes traités, ajoûte
ce Voyageur , avec autant de refpeét que fi nous avions été d’un rang
» diftingué. On voyoit du côté intérieur du mur, vers le Donjon, un trou
par lequel on faifoit pafler les corps des prifonniers qui mouroient dans cette
Prifon (b).
LE]
Tome VIT, le détail de ce qu'ileut à fouffrir &
(b) Defcription de la Chine par Navarette,
les circonftances de cette perfécution. R, d.F,
pag. 15. &uiv. On a và dans fon Journal, au
ç VI.
Gouvernement militaire ÉS Forces de l Empire.
Officiers € Tribunaux militaires.
Fo militaire de la Chine a fes Tribunaux comme le Gouvernement
civil, & fes Quans ou fes Mandarins, avec l’autorité qui convient à leur
profeflion. Les Mandarins de la guerre prennent régulièrement leurs trois de-
grés, comme les Mandarins civils. Ils font divifés en neuf claffes, qui for-
ment, comme les autres, un grand nombre de Tribunaux.
Le rang & les fonétions du principal Officier militaire, ou du Général, font
à peu près les mêmes à la Chine qu’en Europe (a). 1l a fous lui, dans quel-
ques Provinces, quatre Mandarins; & dans d'autres lieux, deux Mandarins
feulement , qui repréfentent auffi nos Lieutenans-Généraux. Ceux-ci ont d'autres
Mandarins
fuivant Gemelli ( pag.. 279.) font les Tjong.
mags ou les Colonels, les Fi-tyans ou les Ma-
jors, les Se-kupes ou les Capitaines, & les Pa-
tal Tjyang-kiun , & leurs Lieutenans-Géné- tjuns ou les Enfeignes. Mais Du Halde fait Le
taux, Meÿrayn-chan. Sous ces Commandans, Tiong-ping, Chef général de la milice.
VIII. Part. Vv
(a) Parmi les Chinois, le Hong:tu eft Gé-
néral des Troupes reglées, & le Ti-tu comman-
de la milice. Les Tartares appellent leur Géné-
Govvrenxe-
MENT
DL LA CuINe.
Defcription
du Donjon,
Divifion des
Maindarins
iilitaires en
cinq clafles.
Reffemblane
ce des degrés
inilitaires de
la Chine avec
les nôtres,
GouvErnNE-
MENT
DE LA CHINE.
Jutre Tri-
bunal dont ils
dépendent,
Scigneurs
qui font au-
deflus des or-
dres des Man-
darins,
Coibien la
€hine eft for-
tifice par l'Art
& la Nature.
338 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Mandarins fubordonnés, qui répondent à nos Colonels. Les Colonels ont fous
eux des Officiers, qu'on peut regarder comme des Capitaines. Enfin ces Ca.
pitaines ont des Officiers fubalternes, qui reffemblent à nos Lieutenans & à nos
Enfeignes. Chacun de ces Mandarins a le train qui convient à fa dignité; &
lorfqu'il paroît en public ;: il eft accompagné d’une troupe d'Officiers qui ap-
partiennent à fon ‘T'ribunal ; de forte que tous enfemble ils ont fous leurs ordres
un fort grand nombre de Troupes, tant à cheval qu’à pied.
On compte à Peking cinq Tribunaux militaires, qui fe nomment U:fu, :
c'eft-à-dire, les cinq clafes ou les cinq troupes de Mandarins dela guerre. Le
premier porte le nom de Heu-fu, c'eft-à-dire, d'arrière-garde ; le fecond, ce.
Jui de T/o-fu ou d'aile gauche ; le troifième, de Teu-fu, qui fignifie afle droite;
le quatrième, celui de Chang-fu, e’eft-à-dire,avant-garde du corps d'Armée ; le
cinquième, celui de T/yen-fu ou d'avant-garde.
Ces cinq clafles ont à leur tête un Préfident & deux Affiftans, qui font du
premier Ordre des Mandarins. On choifit ordinairement, pour remplir ces
poftes, de grands Seigneurs de l’Empire, qui deviennent ainfi les Comman-
dans de tout ce qu'il y a d’Officiers & de Soldats à la Chine. Cependant ces
cinq Tribunaux dépendent d'un Tribunal fuprêmede la Guerre , nommé Yong-
ching-fu, dont le Préfident eft un des plus grands Seigneurs de l'Empire. Son
autorité s'étend fur les cinq Tribunaux militaires, & fur tous les Officiers &
les Soldats de la Cour. Mais pour modérer ce pouvoir extraordinaire, qui
le rend maître d'un fi grand nombre de Troupes, on lui donne pour affiftant
un Mandarin Littéraire (2) avec le titre de Surintendant de l'Armée, & deux
Infpeéteurs nommés pär l'Empereur , qui entrent dans l’adminiftration des
armes. D'ailleurs, lorfqu'il s'agit d’éxécuter quelque projet militaire, le
Yong-ching-fu dépend abfolument de la quatrième des fix Cours fuprêmes,
qui fe nomme Ping-pu & qui a toute la milice de l'Empire fous fa Jurif:
diétion.
Quorqu’ir y ait à la Chine de grands Seigneurs qui portent les titres de
Princes, de Ducs & de Comtes ; qui font fupérieurs à tous les Ordres des
Mandarins par leur dignité, leur mérite & leurs fervices (c), il nycna
pas un néanmoins qui ne fe trouve honoré de fon Emploi, & de la qualité de
Chef des cinq Tribunaux militaires. Les Chinois font les plus ambitieux de
tous les Peuples. Ils mettent leur gloire & leur bonheur à jouir de quelqu'au-
torité dañs l'Etat (d).
Les Tribunaux des Mandarins de la guerre ne demandent point d'autre
éclairciffement, parce que dans leurs procédures & leurs décifions ils ont les
mêmes méthodes que les Tribunaux civils, dont on a déja donné la deftrip-
tion. Mais il nous refte à parler des forces de l'Empire Chinois.
L'ART & la Nature fe font réunis pour donner des forces extraordinaires
à la Chine. Toutes les grandes Villes, & les principales entre les petites ,
| font
(») Ou peut être un Mandarin civil; car neuf Ordres, fe nomment PVi-jo-lyew, c'eft-
on confond fouvent les Officiers civils avec à-dire, gens fans étabiiffement, parce qu'ils
les Littéraires. afpirent aux poftes de confiance & de grand
(ce) Magalhaensles appelle Fa-pings, com profit.
me s'il n'y avoit pas pour eux d’ailez haut
degré , ni de place qui réponde à leur mérite.
Mais ces Mandarins, qui n’y font d'aucun des
(d) Relation de Magalhaens, pag. 215 &
217. Du Halde, pag, 215. & fuiv.
font ph
de Gue
mérce.
tres Vill
ficile.
part ,, u
té, c'e
ions OÙ
MT
Les
On en di
So, Chin
le fecond
trois cen
à-dire , e
les Châte
ticuliers 4
ENTRr
milieu de
leurs Tro
vement d
des roche
échelles,
ronnées d
dans de I:
l'ennemi.
nommés ‘
leur fenti
en arbor:
lumée, p
Province.
défenfe.
Les a
femblent :
de fix Prec
te, que k
les tempê
sûreté.
ce côté-|:
de Murai
LE no
Mur, po
à fept ce:
pour dim
|
(e) L’Ar
Villes du fix
ont fous
1 ces Ca-
s & à nos
nités &
qui ap-
rs ordres
nt U-fu,
erre. Le
nd, ce-
Ile droite ;
rimée 3 le
| font du
nplir ces
omman-
dant ces
mé Tong-
ire. Son
iciers &
ire, qui
affiftant
, & deux
tion des
aire , le
prêmes,
a Jurif-
itres de
dres des
d'y en a
alité de
ieux de
elqu'au-
d'autre
ont les
defcrip-
dinaires
betites ,
font
uw, c'eft-
ce qu'ils
de grand
e, 215 &
DE LA CHINE, Liv. Il Cnar. VI. 339
font ph ou moine fortifiées. On donne à certaines Villes le nom de Places
de Guene, pour les diftinguer des autres, qui fe nomment Villes de Com-
merce. Cependant les Places de Guerre n'ont pas d'autre avantage fur les au-
tres Villes fortifiées, que celui de leur fituation, qui en rend l'accès plus dif-
ficile. Tout l’art des fortifications Chinoifes confifte dans un excellent rem-
part, un mur de brique, des cours, un large foffé rempli d’eau. A la véri-
té, c'eft une sûreté fuffifante contre tous les efforts ennemis, dans des Ré-
gions où la partie offenfive de la guerre n'eft pas mieux connue que la dé-
enfive.
Les Places fortifiées, les Forts & les Citadelles font en fort grand nombre.
On en diftingue fept ordres différens, quife nomment Quang , Ghey où Whey,
So, Chin, Po, Pu & Chay. Le premier ordre en contient environ fix cens;
le fecond , plus de cinq cens; le troifième, trois cens onze; le quatrième ,
trois cens; le cinquième, cent-cinquante (+), & le dernier, trois cens ; c'eft-
à-dire , en tout plus de deux mille, fans comprendre dans ce nombreles Tours,
les Châteaux & les Redoutes de la fameufe Muraille, qui ont leurs noms par-
ticuliers & leurs garnifons.
ENTRE les Chays, on compte ces Places de refuge, qui font fituées au
milieu des champs, dans lefquelles les Fermiers & les Payfans fe retirent avec
leurs Troupeaux & leurs meubles lorfqu'ils fe croient ménacés de quelque mou-
vement de guerre ou de l’infulte des voleurs. On en voit d’autres au fommet
des rochers & des montagnes les plus efcarpées, fans autre accès que par des
échelles, ou par des degrés taillés dans le Roc. Ces Places ne font pas envi-
ronnées de murs, parce que toute leur force confte dans leur fituation, ou
dans de larges & profonds foflés, qui font capables d'arrêter la marche de
l'ennemi. On compte avec cela plus de trois mille Tours, [ ou Châteaux,
nommés Tay,] où l'on entretient conftamment une garde de Soldats, avec
leur fentinelle, qui avertit du moindre défordre par un fignal établi; le jour,
en arborant un étendart au fommet de la ‘Tour ; la nuit, par une torche al-
lumée, pour donner l'allarme aux Garnifons voifines ; car il n’y a pas de
Province, de Ville ni de Bourg dans l’Empire, qui n’ait des Soldats pour fa
défenfe.
Les autres endroits par lefquels il pourroit être expofé à quelqu’attaque,
femblent avoir été foigneufement fortifiés par la Nature. La Mer, qui bor-
de fix Provinces à l'E & au Sud, a fi peu de profondeur au long de la Cô-
te, que les Vaiffeaux n’en peuvent approcher fans être brifés en piéces, &
les tempêtes y font fs fréquentes qu’une Flotte n’y peut jamais mouiller en
sûreté. À l’Ouelt, ce font des montagnes inaccellibles, qui ne font pas de
ce côté-la une défenfe moins sûre. Le côté du Nord eft défendu par la gran-
de Muraille (f).
LE nombre des Soldats que l'Empereur entretient pour la garde du grand
Mur, pour celle des Villes & des autres Places fortifiées, montoit autrefois
à fept cens foixante-dix mille, S'il a reçu quelque changement, c'eft moins
pour diminuer que pour s’accroître ; car l’État ne fait jamais de Rue
ans
(e) L'Auteur a oublié de dire lenombre des (f) DuHalde, pag. 262.
Villes du fixième ordre. KR, d. E,
Vv 2
Gouverxe-
MENT
DE LA CHINE.
Six ordres
de Places for.
tes,
Leur nom:
bre total,
Chays ou
Places de re«
fuge,
Fortifica.
tions naturel-
les dela Chi-
ne.
Troupes
Chinoifes.
Leur nombre
à leurufage.
340 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Gouvrens. dans les Troupes. Elles fervent de gardes aux grands Mandarins, aux G
MENT Verneurs, aux Officiers , aux Magiftrats. Elles les accompa nent OU
pe LA Cuinr. dans leurs voyages ; elles veillent pour leur sûreté pendant A rs ja
environs de leurs Barques ou de leurs Hôtelleries ; & chaque fois . fe
Mandarin s'arrête, elles font relevées par d'autres gardes. L’Em a 5
tretient aufli cinq cens foixante-cinq mille chevaux, pour renianths la C .
| lerie , & pour l’ufage des Courriers qui fervent à porter dans les Provinc s fes
Qualités des ordres & ceux des ‘Frib + $ es Provinces fes
troipes Ch. M ibunaux (g). Le foin qu’il prend de bien armer fe
k 7 F CS
noifes, Troupes & de les habiller proprement, leur donne la plus belle apparenc
du monde dans leurs marches & dans les revûes. Mais elles ne font es Eine
parables à celles de l'Europe pour la difcipline & le courage. Non-feule.
ment les Chinois font naturellement efféminés, & les Tartares font pref ue
tombés dans la même molleffe ; mais le profond repos dont ils joui rep
leur donne aucune occafion de fe rendre plus propres à la guerre: tandis .
la préférence qu'ils donnent fur tout le refte, à l'étude & au fcavoir là dé
pendance où les Soldats vivent des Lettrés, & l'éducation ordinaire de la jeu-
nelle, qui ne voit que des livres, & qui n'entend parler que de morale £ de
| politique, font autant d'obffacles pour le courage militaire (h). L'attaque des
Rte des artares eft vive & fière. Ils pouffent brufquement l'ennemi, lorfqu’il ont
EE d’abord à plier; mais ils font incapables d'un long effort, fur-tout pour
fe défendre, s'ils font attaqués eux-mêmes avec autant d'ordre que de vigueur
L'Empereur Kang-hi, qui ne difoit jamais rien que de jufte, comme ilne fai-
{oit rien que de grand, peignoit leur caractère en deux mots: ., Les Tarta-
res font bons Soldats lorfqu'ils en ont de mauvais à combattre S tisié ils
mauvais lorfqu'ils ont à faire à de bonnes Troupes (i) É ‘a
Difcipline A l'égard de la difcipline, les Troupes Chinoifes ne laiffent pas d’être
militaire. cées régulièrement par leurs Officiers. Cet éxercice confifte, ou dans Mot
pèce de marche irrégulière & tumultueufe, qu'ils font en efcortant les Man.
darins; ou dans diverfes évolutions qui s’éxécutent au bruit des trom des,
Ils tirent de l'arc & manient le fabre avecbeaucoup d’adreffe. On fait au de
tems en tems, des revûes militaires, pour éxaminer foigneufement les che-
vaux, Îles moufquets, les fabres, les fléches, les cuiraffes & les cafques. La
moindre trace de rouille fur les armes eft punie fur le champ de trente ou qua-
rante Coups de bâton, fi le foldat eft Chinois, & d'autant de coups de ER fi
c'eft un T'artare, Lorfqu’ils ne font point employés aux éxercices de leur état
ils ont la liberté de choifir leurs occupations (k), k
Raifon qui IL n'eft pas néceflaire à la Chine, comme en Europe, d'employer la violen-
es | ce ou l'argent pour engager les hommes au métier des Armes. La profeffion de
Chinois. Soldat eft regardée au contraire comme un fort bon établiffément. On s'em-
pos Pis d'e foit pa le ns de fes amis ou par les préfëns qu’on fait
aux Mandarins; d’autant plus que chacun fai inairem à
le Canton qu'il habite. p'us q fait ordinairement fon fervice dans
Leur paye. Les trois Provinces du Nord (7) fourniffent un grand nombre de Soldats.
: Ils
CE
2
(g) Le même, pag. 245, (4) De-là vient : ,
, , ue fuivant l’obfervation
2 Ï) Le Comte, pag. 290. Du Halde, pag. de Trigaut, la moitié des Habitans de ces
(1) Le Comte ubf up He Provinces eft enrôlée au fervice milis
(4) Le Comte, Ill
Îis reço
chaque
ques-u
vec de
lEmpe
Dr
tre emf
fe mont
de purg
ont à lé
cafions
nes fe
tache p
Ava
ar un
Enaile,
nifon q
eft unic
militair
monter
leurs va
dans la
ENT
tent let
établiffe
Ping-pu
pes Chi
jours pr
créteme
Tou
tions di
particul
de l'En
fonne.
long-te:
de Chin
premie!
vemen:
afon E
le blanc
Chinoil
ou de l
CHA4
Ç(m) ]
par jour.
(n)I
&)L
aux Gou.
nt jufques
uit , aux
ois que le
pereur en-
r la Cava.
bvinces fes
armer fes
apparence
pas com-
on-feule.
t prefque
uiflent ne
tandis que
ir, là dé-
de la jeu-
rale & de
taque des
qu’il l’ont
tout pour
ce vigueur.
e ilne fai-
es Tarta-
is ils font
être éxer-
1s une ef.
les Man-
Jmpettes,
autli, de
les che.
ques. La
e ou qua-
le fouet fi
eur état,
la violen-
feffion de
On s'em-
ju'on fait
vice dans
> Soldats.
Ils
)bfervation
ans de ces
rvice Imills
DE LA CHINE, Liv. Il. Car. VI. 341
ls reçoivent pour paye, de trois en trois mois, cinq fols d'argent fin (m), &
chaque jour une mefure de riz; ce qui fuflit pour l'entretien d’un homme, Quel-
ques-uns font à la double paye. Celle des Cavaliers eff de cinq fols de plus, à-
vec deux mefures de petites féves pour la nourriture de leurs Chevaux, dont
l'Empereur prend foin comme des hommes. AE
Dgpuis queles Tartares ont conquis la Chine, ces Troupes n’ont guêres d'au-
tre emploi que celui de prévenir les Revoltes, ou d’appaifer les Séditions, en
fe montrant dans les Villes ou dans les Provinces (#). Elles font chargées aufñ
de purger les grands chemins de Voleurs. Avec l'attention continuelle qu’elles
ont à les fuivre & les obferver, il y en a peu qui leur échapent. Dans ces oc-
cafñons, chaque Ville reçoit des ordres; & toutes les forces des Places voifi-
nes fe raflemblent s’il eft néceffaire. Lorfqu’il eft queftion de guerre, on dé-
tache plufieurs Bataillons de chaque Province pour former une Armée.
AvanT l'uniondes Tartares & des Chinois, la grande Muraille étoit gardée
par un prodigieux nombre de Soldats (o), pour couvrir l'Empire contre les
invafions de ces redoutables ennemis. Mais aujourd'hui l'on n'entretient gar-
nifon que dans les Places importantes. La porte d'armes, dans chaque Ville,
eft uniquement pour les Soldats, quoïiqu’ils ne portent ordinairement l'habit
GOUVERNE-
MENT
DE LA CHINE.
Emploi ordi.
naire des
Troupes.
Troupes
pour l1 garde
de la grande
Muraille.
militaire que pour le fervice, c'eft-à-dire, dans les tems de guerre, ou pour
monter la garde, pour les revûes & pour fervir d’'efcorte aux Mandarins dans
leurs voyages. Dans les autres tems,ils s'appliquent au trafic ou à la profefion
dans laquelle üs font nés (p).
ENTRE les Officiers Tartares, on en compte vingt-quatre à la Cour qui por-
tent le titre de Capitaines généraux, avec le même nombre de Colonels. Cet
établiffement, qui ne fubffte que depuis la conquête, n'empêche pas que le
Ping-pu, ou le Tribunal fuprême de la guerre, n'ait la furintendance des Trou-
pes Chinoifes dans toute l'étendue de l'Empire. Cette Cour a des Courriers toû.
jours prêts pour porter fes ordres dans les Provinces; ce qui s’éxécute fort fe-
crétement (q). AE ; sn
Toures les Familles Tartares qui font établies à Peking, ont leurs habita-
tions dans la Ville ou dehors; mais elles ne peuvent les quitter fans un ordre
particulier de l'Empereur. De-là vient que les 1roupes Tartares, dont la Garde
de l'Empereur eft compofée, font toûjours en quelque forte près de fa per-
fonne. On voit aufi à Peking quelques Troupes Chinoifes , enrôlées depuis
long-tems fous les drapeaux Tartares, & qui portent par cette raifon le nom:
de Chinois Tartarifés. Elles font bien payées & toûjours prêtes à marcher au
premier ordre, avec autant dé diligence que de fecret, pour arrêter les mou-
vemens & les féditions. Ces troupes font divifées en huit corps, dont chacun
a fon Enfeigne, diftinguée par la couleur qui lui eft propre. C’eft le jaune,
le blanc, le rouge & le bleu. Le verd.eft la couleur des Troupes entièrement.
Chinoifes, qui en tirent le nom de Lu-ki, c'eft-à-dire, Soldats de la Banière
ou de l'Enfeigne verte.
CHAQUE enfeigne Tartare a fon Général, qui fe nomme Kufanta, en lan-
: gue.
Cm) Environ quatre fols & demi de France le confirme fur fa propre connoiffance.
Ar jour. (p) Magalhaens, pag. 44. & 58, Le Comte
(n) Du Falde, pag. 267. î I
(a) Le Comte dit un million, Navarette
Vv 3
(4) DuHalde, pag. 261,
ubi fup. pag. 290. Du Halde, pag. 262 & 264,
Officiers
Tartares à la.
Cour,
Familles &
troupes Tar-
tares de Pe-
king.
Troupes
Chinoifes
Tartaritécs,
Ordre des.
Troupes Tag»
tares..
GOUYELRNE-
MENT
DE LA CUINE,
Troupes des
Provinces &
des Ifles.
Armes des
Troupes Chi-
nuifes.
Artillerie de
la Chine.”
À queltemps
on en peut
rapporter l’u-
fage,
Les Miflio-
naires fondent
du canon pour
la Chine,
342 . VOYAGES DANS L'EMPIRE
gue Mancheou. Cet Officier en a d’autres fous lui, qui répondent à nos Lieute.
nans-Généraux, fous le nom de Mey-reyon-chain, & qui ont aufñfi leurs Officiers
fubalternes. Comme chaque Corps eît compofé à préfent de Tartares Man.
cheoux, de Tartares Mongols, & de Chinois Tartarifés, le Général a fous lui
deux Officiers Généraux de chaque Nation, & ces Officiers ont auñi des fubal.
ternes de la même Nation. Chaque Corps confifte en dix mille hommeseffeétifs,
divifés en cent Nierus où cent Compagnies, chacune de cent foldats er Ain-
fi, en comptant la Maïon de l'Empereur & celle des Princes, dont les Do.
meftiques ont la paye d’Officiers & de Soldats, on peut croire, fuivant l'opi.
nion commune, qu’il y a toûjours cent mille hommes de Cavalerie à Peking (5),
Cependant ils font tellement énervés, comme on vient de le remarquer, que
les Tartares Orientaux font peu de cas de leur nombre. Ilsdifenten proverbe,
que le henniffement d’un cheval Tartare füflit pour mettre en déroute ‘oute la
Cavalerie Chinoife (+).
OurreE ces Forces, qui font conftamment fur pied, chaque Province a quinze
ou vingt mille hommes, fous le commandement de leurs Officiers particuliers.
Il y en a auffi pour la garde des Ifles, fur-tout pour celles de Haynan & de
Formofe.
Les armes des Soldats font des cimetères & des dards, fuivant l’ancien
ufage du Pays. L’Infanterie eft peu nombreufe : elle n’a point de Piquiers,
& les Moufquetaires y-font en petit nombre (v).
L'ARTILLERIE eft d'invention moderne parmi les Chinois ; & quoiqu'ils
ayent fort anciennement l’ufage de la poudre, ils ne l’employent guères que
pour les feux d'artifice, dans lefquels ils excellent. Cependant on voit aux
portes de Nan-king trois ou quatre bombardes, courtes & épaifles, affez an-
ciennes pour faire juger qu’ils ont eu l’ufage du canon, quoiqu'’ils paroïflent
l'ignorer encore; Car ces piéces paflent parmi eux pour de fimples curiofi.
tés (x). Ils ont auffi quelques petards fur leurs Vaifleaux, mais ils man-
quent d’habileté pour s’en fervir. En 1621 la Ville de Macao préfenta trois
canons à l'Empereur , avec quelques Canoniers (y). On en fit l'épreuve de-
vant plufieurs Mandarins, qui parurent fort furpris de cette nouveauté. Les
Tartares, qui s’étoient approchés de la grande Muraille, furent fi effrayés du
ravage que cette petite artillerie fit dans leurs rangs, qu'ayant pris la fuite,
ils n'eurent pas la hardieffe de reparoîtresjufqu’en 1636. Ils firent alors une
nouvelle irruption, qui fit penfer les Mandarins à fortifier les Villes de la
Chine & à les munir d'artillerie. Ce fut à cette occafion que le Doéteur Pal
Syn leur ayant repréfenté (2) que les Miffionaires fçavoient l’art de fondre le
canon, ils fupplièrent aufli-tôt l'Empereur d’ordonner au Père Adam Schaal,
alors Préfident du Tribunal des Mathématiques , d’en fondre quelques pié-
ces. Après avoir obtenu l'ordre qu'ils defiroient, ils firent une vifite à ce
Mifionaire
(r) Comme on remarque que Jengloïz-kam
avoit établi le même ordre dans fes lroupes,
on pourroit rechercher s’il l'avoit reçu des
Fartares Orientaux ou s'il le leur avoit eom-
muniqué.
(s) Le Comte dit cent foixante imille,
(t) Du Halde, pag. 629. & fuiv.
(vw) Le Comte, pag. 290 & 312.
(x) Il paroît, par le récit de Marco-Polo,
que les T'artares employèrent du canon au fiége
de Peking dans le treizième fiécle,
(y) On enaparlé ci-deflus.
(3) C'étoit un Mandarin converti,
Mifiona
ment si
n'en ign
périal.
fort éloi
Ouvriers
Mandari
Verbieft
fondre d
entrepri
dans les
re race
entrés à
fervice «
Chrétie
canon.
Quei
préfenta
piéces dé
re. Sa
Père Ve
fuivant |
Majefté
le 11 de
Ouvrage
faires.
La fo
tité d’obl
patience
pour ruit
du trava
ciers fub:
ils fe hà
dans l’ef
la lumièr
entendu
ge étag
qui eft à
accompa
donna le
touchoie
tacle lui
Tartare
dreffées
beau-pèr
tige Le (
qui etui
>» Canon
os Lieute.
rs Officiers
ares Man.
al a fous lui
des fubal.
seffeétifs,
(r). Ain-
nt les Do.
ant l'opi-
king (s),.
quer , que
roverbe,
€ :oute la
€ a quinze
rticuliers.
lan & de
t l'ancien
Piquiers ,
quoiqu'ils
ières que
voit aux
aflez an-
aroiflent
Curiofi-
ils man-
nta trois
euve de-
té, Les
rayés du
la fuite,
lors une
8 de Ja
eur Paul
ondre le
Schaal,
es pié-
te à ce
Monaire
co-Polo,
n au fiége
DE LA CHINE, Liv. Il. Crar. VI. 343
Miffionaire Mandarin, & dans la converfation ils lui demandèrent né ligem-
ment s’il fçavoit la manière de fondre du canon. Schaal ayant nb qu’il
n'en ignoroit pas les principes , ils lui préfentérent fur le champ l'Ordre Im-
périal. En vain leur repréfenta-t'il , dans fa furprife, que la pratique étoit
fort éloignée de la théorie. Il fallut obéir, &x donner des inftruétions aux
Ouvriers, avec l’affiftance néanmoins des Eunuques de la Cour. Enfuite les
Mandarins, perfuadés par la vûe des Inftrumens Mathématiques que le Père
Verbieft avoit compofés à Peking, qu’il ne devoit pas être moins habile à
fondre de l'artillerie, obtinrent un autre ordre pour ce Miffionaire. Une
entreprife de cette nature étoit capable de l'allarmer. Mais ayant tronvé
dans les Regiitres des Eglifes Chrétiennes de Peking, que fous la dernic-
re race des Empereurs Chinois un grand nombre de Miffionaires étoient
entrés à la Chine en faveur de leurs lumières ; & ne doutant pas qu’un
fervice de cette importance ne portât l'Empereur à favorifer la Religion
Chrétienne , il fondit avec un merveilleux fuccès cent trente piéces de
canon.
UzLQUE tems aprés, le Confeil des principaux Mandarins de la guerre
préfenta un Mémoire à l'Empereur , par lequel il lui demandoit trois cens vingt
piéces de canon à l'Européenne, pour la défenfe des Places Fortes de l'Empi-
re. Sa Majefté ordonna que Nan-whay-Fin, (tel étoit le nom Chinois du
Père Verbieft) prendroit la direétion de l'ouvrage, & qu’il feroit éxécuté
fuivant les modéles qui devoient être tirés en peinture, & préfentés à Sa
Majefté dans un Mémoire. Le Miffonaire préfenta les modéles en 1687,
le 11 de Février. Ils furent approuvés; & le Xong-pu ou le Tribunal des
Ouvrages publics reçut ordre de fournir fans délai tous les fecours nécef-
faires.
La fonte de tant de piéces prit plus d’un an. Verbieft eut à vaincre quan-
tité d’obftacles de la part des Eunuques du Palais, qui ne voyant pas fans im-
patience un Etranger dans une fi haute faveur, réunirent tous leurs efforts
pour ruiner fon entreprife. Ils fe plaignoient à tous momens de la lenteur
du travail ,,tandis qu’ils faifoient dérober fecrétement le métal par les Of-
ciers fubalternes de la Cour. Auffi-tôt que la première piéce étoit fondue,
ils fe hâtèrent, avant que l’intérieur füt poli, d’y jetter un boulet de fer,
dans l'efpérance de la rendre inutile. Mais Verbicft l'ayant fait charger par
la lumière, elle fut tirée avec un bruit fi terrible, que l'Empereur l'ayant
entendu de fon Palais defira qu’on fit une feconde décharge. Enfin l’ouvra-
ge étagt achevé, toutes les piéces furent traînées au pied d’une montagne
qui eft à une demi-journée de Peking du côté de l'Oueft; & Sa Majeité,
accompagnée des principaux Officiers de fon armée & de toute fa Cour, fe
donna le plaifir d'en voir faire l'épreuve. On lui fit obferver que les boulets
touchoient au lieu vers lequel Verbieft avoit braqué fes machines. Ce fpec-
tacle lui fit tant de plaifir, qu'il donna une fête folemnelle au Gouverneur
Tartare & aux principaux Officiers de l'Armée, fous des tentes qui furent
dreffées en plein champ. Il but, dans une coupe d’or , la fanté de fon
beau-père & de fes Officiers, & celle même des Artiftes qui avoient di-
rigé le canon avec tant de jufteffe. Enfin, ayant fait appeller Verbieft,
qui étoit logé par fon ordre près de fa propre tente, il lui dit: ,, Le
» Canon que vous me fites l’année pañlée a fervi fort heureufement pi
x 165
GOUVEUNE-
MENT
DE LA Caine.
Obftacles
que le Père
Verbielt trou-
va dans fon
travail.
L'Empereur
fait l'épreuve
du canon des
Miffionaires.
Compliment
qu'il fait au
Père Verbieft.
GoLvERNE-
MENT
NE LA CHINE,
Honneurs
accordés à ce
NAN n aîe
Miflionaire.,
Les canons
font bénis &
reçoivent des
noins de
Saints,
Variété de
l'air & des fai-
fons à la Chi-
ne.
244 VOYAGES DANS L'EMPIRE
»» les Rebelles, dans les Provinces de Chen-fi, de Hu-quang & de Kyang-
» Ji. Je fuis fort fatisfait de vos fervices. Enfuite fe dépouillant de fa
robe & de fa vefte fourrée, il les lui donna comme un témoignage de fon
amitié.
ON continua, pendant plufieurs: jours , d’éprouver les piéces, par un fi
grand nombre de décharges qu'il y eut vingt-trois mille boulets de tirés,
[avec une grande fatisfaétion des Mandarins , qui les faifoient fervir par leurs
no Verbieft compofa un Traité fur la manière de fondre le canon &
fur fon ufage. Il le préfenta à l'Empereur, avec vingt-quatre deffeins des fi.
gures nécefläires pour l'intelligence de cet art, & des inftrumens qui fervent
a tirer jufte. Quelques mois après, le Tribunal dont l'office eft de recher.
cher les perfonnes qui ont rendu fervice à l'Etat, préfenta un mémoire à
l'Empereur, pour le fupplier d'avoir égard au mérite de Nan-whay-jin. Sa
Majelté ayant reçu favorablement ce mémoire, accorda au Mifionaire le
même titre d'honneur qui fe donne aux Vicerois lorfqu'ils ont bien fervi
dans leur Gouvernement.
D'ux autre côté, pour prévenir la fuperftition des Chinois, qui font des
facrifices à l'efprit de l'air, des montagnes & des rivières , fuivant la natu-
re des événemens & des ouvrages qu'ils commencent ou qu'ils finiflent,
Verbieft fixa un jour pour la bénédiétion folemnelle de fon artillerie. Il éle-
va dans la Fonderie un autel, fur lequel il plaça un crucifix ; & revêtu d’un
furplis, avec l’étole, il rendit fes adorations à Dieu en fe profternant neuf
fois. Comme c’eft l’ufage de la Chine de donner des noms à toutes fortes
d'ouvrages, il diftingua chaque piéce de canon par le nom d'un Saint ou
d'une Sainte, qu’il craça fur la culafle en gros caractères (a).
(a) Chine du Père Du Halde, pag. 262. & fuivantes,
EE ac EN 26 DE Mc Eos HE Fc: GX ER ER: D BR ait
CG. .H, A, Pi CE, KE VIL
Hifloire Naturelle de la Chine.
$. E.
* Climat, Air € Terroir.
D ANS la vafte étendue dont on doit fe repréfenter la Chine, il eft aife
de concevoir que l'air, les faifons & toutes les propriétés qui dépen-
dent de l'influence des corps céleftes, ne peuvent être les mêmes dans tou-
tes fes parties. Ainfi les Provinces du Nord font extrémement froides en
hyver, tandis que celles du Sud font toûjours tempérées. En Eté la chaleur
elt extrême dans celles du Sud, & celles du Nord confervent une fraîcheur
fupportable, fur-tout quand c’eft du Nord que le vent fouffle. Les jours &
les nuits fontauffi plus longs & plus courts dans les Parties Septentrionales que
dans celles du Midi. Les végétaux de toute efpèce croiffent plûtôt & devien-
nent plus parfaits dans celles-ci. En un mot, l'air de la Chine eft fort fi,
œii eft rar
Jeux des
qui s’élè
rayons d
de Pair
a ces va
que mal
des mal:
quantité
parties
{es & fé
de toute
qu'il fit
roiflent «
ment, q
doute au
fent-ils p
affez chi
IL n
dans les
de Tun-n
neufes :
ont la p
Le terro
des Côte
à mefur
cieux Ca
hautes &
vinces di
pas le qu
Los:
Canton,
partie ef
les de 1
ire parti
les plus
Whay-ng
tie bord:
les Canto
ing-fu ,
mate,
croiroit
& de gr
qui com
(a) Le
qu'on s'ür
VIII.
e Kyang-
nt de fa
e de fon
par un fi
de tirés,
par leursys
canon &
ns des fi.
i fervent
> recher.
émoire à
-jin. Sa
onaire le
ien fervi
font des
c la natu-
finiflent ,
. Iléle-
vêtu d’un
ant neuf
tes fortes
Saint ou
HF k 45
l eft aile
i dépen-
lans tou-
oides er
a chaleur
raîcheur
jours
nales que
devien-
fort fain.
Il
DE LA CHINE, Liv. Car. VII. 245
qi eft rarement chargé ou infeété de vapeurs dangereufes, [Les récits fabu-
Jeux des Bonzes, qui attribuent les maladies populaires à certains animaux,
ui s'élèvent dans l'air au-deffus de la vûe humaine & qui fe cachent fous les
rayons du Soleil, femblent marquer affez que ce n’eft jamais dans l'épaiffeur
de Pair même qu'il faut en chercher la caufe: Au contraire, ils n’ont recours
à ces vaines imaginations que pour expliquer comment il arrive quelquefois,
que malgré la pureté continuelle de l'air quelques Provinces font défolées par
des maladies. Mais ils raifonneroient plus jufte s’ils attribuoient le mal à la
quantité extraordinaire de Canaux dont l’Empire eft rempli, & à l'excés des
parties nîtreufes qu'ils ne ceflent pas d’exhaler, füur-tout dans des terres graf-
fes & fécondes, qui font encore amandées continuellement par un mélange
de toutes fortes d'immondices. Magalhaens remarqua, dans le long féjour
qu'il fit à la Chine , qu'avant le lever du Soleil la plûpart des Canaux pa-
roiffent couverts d’une fumée épaifle, qui fe diffipe à la vérité fort prompte-
ment, que ] la pefte n'y eft prefque pas connue; ce qu'il faut attribuer fans
doute aux vents du Nord, qui foufflent de la T'artarie. Du moins ne produi-
fent-ils pas ce fleau à la Chine; comme on s'eft imaginé, fur des fondemens
affez chimériques, qu'ils le produifent quelquefois en Europe.
IL n’y a pas moins de différence, à la Chine, dans la furface des terres &
dans les qualités du terroir, que dans la nature de l'air. Outre les Provinces
de Tun-nan, de Quey-cheu, de Se-chuen & de Fo-kyen , qui font trop monta-
neufes pour être cultivées dans toutes leurs parties, celle de Che-kyang,
dont la partie Orientale eft trés-abondante, a des montagnes hideufes à l’Oueft.
Le terroir de Quang-tong & de Quang:-fi, qui eft fi beau & fi fertile au long
des Côtes maritimes, devient affreux & prefque ftérile en plufieurs éndroits,
à mefure qu’on s'éloigne de la Mer. Dans la Province de Xyang-nan , le fpa-
cieux Canton de Whey-cheu-fu eft entièrement couvert de montagnes très-
hautes & prefqu'inhabitables. Elles font en plus grand nombre dans les Pro-
vinces de Chen-fi & de Chan-fi, dont toutes les plaines enfemble ne compofent
pas le quart du Pays. ;
Lorsqu'on eit entré dans la Province de Kyang-fi en fortant de celle de
Canton, on commence à découvrir la plus belle Contrée de la Chine. Une
partie eft fituée fur la grande rivière, & l'on y voit les grandes & belles Vil-
les de Ngan-king-fu, Kyang-ning-fu où Nan-king , & Chin-kyang-fu. Une au-
tre partie s'étend le long du grand canal Tu-lyang-ho, qui eft bordé des Villes
les plus riches & les mieux peuplées de la Province de Kyang-nan, telles que
Whay-ngan-fu, Tang-cheu-fu, Chang-cheu-fu & Su-cheu-fu. Une troifième par-
tie borde les Côtes Maritimes de la Province de Che-kyang, où l'on trouve
les Cantons de Hang-cheu-fu, qui en eft la Capitale; de Hu-cheu-fu, & de Kya-
ling-fu, qui fouruïffent plus de foie que toutes les autres Provinces de la Chi-
ne. Rien ne furpañle la beauté de ces plaines. Elles font fi unies, qu’on les
croiroit tirées au niveau (a). Elles contiennent une infinité de grandes Villes
& de gros Villages. Elles font coupées par une nombre infini de Canaux ,
qui communiquent les uns aux autres & qui reçoivent toutes fortes de Bar-
ques
(a) Le Comte dit, enftyle deRhétorique, la Monarchie, la Nature ne s’eft attachée qu’à
qu'on s'inagineroit que depuis lafondation de perfeétionner ce niveau. -
VIII, Part. Xx
Hisroine
NATURELLE
DE LA CHINE.
Variété dans
le terroir des
Provinces.
Beauté ad-
mirable de
certaines par-
ties de la Chi-
ne,
346 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Hicrornx ques fans aucun danger. L'eau en eft très-claire & très-bonne à boire, Ces avec mo
NarureLce plaines font cultivées avec une induftrie dont les Chinois font feuls capables. le riz de
og LA CHiNt. lles font fi fertiles, qu’en plufieurs endroits elles produifent, deux fois l’an- kyan
née, & fouvent du froment même, entre les deux moiffons. ue q
Exceptions Mais ce n’eft pas fur cette partie de la Chine qu’il faut fe former uneidée LE ri
de y faut générale d'un fi vafte Empire. La connoiffance de quelques Provinces ne mieux q
à donneroit qu’imparfaitement celle du corps entier. Sans l'occafon que les s'en fait
Mifionaires ont eue de le parcourir, pour en dreffer la Carte, nous ignore- dans les
rions encore que dans la plûpart des grands Gouvernemens il v a des Cantons roduit !
de vingt lieues entières, fort mal peuplés & prefque fans culture, parce que 1664 il
Caufe des Je terroir en eft fi fauvage qu’il eft inhabitable. Comme ces quartiers font le boife
A combe éloignés des grandes routes, ils ont pû facilement échaper à la curiofité des la Provi
” Jdefhs. premiers Miflionaires (b) & des Auteurs de nos Relations imprimées. La boifleau
plûpart ont donné de grands éloges aux Provinces de Chen-fi & de Se-chuen, ple. Il
arce qu’ils n'avoient vû que le Canton de $i-ngan-fu, qui eft divifé en trente- laquelle
fept Villes, la plûpart riches & peuplées. Il faut attribuer à la mème caufe fon poid
les louanges qu’on a données au terroir de Ching-tu-fu, qui eft coupé par Surv
quantité de Canaux, comme les Provinces de Kyang-nan & de Che-kyang. qui font
Ces premiers Voyageurs n'ont pû s’imaginer que les parties qu’ils n’avoient cés d’an:
pas eu l’occafion de voir fuflent fi différentes de celles qu'ils avoient vâûes. Ils che, le:
ont vanté en général les Provinces de Ho-nan & de Hu-quang ; quoiqu’une grande la poire,
partie de la première, du côté de l'Oueft, foit déferte & fans culture, & que grenade
ces défertsayent encore plus d’étendue dans Hu-quang. Cependant il fautavouer rope, à
que les parties fertiles de ces deux Provinces donnent afléz de riz & “autres
grains pour fournir les Provinces voifines, fur-tout celle de la Cour; car le (d) Le
terroir de Pe-che-li, qui n’eft qu'une valte piaine, eft fi fec & fi dépourvû de &3r4
ruifleaux, qu’en produifant beaucoup de froment, de petits grains & de lé. mn
gumes, à! produit très-peu de riz, qui eft la nourriture la plus chère des Chi-
nois. De-là vient que cette Province, & particulièrement le Canton de Pe-
king, qui eft comme le rendez-vous de tout l'Empire, auroient peine à fub-
fifter fans le fecours des autres Provinces.
Jugementen JL eft vrai, en général, que le terroir eft affèz fertile dans chaque Provin-
pere qe Ê ce, fans excepter celle de Quey-cheu, & que fouvent on y recueille une dou- ES
Chine. ble moiflon. Mais fi ces Contrées, qui font bafles & marécageufes, ont été rop
rendues capables de porter du bled, c’eft au travail infatigable des laboureurs mes fruil
que la Chine en a l'obligation. Ajoûtez que plufieurs Provinces étant remplies D fortes de
de montagnes, où l’on trouve peu de terres propres au labourage, il arrive Ils n’ont
quelquefois que le produit de l'Empire entier fuffit à peine pour la fubfiftance fruits mé
du prodigieux nombre de fes Habitans (c). parables
Les Provinces qui font fituées au Nord-Oueft, telles que Feche-li, Chan- Europée
fi, Chen-fi & Se-chuen, produifent du froment, de l'orge, plufeurs efpèces l'Europe
de millet, du tabac, des pois, qui font toûjours verds, & d’autres pois, noirs ques Pr
& jaunes, qui fervent à nourrir les chevaux au-lieu d’avoine. Dans les Par- D cs, &
ties Méridionales ces fortes de grains font peu eftimés. Les mêmes Provinces. tolent pe
produifent ami du riz, meme en plufieurs endroits où le terrain eft fec, mais fin y foit
avec
{b) On n'excepte pas le Père le Comte:
{e) Du Halde, pag, 7. &.fuiv. Navarette confirme cette dernière remarque, pag 53%
re. Ces
apables.
ois l’an-
une idée
inces ne
que les
ignore-
Cantons
su que
ers font
Dfité des
ses. La
Se-chuen ,
h trente-
ne caufe
jupé par
e-kyang.
r'avoient
vûes. Ils
e grande
, & que
1tavouer
d'autres
; car le
ourvû de
& de lé-
des Chi-
n de Pe-
e à fub-
Provin-
une dou-
ont été
boureurs
remplies
il arrive
ibfiftance
li, Chan-
s efpèces
is, noirs
les Par-
2rovinces.
ec, mais
avec
1@ 53
DE LA CHINE,Liv. Il Cnar. VIL 347
avec moins d’abondance. D'ailleurs il 7 eft plus dur & moins facile à cuire que
le riz des Provinces Méridionales, fur-tout de Hu-quang, Kyang-nan & Che-
kyang, qui en produifent une quantité extraordinaire, parce que le terroir eft
bas & qu'ii a de l’eau en abondance.
Le riz fe féme deux fois l’an dans quelques Provinces, & vaut beaucoup
mieux que celui de l'Europe (d). Navarette nous apprend que lamoiffon
s'en fait aux mois de Juin & de Décembre; qu'il croît avec plus d'abondance
dans les Provinces Méridionales, & le bled dans celles du Nord; que la Chine
produit une quantité furprénante de toutes fortes de grains & de légumes. En
1664 il acheta d’excellent froment, apporté dans fa maifon, à dix-huit fols
le boiffeau (:); & du riz fort gros, qui ne lui revenoit qu'à trente fois. Dans
la Province de Chan-tong, le bled fe donnoit, la même année, à fix fols le
boifleau (f). Pour moudre le bled , on fe fert d’une efpèce de moulin fort fim-
ple. Il confifte dans une table ronde de pierre, placée horizontalement, fur
laquelle on roule circulairement un cylindre de pierre, qui brife les grains par
fon poids (g). -
SuirvanT Magalhaens, les Chinois comptent fix principales fortes de grains,
qui font le riz, le froment, l’avoine, le millet, les pois & les féves; 1ix for-
tes d'animaux privés, dont la chair fe mange; le cheval, le bœuf ou la va-
che, le porc, le chien, le mulet & la chévre: cent forces de fruits, tels que
la poire, la pomme, Ja pêche, le raifin, l'orange, la noix, la châtaigne, la
grenade, le citron & diverfes autres efpèces, qui fe trouvent toutes en Eu-
rope, à l’exception de trois (b).
(d) Le Comte, pag. 75. Du Halde pag. 272. (f) Navarette, pag. 52 & 53.
& 314. (g) Du Halde, pag. 303.
(e) Trois reaux dans l’Original, ce qui re- (b) Magalhaens, pag. 142.
vient à dix-huit fois d'Angleterre,
f IL.
Arbres à fruit.
ES Chinois ont prefque tous les fruits que la Nature nous fournit en Eu-
rope, & plufieurs autres qui nous font inconnus ; mais la variété des méê-
mes fruits n’y cft pas figrande. Ils n’ont, par éxemple, que trois ou quatre
fortes de pommés, fept ou huit fortes de poires &autant de.fortes de pêches.
Ils n’ont pas de bonnes cerifes, quoiqu'il en croifle de tous côtés. Et tous ces
fruits mêmes, fi l’on excepte le raifin mufcat & la grenade, ne font pas com-
parables aux nôtres, parce que les Chinois n'ont pas la même habileté que les
Européens à cultivèr les arbres. Cependant leurs pêches valent bien celles de
l'Europe. Ils en ont même une efpèce beaucoup meilleure. Mais, dans quel-
ques Provinces, elles caufent la Dyffenterie lorfqu’on en mange avec ex-
cés, & cette maladie eft fort dangereufe à la Chine. Les abricots n'y fe-
roient pas mauvais s'ils leur donnoient le tems de mûrir (4). Quoique le rai-
fin y foit excellent, les Chinois n’en font pas de vin, parce qu'ils en gran
a
(a) Le Comte, pag. 95. Du Halde, pag. 317.
X 2
Hisrorre
NATURELLE
DE LA CHINc.
Fertilité de
la Chine en
grains & en
légumes,
Divifion des
grains & .des
animaux dont
la chair fe
iinge à la
Chine,
Principales
efpèces de
fruits Cni-
nois,
HISTOIRE
NATURELLE
DE LA CHIN&.
Olives dela
Chine. Diver-
fes opinions.
Les Chinois
ont différen-
tes.fortes
d'huiles,
Oranges de
la Chine,
348 VOYAGES DANS L'EMPIRE
la méthode. Celui qu’ils boivent généralement eftcompofé de riz. Ils en ontde
rouge, de blanc & de pâle. Leur vin de coin eft délicieux. L'ufage de laChi.
ne, pour toutes fortes de vins, eft de les boire très-chauds (b).
S1 l'on s'en rapporte à Navarette, il n'y a point d'Olives à la Chine (c),
Mais Du Halde les décrit fous le nom de Pin lan & de Quang-lon. Cet Au-
teur obferve que par la figure & la couleur elles reffemblent beaucoup à nos
olives de la groffe efpèce. C’eft une des dix efpèces dont il eft parlé dans les
Livres qui traitent des olives; & ce qu’on dit de fa nature, de fa couleur &
du terrain qu’elle demande, y répond fort bien. Il y a beaucoup d'apparence
que fi elle étoit préparée à la manière de l’Europe, elle auroit le même goût
que les nôtres. L'arbre eft gros. Ses feuilles refflemblent à celles de nos Oliviers.
Lorfque les Chinois penfent 3 cucillir les olives, ce qu'ils font toûjours avant
qu'elles foient tout-à-fait mûres, parce que c’eft alors qu’ils les mangent, ils
ne les abbattent point avec de longues perches, qui nuiroiïent aux branches &
au tronc; mais faifant un trou dans le corps de l'arbre, ilsy mettent un peu de
fel, . lequel ils bouchentle trou, & peu de tems après le fruit tombe de lui.
même (4).
Le Come prétend que les Olives Chinoifes font différentes de celles de l’Eu.
rope, & qu’on ne s’en fert point à faire de l'huile, apparemment parce qu’el-
les n’y font pas propres, ou parce que les Chinois ne s’en font point encore
avifés (e). Cependant Navarette remarque qu’ils ont différentes fortes d'huile,
dont la livre ne coute que fix liards (f). Il ajoûte que l’huile qui fe tire d’une
petite femence nommée A.fon-jo-li, elt fort en ufage pour faire des bignets
& pour préparer d’autres alimens (g). Du Halde parle d’un arbre qui porte
un fruit dont l’huile fe nomme Cha-yeu, & qui dans fa fraîcheur eft peut-être
le meilleur 4e la Chine. La forme de fes feuilles, la couleur du bois & quel:
ques autres qualités, lui donnent beaucoup de reffemblance avec le Ju-i-cha
ou le Thé-bohé; mais il en eft différent par la grandeur, la groffeur, la figure,
& par fes fleurs & fon fruit. Si le fruit eft gardé après qu'il eft cueilli, il en
devient plus huileux. Cet arbre eft de hauteur médiocre. Il croît fans cultu-
re fur le penchant des montagnes & même dans les vallées pierreufes. Son
fruit eft verd, d’une forme irrégulière , rempli d’un noyau moins dur que
celui des autres fruits (h).
ENTRE les oranges qui portent le nom d'oranges de la Chine, on-diftin-
ue plufieurs excellentes efpéces, quoique les Portugais n’en ayent apporté
di) qu’une en Europe. On voit encore à Lisbonne, dans le jardin du Comte
de Saint-Laurent, le premier arbre d’où font fortis tous les orangers de cette
efpèce. Mais les Chinois font beaucoup plus de cas d'une autre, qui eft plus
petite & dont l’écorce eft mince, unie & fort douce. La Province de Fo-
kyen en produit une efpèce, dont le goût eft admirable. Elle eft plus groffe,
& l'écorce en eft d’un beau rouge. Les Européens qui vont à la Chine, con-
viennent
troiént, comme nos Amandiers:
(g) Navarette, pag. 32.
(h) Du Halde, pag. 12.
(i) Navarette dit qu'il y en a deux fortes &6
fort communes en Portugal.
(b) Navarette, pag. 32:
(c') U dit qu’il n’a jamais v® à la Chine de
eærife.
(d) Du Halde, pag. 8.
(e) Le Comte, pag. 95.
Cf) Mais il croit que nos Oliviers y crot-
viennent
tables de
d'un goût
après les
on les re
dül. Il
vent dans
une pâte
te. Elle
comme u
LEs
ridionales
prefque j
l'ufage e
fatisfaire
au fucre,
de cas d’
rond , vé
met dans
fons (0).
LL
rien dans
ordinaire
quefois bl
le Citronie
OuTe
El P
u’il peut
delle: Ma
e. re
- fible, mê
font pas f
mé (q)
AVEC
ue les E
qui pa
mye ou le
(k) C'ef
Comte par
qu'on envo
eft de lagro
eft d’un 6
fort unie. (
fère la grof
(4) Le!
pèce ne dif
qu'elle eftp
en ontde
de la Chi.
hine (c\,
#8 ta
Up à nos
$ dans les
ouleur &
pparence
ême goût
Oliviers.
urs avant
gent, ils
anches &
un peu de
be de lui:
:s de l’Eu.
rce qu'el-
nt encore
s d'huile,
ire d’une
s bignets
qui porte
peut-être
s & quel:
> Vu-i-cha
a figure,
Ii, ilen
ns cultu-
es. Son
dur que
bn-diftin-
apporté
u Comte
de cette
i eft plus
de Fo»
s grofle,
€, Conr
viennent
Kk fortes &.
DE LA CHINE, Liv. Il Cuar. VII. 349
viennent tous qu’un baffin de ces oranges (4) pareroit les plus fomptueufes
tables de l’Europe. Celles de Canton font plus groffes. Elles font jaunes,
d'un goût agréable & d’un ufage fort fain. On en donne même aux malades,
après les avoir fait rôtir fur des cendres chaudes, On les coupe en deux,
on les remplit de fucre (7), & l’on prétend que le jus eft un excellent cor-
dial. 1l y en a d’autres qui ont le goût aigre & dont les Européens fe fer-
vent dans les fauces (m). Navarette en obferva une efpèce dont on fait
une pâte fèche, en forme de tablettes, qui eft également faine & nourriflan-
te. Elle eft fort eftimée à Manille, d'où elle fe tranfporte à Mexico (n)
comme une conferve fort friande.
Les Limons & les Citrons font fort communs dans quelques Provinces Mé-
tidionales, & d’une groffeur extraordinaire ; mais les Chinois n'en mangent
refque jamais. Ils ne les font fervir qu’à l’ornement de leurs maïifons , où
lufage eft d'en mettre fept ou huit dans quelque vafe de porcelaine, pour
fatisfaire également la vûe & l'odorat. Cependant ces fruits font très-bons
au fucre, c’eft-à-dire, lorfqu’ils font bien candifés. On fait auffi beaucoup
de cas d’une forte de limon, qui n’eft que de la groffeur d’une noix. Il eft
rond , verd , aigre & très-bon pour les ragouts. L'arbre qui le porte fe
a dans des caifles, pour l’ornement des cours ,. des falles & des mai-
ons (0). :
1 Quie qui fe nomme aux Indes Pamplinius | & Teu-tfe à la Chine, n’a
rien dans le goût qui le mette au-deflus du T/in-lan ou de l'Olive. Sa groffeur
ordinaire furpafle celle de nos citrons. 11 eft quelquefois rougeâtre, quel-
quefois blanc, & d’un goût entre doux & aigre. L'arbre eft plus épineux que
leCitronier (p).
OuTre les Melons de l’efpèce des nôtres, onen diftingue deux fortes à la
Chine; l’un, qui eft fort petit & jaune au dedans, a le goût fi agréable,
qu’il peut fe manger avec l'écorce, Comme une pomme. L'autre, qu’on ap-
pelle Melon-d'eau, eft gros & long. Sa chair eft blanche & quelquefois rou-
e. Îrend un jus doux & frais, qui étanche la foif & qui n’eft jamais nui-
ible, même dans les plus grandes chaleurs.
font pas fi délicieufes que celles qui viennent d’un Canton de Tartarie nom-
mé (q) Hami, à une diftance confidérable de Peking.
Avec ces fruits, qui font communs à l'Europe, la Chine en a d’autres
ue les Européens ne connoiffent que par les Relations de leurs Voyageurs,
qui paroiflent y avoir été portés des Ifles voifines, tels que le Fan-po-le-
mye ou l'Ananas , les Cheu-kus, ou les Guaves; les Pa-t/fyans, ou les Bananes,
&c.
(k) C'eft probablement le même dont Le
Comte parle comme d’un fruit fort eftimé &
qu'on envoye aux Indes comme une rareté. Il
eft de la groffeur d’une bille de billard. L'écorce
eft d’un beau jaune rougeître, fort clairé &
fort unie. Cependant le même Auteur lui pré-
fère la groffe cfpèce qui vient en Europe.
(1) Le Comte dit (pag: 98.) que cette ef-
pèce ne diffère de celles du Portugal qu'en ce
qu'elle eft plus ferme, qu'elle ne quittepas ai- fi. Voyez la Carte.
Xx 3
fément l'écorce & qu’elle eft divifée en plu-
fieurs fegmens.
(m) Le Comte, pag. 97. & fuiv. DuHal-
de pag. 317.
(n) Navarettè, pag. 37.
Co) Le Comte, & Du Halde ubi fup:
(p) Du Halde, pag. 8.
(4) Hamil ou Rbonus Ville de la petite
Dukkarie, au Nord-Eit de la Province de Chen--
HISTOIRE
NATURELLE
DE LA CHINE.
Limons &
Citrons,
Le Pampli.
nius, ou le
Yeutfe,
Melons dela
Chine.
Cependant ces deux efpèces ne ‘
HisToiInre
NATURELLE
DE LA CHINE,
Fruits parti.
culiers à la
Chine.
Le Li-chi,
Autre efpèce
de Li-chi.
Defcription
qu'en fait N1-
varette.
Le Tfe-tle,
VOYAGES DANS LEMPIRE
35°
&c. Mais comme ils fe trouvent dans plufeurs autres Pays, on croit devoir
fe borner à ceux qui ne croiflent que dans l'Empire de la Chine (r),
Le Li-chi (s) de la bonne efpèce, car il y en a plufieurs, & à peu près
de la forme d’une Datte. Son noyau eft de la niême longueur & de la même
dureté. Il eft couvert d’une chair tendre, pleine de fuc & d'un fumet excel.
lent , qui fe perd néanmoins en partie lorfque le fruit vient à fécher, & qu'il
devient noir & ridé comme les prunes, L’écorce, ou la peau extérieure
reflemble au chagrin. Mais elle eft douce & unie du côté intérieur. Sa fi
gure eft prefque ovale (+).
Le Li-chi des Provinces de Chan-fi & de Chen-fi eft plus gros & plus fer.
me, jufqu'à pouvoir fe couper comme les pommes ; mais fa couleur eft
différente. ‘On le cueille de bonne-heure pour le faire mûrir fur la paille;
ou bien on le trempe dans l’eau chaude, pour lui ôter un mauvais goît
dar LES toûjours lorfqu’on le cueille. 11 deviendroït excellent s'il étoit
greffé (uv).
C'est ce Li-chi, fuivant Navarette, qui pale parmi les Chinois pour k
Roi des fruits. Do foit dans une abondance furprenante, il n’en eft pa
moins eftimé. left un peu plus gros qu'une groffe noix. L’écorce en eft
verte & mince. L'intérieur eft auffi blanc que la nége ; le noyau a la noir.
ceur du jais. On parle de fon goût & de fon odeur avec admiration. De
tous les fruits, l’A-te, ou le Ta-ta (x) eft le feul qui le furpañlëe. Onle met or.
dinairement dans l’eau froide avant que de le manger. Les Chinois prétendent
qu’il eft d’unenature chaude. Lorfqu'ils s’en fontraffafiés , ils n'ont qu'à boire un
peu d’eau pour fentir que leur appétit fe renouvelle. L'arbre eft gros & d’une
fort belle forme. Navarette ajoûte qu'il en trouva plufieurs à Batan , près de Ma.
nille QD. Le Comte ne corinoît pas en Europe de fruit dont le oûfoitf délicieux,
mais il prétend que l'excès en eft mal-fain , & que fa nature eft fi chaude qu'il fai
naître des puftules par tout le corps à ceux qui en ufent fans modération. Les
Chinois le gardent , pour en manger toute l’année. Ils s’en fervent particu.
lièrement dans le thé, auquel ils donne un goût un peu rude, qui eft plus
agréable que celui du fucre.
Ls fruit qui fe nomme TJe-rfe (2) croît dans prefque toutes les parties de
Ja Chine. On en diftingue plufeurs efpèces. Celui des Provinces Méridiona-
les a le goût du fucre & fond dans la bouche. L’écorce en eft unie, tranf-
parente & d’un rouge luifant, füur-tout dans fa maturité. 11 s’en trouve de la
forme d'un œuf, mais il eft ordinairement plus gros. Sa femence eft noire &
plate; fa chair eft fort aqueufe, & devient prefque liquide lorfqu’on le fucce
par un bout. Etant fec, il devient farineux comme nos figues ; mais avec
le tems il fe couvre d’une efpèce de croute fucrée, qui lui donne un fumet
délicieux.
LES
la chair, blanche & le goût délicieux. I eft di-
vifé en petites cellules, qui ont chacune leur
pepin noir.
(y) Navarette, pag. 36.
(3) Le Comte, Sete, & Magalhaens,
Su-fu. à
(r) Du Halde, pag. 317.
(s) Les Portugais l’appellent Lechia.
(&) LeComte, pag. 96. Du Halde, pag. 8.
(v) Le Comte, ubi fup. Du Halde, pa-
è 104.
. (x) Excellent fruit, qui reffemble à une pe-
tite pomme de pin, mais qui à la peau verte,
Les Pc
forme, m
figues. L':
Chincen!
grandeur :
feuilles fo
rouge agré
prend un
il yen ac
D'autres,
tous font f
ritpasal
de le faire
Provinces
à celui de
pas moins
aucune cul
tant d’abor
en doit êtr
Les Pr
fidérable à
Sa forme €
jus qui tire
on prétend
la groffeur
gon, parce
tels qu’on |
odoriférant
u’il fe ven
uc agréabl
ne fe mang
n’en eft p:
croiflent a
fon pour le
ON ren
chu, & qu
coup. $ec
L'arbre eft
Noël, lorf
vation pou
blanches.
Le frui
(a) Mag:
qu'on peut Île
(b) Mag:
Coin, avec
me de plus é
roit devoir
à peu prés
le la même
imet excel.
lo & qu'il
xtérieure,
eur. Sa fi.
& plus fer.
couleur eft
la paille;
uvais goût
t s’il étoit
pis pour ke
en cft pa
rce en eft
a la noir.
ation, De
h le met or.
prétendent
l'a boireun
os & d’une
rès de Ma.
délicieux;
e qu'il fai
ation. Les
nt particu-
ui éft plus
parties de
Méridiona-
nie, tranf-
ouvre de la
ft noire &
on le fucce
mais avec
e un fumet
Les
ux. Jl eft di-
chacune leur
Magalhaens,
DE LA CHINE,LivIL Cmar. VIE 25r
Les Portugais de Macao donnent à ce fruit le nom de Figue; non pour fa
forme, mais parce qu’en féchant il devient farineux & doux (4) comme nos
figues. L'arbre qui le porte prend une très-jolie forme lorfqu’il eft greffé. La
Chine en produit beaucoup, füur-tout dans la Province de Ho-nan. 1] eft de la
grandeur d’un noyer médiocre, & fes branches ne s'étendent pas moins. Ses
feuilles font larges & d'un beau verd, qui fe change pendant l'automne en un
rouge agréable. Le fruit eft à-peu-près de la groffeur d’une pomme (b) &
prend un jaune éclatant lorfqu'il meurit. Entre plulieurs efpèces. de Tfe-tfes,
il y en a dont l'écorce eft plus mince, plus tranfparente & plus rubiconde.
D'autres, pour acquérir un fumet plus fin, doivent meurir fur la paille. Mais.
tous font fort agréables à la vûe & fort bons à manger. Le Tfe-tfe ne meu-
rit pas à l'arbre avant le commencement de l’automne. L'ufage commun eft
de le faire fécher, comme les figues en Europe. 1l fe vend dans toutes les
Provinces de l'Empire. En général le goûten eft excellent & ne le céde point
à celui de nos meilleures figues féches. Celui de la Province de Chen-fi n’eft
pas moins bon, quoique l'efpèce foit plus petite, & que l'arbre ne demande
aucune culture. Malheureufement il ne croît qu'a laChine, & nulle-part avec
tant d'abondance qe dans la Province de Chang-tong (c). Le Sou-ping de Boim
en doit être une efpèce.
Les Provinces Méridionales ont unautre fruit, qui rapporte un profit con-
fidérable à la Chine. Il.fe nomme Lon-yen (d), c’eft-à-dire, OEï] de Dragon.
Sa forme eft ronde; l'écorce unie & jaunatre; la chair blanche, pleine d’un
jus qui tire fouvent fur l'aigre. Quoiqu'il foit moins agréable que le Li-chi,
on prétend qu'il eft plus fain & que jamais il ne caufe de mal. L'arbre eft de
la groffeur du Noyer (e). Navarette prétend qu'on l’a nommé OEil de Dra-
gon, parce que le noyau de fon fruit reffemble en effet aux yeux d’un Dragon,
tels qu’on les peint à la Chine. Îlajoute que ce fruit, étant plus doux & plus
odoriférant que le Li-chi, lui feroit préférable s’il étoit en égale quantité;
v’il fe vend fec dans tout l'Empire, & qu’en le faifant bouillir on en tiraun
uc agréable & nourriffant (f). Magalhaens aflüre que le Li-chi &le Long-yen
ne fe mangent que pourris, & que l'Europe, où ces deux fruits manquent,
n'en eft pas dédommagée par les coings, les nefles & par les cormes, qui
croiflent aufi dans la Province de Chan-fi; parce qu'il n'y a point decomparai
fon pour le goût (g).
ON remarque une fingularité dans l'arbre que les Chinois nomment Mwey-
chu, & qui porte un petit fruit aigre que les femmes & lesenfans aiment beau-
coup. Seché & mariné, il fe vend comme un reméde pour aiguifer l'appétit.
L'arbre eft fort gros. L’Auteur fut étonné de le voir en fleurs vers le tems de
Noël, lorfque la gelée eft forte & qu'il tombe de la nége. Il fit cette obfer-
vation pour la première fois en 1663. Les fleurs du Mwey-chu font fort
blanches.
Le fruit que les Portugais nomment Yaca ou Ÿaka, les Efpagnols, Nan-
geas,
Du Halde, pag. 8 & 104
Navarette écrit Lung-jen.
(a) Magalhaens dit qu’il eft fi délicieux, )
)
) Le Comte, pag. 96. Du Halde, pag, 8.
)
)
(
qu'on peut le nommer.un morceau de fucre. (
(b) Magalhaens lui donne la groffeur d’un (
Coin, avec quelque chofe de plus plat & com- (f) Navarette, pag. 37.
c
d
e
f
g) Magalhaens, pag. 147.
me de plus écrafé. (
ILrsTOIRE
NATURELLE
DE LA CHiNr,
Ses différen.
tes efpèces.
Il ne crott
qu'à la Chine
Sou-ping de
Boim.
Le Long-
yen.
Le Ja-ka.
IfISTOIRE
NATURELLE
pt LA CHINr,
Le Chi-ku.
Dçux efpè-
ces principa-
les,
Les Karam-
boles.
Le Platane,
L'Ü-tong-
chu.
3: VOYAGES DANS L'EMPIRE
eas, & les Chinois, Po-lo-mye, eft, au jugement de Navarette, le plus gros
Fruit de l'Univers. Il s’en trouve qui péfent jufqu’à centlivres, Kirker le croyoit
articulier à la Chine; mais il étoit mal informé, car le jaka croît aufñi dans
Fnde, dans les Ifles, & à Manille. ‘On fe fert d'une hache pour le couper. II
contient quantité de noïx auffi jaunes que l'or, chacune avec fon noyau, qui
fe mange rôti & qui eft d'un goût délicieux. Les Indiens le préparent fort
bien avec le lait des noix de coco. Ce fruit croît fur le tronc de l'arbre & non
für les branches, qui ne feroient pas capables de le porter.
Le Chi-ku porte à Manille le nom de Chiqueis, & celui de Figocaque parmi
les Portugais. On en diftingue plufieurs fortes, qui font toutes fort délica.
tes; l’une, eft petite & de la forme du gland, quoique beaucoup plus grof.
fe. Elle n’a pas de noyau. L’écaille ou l'écorce reflemble à la peau de l'oi.
gnon. La chair eft douce & agréable; fi molle dans fa maturité, qu'en y
faifant un petit trou on la fucce entièrement. D’autres font plus groffes que
la poire de bergamote, & de la couleur d'un beau pavot rouge. Elles fe ri.
dent beaucoup avant que de devenir molles; mais en les faifant tremper vingt-
quatre heures dans l'eau, on les rend aufñi fraîches qu’une pomme. Ces deux
efpèces meuriflent vers le mois de Septembre & viennent en abondance. Cel.
les qui ne parviennent à leur maturité qu’au mois de Décembre, font grofles
& d'une bonté fingulière. Leur couleur eft verte. Leur forme eft plate. El-
les ne manquent point de noyau, mais il eft petit. On les fait fécher au So.
leil. Elles ne font pas moins larges que la main d’un homme. On les con.
ferve long-tems; & pour les trouver délicieufes il faut les tremper une nuit
feulement dans le vin. Elles fe couvrent d’une forte de fucre qui fe vend à
es qui,. mêlé avec de l’eau pendant l'Eté, en fait une liqueur fort agréa-
ble (h).
ON EP dans les Parties Méridionales de la Chine un fruit qui fe nomme
à Manille Millubines & Karambolas.. 11 y'en a deux efpèces; la douce & l'ai.
gré Dans leur maturité elles ont éxaétement l'odeur du Coing. On fait de
une & de l’autre une excellente sonferve, à laquelle rien n’eft comparable
pour appaifer la foif. Le fruit eft d’abord très-verd, mais il prend la couleur
du Coing lorfqu'il arrive à fa parfaite maturité.
Le Platane & fon fruit croiffent à la Chine, quoiqu'il ne s’en trouve point
au Méxique ni dans les Ifles Philippines. Cet arbre eft. fort différent de ceux
qui portent ordinairement le nom de Plantains Gi
L'U-ronc-cau eft un grand arbre , qui reflemble au Sycomore. Ses feuil-
les font longues, larges & jointes par une tige d’un pied de longueur. Il
poufle tant de branches & de touffes de feuilles qu'il eft impénétrable aux
rayons du Soleil. La manière dont il produit fon fruit eft fort fingulière. Vers
Ja fin du mois d’Août on voit fortir de l’extrémité de fes branches, au-lieu
de fleurs, de petites touffes de feuilles, qui font plus blanches & plus molles
que les autres. Elles n’ont pas non-plus tant de largeur. Il s’engendre fur
ies bords de chaque feuille trois ou quatre petits grains, de la groffeur d’un
pois, qui contiennent tfte fubftance blanche, dont le goût approche de
ui
(b) Ce doit êtreune efpèce defigue, com- (3) Defcription de la Chine par Navarette,
me le TJe tfe, pag. 34. & fuiv.
En
CTI
4
«9 » SCA
plus gros
le croyoit
aufi dans
ouper. Il
yau, qui
rent fort
e & non
OT
=|- _— RPRES nes
IRÆS ,
Cheu Lu Ÿu Gpavas ,
que parmi |
dt délica.
plus grof.
de oi,
u'en y
offes que
Iles fe ri.
Der vingt-
Ces deu
ice. Cel-
nt groffes
plate. El-
er au So-
| les con-
une nuit
e vend à
rt agréa-
eé nomme
e & l'ai
in fait de
mparable
a couleur
ve point
t de ceux
Ses feuil-
ueur. Il
able aux
re. Vers
,“au-lieu
us molles
ndre fur
eur d’un
e de ce-
Jui
Navarette,
BOOMEN, uit Borx .
REP ne +
ENST A
. | jui de Ja nd
= LL . ment d'un
—— a ; L A Pro
ko-tfe-chu,
ARS ou? 1 te: . = plus longu
2 of A-te .
2.{8 .. D nids : at creux, di
De Quey-pe,of Kaneel-Boom nomme Ca
La Chi
Wha-tfyau.
trop chauc
uelques re
tons à nos
afñez haut.
que le Peu
rien de co
rent, par
(m) Pays.
même à
odeur fort
tant il fero
pofé les g
& trop foi
OuTR
dans les P
canton de
pèce de C
des autres
celle de la
& moins (
mac & pe
tes les pr
fait, Ils
des, mai:
affûre qui
& que la
jan. 1l:
de, quoi
L'ARB
deur &
quelque
le plus fi
PV. Vhky direx .
BOOME N, wt Borm.
5}
Leon
Ë
il
LT
En
1 1]
ne
CE 27
EN LUI]
DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. VIL 853
Jui de Ja noifette avant fa maturité, Rien n’eft égal à cet arbre pour l'orne- trisrorne
È NATURELLE
ment d'un jardin (k). sy , e l'arbre ui.pro- DE La Cnine,
La Province de Tun-nan, vers le Royaume d'Ava, port qui P La Cafe.
i $ -ftula. ; W'eft aflez grand. Les Chinois l'appellent Chang-
pa re au long fruit , parce que fes coflés font beaucoup
He ngues que celles qu’on voit en Europe. Elles forment autant de tubes
Eu Dvilée en cellules, qui contiennent cette fubftance moëlleufe qui fe
; à Di
RAS LE de produit pas d'autre épice qu'une éfpèce de poivre nommé ;. Ro gr
hf C’eft la coffe d’un grain de la groffeur pie d RAP [ls
âcre pour étre mangé. Sa couleur eft grife & mêlée
hd tape rl La plante qui le produit reffemble dans quelques Can-
cn 4 nos buiflons épais. Dans d’autres lieux, il prend la forme d’un arbre
allez haut, Ce fruit n’eft ni piquant ni agréable comme le poivre. Il Fe
dus le Peuple qui l'employe pour affaifonner les Yranees ren a Re ft
i i Indes Orientales, que 1 -
rien de comparable au poivre des Ep es Lot
v fi grande abondance que s'il croi ' l
rent, par le Commerce, en qi rene DR A ERONNE He te
a Chine eft mûr, le grin s
(m) Pays. Lorfque le poivre de Reel. + Mo noue de lat
ê tit noyau de la noirceur Jais, qui j
FE biere sd à ja réte. YOn eft obligé de le cueillir par intervalles,
Fe il feroit dangereux de demeurer long-tems fur l'arbre. Après ne re
pofé les grains au Soleil, on jette la poupe M qui eft trop chau
3 ’on n’employe que le refte (#).
D en ie OUI EE le Betel, dont l’ufage eît fort sr Betel,
dans les Provinces Méridionales, on trouve dans celle de Quang-fi & dans , Canelle Chi:
He de Tfin-cheu-fu, particulièrement fur la montagne de Pe-che, une ef- Life,
Perte Canèlle: mais moins eftimée, même à la Chine, que celle qui vient
Ne Luis Rens: Sa couleur tire plûtôt fur le gris que fur ne qui cs
ell de la meilleure Canelle de Ceylan. Elle eft aufli plus: épaille, P er e
& k ins odoriférante. Cependant elle a la même vértu pour forti er l’efto-
M: our ranimer les efprits. L'expérience apprend même qu elle a tou-
is les Dhonetetas de la Canelle de Fes 4 gode fer 7 . pa
i ? uelquefois de plus mor ante que R
de A qui deviens grile auffi lorfqu’elle a féché long-tems (0). RES
affüre que la Province de Quang-tong porte ca pre ee .0R oût. se si ,
Ile en eft fi bonne qu'on n'a pas befoin à la 1
“dé 1l'onte de cette grande Région ne Rp pas de girofle ni de mufca-
: quoi ndoza lui attribue ces deux produétions. ; e
de pie Le M PV 2 les Chinois appellent Chang-chu, eft d une gran- la Cire ne
deur & d’une beauté extraordinaire. Mais le Camphre qu’on en tire (p)a frir à celui
quelalé chofe de groffier, & n'approche pas de celui de Borneo, qui pañle pour de Bornec.
le plus fin. On fait des uftenciles domeltiques de fon bois. Son odeur lg
e . ) Jbidem..
(k) Mémoires du Père le Comte, pag. 158 dé ? Du Halde, pag. 14.
Du Halde, pag. 300. L'opini nmune eft que le Cam-
mé, D! pinion cor >
a) ) LA RLE LE $ &318. Le Comte, ant le tire des racines de l'arbre qui porte la
VIIL, Part. Yy
354
VOYAGES DANS LE MPIRE
Hrsrorrs forte, que la fcieure, jettée fur les lits, en chafle les punaifes; & l'on pré-
Narurezce tend que dans les endroits où il croît, ces incommodes animaux ne font pas
DE LA CHINE. connus à plus de cinq lieués à la ronde.
Manière de
le recueilir,
Arbre aux
pois.
LeTfi-chu,
ou l'arbre au
vernis.
Ses proprié-
tés, js
le recueillir,
UN Miflionaire qui avoit demeuré long-tems dans l'Ifle de Borneo, d'où
vient le meilleur Camphre, apprit à Navarette la méthode qu’on employe pour
Avant le lever du Soleil, il fort du tronc & des branches de
Parbre une efpèce de liqueur, qui s’agite comme le vif-argent. On fecoue
fortement les branches, pour la faire tomber fur des toiles étendues. 11 s’
congéle. On le met dans des boëtes de cannes, où il fe garde. Aufñi-tôt que
le Soleil paroît, tout ce qui eft refté fur l'arbre rentre dans le tronc. Les Ha-
bitans de Bornéo, qui gardent leurs Morts plufieurs jours avant que de les
énfevelir, fe fervent deCamphre pour empêcher : la chaleur ne les corrom-
Ils placent le corps fur une chaïfe, qui e
tems entems ils lui foufflent du Camphre dans la bouche avecun tuyau de can-
ne. En peu de tems il pénétre jufqu’à l'autre extrémité, & les cadavres font
pent.
ainfi préfervés de corruption (q).
Ox ne doit point oublier l'arbre qui produit les pois; car leur figure, leur
couleur, leur cofle & leur goût, quoiqu’un peu rance, ne laiflent aucun dou-
te de leur nature. Cet arbre eft affez commun dans plufieurs Provinces.
eft fort haut; fes branches s'étendent beaucoup, & peu d'arbres les ont aufi
épaiftes (r}).
(4) Navarette, pag. 34.
Fi TRE les arbres qui méritent l'attention du Public & qui peuvent exci-
ter la jaloufié des Européens, l1 Chine en a quatre principaux: 10. L'ar-
Dre au vernis; 20. le Tong-chu ou l'arbre à l'huile; 3°. l'arbre au Juif; 40. l'arbre
à la cire blanche.
; L’'ARSRE au vernis, qui fe nomme le Tf-chu, n'eft ni grand, ni gros, ni
fort branchu. Son écorce eft blanchâtre. Ses feuilles reffemblent beaucoup à
celles du cerifier fauvage; & la gomme rougeûtre, nommée Ti, qu'il diftille
goute à goute, approche extrémement de la terébenthine (
(r) Du Halde, pag. 9.
Quatre arbres fort remarquables.
a
à
ouverte par le bas, & de
Il rend une
plus grande quantité de cette liqueur lorfqu’on la tire par incifion; mais alors
1l périt beaucoup plûtôt (b}
b).
Ox trouve le fi-chu en abondance dans les Provinces de Xyang-/i & de
Se-chuen; mais les plus eftimés font ceux du diftriét de Kan-cheu | une des
Villes kes plus Méridionales de Kyang-fi.
Le vernis ne doit point être tiré
avant que les arbres ayent atteint l’âge de fept ou huit ans. (Celui qu’on tire
plûtôt eft moins bon pour l’ufage. Le.tronc du plus jeune arbre d'où l'on
commence: à le tirer n’a pas plus d’un pied Chinois de circonférence. On
prétend qu’il eft alors meilleur que fi les arbres étoient plus gros & plus vieux.
ue les jeunes rendent beaucoup moins; mais les Marchands ne
culté de mêler ce qui fort des uns & des autres. On voit pe
Le mal e
font pas di
(a) Le Comte dit
on le tranfporte, il reflemble plus à lapoix où
É
ue dans les Villes où
au goudron excepté qu'il eft fans odeur.
(b) Le Comte, 45. Du Hal
de, 9
Il
qui pr
& lorf
envelc
du tro
moins
ment (
haiffe c
Alors
nes qu
filets.
tems <
coup
font bl
on ref
Mais f
mettre
mis 4
moins
CES
hyver,
mélé d
de l’ar
moins
ne doi!
diftanc
gée d'
toutes
cette o
ne doi
vent p
faifant
uil e
uffit p
comm
fes huî
tin la |
mêmes
les pro
l'on pré-
font pas
20, d'où
oye pour
nches de
n fecoue
. sy
i-tÔt que
Les Ha-
ie de les
COrrom-
s, & de
à de can-
vres font
re, leur
cun dou-
nces. Il
ont aufñii
c At EXCI-
Oo, L'ar e
D, l’arbre
gros, ni
ucoup À
] diftille
end une
ais alors
fi & de
une des
tre tiré
on tire
'où l’on
ee, On
s vieux.
ands ne
0 it peu
DE LA CHINE, Lir. U. Caar. VI 355
de Tfi:chus qui ayent plus de quinze pieds de haut; & lorfqu'ils parviennent
à cette hauteur, la circonférence du tronc eft d'environ deux pieds & demi.
Les feuilles & l'écorce font couleur de cendre (c). Ils ne portent ni fleurs
ni fruit, & l’on emploie la méthode fuivante pour les faire multiplier.
Au printems , lorfque l'arbre commence à poufler, on choïfit le rejetton
qui promet le plus, entre ceux qui fortent, non des branches, mais dutronc;
& lorfqu'il eft de la longueur d'un pied, on le couvre de terre jaune. Cette
enveloppe doit commencer deux pouces au-deflus du point où la branche fort
du tronc, & s'étendre quatre ou cinq pouces plus bas. Elle doit en avoir au
moins trois d'épaifleur, On la ferre beaucoup, & on la couvre foigneule-
ment d’une natte pour la garantir de la pluie & des injures de l'air. On la
lifle dans cet état depuis l'Equinoxe du printems jufqu’à celui de l'automne.
Alors on ouvre un peu l’enveloppe de terre, pour éxaminer les petites raci-
nes que la branche ne manque pas de produire & qui font divifées en pluficurs
filets. Sila couleur de ces fils eft jaunâtre où rougeätre , on juge qu'il eft
tems de féparer la branche du tronc. On la coupe adroitement, avec beau-
coup d'attention pour ne pas la blefler , & on la plante. Mais fi les filets
font blancs , c'eft une marque qu’ils font encore trop tendres; & dans ce cas
on referme l'envelope & l'on remet à couper la branche au printems prochain.
Mais foit qu'on choïifle l'automne ou le printems pour la planter, on doit
mettre beaucoup de cendre dans le trou, fi l’on veut la preferver des four-
mis, qui dévorent, dit-on, les racines encore tendres, ou qui en tirent du
moins toute la féve (4 ).
Ces arbres ne diflllent le vernis qu'en Eté. Ils n’en donnent point en
hyver, & celui qu'ils diftillent au printems ou dans l’automne eft toûjours
mélé d'eau. D'ailleurs ils n'en produiient que pendant la nuit. Pour le tirer
de l'arbre, on fait autour du tronc plufieurs incifions horizontales , plus ou
moins profondes, fuivant fon épaifleur. La première rangée de ces incifions
ne doit être qu’à fept pouces de la terre. La feconde fe fait à la même
diftance de la première; & de fept en fept pouces il y a de même une ran-
gée d'incifions, non-feulement jufqu'au fommet du tronc, mais encore à
toutes les branches qui font aflez grofles-pour en recevoir. On emploie pour
cette opération un petit couteau, dont la lame eft circulaire. Les incifions
ne doivent pas fe faire directement, maïs un peu de biais. Elles ne doi-
vent pas être plus profondes que l’écorce n’a d'épaifleur. L’arborifte, en les
faifant d'une main, y poufle de l’autre le hard d’une écaille, auffi avant
u’il eft poffible, c’eft-à-dire, environ un demi-pouce de la Chine; ce qui
uffit pour foutenir l'écaille, Au refte, ces écailles, ou coquilles, font fort
communes à la Chine, & beaucoup plus grandes que celles de nos plus grof-
fes huîtres. Les incifions fe faifant le foir , on recueille le lendemain au ma-
tin la liqueur qui a coulé dans les coquilles , & le foir on les reinet dans les
mêmes incifions ; ce qui fe continue jufqu’à la fin de l'Eté. Ordinairement
les propriétaires des arbres ne fe donnent pas la peine de recueillir tir
8
Co) Angl. Les feuilles & l'écorce reffem- (4) Chine du Père Du Halde, pag. 336.
jun Er à la feuille & à l'écorce du Frêne, & fuivantes.
Yy 2
HistToïrRe
NATURELLE
DE LA CHINE,
Manière de
le cultiver,
Quand &
comment ils
produifent du
verniss
HISTOIRE
NATURELLE
D& LA CHINE,
Précautions
néceffaires
pour ce tra-
vail,
356 VOYAGES DANS L'EMPIRE
le vernis. Ils louent leurs arbres à des Marchands fon :
prix eft d'environ deux fols & demi le pied. Ceux-ci EL re be le
ges, qui fe chargent de tous les foins, pour une once d'argent par mois 1Ëf.
q° ils fe RONCARES re propres frais, ou pour fix liards par jour avec
Hay re | n feul Payfan fuffit pour l'adminiftration de cinquante
L'oPINION commune eft que cette liqueur, tirée à froid |
as venimeufes, & qu'il n'y a pas d'autre moyen, pour fe Anar de
es dangereux effets en la verfant d'un vaiffeau dans un autre ou en la re-
muant de toute autre maniére, que d'éviter foigneufement d’en refpirer les
exhalaifons. Elle demande les mêmes précautions lorfqu’on la fait bouillir
(e). Comme les Marchands font obligés de pourvoir à la sûreté de leurs Ou-
vriers, ils ont un grand vaifleau rempli d'huile, dans lequel on a fait bouil-
lir une certaine quantité de ces filamens charnus qui fe trouvent mélés dans
la graiffe de porc & qui demeurent après que la graifle eft fondue. La pro-
portion eft d’une once de filamens à une livre d'huile. Lorfque les Ouvriers
vont lacer les coquilles dans les troncs , ils portent avec eux un peu de
cette huile, dont ils fe frottent le vifage & les mains ; & le matin Ve rès
avoir recueilli le vernis, ils fe frottent encore plus foigneufement. Abris le
diner ils fe lavent le corps avec de l’eau chaude, où l’on a fait bouillir une
certaine quantité de peau de châtaignes, d’écorce de fapin, de falpêtre en
criftal, & d’une forte de Blette , herbe qui fe mange à la Chine & aux In-
des. Tous ces Ingrédiens font eftimés de nature froide. Le bafin où l’on
fe lave doit être d'étain, parce que le cuivre a fes dangers. Pendant que les
Ouvriers travaillent aux arbres, ils doivent avoir la tête couverte ne fac
de toile, lié autour du col, fans autre ouverture que deux trous pour les
yeux. Ils portent devant eux une efpèce de tablier, compofé d'une peau de
Daim, qui eft fufpendu à leur col avec des cordons & lié autour de la cein-
ture. Ils ont des bottines & des gands de la même matière. Lorfqu'il eft
queftion de recueillir la liqueur, 1ls ont à la ceinture an vaiffeau FAR de
vache, dans lequel ils vuident toutes les écailles, en les grattant avec un pe-
tit inftrument de fer. Au pied de l'arbre eft un panier , où l'on met les écail.
les jufqu’au foir. Pour faciliter le travail, les propriétaires ont foin que jes
arbres ne foient pas plantés trop loin l'un de l'autre; & lorfque le tems de
recueillir la liqueur elt arrivé, on met de l'un à l'autre un grand nombre de
gaules, qui étant attachées avec des cordes , férvenr comme d’échelles
y monter. de
Le Marchand a toûjours dans fä maifon un grand vaiffeau de terre, placé
fous [ un chaflis de bois, foutenu par q: i
IS nu par quatre pieds, à peu-près comme le,
de bois, [ dont le milieu feroit vuide.] Sur cette isble ch un drap st es
les quatre coins font attachés à des anneaux. 11 eft étendu négligemment pour
y jetter le vernis; & lorfque les parties fluides l’ont pénétré, on le tord LR
en faire fortir le refte, qui fe vend aux Droguiftes & qui fert quelquefois aux
ufages de la Médecine. Les Marchands font fort fatisfaits, lorfque de mille
arbres on a tiré dans une nuit vingt livres de vernis. Après ‘cette opération,
le
{e) Du Halde, pa
Je vernis
cles font
fraîcheu
fure que
Les (
cautions
couvre t
{e défigu
homme «
de prend
de s’en le
coup, pl
eau. L’e
Elle cré
mèêde orc
fait féché
meur âc
nouvelle
OuTE
conferve
{ortes de
par le c
demande
deux co
mière fo
faut obfe
L'art cor
feul rend
fervir de
des lieux
pofitions
liers qui
de l'Emp
table ver
vient du
CE fe
diffère p:
par la fig
de fon fi
remplies
vironnée
ge, XI
bois fans
fert auf
(f) C
G)D
1; & le Je vernis fe met dans des feaux de bois, calfatés en dehors, dont les couver. Hisrorne
ns à ga- cles font bien attachés ave: des cloux. Une livre de vernis fe vend, dans fa Naruumrce
nois lorf- fraîcheur, environ dix-huit fols d'Angleterre (f), & le prix augmente à me- ?* 14 Cuir.
Dur avec fure que le lieu eft plus éloigné.
Inquante Les Ouvriers s’expofent à des fuites fâcheufes, lorfqu’ils négligent lespré- Maladies
cautions. Leur maladie commence par une efpèce de dartre rouge, quileur auxquelles les
Certaines couvre tout le corps, & le vifage même, dans l'efpace d’un jour. Le vifage rt font
rantir de fe défigure entièrement. Le corps s’enfle; on le croiroit couvert delépre. Un cb
en la re- homme qui fe fent attaqué de ce mal eft obligé, pour prévenir les accidens,
pirer les de prendre une quantité confidérable de l’eau médicinale dont on a parlé &
: bouillir de s’en laver le corps. Elle le purge violemment. Enfuüite on le couvre beau-
eurs Ou- coup, pour lui faire efluyer dans cet état une forte fumigation de la même
ut bouil- eau. L’enflure fe diffipe par degrés; mais il n’eft pas fi facile de guérir la peau.
lés dans Elle créve en plufieurs endroits & l’on en voit fortir beaucoup d’eau. Le re-
La pro- mède ordinaire eft de prendre des blettes Chinoifes, qu’.:. brûle après les avoir
Ouvriers fait fécher. On en applique la cendre fur les parties :*s plus affeétées. L’hu-
| peu de meur âcre s’y imbibe; la peau féche, tombe, & l’on en voit fuccéder une
1, après nouvelle (g). ;
Après le OuTRE la propriété d’embellir les ouvrages, le vernis Chinois a celle de Propriétés
illir unc conferver le bois & de le garantir de l'humidité (h). Il prend égalementtoutes du vernis de la
pêtre en fortes de couleurs; & lorfqu’il eft bien compofé, il ne perd rien.de fon luftre Ses
aux In- par le changement d’air ou par d’autres caufes. Mais la bonne compoñition
où l'on demande beaucoup de tems & de foin. Il ne fuffit pas d’en appliquer une ou
que les deux couches. Pour en appliquer une nouvelle, il faut attendre que la pre-
d'un fac mière foit tout-à-fait féche, fans lui laiffer néanmoins le tems de durcir. Il
pour les faut obferver fi cette couche n’eft pas trop rude ou d’une couleurtrop foncée.
peau de L'art confifte à conduire le vernis par degrés jufqu’à un certain point, qui peut
la cein-
u’il eft
cuir de
un pe-
es écail-
que jes
ems de
bre de
es pour
, placé
ne tablezge
e, donty$®
t pour
d pour
bis aux
le mille
ation,
le
DE LA CHINE, Liv. Il. Car. VIL 357
feul rendre l'ouvrage ferme, clair & uni. Il n'y a que l'expérience qui puifle
fervir de régle. Comme les ouvrages de vernis doivent fervir quelquefois dans
des lieux humides, quelquefois même dans l'eau, enfin que leurs ufages & leurs
pofitions peuvent varier à l'infini, il eft rare qu’on les fañe fort gros. Les pi-
liers qui fervent de foutien dans la grande Salle Impériale, dans l'appartement
de l'Empereur & dans d’autres édifices Chinois, ne font pas revétus de véri-
table vernis. On y employe une autre liqueur, qui fe nomme Tong-yeu & qui
vient du fecond arbre dont on a promis la defcription.
CE fecond arbre porte le nom de Tong-chu, & produit une liqueur qui ne
diffère pas beaucoup de la précédente. Il a tant de reffemblance avec le Noyer,
par la figure, la couleur de l’écorce, la forme & la grandeur de fes feuilles &
de fon fruit, qu’on pourroit s’y méprendre à peu de diftance. Ses noix font
remplies d’une forte d'huile aflez épaiffe, & d’une poulpe huileufe qui eft en-
vironnée de cette huile. Pour s’en fervir, on la fait bouillir avec de la lithar-
ge, & l’on y fait entrer la couleur qu’on defire. Souvent on l’applique fur le
bois fans aucun mélange, pour le préferver feulement de l'humidité. On s’en
fert aufli pour enduire le parquet des appartemens. Elle le rend fort luifant ;
(b) Ibid, & Le Comte, pag. 148. Ona dé-
ja rapporté la manière d'appliquer le vernis,
Yy3
(f) C'eft environ quarante fols de France.
(g) Du Halde, ubi Jup. pag. 3374
Le Tong.
chu, fecond
arbre remar-
quable,
Huile ou ver.
nis qu'on en
tire,
HistTorxe
NATURELLE
DE LA CHINE.
Manière de
s'en fervir.
L'U-kyeu-
mu, ou l'ar-
bre au fuif,
. Sa defcrip-
tion.
Comment le
fruit croit.
358 VOYAGES DANS L'EMPIRE
& fi l'on a foin de le laver de tems en tems, il conferve fort bien fon juftre.
Les appartemens de l'Empereur & des Grands font enduits de ce vernis où
de cette huile.
Lorsqu'on veut donner la dernière perfeétion à cet ornement, on com.
mence par couvrir les piliers & la menuiferie, d’une pâte de chaux & de chan.
vre, ou de quelqu’autre enduit de la méme nature, Après l'avoir laiflé fécher
jufqu’à un certain point, on fe fert d'une broffe pour étendre l'huile, dans la.
quelle on a mêlé quelque couleur en la faifant bouillir. On dore quelquefois
les moulures, les fculptures & tous les ouvrages de®relicf, Mais, fans le fe.
cours de la dorure, la beauté & le luftre de ces ouvrages ne le cèdent guères
au vernis qui fe nomme Ti. Comme le Tong-yeu eft à bon marché, & qu'au
contraire le Ti eft aflez cher, les Marchands mêlent ordinairement dansle T}
une grande quantité de Zong-yeu, fous prétexte qu'un peu de ce mélange cît
néceflaire pour conduire le ‘Tfi à fon point & pour le rendre plus facile à s’é.
tendre. C'eft avec le Tong-yeu qu'on prépare une efpèce de drap dont on fe
fert contre la pluie, comme de nos toiles cirées; mais les habits qui fe font
de ces étoffes ne peuvent fervir que dans les Provinces du Nord. En un mot,
le Tong-chu eft un arbre des plus utiles à la Chine, & ne le feroit pas moins
en Europe s’il y étoit apporté (4).
Mars la Nature a peu d'arbres auffi finguliers que l’arbre au fuif, nommé
U-kyeu-mu (k) par les Chinois. I ne fe trouve qu’à la Chine, où il eft fort
commun dans les Provinces de Che-kyang & de Xyang-fi. Maruini en a donné
une idée affez éxaéte dans fa defcription de Min-wba, Ville de la première
de ces deux Provinces. Cet arbre, qu'il compare à nos poiriers, k£ qui eft
quelquefois aufli grand que ceux de la plus grande efpèce , reffemble
beaucoup aufli au Tremble & au Bouleau par fes feuilles & leurs longues ti.
ges. Mais, par le tronc & les branches, il a la forme de nos cerifiers. L’é.
corce eft d'un gris blanchâtre. Elle eft aflez douce au toucher (4). Les peti.
tes branches font longues, fléxibles & garnies de feuilles depuis le milieu feu.
lement jufqu’à l’extrémité, où elles forment uneefpèce detouffe, quoiqu'elles
y foient plus petites qu'ailleurs & qu’elles fe replient par les bords jufqu’à pa.
roître creufes, & de la forme d’un partit bateau. Leur couleur eft un verdfon-
cé, affez life par le haut & blanchâtre par-deffous. Elles font d’ailleurs min.
ces, féches, d'une largeur médiocre en forme de lozange, excepté que les
angles des côtés font arrondis & que le bout s’allonge en pointe. Elles font
jointes aux branches par de longues tiges, qui font féches & menues. Leurs
côtes, aufli-bien que leurs fibres, font rondes, féches & déliées. Dans la der-
nière faifon, c’eft-à-dire, vers les mois de Novembre & de Décembre, elles
deviennent rouges avant leur chûte , comme les feuilles de la vigne & du
poirier.
Le fruit croît en grappes, à l'extrémité des branches, fur une tige ligneufe
& fort courte. Il eft renfermé dans une capfule ou une coffe brune, dure &
ligneufe, que les Chinois nomment Yen-kyu,'un peu dure & de figure trian-
gulaire, mais dont les angles font arrondis, à peu près comme le petit fruit
rouge du Troëne, que nous appellons Bonnet de Prêtre. Ces coffes ou ces cap-
fules
uey-chu.
Du Halde, pag. 9. Q
(4) Le Comte dit qu'il eft uni,
(i)
(k) Magalhaens & Navarette l'appellent
fules con
feur d’un
du côté
eft couve
tics file
de ces fil
dus. Lo
les, com
fe décou:
couvert c
autant de
main & f
pas fort d
Czsf
forme irr
la noix,
d’un gros
d'huile pc
L'ARB
donnent I
le plus lar
de fil de
offeur ;
qu fert de
her, qui.
fes font é]
main. L
Comme a
dur, il n”
exprès.
La mé
la coque «
fe, oulh
denfe wo
uelquefo
Sont
l'on en fa
apprend d
de cire, d
croute,
Nava
comme le
d'un verd
blanc que
(m) Le
d'une noifet
(n) Suiv
fon ljuftre,
vernis ou
, On com-
& de chan.
ifTé fécher
, dans la.
quelquefois
fans le fe.
ent guères
» & qu'au-
dansle Th
élange eft
icile à s’é.
dont on fe
ui fe font
n un mot,
pas moins
F, nommé
il et fort
n a donné
remière
& qui eft
reffemble
ongues ti-
iers. L’é.
Les peti-
nilieu feu-
aoïqu’elles
ufqu’à pa-
à verdfon-
leurs mine
é que les
Elles font
es. Leurs
ans la der-
bre, elles
one & du
e ligneufe
, dure &
ure trian-
petit fruit
j CES Cap-
fules
DE LA CHINE, Liv. II Car. VII. 359
fales contiennent ordinairement trois petites noix ou trois grains, de la grof-
feur d'un pois ("), qui ont leur propre coque, affez dure & ronde, excepté
du côté par lequel ils s'entretouchent, qui eft un peu applati Chaque grain
eft couvert d’une petite enveloppe de fuif aflez dure. La tige fe divife en trois
etits filets, qui traverfent le fruit entre les trois grains; de forte que le bout
de ces filets entre dans la partie fupérieure des grains, qui y paroiffent fufpen-
dus. Lorfque la coffe, qui eft compofée de fix petites feuilles creufes & Ova-
les, commence à s'ouvrir (n) & tombe comme par degrés, le fruit venant à
fe découvrir paroît fort agréable à la vûe, fur-tout en hyver, L'arbre eft alors
couvert de petites grappes blanches, qu'on prendroit dans l'éli nement pour
autant de bouquets. Le fuif qui enveloppe le fruit fe brife aifément dans la
main & fe fond avec la même facilité. Il rend une odeur de graiffe, qui n'eft
pas fort différente de celle du fuif commun. AE F4 3
Czs fruits paroiflent ronds avant leur parfaite maturité. Il s’en trouve d'une
forme irrégulière & qui ne contiennent qu'un ou deux grains. Le grain, ou
Ja noix, a dans fa coque une efpèce de petit noyau, de la groffeur à peu près
d’un gros grain de chenevi & couvert d'une peau brune. On en tire beaucoup
d’huile pour les lampes.
L'ARBRE au füif fournit aux Chinois la matière de leurschandelles. Ilsleur
donnent la forme d’un fegment de cône, & l’ufage eft de les allumer du côté
je plus large. Pour méche, ils employent unrofeau creux, qu'ils envelopent
de fil de coton. lis fe fervent aufli de la moëlle des joncs, qui eft de la même
offeur ; mais l’ufage des joncs eft plus ordinaire pour les lampes. Le rofeau
qui fert de méche, fert aufi, par un bout à fixer la chandelle fur le chande-
lier, qui eft fait en pointe pour entrer iians le creux. Ces chandelles Chinoi-
fes font épaifles & pefantes. Elles fondent aifément lorfqu'on y touche avec la
main. La lumière qu’elles répandent eft affez claire, mais un peu jaunûtre.
Comme la méche eft folide, & qu’en brûlant elle fe change en charbon affez
dur, il n’eft pas aifé de la moucher. Auïili les Chinois ont-ils des cizeaux faits
xprès.
, méthode ordinaire pour féparer le füif du fruit, eft de broyer enfemble
la coque & la noix. Enfüuite on les fait bouillir dans l'eau. On écume la graif-
fe, ou l'huile, à mefure qu'elle s'élève; & lorfqu'ellefe refroidit, elle fe con-
denfe d’elle-même comme le fuif. Sur dix livres de cette graifle, on en met
quelquefois trois d'huile de lin, avec un peu de cire, -pour lui donner de la
confiftence. Les chandelle. qu’on en fait font d’une blancheur extrême. Mais
l’on en fait auñi de rouges, en y mélant du vermillon (o). Du Halde nous
apprend dans un autre endroit (p) qu’on trempe ces chandelles dans une forte
de cire, qui vient auñli d’un arbre; ce qui forme autour du fuif une efpèce de
croute, qui l'empêche de couler.
NaAvarETTE aflüre que l'arbre U-kyeu-mu croît fur lesbords des ruifleaux,
comme les faules en Caftille; que fon fruit eft de la groffeur d'une noïfette &
d'un verd-foncé ; qu'il fleurit vers le milieu de Décembre & qu’il paroît aufñli
blanc que la nége; que la coque venant à tomber, on découvre une te
anche,
milieu comme la châtaigne.
(o) Du Halde, pag. 31%
(b) Le même, pag. 9
(m) Le même Auteur lui donne la groffeur
d’une noifette.
(n) Suivant le mème, elle fe fend par le
Hisrorre
NATURELLE
DE LA Cine,
Fabrique des
chandelles
Chinoifes.
Leur méche.
Mouchettes
de la Chine.
Comment fe
tire le fuif.
En queltems
Parbre fleurit,
HISTOIRE
NATURELLE
D£ LA CHINE.
Témoignage
du Père le
Comte.
Le Pe-la-
chu, ou l'ar-
bre qui porte
Ja cire blan-
che.
Vers qui
font cette ci-
IC.
Nature &
qualité des
vers,
360 VOYAGES DANS L'EMPIRE
blanche, femblable au fuif, qui fe recueil
commencement de Janvier; de les pre ai pan HA pce ou au
mauvaife, & durent plus long-tems en Eté qu’en Hyver (q); rh l’odeur
vendent que fix liards la livre (r), & que le füif dr M Li Gr é a ne fe
bre coute la moitié moins. Les Chinois ornent leurs chandelles de iré de l'ar.
tures en or & en argent, comme nos cierges de Pâques. Des reft La Reine
or une Same. 2 ns pour les lampes (5 ). . Des reftes du fuif ils
uivaAnNT le Pere le Comte, les , À
feuilles ont la forme d'un cœur & nn “A pr Ses
unie; le tronc fort court; la tête ronde & fort épaifle Cr). corce ef
ferme le fruit eft divifée en trois fegmens, qui s'ouvrant lorf ALL de ten:
fent voir trois noyaux de la grofleur d’une noifette, Ce née d aa
de rouge forme dans l'éloiguement le plus beau fpeétacle a ol anc &
quad où ces arbres font ordinairement plantés en échiquier Bi é Les
d' px potes? 3 n parterre de pots à fleurs. Mais l'Auteur obdte ou +
sa pour purifier le fuif, les Chinois font aflez groffiérement ee del
es; que l'odeur en eft plus forte, la fumée plus épaifé & la lumière plus r4
fcure qu’en Europe; 1 iculié
q urope; ce qu'il attribue particulièrement à la méche qui eft en u-
fage à la Chine (v).
£ quatrième arbre, qui fe nomme Pe-W- La f . Li il
blanche, n'eft pas cour-à-Fai fi haut de jar Re ni Fe fe TN
la couleur de fon écorce, qui eft blanche, & par la figure de ss “Bo par
font plus longues que larges. Une forte de petits vers, qui pr pe qui
feuilles & qui en fonc, couverts, y forment en peu de tems des gratte
un se plus petits que les rayons de miel. Cette cire, qui ett fort ser e cire
luifante, fe vend beaucoup plus cher que la cire des abeilles. Lorf. rh) nt
font une fois accoûcumes aux arbres d'un autre côté, s'ils aband pan mr
c'eft pour n'y retourner jamais. On eft alors obligé de s’en pr 4 FE es
eus REPA e ae qui font ce commerce (x). rt rar
uivanT Magalhaens, l’animal qui produit la cire n°
puce; mais il eft actif x vigoureux. il SA re na de gros qu'une
feulement la peau des hommes & des bêtes, mais les RAM, us non-
même des arbres pour y dépofer fes œufs. C’eft de-là qu’on le k € tronc
er le ct foigneufement on les voit devenir vers au ns Er
Le ps Pa de Chan-tong , que les Habitans de cette Province ven-
SRE A SEA ét d'où vient la meilleure cire. Au commence-
land. de me ca pp, aubte Dette racines des arbres. Ils montentle
RL QU dom da mai Gr 2 Pope dE où Lo
: re qu , ils en font
4 ph D " + Enfuite ils la font entrer dans les trous qu'il
TEA dan £ pliffent juiqu'à la furface, où venant à fe congeler
ir elle pend en forme de glaçons, jufqu'a ce qu'elle foit recueillie & mi-
fe
ad al le contraire aux chan- (5) Navarette, pag. 33
4 ï à (t) Iles avoit vôes f: /
mi PRE ar EPA AA la an D lorfqu'elles ont Lu Rte id
quatorze fols. C' ft £ k n Hi e Conte, pag: 99.
Traduéteur. end dt a LV (x) Du Halde, pag 9:
fe en pai
font de l4
À ces
au F'iguie
lufieurs
lufieurs
dix pouc
droits-où
crées de
beaucoup
grande,
fort doux
pas du to
CET
dorure.
ar des i
eftd'ent
d’autres
ferme qu
Les (
vrier &
fignifie G
viron u
tant det
quelque «
font fort
tres à ce
cette par
quatre,
trémité ,
tre, de«
re rangé
le fond «
cipalemc
ches fer
nombre
bre, Ca
moitié €
bout d'u
qui poul
raboteul
le rouge
tient de
chofe d
un petit
(y) M
(3) L
VIII
pré ou au
as l'odeur
Iles ne fe
J de l’ar.
ites pein.
du fuif ils
tues. Ses
corce eft
qui ren.
mûr , lai.
blanc &
de. Les
réfentent
que faute
chandel.
plus ob.
eft en u.,
à la cire
aufli par
illes, qui
nt fur ces
s de cire
e & fort
e les vers
nt un lieu
d’autres,
‘os qu’une
inte non-
le tronc
] & qu'a-
ms. Les
nce ven-
mmence-
ontent le
ufqu’à la
font une
us qu'ils
congeler
1e & mi-
fe
la fin de
Ur,
DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. VIL 361
fe en pains pour la vente. Les Pe-la-chus, dans la Province de Hu-quang,
font de la grandeur du châtaigner. Ceux de Chan-tong font petits (y).
A ces quatre arbres extraordinaires il faut ajouter le Xu-chu, qui reffemble
au Figuier par les feuilles & les branches (2). La racine pouffe ordinairement
plufieurs tiges, & quelquefois elle n’en pouile qu'une. Lorfqu’elle en pouffe
plufieurs, quelques-uns de ces petits troncs font droits, ronds & de neuf ou
dix pouces d’épaifleur. La feuille eft fort dentelée, fur-tout dans deux en-
droits. où elle eft comme diviféeen trois feuilles, qui font curieufement échan-
crées de chaque côté. Sa couleur & la contexture de fes fibres lui donnent
beaucoup de reffemblance avec la feuille du Figuier, excepté qu’elle eft plus
grande, plus épaifle, & plus rude du côté d'enhaut. Le côté inférieur eft
fort doux & couvert de duvet. Quelques-unes des feuilles du Xu-chu ne font
pas du tout dentelées & repréfentent la figure d'un cœur allongé.
CET arbre produit une forte de lait, dont les Chinois fe fervent pour la
dorure. Ils le retirent dans des écailles attachées au tronc, d’où il découle
par des incifions horizontales ou perpendiculaires. La manière de l’employer
eft d’en tracer avec un pinceau les figures qu’on fe propofe, fur le bois ou fur
d’autres matières, & d'appliquer enfuite la feuille d’or. Elle s’y attache fi
ferme qu’elle ne fe lève jamais (a).
Les Chinois ont un autre arbre remarquable, qui tient un peu du Genè-
vrier & du Cyprès. Auñi leur donnent-ils également le nom de T}e-/ong, qui
fignifie Genévrier, & celui de Tuen-pe ou de Cyprès. Le tronc, qui eft d’en-
viron un pied & demi de circonférence, pouile des branches prefqu’en for.
tant de terre. Ces branches en pouflent quantité d'autres, qui s'étendant à
quelque diftance du tronc, forment un buiffon épais & verd. Des feuilles, qui
font fort ferrées fur l'arbre, les unes reffémblent à celles du Cyprès & les au-
tres à celles du Genèvrier. Celles-ci font longues, étroites & pointues, avec
cette particularité, qu’elles font difpofées le long des branches en rangées de
fquatre, de cinq ou de fix; de forte [ que fi l'on regarde la branche par l'ex-
trémité, il paroît ] qu'elles forment une efpèce de bouquet, compofé de qua-
tre, de cinq ou de fix rayons, comme les étoiles. Les feuilles de la premié-
re rangée couvrent fi éxaétement les rangées de deffous, qu’on voit aifément
le fond de la branche par les intervalles. Mais ces bouquets fe trouvent prin-
cipalement au bas des branches. Au fommet, on n’apperçoit que les bran-
ches femblables à celles de Cyprès, qui font plus grandes & en plus grand
nombre que les autres. La Nature a mis encore plus de variété dans cet ar-
bre, car il a des branches de nature mêlée; c’efk-a-dire, moitié de Cyprès &
moitié de Genèvrier. Enfin l'on y voit quelquefois des feuilles de Cyprès au
bout d’une touffe de Genèvrier, & quelquefois de petites touffes de Genévrier
qui pouffent au bas d'une branche deCyprès, L’écorce de l'arbre eft un peu
raboteufe. Sa couleur eft un brun-grisâtre, qui tire en quelques endroits fur
le rouge. Le bois eft d'un blanc-rougeâtre, comme celui du Genèvrier, & con-
tient de la terébenthine. Outre l'odeur du Cyprès, fes feuilles ont quelque
chofe d’aromatique; mais le goût en eft acide & fort amer. L’arbre porte
un petit fruit rond, qui n’eft guères plus gros que celui du Genèvrier, & dont
la
leux, couvert d’une écorce femblable.
(y) Magalhaens, pag. 140. & fuiv.
(a) Du Halde, pag. 320.
(z) Le bois des branches eft léger & moël-
VIII. Part, Zz
HrsTorxe
NATURELLE
DE LA CHINE,
Le Ku-chu.
Ses proprié.
tés,
Il fert à là
dorure.
Arbre de
double efpè-
ce.
Ses deux
noms & fes
propriétés,
HISTOIRE
NATURELLE
DE LA CHINE,
Semences du
même arbre,
Manière
dont le Coto-
nier porte {on
fruit,
Machine
pour cn fépa-
rer les femen-
ces,
‘Thé de la
Chine. D'où
vient ce noin.
Différentes
foxtes de thé,
962 VOYAGES DANS L'ÉMPIRE
la poulpe, qui eft d'un verd d'olive, rend une odeur aflez forte. Ce fruit
tient aux branches par de longues tiges de la même nature que les feuilles,
Il contient deux femences rougeätres en forme de cœurs, au durs que le pe.
pin du raifin. Le tronc de quelques-uns de ces arbres eft haut & menu, fans
autres branches que celles du fommet, qui fe terminent en pointe, à peu-près
comme celles du Cyprès. D'autres font nains & ne's’élévent que. de fept ou
huit pieds. Mais comme leur tronc & leurs branches font tortus & ridés, il
eft vraifemblable qu’ils ont été coupés. Dans la jeuneffe de l'arbre toutes les
feuilles font longues, comme celles du Genèvrier ; mais elles reffemblent à cel.
les du Cyprès lorfqu'il eft (2) vieux.
(b) Du Halde, pag. 321.
' Arbufles qui portent le: Coton ES le Thé.
U N des plus utiles arbuftes de la Chine eft celui qui porte le coton. Les
Jaboureurs le fêément dans leurs champsimmédiatemrent après la moiflon
ordinaire, & ne donnent pas d'autre façon a la terre que celle du rateau. Lorf-
qu’il eft tombé un peu de pluie ou de rofée, on en voit fortir par degrés une
petite plante d'environ deux pieds de haut. Les fleurs paroiffent au mois
d'Août. Elles font ordinairement jaunes, mais quelquefois rouges. A leur
place fuccèdent de petits boutons en forme de coiffe & de la groffeur d’une
noix, Quarante jours après que la fleur a paru, cette coffe s'ouvre d'elle-mé.
me; & fe fendant en quatre endroits, elle laiffe voir trois ou quatre petits
fachets de coton, d’une blancheur extrême de la même figure que la coque
des vers à foie. Ils font attachés au fond de la coffe ouverte, & contien.
nent la femence pour l’année fuivante. Il eft tems alors d’en faire la récolte;
mais, dans le beau tems , on laiffe le fruit expofé au Soleil pendant deux ou
trois jours de plus. La chaleur le fait enfler & ie profit en eft plus grand.
Comme toutes les fibres de coton font fortement attachées aux femences,
on fe fert d’une efpèce de roue pour les féparer. Cette machine eft compofée
de deux rouleaux fort unis, l’un de bois & l’autre de fer, de la longueur d’un
pied, & d'un pouce d’épaiffeur. Ils font placés fi près l’un de l’autre, qu'il ne
refte point d’efpace entre deux. Tandis que d'une main on donne le mouve.
ment au premier rouleau, & du pied au fecond, on travaille de l’autre main
le coton. Il fe lâche par l'agitation qu’il reçoit, & pañlant d’un côté de la
machine, il laiffe la femence de l'autre côté. On le carde enfüuite, on le file
& on le met en (4) œuvre.
L'ARBUSTE qui porte le Thé mérite avec raifon la préfèrence que les Chi-
nois lui donnent fur tous les autres, parce qu'il n’y era point dont ils fafent tant
d’ufage, ni dont ils tirent tant d'utilité. Le nom de Tha ou de Tea s’eft formé
par une prononciation corrompue de Tjuon-cheu & de Chang-cheu-fu dans la
Province de Æo-kyen. Toutes les autres parties de l’Empire fe fervent du mot
Cha, comme les Portugais. On en diftingue quantité d'efpèces, qui portent
différens, noms dans diverfes Provinces. Cependant, à ne confulter que jure
qualités
(a) Le même, pag. 319, & fuive.
Ce fruit
8 feuilles,
que le pe.
enu , fans
à peu rés
Je fn ou
k ridés, il
toutes les
lent à cel.
ton. Les
la moiflon
eau, Lorf.
legrés une
t au mois
. À leur
leur d’une
d’elle-mé.
tre petits
la coque
À contien.
a récolte;
deux ou
grand.
femences,
compofée
ueur d’un
, qu'ilne
le mouve-
utre main
Ôté de la
on le file
ie les Chi-
ffent tant
eft formé
dans la
du mot
portent
que leurs
qualités
rer
F.Y Sohdey der
Deux Sortes de Cottoniers :
: Twe Soorten van Kottoen - Boomen.
É TT TT nn nn
D
RE
BOOMEN, uit Nreuxor en Bot».
qualités,
Vu-i-cha
Le S
Province
peu de h
d’arbufte
des mon
pêche, «
roient di
dans d’ai
ou de ci
épaiffes,
rofe à ci
paroître
& d’aflez
remêde
fufon er
ble. Or
odeur ne
que pour
Thé qui !
fif. Le
mais à |:
l’'eftomac
Le
vince de
de Xyen-:
montagn
Temples
ce qui ne
dit de ce
qu’ils s’ef
mortels,
d’autres {
inacceffit
croit cet
der comr
leger, bl
LEs a
la même
y ait ent:
te, que |
s'en affûr
tes, plus
aucune à
DE LA CHINE, Liv. IL Car. VII. 363
ee)
qualités, toutes les efpèces peuvent être réduites à quatre; le Song-l-cha, le
Vu-i-cha, le Pa-cul-cha & le Lo-ngan-cha. :
Le Song-lo-cha, qui eft le thé verd, tire ce nom d’une montagne de la
Province de Kyang-nan, dans le diftriét de bey-cheu-fu. Cette montagne a
HisTornre
NATURELLE
DE LA CHINE,
Le Song-lo-
cha, oulethé
peu de hauteur & d'étendue; mais elle eft entiérement couverte de l'efpèce verd.
d’arbuftes qui portent ce thé. On les cultive für fes revers, comme au pied
des montagnes voifines. Ils fe plantent à-peu-près comme la vigne. On em-
pêche, dans ce Canton, qu'ils ne montent trop haut; fans quoi ils s'élève-
roient de fix ou fept pieds. Ils parviennent même jufqu’à dix ou douze pieds
dans d’autres Provinces. On eft obligé de les replanter, de quatre en quatre,
ou de cinq en cinq ans; parce qu'autrement les feuilles deviendroient trop
épaifles, trop dures & trop rudes. La fleur eft blanche, & de la forme d’une
rofe à cinq feuilles: En Automne, lorfqu'elle commence à tomber, on voit
paroître un grain, de la figure d’une noix bien pleine, mais un peu moite,
& d’aflez bon goût. Le Song-lo-cha, gardé pendant quelques années, eft un
remède excellent pour diverfes maladies. Ses feuilles font longuettes. L’in-
fufon en eft claire & verte lorfqu'elle eft nouvelle, & le goût en eft agréa-
ble. On trouve en France qu'elles fentent un peu la violette ; mais cette
odeur ne leur eft pas naturelle , & les Chinois affürèrent fouvent l’Auteur
que pour être bonnes elles n’en doivent avoir aucune. C’eft cette efpèce de
Thé qui fe préfente ordinairement dans les vifites. Il eft extrémement corro-
fif. Le fucre qu’on y méle en Europe peut en corriger un peu l’âcreté;
mais à la Chine, où l’ufage eft de le boire pur, l'excès en feroit nuifible à *
l'eftomac (b). ;
Le Vu-i-cha, que nous appellons Thé-bohé, où Thé-bout, croît dans la Pro-
Le Vu-i-cha,
vince de Fo-kyen & tire fon nom de la montagne de Wu-i-cha dans le diftriét © 1e Hot
de Kyen-ning-fu , à deux lieuës de la petite Ville de Tjong-gan-byen. Cette
montagne, qui eft la plus fameufe de fa Province, offre un grand nombre de
Temples, de Couvens & d'Hermitages de Bonzes , de la Sete de Tau-kya;
ce qui ne ceffe pas d'y attirer un grand concrurs de peuple. Comme le cré-
dit de cette race de Prêtres dépend de l'opinion qu’on a de leur fainteté, &
qu’ils s'efforcent de faire pafer leur montagne pour le féjour des Etres im-
mortels, ils ont trouvé le moyen de tranfporter des barques, des chariots &
d’autres fingularités de la même nature dans les fentes des Rochers les plus
inacceffibles, par le moyen d’un ruifleau qui les traverfe; & le peuple, qui
croit cet ouvrage au-deflus des forces humaines, ne manque pas de le regar-
der comme un prodige. Le terrain qui produit l’arbufte du Vw-i-cha, eft
leger, blanchâtre & fabloneux.
Les arbuftes du Vu-i-cha & du Song-lo-cha font de la même hauteur & de |
ja même forme. Leur culture eftauffi la même. La feule différence qu'il
hé.
Comparai-
fon du thé
verd & du thé
y ait entr'eux eft que les feuilles du dernier font plus longues & plus en poin- bohé.
te, que l'infufion en eft verte, & qu’elle gratte un peu, comme il eft aifé de
s'en affûrer par l'expérience. ‘Au contraire, les feuilles du Vu-i-cha font cour-
tes, plus rondes, un peu noirâtres, & donnent à l'eau une couleur jaune, fans
aucune âcreté , ou fans aucune autre qualité qui puifle nuire à l'eftomac le
plus
(b) Du Halde, pag. 10. Le Comte, pag, 122,
Zz 2
HiIsTOIRrEe
NATURELLE
DE LA CHINE,
Trois fortes
fort eftimées.
Autres thés
de la Chine,
Le Hay cha,
364 VOYAGES DANS LEMPIRE
plus foible. De-là vient que l’ufage du Vu-i-cha eft plus commun dans tout
l'Empire. Il ne s’en trouve guères de bon dans les Provinces du Nord. On n’y
vend, de l’une & l’autre efpèce, que du thé à grandes feuilles. Cependant plus
les feuilles font jaunes, tendres & fines, plus elles font eftimées. On diftingue
trois fortes de ce bon Thé, dans les lieux où il fe recueille.
LE premier eft celui qui vient des arbuftes nouvellement plantés ; ou, com-
me les Chinois s'expriment, c’eft la première pointe des feuilles. 1l s’appel-
Je Mau-cha. On ne l'emploie guères que pour les préfens, ou pour l’u‘age
de l'Empereur. Le fecond eft compofé de feuilles plus avancées ,: & c’eft celui
qui fe vend fous le nom de bon Vu-i-cha. Les feuilles qui demeurent fur l’ar-
bufte, & qu'on laifle croître dans coute leur grandeur, font latroifième forte,
qui eft à fort bon marché.
ON en fait une autre forte, qui n’eft compofée que de la fleur même; mais
il faut la commander exprès, & le prix en eït exceilif. Les Miflionaires Géo-
graphes s’en étant procuré une petite quantité, par le crédit de quelques Man-
darins , ne remarquèrent point de changement fenfible dans l'infufion , foit
pour la couleur, foit pour le goût. Aufñi l'ufage n’en eft-il pas familier à l’Em-
pereur, ni même dans le Palais. Le Thé Impérial eft le Mau-cha. La livre fe
que environ deux fchellings d'Angleterre (c), près des montagnesde Song-lo
de Vu-1..
Tous les autres Thés de la Chine peuvent être compris fous ces deux ef-
pèces, quoiqu’ils foient diftingués par des noms différens, tels que Lu-ngan-
cha, Hay-cha, &c. Le premier prend ce nom de la Ville de Lu-ngan-cheu.
Cependant le meilleur de fon efpèce ne fe trouve que fur le revers des petites
montagnes de Ho-chan-hyen, qui en eft éloigné d’environ fept lieues. Les Mif-
fionaires l'ayant éxaminé dans le lieu même ne lui trouvèrent aucune diffé-
rence d’avec le Song-lo-cha, ni pour la figure des feuilles, ni pour la manière
de le cultiver. S'il teint l’eau d’une autre couleur, & fi l’infufion fraîche ne
paroît pas fi rude ou fi corrofive, il faut l’attribuer à la différence du terroir,
puifqu’en Europe les vins du même raifin fe trouvent plus ou moins rudes dans
les différentes parties d’une même Province.
CEPENDANT les Chinois prétendent s’appercevoir que les effets de ces
deux efpèces font fort différens. Le Song-lo leur paroît chaud. Il grate
même; au-lieu que le Lu-ngan n’a pas ces deux qualités, & qu'ils le trouvent
fort fain.
Le Hay-cha vient de Kan-cheu-fu, dans la Province de Kyang-fi, & ne dif-
fère nullement du Lu-ngan:cha. On peut le regarder comme une efpèce de
,Song-lo-cha, qui eft le meme au fond que tous les autres Thés (4). Par éxem-
ple, celui dont les Mongols font ufage en Tartarie & qu’ils appellent Azy/-
cha, ou Karcha, n'eft compofé que de Song-la ou de Vu-i-cha, dont les feuilles
ont toute leur grandeur & font mêlées fans aucun choix, parce que les Chi-
nois jugent tout bon pour les Tartares, & ne les croyent pas capables de dif-
tinguer le Thé fin du Thé groffier. A la vérité, les Tartares le délayent avec
du lait; mais ils en font une liqueur agréable &. nourriflante, qu'ils prennent
à toutes les heures.
C'EST
(dy C'eftà-dire, qu'iln'y a que le choix des
PATA qui en faffe la différence. R, d. T;
(«) Entre quarante & cinquante fols de
France,
ns tout
On n'y
ant plus
iftingue
> Com-
s’appel-
l'ufage
ft celui
fur l’ar-
e forte,
e; mais
es Géo-
es Man-
n , foit
à l'Em-
| livre fe
e Song-lo
deux ef-
Lu-ngan-
gan-cheu.
S petites.
Les Mif-
ne diffé-
manière
aîche ne
| terroir,
ades dans
s de ces
Il grate
trouvent
x ne dif-
fpèce de
ar éxem-
nt Kayol-
5 feuilles
es Chi-
:s de dif-
yent avec
prennent
C'EST
le choix des
R, d. T,
An em SR Ram ER
| É D
=
Î=
l
|
ZSt shu ou Arbres au Vernis .:
De Tsi-shu, of Vernis-Boom .
Fulno ou racine Ainoise :
De Fu-ling, of China-Wortel .
RE
NH SIN SA
Éd
N<. "y
‘
>
É | FTITITIONIENNI
| ] | j'iliii 1Hfithi! [hyttli :
LUTITELEE it] Litili LUEUR HUIT
(HUE
LE | |
. Lrbuste gui produit & Ze :
De Thee - Heester .
= T4
“TTC TE A LE NT TENTE
IH
Rhuburbe..
De Rhabarber-Plant .
Lil
Corne ELLE
LA LS
—-
= PE > rt ee #0 .
=
«Sr Schey dtrer .
<
BOOMEN ,uit Nreuvnor en Bot».
C'EST
pour du T
Chan-ting ,
Mong-ing-c
d'une mon
qualité de
ON en
font enco
Marchand
ces Régio
habitans,
reffemble,
feuilles gr
yoir. Po
vieillir ell
& infipidd
Jo ou le X
LE Pa
vince de
king. Les
pas que la
accordent
on eft co
arbres qui
quoiqu'on
plus épai
me de ba
dans les P
ble, quoi:
comme le
rougeûtre
Les À
fets femb
dans leur:
légères ir
ter le fu:
boire plu
Les f
les rende
s'en acco
ration; !
dans les
On le d
vent pas
Fleur de
|
FO
|
AC ||
}
rarsem |
| (LI JU IT ML
IL
l
ÉUL EULLENNILITET
BC 'LIIILEET
DE LA CHINE, Liv. IL Cnar. VII, 365$
C'esT une fupercherie commune entre les Marchands Chinois, de vendre,
pour du Thé, des feuilles de diveries autres plantes. Dans la Province de
Chan-ting , celui qu’ils donnent pour un Thé admirable, fous le nom de
HisTorre
NATURELLE
DE LA CHINE,
Rufe dos
Mong-ing-cha n'eft qu'une forte de moufle qui croît dans les parties pierreufes Marchans.
d'une montagne voifine de Mong-ing-hyen. Al a le goût fort amer, avec cette
qualité de vcritable Thé, que pris après le repas il hâte la digeftion.
ON en trouve de la même efpèce dans quelques parties des Provinces qui
font encore plus au Nord; & quoiqu'il ne foit pas compofé de feuilles, les
Marchands lui donnent le nom de Cha-ya, qui fignifie feuilles de Thé. Dans
ces Régions Septentrionales, où l’on voit croître peu de véritable Thé, les
habitans, dont le palais n’eit pas fort rafiné , font ufage de tout ce qui lui
reffemble, foit par le goût, foic par d'autres effets, & font leurs délices des
feuilles groffières de leurs arbres cranfplantés, qui dégénèrent dans leur ter-
roir. Pour les rendre moins chères, ils en font la recolte lorfqu’a force de
vieillir elles font devenues grandes & coriaces ; ce qui en rend le goût rude
& infipide, quoiqu’alors meme elles produifent les mêmes effets que le Song-
lo ou le Vu-i-cha.
LE Pacul-cha doit fon nom au Village de Pacul, qui eft fitué dans la Pro-
vince de Tun-nan, fur les frontières du Pegu, d'Ava, de Laos & du Tong-
king. Les habitans le recueillent dans les montagnes voifines, & ne fouffrenc
pas que les Marchands étrangers y pénétrent. Toute la liberté qu’ils leur
accordent eft de venir recevoir au pied de ces lieux fauvages la quantité dont
on eft convenu. Si l’on s’en rapporte au témoignage des Marchands , les
arbres qui y produifent le Thé font hauts & touffus, mais plantés fans ordre,
quoiqu’on prenne foin de les cultiver. Les feuilles en font plus longues &
plus épaifles que celles du Song-lo & du Vu-i-cha. Elles font roulées en for-
me de balle, & fe vendent fort bien. Cette efpèce d£ Thé eft commune
dans les Provinces de Tun-nan & de Quey-cheu; mais le goût, en eft peu agréa-
ble, quoiqu’affez doux. Les balles fe coupent en plufieurs parties & fe jettent
comme le Thé ordinaire dans de l’eau bouillante, qui en reçoit une teinture
rougeûtre.
Les Medecins Chinois affürent que cette liqueur eft fort faine, & fes ef-
fets femblent le prouver; car les Miffiondires nous rendent témoignage que
dans leurs courfes, eux & leurs Compagnons s’en trouvoient fortbien pour de
légères incommodités. Ses principales vertus font de guérir la colique, d’arré-
ter le flux de ventre & d’exciter l'appétit. Mais, dans ces occafions, il fautle
boire plus fort du double que le Thé ordinaire (e).
Les feuilles du Thé qui fe nomme ui font petites & tireat fur le noir. El-
les rendent l’eau jauhe. Le goût en eft délicieux , & l’eftomac le plus foible
s’en accommode fort bien. Pendant l'Hyver, il demande d'être bû avec modé-
ration; mais l'excès n’en eft pas dangereux en Eté. Il eft bon particulrement
dans les fueurs, après un voyage, une courfe ou d’autres éxercices violens.
On le donne même aux malades; & ceux qui ménagent leur fanté n’en boi-
vent pas d'autre. Ie Père le Comte avoit fouvent entendu parler, à Siam, de
Fleur de Thé, de Thé Impérial, & de plufieurs autres efpèces dont le prix étoit
encore
(e) Chine du Père Du Halde, pag. 10. & fuivantes,
(AXE
Le Pacul-
Qualités que
les Médecins
Chinois attri-
buent au Thé.
Qualités dy
u-i-cha,
HiSTOIRE
NATURELLE
DE LA CHINE,
Récolte du
Thé,
Suculture.
Obfervations
366 VOYAGES DANS LEMPIRE
encore plus extraordinaire que Îes propriétés qu’on leur attribuoit; mais, à la
Chine, il n'apprit rien qui reffemblit à ces récits.
Les Chinois commencent à recucillir les feuilles du Thé aux mois de Mars
& d'Avril, fuivant que la faifon ft plus ou moins avancée. Ils les expofent en-
fuite à la vapeur de l’eau bouillante pour les amollir encore plus. Aufi-tôt que
l'humidité les pénétre, ils les étendent au feu fur des plaques de cuivre, où
ils les font fécher par degrés, jufqh'à ce qu’elles prennent une couleur brune;
& d'elles-mêmes elles fe roulent dans la forme où nous les recevons.
C’esT ordinairement dans les vallées & au pied des montagnes qu’on voit
croître l’arbufte du Thé. Le meilleur eft celui qui vient dans un terroir pier-
reux. Celui qui eft planté dans une terre légère tient lefecond rang. Le moins
eftimé croît dans les terres jaunes. Mais dans quelque lieu qu’on entreprenne
de le cultiver, il demande d’être expofé au Midi. Cette expofitionle rend plus
fort, & capable de produire dans la troilième année. Les racines de l’arbufte
reflemblent à celles du Pêcher, & fes fleurs aux rofes fauvages. 11 croit à tou.
tes fortes de hauteur, depuis deux pieds jufqu’à cent. Ils’en trouve quelques-
uns que deux hommes n'embrafleroient pas facilement. C’eft au Père le Comte
{a premi
font fans
germe p
ploient c
ter de le
bois & «
jiquoreu
A lég
Jui ge
ues Phy
& d
tares, ql
qu'ils fou
meeffet
étourdiif
femble p
infinité d
tête.
quele Père le
Comte fit de
fes propres
qu’on doit ces éclaircifflemens, d'après l'Hlerbal Chinois. Mais il y joint les re.
marques qu’il fit lui-même, pendant un quart-d'heure qu'il eut pour éxaminer
fort pror
n'en reg
lités, qu
yeux fur l'ar- l'arbre, Il le vit pour la première fois, dit-il, fur le revers d’une petite mon-
les. Le 7
bufte du TRE, signe, en entrant dans la Province de /o-kyen. Sa hauteur n'étoit que de cinq
ou fix pieds. Plufieurs tiges, d’un pouce d'épaifleur, qui étoient jointes en-
enfemble, & qui fe divifoient au fommet en quantité de petites branches,
compofoient une efpèce de touffecommele Myrthe. Letronc, quoique fec en
apparence, avoit des branches & des feuilles très-vertes: la longueur des feuil-
les étoit d’un pouce ou d’un pouce & demi. Elles étoient affez pointues, &
dentelées autour des bords. Les plus vieilles, qui paroïfloient un peu blan-
ches, étoient dures, caffantes, &amères. Les jeunes au-contraire étoient fou-
ples, pliables, rougeñtres, unies, tranfparentes, & aflez douces au palais,
furcout après avoir été un peu mâchées. On étoit alors au mois de Septem-
bre. Il trouva trois fortes de fruits fur l'arbufte. Sur les nouvelles branches,
c’étoit un pois gluant, verd au dehors, & rempli degrains jaunes. Sur lesau-
tres branches, le fruit étoit dela groffeur d'unefève, & de diverfes formes. Les
uns écoient ronds, & ne contenoient qu'un pois. D’autres, qui étoient longs,
en contenoient deux. D’autres, de figure triangulaire, en contenoient trois,
& reflembloient beaucoup au fruit de l'arbre qui portele fuif. La première peau
qui renferme les grains eft verte, fort épaifle, affez unie. La feconde eft blan-
che, unie & mêinsépaifle. Une troifième pellicule, quieft extrémementfine,
couvre une efpèce de gland, ou de petite noix parfaitement ronde, qui tient
à l’écoge par une petite fibre, d'où lui vient fa nourriture. Ce fruit a peu
d'amertume dans fa fraîcheur; mais un jour ou deux après avoir été cueilli,
il fe fane, s’allonge, devient jaune, & fe ride comme une vicille noifette.
A la fin, il devient onétueux & très-amer. L’Auteur trouva fur l’arbufte une
troifième forte de fruits, vieux & durs, dont la première peau à demi-ouverte
laiffe voir au-dedans une autre peau dure & caffante, éxaétement femblable à
celle de la châtaigne. En la brifant, il n’y trouva prefque aucune marque de
fruit, tant il étoit fec & applati. Dans d’autres coques, le fruirétoit réduit en
poudre. D'autres contenoient une petite noix tout-à-fait féche, & couverte :
a
CuNN
rement €
faifon de
eft le bot
bre. Le
Song-lo da
deux efp:
ajoûte qu
tobre juf
Septembr
& la fem
qui ne fo
nomme d
pelle Pois
vertes.
capfüule c:
quefois q
des autre
fieurs enc
revers de
ais, à la
de Mars
ofent en-
i-tÔt que
ivre, où
r brune;
l'on voit
‘oir pier-
Le moins
reprenne
rend plus
Parbafte
Dit à tou-
quelques-
le Comte.
nt les rc-
éxaminer
Lite Mmon-
e de cinq
intes en-
ranches,
que fec en
des feuil-
ntues, &
peu blan-
oient fou-
au palais ,
Septem-
branches,
sur les au-
mes. Les
ntlongs,
ent trois,
ière peau
e eft blan-
entfine,
qui tient
uit a peu
té cueilli,
noifette.
bufte une
hi-ouverte
mblable à
arque de
réduit en
buverte de
fa
DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. VIL
fa première pellicule. Entre ces fruits, il s'en trouve un grand nombre qui
font fans germe ou fans bourgeon. On les nomme femelles. Ceux qui ont un
germe peuvent étre femés, & viennent heureufement. Mais les Chinois em-
ploient ordinairement la méthode del'ente. La curiofité de l'Auteur luifit goû-
ter de l'écorce du tronc & des branches. Il mâcha auffi quelques particules du
bois & des fibres, qui loin d'être amers, laiffent un goût agréable & comme
jiquoreux (f). Cependant il ne fe fait fentir que quelques momens après.
À l'égard des vertus du Thé, les opinions s'accordent peu. Les unse
Jui attribuent de bonnes qualités. D'autres les croyent mauvaifes. Quel-
ques Phyficiens s'imaginent qu'il garantit les Chinois de la goutte, de la fciati-
que & de la pierre, parce qu'ils ne font pas fujets à ces maladies. Les Tar-
tares, qui fe nourriflent de chair crue, n'ont pas plûtôt quitté l’ufage du Thé
qu'ils fouffrent des indigeftions cantinuelles. Dans d'autres, il produit le mê-
me effet lorfqu’il eft pris après le repas. L’ufage du Thé guérit quelquefois les
étourdiffemens de tête. D'autres trouvent qu'il les fait mieux dormir, ce qui
femble prouver qu'il n’eft pas propre à rabbatre les fumées. En France, une
infinité de gens le croient bon pout la gravelle, les crudités, & les maux de
tête. Quelques-uns même ont cru lui devoir l'obligation d’avoir été guéris
fort promptement de la fciatique & de la goutte (g). D'autres au-contraire
n’en reçoivent aucun foulagement. On peut en conclure que fes bonnes qua-
lités, quelles qu’elles foient, lui font communes avec quantité d’autres feuil-
les. Le Thé ne coûte, à la Chine, que fix liards la livre (b).
CunNiNGHaM aflüre que les trois fortes de Thé, qu'on apporte ordinai-
rement en Angleterre, viennent de la même plante, & que le terroir ou la
faifon de le cueillir y mettent feuls quelque différence. Le Bohé, ou le Ju-i,
eft le bourgeon même, cueilli au commencement de Mars & féché à l'om-
bre. Le Brug, qui eft la feconde pouffe, fe cueille au mois d'Avril, & le
Song-lo dans le cours des mois de May & de Juin. On fait un peu fécher ces
deux efpéces fur le feu, dans des baffins ou des poëles. Le même Auteur.
ajoûte que l’arbufte eft toûjours verd ; qu’il eft en fleurs depuis le mois d'Oc-
tobre jufqu’au mois desJanvier, & que fa femence meurit jufqu’aux mois de
Septembre & d'Oftobre, de forte qu'on peut cueillir tout-a-la-fois les fleurs
& la femence; mais pour un grain de bonne femence, il s’en trouve cent
qui ne font utiles à rien. C'eft ce que le Père le Comte, ajoûte Cunningham,
nomme deux fortes de fruits dans fa Defcription. Pour l’autre forte, qu'il ap-
pelle Pois vifqueux, ce n’eft que le bouton des fleurs, avant qu’elles foient ou-
vertes. Ses vafes féminaires ont en effet la figure d'un triangle , & chaque:
capfule contient fa noix ou fon grain de femence; mais quoiqu'il n’y ait quel-
quefois qu’une ou deux capfules qui arrivent à leur perfection, les veltiges
des autres fe font aifément diftinguer. L’arbuite croît fans culture, en plu-.
fieurs endroits de l'Ifle de Cheu-chan, dans un terrain fec & graveleux, fur le:
revers des montagnes.
LE même Voyageur obferve encore que le Père le Comte s’eft trompé,
© lorfqu'i
(f) Angl. & comme celui de la Régliffe. atténuante; car il fubtilife beaucoup le fang.
R. d. E. & les fucs.
(g) Cela vient apparemment de fa qualité (b) Le Comte, pag, 221, & fuiv.
HisTorre
NATURZ2LLE
D£ LA CHINE
Vertus du Thé
dans l'ufage,
Son prix à:
la Chine.
Obfervation
de Cunning-
ham fur l’ar-
bufte du thé,
RE games
té re
.
568 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Histoire Jorfqu'il a prétendu que l’art de greffer eft inconnu aux Chinois (i). Il vit
NATURELLE à Ifle, de b fuif & pl ,
SRE Cine dans la même Ifle, des arbres au fui plufieurs autres arbres greffés. On
ne fend point l'arbre ; mais l'on en coupe une petite piéce extérieure, &
l'on y applique la greffe , tranchée de biais pour y être ajuftée. Enfüite
couvrant la greffe avec l'écorce de la piéce emportée, on lie tout enfem-
ble , fous une enveloppe de paille & de boue , comme nous le pratiquons
en Europe (#).
e
(4) Cependant il reconnoît que les Chinois Ck) Abrégé des Tranfa&tions Philofophi.
greffent, comme on vient de ke voir d'après ques, Vol. V. Part. IV. pag. 180.
la page 225. de fes Mémoires,
Arbres qui portent des Fleurs.
jte de ES arbres & les arbuftes à fleurs font en fi grand nombre à la Chine,
a Chine fu ’ , e câté.l: , Ù ds
(tions ï qu’elle l'emporte de ce côté-là fur l'Europe , comme l'avantage eft de
notre côté pour les fleurs qui viennent de femences & de racines. On voit,
dans ce vafte Empire, de grands arbres couverts de fleurs. Les unes ont une
parfaite reffemblance avec les tulipes, d’autres avec les rofes; & mélées avec
les feuilles vertes, elles forment un fpeétacle admirable.
Le Molyen, ENTRE les arbres de cette efpèce on diftingue celui qui porte le nom de
arbre àfruit. Afolyen. Il eft de l’épaifleur du bas de la jambe. Ses branches font menues,
remplies de moële, & revêtues, d’une écorce rouge, marquetée de tache:
blanches commelenoifetier. Les feuilles ne font pas en grand nombre ; mais el.
les font fort grandes, & très-larges vers le fommet. Elles font minces & af.
fez féches. Leurs côtés & leurs principales fibres font couvertes d'un beau
duvet blanc. Elles font jointes à l'arbre, par des tiges, qui s'étendent, vers
le fond, prefqu’autour de la branche. On peut dire qu’elles en fortent, com.
me d'un petit tuyau, en formant un coude au point de leur fortie. 11 s'élève
entre ces tiges de petits bourgeons de figure ovale, couverts de duvet, qui
s’ouvrant au mois de Décembre, deviennent des fleurs auffi grandes que le
lys fauvage. Elles font compofées de fept ou huit feüilles, remplies de lon-
gues fibres ovales, & pointues aux extrémités. Quelques-unes de ces fleurs
font jaunes ; d’autres font rouges, & d’autres blanches.
LeLamout. L’ARBRE qui fe nomme La-moué, a quelque reflemblance avec notre Lau-
rier, par fa grandeur, fa figure & la forme de fes branches. Les feuilles croif-
fent deux à deux , l’une vis-à-vis de Fautre, fur des tiges affez courtes. Les
plus grandes le font prefqu’autant que celles du Laurier commun, mais fans
être fi féches & fi épailles. Leur grandeur diminue à proportion qu’elles s'é-
loignent du bout de la branche. Au cœur de l’'Hyver, on voit fortir entre
ces feuilles de petites fleurs jaunes, d’une odeur agréable, qui ne reffemblent
pas mal à la rofe.
LeCha-wha, LE Cha-wba eft un autre arbre de la Chine, qui feroit auffi un ornement
diftingué dans nos jardins. On en diftingue quatre fortes, qui y portent tou-
tes des fleurs & qui ont beaucoup de reflemblance agec le Laurier d’Efpagne,
par la forme du fommet, par le bois & les feuilles. La verdure des feuilles
réfifte aux outrages de l'Hyver. Elles font rangées alternativement de cha-
que côté des branches. En grandeur, elles font de figure ovale, pointues à
l'extrémité, & dentelées fur les bords comme une fcie. Elles ont aufñi plus
d’épaifeur
d'épaif
d'un ve
ges fon
life,
qui fort
de af
vet bla
Printen
tites ro
aucune
LES
feuilles
les vert
efpèces
mens, (
dans les
eît une
mence
ON :
toute l’a
que cell
corce fc
rangers.
ont peu
ENT:
noifloit
les qui
porte cr
haut.
pieds, q
dans des
& la co
agréable
celles d
LE ]J
fe culti
Mais il €
Pays qu
tranfpo
cines di
l’'Auteu
mortel,
L’AR
dans les
(a) C
(b) Li
VIII
. Il vit
Fés. On
eure, &
Enfuite
dt enfem-
ratiquons
Philofophi.
12
la Chine,
ge eft de
On voit,
ès ont une
élées avec
e non de
t menues,
de taches
e; mais cl.
ces & af.
d'un beau
ent, vers
nt, Conm-
Il s’élève
uvet, qui
les que le
es de lon-
ces fleurs
otre Lau-
illes croif-
tes, Les
mais fans
r'elles s'é-
rtir entre
2ffemblent
ornement
rtent tou-
’Efpagne,
es feuilles
it de cha-
jointues à
aufi plus
j'épaiffeur
L2
DE LA CHINE, Liv. Il. Cnar. VIL 369
d'épaifleur & de fermeté que celles du même Laurier. Le côté fupérieur eft
d'un verd foncé comme celui de l'Oranger. Le deffous eft jaune. Leurs ti-
ges fonc aflez épaifles. Le bois de cet arbre cft d’un gris blanchätre, & fort
life. Le tronc eft ordinairement de la groffeur de la jambe. Les bourgeons,
qui fortent à l'endroit où les tiges fe joignent à l'arbre, font de la couleur,
de la figure & de la groffeur d’une noïifette. Ils font couverts d'un beau du-
vet blanc, fur un fond qui reffémble au fatin. Ces bourgeons fe changent au
Printems en fleurs doubles, de couleur rougeître , aflez femblables à de pe-
tites rofes. Elles font foutenues par un calice, & fortent des branches fans
aucune tige.
LEs Cha-was de la feconde efpèce font fort hauts. L’extrémité de leurs
feuilles eft arrondie. Les fleurs font grandes, rouges, entremélées de feuil-
les vertes; & ce mélange a beaucoup d'agrément. Les fleurs des deux autres
efpèces font plus petites & blanchâtres. Le milieu eft rempli de petits fila-
mens, dont chacun fe termine par une petite tête jaune & plate, comme
dans les rofes ordinaires, & qui ont pour centre un peuit piftil rond. Le fond
eft une pctite boule verte, qui forme, en croiflant, la membrane où la fe-
mence eft renfermée (a).
ON voit, dans plufieurs Cantons, des arbres qui font chargés, prefque
toute l’année, de fleurs du plus vif incarnat. Les feuilles font aufli petites
que celles de l'Orme. Le tronc eft irrégulier, les branches tortues, & l’é-
corce fort unie. Des allées, compoftes de ces arbres & d’un mélange d’O-
rangers, formeroient un des plus beaux lieux du monde. Mais les Chinois
ont peu de goût pour la promenade (b).
ENTRE les arbuftes, Du Halde, ou plûtôt fon Correfpondant, n’en con-
noifloit que trois ou quatre efpèces dont les fleurs fuffent odoriférantes. Cel-.
les qui fe nomment Mo-li-wba , font les plus agréables. L’arbufte qui les
porte croît facilement dans les Parties Méridionales de la Chine & s’élève affez
haut. Mais, dans les Provinces du Nord, il ne paîfe jamais cinq ou fix
pieds, quelque foin que l'on prenne, pendant l'Hyver, de le tenir renfermé
dans des caves. La fleur reffemble beaucoup au double jafmin, par la figure
& la couleur; mais l'odeur en eft plus forte, quoiqu’elle ne foit pas moins
agréable. Les feuilles font tout-à-fait différentes, & virent beaucoup plus fur
celles du jeune Citronier (c).
LE Jafmin eft fort commun à la Chine. Il fe plante comme la vigne, &
fe cultive avec beaucoup de foin. On le vend pour en faire des bouquets.
Mais il eft au-deffous du Sampagou , fleur auffi fameufe dans plufieurs autres
Pays que dans l'Empire Chinois. Le fampagou croît dans des pots & fe
tranfporte d’une Province à l’autre pour s’y vendre. On attribue à fes ra-
cines diverfes propriétés merveilleufes & fort oppoñfées entr’elles. On affüra
l'Auteur, à Manille, que la partie qui croît du côté de l’Eft eft un poifon
mortel, & que celle qui croît à l’Oueft eft fon antidote (4).
L’ARBRE qui produit les fleurs qu'on nomme Quey-wba, eft fort commun
dans les Provinces Méridionales , & très-rare dans celles du Nord. Il croît
quelquefois
(c) Du Halde, pag. 12.
(d) Navarette, pag. 35.
(a) Chine du Père du Halde, pag, 17 & 320.
(b) Le Comte, pag. 158.
Aaa
VIII. Part.
HisTotrre
NATURELLE
DE LA Cuir.
Autres efpé-
ces d'arbres à
fleurs.
Arbuftes à
fleurs.
Le Mo li-
wha,
Jafmin de la
Chine.
Sampagou,
Le Quey-
wha,
De ES
+
fIiSTOIRE
NATURELLE
DE LA CHINE.
l'leur nom.
mée La-mo-
li-chui.
Le Layu-wha,
Fleurs des:
Les
370 VOYAGES DANS L'EMPIRE
quelquefois à la hauteur du Chêne. Ses fleurs font petites, & de différentes
couleurs ; mais l’odeur en eft fort agréable, Les feuilles reffemblent à celles
de notre Laurier; & cette refflemblance eft plus remarquable dans les grards
arbres, qui fe trouvent particulièrement dans les Provinces de Chu-kyang
de Kyang-fi, de Yun-nan, & de Quang-fi, que dans les arbuftes de la même
efpéce. La couleur des fleurs eft ordinairement jaune. Elles pendent en fi
gros bouquets, que lorfqu’elles viennent à tomber, la terre en eft entière.
ment couverte; & leur odeur cft fi agréable que l'air en eft parfumé dans
un affez grand éloignement. Quelques-uns de ces arbres portent quatre
fois l’année; c’eft-a-dire, qu'aux fleurs qui tombent on en voit fuccéder im-
médiatement de nouvelles. Aufli font-elles fort communes, au cœur même
de l'Hyver.
NAVaRETTE fait la defcription d'une petite fleur , qui ne différe pas
beaucoup de la précédente, fi ce n’elt pas la même. Elle eft jaune, & d'u.
ne odeur fi douce & fi charmante que l'Auteur ne connoifloit rien de compa-
rable en Europe. Quoiqu'elle foit fort petite, elle fe peut appercevoir pref-
qu'à la diftance d'un mille. Il obferve que l'arbre qui la porte, fe nomme
La-mo-li-chui, & n'a pas d'autre fruit; qu'il fleurit au mois de Janvier ; que
les fleurs durent pendant quelques mois fur'les tiges ; enfin qu’elles font fort
eftimées des Lettrés & des Etudians, & qu'ils en portent ordinairement à la
treffe de cheveux qui leur pend derrière la tête. Le même Auteur remar-
ue, à cette occafion, que les femmes Chinoifes fe plaifent tant à porter des
fleurs fur la tête, foit naturelles , foit artificielles d’or ou d'argent, qu’elles
fément pour cela des mauves dans leurs jardins. Il eut le plaifir d’en voir
une, qui n’avoit pas moins de foixante & dix ans, toute chargée de cette
parure. Les Miffionaires, dit-il, ne purent s'empêcher d'en rire , fuivant
la coutume de l’Europe; quoiqu'ils dûffent être mieux inftruits par l’éxemple
des Chinois (e).
ON vante une autre fleur, nommée Lau-wha, ou Lau-wbey-wha , dont
l'odeur l’emporte fur toutes celles dont on a déja parlé, mais qui eft moins
belle. Sa couleur tire ordinairement fur celle de la cire. Elle croît fur une
plante, qui ne vient guères que dans les Provinces Maritimes. On voit des
fleurs charmantes & fort touffues, mais tout-à-fait infipides , croître comme
des rofes fur d’autres arbres & fur d’autres arbuftes , qu’on croit de l’efpèce
du Pècher & du Grenadier. Leurs couleurs font fort brillantes ; mais elles ne
produifent aucun fruit. Un autre arbrifleau, qui fe nomme #en-quang-chu
à Pcking, reffemble encore moins aux efpèces de l'Europe. Il porte différens
noms, dans trois Provinces au moins. Sa fleur eft blanche. Ses feuilles
croiffent en forme de double & quelquefois de triple rofe. Le calice fe chan-
ge en un fruit femblable à la pêche, mais fans aucun goût , dont les cellules.
font remplies de pepins, ou plûtôt de graine, couverte d'une tunique blan-
châtre & cartilagineufe (f).
Suivanr le Père le Comte, les fleurs Chinoifés qui viennent des plantes
plantes & des @& des racines ne méritent pas la moindre curiofité. Il s’en. trouve plufieurs
racines Chi-
noifes.
qui reffemblent à celles de l'Europe, mais fi mal cultivées qu'il n'eft pas fa-
cile-
(e) Lemèêine, ibid. (f) Du Halde, pag, 12.
cile de
vû dep
la Chin
variété (
te. Ila
nois où
avec no
pendan
Chine,
de nou
L’efpèc
eft, fuix
jamais é
eft délic
Ja mélan
bondanc
coup , €
dance €
ment de
deur ou
ON
nomme
fruit &
d’eau (
fleur de
plus var
ment qu
& fe div
fruit for!
mun dan
voir des
Jes ans.
& quelq
d’ornem
CET
l'eau, re
tenue p:
les lys.
tié blanc
fette.
nent au
auf for
tent fur
ifférentes.
t à celles
s grands
u-kyang,
la même
nt en fi
entière-
imé dans
t quatre
éder im-
ar même
Fére pas
ss &d'u-
e compa-
roir pref-
nomme
ier ; que
font fort
sent à la
* remar-
orter des
qu'elles
’en voir
de cette
fuivant
'éxemple
a, dont
ft moins
: fur une
voit des
comme
l'efpèce
elles ne
uang-chu
différens
feuilles
fe chan-
cellules.
1e blan-
plantes
lufieurs
pas fa-
cile:
DE LA CHINE, Liv. I Car. VIL 971
cile de les reconnoître {g). Apparemment que ce Miffionaire n’avoit pas
vû de pivoines, puifque Du Halde nous aflüre que dans plufeurs cantons de
la Chine on en voit de beaucoup plus belles qu'en Europe, & qu'outre la
varicté de leurs couleurs elles ont dans quelques endroits une odeur charman-
te. Il ajoûte à la vérité qu'elles font le principal ornement des parterres Chi-
nois où l’on n'apperçoit nulle autre fleur qui puiffe entrer en comparaifon
avec nos œillets, nos tulipes, nos renoncules, nos anemones, &c. (h}). Ce-
pendangNavarette, qui fe vante d'avoir vû une grande variété de fleurs à la
Chine, affüre qu'on y trouve une forte de rofier, qui produit chaque mois
de nouvelles fleurs & qui refflemble de toute manière à celui de Provence.
L'efpèce de rofe que les Chinois nomment Mou-tau, où Reine des fleurs,
eft, fuivant ie même Ecrivain, la plus belle fleur du monde , & ne devroit
jamais étre dans d'autres mains que celles des Rois & des Princes. Son odeur
eft délicieufe. Elle eft touffue. Ses fleurs font rougeûtres. Elle réjouiroit
Ja mélancolie méme. Il obferve auñi que la Chine offre des tournefols en a-
bondance , des lys odoriférans, que les Philofophes Chinois vantent beau-
coup, & d’autres fleurs communes en Europe; qu'il s'y trouve une abon-
dance extrême de crêtes de coq, qui font d’une beauté rare & qui font l'orne-
ment des jardins (5); mais il avoue que les «œillets de la Chine ont peu d'o-
deur ou n’en ont aucune.
ON voit croître dans les étangs & fouvent dans les marais une fleur qui fe
nomme Lyen-wba, & que les Chinois eftiment beaucoup. Aux feuilles, au
fruit & à la tige, on la prendroit pour le nénuphar, la nymphée ou le 1ys
d’eau (&), dont on fait peu de cas en Europe. Mais à force de foins, la
fleur devient double. On y compte alors cent feuilles, dont les couleurs font
plus variées & plus vives qu'en Europe. Les fleurs fimples n'ont ordinaire-
ment que cinq feuilles, comme les nôtres. Le piftil croît en forme de cône,
& fe divife dans fon cours en plufieurs cellules, qui contiennent une forte de
fruit fort blanc, & plus gros que nos fèves (7). Le Lyen-wha et fort com-
mun dans la Province de Kyang-fi. C'eft un fpeétacle fort agréable que de
voir des lacs entiers couverts de ces fleurs , qui fe cultivent avec foin tous
les ans. Les grands Seigneurs én font croître dans de petites pièces d'ean
& quelque-fois dans de grands vafes remplis de terre détrempée, qui fervent
d'ornement à leurs jardins ou à leurs cours.
CETTE fleur, qui s'élève d’une verge & demie de hauteur au-deflus de
l'eau, reffemble aflez à la tulipe. Elle eft compofée d’une petite boule, fou-
tenue par un petit filament, qui approche beaucoup de celui qu'on voit dans
les lys. Sa couleur eft, ou violette, ou blanche, ou moitié violette & moi-
tié blanche. L'odeur en eft très-agréable. Son fruit a la groffeur d’une noi-
fette. La poulpe en eft blanche & de bon goût. Les Medecins l'ordon-
nent aux Malades, pour les fortifier lorfqu'ils font affoiblis. On le trouve
auffi fort rafraïchiffant en Eté. Les feuilles de la fleur font longues & flot-
tent fur l’eau. Elles tinnent à la racine par de longues tiges, dont les Jar-
diniers
diffère beaucoup du lys-d’eau ou du Nenu-
phar. Lille fe nom aufli Rofe aquatique.
(4) Du Halde, pag. 12.
(g) Le Comte, pag. 158.
(b) Du Halde, pag. 12.
(i) Navarette, pag. 35.
Ce) L'Auteur dit ailleurs ( pag. 79.) qu'elle
Aa 2
HrsToraz
NATUUELLE
DE LA Cine,
Lyen-wha,
Fleur aquati-
que.
Propriétés
du Lyen-wha,
RE mn
A
HisTorne
NATURELLE
DL LA CHINE.
Pe:tfi, fleur
qui croît fous
l'eau.
Qualité
qu’on lui at-
tribuefaufle.
ment.
Forêts dans
les monta-
anes,
Prodigieufe
confomima-
tion des bois
de Pin.
Bois nommé
Nan-mu.
32 VOYAGES DANS L'EMPIRE
diniers font ufage pour lier leurs uflenciles. La racine eft noueufe, comme
celle du rofeau, & fa fubftance eft fort blanche. Les Chinois eftiment beau.
coup cette plante, & s’en fervent dans toutes les parties de l'Empire. Ils
en font méme une forte de farine, qu'ils employent à divers ufages (m”).
LE Comte parle d’une autre fleur, qui eft aufñli une efpèce de nenuphar,
nommée Pe-tf, & qui croît fous l'eau. Sa racine tient à une matière blan-
che, revêtue d’une peau rouge, & divifée en plufieurs têtes, qui ont dans
leur fraîcheur le goût des noifettes. Les Chinois l'affürèrent que on la
tient dans la bouche avec un morceau de cuivre, elle en adoucit l’âcreté,
Mais ce Mifionaire en ayant faic l’effai à Hang-chin-fu, où l’on mange beau-
coup de Pe-tfi, & à Kya-king-fu, trouva cette obfervation chimérique; ce
ui n'eft pas fort étonnant, puifque le jus du Pe-tfi eft fi doux, qu'il n'a vrai.
emblablement aucune qualité corrofive (n). Du Halde, qui attribue cet-
te propriété imaginaire au Lyen-wha, fuppofe que le Pe-tfi en eft une ef-
“pêce (0).
Lzs Chinois emploient prefqu’uniquement des fucs de fleurs & d'herbes
pour peindre des figures fur lefatin & les taffetas fatinés dont ils font leurs ha-
bits, leur parure & leurs ameublemens. Ces couleurs , qui pénétrent la fub-
ftance de ji: foie, ne fe terniflent jamais; & comme elles n’ont pas de corps,
il n'arrive pas non plus qu’elles s’écaillent. On s’imagineroit qu’elles font
tiflues dans le fond de l’étoffe, quoiqu'elles n’y foient que délicatement ap-
pliquées avec le pinceau (p).
(m) Le même, pag. 19. & fuiv.
(n) Le Cuinte, pag. 101,
(o) Du Halle, pag. 13.
Cp) Lemèême, pag. 14.
Bois €ÿ Arbres utiles.
ES Plaines de la Chine font couvertes d’une fi grande abondance de riz,
qu’à peine offrent-elles un arbre. Mais les montagnes, fur-tout celles
de Chen-fi, de Ho-nan, de Quang-tong & de Fo-kyen , font remplies de forêts,
qui contiennent de grands arbres de toutes les efpèces. Ils font fort droits,
& propres à la conftruétion des édifices publics, fur-tout à celle des Vaifle.
aux. Les Voyageurs nomment le pin, le frêne, l’orme, le chêne, le pal-
mier , & le cedre, avec quantité d’autres qui font peu connus en Eu-
rope (a).
Ox emploie un fi grand nombre de Pins, ou de Sapins, à la conftruétion
des Vaifleaux, des Barques & des édifices, qu’il paroît furprenant que la
Chine en ait encore des forêts. La confommation en eft fort grande aufi
pour le chauffage (b). Les Provinces du Nord ne fe fervent pas d'autres
arbres pour bâtir. Celles des Parties Méridionales, au-delà de la Rivière, em-
ploient ordinairement le Cha-mu.
Mais le bois le plus eftimé à la Chine s'appelle Nän-mu. Les piliers des
appartemens & des anciennes falles du palais, les fenêtres, les portes & les
folives en font compofées ; il pafle pour inaltérable. ,, Lorfqu'on veut bâtir
ss POUF
(a) Le même, pag. 317. (b) Defcription de Navarette, pag. 34.
» pour |
vient ap
l'on s'en
de leurs
Mont Li
bre eft f
ment ve
nent au
CEPE
bois non
d'un rot
pour l'ot
de menu
pire, fu
cher que
L'AR:
Pruniers
vife d'ab
tites. L’
mité des
comme «
ble beau
core par
plufieurs
du fruit,
affez dur
lorfqu'ell
lures. 1
dtunp
reçoit fa
à mefure
couverte
Pour
à celui «
c'eft-à-di
maisile
par la co
de ce bo
qui acco
roient al
étoient c
fortes pc
double q
fcibles,
(ce) Pa
uivant Na
comme
nt beau-
ire. Ils
(m).
enuphar,
re blan-
nt dans
on la
l’âcreté,
ge beau-
que; ce
n'a vrai-
bue cet-
L une ef-
d'herbes
leurs ha-
it la fub-
e corps,
Iles font
nent ap-
de riz,
ut celles
e forêts,
t droits,
; Vaifte.
, le pal-
en Eu-
ftruétion
1t que la
nde aufii
d’autres
ire, em-
iliers des
es & les
eut bâtir
» pour
pag. 34:
DE LA CHINE, Liv. Il Cuar. VIL 373
, pour l'éternité, difent les Chinois, il faut employer du Nan-mu. De-là
vient apparemment que les Voyageurs le prennent pour le cedre. Mais fi
l'on s’en rapporte au témoignage des Mifionaires, qui en ont parlé fur celui
de leurs propres yeux, fes feuilles ne reffemblent point à celles des cedres du
Mont Liban, telles qu'on en trouve la defcription dans les Voyageurs. L'ar-
bre eft fort droit & de la plus grande efpèce; fes branches s’élevent direéie-
ment vers le Ciel. Elles ne fortent qu'à une certaine hauteur; & fe termi-
nent au fommet en forme de bouquet.
CEPENDANT le Na-mu n'approche pas , pour la beauté, d'un autre
bois nommé Tfe.tau, qui porte à la Cour le nom de Bois-rofe. Ce Tfe-tau eft
d'un rouge noirâtre, rayé, & plein de belles veines noires qu'on prendroit
pour l'ouvrage du pinceau. Il eft propre d'ailleurs aux plus beaux ouvrages
de menuiferie. Les meubles qu’on en fait font fort eftimés dans tout l'Em-
pire, fur-tout dans les Provinces du Nord, où ils fe vendent beaucoup plus
Cher que les meubles verniffts (c).
L'ARBRE qui fe nomme Long-ju-t/u a le tronc auffi gros que nos plus gros
Pruniers. 11 fe coupe en planches pour toutes fortes d'ufagescommuns. Il fe di-
vife d'abord en deux ou trois grofles branches, qui fe fubdivifent en plufieurs pe-
tites. L'arbre eft d'un gris rougeûtre , tacheté comme le coudtier ; mais l'extré-
mité des branches eft nowæufe, tortue, rude & pleine d’une forte de moëlle,
comme celles du noyer. La figure du fruit tire fur l'ovale. Etant verdilreffem-
ble beaucoup à la cerife, non-feulement par la couleur & la forme, mais en-
core par fa tige, qui eft verte, cordée, extrémement longue, & divifée en
plufieurs branches, dont chacune porte un de ces fruits al'extrémité. La peau
du fruit, dans quelques endroits, eft remplie de petites taches rouges. Elle eft
affez dure. Elle contient une fubftance verdâtre, qui tournecomme en bouillie
lorfqu’elle eft mûre. On s’en frotte les mains en Hyver, pour prévenir les enge-
lures. Le noyau du fruit eft fort dur & reffemble à celui de la cerife; mais il
eft un peu oblong , & dentelé de cinq, fix & quelquefois fept fillons. Il
reçoit fa nourriture par une ouverture ronde & aflez grande, qui fe rétrécit
à mefure qu’elle approche de l’amande intérieure. Cette amande eft petite &
L
couverte d’une peau noiré, moins dure qu’un pepin de pomme (4).
Pour la force & la fermeté, peut-être n'y a-t'il pas de bois comparable
à celui qu’on appelle Tye-li-mu, & que les Portugais nomment Pao-de-ferro,
c'eft-à-dire, Bois de fer. Cet arbre eft de la hauteur de nos plus grands Chênes ;
mais il en eft différent par la groffeur du tronc, par la forme des feuilles, &
par la couleur du bois, qui eft plusfombre: il pèfe aufi beaucoup plus. On fait
de ce boïs les ancres des Vaiffleaux de guerre; & les Officiers de l'Empereur
qui accompagnérent les Miffionaires dans leur paffage à Formofe, les préfe-
roient aux ancres de fer des Vaïfleaux Marchands. Mais l’Auteur juge qu’ils
étoicnt dans l'erreur. Les pointes ne peuvent jamais être affez aigues ni aflez
fortes pour mordre sûrement; & comme on fait les branches plus longues du
double que celles des ancres de fer, elles en doivent être à proportion plus
foibles, quelle que foit leur grofleur.
ON
Ce) Peut être cft:ce l'Ebene, qui croît, mais peu abondamment.
fuivant Navarette, dans les Parties du Nord, (4) Du Halde, pag. 10 & 520.
Aaa 3
‘Hisvorne
NATURELLE
bé LA CHPNE,
Confonilu
mal à-propos
avec IG cédre,
Le Long-
ju-tfu,
Tye-limu,
bois dont on
fait les ancres
des Vaiflraux.
RS ES —
LE 7 Mt ERREUR à 2% D COAST PINS US SAT LÉ ADEME OT ee
ONE TE LS PURE TRES
,
HISTOIRE
NATURELLE
DE LA CHINE.
Canne de
baunbou. Ses
propriétés,
Ratan & can.
nes de fucre.
Abondance
de légumes à
la Chine.
Le Pc-tfay,
excellent lé-
guine,
974 VOYAGES DANS L'EMPIRE
OX peut compter au nombre des arbres utiles une forte de canne, que les
Chinois nomment Chu-tfe, & les Européens Bambou. Il y en a de plufieurs for-
tes. Le Bambou croît auffi haut que lecommun desarbres. Quoiqu'il foit creux
d'un bout à l’autre, excepté dans fes parties noueufes ou dans fes jointures,
il cit d’une dureté extraordinaire & capable de foutenir les plus pefans far-
deaux, jufqu'à de grandes maifons de bois. On peutle divifer en petits éclats,
qui fervent à faire des nattes, des paniers, & d'autres ouvrages. On en fait
auffi du papier (e), des tuyaux pour la conduite de l’eau, des meubles domef.
tiques, tels que des tables, des chaifes, des lits, des armoires, des boëtes,
&c. On trouve des meubles tout faits de cette efpèce, dans les boutiques de
Canton. Un lit coute neuf fols; une table, fix; les chaifes, quatre fols &
demi; & le refte, aproportion. Les Bambous font fort communs dans les Pro-
vinces Méridionales. Ils font trés-propres à faire des perches, & toutes fortes
. d'échaffaudage (f).
ENFIN la Chine produit du Ratan & des Cannes de fucre. Le Ratan eftune
plante fort menue, mais très-forte, qui rampe fur terre jufqu’a la longueur
de huit cens ou de mille pieds (g). Les cannes de füucre croiflent en abondan-
ce dans les Provinces Méridionales (b).
(e) On en fait aufMfi de l'écorce du Ku-chu, (g) Le même, pag. 266.
dont on a parlé. (D) Navaretft, pag. 32.
(f) Du Halde, pag. 10. ‘
Racines, Herbes ES Plantes. :
E Peuple de la Chine ne vivant guêres que de légumes, d'herbes, & de
racines, avec le riz, qui eft fon aliment le plus commun, il n’eit par fur-
prenant que les jardins potagers y foient cultivés fort foigneufement. Aulicôt
que la faifon d’une chofe eft pañlée, on en plante ou l'on en féme une autre,
Ainfi jamais la terre ne demeure oïfive. Les Chinois ont une grande variété de
ces végétaux, dont plufieurs fe trouvent en Europe. La femence de choux,
d'oféille, de rue, & de quelques autres plantes, qui leur viennent des Indes,
meurt ou dégénère dans l’éfpace de deux outrois ans. Ils ont une véritable ef
pèce de choux, mais qui ne pomment jamais. Le pertil leur eft connu
depuis plufieurs fiécles (a), puifqu'on le trouve dans leurs Livres fous le
nom de Chin-tfuy; mais il n’a ni la beauté ni la douceur du perfil de l'Eu-
rope.
ENTRE les herbes potagères qui nous manquent, la Chine n'en a qu'une
qui mérite de trouver place dans nos meilleures cuifines. C’eft celle qui fe nom-
me Pe-t/ay, & qui eft véritablement excellente. Quelques-uns de nos Voya-
geurs ont pris mal-à-propos le Pe-tfay pour la laitue. Ses premières feuilles lui
reffemblent à la vérité; mais la fleur, la femence, le goût & la grandeur de
la plante en diffèrent beaucoup. Les meilleurs Pe-tfays fe trouvent dansles Pro-
vinces du Nord, où les premiers frimats fervent à les rendre fort tendres: l'a-
bondance en eft prefqu’incroyable. Dans le cours des mois d'Oétobre & de No-
vembre, on en voit pañler, du matin au foir, par les portes de Peking, des
charrettes
(a) Suivant Navarette (pag. 32.) la Chine n'a point de perfil ni de poreaux.
charrett:
ver dans
turellem
DAN:
cuire les
comme
Chinois
Le C
les nôtre
filamens
eftente
fent un a
dans les
lève, qu
Nav.
blent poi
lebaffes ;
ve pas d:
dans tout
que le ta
ENTR
mées, &
qu'ils par
1. LA
les mont:
s'étenden
s'y trouv
rencontre
noient de
découpé
de la raci
leur que 1
La pl
le nom d
Racine dé
liérement
contraire
Chinois,
ce, qui
caille, u
Elle diffé
meilleur
où elle pa
rent que |
b) Du
ec) Le
(
(
(4) Nav
que les
eurs for-
bit creux
)intures,
fans far-
s éclats,
en fait
s domef-
boëtes,
iques de
fols &
les Pro-
s fortes
eftune
bngueur
bondan-
; & de
par fur-
Aulitôt
é autre,
riété de
choux,
Indes,
able ef.
connu
fous le
le l'Eu-
qu’une
fe nom-
Voya-
illes lui
eur de
les Pro-
ss: l'a-
de No-
g, des
rrettes
DE LA CHINE, Liv. IL Car. VII. 375
charrettes & d'autres voitures chargées. L'ufage des Chinois eft de’les confer-
ver dans du fel, ou de les mariner, pour les faire cuire avec le riz, qui eftna-
turellement fort infpide.
Dans quelques Provinces Méridionales on cultive des mauves, dont on fait
cuire les feuilles à l’eau, pour les faire étuver avec de la graiffe ou de l'huile,
comme on prépare en Europe les laitues & les épinards avec du beure. Les
Chinois trouvent cette plante fort faine &c laxative (b).
Le Comte vit une forte d'oignons, qui ne portent pas de femencescomme
les nôtres, mais dont les feuilles jettent vers la fin de la faifon quelques petits
flamens, au milieu defquels croît un petit oignon blanc, femblable à celui qui
eft en terre. Ce nouvel oignon produit des feuilles dans fon tems, qué produi-
fent un autre oignon; & cette fucceflion continue avec une fi juite proportion
dans les diftances, qui font plus ou moins grandes à mefure que la-plante s’é-
lève, qu’on prendroit tout ce jeu de la Nature pour un ouvrage de l’art (c).
NAVARETTE dit que les concombres & les melons de la Chine nereflem-
blent point aux nôtres, & qu'on y voit plulieurs efpèces de courges & de ca-
lebafles; que la marjolaine fauvage y eft fort commune, maisqu’il nesy trou-
ve pas de romarin; que le tabac s’y plante en abondance, & qu’on en fume
dans toutes les parties de l'Empire; que fec il ne coûtequ'unfolla livre, mais
que le tabac du Japon eft le plus eftimé (4).
ENTRE les plantes Médicinales, on nous apprend quelles font les plus efti-
mées, & celles qui parurent les plus fingulières aux Voyageurs, dans le tems
qu'ils parcouroient les Provinces. |
1. La Rhabarbe croît en abondance dans la Province de Se-chuen & ‘dans
les montagnes de Chen-fi, nommées Soue-chun ou les montagnes de nége, qui
s'étendent depuis Lyang-cheu jufqu’àa Su-cheu & Si-ning-cheu. Les Miflionaires
s'y trouvant aux mois d'Oétobre & de Novembre pour en lever la Carte, y
rencontrèrent fouvent des Troupes de chameaux , chargés de facs qui conte-
noient de la rhubarbe Les fleurs de cette plante reflémblent à des cloches,
découpées par les bords. Les feuilles font longues & aflez rudes. L'intérieur
de la racine eft blanchâtre dans fa fraîcheur ; mais en féchant elle prend la cou-
leur que nous lui voyons lorfqu'elle arrive en Europe.
La plante dont les Médecins Chinois font le plus d’ufage, porte parmi eux
le nom de fou-ling. Elle a reçu des Européens celui de Radix-Xina (e) ou
Racine de la Chine. C’eft dans la Province de Se-chuen qu’elle croît particu-
lièrement. Ses feuilles, qui rampent fur terre, font longues & étroites. Au
contraire, la racine devient fort groffe; & fi l'on peut s’en rapporter aux
Chinois, elle a quelquefois la grofleur de la tête d’un enfant. La bonne efpe-
ce, qui fe nomme Pe-fou-ling ou Fou-ling blanc, contient, dansune efpèce d’é-
caille, une fubftance blanche & moëlleufe, qui a quelque chofe de vifqueux.
Elle diffère d’une zutre efpèce, qui eft fort en ufage auffi, parce qu’elle eft à
meilleur marché, & qui croîtd'elle-même dans plufieurs parties de la Chine,
où elle paffe pour une forte de Fou-ling fauvage. Quelques Miionaires aflu-
rent que le Pe-fou-ling de Chen-fi eft une véritable truffe. Sa couleur appro-
che
(b) Du Halde, pag. 13. (e) Defcription de la Chine pat Navarcts
(e) Le Conte, pag. 100, & fuiv- te, pag. 52. es
(4) Navarette pag. 324
Le)
HisTotrre
NATURELLE
DE LA CHINE.
Mauves que
les Chinois
inangent.
Tabac.
Plante Médi.
cinale,
Rhubarbe.
Radix-Xina.
Ses proprié-
tés.
à ER 0 42
YfTSTOIRE
NATURELLE
D: LA CHINE,
Racine de
l'eu-tie.
Racine de
Tiwhang.
Racine de
Hu-chu-u.
576 VOYAGES DANS L'EMPIRÉ
che du verd; mais en féchant elle devient un peu jaunâtre. 11 n’eft pas aifé de
déterminer à quelle maladié elle convient le mieux, parce que les Médecins
Chinois l'ordonnent indifféremment pour toutes fortes d’infirmités (f). Ce-
pendant on fçait que c’eft un excellent fudorifique , & qu’elle eft propre à
purger le fang (g).
NaAvaRETTE obferve qu'il y a deux fortes de Radix-xina ou Racine de
la Chine; l'une parfaite, qui eft fine & blanche, & qui croît dans les Pro-
vinces.du Nord; l'autre, fort imparfaite, qui s'appelle Racine de la terre &
qui croit dans l'o-kyen, Quang-tong & les autres Provinces du Sud. Sa cou-
leur eft rougeûtre. Elle fe trouve en abondance dans les citamps, où tout le
monde a la liberté d'en cucillir. Les deux efpèces croiflent également fous
twrre, & ne pouflent au dehors que quelques petits furgeons , avec de trés.
petites feuilles, qui fervent néanmoins à la faire découvrir. L’Auteur croit
que la première e pêce, qui eft quatre fois plus chère que l’autre, n’a jamais
été apportée en Europe. Il ajoîte qu’elle eft fort chère dans l'Inde, & qu'il
a vû vendre à Malaca, pour dix-huit pialtres, ce qui n’en auroit pas coûté
deux à la Chine. Depuis quelques années les Portugais ont pris la méthode
de la confire. Les Flollandois & les Anglois apportent quelquefois un peu
de cette conferve, que les Européens trouvent (à) délicieufe (i).
LA racine d'une autre plante, qui fe nomme Tew-tfe, n'eft pas d'un ufage
auffi commun que le J'ou-ling, mais fe vend beaucoup plus cher. Elle eit ra-
re, dans la Province mème de Se-chuen, où elle croît entre le trentième & le
trente - neuvième degré de latitude. Comme elle eft d’une qualité chaude,
elle pañle pour un remède exellent contre les humeurs froides & toutes for.
tes d’obftruétions. Sa figure eft fingulière. Elle eft très-ronde d’un côté &
prefque plate de l'autre. Le côté plat tient à la terre par diverfes tiges, fur-
tout par celle du milieu, qui eft affez épaiffe & qui pénétre le plus dans Ja
fubftance de la racine. La furface convexe produit divers rejettons, qui fe
féparant par le bas forment chacun comme un petit bouquet. On diftingus
aifément la plante à cette marque. Les Chinois jettent les branches & ne
gardent que la racine, qu'ils font bouillir ou qu'ils font du moins pafler par le
bain-marie avantque de la mettre en vente.
Le Ti-whang it la racine d'une très-belle plante, qui croît particulièrement
dans les Parties Septentrionales de la Province de Æo-nan, dans le dittrict de
HWhay-ching-fu. À la première vûe on le prendroit pour une efpéce de ré-
glifle. Mais après avoir examiné les feuilles, la femence & le goût de h
plante, on ne décide pas aifément à quelle efpèce elle appartient. Les Chi-
nois lui trouvent d'excellentes qualités pour fortifier l'eflomac & réparer un
tempéramment affoibli (k),
CUNNINGHAM vit, à Cheu-chan, une racine extrémement fingulière ,
nommée Au-chu-u, à laquelle on attribue la propriété de prolonger la vie &
de noircir les cheveux gris. 11 fuflit d'en boire pendant quelque-tems en in-
fufon. Une feule racine fe vend depuis dix lyangs, ou un taël, jufqu’à deux
mille, fuivant fa groffeur; car les plus grofles pailent pour les plus an:
Jais
(f) Les Portrgais l'appellent Pao China, (i) Navarette, ubi fup. pag 53
(x) Dual, pus. 13. | (k) Du Halde, pag. 13:
(b) Le Comts, wi jup. pag, 228,
Mais l’
(1) che
la Tart:
la figurc
DE!
Chinois
mes ver
mes & ]
& ne fe
ce dont
préfent
de coule
qualités
furprena
fouvent
mouver
retrouve
fecours
læ même
fréquens
un rouge
San-tfi d
* fang. M
sûr, apr
Own
nois EME
ou Tyen-
toutes le
grandes
teinture.
réputatic
(4) Abr
ques, Vol.
(m) An
chèvre grif
& comme
A CI
nent
ples & ie
cuivre, c
nabre, d
VIIT,
as aifé de
Médecins
F} Ce.
propre à
Racine de
s les Pro-
la terre &
Sa cou-
où tout le
ment fous
c de trés-
teur croit
n’a jamais
e, & quil
pas coûté
1 méthode
is un peu
d'un ufage
lle eit ra-
ième & le
é chaude,
toutes for-
an cÔté &
tiges, fur-
lus dans la
s, qui fe
diftingue
hes & ne
afier par le
uliérement
dittriét de
‘ce de ré-
roût de l1
Les Chi-
réparer un
ingulicre ,
r la vie &
ms en in-
fqu'a deux
s ciicaces.
Mais
DE LA CHINE, Liv É Cnan VI _
Mais l’Auteur ne fut pas tenté de faire une expérience qui lui autoit coûté fi
(1) cher. Il y a beaucoup d'apparence que c’étoit le Ÿin-feng, qui vient de
la Tartarie Orientale; ou le Sun-1fi, qui en eft peu différent, fi ce n’eft par
la figure.
DE toutes les plantes, le San:t/i eft après le Pin-Jeng celle que les Médecins
Chinois eftiment le plus. Quoiqu'ils attribuent à toutesles deux prefque les mê-
mes vertus, ils donnent la préférence au San-1/i pour les maladies des fem-
mes & pour toutes les pertes” de fang. Il croît dans la Province de Quang-fi
& ne fe trouve qu'au fomméet des montagnes prefqu'inacceffibles. C'eft l’efpé-
ce dont on fait ufage dans la Médecine & dont les Mandarins du Pays font
préfent à leurs Supérieurs. On remarque, dans cette plante, la figure d'un bouc
de couleur grife ; d’où les Chinois inférent que le fang de cet animal (m) a des
qualités Médicinales (n). En effet, il paroît certain qu'il produit des effets
furprenans dans les cas de chûte & de contufion. Les Miflionaires en firent
fouvent l'expérience à l'occafon de piufieurs domeltiques, qui ayant perdu le
mouvement & la parole après avoir été démontés par un cheval vicieux, fe
retrouvoient dès le jour fuivant en état de continuer leur voyage, fans autre
fecours que la fimple application de ce remède, Les Chinois regardent auñfi
læ même plante comme un fpécifique pour la petite-vérole. Les effets en font
fréquens.. On voit les puftulés les plus noires & les plus infeêtes fe changer en
un rouge-clair , aufli-tôt que le malade a À oi fa potion. ‘ Aufñi prefcrit-on le
San-t/i dans plufieurs maladies qui paroïflent venir des mauvaifes qualités du
: fang. Mais cette plante eft d'une rareté qui la rend fox chère, & l'on n’eft pas
sûr, après-tout, de l'avoir pure & fans mélange,
ON ne s'arrêtera point à tous les Simples & à toutes les Drogues queles Chi-
nois emploient dans la pratique des Arts. Mais la plante qu'ils nomment Tyen
ou Tyen-wbu, mérite une attention particulière. Elle eft fort en ufage dans
toutes les Provinces de l’Empire. ‘frempée dans l’eau, & préparée dans de
grandes cuves ou dans de petits étangs, elle forme un bleu qui eft propre à la
teinture. Les Habitans de Fo-kyen ont l’art d'en rehauffer l'éclat, &font en
réputation pour cett2 forte de coloris, qu'ils appellent Tan-mey (0).
(1) Abrégé des Tranfaétions Philofophi-
ques, Vol. V,. Part. IV. pag. 1802.
(m) Angl. On remarque qu'une cfpèce de
chèvre grife aime fort à brouter cette plante,
& comme eile en fait fanourriture, fon fang,
difent les Chinois, s’empreint de qualités Mé-
dicinales, R. d. KE.
(mn) On fe fertäla Chine du fang des boucs
qui ont été pris à la chañe,
(o) Du Halde, pag, 15.
& IE
Foffiles de la Chine.
Mines € Métaux.
L° Chine a quantité de montagnes fameufes par leurs Mines, qui contien-
nent toutes fortes de Métaux, & par leurs fources Médicinales, leurs Sim-
ples & leurs Minéraux. On y trouve des Mines d'or, d'argent, de fer, de
cuivre, d’étain, de cuivre-blanc & de vif-argent; du lapis-armenus, du ci-
nabre , du vitriol, de l'alun, du jafpe, des rubis, du criftal de roche, des
VIII, Part. Bbb pierres
Hisrorre
NATURELLE
DE LA CHINE, «
C'eft le Jing-
feng ou le San-
tii.
Propriétés &
vertus du San
ti,
Le Tyen-
whu, piante
pour la tein-
ture.
Richefe des
montagnes de
la Chine,
UHisTorre
NATURELLE
DE LA CHINE,
Mines d'ar-
gent de Yun-
aan,
lue al
eplus belor
1
1
u en Tan
Abonlance
> s SR 1,
au Fer XX GC
Détain
à tai
Cuivre deja
Chine,
nmist
Beauté du
cuivre blanc,
378 VOYAGES DANS L'EMPIRE
pierres d’aimant, du porphyre & des carrières de différentes fortes de (a)
marbre. ,
Les Chinois prétendent que leurs montagnes font remplies d’or & d’ar-
gent, mais que jufqu’à préfent des vûes politiques en ont fait défendre l’ou-
verture, dans la crainte apparemment qu’un excès d’abondance ne rendît le
Peuple difficile à gouverner, ou ne lui ft négliger l’agriculture. L'Empereur
Kang-hi accorda un jour aux Direéteurs du domaine la permiflion d'ouvrir les
Mines d'argent; mais en moins de deux ou trois ans ilordonna que l'ouvrage fût
interrompu, & l'on s’imagina que c'étoit pour empêcher les affemblées de la
populace. Les Mines de la Province de Vun-nan, qui ont toûjours été ouver-
tes, rapportoient autrefois un profit confidérable.
ON ne fçauroit douter que la Chine n'ait aufli des Mines d’or. Ce qu’elle a
de ce métal eft tiré en partie des Mines, & fe trouve en partie dans les fa.
bles (») des torrens & des rivières qui fortent des montagnes de Se-chuen
& de Tun-nan, du côté de l'Ouelt, La feconde de ces deux Provinces pañle
pour la plus riche. Elle reçoit beaucoup d'or d’un Peuple nommé Lo (c),
qui occupe les parties voifines des Royaumes d’ÆAua, de Pegu & de Laos. Mais
cet or n'eft pas des plus beaux, peut-être parce qu’il n’eft paspurifié. L'argent
de Se-chuen eft encore plus noir; mais lorfqu'’il eft rafiné par les artiftes Chi-
nois, il devient aufi beau que dans tout autre Pays.
L'or le plus cher & le plus beau de la Chine fe trouve dans les diftriéts de
Li-kyang-fu & de Tang-chang-fu. Comme il n’eft frappé d’aucun coin, il ne
s'emploie dans le Commerce que comme une marchandife. Au refte, il n’en
cft pas plus recherché dans l'Émpire, parce que fon ufage unique eft pour la
dorure & pour d’autres ornemens de peu d'importance. Les Européens fontles
feuls à la Chine qui ayent de la vaiffelle d’or.
vanNpD.onconfidère àquelprix lefer, l’étain &lesautres métaux communs
font à la Chine, on fe perfuade aifément que les Mines cn doivent être fort
nombreufes. Les Miflionaires Géographes furent convaincus par leurs propres
veux de la richefle d’une Mine de tomback, dans la Province de Æu-quang,
d'où ils virent tirer dans l’efpace de peu de jours plufieurs centaines de
quintaux. | | | |
Les Mines de cuivre commun, qui fe trouvent dans les Provinces de Tw-
man & de Quey-cheu, ont fourni à l’Émpire toutes les petites efpèces demon:
noies qui y ont été frappées depuis plufeurs fiécles. Mais le cuivre le plusex-
traordinaire porte le nom de T/e-tong, qui fignifie cuivre blanc. Il ne s'entrou-
ve peut-être qu’à la Chine & dans la feule Province de Tun-nan. Il a toute
fa blancheur en fortant de la Miae. L'intérieur en eft plus blanc que le de-
hors, On a vérifié à Peking, par quantité d'expériences, que cette couleur ne
vient d'aucun mélange; car les moindres mélanges diminuent fa beauté. Lorf-
qu'il eft bien employe, on ne le diftingue pas de l'argent. Pour l’adoucir, on
y mêle un peu de tomback ou de quelqu'autre métal. Mais ceux qui airs
aire
{a Le Comte, pag. 93. Du Halde, 317. ufage eft d'en renfermer quantité de feuilles
{b) Navarctte dit la mêmechofe, pag. 32. dans les cercueils des perfonnes de diftinétion
& ie Comte, pag. 93: ou de ceux qui ont mérite leur eitime, ms
(e) Ileft probable que les Lolos tirentbeau- donné ci-deffus un éclaircifement fur ce Peu
coup d'or de leurs montagnes, puifque leur pile,
faire c
d'arge
LE
même ,
nes
der (
Ma
cuivre
fins &
quelqu
vil qu”
tal par
tent, :
Ils fon
bles («
(d) (
fuivante.
"El
na
en tire
nit d’ai
pe blan
lorfqu’i
Les
petits.
la Prov
pierres
par les
pitale.
qui ne
bien tre
de peti
petites
lement
morcea
fait qua
manger
QU
lais, d
maifons
de (a)
& d'ar-
dre l’ou-
‘endît le
mpereur
uvrir les
rage fût
ées de la
é ouver-
qu'elle a
1s les fa-
Se-chuen
ces pañle
Lolo (c),
05, Mais
L'argent
ftes Chi-
iftricts de
in, ilne
>, ilnen
t pour la
is font les
communs
être fort
s propres
Hu-quang ,
aines de
s de Tn-
de mon:
e plus ex-
s’en trou-
[1 a toute
uc le de-
ouleur ne
té. Lorf-
ucir, On
eulent lui
faire
de feuilles
diftinétion
me, Ona
ur ce Peu-
DE LA CHINE, Lrv.lIl. Cuar. VIL 379
faire conferver fa belle couleur, y mêlent, au-lieu de tomback, un cinquiéme
d'argent.
LE cuivre Chinois qui fe nomme T}e-l-tong, c’eft-ä-dire, cuivre venu de lui-
même, n’eft au fond qu’un cuivre rouge que l’eau entraîne des hautes monta-
gnes de Yun-nan, & qui fe trouve dans les torrens lorfqu’ils viennent à fé-
cher (d).
MaAGALHAENS obferve que les Chinois emploient une quantité infinie de
cuivre à leurs canons, leurs images, leurs ftatues, leurs monnoics, leurs baf-
fins & leurs plats. Le mérite de l'Antiquité , ou laréputation de l’ouvrier, fait
quelquefois monter le prix d’un de ces ouvrages à plus de mille écus, quelque
vil qu'il foit en lui-même. On peut juger encore de l'abondance du même mé-
tal par la multitude de gros canons qui fe fondent à Macao & qui fe tranfpor-
tent, non-feulement dans divers endroits des Indes, mais même en Portugal. _
Ils font ordinairement d’une bonté, d’une grandeur & d’un travail admira-
bles (e).
(4) Chine du Père du Halde, pag. 75. & (e) Magalhaens, ubi fup. pag. 1935. &fui-
fuivantes, vantes.
Pierres € Minéraux.
" £ lapis-armenus, ou l’azur, qui fe trouve dans plufieurs cantons de Yun-
L nan & de Se-chuen ne diffère pas de celui qu’on apporte en Europe. On
en tire auffi du diftriét de Tuy-tong-fu , dans la Province de Chan-fi, qui four-
nit d’ailleurs le plus beau Tu-che de la Chine. Le Yu-che eft une efpèce de jaf-
pe blanc qui reflémble à l’agathe. Ileft tranfparent, & quelquefois tacheté
lorfqu'il eft poli.
Les Rubis qui fe vendent à Twn-nan-fu, font de la belle efpèce, mais fort
petits. Il fut impoffible aux Miflionaires de déconvrir dans quelle partie de
la Province on les trouve. La même Ville offre quelqués autres efpèces de
pierres précicufes , mais qui font apportées des Pays Ctrangers , fur-tout
par les Marchands du Royaume d'Ava , qui borde le diftriét de cette Ca-
pitale. |
Le plus beau Criftal de Roche vient des montagnes de Chang-cheu-fu ou de
Chang-pu-hyen, dans la Province de Fo.kyen. On en fait, dans ces deux Vil-
les, des cachets curieux, des boutons & des figures d'animaux.
La même Province a, comme pluficurs autres, des carrières de marbre,
qui ne feroient point inférieures à celles de l'Europe fi elles étoient aufñi-
bien travaillées. On ne laïfle pas d’en trouver chez les Marchands quantité
de petites piéces aflez bien polies & d’une fort belle couleur; telles que les
petites tables qui fe nomment Tyeu-t/en, dont les veines repréfentent naturel-
lement des montagnes, des rivières & des arbres. Elles font compofées de
morceaux Choifis, dont la plûpart viennent des carrières de Txy-li-fu. On les
fait quelque-fois fervir , aux jours de fête, pour l’ornement fur les tables à
manger.
Quoique le marbre foit en abondance à la Chine, on ne voit pas de Pa-
lais, de Temples, ni d'autres édifices qui en foient bâtis entièrement. Les
maillons ont des colomnes ou des piliers; mais il ne paroît pas qu'on en ait
Bbb 2 : jamais
*
Histotnr
NATURELLE
DE LA CHINE,
Prodigieufs
confomma-
tion de cui-
VIE,
Azutr.
Jaipe blanc,
Criftal de Ro:
che,
Marbre:
VOYAGES DANS L'EMPIRE
jamais fait de marbre, ni qu'on ait encore penfé à faire fervir le marbre co-
loré au-lieu de bois. Les bâtimens mêmes de pierre font rares dans cette Ré-
gion. La pierre n'a prefque jamais été employée que pour les ponts & les arcs
de triomphe (a).
Iz y a peu de Provinces où l’on ne trouve des Pierres d’Aimant.
apporte auffi du Japon à la Chine. Mais on les employe particulièrement aux
Elles fe vendent au poids, & les meilleures ne coû-
tent jamais plus de huit ou dix fols l’once. Le Comte en apporta une d’un
feul pouce de diametre, qui, quoiqu’affez mal armée, levoitonze livres de fer,
& pouvoit en lever quatorze ou quinze lorfqu'elle étoit bien fixée. . Les Chi-
nois font fort habiles à les couper. Celle de l’Auteur fut taillée à Nan-king
La machine qui fert à cette opération eft fort fim-
ple; & fi les ouvriers de France vouloient en faire ufage ils s’épargneroient
beaucoup de peine.
[ELLE eft compofée de deux montans, hauts de trois ou quatre pieds ,f=
ar deux cordes. Elle eft partagée par
fixée à mortoife au jambage gauche.
Au fommet des montans on place un petit rouleau, ou cilindre, d’un pouce
& demi de diametre, & qu'on fait tourner par le moyen d’une corde qui l’em-
brafle par le milieu, & dont les deux bouts font attachés à une pédale. A une
des extrémités du cilindre on applique avec du maftic une plaque de fer min-
ce & ronde, dont les bords font tranchans; on la peut faire tourner plus
ou moins vite, fuivant le befoin, & l’ouvrier applique d’une main contre cet-
te plaque le morceau d'aimant, tandis que de l’autre il répand du fin fable
mouillé qui fert à refroidir le fer & à couper la pierre. Pour que le mouve-
ment ne jette pas le fable aux yeux de l'Ouvrier , 1l y a au deffous de la pla :
que de fer, une (b) petite planche femi-circulaire, qui l’arrête.]
Yun-NaAn & plufeurs autres Provinces, fans en excepter celles du Nord,
telles que Chen-fi, produifent le Hyang-wbhang. C'eft moins un minéral
qu’une pierre tendre & jaune (c), quelquefois tachetée de noir, dont on fait
aifément toutes fortes de vaifleaux & qui fe teint enfuite avec du vermillon.
On aflure que cette pierre eft un antidote contre toutes fortes de poifons, &
les Médecins Chinois la vantent comme un fpécifique merveilleux pour les fié-
vres malignes. Cependant elle ne s’employe point à cet ufage dans les lieux
où elle fe trouve en abondance.
On ne connoît pas de Pays aufñi riche que la Chine (4) en Mines de Char-
bon. Les montagnes, fur-tout celles des Provinces de Chen-fi, de Chan-fi &
de Pe-che-li, en renferment d'innombrables ; fans quoi il feroit très-difficile
de vivre dans des pays fi froids, où le bois de chauffage eff d’ailleurs fi (e
rare. Magalhaens obferve que le Charbon de terre qui fe brûle à Peking
ui s'appelle Moui, vient de ces mêmes montagnes, à deux lieues de cette
Ville. Elles doivent pañlér pour inépuifables, puifque depuis plus de quatre
mille ans elles fourniflent du charbon à la Ville & à la plus grande partie de
a
ufages de la Médecine.
en moins de deux heures.
creufés en forme d’arcs, & affermis
une planche qui la traverfe, & quie
ve du charbon de terre dans les Provinces du
(e) Du Halde, pag. 16:
) Du Halde. pag. 16.
) Mémoires du Pérele Comte, pag. 250.
) On en 2 déja parlé ci-deflus.
) Navarette, pag. 34, [ dit qu'il fe trou-
la Prov
Sa coul
des. (
poudre
mais il
en eft
près de
pli d’e:
charbo
méime (
irouver
La
cidenta
font de
Provinc
perfée
prodigi
fort ren
lui laiffa
vient à
trouven
ment , :
les éten
tre ou c
les parti
elles tot
terre, «
d'où on
velles p
7 TANI
& leurs
hr le fe
p'ufieur
La fum
mité de
& fe ct
avec ui
arbre co-
ette Ré-
les arcs
On en
ent aux
ne coû-
une d’un
s de fer,
Les Chi-
an-king
fort fim-
neroient
e pieds ,f=
agée par
gauche.
n pouce
qui l’em-
e. A une
fer min-
ner plus
ntre cet-
fin fable
: mouve-
de la pla- :
lu Nord,
minéral
it on fait
ermillon.
ifons, &
ur les fié-
les lieux
de Char-
han-fi &
s-difficile
rsfi (e
"eking &
de cette
le quatre
partie de
la
ovinces du
DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. VII 381
la Province, où les plus pauvres s'en fervent pour échauffer leurs poîles (f »
Sa couleur eft noire. On le trouve entre les rochers, en veines fort proton-
des. Quelques-uns le broient, fur-cout parmi le Peuple. Il en mouillent la
poudre & la mettent comme eu pain. Ce charbon ne s'allume pas facilement ;
mais il donne beaucoup de chaleur & dure fort long-tems au feu. La vapeur
en eft quelquefois fi défagréable , qu'elle fuffoqueroit ceux qui s’endorment
près des poîles s’ils n'avoient la précaution de tenir près d'eux un baflin rem-
pli d'eau, qui attire la fumée & qui en diminue beaucoup la puanteur. Le
charbon eft à l'ufage de tout le monde, fans diftinétion de rang. On s’en fert
méme dans les fournaifes, pour fondre le cuivre. Mais les ouvriers en fer
trouvent qu’il rend ce métal trop rude (g ). :
La Nature a pourvû merveilleufement au befoin de fel dans les Parties Oc-
cidentales de la Chine qui bordent la Tartarie, malgré l'éloignement où elles
font de la Mer. Outre les Salines qui fe trouvent dans quelques-unes de ces
Provinces, on voit dans quelques autres une forte de terre grife, comme dif-
perfée de côté & d’autre en piéces de trois ou quatre arpens, qui rend une
prodigieufe quantité de fel. La méthode qu'on emploie pour le recueillir eft
fort remarquable. On rend la furface de la terre auffi unie que la glace, en
lui laiffant affez de pente pour que l'eau ne s’y arrête point. Lorfque le Soleil
vient à la fécher, jufqu’à faire paroître blanches les particules de fel qui s’y
trouvent mêlées, on les raffemble en petits tas, qu'on bat enfüite foigneufe-
ment, afin que la pluie puifle s'y imbiber. La feconde opération confifte à
les étendre fur de grandes tables, un peu inclinées, qui ont des bords de qua-
tre ou cinq doigts de hauteur. On y jette de l'eau fraîche , qui faifant fondre
les parties de fel les entraîne avec elle dans de grands vaiffeaux de terre, où
elles tombent goute à goute par un petit tube. Après avoir ainfi deffalé la
terre, on la fait fécher, on la réduit en poudre & on la remet dans le lieu
d’où on l’a tirée. Dans l’efpace de fept ou huit jours elle s’imprégne de nou-
velles parties de fel, qu’on fépare encore par la même méthode.
= Tapis que les hommes font occupés de ce travail aux champs, leurs femmes
& leurs enfans s’'employent, dans des hutes bêties au même lieu, à faire bouil-
ir le fel dans de grandes chaudières de fer, fur un fourneau de terre percé de
p'ufieurs trous, par lefquels tous les chaudrons reçoivent la même chaleur.
La fumée paffant par un long tuyau, en forme de cheminée, fort à l’extré-
mité du fourneau. L’eau, après avoir bouilli quelque tems , devient épaiffe
& fe change par degrés en un fel blanchâtre, qu’on ne cefle pas de remuer
avec une grande fpatule de fer jufqu’a ce qu’il foit devenu tout-à-fait blanc.
Dans les lieux où le bois manque pour ce travail, on y fupplée avec des ro-
feaux (h).
(f) Magaïlhaens, pag. 10. (h) Du Halde, ibid.
(g) Du Halde, pag. 317. & fuiv.
XP SRE
RÉXAIN
Vs
&
Bbb 3
HisToink
NATURELLE
DE LA CHINE,
Danger du
charbon de
terre,
Mines de fel,
Sel extraor-
dinaire de la
Chine, & ma-
nière de le re-
cueillir,
HirsTorne
NATURELLAR
DE LA CHiNr.
Paons,
Coqs-d'Inde
& Grues.
Faifans.
Roffignols,
Canards.
Manière de
prendre les
Canards fau-
vages.
Manicre de
les préparer.
Oifcaux de
combat,
Ie Hiy-
fur, oifeau
d> A ‘oic.
382 VOYAGES DANS LEMPIRE
G. IV.
Oifeaux , Volaille | Infeëtes € Reptiles.
UOIQUE les Paons & les Cogs-d’Inde foient fort communs aux Indes
Orientales , on ne voit à la Chine que ceux qu’on y apporte des autres
Pays. Les Grues y font en fort grand nombre. Cet oifeau s’accommode de
tous les climats. On l’apprivoife facilement, jufqu’à lui apprendre à danfer.
Sa chair pafle pour un fort bon aliment.
ON trouve à la Chine une grande abondance de beaux Faifans, dont les
plumes fe vendent plus cher que l'oifeau même. Son prix ordinaire eft un fol
la livre. Les Roffignols Chinois font plus gros que les nôtres & leur chant
eft admirable , comme celui des merles. Le nombre des Oies & des Canards
eftinfini. Canton feul en confomme chaque année plus de vingt mille (4).
Les Rivières & les Lacs en font remplis, & de quantité d’autres efpèces,
fur-tout de canards & d’oies fauvages. La manière de les prendre mérite
quelque remarque. Les pêcheurs mettent la tête dans une groffe gourde,
qui eft percée de quelques trous pour la commodité de la vûe & de la refpira-
tion. Enfuite fe mettant nuds dans l'eau, ils marchent ou nâgent fi bas
qu'on n’apperçoit que leurs gourdes. Les canards, accoûtumés à voir flotter
des gourdes fur l’eau, s’en approchent fans crainte. Alors le pêcheur Îles
prend par les pieds & les tire au fond de l’eau, pour empêcher que leurs cris
ne fe faflent entendre. Il leur tord aufli-tôt le col, & les attachant à fa cein-
ture (b) il continue fon éxercice jufqu’a ce qu'il ait pris le nombre qu’il fe
propole (c).
NaAvarETTE obferve que cette efpèce de chaîle à peu d'agrément pour
les fpeétateurs , parce que ceux qui ne la connoïflent pas s’imaginent qu'un
Canard qu'on tire fous l’eau ne fait que plonger, comme 1il fait à tout mo-
ment pour chercher fa nourriture. 11 ajoûte que les Chinois mangent fouvent
ces oifeaux bouillis & qu’ils en trouvent le bouillon excellent; qu'ils font fort
bons rôtis & étuvés, mais incomparablement meilleurs lorfau’ils font falés &
féchés. Ils valent mieux alors que le jambon, & l’on en fait des provifions
pour les voyages de terre & de mer. Il n’eft pas aifé de diftinguer au goût
le canard fauvage du privé.
Ox fait beaucoup de cas à la Chine de certains petits oifeaux qui reffem-
blent aux linots, & qu’on nourrit dans des cages, non pour chanter , mais
pour combattre. Ceux qui ont été mis à l’effai fe vendent fort cher. Les
Chinois font pañlionnés auffi pour les combats de coqs. Mais cet amufement
eft encore plus commun dans plufieurs Ifles, fur-tout aux Philippines & dans
quelques Royaumes des Indes Orientales, où l’on y perd & l’on y gagne
beaucoup d’argent , comme dans quelques Pays de l’Europe (4). |
ENTRE les oifeaux de proie, le Plus remarquable eft celui que les Chi-
nois nomment Æuy-tfing. 11 eft crès-beau , mais fi rare, qu'il ne fe trouve
que
) Defcription de la Chine par Navarct- ment dans un fac.
ag. 40 & 42 (c) Du Halde, pag. 9314 ”
Mr
(d) Navarette, jrag. 40. € Lui.
(a
té, pag. 40. & 42,
£ ‘ ait HA L Lai
(b) L'Auteur dit qu'on les met prompte-
aux Indes
des autres
mmode de
à danfer.
dont les
eft un fol
eur chant
s Canards
nille (a).
s efpêces,
re mérite
: gourde,
la refpira-
ent fi bas
oir flotter
cheur les
leurs cris
à fa cein-
e qu'il fe
ent pour
ent qu'un
tout mo-
it fouvent
font fort
’ falés &
rovifions
au goût
i reffem-
ter , mais
1er. Les
ufement
s & dans
y gagne
B les Chi-
Le trouve
que
RE DE PRENDRE DES |
N ANARDS SAUVAGES.
sÈù
w :
— :
LIPTIPTETTTTT HUlTIT TI =
TI [HE] LI] NUIT
9.% She rex.
7 TX 4
Wyse VAN WILDE-FENDEN vs VANGEN, tüt NIEUHOr,
! à
L
r, al
UE
1
H
1
À
|
À
L
1
|
'
1
|: à
ue dans
quelc
cons (e)
mé le Ro
en eft le
prend un,
conniers I
Les P1
fi, ont de
ceux qui
n'ont pas :
comparabl
tirent fans
de Se-chue
reffemble.
me qui s'él
leurs de le
préférence
da Faifan.
d'être ap}
tion que
ce de Che
font extréi
Les Ch
cours à l’ir
te efpèce 1
res fabuleu
pour notre
remment
aftre. Il:
roître, &
leur Philo!
que cet oi
queuë fem
bres & qu
femelle , €
comme pl
harmonie «
la nature,
nous affûr
nois peigr
dans aucu
Ce) C'eft
pelle Chougar
dans l'hidoi
(f) DuH
(g) Nava
DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. VIL 383
ue dans le diftriét de Hong-chang-fu , Ville de la Province de Chen-fi, &
ans quelques parties dé la Tartarie. Il égale en beauté nos plus beaux fau-
cons (e) & les furpaffe en force & en groffeur. On peut le regarder com-
mé le Roi des oifeaux de proie de la Chine & de la Tartarie, parce qu'il
en eft le plus beau, le plus vif & le plus courageux. Aufli-tôt qu'on en
prend un, il doit être porté à l'Empereur, qui le confie aux foins des Fau-
conniers Impériaux.
Les Provinces Méridionales , telles que Quang-tong, & fur-tout Quang-
fi, ont des Perroquets de voutes les efpèces, qui ne différent en rien de
ceux qui nous viennent de l'Amérique. Leur plumage eft le même. Ils
n’ont pas moins de docilité pour apprendre à parler. Mais ils ne font pas
comparables aux oifeaux qui fe nomment Xin-ki, ou Poules dorées, & qui
tirent fans doute ce nom de leur beauté. Ils'en trouve dans les Provinces
de Se-chuen, de Yun-nan & de Chen-fi. L'Europe n'a pas d'oifeau qui leur
reflemble. Le mélange de rouge & de jaune qui forme leur couleur, la'plu-
me qui s'élève fur leur tête, l'ombrage de leur queuë & la variété des cou-
leurs de leurs aîles, joint à la beauté de leur taille, femblent leur donner la
préférence fur tous les autres oifeaux. Sa chair eft plus délicate que celle
cu Faifan. De tous les oifeaux de l'Eft, c’eft peut-être le feul qui mérite
d'être apporté en Europe (f). On croit le reconnoître dans la defcrip-
tion que Navarette fait d’un très-bel oïfeau qu'il vit dans la Provin-
ce de Chen-Ji. Il ajoûte que füuivant Trigaut les queuës de fa plume, qui
font extrémement brillantes, n’ont pas moins d’une braffe de longueur (g).
Les Chinois, non contens de ces chefs-d’œuvres de la nature, ont eu re-
cours à l'invention pour fe former des Oifeaux. Les plus remarquables de cet-
te efpèce font le Fong-whang & le Ki-lin. On en raconte à la Chine mille hiftoi-
res fabuleufes (h). Le premier doit être le même oifeau que Navarette prend
pour notre et Il dit que les Chinois le nomment l'Oifeau du Soleil, appa-
remment, dit-il, parce que fuivant l’opinion commune , il regarde fixement cet
aftre. Il ajoûte que les Chinois prennent pour un bon augure de le voir pa-
roître, & que s'il en faut croire leurs Savans, on en vit un'à la naiffance de
leur Philofophe Confucius. Leurs Livres, cuntinue-t'il, nous apprennent
que cet oifeau a le corps d’une grue , le col en forme de ferpent, & ja
queuë femblable à celle d’un dragon ; qu'il ne fe perche jamais fur les ar-
bres & qu’il ne mange aucune forte de fruit; qu'on diftingue le mile & la
femelle , d'où le méme Auteur conclut que ce ne peut être le phœnix (1),
comme plufieurs Miffionaires fe le font imaginé ; que fon chant eft d'une
harmonie charmante ; enfin, que les Chinois font perfuadés qu’il éxifte dans
la nature, quoiqu'aucun Chinois vivant ne l'ait jamais vû (4). Du Halde
nous affüre, d’après fes correfpondans, que le Fong-whang, dont les Chi-
nois peignent fouvent la figure avec quantité d’ornemens, ne paroît jamais
dans aucune des Villes & des montagnes auxquelles ils ont donné fon
nom.
Li
(e) C'eft probablement l'oifeau qui s'ap- (b) Du Halde, pag. 323.
pelle Cheugar en Tartarie & dont il eft parlé (5) Du Haïde dit (pag. 15.) que le l'ong-
dans l'hifoire de Feughiz Kam, whang feroit le Phæœnix , fi cet oifeau avoit
(f) Du Halde, pag. 15. jamais éxitté.
(g) Navarctte, pag. 40, Ç&) Navarette, pag. 55 & fuiv.
HisToiue
NATURELLE
DE LA CHINE,
Perroquets,
Poules do.
rées, ou Kin-
ki,
Oifeaux ima-
ginés par les
Chinois,
LL:
Li
Bi
EEE
lé
LS E2
Li
Li A
ES
La
&
Lu
S
L
Œ go
= [2
LOL
=
10
IL
1.25
8?
ne
«=
2
zu
> 0 =
tu Œ
u Ÿ
TE
SE
Ze
“
HISTOIRE
NATURELLE
DE LA CHiNe£.
Lekilin,
autre oifeau.
Le Tung-
whang-fung,
Le La-ki,
Infcêtes &
Reptiles,
Vers à foie,
384 VOYAGES DANS L'EMPIRE
nom. Il n'eft pas mieux. connu à Fong-tfyang-fu, dans la Province de
Chen.fi, où ils prétendent qu'il fe trouve, qu'à F ong-whang en Tarta-
je C1}...
LE Xi-lin, fuivant les Chinois, eft compofé, comme le Fong-whang, de
différentes parties des autres créatures. Il a la hauteur & le tronc du bœuf , le
corps couvert de larges & dures écailles, une corne au milieu du front, les
jeux & les mouftaches d'un dragon Chinois, Cet animal imaginaire eft le fym-
bole des Mandarins du premier ordre (m).
Les Géographes Chinois parlent d'un petit oïifeau nommé le Tung-wbhang-
Jung, qui furpañfe le Fong-whang même en beauté. Ils racontent que la variété
de fes couleurs eft furprenante; qu'il a le bec d’un rouge brillant, tirant furle
vermillon, & que fa vie ne dure pas plus que la fleur Jng-wha. Mais à Ching-
tu-fu, Capitale de Te-chuen, où ils ajoûtent que la nature le produit, les Ha-
bitans ne connoiffent pas cet oifeau (#). | |
MacazHazens nousfait la defcripriond'unautteoifeau, qui n'eft pas moins
remarquable que les oifeaux fabuleux, s’il faut s'en rapporter à fonrecit. Onle
nomme La-ki, c’eft-à-dire, Oi/eau au bec de cire, parce que fon bec eft de cet-
te couleur. L’Auteur en vit un dans le Palais de l’Émpereur, il étoit delagrof-
feur d’un Merle; mais la couleur de fon plumage étoit cendrée. Ilapprend tout
ce qu'on lui enfeigne avec tant de docilité, qu’il fait des chofes incroyables.
Par éxemple, il joue feul une Comédie. 11 met un mafque; il manie une Jan-
ce, une épée, ou une enfeigne qu'on fait exprès pour lui. Il joue aux échets.
I! fait plufieurs aétions & divers mouvemens avec tant de grace & de vivacité
qu’il charme les fpectateurs (0). Il eft étrange qu'ayant emprunté tant de par-
ticularités de Magalhaens, Du Halde n'ait rien dit de cet oïifeau merveilleux,
s’il a penfé que cet Auteur meritât d'être crû lorfqu’il parle fur le témoignage
de fes propres yeux.
La Chine abonde en Infeétes & en Reptiles; mais moins que les Ifles Phi.
lippines, l'Inde & les autres lieux. Entre les reptiles, on remarque un lezard
d’une efpèce fingulière, nommé Temting & Pye-long, ou Cheu-kong. On lui a
donné le nom de Dragon de muraille (p ), parce qu’il court fur les murs; & ce-
lui de Garde du Palais (q), ou des Dames de la Cour, voici à quelle occafon.
L'ufage des Empereurs Chinois eft de faire oindre le poignet de leurs concubi-
nes d’un onguent compofé de la chair de cet animal & d’autres ingrédiens. On
nous fait entendre que cette marque dure aufli long-tems qu'elles ne reçoivent
pas les carefles d’un autre homme; mais qu'auffi-tôt qu'elles oublient leur de-
voir, le figne de fidélité difparoît, & leur incontinence eft découverte. Nava-
rette, qui étoit perfuadé de ce fait, fouhaitoit, pour le repos, dit-il, & le
bonheur des deux féxes, que les maris & les femmes ne fuffent jamais fans cet
ornement (r).
Nous nous fommes étendus dans un autre article fur lesversä foie, reptile
admirable, qui eft une fource continuelle de richeffes pour l’Empire de la Chi-
ne. Les abeilles y font aufli en abondance, mais la cire eft employée aux ufa-
"ges
(1) Du Halde, pag. 15. (p) C'eft ce que fignifie Pye-long.
en ) Le même, fe 333. (q) C'eft la fignification de Cheuw-long.
(n) Le même, pag. 15. (r) Navarette, pag. 39.
(o) Magalhaens, pag. 529.
ges de
fols la
La
Papillo
dans le
les plus
Palais.
pas MO
parable
les arb
ger, CM
gros qu
fort be
prqu’ils fo
de la m
PLu
vent ex
efpéran
criptio
» digie
>» aîles
» fes m
» femb
fes Légi
dations ;
meurant
chaleur
beaucou
tendant
dans l’ef
refte de
Les
ce qui pe:
& pren
(s) Vo
(t) Du
E
L PA
efpèces,
duit une
boucs, «
parler de
fans, &
VIII.
E
Province de
en Tarta-
-whang, de
dubœuf, le
lu front, les
e eft le fym-
Tung-whang-
ae la variété
tirant fur le
fais à Ching-
Le
uit, les Ha-
eft pas moins
recit. Onle
c eft de cet-
it delagrof-
ipprend tout
incroyables.
nie une lan-
aux échets.
de vivacité
tant de par-
ierveilleux,
témoignage
es Ifles Phi-
1e un lezard
à On lui a
urs; & ce-
le occafon.
rs Concubi-
édiens. On
e reçoivent
nt leur de-
rte. Nava-
dit-il, & le
ais fans cet
bie, reptile
e de la Chi-
ée aux ufa-
Fe ges
on.
eu-long.
DE LA CHINE, Liv. IH. Car. VII 385
ges de la Médecine & non à brûler. Elle ne fe vend nulle part plus de couze
fols la livre (5).
La Chine fourniroit aux Cabinets de nos curieux une extrême variété de
Papillons. On fait tant de cas de ceux d’une Montagne nommée Lo-feu-chan ,
dans le diftriét de Way-cheu-fu, Province de Quang-tong , que les plus gros &
les plus extraordinaires font envoyés à la Cour, où ils fervent à l’ornement du
Palais. La diverfité de leurs couleurs eft furprenante, & leur vivacité ne l’eft
pas moins. Ils font beaucoup plus gros qu'en Europe, & leursaîles font incom-
parablement plus grandes. Pendant le jour ils demeurent fans mouvement fur
les arbres, & fe laïflent prendre aifément. Le foir, ils commencent à volti-
ger, comme nos chauves-fouris, & quelques-uns ne paroiffent guères moins
gros que ces animaux lorfqu’ils ont les aîles étendues. On en trouve aufñi de
fort beaux dans les montagnes de Si-chan, Province de Pe-che-lij mais quoi-
qu'ils foient recherchés comme les précédens, ils ne font pas [ fi grands, ni]
de la même beauté (+).
PLusteurs Provinces de la Chine, fur-tout celle deChan-tong, font fou-
vent expofées aux ravages des fauterelles, qui détruifent en peu de tems les
efpérances de la plus belle moiffon. On trouve dans un Auteur Chinois la def-
cription fuivante de ce terrible fleau. ;, On vit paroître, dit-il, une fi pro-
» digieufe quantité de Sauterelles, que, couvrant entièrement le Ciel, leurs
» aîles fembloient s’entretoucher. Vous auriez cru voir fur votre tête de grof-
» fes montagnes de verdure. Le bruit que ces infeétes faifoient en volant ref-
» fembloit à celui du tambour. Le même Auteur remarque que ces dangereu-
fes Légions ne vifitent la Chine que dans les années féches qui fuivent les Inon-
dations ; d’où il conclut qu'elles fe forment de la femence des Poiflons, qui, de-
meurant fur terre après la retraite de l'eau, eft couvée en quelque forte par la
chaleur du Soleil. Dans ces malheureufes occafions, les Laboureurs s’agitent
beaucoup, fous un Ciel brûlant, pour chaffer l’ennemi de leur travail, en é-
tendant des draps fur leurs champs. Quelquefois lé mal ne fe fait fentir que
dans l’efpace d’une lieuë, tandis que la moiffon demeure fort belle dans toutle
refte de la Province (v).
Les Punaifes font très-communes dans plufieurs Cantons de la Chine. Mais,
ce qui paroîtra fortétrange, les Habitans écrafent cette vermine aveclesdoigts,
& prennent plaifir enfuite à les porter au nez (x).
(s) Voyez le Chapitre précédent. c v) Du Halde, pag. 274.
(t) Du Halde, pag. 15. x) Navarette pag. 34.
5 V.
Gibier de chalfe, ES diverfes autres efpèces d'animaux.
E gibier de chaffe abondeäla Chine. On voit en hiver, dans plufieurs en-
droits de Peking, des tas de bêtés à quatre pieds & d’oifeaux de toutes les
efpèces, endurcis par le froid, quiles garantitde lacorruption. La Chine pro-
duit une quantité innombrable de chevreuils, de daims, de fangliers, de
boues, d’élans, de liévres, de lapins, d’écureuils, de chats, de mulots, fans
parler des bécafles, des tailles, des oies, des canards, des perdrix, des fai-
fans, & d’une infinité d'animaux qui ne fe trouvent point en Europe, &
VIIL. Part. Ccc qui
HisTorïns
NaATULELLe
DE LA CHiINz.
Abeilles.
Papillons
admirables,
Sauterelles,
Opinion des
Chinois fur
leur origine,
Abondance
d'animaux de
toutes les ef
pèces,
Hisvotrnan
NATUREI.LE
DE LA CHINE,
La Chine n'a
pas de lions.
Grand nom-
. bre & férocité
"des Tygres
Chinois.
LeTygre-
cheval, ani-
mal fabuleux.
386 VOYAGES DANS L'EMPIRE
qui fe vendent à très-bon marché (4). Les ours, les tygres, les buffles, les
chameaux, les rhinoceros y font aufi en grand nombre ; mais on n'y voit pas
de lions (2). Il eft inutile de nommer les bœufs, les vaches, les moutons,
& les autres animaux domeftiques, qui ne font pas moins communs à la Chi.
ne qu’en Europe.
AVARETTE obferve que, fuivant le témoignage des Chinois, il ne fe
trouve pas delions ( c ) dans leur Empire, & que la plûpart fontmème perfuadés
que cet animal n'éxifte pas dans la nature. Cependant, ajoute-t-il, fi la Chine
a des léopards, & des ours (/), comme les mêmes Chinois l'aflurent, il pa-
roît prefque impofñfible qu’elle n'ait pas de lions. Mais peut-étre appellent-
ils léopards des animaux de quelque autre efpèce (e).
Les Tygres de la Chine font non-feulement fort nombreux, mais encore
d'une groffeur & d’une férocité extraordinaire. On auroit peine à croire com-
bien ils tuent & dévorent d'hommes. Un Chrétien Chinois racontoit à Na-
varette que fur le chemin de Canton à Haynan ils fe rangent en Troupes de
cent & de deux cens; que les Voyageurs n’ofent pañler dans ces lieux s'ils ne
font au nombre de cent ou de cent cinquante; & que dans certaines années
ces monftrueux animaux ont dévoré jufqu’à fix mille (f) perfonnes. Mais
l’Auteur obferve fort bien que fi ces ravages étoient fréquens, la Chine fe-
roit bientôt dépeuplée. Entre plufeurs Tygres qu’il eut l’occafion de voir,
il en vit un qui lui parut plus gros qu’un veau. Un Religieux de fon Ordre lui
raconta qu’il avoit vû un de ces animaux fauter un mur de la hauteur d’un
homme, prendre un porc qui pefoit environ cent livres, le charger fur fes
épaules, repafler le mur avec fa proie, & gagner promptement un bois voi-
fin. En hiver, comme ils defcendent des montagnes dans les Villages qui ne
font pas fermés d’un mur, tous les Habitans fe retirent de bonne heure &
muniflent foigneufement leurs portes. Navarette, fe trouvant un jour dans
un Village où l'on prenoit ces précautions, obferva que les Tygres s’appro-
choient des maifons avant que la nuit fût tout-à-fait obfcure, pouffant des
cris cffroyables , & qu’à peine étoit-on tranquille dans l’enceinte des murs. Ce-
pendant les Chinois ne fe donnent pas beaucoup de peine pour les prendre,
quoique d’ailleurs ils eftiment beaucoup leur peau (£ ).
.. ON doit regarder fans doute comme une fiétion ce que les Auteurs Chinois
difent du Tygre-cheval. Suivant leur récit, cet animal ne diffère du Cheval
que par les écailles dont il eft couvert; par fes griffes, qui font celles d’un
Tygre; & par fon naturel fanguinaire , qui lui fait abandonner les rivières au
Printems pour dévorer les hommes & les bêtes. Les Miffionaires, dans le
voyage qu’ils firent au long de la rivière de Han, qui arrofe le territoire de
Syang-yang-fu, Province de Hu-quang, où l’on prétend que ces animaux fe
trouvent, & dans les horribles montagnes de un-yang-fu qu'ils traverférent,
ne
Chapitre de fon fecond livre confirm® ce foup-
çon. Navarette obferve ( pag. 37.) que la Pro-
vince de Yun-nan a de fort bons Eléphans.
(d) Angl. & des Onces. R. d. E.
(e) Du Halde, pag. 14. 324.
(f) Angl. foixante mille. R. d. E.
(g) Navarette, pag. 37:
(a) Magalhaens, pag. 143.
(b) Du Halde, pag. 314, & fuiv.
(c) Les Lions font fi peu connus des Chi-
nois, que les peintures qu’ils en font ne font
pas reffermblantes; d’où Magalhaens conclut
que Marco-Pololes a confondus avecles Léo-
pards lorfqu’il affure qu’il s'en trouve à la Chi-
ne, La defcription qu'il en fait au quatorzième
ne vire
gré le
bitans
LEs
ce de
à-dire,
& la ba
On n'a
f l'on &
qui les
tent to
fort étr
maux,
te Prov
ferve fe
dit-il, d
la groffe
à-dire,
vaux qu
La fe
qui ne fe
que les d
leurs Paï
abondan
ne conti
nois ont
trême &
pagne (!
Maïs:
tention.
pas plus
tes d'un
paroît f
aule, q
ndienne
a le col
poil épai
fois d’ur
ge de nc
ue cell
ardeaux
L'aAu”
uffes, les
y voit pas
moutons ,
à la Chi.
, ilnefe
perfuadés
fi la Chine
nt, 1l pa-
appellent-
ais encore
roire com-
toit à Na-
"roupes de
ux s'ils ne
es années
Les. Mais
Chine fe-
n de voir,
) Ordre lui
uteur d’un
ser fur fes
1 bois voi-
es qui ne
- titre &
jour dans
es s’appro-
buffant des
murs. Ce-
s prendre,
rs Chinois
du Cheval
elles d’un
rivières au
, dans le
ritoire de
nimaux fe
yerférent ,
ne
mê ce foup-
que la Pro-
Eléphans,
, Le
DE LA CHINE, Liv. Il Cnar. VIL 387
ne virent rien qui en approchât, & n'en entendirent pas même parler, mal-
gré le foin qu'ils apportèrent à fe procurer des informations, & celui des Ha-
bitans à leur montrer tout ce qui méritoit leur curiofité (h).
Les Ours font fort communs à la Chine. Il s’en trouve, dans la Provin-
ce de Chang-tong, une efpèce que les Chinoïs nomment Hyang,jin (i), c'eft-
a-dire, Hommes-Ours. Ils marchent fur deux jambes. Ils ont la face humai-
& la barbe d’un bouc. Ils grimpent fur les arbres pour en manger le fruit.
On n’a point à fe plaindre de leur férocité, lorfqu’on les laiffe en paix. Mais
fi l'on excite leur colère, ils defcendent furieufement , ils tombent fur ceux
qui les irritent, & les frappant deux ou trois fois avec la langue, ils empor-
ent toute la chair qu'ils touchent. L’Auteur avoue que ce récit doit paroître
fort étrange. Cependant le Père Antoine Santa Maria, qui avoit vû ces ani-
maux, & le Père Jean Balat, Jéfuite, quiavoit pañlé plufieurs années dans cet-
te Province, lui en rendirent plufieurs fois témoignage (k). Du Halde ob-
ferve feulement que ce que les Chinois rapportent du Zin-hyng, qui fe trouve,
dit-il, dans les déferts de la Province de Chen-fi, ne doit être entendu que de
la groffeur extraordinaire de ces Ours; comme l’animal nommé Mu-lu, c’eft-
à-dire, Cerf-cheval, n’eft qu’une efpèce de Cerf, de la hauteur des petits che-
vaux qu'on appelle Chuen-ma dans les Provinces de Se-chuen & de Tun-nan.
LA feconde de ces deux Provinces offre aufli une efpèce fingulière de Cerfs,
qui ne fe trouve dans aucun autre Pays. Ils ne deviennent jamais plus grands
que les chiens ordinaires (7). Les Princes & les Seigneurs en nourriffent dans
leurs Parcs, comme une curiofité (#:). La Chine a des ânes & des mulets en
abondance. Elle ne manque pas non plus de bons chevaux. On y en ame-
ne continuellement des Pays à l’Oueft; mais ils font tous coupés. Les Chi-
nois ont quantité de bidets, parmi lefquels il s’en trouve d’une petitefle ex-
trême & d’une fort belle forme. Leurs felles différent un peu de celles d’'Ef
agne (n).
; ae », Chine a deux quadrupedes qui méritent particulièrement de l’at-
tention. Le premier eft une efpèce de chameau ou de dromadaire, qui n’eft
pas plus grand qu’un cheval commun, & qui.a fur le dos deux boffes couver-
tes d'un poil fort long; ce qui forme une forte de felle. La bofle du devant
paroît formée par l’épine du dos, & par la partie fupérieure de l'os de l’é-
aule, qui s'étend en arrière, à-peu-près comme l'excrefcence que les vaches
ndiennes ont fur les épaules. L'autre boffe touche à la croupe de l'animal. I]
a le col plus court & plus épais que les chameaux ordinaires | couvert d’un
poil épais, de la longueur de celui des chévres. La couleur en eft quelque-
fois d’un brun jaunâtre; & quelquefois elle tire fur le rouge avec un mélan-
ge de noir. Ses jambes ne font pas fi longues, ni fi menues à proportion,
ue celles du chameau ; ce qui paroît le rendre plus propre à porter des
ardeaux. |
L’auTRE animal eft une efpèce de chevreuil, que les Chinois nomment
H:isrotre
NATURELLE
DE LA CHIN£.
Hommes-
Ours,
Petits Cerfs
de Yun-nan.
Deux qu-
drupedes fin-
guliers,
Petit chæ-
MmEAU,
Chevreuil
Hyang-chang-tfe s mufqué.
Du Halde, pag. 14.
(b) la Guinée a de ces petits Cerfs.
(i) Cet Auteur écrit Fin-byung.
CR)
(QD)
(m) Du Halde, pag. 14.
Navarette, pag. 38. (n) Navarette, pag. 39.
On a vù, au Tome V, pag. 325. que
Ccc 2
HisToirre
N'ATURELLR
DE LA CHINr,
Comment il
produit le
Inufc,
Il fe nourrit
ferpens.
Preuve qu’il
vit de la chair
desferpens.
Sa figure.
388 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Hyang-chang-tfe, c'eft-à-dire, le Chevreuil odoriférant (o). 11 fe trouve non-
feutement dans les Provinces Méridionales, mais jufques dans la chaîne de
montagnes qui eft à quatre ou cinq lieuës de Peking du côté de l'Oueft. C’eft
une forte de Daïm fans cornes { p)» dont le poil eft noirâtre. Son petit fac
à mufc eft compofé d’une peau fort mince, revêtu de poil extrémement fin.
La chair en eft fort bonne & fe mange aux meilleures tables. Un Miflionaire
Jéfuite étant dans l’éxercice de fes fonétions au milieu des mêmes montagnes,
on lui apporta un mâle & une femelle de cette efpèce d'animaux, qui étoient
encore Chauds & faignans. !l acheta le mâle pour un écu; fans permettre
qu'on en retranchât le mufc, car on n’achete quelquefois que lachair. De peur
que le mufc ne s’évaporût, il fit couper auffi-tôt le fac, dont il fit lier l’ouver-
ture avec de la ficelle. Ceux qui ont la curiofité de le vouloir garder ne man.
quent point de le faire fécher foigneufement.
Le mufc s’engendre dans l’intérieur du fac, & s'attache à l’entour comme
une efpèce de fel. On en diftingue deux fortes, dont le plus précieuxeft celui
qui eft en grains & qui s'appelle Teu-pau-bvang. L'autre, qui fe nomme Thi.
byang, eft moins eftimé, parce qu'il eft trop petit & trop fin. La femelle ne
produit pas de mufc; ou du moins la fubftance qui fe trouve dans fon fac n’a
pas l'odeur du mufc, quoiqu'elle en ait l'apparence. On apprit au Miffionaire
que la nourriture ordinaire de cet animal eff la chair des ferpens. De quelque
groffeur qu’ils puiflent être, il les tue facilement, parce qu'à certaine diftance
ils font tellement faifis de l’odeur dumufc, que, s’affoibliffant tout-d'un-coup,
ils ne peuvent plus fe remuer. Ce qui paroît beaucoup mieux prouvé, c’eft
que les payfans, en allant au bois ou en faifant du charbon dans les monta.
gnes, n'ont pas de moyen plus sûr pour fe d'Hone de ces ferpens, dont la
morfure eft extrémement dangereufe, que de porter für eux quelques grains
de mufc. Avec cet antidote, 1ls dorment tranquillement für l'herbe après leur
dîner. ra
C& qui arriva au même Miffionaire, en retournant à Peking, femble con.
firmer que la chair des ferpens eft la principale nourriture du chevreuil muf.
qué. Ayant fait préparer pour fon fouper quelque partie de cet animal, il fe
trouva parmi les convives un Chinois qui haïfloit les ferpens jufqu’à fe trouver
mal lorfqu’on en parloit dans fa préfence. Comme il ignoroit ce qui-lui étoit
préfenté, le Miffionaire fe difpenfa de lui en parler, & fe fit au- contraire un
plaifir d’obferver fa contenance. Le Chinois prit du chevreuil, comme les au-
tres, dans le deflèin d’en manger; mais à peine eneut-il mis un morceau dans
fà bouche, qu’il féntit fon eftomac fe révolter. En un mot ilne voulut plus tou-
cher t cette viande, tandis que tous les autres en mangeoïent de fort bon ap-
etit (q). A
F NaAvarETT» neus apprend qu'il fe trouve un grand nombre de ces ani-
maux mufqués dans les Provinces de Chen-cheu-fi & de Chan-fi, où ils portent
le nom de Che. Suivant la deftription des Auteurs Chinois, ils ont le corps
d’un petit Daim, & le poil d'un Tygre ou d’un. Ours, Lorfqu'ils font preffés js
À ; es:
(Co) Hyang fignifie proprement odeur déu- (p) Onl’appelle dans cesmontagnes , Dai.
ce, ais il emporte auffi odoriférante lorfqu’il odoriférant. t'
eft joint avec un fubftantif; car il devient. a- (4) Du Halde, pag. 15: & 324
Jors adjectif.
criptic
LE
me La
tes. ê
gues
march
qu'une
Chinoi
ve dar
Bouc ;
préter
n'en p
nois &
nous à
ce de
Il ajoû
n'y pe
criptic
finge.
rouve non:
a chaîne de
Jueft. C'eft
on petit fac
1ement fin.
Mifionaire
montagnes,
qui étoient
permettre
ir. De peur
lier l’ouver-
ler ne man.
our comme
ux eft celui
omme Thi-
femelle ne
fon fac n’a
Miffionaire
De quelque
ne diftance
d'un-coup,
ouvé, c’eft
les monta.
ns, dont la
ques grains
e après leur
emble con-
vreuil muf.
imal, il fe
fe trouver
qui-lui étoit
ontraire un
nme les au-
jrceau dans
ut plus tou-
rt bon ap-
de ces ani-
ils portent
nt le corps
preflés par
les:
gnes, Dai.
À.
DE LA CHINE, Liv. I. Cnar. VIL 389
Jes Chaffeurs, ils grimpent fur les rochers, & mordent le petit fac mufqué qui
contient le mufc,; pour éviter le péril en détruifant leur tréfor. Mais cette
morfure leur caufe la mort. Cerécit, ajoûtel’Auteur, s'accorde avec l'opinion
publique. |
Le même Voyageur raconte qu’on trouve dans les mêmes Provinces un au-
tre animal, auquel il ne manque que le fac à mufc' pour reffembler au précé-
dent (r). Il fe vend, dit-il, pour fervir de nourriture commune, & les Mif-
fionaires eurent la curiofité d'en acheter un, en retournant de Peking à Can-
ton. Sa chair jette une odeur fi forte lorfqu’elle eft rôtie, que toute la Barque
en futparfumée. Au goût, on l’auroit prife pour une préparation de mufc. Ce-
pendant elle ne leur revolta point l’eftomac; mais ils fentirent que pour peu
que l'odeur eut été plus forte, il ne leur auroit pas été poffible d'en manger.
Les Chinois vantent beaucoup la Licorne, dans leurs difcours & dans leurs
écrits. Ils’ la regardentcomme un augure de profpérité. Ils la repréfentent fort
belle; & leurs Auteurs affürent qu’elle a le ventre d'un daim, le pied du che-
val, & la queue de la vache. Ils lui attribuent cinq couleurs différentes. Elle
a, difent-ils, le ventre jaune. Sa corne eft haute de deux pieds & couverte
de chair. C'eft un animal fort doux & l’emblême de lafélicité. Mais cette def-
cription, ajoûte Navarette, a trop l'air de la fable du Phœnix.
Le même Voyageur parle de deux animaux fort étranges. L'un, quifenom-
me Lang, a les jambes de devant fort longues & celles de derrière fort cour-
tes. Au-contraire, l’autre, nommé Pwey ou Poy a celles de derrière fort lon-
gues & celles de devant fort courtes. Comme ces deux animaux ne peuvent
marcher feuls, ils fe joignent enfemble (5) & ne compofent en quelque façon
qu'une feule bête, qui fe remue par le moyen des quatre longues jambes. Les
Chinois donnent le nom de Lang-pey aux pauvres miférables qui ne peuvent ga-
gner leur vie par le travail, comme pour fignifier qu’ils ont befoin de l’afliftan.
ce d'autrui. ;
ON nomme encore, entrelesanimaux extraordinaires, le ang, quifetrou-
ve dans les montagnes de !a Province de Nan-king. Sa forme eft celle d’un
Bouc; mais quoiqu'il ait un nez & des oreilles, il n’a pas de gueule, & l'on
prétend qu’il fe nourrit d'air (+). Il faut obferver néanmoins que Navarette
n’en parle pas fur le témoignage de fes propres yeux, mais fur celui des Chi-
nois & de leurs Livres, quoiqu'il paroifle d’ailleurs perfuadé du fait. Du Halde
nous avertit que les Miffionaires ne purent fe procurer une éxaéte connoiffan-
ce de tous les animaux rares qui fe trouvent dans les montagnes de la Chine.
Il ajoûte que ce que les Chinois racontent de plufieurs a l'air fi fabuleux qu’on
n'y peut donner aucune confiance. À l'égard du Sin-fin, il croit, fur la def-
cription qu'on en fait dans toute la Province de Se-chuen, que c’eftune forte de
finge. On le repréfente de la grandeur d’un homme médiocre. Il a.plus de
reffemblance que les autres finges avec l’efpèce humaine, foit par fesaétions,
foit par la facilité avec laquelle il marche fur fes pieds de derrière (v).
Cr) Il paroît que c'eft ici la feinelle des a-
nimaux de la même efpèce.
(s) Malheureufement les Auteurs n'ex-
pliquent pas la poffibilité de cette marche,
& l'an. ne voit pas trop qu’elle puilfe être
conçûe.
(&) Defcription de la Chine par Navarette..
pag. 38. & fuiv.
Qu) Chine du Père du Halde, pag. 14,
Ccc 3
_HrsToinre
NATURELLE
pe LA CHINE.
Autre ani-
ral mufqué,
Licorne de
la Chine.
Deux ani-
maux fort é-
tranges.
Le Jang, 2°
ninal qui vit.
d'air.
L'homme:
{inge..
G VL.
HISTOIRE
NATURELLE
nu LA CHINE:
Combien la
Chine a de
* poiffons.
Cominent le
fray de poiffon
fe tranfporte
& fe nourrit.
Marfouins
de rivière.
Le poiffon
ariné,
VOYAGES DANS L'EMPIRE
ç. V I.
Poif]n d'eau douce.
| és Chine offre une prodigieufe abondance de poiflons. Les Rivières, les
lacs, les étangs & les canaux mêmes en font remplis. Il fourmille juf-
ques dans les foffés qu’on creufe au milieu des champs, pour conferver l’eau
qui fert à la produétion du riz. Ces foffés font remplis de fray. ou d'œufs de
poiflons , dont les Propriétaires des champs tirent un profit confidérable. On
voit tous les ans, fur la grande Rivière de Yang-tfe-kyang , à peu de diftan-
ce de Kyen-king-fu dans la Province de Kyang-fi, un nombre furprenant de
Barques, qui fe raflémblent pour acheter de ce fray. Vers le mois de May
les Habitans du Pays bouchent la Rivière en plufieurs endroits, dans l'efpace
de neuf ou dix lieuës, avec des nattes &-des claies, qui ne laiffent d’ouver-
ture que pour le paflage d'une Barque, afin d'arrêter le fray qu'ils fçavent
diftinguer au premier coup d'œil, quoique l’eau n’en foit prefque point alté-
rée. {ls rempliflent des tonneaux d’un mélange d’eau & de fray, pour les
vendre aux Marchands qui les tranfportent en diverfes Provinces , avec l'at-
tention de remuer cette eau de tems en tems. Cette eau fe vend par mefure
à ceux qui poflédent des étangs. Dans l’efpace de peu de jours, le jeune
fray commence à paroître en petits bancs; & dans cette petitefle qui le rend
prefqu’imperceptible on le nourrit de lentilles de marais, ou de jaunes d'œufs,
à peu près comme on élève en Europe les animaux domeftiques. Le gros
poiflon fe conferve avec de la glace. On en remplit de grandes barques,
dans lefquelles on le tranfporte jufqu’àa Peking. Le profit monte quelquefois
au centuple de la dépenfe, parce que le Peuple fe nourrit prefqu'unique-
ment de poiflon. On en tire des Rivières & des Lacs pour peupler les ca-
naux. Ilen vient aufi de la Mer, qui remonte affez loin dans les Rivières.
On en prend quelquefois de très-gros à plus de cent cinquante lieuës de la
Côte (4).
Dans la Rivière du Yang-tfe-kyang, à plus de foixante lieuës de la Mer,
on voit des marfouins , que les Chinois nomment Xyang-chu, c’eft-à-dire,
Porcs de Rivières. (b). Ils font plus petits que ceux de l'Ocean; mais ils
nagent en troupes, au long des rives, avec les mêmes fauts & les mêmes
évolutions (c). Enfin l’Europe a peu de poiflons qui ne fe trouvent à la
Chine. Les lamproies, les carpes , les foles, les faumons, les truites, les
efturgcons y font communs. Elle en a quantité d’autres qui nous font incon-
nus & dont le goût eft excellent. Mais l'attention des Miflionaires étoit fi
remplie:par leurs occupations Géographiques, pendant le voyage qu'ils firent
dans les Provinces, qu'ils n’eurent pas de loifir de refte pour obferver tou-
tes les différentes efpèces dont on leur fit la defcription. Ils s’arrétèrent feu-
lement à quelques-uns, qui leur parurent les plus remarquables. Tel fut le
Cho-kya-yu,; c’eft-à-dire, le Poiffon armé, ainfi nommé, parce que fon dos, fon
ventre & fes côtés font couverts d’écailles pointues, qui font placées de
ur
(a) Du Halde, pag. 19 & 315. (c) Du Halde, pag. 354
(b) Voyez ci deflus,
fur l’au
enviro
me.
DA
le Poil]
fes deu
prendro
près des
on en p
Uxc
de Mer
gucres [
viéres oO
river de
de poiffd
coniom
ce de F«
ui fe
on abo
de granc
miflion d
achetent
calle fur
pendant
DEP
quantité
Kyang-n
Jaune, f
par la di
eft entré
le. vendi
marché.
ON p
kyang, V
lieuë de
jaune.
cens livr
dans cer!
Lac de
La m
que les (
pars un
grofe qt
Ifle voi
Mar:
(4) Le
(e) Ou
ères, les
mille juf-
rver l’eau
l'œufs de
able. On
je diftan-
enant de
de May,
; l’efpace
d'ouver-
s fçavent
int alté-
pour les
ivec l'at-
r mefure
le jeune
li le rend
s d'œufs,
Le gros
barques ,
elquefois
q'unique-
les ca-
ivières.,
ës de la
la Mer,
-a-dire,
mais ils
mêmes
ent à la
ites, les
t incon-
étoit fi
ils firent
er tou-
ent feu-
] fut le
dos, fon
es l’une
far
DE LA CHINE, Liv. Il Crnar. VII. 30
fur l’autre en lignes droites, comme les tuiles du toît d’une maifon. II pèfe
environ quarante livres. C'eft un poiffon admirable & d’une blancheur extré.
me. Son goût reflemble affez à celui du veau.
Dans les tems calmes on prend un autre poiffon fort délicat, qui s'appel-
le Poiffon farine, à caufe de fa blancheur extraordinaire; fans compter que
fes deux yeux, qui font noirs, fe trouvent renfermés dans deux cercles qu'on
prendroit pour de l'argent fort luifant. On en voit des bancs fi prodigieux,
près des Côtes Maritimes de la Province de Kyang-nan, que d'un coup de filet
on en prend quelquefois quatre quintaux.
U x des meilleurs HU qui fe trouvent à la Chine reffemble à la brême
de Mer. On le prend dans la quatrième & cinquième Lune. Il ne fe vend
guères plus d’un fol la livre; & le double, au plus, à vingt lieuës des Ri-
vières où il fe prend. Lorfque le tems de cette pêche eft paflé, on voit ar-
river des Côtes de Che-kyang de grandes Barques chargées d’une autre efpèce
de poiffon frais, qui reflemble à la morue de ‘Terre-neuve. Il s’en fait une
confommation incroyable dans la faifon qui lui eft propre, depuis la Provin-
ce de Fo-kyen jufqu à celles de Chan-tong, outre une quantité prodigieufe
ui fe vend falée dans le lieu même de la pêche. Ce qui doit faire juger de
on abondance, c’eft qu’il fe donne à vil prix, quoique les Marchands faflent
de grands frais pour s’en procurer. Ils font d’abord obligés d'obtenir la per-
million des Mandarins pour ce commerce. Enfuite, louant une Barque, ils
achetent le poiflon aufñfi-tôt qu'il eft forti de l’eau, & le mettent à fond de
calle fur des couches de fel, qui fervent à le conferver dans le tranfport,
pendant les plus grandes chaleurs.
Depuis la fixième Lune jufqu’a la neuvième, on apporte aufñli un grande
quantité de poiflon falé des Côtes Maritimes. On trouve dans la Province de
Kyang-nan un fort gros poiflon, qui, venant de la Mer ou de la Rivière
Jaune, fe jette dans de vaftes plaines qu'on a pris foin de couvrir d’eau. Mais,
par la difpofition du terrain, on peut la faire écouler aufñli-tôt que le poiffon y
eft entré; de forte que demeurant à fec il eft pris facilement. On le fale pour
le. vendre aux Marchands , qui en chargent leurs Barques à très-bon
marché.
ON prend toutes fortes d’excellent poiflon dans la Rivière de Yans-tfe-
kyang, vis-à-vis la grande Ville de Xyen-kyang-"* , où elle a plus d’une dem:
lieuë de largeur; mais on y diflingue entr’aut: .: 1e Æ7’hang-yu ou le Poiffen-
jaune. Sa groffeur eft extracrdinaire. Il s’en trouve qui pèfent jufqu’à huit
cens livres. La chair en eft ferme & d’un goût exquis. On ne le prend que
dans certaines faifons, lorfqu’il pafle du Tong-ting-bu, qui fe nomme aufli le
Lac de Ÿan-cheu, dans cette Rivière (d). .
La même Rivière a, près de Nan-king, une fameufe Pécherie d’alofes,
que les Chinois nomment Che-yu. La pêche s’y fait aux mois d’Avril & de May.
Dans un autre endroit, mais aflez éloigné de Nan-king , on prend une fi
grofle quantité du même poiflon, qu’on le tranfporte fouvent a Tfong-ning,
Îfle voifine, où il fe vend à trés-vil prix.
Mais le plus remarquable de tous ces poiflons eft le Xin-yu ou le (e) Poiffon
HrerTorre
NATURELLE
DE LA Caine.
n
Poifon fari-
Ce
Brême Chi-
noife,
0
Poiffon falé
e Mer.
Le Whang-
yu,oule poi-
fon jaune,
Pécherie
d’alofes.
Le Kin-yu ou
d'or la dorade.
(4) Le même, pag. 315.
(e) Ouf l’on veut, la Dorade; car c'en eft une efpèce. R, 4. T.
Hrsrotrne
NATURE. LE
DE LA CHINE,
Comment el-
les fe nourrif-
fent en hyver.
D'où elles
viennent.
Leur figure.
Précautions
péceffaires
pour les con-
èrver,
899 VOYAGES DANS L'EMPIRE
\ e nourrit, foit dans de petits étangs faits pour cet ufage, qui fervent
Pas aux maifons de A des Princes & des Seigneurs, foit dans des
baffins plus profonds que larges. On le prend auffi petit qu'il eftpoñible, parce
que le plus petit pafle pour le plus beau & qu'on en peut nourrirun plus grand
nombre. Les plus jolies dorades Chinoifes font d'un beau rouge, comme ta-
cheté de poudre d’or, fur-tout vers la queue, qui fe termine en fourche par
deux ou trois pointes. Quelques-unes font de couleur d'argent; d'autres font
blanches; d’autres marquetées de rouge (f). Les deux efpèces font égale-
ment vives & aétives. Elles fe plaifent à jouer fur la furface de l'eau. Mais
elles font fi délicates que la moindre impreflion de l'air en fait mourir un rand
nombre. Dans les étangs, les dorades font de différentes grandeurs. 1] s’en
trouve de plus groffes que les plus grandes Pelamides (g). On les accoutume
à gagner le foramet de l'eau, au bruit d’une creffelle dont on fe fert pour leur
donner à manger. La meilleure méthode pour les conferver eft de ne leur
rien donner en hyver. 1l eft certain que pendant trois ou quatre mois on ne
les nourrit pas à Peking, c'eft-à-dire, pendant toute la durée da grand froid.
On n'expliqueroit pas facilement de quoi elles vivent fous la glace ; à moins
u’elles ne trouvent de petits vers dans les racines des herbes qui croiffent au fond
es étangs, Ou que ces racines mêmes, amollies par l'eau , ne deviennent
propres à leur fervir d'aliment. Souvent, la crainte qu'elles ne foient in-
commodées du froid les fait prendre dans les maifons, où elles font gardées
foigneufement dans des vafes de porcelaine, mais fans aucune nourriture.
Vers le printems on les remet dans leurs baflins. Les perfonnes du plus haut
rang prennent plaifir à les nourrir de leur propre main, & pañlent quelques
heures à obferver l'agilité de leurs ouvemens.
Ce poiflon, ou du moins le plus joli de fon efpèce, fe prend dans un Lac
de la Province de Che-kyang, près de la grande Ville de Chang-wha-hyen,
dans le diftriét de Han-cheu-fu, au pied de la Montagne de Tfyen-king. Ce.
pendant, comme ce Lac a peu d'étendue (h), il n'eft pas vraifemblable que
toutes les dorades de la Chine viennent de-là, fur:tout celles de QuAng-tong
& de Fo-kyen, deux Provinces où la propagation s'en fait heureufément Qi).
Suivant le Père le Comte, la longueur ordinaire de ces dorades eft d’un
doigt. Elles font d'une grofleur proportionnée, & trés-bien faites dans cette
petite taille. Le mâle hf d’un beau rouge, depuis la tête jiqu à plus de la
moitié du corps. Le refte, en y comprenant la queue, eft doré, & d'un
luftre fi éclatant, que nos plus belles dorures n’en approchent point. La fe.
melle eft blanche. Sa queue & quelques autrés parties du corps reffemblent
parfaitement à l’argent. En général, la queue des doradés n’eft pas unie &
plate comme celle des autres poittne d is ns a forte de touffe, lon-
paille, qui ajoûte queique chofe à leur beauté. |
ere “Fañins pa leur fivent dhshiiations font grands & profonds. L’ufa-
ge eft de mettre au fond de l'eau un pot de terre renverfé & percé de ls
perc fau’ellles d’un doigt de longueur, les plus jolies fe ven-
(f) Elles perdent leur Jluftre lorfqu’e di ir
font mortes, comme on l'a remarqué dans dent trois ou q , PNR
sr i été n Angle- b) Il n’a pas plus de deux cens arpens,
queue unes qui ont été apportées e [4 6 1) Du Hide Mas be
(à) Quoiqu'elles n'aient prefque jamaisplus
L
de reffen
qu'elle
tefle ef
la préc
Ainfi le
vertes,
de lieu
main,
en lang
attaché:
tranfpo
teur ob!
fondre «
qu'elles
tent de
que les
aiment |
Dan
pourvû
de foin;
leil, juf
d’abord
Ja plûpai
gent. (
roître.
ture part
Les I
nois qui
quoi viv
I. CE
melle, ©
les ont a
parties,
2.
on en vo
3. Le
4. O
ou du m
quelquefd
eft une
n'aiment
de quelq
5. LE
vafe, EI
des réfer
PTIT.
ni fervent
t dans des
ble, parce
lus grand
omme ta-
urche par
utres font
nt égale-
au. Mais
un grand
rs. Il s’en
ccoutume
pour leur
le ne leur
lois on ne
and froid.
, à moins
nt au fond
eviennent
foient in-
nt gardées
lourriture.
à plus haut
t quelques
ns un Lac
wha-hyen,
ing. Ce-
blable que
uang-tong
ement (i).
les eft d’un
dans cette
plus de la
s, & d'un
nt. La fe.
effemblent
as unie &
buffe, lon-
as. L’ufa-
trous, afin
qu'elles
jolies fe ven-
ns arpens,
DE LA CHINE,Laiv.lIl Crar. VIl. 393
qu'elles puiffent s’y mettre à couvert de la chaleur du Soleil; car leur délica-
teffe eft extrême. C 1: change l’eau deux ou trois fois la femaine; mais avec
la précaution de faire entrer l'eau fraîche à mefure que l'ancienne s'écoule.
Ainfi le baffin n’eft jamais à fec. On jette aufi fur la furface certaines herbes
vertes, qui entretiennent la fraîcheur. Lorfqu'on eft obligé de faire changer
de lieu au poiflon, l'attention elt extrême pour ne les pas toucher avec la
main, parce qu’elles ne manqueroient pas d'en mourir ou de tomber du moins
en langueur. On les prend par degrés avec un petit filet dont l'ouverture eft
attachée autour d'un cerceau ; & d’un tiffu fi ferré, qu'on a le tems de les
tranfporter dans l’eau fraîche avant que la vieille foit tout-à-fait écoulée. L’Au-
teur obferva, fur Mer, que chaque fois qu’on tiroit le canon & qu'on faifoit
fondre du goudron ou de la poix, il en mouroit toûjours quelques-unes. Quoi-
qu’elles vivent prefque de rien, ceux qui font chargés de les nourrir leur jet-
tent de tems en tems de petites piéces de pâte. Mais rien ne leur eft fi bon
que les oublies, qui forment, en fe détrempant, une forte de papin qu'elles
aiment beaucoup.
Dans les Régions chaudes de l'Empire, elles multiplient exceffivement,
pourvû que le fray qui nâge fur la furface de l’eau foit enlevé avec beaucoup
de foin; fans quoi elles le dévorent. On le met dans un vafe expofé au So-
leil, jufqu’a ce que la chaleur ait animé les jeunes dorades. Elles paroiffent
d’abord tout-à-fait noires, & quelques-unes confervent cette couleur. Mais
Ja plûpart deviennent par degrés, rouges ou blanches, couleur d’or ou d’ar-
gent. C'eft à l'extrémité de la queue que l'or & l'argent commencent à pa-
roître. Ils s’étendent plus ou moins vers lé” milieu du corps, fuivant la na-
ture particulière de chaque dorade (k&). ‘
Les Mifionaires fe procurèrent les informations fuivantes de quelques Chi-
nois qui faifoient'le commerce de ces petits poiflons, & qui en retiroient de-
quoi vivre honnêtement.
1. CE n'eft pas la couleur blanche ou rouge qui diftingue le mâle de la fe-
melle. On connoîtles dorades femeiles à plufieurs petites taches blanches qu’el-
les ont autour des ouies, & aux petites nâgeoires qui font près des mêmes
parties. Ces endroits au-contraire font fort luifans dans les mâles.
2. QUuorQuE la longueur des dorades ne foit ordinairement que d’un doigt,
on en voit de la grofieur & de la longueur des plus, gros harangs.
g. LEUR queue, qui eft ordinairement en forme de touffe, ne laifle pas
de reffembler quelquefois à celle des autres poiflons.
4. OUTRE les petites boules depâte, on leur jette des jaunes d'œufs durs,
ou du maigre de porc féché au Soleil & réduit en poudre très-fine. On met
quelquefois des limaçons dans leurs bafins. La glue qui s’attache aux parois
eft une nourritureexcellente, qu’elles enlevent avec beaucoup d'avidité. Elles
n'aiment pas moins certains petits vers rougeâtres, qui fe trouvent dans l’eau
de quelques réfervoirs.
5. LEs dorades multiplient rarement lorfqu’elles font renfermées dans un
vafe. Elles y font trop à l’étroit. Pour la propagation, il faut les mettre dans
des réfervoirs d’eau courante, qui ayent quelques endroits RER .
, LEAU
(k) Le Comte, pag. 113. Du Halde, 315.
PIIT. Part. Ddd
HtsTorne
NATURELLE
b£ LA Cine,
Comment
elles multi-
plient.
Avis Chinoi?
pour la'con-
fervation des
dorades.
TH. gd: Da GE ts Lg 2 ou Sa» ane hic 3 Ne robé GP P E— ad
394 VOYAGES DANS L'EMPIRE
6. L'Eau de puits dont on remplit les vafes doit repofer cinq ou fix heures
avant qu’on y mette les dorades. Autrement elle feroit trop crue & fort mal.
faine.
7. Lorsque le poiffon pu fon fray, versle commencement du mois de Mai,
il faut jetter de l’herbe fur la furface de l'eau, afin que le fray puifle s'y atta.
cher. Aprés ce tems, & lorfqu’on s’apperçoit que les mâles celfent de fuivre
les femelles, on tranfporte le poiffon dans un autre lieu, & le fray doit refter
expofé au Soleil l'efpace de trois ou quatre jours. Enfuite on en laifle pañfer
uarante ou cinquante, au bout defquels l’eau doit étre chan ée, parce quele
ray commence à prendre diftinétement la forme de poiflon D).
QE ELQU'IDÉE qu'on puifle fe former des dorades, leur beauté n'approche
pas de la laideur d'un autre poiffon qui fe nomme Hay-/eng. C’eft néanmoins
une nourriture fi commune à la Chine, qu’on en fert prefqu'à chaque repas.
On voit flotter les Hay-/engs près des Côtes de Chan-tong & de Fo-kyen. Nos
Miflionaires les prirent d'abord pour autant de mafles inanimées ; mais un de
ces animaux, que les Matelots Chinois péchèrent par leur ordre, nâgea.fort
bien dans lebaffin où ils le firent mettre. 11 y vécut même aflez long-tems. Sur
ce qu’on les avoit toûjours afluré qu’il a quatre yeux & fix pieds, & que fa fi-
ure reffemble à celle du foie humain, ils prirent la réfolution de l'éxaminer
Aiéneufitnet. Mais ils ne découvrirent que deux endroits qu’ils puffent pren-
dre pour des yeux, aux marques de crainte que l'animal donnoit orfqu'ils paf-
foient la main par-devant. A l'égard des pieds, fi tout ce qui lui fert à fe mou-
voir devoit porter ce nom, on en pourroit compter autant quil a de petits
boutons ou de petites excrefcences autour du corps. Il eft d’ailleurs fans os &
fans aucune efpèce de À ps Il meurt auñli-tôt qu’il eft prefté dans les mains.
Mais un peu de fel fuffifant pour le conferver, on le tranfporte danstoutesles
parties de l'Empire. Les Miffionaires ne le trouvèrent pas excellent, quoique
les Chinois le regardent comme un de leurs mêts les plus délicats (m).
Le Comte nous apprend qu'on trouve dans l’Ifle de Hay-nan un Lac ou une
Fontaine dont l’eau pétrifie le poiffon. Ilen apporta lui-même une écrevifle,
dont la métamorphofe étoit fi avancée qu’elle avoit déja le corps & les pattes
fort durs & peu différens de la pierre (n). Cependant les Miffionaires qui vi.
fitèrent toutes les Provinces de l’Empire, prétendent, fur le témoignage des
Habitans, que l’Ifle de Hay-nan n’a pas de Lac auquel on puiffe attribuer cette
vertu (0). Mais ils femblent reconnoître qu'entre cette Ifle & les Côtes de
Kan-cheu dansla Province de Quan-tong, on trouve une efpèce d’écrevifle qui
eft fujette à fe pétrifier fans perdre fa forme naturelle. Ils ajoûtent que c’eft un.
fpécifique contre les fiévres ardentes & malignes (p).
(4) Du Halde, pag. 316 (o) Voyez ci-deffüus.
(m) DuHalde, 20. (2) Du Halde, pag. 20.
(n) Le Comte, pag. 112:
HISTOIRE:
fix heures
fort mal.
is de Mai,
fe s'y atta-
de füuivre
doit refter
iffe pañler
arce que le
approche
néanmoins
que repas.
yen. INos
nais un de
âgea fort
tems. Sur
: que fa fi-
’'éxaminer
Tent pren-
qu’ils paf-
à fe mou-
de petits
fans os &
les mains.
stoutes les
, quoique
Lac ou une
écrevifle,
: les pattes
res qui vi-
ignage des
buer cette
s Côtes de
revifle qui
que c'eft un.
| ot te CET PA TITUTIU
er ee ane HUINMEC (JNepaert , & qui paflèrent quelque-tems
dans les terres. Mais c’eft au Leéteur à juger de la confiance qu'il doit prendre
à leur témoignage, après l'avoir comparé avec les Obfervations dont leur
récit fera précedé. Elles font du Pére Regis, un des Miffionaires qui fu-
rent employés à dreflèr la Carte de la Chine, & le Père du Halde en a publié
Ddd 2 __ l'Éxtrait
L. L. Li Li] LL L. el L.] L.] L..] _ L. nl _ Le) L. _ nl
9 # H
CA
AVR let
O7 GOLFE DpgE
g-ésyenske /
Tvuur
LYAU TON G
px
Len -ta =: 48
Chang -yvé E
Avat - audi
TEN-CHEW-FU NU AR
———— Tiyau-tonc ga
HR
Tivang-wh a ÿià
Fe-vano-tat E
Yan-shan-ta :
& #
ù VÆ N -
RTE KuY EU KircherS gr
tee fur la Carte Ÿ
‘ N
ae irdoise .
Volgens de Hollandfe Kaarten ? È
Ù
ct a it D A D EF
Er: dx. } 240 141 42 #3 485 F Etes f ; ns
&i Zongitude dè st de Fer. 4 +, A ” TT FR
RAARY vant LANDSCHAP QUAN-TON Gr of LYAU-T( DIN Gjen van't KONINGRYK KAD Tip
HisTO:
NaTURi
DE LA Ci
Hay-fe
poiffon
extrême
deur.
Obfery
des Miff
res {ur le
feng.
HISTOIRE
*) faux Cure
y eft-il ja
Pays. On
voile, dit
dans les ti
à leur tén
récit fera
rent empl
HISTOIRE
G E N E R A LE
DES VOYAGES
DEPUIS LE COMMENCEMENT DU XV°. SIÉCLE.
HUITIÈEME PARTIE.
LIVRE TROISIEME.
GRR D fc D ED <> QG HE GE ER MER ESS
DESCRIPTION DE LA CORE’E, DE LA
TARTARIE ORIENTALE ET DU TIBET.
CHAPITRE PREMIER.
Obfervations Géographiques & Hifloire de la Corée, par le Père Fean-Baptifte
Regis, Féluite.
INTRODUCTION.
SÆAUOIQUE le Royaume°de Corée ne foit que tributaire de la
ANNV4 Chine, fa fituation étant ä l'extrémité de l’Afie, notre métho-
Æ\)) 9 de, qui eft d'avancer de l'EfE à l'Oueit, nousoblige de le placer,
dans ce Recueil, avant cette partie de la ‘Fartarie qui dépend
immédiatement de l'Empire Chinois.
: Nos Mémoires font fort ftériles fur la Corée. Peu de Vaif-
:) feaux Européens ont reliché fur cetie Côte. A peine aucun Hahitant de l'Oueft
y eft-il jamais defcendu, pour tirer quelques informations des Naëur ls du
Pays. On trouve à la vérité une Rélation de quelques Hollandoiïs, qu y firent
voile, dit-on, d’une Ifle nommée Queipaert , & qui paflèrent quelque-tems
dans les terres. Mais ç’eft au Leéteur à juger de la confiance qu'il doit prendre
à leur témoignage, après l'avoir comparé avec les Obfervations dont leur
récit fera précedé. Elles font du Pére legis, un des Miffionaires qui fu-
rent employés à dreffer la Carte de la Chine, & le Père du Halde en a publié
Ddd 2 l'Excrait
On a peu de
hières fur ie
KRoyauine de
la Corée,
LL
396 VOYAGES DANS LEMPIRE
insrroouc- l'Extrait (a). Ce Miffionaire Géographe n’avoit pas fait le Voyage de la Co-
TSON. rée; mais il avoit fuivi, d’une Mer à l’autre, les limites de ce Royaume du
côté du Nord. Des trois autres côtés la Corée eft environnée d’eau, & cet-
. » , , ,
te obfervation a vérifié qu’on s’eft trompé long-tems en la prenant pour une
Ifle. ‘
D'oùlePére Recis avoit tiré fes informations fur l’intérieur du Pays, d'un Seigneur
Si NA Tartare envoyé par l'Empereur Kang-bi au Roi de la Corée, Mais ce Député,
tions. reflerré dans des bornes fort étroites , n'avoit pû faire des remarques bien
confidérables. 11 ne fera point inutile, à cette occafion, de citer les termes de
Regis. ,, Les Ambañladeurs de la Corée font peu refpeétés à la Chine, parce
» qu'ils ne repréfentent qu'un Prince Tributaire. Ils ne font pas même pla-
cés entre les Mandarins du fecond Ordre. On.commence par les renfer-
mer dans leur logement; & lorfau’on leur accorde la liberté de fortir, ils
# font environnés d’efpions, fous l'apparence de cortége. Le Seigneur Tar:
tare, fuivant le récit des Miflionaires, n’avoit pas été beaucoup plus libre à
la Corée. Il avoit été continuellement obfervé par des furveillans, qui com-
.muniquoient fans cefle à la Cour chaque mot qui fortoit de fa bouche ;’ par le
. moyen d’un certain nombre d'hommes, placés de diftance en diftance le
long des rues {b). :
LE
29
Maïs, quoiqu'un peu tard, nous concevons
qu’il vaut micux citer ici les pages de l'origi-
nal l'rançois, ainfi dans la fuite, quand on
verra le Père Du Halde cité, il faut entendre
ces citations de l'Edition Françoife, faite en
Hollande ën 4°; & divifée en IV. Volumes,
R. d. E.
(b) Du Halde, Vol. IV. pag. 532.
(a) Cet Ouvrage fe trouve dans le quatriè-
me Tome de la Chine du Père du Halde, fous
le titre d’Obfervations Géographiques fur le
Royaume de Corée, tirées des Mémoires du Père
Regis ,avec un Abregé de l'Hifloire de la Corée.
Remarquons ici que les Auteurs Anglnis citent
toûüjours l'Edition Angloife de la Chine de Du
Halde; & jufques ici nous avons fuivi leurs
citations, précédés en cela par le Traduéteur.
f I
à
DescrirTion
DE LA Ont} PPS JE é L
Fe Obfervations Géographiques fur la Corée.
Diversnoms T ES Chinois donnent à la Corée le nom de Xa-li, & quelquefois, dans
Fu e0iee: leurs Livres, celui de Chau-tfyen. Les Tartares Mancheous l'appellent Suj/.
Sesbornes& Elle a portédivers autres noms, qui font peu importans. Ses bornes, au Nord
fon étendue, & àl'Eft, font le Pays des T'artares [ Orientaux, connus fous le nom de]
| Mancheous. A l'Oueff elle cft bordée par la Province Chinoïfe qui fe nom-
me Lyautong où Quan-tong, & féparée de la Tartarie Orientale par une palif-
| fade de bois que les Chinois appellent Mu-teou-ching, c’eft-à-dire, Muraille de
| bois. À l’Eft & au Sud, elle eft environnée de la Mer. Elle s'étend de tren-
| te-quatre à quarante-trois degrés de latitude; & fa plus grande largeur, de
| l'Eit à l’Oueft, eft de fix degrés.
Comment! UN Seigneur Tartare, que l'Empereur avoit envoyé à la Corée, accompa-
Mifionaires _gné d'un petit Mandarin du Tribunal des Mathématiques, en apporta la Car-
qe Darvenus te du Pays, qui eft fufpendue dans le Palais du Roi. ‘Sa commuiifion l'ayant
es conduit jufqu’à la Capitale, il mefura, par une ligne, le chemin qui mêne
de Fong-vhang-ching à cette Ville. Comme elle eft fituée à l'extrémité Orien-
Corée, N ;
tale de la paliMade de Quan-tong, c'eft à l'EI de fa fituation qu cl à DURS
la Fro:
cheous
les de
nes &
sn a (
Sa lon,
ques,
Cor?
Maritir
te poui
bliée,
eftlap
y pure
COUrS
Jeurs la
déterm
dans le
avoient
nutes d
du moir
Sud &
Les
les Chir
Cartes 1
gnifiant
fource «
Les Chi
dire,
font tou
cours de
mefures
CET:
principa
prenoit |
nies, ell
Kau- li.
La C
ou grand
huit che
fième ra
King-bi,
nomme
Pays des
de Mer H
(a) Du
€b) C'et
de la Co-
aume du
, À cet-
pour une
Seigneur
Député,
ques bien
termes de
1e, parce
nême pla-
es renfer-
fortir, ils
neur Tar:
us libre à
qui com-
he,” par le
iftance Île
g CONCCVON3
es de l'origi-
, quand on
faut entendre
ife, faite en
V,. Volumes,
532:
ois, dans
Ilent Soiho.
, au Nord
nom de ]f
ni fe nom-
une palif-
furaille de
id de tren-
geur , de
accompa-
ta la Car-
on l'ayant
qui mêne
ité Orien-
à préfent
la
DE LA CHINE, Liv. Ill. Cuar.lI.
la Fronticre de la Corée. Après la conquête de ce Royaume par Îcs Man-
cheous, qui précéda celle de la Chine, on étoit convenu qu'il refteroit entre
les deux États un efpace inhabité, qui eft marqué dans les Cartes par des li-
gnes & par des points. Les Miffionaires trouvèrent que lFong-whang-ching
eft à quarante degrés, trente minutes vingt fecondes de latitude du Nord.
Sa longitude, du Méridien de Peking, fe trouve, par les mefures géometri-
ques, de fept degrés quarante-deux minutes Eft.
Comme l’Auteur & fes compagnons n’eurent pas l’occafion de vifiter la Côte
Maritime, ni les parties intérieures du Royaume, ils ne donnent pas leur Car-
te pour complette, mais feulement pour la meilleure qui ait encore été pu-
bliée. Après avoir mefuré géométriquement toute la frontière du Nord, où
eft la plus grande largeur de la Corée; & la partie de l’Oueft auffi loin qu’ils
y purent pénétrer, en fixant toûjours les hauteurs, ils fe fervirent de ces fe-
cours pour réduire les autres parties aux vrais termes de longitude. D’ail-
leurs la mefure du Seigneur Tartare depuis Fong-whang-ching , & la hauteur
déterminée de la Capitale du Royaume les mirent en état de proportionner
dans leur Carte les diftances des autres Places. Les Mathématiciens Chinois
avoient trouvé que cette hauteur étoit de trente-fept degrés, trente-huit mi-
nutes & vingt fecondes: ce qui aflure la longueur du Septentrion au Midi,
du moins pour cinq degrés & demi. Ainfi, avec quelques obfervations du
Sud & de l’'Eft, on ajufteroit aflez bien la fituation de la Corée.
Les principales rivières de cette Péninfule font le Ya-lu & le Tu-men, que
les Chinois nomment Ta-lu-kyang & Tu-men-kyang, mais qui portent dans les
Cartes leurs noms Mancheous de Ta-lu-ula & de Tu-men-ula; Kyang & Ula fi-
gnifiant rivière dans les langues des deux Nations. Eiles ont toutes deux leur
fource dans la même montagne , qui eft une des plus hautes de l'Univers.
Les Chinois l’appellent Chang-pe-chan, & les Manchcous Chan-alin , c’eft-à-
dire, Montagne toijours blanche. L'une coule à l'Oueft & l’autre à l'Eft. Eiles
font toutes deux profondes, aflez rapides, & l’eau en eft excellente. Pour le
cours des autres rivières, les Miflionaires ne les ayant pas vûes ont fuivi les
mefures Coréennes (a).
CETTE Région étoit anciennement habitée par diverfes Nations, dont les
principales étoient les Més, les Kau-kyu-lis, & les Hans. La dernière com-
prenoit les Ma-buns, les Pyen-bans & les Chin-hans. Mais, s’étant enfin réu-
nies, elles compofèrent un feul Royaume, fous le nom de Chuut-fyen ou de
Kau-li.
LA Corée eff divifée en huit Provinces, qui contiennent quarante Xyur,
ou grandes Cités (D), trente-trois Fus ou Villes du premier rang, cinquante-
huit cheus ou Villes du fecond rang, & foixante-dix hyens ou Villes du troi-
fième rang. La première Province fait le centre du Royaume & s'appelle
King-bi, c'eft-à-dire, Province de la Cour. La feconde, qui eft à l'Eft, fe
nomme X'yang-ywen, c’eft-à-dire, fource de la rivière. C'étoit autrefois le
Pays des Més. La troifième, à l'Oueft, qui porte le nom de #ang-hay ou
de Mer jaune, renferme une partie de l'ancien Chau-tfyen & le Pays des’ AMa-
buis,
(a) Du Halde, Vol. IV. pag. 529, & fuiv.
€») C'eit peut être une erreur, aulieu de Didrid,
Ddd 3.
DescrirrioN
DE LA
ConÉE,
Principales
rivicres de 74
Corée,
Ancienne di-
vifion du
Pays,
Sa livifion
préfente en
huit l'rovin.
ces,
D£sCRIPTION
DE LA
CorEër.
Nom dela
Capitale.
Orgueil Chi-
nois fur les
noins,
Maifons de
la Corée,
Figure & ca.
raétère des
Coréens,
Leur habil-
Jement,
Armes, mi-
riages, fépul-
tures des Co-
réens,
398 VOYAGES DANS L'EMPIRE
bans. La quatrième nommée Ping-ngan où la Pacifique, eft au Nord & faifoit
autrefois partie du Royaume de Chau-t/yen. La cinquième, au midi, étoit la
réfidence des Pyen-hans, & fe nomme aujourd'hui Tfuen-lo. La fixième, au
Sud-Oueft, eft l’ancien Ma-ban & s'appelle Chu-fin, c'eft-à-dire la fidelle &
la pure. La feptième eft au Nord-Eift. Elle étoit l’ancien domaine des Xau-
kva-lis. Son nom eft Æyen-king, [ou l’heureufe.] Enfin la huitième, nomméegé
Kin-chan, toit anciennement le Pays des Chin-hans (c).
La Capitale du Royaume porte dans les Cartes le nom de Corein de Xing-
kyctau. Mais les Chinois la nomment Kong-ky-tau, parce qu'ils attachent trop
dé dignité au mot Âing pour l'appliquer à d'autres Cours que celle de leur
Empire. C'eft par la même raifon qu'ils ne donnent point aux autres Princes
les titres de T'yen-ife, ou de Van-foui, & qu'ils les croient réfervés pour leurs
feuls Monarques.
Les maifons de la Corée n’ont qu'un étage, & font mal-bâties (4). Elles
font de terre à la Campagne, & la plûpart de brique dans les Villes. Tou-
tes les Villes Coréennes ont la forme des Vilies Chinoifes, & fcntrevêtues de
murs dans le même goût. Mais la grande muraille, que les Coréens ont élevée
pour défenfe contre les Tartares, ceft fort inférieure à celle de la Chine. Il ya
plus de quatre-vingt-dix ans qu’elle tombe en ruines, parce que les armes vic-
torieufes des Mancheous fe firent d’abord fentir à la Corée (e).
Les Corcens font généralement bien-fairs & d’un naturelfort doux. Ilsont
du goût par les Sciences. Ils font pañlionnés pour la danfe &la mufique. Leurs
Provinces du Nord produifent les hommes les plus vigoureux du Royaume &
les meilleursSoldats. Xï-1/e, dont nous parlerons bien-tôt, avoit établi parmi
eux de fi bonnes loix, que l’adultére & le vol y étoient inconnus. Les portes
de leurs maifons ne fe ferment jamais pendant la nuit. Quoique les révolutions
de leur Gouvernement leur ayent fait perdre quelque chofe de cette ancienne
innocence, on peut encore les propofer pour modèle aux autres Nations. Mais
leur Pays eft rempli de femmes de débauche, & les jeunes gens des deux féxes
y font trop libres (f).
Izs font vêtus comme les Chinois l’étoient fous la race de Tay-min; c’eft.
à-dire qu'ils portent une longue robe à grandes manches, un grand bonnet quar-
ré, une ceinture, des bottines de cuir, de toile où de fatin (g). Leurs bon-
nets font généralement fourrés, & leurs habits font de brocard. Les femmes
bordent de dentelles leurs juppes de deflus & de deflous. L’habit ordinaire des
perfonnes de qualité eft une étoffe de foie couleur de pourpre. Les Lettrés font
diftingués par deux plumes qu'ils portent fur leur bonnet. Dans les Fêtes publi-
ques leurs robes font richement ornées d’or & d'argent.
Les Armesdes Coréens font des arbalêtes & de longs fabres fans aucun orne-
ment. Ils ne prennent jamais de médécine. Les mariages fe font fans cérémo-
nie, & fans aucun préfent nuptial. Les Princes & les Princefles du Sang fe ma-
rient entr'eux. Les Grands imitent ces éxemples dans les familles. L'ufage
commun de la Corée eft de conferver les morts fans fépulture pendant epaee
e
{e) Du Ifs'de, Vol. IV, pag. 539.
(4) L'Auceur dit (pag. 557.) qu'elles font
couvertes de chaune & queeles Coréens n'ont
pas de Iits.
(e) Du Halde, Vol. IV. pag. 531.
(f) Tbidem. pag. 557.
(g) JLidein, pag. 532.
de trois
mais fe
‘l'ombe:
office,
de ceux
mens (h
LEU
criture
trine de
peét pou
(i). Cep
teur aff
qu'ils fon
dre créat
table l’uf
LessS
en trois :
Ceux qui
des Mini
à chacun
pofée.
CHAQ
cevoir l’A
ne, l'Emf
donner au
mourant a
fe choifit
ce qui fuc
des préfen
gent. En!
deur qui b
permiflion
Mandarin:
temens en
Les ct
Capitaux «
que Ifle vc
et condan
tonade. O
qui leur to
| les châtier
Daxs
tent fort b
(b) Du 1
tv,
(5) Le m
(&) Ouh
& faifoit
i, étoit la
kiéme, au
fidelle &
2 des Xau-
, nommée»
n de Xing-
chent trop
lle de leur
res Princes
pour leurs
d). Elles
les. Tou-
revêtues de
ont élevée
hine. Il ya
armes vic-
oux. Ilsont
que. Leurs
toyaume &
tabli parmi
Les portes
révolutions
te ancienne
ions. Mais
deux féxes
in; c’eft.
onnet quar-
eurs bon-
es femmes
dinaire des
ettrés font
êtes publi-
ucun orne-
s cérémo-
ang fe m1-
L'ufage
t l’efpace
de
531.
DE LA CHINE, Lrv.lIl. Cnaer.l.
509
D
de trois ans. Le deuil dure aufñfi trois ans pour un père & une mère, & trois
mois feulement pour un frère. Lorfqu’on enterre les Morts, on place à côté du
l'ombeau les habits, les chariots, les chevaux de celui qui reçoit ce dernier
office, avec tout ce qu'il aimoit particulièrement pendant fa vie; & chacun
de ceux qui compofent le cortége porte quelque partie de ces lugubres orne-
mens (b).
Leur langage cit différent de celui des Chinois, mais leurs caraëtères d'é-
criture font les mêmes. Les deux Nations emploient des interprétes. La doc-
trine de Confucius eft fort eftimée des Coréens, mais ils n’ont pasle mêmeref-
cét pour les Bonzes. Ils ne fouffrent dans leurs Villes aucune forte de Pagodes
(i). Cependant, après leur avoir attribué cette averfion pour l'Idolâtrie, l'Au-
teur affüre quelques pages plus bas qu’ils obfervent le culte de Fo. Il ajoûte
qu'ils font naturellement fuperftitieux ; qu’ils ont horreur d'ôter la vie à la moin-
dre créature; qu'ils font modérés dans le boire & le manger, & qu'ils ont à
table l’ufage des plats & des affiettes.
Les Sçavans de la Corée s'appliquent particulièrement à la Mufique. De trois
en trois ans on éxamine les Docteurs, les Bacheliers & les Maîtres ès Arts.
Ceux qui font deftinés aux Ambaffades fubiffent auffi l'éxamen du Tribunal
des Miniftres. Le Roi ne pofléde aucune terre à titre de Domaine. Onafigne
à chacun fa portion, fuivanc le nombre des perfonnes dont fa famille eft com-
pofée.
CnaquEe année les Coréens envoyent un Ambaffadeur à la Chine, pourre-
cevoir l’Almanach Chinois. Lorfque leur Roï meurt ou qu’il abdique la Cou-
ne, l'Empereur de la Chine confie à deux de fes Grands la commiffion d'aller
donner au Prince héréditaire le titre de Quey-vang, qui fignifie Roi. Si le Roi
mourant appréhende quelques différends pour la fucceilion après fa mort, il
fe choilit un héritier, dont il demande la confirmation à l'Empereur. Le Prin-
ce qui fuccéde reçoit la couronne à genoux, & fait aux Commiffaires Chinois
des préfens reglés par l’ufage, auxquels il ajoûte huit mille lyangs (k) en ar-
gent. Enfüite il envoie fon tribut à l'Empereur de la Chine, par un Ambaffa-
deur qui baïffe le front jufqu’à terre devant ce Prince; & fa femme attend la
permiflion du même Monarque pour prendre la qualité de Reine (7). Les
Mandarins Coréens affeétent beaucoup de gravité. Ils reçoivent leurs appoin-
temens en riz.
Les châtimens ont peu de rigueur à ia Corée. Des crimes qui paffent pour
Capitaux dans d'autres Pays, ne font punis icique par le banniffement dans quel-
que Ifle voifine. Mais un fils, qui maltraite de paroles fon père ou fa mère,
et condamné à perdre la cête. Les fautes légères expofent le coupable à la baf-
tonade. On jette fur la tête de ceux qui doivent fubir quelque châtiment un fac
qui leur tombe jufqu’aux pieds, autant pour adoucir leur humiliation que pour
| les châtier avec plus de liberté (#7 ).
Dans tous les lieux où l'Auteur pénétra, les Proviness de la Corée lui paru-
rent fort bien cultivées. On y fuit la méthode des Provinces Méridionales de la
Chine.
an) Du Halde, Vol. IV. pag. 557. €
iv,
(5) Le même, pag. 5932. É
(&) Ou huit mille onces d'argent, chacu-
ne de fix fchellinge huit fols d'Ansleterre,
(4) Du Halde, pag. 556. € Juiv.
(m) Le müinc, pag 558.
Drscrrorion:
DE LA
CoRÉc£.
Leur lang.
ge & leur reli.
gion.
Goût de
leurs Sçavans
pour la mufi-
que,
Succeffion
au Trône, dé-
pendante de
Ja Chine.
Chitimens
pour les cri-
mes,
Fertilité du
Pays. En quoi
confiftent fes
riehefles,
DiscrinTion
DE LA
CorÉE,
Obfervation
fur lafituation
de la Capitale,
400 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Chine. L’Auteur apprit du Seigneur Tartare que le Pays produiten abondance
voutes les néceflités de la vie (n). Quoiqu'il foit rempli de montagnes, il eft
d'une fertilité extraordinaire, fur-tout dans les Provinces de Ching-tfing, de
King-chang & de Tfuen-lo. Les principales marchandifes du Royaume font le
papier de coton, qui cft fort, & de moindre prix qu'aucun papier de la Chi-
nc; la fameufe plante qui.fe nomme Yin-fing, l'or, l'argent&le fer, la gom-
me d’une arbre qui reffemble au Palmier, & qui donne un air de dorure au ver-
nis; des poules, dont la queuë a trois pieds de long ; des chevaux quin'ont que
trois pieds de hauteur; du fel minéral, des peaux de Martre & de Caftor.
Les Coréens font leur vin d’une efpèce de grain qu'ils nomment Panig (0).
ON lit, dans un abregé Chinois de Chorographie , intitulé Quang-yiu-ki,
que la Ville de Chau-tfyen, où Xi-pe faifoit fa réfidence, eft dans le territoi-
re de Tong-ping-fu, Ville du troifième rang, qui appartient à la Province Chi-
noife de Pe-che-li. En fuppoñfant la vérité de cette remarque, le Père Regis
fe croit en droit de conclure que l’ancien Chau-t/yen (p) & la Corée étoient
autrefois contigus & n'ont été féparés par un Golfe que dans la fuite des fic-
cles. On ne peut s’imaginer , dit-il, qu’un Prince eut voulu fixer fa demeu-
re hors de fes Etats, fur:tout dans un lieu qui en eut été féparé par la Mer.
Cette conjecture doit paroître encore plus probable , fi l'on confidére que
l'Empereur %, lorfqu’il entreprit il y a trois mille ans de fécher les eaux
qui avoient inondé la partie plate du Pays, ouvrit un paflage au travers de la
montagne, fur la frontière Méridionale de Chan-fi & de Chen-fi, pour fervir
de débouchement au #/hang-bo, qui fépare ces deux Provinces, & qui forme
dans ces lieux une cataraéte peu inférieure à celles du Nil. De-là il conduifit
le même fleuve par la Province de Ho-nan; & dirigeant fon canal au long de
Pe-che-li, il fécha le Lac de Talu , dans lequel il fe déchargeoït anciennement,
Ce lac ravageoit par fes débordemens tout le Pays, qui renferme à préfent
les diftriéts de Chun-te-fu, de Chau-cheu & de Ching-cheu dans la même Provin.
ce. Alafin, pour modérer la rapidité du Whang-ho , il le divifa en neuf
canaux, qui, fuivant l'opinion de quelques-uns, fe réunifloient, avant que
de gagner la Mer, au pied de la montagne de Xye-che-chan , qui faifoit alors
un Promontoire. Mais foit que tous les canaux fuffent effeétivement réunis,
{oit que ce fût feulement le principal qui fe déchargeñt dans ce lieu, il ett
certain, dit l’Auteur , que depuis le tems de 1% le Whang-ho s’eft détourné
fort loin de fon ancien cours; car au-lieu d'entrer, comme autrefois, dans
la Mer au quarantième degré de latitude, il tombe à préfent dans la Rivière
de Whay-ho, un peu au-deflus de ÆWhag-ngan-fu ; Province de Kyang-nan,
vers le trente-quatrième degré de latitude. Il eft remarquable aufli que la
Montagne de Âye-che-chan , qui étoit anciennement unie au territoire de
Yong-ping-fu, eft à-préfent dans la Mer, à cinq cens lis de cette Ville (q);
de forte que la Mer, gagnant par degrés, a couvert enfin fous fes eaux tout
cet efpace.
IL eft vrai qu'on ne trouve, dans l'Hiftoire de la Chine, aucune trace de
ce changement extraordinaire du Whang-ho, ni du débordement de la Nr
ais
(n) Le mème; pag. 590. nommée pars quelques Auteurs Chau-tjsen. |
Co) Du Halie, Vol. IV. pag. 558. (g) On a dit plufieurs fois que dix lis font
Ch) King-kitan, Capitale de la Corée, cit une lieue.
Mais
fenfibl
tions
vie d’
firmée
bafTadd
chan q
de coq
autre f
ment à
c'étoit
nion p
grande
l'on vo
dans le:
(r) C
ES
4 qui
Jefus-C:
qui mon
joug. X
fit payer
Ils fe fai
cinquant
les üt re
ça mille
re Ja Chi
tantôt re
tre l’occs
en demet
deux cen
Com:
calcul de
des Coré
Gheou, fc
vis trop |
Gheou , or
(a) Cet
nales de la
fuivie des /
le ne touch
VAE 5 À EU
abondance
gnes, il eft
g-tfing , de
ume font le
r de la Chi-
r, la gom-
rure au ver-
jui n'ont que
_de Caftor.
’aniz (0).
uang-yiu-ki,
s le territoi-
ovince Chi-
Père Regis
rée étoient
iite des fit-
r fa demeu-
par la Mer.
nfidére que
1er les eaux
ravers de la
pour fervir
& qui forme
| il conduifit
au long de
ciennement,
ne à préfent
ême Provin-
ifa en neuf
, avant que
faifoit alors
ent réunis,
lieu, il ef
ft détourné
refois, dans
s la Riviére
Kyang-nan,
aufli que la
erritoire de
Ville (q);
es eaux tout
ne trace de
de la Mer.
Mais
bau-tjyen.
e dix lis font
DE LA CHINE, Liv. IL Cmar. L ja
Mais l’Auteur répond, à cette objeétion, que les altérations qui arrivent in.
fenfiblement, & fans allarmer la nature, échappent facilement aux obferva.
tions de l'Hiftoire. Une différence graduelle, qui fe fait dans le cours de la
vie d'un homme, eft prefqu'imperceptible. Cette conjcéture fe trouve con-
firmée par un éxemple de la meme nature. Chint/un-chong , dans fon Am-
baffade au Nord du Whang-ho, obferva, dans les montagnes de Tuy-hana-
chan qu'il eut à traverfer, que les ouvertures des Rocners étoient remplies
de coquilles & de daifférens lits de gravier ; d'où il conclut que la Mer avoit
autrefois baigné le pied de ces montagnes, quoiqu'elles en Mient aétuclle-
ment à plus de cent lieuës. A la vérité Chu-ven-hing a cru plus volontiers que
c'étoit le /Whang-ho meme qui pafloit dans ces lieux. Mais quoique fon opi-
nion puifle etre aifément réfutée, c'eft affez qu'il paroïffe douteux fi cette
grande étendue de Pays étoit autrefois enfevelie fous les eaux de la Mer; &
l'on voit du moins qu'il n’y a rien à conclure du filence de l'Hiftoire Chinoife
dans les cas de cette nature (r).
(r) Chine du Père Du Halde, Vol. IV. pag. 559.
(. I I.
Hifloire € Révolutions de la Corée.
ES Corcens furent foumis à l'Empire de la Chine depuis le tems de Ta,
4 qui commença fon régne deux mille trois cens cinquante fept ans avant
Jelus-Chrifl (a), julqu’à ce que latirannie de Ta-kang , de la Dynaïtie de Hya,
qui monta fur le ‘lrûne cent foixante-neuf ans après, les força de fecouer le
joug. Aye qui régnoit mille huit cens dix-huit ans avant l’Ere Chrétienne leur
fit payer un tribut. Mais ils fe révoltèrent bien-tôt contre: cette oppreffion,
Is fe faitirent même d’uné partie de la Chine. Ching-tang, qui détrôna Kye,
cinquante-deux ans après, & qui devint le fondateur de la Dynaftie de Schunx,
les üt rentrer dans la foûmiffion. Sous le régne de Chang-ting, qui cominen-
ça mille cinq cens foixante-deux ans avant Jefus-Chrilt, ils attaquèrenc enco-
re la Chine; & pendant deux cens quarante-deux ans ils furent tantôt founiis,
tantôt rebelles, jufqu’à ce que la foibleffe de l'Empereur Pu-ting leur fit nai.
tre l’occafion de conquérir les Provinces de Kyang-nan & de Schan tongs. Ils
en demeurérent pofleffeurs jufqu’au régne de Tfin-chi-wang, qui les fübjugua
deux cens quarante-fix ans avant Jefus-Chrift.
CoMME tous ces tems font obfcurs, l’Hiftoire Chinoife, confirmée par le
calcul des Eclipfes dont elle fait mention (2), fait commencer la Monarchie
des Coréens par Âi-tfe. Ce Prince, ayant été renfermé dans une prifon par
Gheou, fon neveu, Empereur de la Chine, pour lui avoir donné queijques a-
vis trop libres, fut remis en liberté par Vu-vang, fondateur de la Dynatie de
Gheou , onze cens vingt-deux ans avant Jefus-Chrift. Cependant Xi-tfe, ne sen
noillant
(a) Cette Hiftoire, qui cft tirée des An-
nales de la Chine, n’eft pas une Relation bien
fuivie des Affaires & des Rois de la Corée. El-
le ne touche que ce qui a rapport à l'Empire
VIII. Part. Ece
Chinois, mais comme c'eft l'unique monument
de la Corée qui foit connu, fon importance
oblige de ne la pas négliger,
(b) Voyez le Volume précédent,
DéscrIPTION
DE LA
CoOnÉE,
REVOLUTIONS
DE LA
CoxEkr.
La Corée
foümife aux
Chinois.
KRevoltes des
ñ .
Core S:
Kitfe, let}
p'éiuier Mo:
nurque,
RivorurTions
race.
DE LA
C
ORÉRk.
Saxcie de
fon régne,
Fin de fa
La Corée
fous Wev
man: à fes
defcendans,
Otigine du
Pc:
Kau kyvu it
Fai
cetic
pie
Le
eo de
re A
nes ue
Nation,
do2 VOYAGES DANS LEMPIRE
æ
noilfant pas volontiers pour fon maître un Frince qui avoit chafé fa famille
du Trône, fe retira dans le Pays de Chau-t/yen, où l'afiftance de Vu-vang
méme le fit parvenir à la Royauté. I introduifit parmi fes füujets la politeñe
des Chinois; & fa fagelle ayant bien-tôt affermi les fondemens de fon autori-
té, il laiffa la Couronne à fa famille, qui en jouit jufqu'à ec que l'Empereur
Lén-chi-whang, dont on vient de parler, réduifit Chau-tfyen à dépendre de
Lvau-tong, mais fans en ôter la poñleffion aux defcendans de Ai-je. Ils conti-
nucrent de gouverner, l'efpace de quarante ans, fous le titre de Zleans, ou
de Marquis, jufqu'àce qu'un d'entr'eux nomtné Chu, reprit le titre de /'ang,
c'eft-a-dire de Ar.
Deux censfixans avant Jefus-Chrift, Kau-tfu, qui fe nommoit auñi Lyea-
pang, fondateur de la Dynaflie de Æan, réunit, par fes conquêtes, les diffé-
rens Royaumes, dont la Chine ctoit compofée, & s'en fit reconnoître le feul
Monaïque. Mais un Chinois de la Province de Pe-ehe-li, nommé /Feyman ou
Nyon, prit occalon de ces troubles pour fe mettre à la tete de quelques ‘l'rou-
pes débandéces. 1 défie Chun dans plufieurs batailles; & s'Ctant établi un pou-
voir independant dans la Corée, 1 mit fin à la race de Ai-ifè. Cet Ufurpa-
teur fe vit rejetté plufieurs fois par divers Empereurs Chinois, auxquels il de-
manda la confirmation de fon autorité; mais 1 l'obtnt enfin de Empereur
Hhe;-ti, où pltot de Lva-heu, Mére de ce Monarque, qui souvernoit en fon
nom. Lnfuite il n'eut pas de peine à réunir fous fes loix les Provinces de M4,
de Aau-kyu-li, de Hotfiu, & touie la Corée. Environ cent dix ans avant
l'Ere Chrétienne, Teu-tyu, fon petit-fils, ayant fait ôter la vie à Che-ho, Am-
baladeur Chinois, l'Empereur /'w4i, nommé au Prau-u-avhanseti, fit mare
cher contre lui fon Géncral, mais fans fuccès. Tes-kyu eut bientôt le mal-
hour d'étre affañiné. Ses Peuples fe foumirent à l'Empereur de la Chine, qui
reduifit le Chau-tfyen en Province, fous le nom de Tfau-hay, & divifa Ie ref:
te de la Corce en quatre autres Provinces , qu'il nomma Chin-fun , Li:
ee, Lodung, & Hi-vutu. Mais lle fut réduite à deux par l'Empereur Chax-
, dont le régne commença quatre-vingt-fix ans avant là naiflance de Jefus-
Chrift, |
Les Jlabitans de Kau-kyu-li étoient defcendus d'un Peuple de la ‘Fartaric
Orientale qui fe nommoit lu-ya. Us ont attribué , comme toutes les autres Na-
tions Idolitres, des avantures fabuleufes à leurs Heros. Une fille du Dieu 7%.
bins-be, avant été renfermée fort étroitement par le Roi de Aau-kyu-li, ne
lai pas de concevoir, un jour qu'elle fe trouva expofée aux rayons du Soleil.
File mic au monde un œuf de la groffcur d'un boificau, dans lequel fe trouva
un enfant mile qui reçut en croiffant le nom de Chimong, c'ett-a-dire de bon
Archer. Le Roi lui donna l'Intendance de fes Ffaras. Chu-mong eut l’adrefle
d'engraifler les mauvais chevaux & de laïffer maigrir les meilleurs. Le Roi,
trompe par cette rule, choifit les mauvais & lui abandonna les bons. Un jour
qu'on étoit à la chafe, Sa Majefté permit à Chu-mong de tirer fur tout le gi-
bier qui fe préfenteroit à lui, [tua un fi grand nombre de Daims , que le Roi,
choqué de cette indiferétion, réfolut de fe défaire de lui. Il pénétra les inten-
tions de fon maitre & prit la fuite. Mais, ayant été vivement pourfuivi, ilar-
“iva fur le bord de la Rivière de Pu-fthui, qu'il défefpéra de pouvoir traverfer.
Dans cette fituation, ils'écria: ,, Helas! Cette rivière m'empèchera-t'elle de
, fuir, moi qui füuis de la race du Soleil & petit-fils du Dieu Z-ban-ho? À
peine
Î
,*
di
peine
enfen
trois
qué,
jufqu'
CLOIt
Qt
ne vit
de 2
fa juil
tems ,
ordin:
qui dé
Batull
par /7
ils, q
fous l
de Jel
Une p
confcr
de W
Yr-!
& fe
joignit
tu. S
Chri!,
tons.
dans u
de cen
riental
dition.
Cu
l'Empe
(ce) €
pag. 536
(di
ce Pays,
Pècheur
dans un
leur, à
les ans :
Luue. I!
me, ha
conceve
fœtus d.
wmanme
pendant
qu'elles
fa famille
» Vu-vang
la politefle
fon autori-
Empereur
cpendre de
Ils conti-
Heans, où
e de Jung,
ui Zyeau-
, les difié-
tre le feul
F'eyman ou
ques l'rou-
li un pou-
et Ufurpa-
juels il de-
‘Empereur
noit en fon
es de M,
ans avant
e-ho, Am-
j, fit mar-
tot le mal-
‘hine, qui
vifa le ref:
n, Linge
reur Char
de Jefus-
à Partaric
utres Na-
Dieu //-
-lyu-li, ne
s du Soleil,
fe trouva
ire de por
it l’adrefle
Le Roi,
Un jour
out le gi-
ie le Roi,
les inten-
ivi, ilar-
traverfer.
a-t'elle de
an-bo ? À
peine
DE LA CHINE, Laiv. IL Cuar.l. 403
peine cut-il prononcé cette plainte que tous les poiffons de la rivière, s’uniffant
enfemble, formérent un Pont fur lequel il pafla. Il rencontra de l'autre COtÉ
trois perfonnes; l'une, vetue d'un habit de chanvre, l'autre, d'un habit pi-
qué, & la troiliéme, ouverte d'herbe de Mer. Elles lui fervirent d'efvorte
juiqu'à la Ville de Axi-ching-ku, où il prit le nom de Aaw, pour fignifier qu'il
étoit venu de Kau-kyu-li (ce).
QUANG-VU-r1, reftaurateur de la Dynaftie de Zan, qui monta fur le ‘Tro-
ne vingt-cinq ans avant Jefus-Chrift, remit le Chau-tfyen dans la dépendance
de Lyaetong, & lui donna pour Gouverneur Chay-fong, homme célébre par
fa juitice & fa probité. Le Roi de Kau-kyue-li fe rendit t naître, dans le méme
tems, de Aé, du Japon, de /lan, & de lu-yu, fans cefler de payer le cribut
ordinaire aux E mpereurs Chinois, ons, un de fes fuccefeurs, fut le premicr
qui déclara la guerre à la Chine. Ilprit la Valle de Zi-vutu, & tua dans une
Bataille Che fon, Gouverneur de Lyau-tong. Mais il fut défait, à fon tour,
par 'ay-takyen, fils du Roi de Lüu-yu, K laifla pour fuccefour Sui-ching, fon
ils, qui reitua Hi-vu-tu aux Chinois & leur paya l'ancien tribut. Cependant,
(ous les foibles régnes des Empercurs Æhang-tr & Ling-ti, 1 reprit cette Ville
pi les armes, & la poffeda jufqu'au regne de Ayer-ti, qui commença l'an 196
: Jefus-Chrilt, auquel il fut chafle par Kin-lin, Gouverneur de la Province.
U ne pare de fes États fut conquife par Kong- Jin-tu, dont la poitérité en
conferva la pofléiion jufqu'a Kong-/yn-yuen , qui fut détrôné par la Dynallie
de Wcy.
Yauo, fils de Aong-fin-tu, fe retira au pied de la montagne de Z#'-tu-han
& fe vit donner pour fucccileur 7 eyhuig, Prince brave & prudent, qui fe
joignit à la Dynaîlie de Wey dans la guerre contre les defcendans de Kong-fun-
tu, Sous le regne de l'Empereur Ming -ti, qui commença l'an 322 de Jefus-
Chri, Wey-kong ravasca Noarping & Lyar-fu, dans la Province de À, yau-
tons. Mais AMu-lyeou-kyen, Gouverneur de éctte Province , l'ayant vaincu
dans une Bataille, envoya fur fes traces Nang-ki, qui le pourfüivit l'efpace
de cent licuës, jufqu'au Pays de Su-chin, c'eil-h-dire, jufqu à fa Tartarie O-
rientale (d), où il éleva un monument de pierre en mémoire de certe expé-
dition.
Cuau, arrière-petit-fils de Kong, ayant été créé Roi de Chau-tfven par
l'Empereur Tong-kyu (e), fut chaflé de Wa-tu par Mi-yong-wbang , qui démo-
lit
(ce) Chine du Père du Halde, Vol, IV. une liqueur femblable à du lait, Les enfans
pag. 539
(4) Pendant que Vang-ki fe trouvoit dans
ce Pays, les Habitans lui racontérent que leurs
Pècheurs Ctoient fouvent pouflés par l'orage
dans une Ifle où le langage étoit différent du
leur, & où l'ufage étoit établi de noyer tous
les ans une vierge dans la Mer à la feptième
Lune. Its lui parlèrent auffi d'un autre Royau-
me, habité feulement par des femmes, qui
concevoient d'elles-mêmes & qui portoicnt le
fœtus dans l'eftomac, Lilles n'avoient pas de
mammelles. Tlles nourrifloient leurs enfans,
pendant cent jours, par une touffe de cheveux
qu'elles avoient derrière le col & qui rendoit
Ece 2
croifoient plus dans cet efhace qu'ils ne font
ailleurs en quatre ans. La Côte Miwuitime étoit
habitée par des hommes À deux vifiges, qui
n'entendoient aucun langage & qui fe laif
foient mourir de faim loriqu'ils éroient pris.
Ceux qui racontoient ces fables prétendoient
avoir pris un de ces hommes, vêtu à la ma.
nière Chinoife, mais avec des manches lon-
gues de trente pieds. Ce Pays, difoicntils,
étoit près de la frontière Orientale de 11e tfyu.
(e) Un autre Hiflorien Chinois raconte que
Kau- lyen, Roi de Kauli, pendautle regne du
même Kong-kya, lit la conquête de la Corée
& s'empara de Pinjam, où il fixa f nr
uu
RevoLUTIONx
DU 1,4
Con,
fnvaf 115
des Corée,
Autres chat
gomens dans
la Coréc.
Rois de fa
Corée créés
par les Finpe.
icurs Chinois,
Re‘"oLUTIONS
DE LA
CoRÉE.
Les Chinois
attaquent le
Roi de la Co-
rée,
Autre atta-
que des Chi.
nois à l'occa-
fion d'un
meurtre.
Vertus de
l'Empereur
Tay-tfong.
404 VOYAGES DANS L'EMPIRE
lit cette Ville. Mu-yong-pau vainquit Ngan, Roi de Kau-kyu-li, & le réduifit
à la qualité de Gouverneur de Ping cheu. Sous les derniers Empereurs des Dy-
nafties de Wey & de Cheu, les Rois de la Corée furent toûjours créés par les
Monarques Chinois.
L'AN 611 de Jefus-Chrift, & le feptième du regne de Tong-ti, Empereur de
la Dynaftie de Sevi, Ten, Roi de la Corée, fe faifit de Lyau-tong à la tête
des Mo kos, & s'avança jufqu'à Lyau-fi. L'Empereur, après l'avoir fait fom-
mer en vain de paroïtre devant lui, marcha contre lui en perfonne. Mais
les Coréens [s'étant retirés dans leurs Villes] fe défendirent avec tant de
vigueur, que le Monarque Chinois, manquant de provifions, n'eut pas d'au-
tre reflource qu'une prompte retraite.
une troifième ] invation , dans la Corce, qui ne lui réuflit pas plus heureu-
fement. Ayen-vu, fils & fuccefleur de Yuen, fut honoré du titre de Chang-
chu-que, qui fignifie pilier de l'Etat, par le fondateur de la Dynaitie de Tang ,
qui monta fur le Trône en 620. La Corée fe trouvoit alors divifée en cinq
Pus , c'eft-a-dire en cinq Gouvernemens, dont celui du centre étoit la ré-
fidence de la Cour : les quatre autres regardoient les quatre Parties du
Monde.
KaY-svEN (f), de la famille de Ten ou Tim, ayant fuccédé à fon
père dans le Gouvernement Oriental, aflañina Ayen-vu , & traita fon corps
avec les dernières indignités. Il mit enfuite fur le ‘Trône Tung, frère du mort;
mais, ne lui laiflant que le nom d'Empereur, il en conferva tout le pouvoir
fous le titre de Mo-li-chi. Ce traître, dont le caraétère étoit féroce , fe van-
toit d'être fils d'un Dieu de Rivière, dans la vûe de s’aflurer du refpeët des
Peuples par l'éclat de fa naiflance. Ce fut dans le même tems que les Co-
réens, ayant attaqué Sin-lo, le Peuple de ce Pays demanda du fecours à l’Em-
pereur Tay-t/ong , monté fur le Trône de la Chine en 627. Ce Monarque étoit
informé du meurtre barbare de Ayen-vu. Il mit en campagne une puiffante
Armée pour châtier le coupable; & fecondé par le Roi de Xi-tan-hi, de Pe-
tfi & de Sin-la, qui reçut ordre de le joindre, il prit deux Villes & mit le
fiége devant Hyang-tong. Sa générofité pour les Soldats, & fa compañtion
pour les malades, le rendirent cher à fon Armée. Un jour il prêta le fecours
de fes mains à quelques travailleurs, qui portoient de la terre pour remplir
une tranchée. Un éxemple d’humilité fi extraordinaire échauffa tous les Of.
ficiers du defir de l'imiter. Dans le cours du Siége, ayant fait mettre le feu
à quelques matières combuftibles, les flammes , conduites par le vent , ré-
duifirent bien-tôt la Ville en cendre, & firent périr plus de dix mille hom-
mes. Elle fut réduite alors à la qualité de Ville du fecond ordre, fous le
nom de Lyan-cheu. L'armée Impériale, continuant fes opérations, forma le
Siége de Ngan-chi. Mais Kyau-yen-cheu & Kau-wbey-chin vinrent au fecours
de cette Place à la tête de cent cinquante mille AMo-kos. L'Empereur profita
de quelques augures favorables pour animer fes Troupes; & fondant le lende-
main fur cette redoutable armée , il la mit en déroute. Les deux Géné-
raux
tong fut reprife par Fong-tay-tfong. Suivant
cerédit, Kau-chau & Kau-lyen ne font qtu'i-
ne mêine perfonne.
Cf) Kay-fu-ven dans l'Original.
qu'il fe rendit maître de la partie de Lyau-
tong qui étoit à l'Eit de la Rivière de Lyau,
& qu'il fit des invaffons fréquentes dans Lyau-
Ji, ou le Lyau Occidental; mais que Lyau-
L}
Il fc enfüuite une | feconde & même”
raux ji
fon fer
La mo
dres le
fcriptio
Sou
les Sin-
tre les
fien éta
li-chi, 1
frères l'
tu Îre
pereur
conduit
Bien-t0
ron cen
le, jufq
l'Ennen
vernem
quatre-
VER
fils de 1
la Coré
gouvern
naftie.
tranquill
Si-king
de l'Eit.
PENT
ce de V
Taug-cha
Dynattie
de ’an.c
qui aya
e Lyaus
cefleur d
coup plu
(g) Ce
mais l'Hitt
(b) Du
(&) An;
Ç{k) L'A
que les Ny
Jan, le ne
de Su-chin
Swi, celui
celui de M
parce qu'u
de Lyan fe
le réduifit
rs des Dy-
és par les
npereur de
x a la tête
fait fom-
ne. Mais
C tant des
pas d'au-
& même”
is hcureu-
de Chang-
de Tang ,
e en cinq
toit la ré-
Parties du
‘dé à fon
fon corps
du mort ;
2 pouvoir
, fe van-
cfpeét des
e les Co-
rs à l’Em-
rque étoit
puiffante
ls de Pe-
& mit le
bmpañlion
lc fecaurs
| remplir
is les Of-
tre le feu
rent , ré-
lle hom-
, fous le
forma le
fecours
r profita
le lende-
x Géné-
raux
Suivant
font qu'ù-
DE LA CHINE, Liv. Il, Cuar.l. 405
raux implorèrent fa clémence. Il la porta jufqu'à leur donner de l'emploi à
fon fervice; mais il fit enterrer vifs trois mille Mo-kos de Ping-yang (g).
La montagne, au pied de laquelle il avoit aflis fon camp, reçut par fes. or-
dres le nom de Z/yn-kong-chang ; & fut honoré d'un monument avec une in-
fcription. | |
Sous le regne de l'Empereur Kau-tfong, qui monta fur le Trône en 650,
les Sin-los retombérent dans la nécetlité d'implorer le fecours des Chinois con-
tre les Corcens & les Mo-kos qui leur avoient enlevé trente-fix Villes. Aay-
fren étant mort dans le méme tems, eut pour fuccefleur, en qualité de Mo-
lichi, fon fils Nan-feng, & les différends que ce jeune Prince eut avec fes
fréres l'oblisèrent d'aller folliciter en perfonne l'afiftance de l'Empereur, Ting-
tu; frere de Kay-fven, fe rendit aufi à la Cour Impériale, & remit à l'Em-
pereur une partie de fes Domaines. En 667, AKau-tfong fit marcher, fous la
conduite de Li-tfing, une Armée contre les Coréens. Elle aflicga Ping-yenx.
Bientôt Tjang, Roi titulaire de la Corée, fe rendit aux Chinois avec envi-
ron cent perfunnes de fa fuite. Mais Nan-kyen défendit généreufement la Vil-
le, jufqu'a ce qu'il fut trahi par un de fes Généraux, qui livra une porte à
l'Ennemi. H fut faic prifonnier, & la Corée fut encore divifée en cinq Gou-
vernemens, qui renfermoient cent foixante-dix Villes principales & fix cens
quatre-vingt-dix mille familles (2). |
Vers l'an 687, fous le règne de l'Empereur (i) Vusheus Pau-yuen, petit-
fils de Tfung, dernier Roi de la Corée, fut créé Roi de Chau-tfven, nom que
la Corée portoit âlors, au-lieu de celui de Aau-li. Vers 927, ang-hyen, qui
gouvernoit la Corée, prit le titre de Roi & devint le fondateur d'une Dy-
naftic. Il fubjuga les Royaumes de Pe-tfi & de Sin-lo ; & pour affürer la
tranquillité de fon régne , il transféra fa Cour, de Pin-jam , qu'il nomma
Si-king où Cour Occidentale | au pied de la montagne de Tong-y9, du côté
de l'EIE,
PENDANT trois régnes de la Dynaftie d'Utay, les Rois Coréens, de la ra-
ce de Vang, payérent réguliérement le tribut aux Empereurs de la Chine.
Taug-chau, Roi de Chau-tfyen, rendit hommage à Tay-t/en, Wondateur de la
Dynaitie de Tfong, qui parvint à l’Empire en 96e. Chi, troifième fuccefleur
de l’an-chau, fe vit forcé de rendre le même honneur aux ‘l'artares Xi-tans,
ui, ayant conquis les Parties Scptentrionales de la Chine, reçurent le nom
de Lyaus. Cette Nation viétorieufe enleva fix Villes à F'ang-Jun, fecond fuc-
cefleur de Chi, & mit ce Prince dans la néceflité de transférer fa Cour beau-
coup plus loin d'eux. Mais, avec le fecours des T'artares Nyu-chis (&), qui
avoient
(g) C'eft ainfi qu'on lit dans la Carte ; probable que ces différens noms n'apparte.
mais l'Hiltoire met Ping-jang ou Pin-jang.
(b) Du Halde, Vol. IV. pag. 542.
(£) Angl. de l'Impératrice. K, d. E.
{k) L'Auteur obferve , dans une Note,
que les Nyu-chis portèrent, fous le régne de
Ilan, le nom de Teous ; fous Fujang, celui
de Su-chin; fous Hey, celui d'U:kis; fous
Swi, celui de Mo ko & fousle dernier Zang
celui de Nyu-ching ,eque Song changes en Cbe,
parce qu'un Empereur Fartarc de la Dynaftie
de Lyan fe nomuoit Ching. Cependant.il eft
noicnt pas proprement à toutes les Nations
. qui habitoicnt le vafte efpace qui eft entre les
Kivières HWben-tong kyanz & Ik long-kyang
ou Amui, & entre la Corée &la Mer Orientu-
le, mais foulement à cette race de Tartares
qui remporta des avantages en divers tems.
C'eft ainfi qu’on peut à préfent les appeller
Mancheous, quoique ce nom, pris étroite-
ment, appartienne à la Nation la moins con-
fidérable de ce Pays. De mêmeles Mo.kos, qui
formérent un puifant Royaume dans ces Ré-
Bee 3
REVOLUTIONS
DE LA
Couttk,
Nouvelles
atriques dus
Chinois,
Pau-yuen,
Roi de Corte,
tanstère (a
Cour,
Les Tartares.
Kitans con-
quérent une
partie de la
Chine.
REVOLUTIONS
DE LA
Coié:,
Les Nyu-chis
voticdent une
partie de Ja
Chine
VAL
Diverfes ré-
voluiions.
Chwen, Roi
de Corée,
406 VOYAGES, DANS L'EMPIRE
avoient détruit les Ki-tans, & qui s’étoient établis à leur place dans le Can-
ton de la Chine qu'ils avoïent envahis, il les chaffa aufli de fes Etats; aprés
quoi il ne fit pas dilliculté de payer l’ancien tribut aux Empereurs Chinois,
qui reçurent fes Ambafla eurs avec une diftinétion particulicre, en faveur du
courage qu'il avoit fait éclater contre les Ki-tans. |
Les Nyu-chis avoient été foûmis anciennement aux Coréens. Ils devinrent
les maîtres à leur tour; & leurs Princes ayant pris le titre d'ÆEsnpereurs, don-
nîrent auffi le nom de Xin (1) à leur famille. Cependant elle n’eft pas com-
ptécentre les Dynaflies, parce qu'ils ne poflédèrent jamais la Chine entière,
Les Ernpereurs de la race de Song regnoient encore dans les Provinces Méri-
dionaics. Mar-tfong, qui monta fur le ‘l'rône en 1127, envoyaun Ambaffadeur
aux Coréens pour les détourner de fe joindre aux Nyu-chis; tandis que céux-
3, pour empecher les Coréens de fe lier avec les Chinois, envoycrent Fung-
chu dans Ja Corée avec le titre de Roi.
Cuz, Roi de la Corée, envoya Ching, fon fils & fon héritier préfomptif,
à l'Empereur Lit/ong, pour lui rendre hommage. Ching, après la mort de
fon père, revint prendre poffefion du. ‘Lrône, qui lui fut confirmé par le
méme Empereur. Ce Prince avoit payé trente-{ix fois le tribut”; lorfque Ch;
tfu, comme les Chinois le nomment, ou Æabiluy (m7) fuivant les Tartares,
fils de en-ghiz-kim & Fondateur de la Dynaftie de Tuer en 1280, refolut d'en-
treprendre la conquite du Japon, & de faire traverfer la Corée à fes Troupes
pour faciliter fon paflage. Dans cette vûe il envoya au Japon un Ambaña.
deur qui eut ordre de paîer par la Corée & d'y prendre-des guides. Mais les
Coréens ne s'étant pas prerés à fes defleins, il en eut tant de reflentiment,
qu'il fe faiüt de Si-king ou Pir-jam, dont il changea le nom en celui de Tanr-
nin-fu.. Cependant Chin, qui.prit le nom de Æÿu, après avoir fuccedé au
Roi Chirs fon père, époufa une file de l'Empereur, & reçut le Sceau de
Gendre Impérial avec le titre de Roi de la Corée; fon troifième Succefl-ur
fe nomma Song. Depuis Vang-kyen jufqu'a V’ang-fong , on compta vingt-
huit lois Coréens de la famille de Vang , dans un efpace de plus de quatre
cens ans.
CHwen, Roi de Corée, ayant rendu l'hommage par fes Ambaladeurs à
l'Empereur Zlong-vu, Fondateur de la Dynaîtie de Ming en 1368, fut créé,
par ce l#onarque, Roi de Auu-li, & reçut un Sceau d'argent, avec l'ancien
droit de facrifier aux Dieux des Rivières & desmontagnes. Dans la dix: feptié-
me année de {Zong-vu, les Ambaffadeurs de la Corée, engagés dans la conf-
piration de Hu-vi-yong contre ce Prince, refufèrent l'hommage ordinaire. Le
complot ayant été découvert, les Coréens furent déclarés ennemis de la Chine.
Mais ils fe hâtèrent d'envoyer d'autres Ambafladeurs ; & le Gouverneur de
Lyau-tong ayant donné avis à l'Empereur qu'ils s’étoient avancés jufqu'à cette
Ville, Sa Majefté accepta la fatisfaction qu'ils venoient lui offrir. Le même
Monarque, dans.la vingt-deuxième année de fon regne, fit acheter des che-
vaux
gions, prirent eux-mêmes le nom de Po-bays. vent nommés Tartares-kins dans l'Iittoire
Maisiln'eft pas furprenant de trouver des Na Chinoife. Kïn fignifie Or, & les Mongols ou
tions qui poitent diflérens noms à la Chine, les Tartares Occidenta appellèrent leur Roi
pui que les Villes, les Provinces & les Royau- Æitun-Kam, ou Roi d'or.* :
mes en chanzent fcuvert au gré des Princes. (m) C’eft le Ka-blay, Ko blay où ÆAo-play
(2) De-là vient que leuis Sujets fe wou- de Marco-Polo & de plulieurs autrei,
vaux d
Villes d
aprés ,
Li-jin-t
tin. dé]
Vaïg-ya
Telle ft
L'Us
Chine,
fat conf
de paru
voir ref
fut envd
ce de Y
ma, dal
la Cour
ques no!
mille bo
qui paya
fa, end
pas de f
tfing, q
furpatiot
à détrôt
Royaum
EX 1:
vahirent
dans for
marchan
nommé
un arbri
& paria
difpofitic
trouvé fou
des terre
né par (
gea lan
KQuan-po.
ce, il fe
Lan
appartic
le voit
tr'elles.
X T/in-
(n) U
gnées de
dans le Can-
États; après
rs Chinois,
n faveur du
Is devinrent
ercurs, don-
{t pas com-
line entière,
inces Méri-
Ambaffadeur
IS que céux-
crent l’ung-
préfomptif,
la mort de
irmé par Île
lorfque C/:-
s Tartares,
efolut d’en-
fes "Troupes
n Ambañr
s. Mais les
flentiment,
ui de Tanr.
fuccedé au
le Sceau de
SuccefT:ur
pta vingt-
s de quatre
baladeurs à
, fut créé,
ec l’ancien
dix: feptié-
ns la conf.
naire. Le
e laChine,
verneur de
ifqu'à cette
Le même
r des che-
vaux
x l'Ililtoire
Mongols ou
“ent leur Roi
où Xo-play
Atre5i.
+ DE LA CHINE, Liv. Ill Cuar.l.
vaux dans la Corée, & demanda la reftitution de Lyau-yang & Chin-ching, deux
Villes qui lui avoient été prifes dans la Province de Lyau-tong. Peu de tems
après, Kyu fut chaffé du Trône, & Vang-chung fe vit élevé à fa place par
Li-jin-tin, premier Miniftre de la Corée. Mais Li-ching-quey, fils de Li-jin-
tin,. dépouilla de même Vang-chang de fa Couronne; & la mit fur la tête de
Varg-yau, qu'il chafla bientôt auili pour fe placer lui-même fur le Trône.
Telle fut la fin de la race de Vang.
L'UsurPATEUR prit le nom de Tan, & fit demander à l'Empereur de la
Chine, par une Ambafñlade folemnelle, que le titre de Roi de Chau-tiyen lui
fat confirmé avec les formalités établies par l'ufage. Les termes de fa deman-
de parurent fi peu refpeétueux à la Cour Chinoife, que l'Empereur, aprés a-
voir refufé fes préfens, ordonna que Ching-tfe, Auteur de la fupplique, lui
fat envoyé. ‘Tan fe foumit à cet ordre, & Ching-tfe fut banni dans la Provin-
ce de Yun-nan. L'Empereur Tang-lo, qui monta fur le Trône en 1403, confir-
ma, dans la pofieffion dela Corée, Jung-yuen, à qui Tan fon père avoitréfigné
la Couronne. Ce Prince, ayant appris que l'Empereur venoit d’afligner quel-
ques nouvelles terres à la Garnifon de, Lyau-tong, envoya, pour tribut, dix
mille bœufs qui fervirent à les cultiver. Il eut pour fuccefleur eu, fon fils,
qui paya le tribat en Gerfauts on en Aigles de Mer. Mais l'Empereur les refu-
fa, en donnant pour unique raifon que les bijoux &les animaux rares n’étoient
pas de fon goût. Wang-ki-whan, Roi de la Corée, obtint de l'Empereur Kyn-
tüng, qu'on cffaceroit du livre des anciens ufages du Ming, l’article où l’u-
furpation de Ching-quey étoit rapporté, parceque l'ufurpateur ne s’étoit porté
à détrôner fon Souverain qu’à la follicitation du Peuple & des Grands du
Royaume.
EN 1592, la vingtième année de l'Empereur Van-lye, les Japonois en-
vahirent la Corée fous la condrire de Ping-fyeou-ki. Ce Conquerant avoit été,
dans fon origine, Efclave d’un habitant de Sa-m0. I] étoit devenu enfuite
marchand de Poiffon. Un Quaun-po, c'eft-a-dire, un Gouverneur Japonais,
nommé $in-chang, étant un jour à la chafle, apperçut Âi qui dormoit fous
un arbre, & forma le deffein de le tuer. Mais Kyi fe réveilla heureufement
& paria pour fa défenfe avec tant de grace, que fon ennemi changeant de
difpofition le fit Gouverneur de fes Haras, & le nomma en Jiponois liorine
trouvé fous l'arbre. Kyi devint bientôt le favori de fon Maître. 1j obtint de lui
des terres & s’attira toute fa confiance. Sin-chang eut le malheur d'étre affañi-
né par O-li-chi, un de fes Confeillers. Kyi fe mit à la tête des Troupes, van-
gea la mort de fon Maître par celle du meurtrier, & fuccéda à la dignité de
Quan-po. Sa puiflance augmenta f rapidement, que, par la force ou l’artifi-
Fev, il fe vit bientôt maître de [ foixante ] x petites Provinces.
La montagne de Kin-chau dans la Corée, & l'ile de (n) Tui-ma-tau, qui
appartient au Japon, font à la vûe l’une de l’autre, & liées fi étroitement par
le voifinige, que les deux Nations éxercent le commerce & fe marient en-
tr'elles. Ayi, dont les vûcs s’étendoienc fur la Corée, fit partir Hing-chang
& Tfin-ching, deux de fes Généraux, avec une Flotte nombreufe pour l'atta-
quer.
(n) Un autre Auteur dit qu'elles font Éloi- avec un bon vent, Le Carte met Zoui-la-tau,
gnées de deux ou trois jours de Navigation,
L
‘
: REVOLUTIOKS
DE LA
Corée,
Nouvelle ré-
volition.
Invañon des
Japonoïs dans
la Corée,
Conduite de
leur Chei,
408 VOYAGES DANS L'EMPIRE :
Revorvrions quer. Ils prirent terre près d'un Village nommé lru-chan. Ils pafèrent par Lin-
Conir, ir, fans étre apperçus; & divifant leurs forces, ils s'emparèrent de Tou-to
Ranitéde & de plufieurs autres \ illes. Les Coréens, amollis par une longue paix, eu-
leurs conan, rent recours à la fuite. Li-/eng, leur Roï étoit livré afes plaifirs. Il prit le par-
tes. ‘ti d'abandonner le Gouvernement au feconddefes fils; & s'étant retiré d'abord
à ing-yang, enfuite à J-cheu, dans le Pays de Lyau-tong, il fupplia l'Em-
pereur de la Chine, non-feulement de le recevoir comme fon fujet, mais en-
core de réduire fon Royaume en Province. Les Japonois avoient déja démoli
les tombeaux & pillé le tréfor. Ils s'étoient faifis de la mère, des enfans &
des Officiers de la maifon du Roi. Enfin la plus grande partie du Royaume
étoit déja foumife à leurs armes. Ils inveltirent Pin-jang, dans le deffein de
afler le Ta-lu-kyang, & d'entrer dans le Pays de Lyau-tong. Ce fut alors que
le Roi de Corée, quittant I-cheu pour fe reurer à Nyay-cheu, preffa l'Em-
LesChinois pereur, par fes couriers, de lui accorder un prompt fecours. Deux détache-
ARE mens Chinois, chacun d'environ trois mille hommes, s'avancèrent vers Ping-
Roi de Corée. jang; mais ils furent taillés en piéces, & le Commandant du premier perdit
la vie dans l’attion. .
L'EMPEREUR envoya Song-ing-chang, avec la qualité de Xing-lyo (o) ou
de Sur-Intendant Général des forces Chinoifes, qui commençoient à fe rendre
au quartier d'Affemblée. Les Généraux Japonois, pour gagner du tems, fi-
rent déclarer aux Chinois qu'ils w'avoient jamais penfé à les attaquer, & que
s'étant propofé feulement de poufler leurs conquetes jufqu'a la rivière de ‘l'a-
tong-hyang, ilsretourneroient enfüuite au Japon. Cependant ils ne laiffèrent pas
de fortifier la Capitale de la Corée, & de mettre des garnifons fuflifances dans
toutes les Places d'importance. Dans cet intervalle, ÀAÿi (p}) fit la conquête
du Royaume de Chau-ching, & prit le titre de Tay-ko
Dans le cours du douzième mois, i-vr-fong , Général de l'Armée Chi-
noife, traverfa le Pays de Evau-tong, à la tete de füixante mille hommes. I]
trouva tant de dificultés à paliir la montagne de reng-ihang-chan (q), que
Srratasome fi l’on s’en rapporte aux Chinois, tous fes cievaux fuerenc du fang. Chin-ci-
qui leur ruf king avoit pris les devants, pour s'aboucher à Ping-jang avec Hing-chang,
fit, Général des Japonois, & lui perfuader que Li-vu-/cng venoit dans l'intention
de créér fon Maitre Roi, fuivant le pouvoir quil en avoit reçu de l'Empe-
reur. Cette rufe eut tout le fuccis qu'on s'en étoit propofe. Iling-chang en-
voya vingt de fes Officiers au-devant du Géncral Chinois, qui donna des or-
. dres pour les faire arrêter. Mais ils fe défendirent avec tant de courage qu'il
n'en demeura que trois prifonniers. Chn-vi-king, foutenant l'artifice, actribua
cet accident à la méfintelligence des Interprètes; & le Général japonois ne
fit pas difficulté d'envoyer avec lui deux Officiers de confiance pour com-
plimenter Li-vu-fong , qui les reçut & Iles renvoya avec beaucoup de po-
litefte,
LRSRIARS PinG-JANG eff défendu, au Sud-Eft, par une Rivière, & à l'Oucit par
de une Montagne; mais le pofte le plus important eft une éminence au Nord,
Lontatol qui étoit gardée par les Japonois. Li-yu-fong étant arrivé devant la Villeavec
s fon
Les ]1po-
(q) Près de la Ville de Fong-whan-ching,
(o) Le Kinz-lyo a le pouvoir de vie & de
fur la frontière Occidentale de lu Corte,
mort, & l'infpsétion générale des affaires,
t#) Où Pins fycou-Ayi,
fon arn
he, fe
Ville,
doient
ne ‘Tl'oi
fembloi
défiance
le maf
il donn
l'efpéra
vante,
avec pd
LE
princip
bord re
des fuia
lui; &
pas mo
précipit
les Chi
mais la
rivière
bat, fan
de la tr
nois, q
Le 19,
core cen
quatre F
CHINA
prit le p
té le 27.
lorfqu'ils
trompe |
qu'au pa
brides v
fur la té
Troupe :
furieux.
le Gén
yuen, à
pendant
la fleur d
heures jt
le terrait
D'un aut
rivière d
Ville, d
nois prir
VIII.
ntpar Lin-
t de Ton-to
> paix, Cu-
prit le par-
iré d’abord
pplia l'Em-
t, mais en-
déja démoli
s cnfans &
1 Royaume
- deflein de
it alors que
refla l'Em-
ix détache-
vers Ping-
mier perdit
-lyo (o) ou
a fe rendre
u tems, fi-
er, & que
ère de “l'a-
ifférent pas
fances dans
a conquete
\rmée Chi-
ommes. Il
(a), que
Chin-vi-
ing-chang,
l'intention
le l'Empe-
chang en-
1a des or-
rage qu'il
, attribua
ponois ne
our com-
ip de po-
ucft par
u Nord,
Villcavec
fon
Fhan-ching,
jorie,
DE LA CHINE, Liv. II. Cuar. I. 409
fon armée, le 6 du premier mois de la vingt-fixième année du régnc de Van-
he, fe mit en ordre de bataille, & commença fa marche pour entrer dans la
Ville, tandis que les Japonois, revêtus de leurs habits les plus riches, bor-
doient le chemin, & que leur Général regardoit cette proceflion du haut d’u-
ne Tour. Mais les Officiers Chinois ayant pris des airs de hauteur qui ref-
fembloient mal à leurs affcétations d'amitié, les Japonois conçurent quelque
défiance & commencérent à fe tenir fur leurs gardes. Enfin Li-yu-fong leva
le mafque. Il fit attaquer l'éminence du Nord; & par une nouvelle feinte ,
il donna ordre à fes Troupes de fe retirer après la première charge, dans
l'efpérance de faire fortir l'Ennemi d'un pofte fi avantageux. La nuit füui-
vante, les Japonois attaquèrent le Camp Chinois ; mais ils furent repouflés
avec perte.
LE $, à la pointe du jour, les Chinois donnèrent un affaut général, & la
principale attaque fe fit au côté Sud-Eft de la Ville. Les Chinois furent d'a-
bord repoulTés. Mais la fermeté, avec laquelle Li-yu-/ong tua quelques-uns
des fuiards, ramena tous les autres à la charge. Il eut un cheval tué fous
lui; & /ley-chong reçut un coup qui lui traverfa la poitrine, & ne continua
pas moins d'encourager fes gens. Li-yu-/ong, monté fur un cheval frais, fe
précipita dans la mêlée la plus ardente. Enfin les murs furent efcaladés, &
les Chinois entrérent dans la Ville. La lorterefle fervit d’azile aux Japonois;
mais la plûpart fe fauvèrent pendant la nuit avec leur Général, qui pañla la
rivière de Ta-tong-yang. Il en périt deux cens quatre-vingt-cinq dans le com-
bat, fans compter un grand nombre qui fe noya dans la rivière en s’efforçant
de la traverfer. D’autres tombèrent dans une embufcade de trois mille Chi-
nois, qui en tucrent trois cens foixante-deux & firent quelques prifonniers.
Le 19, les Chinois emportèrent d’affaut la Ville de Pu-kay, où ils tuèrent en-
core cent-loixante-cinq Japonois. ‘T'ant de défaites fucceflives firent perdre
quatre Provinces aux vainqueurs de la Corée.
CHING-KING, leur fecond Général, qui s’étoit rendu maître de ZZyen-king,
prit le parti de fe retirer dans la Capitale. Les Chinois, qui prirent cette rou-
te le 27, n'en étoient plus qu’à foixante-dix lis, c’eft-a-dire, à fept licues,
lorfqu’ils furent informés que l'Ennemi l’avoit abandonnée. Leur Général,
trompé par cet avis, fe mit à la tête de fa Cavalerie légère, & s’avança juf-
qu'au pas de Pi-ti-quan, à trente lis de la Ville. Comme il couroit à toutes
brides vers le Pont de Ta-cha-kyang, fon chevai s'étant abbattu, il tomba
fur la tête & faillit de fe tuer. , Au même moment , il fut environné d’une
Troupe d'Ennemis qui lui avoient dreffé une embufcade, & le combat devint
furieux. Un Officier Japonois, qui portoit une cuiraffe d'or, prefla vivement
Je Général Chinois; maïs il fut enfin percé d'un coup de fléche, & Yang-
uen, arrivant au fecours de fon Collégue, l'Ennemi fut mis en fuite. Ce-
pendant tous les Chinois qui avoient pañlé le pont furent taillés en piéces, &
la fleur de leur Armée périt dans cette action. L'engagement dura depuis dix
heures jufqu’a midi. Un dégel, accompagné de grandes pluies, avoit rendu
le terrain fi gliffant que la Cavalcrie Chinoife ne put s'avancer à la charge.
D'un autre côté les Japonois étoient poftés fort avantageufement, avec une
rivicre de front & une montagne par derrière. Ils avoient élevé, dans la
Ville, de hautes machines remplies d'armes fort meurtrières. Aufñi les Chi-
nois prirent-ils le parti de fe retirer à Chay-king.
VIII. Puit. FFF Dans
REVOLUTIONS
DE LA
Cor.
Ping-jang
pris par les
hinais.
Pertes des
Japonais.
Les Chinois
font maltrai
tés,
RevoLurIons
DE LA
Corée.
Fin de cette
gucrre.
Les Japonois
fe r nienttri-
butares de la
Chine.
Excès d'in-
ægontinence
dans un Am-
baffadeur
Ciinois,
Ping fyeou-
kyi eit créé
Roi du Japon.
Sa fierté pour
le Roi dé Co-
rée, qui
l'avoit traité
avec mépris.
vient à celui de Roi,
410 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Dans le cours du troifième mois, leurs efpions les informérent que les Ja-
ponois étoient au nombre de deux cens mille autour de la Capitale, & qu’ils
avoient des vivres en abondance. Mais Li-yu-fong ayant eu la précaution de
brûler une grande quantité de bled , la crainte d'en manquer fit confentir fes
ennemis à la paix. Ils lui cédèrent même la Capitale , dans laquelle étant entré
le: 18 du quatrièmé mois, il fut furpris d’y trouver encore quarante mille
boiffeaux de riz, & du fourage à proportion. Les Japonois envoyérent un
Ambaffadeur à la Cour Impériale pour y faire leurs foumiifions ; ce qui ne les
empêcha pas d'attaquer en même-tems Ayen-ngan & Tin-cheu , & de ra-
vager la Province cs Tfuen-lo. Cependant, quelques mois après, ils rendi-
rent la liberté aux enfans & aux principaux Officiers du Roi de Corée; &l'Em-
pereur, follicité par ce Prince, confentit, dans la vingt-deuxième année de
fon régne , à recevoir le tribut qu’ils lui offrirenc & à créer Ping-fyeou-kyi
Roï du Japon, aux conditions fuivantes: ro. que les Japonois abandonne-
roient toutes leurs conquêtes dans la Corée; 20. que Ping-fyeou kyi n’enver-
roit pas d'Ambaffadeur à la Chine; 30. qu’il s'engageroit par ferment à ne ja-
mais porter fes armes dans la Corée. :
Li-TSsoNG-cHING, Marquis de Lin-whay , fut nommé par l'Empereur
pour aller conférer à Kyi la dignité de Tay-ko (x). Ce Seigneur avoit une
pallion défordonnée pour les femmes. I-chi, Gouverneur de Tui-ma, qui
avoit époufé la fille du Général Japonois, lui envoya, au moment de fon ar-
rivée; trois jeunes perfonnes d’une grande beauté, qui furent introduites l'une
après l’autre dans fa tente. Une galanterie de cette nature lui plut beau-
coup. Mais ayant appris dans la fuite que la femme du Gouverneur étoit
encore plus belle, il porta l'impudence jufqu’à la demander à fon mari, qui
n’en put diffimuler fon reflentiment. Vers le même tems, un Gentilhomme
Japonois, nommé Long, ayant pris querelle pour le pas avec le Marquis, qui
faillit d'abord de le tuer, fut fecouru fi puifflamment par fes domeitiques,
qu'il força cet étrange Ambafñladeur de recourir à la fuite pour fauver fa pro-
pre vie, & d'abandonner tout derrière lui jufqu'à fes Lettres de créance. A.
pres avoir couru toute la nuit, dans le défefpoir de fa fituarion, il fe pendit
à un arbre; mais quelques perfonnes de fa fuite, qui avoient couru fur fes
traces, arrivèrent affez-tôt pour lui fauver la vie. Il continua de fuir jufqu'à
King-cheu, où l'Empereur donna ordre qu’on lui fit fon procès. Tung-fong-
beng, parent de Sa Majefté Impériale, fut envoyé à fa place (5).
PING-SYEOU-KYI (5) , après avoir jeûné, & s’être baigné pendant trois
jours, alla au-devant du Miniftre de l'Empereur, fe profterna quinze fois
devant lui, & fut créé Roi du Japon avec les formalités établies par l'ufage.
Le Roi de Corée fe laiffant conduire par Li-chin, fon favori, qui lui confailla
de marquer du mépris pour ce nouveau Roi, ne le fit complimenter que par
un Officier fubalterne d'une Ville du fecond ordre, & ne lui envoya pour
préfent qu'un petit nombre de piéces de foie commune. Ping-fyeou-kyi, vi-
vement piqué de cette conduite, répondit à l’Ambaffadeur Coréen: ,, Vo-
, tre Maître a-t-il déjà oublié que j'ai conquis fes Etats, & que je ne les lui
32
Cr) Tay-ko cit un titre Japonois , quire- pag. 546. & fuivantes, | |
É (t) L'Auteur, dansla fuite, écrittoüjours
(5) Chine du Père Du Halde, Vol, IV. Ping-lieou-kyi.
ai
ss Pre
voti
» ain
5» Vot
fon tri
noifloi
tice du
La
lye.
attaqu
dont |
tôt ma
VER,
cheu.
cile fe
qui en
prit p
ma dé
bruit q
difpert{
cette |
chevau
ple Sol
compa
extrao
ayant
» Sol
fortir |
ui ét
FRS
çant le
chape
récept
pour !
gie; T
Chinoi
mort
Van-l
avoit
Lr-
étoit
reur K
que les Ja-
>, & qu'ils
caution de
onfentir fes
étant entré
rante mille
oyérent un
> qui ne les
& de ra-
» ils rendi-
e; &l'Em-
e année de
;-fyeou-kyi
abandonne-
yi n’enver-
nt à ne ja-
l'Empereur
avoit une
l'ui-ma, qui
de fon ar-
duites l'une
plut beau-
‘neur étoit
\ mari, qui
ntilhomme
arquis, qui
meftiques ,
ver fa pro-
éance. À-
il fe pendit
ru fur fes
uir jufqu'à
Tang-fong-
dant trois
uinze fois
ar l'ufage.
1 confeilla
Tr que par
oya pour
-kyi, vi
ni Vo-
ne les lui
LL] al
rittoùjours
DE LA CHINE, Liv. I. Car. LIL. Aït
ai rendus que par déference pour l'Empereur de la Chine? Pour qui me nevorurroxs
prend-il, lorfqu’il me fait un préfens de cette nature par un homme de
votre forte? Éit-ce moi ou l’Émpereur qu'il infuite? Puitqu’on me traite
ainfi, mes Troupes ne quitteront pas la Corée que l'Émpeseur n'ait chîtié
, votre Maître. Le jour fuivant il fit partir pour la Cour imp:ri 2, avec
fon tribut, qui étoit fort riche, deux Mémoires; l'un, par léqu:! il reson-
noiffoit les obligations qu’il avoit à l'Empereur ; l'autre, pour demander juf-
tice du Roi de Corce. |
La guerre fe renouvella dans la vingt-cinquième année du regne de Van-
lye. Les Japonois, fous la conduite de ‘Ffing-ching & de Fang-ching, ayant
attaqué la Corée avec une lloite de deux cens Voiles, prient Nan-yuen fu,
dont le Gouverneur s'enfuit pieds nads à leur approche, & fe rendirent hien-
tôt maîtres de Tjuer-cheu. Ils ne trouvèrent pas plus de réfiftance du coté de
VE, à Nyar-ling & à Chong-cheu , ni vers l'Oueit à Nau-yuen & Tiüuen-
cheu. ‘Toutes ces Villes commandant l'étroit paflise qui conduit à la Capitale,
cile fe trouva comme bloquée. ‘Tfiug-ching établit fes quartiers à Tun-tfing,
qui en eft éloigné de foixante lieuis ou de fix cens lis, tandis que Fang-ching
prit pote à King-chang, qui en eft à quarante lieuës. Les Chinois, com-
mandés par Han-quey , formèrent le fiége de cette dernière Place; mais fur le
bruit qu’il étoit arrivé du fecours à l’Ennemi, ils prirent la fuite, & dans la
difperfion de leur armée ils perdirent vingt mille hommes. Han-quey paya
cetre lâcheré de fa tête.
Dans le neuvième mois de la vingt-fixième année de Van-iye, Leou-
ting, autre Général Chinois, marcha contre Hing-chang ; mais fans avoir
employé les armes il lui propofa une conférence , où l’accommodement pût
être ménagé par des voies tranquilles. Le Général Japonois y confentit, &
fe trouva dés le lendemain au rendez-vous avec une efcorte de cinquante
chevaux. Leou-ting, qui avoit dreffé une embufcade , prit l'habit d'un fim-
ple Soldat; & chargeant un de fes Officiers de paroître fous fon nom, il l’ac-
compagna dans ce déguifement. Hing-chang fut reçu avec des honneurs
extraordinaires par le Général fuppofé. Mais, tandis qu'on étoit à table,
ayant regardé fixement Leou-ting fous l'habit commun qu'il portoit: ,, Ce
,, Soldat, dit-il aux autres, paroît avoir été malheureux. L’étonnement fit
fortir Leou-ting de la tente, & fur le champ il fit tirer un coup de canon,
qui étoit le fignal de l’embufcade. Hing-chang ne doutant plus qu'il ne fût
trahi, fe hâta de monter à cheval, rangea fon efcorte en triangle, & per-
çant les bataillons Chinois avec un horrible carnage, trouva le moyen de s'é-
chaper heureufement. Le lendemain il fit remercier le Général Chunois de fa
réception. On s’efforça de fe juftifier , en faifant pañler le coup de canon
pour un accident du hazard. Il affeëta de paroître fatisfait de cette apolo-
gie; mais il envoya pour préfent à Leou-ting une coëffure de femme. Les
Chinois l’attaquèrent aulli-tôt, & furent maltraités de toutes parts. Enfin la
mort du Tay-ko, qui arriva en 1568, la vingt-fixième année du régne de
Van-lye, fit retourner les Japonois dans leur pairie, & termina une guerre qui
avoit duré fept ans. :
Li-Ton, Roi de Corée en 1720, lorfque Regis écrivoit cette Relation,
étoit de la famille de Li. En 1694 il préfenta la Requête fuivante à l'Empe-
teur Kang-h1.
Fff 2 » CETTE
A
CouxLe,
Laguerre
1ECominence,
‘Trahifon
d'un Générai
Chinois,
Llle lui réuf
fit inal,
Fin de ia
guctre,
KREVOLUTIONS
DE LA
CoRÉE.
Requête
fingulière
d'un oi de
Corée,
Éfet de cet-
te Requête,
Hamtz,
1653,
{NTRONUC-
TION.
VOYAGES DANS L'EMPIRE
,» CETTE Supplique eft préfentée par le Roi de Chau-tfyen, dans la vûed'é-
tablir fa famille, & fait connoître les defirs de fon Peuple.
» Moi, votre Sujet, je fuis un homme des plus infortunés. Je me fuis vû
long-tems fans héritier, jufqu’à ce qu'enfin il m’eft né un fils d’une concubi-
ne, dont j'ai crû devoir élever la fortune à cette occafion. C’eft de cette
fauffe démarche qu'eft venu tout mon malheur. J'ai obligé la Reine Mix-
chi de fe retirer, & j'ai fait Reine à fa place ma concubine Chang-chi,
comme je n'ai pas manqué alors d'en informer Votre Majefté. Mais faifant
aujourd’hui réflexion que Min-chi avoit été créée Reine par Votre M ajefté,
u'elle a gouverné long-tems ma famille, qu'elle m'a afifté dans les facri-
de , qu’elle a rendu fes devoirs à la Reine ma grand-mère & à la Reine
ma mère, & qu’elle m’a pleuré pendant trois ans, je reconnois que j’aurois
dû la traiter plus honorablement, & je fuis extrémement affligé de m'être
conduit avec tant d’imprudence. Enfin, pour me rendre aux defirs de mon
Peuple, je fouhaiterois aujourd'hui de rétablir Min-chi dans fon ancienne
dignité, & de faire rentrer Chang-chi dans fa condition de concubine. Par
ce moyen le bon ordre régnera dans mafamille, & la réformation des mœurs
commencera heureufement dans mon Royaume.
» Mot, votre Sujet, quoique par mon ignorance & ma ftupidité j'aie fait
une tache à l'honneur de mes Ancêtres, j'ai fervi Votre Majefté depuis vingt
ans, & je fuis redevable de tout ce que je fuis àvotrebonté, qui me fert de
bouclier & qui me protège. Je n’aipoint d'affaire, publique ou particulière,
que je veuille vous cacher; & c’eft ce qui m'a fait prendre deux ou trois fois
la hardiefle de folliciter Votre Majefté fur celle-ci. J'ai honte à la vérité de
fortir des bornes de mon devoir; mais comme il eft queftion du bien de ma
famille & des defirs de mon Peuple, j'ai erû que fans bleffer le refpeét je
pouvois préfenter cette Supplique à Votre Majefté.
Le Tribunal des Cérémonies, auquel ce Mémoire fut renvoyé, jugea quela
demande devoit être accordée. En conféquence, on envoya des Ambaffadeurs
en Corée, pour créer Min-chi Reine avec les formalités ordinaires. Mais l’an-
née d’après, le méme Prince ayant préfenté à l'Empereur une autre Requête,
où le refpuét étoit blefTé dans quelques points, il fut condamné, par le même
‘Tribunal, à payer une amende de dix mille onces Chinoifes d'argent, & pen-
dant trois ans on ne lui accorda rien en retour pour le tribut annuel (u).
(v) Du Halde, ubi fup. pag. 554,
AE Eten Et AE Eee tester: TE: MOI: MED: BEA: TE Ne Een Eten
CHAPITRE IT.
Voyage de quelques Hollandois dans la Corde, avec une Relation du Pays ES de leut
Naufrage dans l'Ifle de Quelpaert.
AMEL Auteur de cette Relation, & Sécretaire {4 ou Ecrivain du
Vaifleau Hollandois dont il raconte les courfes & le naufrage, pub
’a or
Ça) C'eft la qualité qu'il fe donne lui-même,
d'abor
de la
curent
taire a
lation.
ne s’y
tres H
qu'ait €
gouver
à faire (
vec la (
landois
de la C
une col
qu’elle 4
qu'en fu
les écri
quoique
Con
ze ans,
on doit 4
que celle
nal (d)
rèrent €
naufrage
f,
Henri H
du Va
Godefro;
Jean Prr
Gerard ]
Mathieu
Corneille
Benoît C
Denis G
(b) La
ième ‘lo
Ansioiles ,
Schipwreck
Quelpaert ,
tbe Kiigdo
la vûed'é-
me fuis vû
e concubi-
Ît de cette
eine Min-
Chang-chi ,
fais faifant
> Majefté,
s les facri-
à la Reine
ue j’aurois
de m'être
irs de mon
| ancienne
abine. Par
des mœurs
é j'aie fait
puis vingt
me fert de
rticulière ,
u trois fois
1 vérité de
bien de ma
refpeét je
ugea que la
baffadeurs
Mais l’an-
Requête,
r le même
ES de leus
rivain du
e, publia
d’abord
DE LA CHINE, Liv. Ill. Crar. ll. 413
d'abord fon Ouvrage en Hollande, où les huit hommes qui revinrent avec lui
de la Coréc étoient encore vivans. Plufieurs perfonnes de réputation, qui
eurent la curiofité d’éxaminer ces huit Témoins, confirmèrent ce que le Sécre-
taire avoit écrit. Cet éclairciflement paroït fuffire pour l’autenticité de fa Re-
lation. Le Traduéteur Anglois (b) obftrve, d’après l'Editeur François, qu'il
ne s’y trouve rien qui ne s'accorde avec ce qu'on lit dans Palafox & dans d’au-
tres Hiftoriens de l'invafion T'artare. (‘ependant quelqu'apparence de vérité
qu'ait cette rélléxion, à l'égard des ufages de la Corée & de la forme de fon
gouvernement, qui paroiffenc les mêmes qu'à la Chine, il y a quelqu'objeétion
à faire contre la Géographie de l’Auteur Hollandois. Elle ne s'accorde point a-
vec la Carte de Corce pour les noms de: Villes (c), dans la route que les Hol-
landois fuivirent depuis la Mer jufqu « là Capiiale du Royaume, ni pour celui
de la Capitale meme; ce qui it d’autanc plus embarraflant, que cette Carte eft
une copie de celle qui eft fuipendie dns le Palais du Koï, & que les noms
qu’elle contient fon: les noms intqu s. Mn ne peut répondre à cette difficulté
qu'en fuppofanc qu: les Muflionaires avr: erit ces noms en Chinois au-lieu de
les écrire en Corsen; car les deux Nat emploient les mêmes caractères
quoique leur lanwue foit différente
Comme le frjour de l'Auteur dans le Royaume de Corée fut d'environtrei-
ze ans, il femble que fa Relation devoit etre plus ample & plusdétaillée. Mais
on doit être content fi l’on y trouve les caraétères de la vérité, fur-tout lorf-
que celle des Miffionaires al beaucoup plus féche. On trouve à la fin du Jour-
nal (4) les noms des Hollandois qui revinrent en Europe & de ceux qui demeu-
rérent en Corée. Il n'en reftoit que feize, de trente-fix qui s'écoient fauvés du
naufrage treize ans auparavant.
Noms de ceux qui revinrent. Noms de ceux qui demeurèrent.
Jean Laure, d'Amifterdam.
Henri CorNecius, de Vrulandt.
Jean Nicozas, de Dort,
Jacob Jaxs, de Norvege.
Antoine Ucoers, d'Embden.
Nicolas ArEeNTs, d'Oftwren.
Alexandre Bosquer, Ecoflois.
Jean. . .. , d'Utrecht.
Henri HameL , de Gorcum; Sécretaire
du Vaiffeau, Auteur de la Relation.
Godefroy Denis, de Rotterdam.
Jean Prrers, d'Uries en Frife,
Gerard Jaws, de Rotterdam.
Mathieu YHockEN, d'Enchuyfe.
Corneille THsoporick, d'Amfterdam.
Benoît CLerc, de Rotterdam.
Denis Goprkrey, de Rotterdam.
(ec) Les noms des Provinces donnés par
Hamel différent au de ceux qui fe trouvent
dans la Relation de Regis.
(d) Au quatrième Tome de la Collection
Angloife, pag. 587.
(b) La Tradu&ion eft inférée dans le qua:
trième L'ome d'une des grandes Collcétions
Ansioiles , fous le titre de : Account of the
Schipwreck, of a Dutch Velfel, onthe Coaft, of
Quelpaert, together with the Defcriprion of
tbe Kingdom of Corée.
ITAMEL,
1653.
INTRODU c-
TION,
Objeétion
contre la fidé-
lité de cette
Relation,
Réponfe,
Noms des
Hollandois
qui furvécu-
rent à leurs
*
Compagnons,
VOYAGES DANS L'EMPIRE
dans le
champ
caufero
ILs
qui vei
du riva
énebr
de mou
inutiler
étoient
ceux q
traînés
part nul
HAMEL
1653: $. I.
| Nu:frage des Hollandois vers l'Ifle de Quelpaert. Leur Jéjour dans
| cette Ifle ES Ja défcription.
| Départ du
| Vaifeau & fa feau le Sparrow Haut, arrivérent dans la Rade de Batavia le premier de
route,
le 14 du mème mois, par l'ordre du Gouverneur Géneral, pour ferendre à Tay-
wan (a), où ile mouillèrenc le 16 de juillec. Is conduifoient Cornelius Leffeï,
qui alloit prendre poflftion du Gouvernement de cette Ville & de l'Ifle de
Formofe, à la place de Nicolas Verburge (b). Le 30, un ordre du Confeil Eee
| les obligea de partir pour le Japon. Des le iendemain, vers le foir, en for- Les
Î tant du Canal de Formofe, ils cluyèrent une tempete qui ne fic qu'augmenter Fo .
| pendant toute la nuit. ss “
| Tempêtes LE matin du premier d'Août, ils fe trouvèrent fort près d'une petite Ifle, oi FR Le
Î & malheus ils mouillérent avec beaucoup de difficulté, parce qu'on ne trouve pas de fond a
[| PES dans prefque toutes les parties de cette Mer. Lorfque le brouillard vint à f: Sr P
| | difliper, ils furent furpris de fe voir fi près des Côtes de la Chine, qu'ils gel
| diftinguoient facilement, au long du rivage , des gens armés, qui s’attendoienr Le ; di
| apparemment à profiter des débris du Vaifléau. Mais quoique la tempête nc : Wu
| ceffàt pas d'augmenter ils pafférent dans le même lieu toute la nuit & le jour ne f
| l fuivant, à la vüe de ceux qui les obfervoient. Le troifième jour ils s'apperçu- fac de f
| | à rent que la tempête les avoit jettés à vingt lieuës de leur route, & qu'ils ne AL
| voyoient encore l’Ifle l'ormofe. Ils pañlèrent entre cette Ifle & le Continent. D Le
| Le tems ctoit affez froid. Ce qui les chagrina le plus, ce fut de fe voir ar. re
rêtés dans ce canal jufqu’au 11 du même mois, par le mélange incertain des re
| vents & des calmes. Enfin un vent Sud-Eft , qui forma une nouvelle tem- s a er
| pête, avec une forte pluie, les obligea de prendre au Nord-Eft & au Nord- Ro
l Eft quart de Nord. Les trois jours fuivans, le tems devint encore plus ora- one P°
f Fe le vent changea tant de fois, qu'ils ne firent que lever & baifkr on
| es voiles. RAS
| L'embarras Dans cette fituation, les battemens continuels de la Mer avoient fort af. . | Ha
l us foibli leur Vaifleau; & la pluie qui ne difcontinuoit pas, les empêchant de
|! 7e faire des obfervations, ils furent obligés d'amener toutes leurs voiles & de
s'abandonner aux flots. Le 15, ils prirent tant d'eau qu’ils n'étoient plus
fufil; mi
nérent le
noître qL
les maîtres de leur Bâtiment. La nuit fuivante , leur Chaloupe & la plus Re
grande partie de la galerie furent emportées par la violence des vagues, qui fculté de
ébranlèrenc le beau-pré, & mirent la proue fort en danger. Les coups de fan. Ce
vent étoient fi impétueux & fe fuccédoient de fi près qu’il étoit impoffible de di cdtote
remédier à ce défordre. Enfin une vague, qui fe brifa fur l’antène, faillit Aro: ja
d'emporter tout ce qu'il y avoit de Matelots fur le Pont, & jetta tant ue ds es
. " qui, aprt
més penc
(a) Ou plûtôt, de Tay-wan dans l'Ile de Formofc. ‘ LE le
Qo) Voyez le Tome précédent.
dans
, furle Vaif-
: premier de
’une ficheu-
t à la voik
endre à Tay-
nelius Le{Je;,
c de l'Ifle de
e du Confeil
foir, en for-
ju'augmenter
etite Ifle, où
+ pas de fonc
rd vint à [:
hine, qu'ils
s'attendoient
à tempête nc
uit & le jour
ls s'apperçu-
Le: qu'ils
e Continent.
e fe voir ar-
incertain des
ouvelle tem-
& au Nord-
ore plus ora-
er & baifker
ient fort af-
péchant de
roiles & de
étoient plus
e & la plus
vagues, qui
s coups de
mpofñlible de
têne, faillit
tant d’eau
dans
DE LA CHINE, Lrv. Ill. Craer. Ii. 415
dans le bâtiment, que le Capitaine s’écria qu'il falloit couper le mât fur le
champ & demander le fecours du Ciel, parce qu'une ou deux vagues de plus
cauferoient infailliblement la perte du Vaifleau.
Is ctoient réduits à cette extrémité, lorfqu'a la feconde faétion, celui
qui veilloit à l'avant, s'écria, terre, terre, en afurant qu'on n'étoit éloigné
du rivage que d'une portée de moufquet. C'étoit la pluie & l'épaifleur des
sénebres qui n’avoit pas permis de s'en appercevoir plûtôt. 11 fut impoñible
de mouiller, parce qu'on ne trouva point de fond; & tandis qu'on s’efforçoit
inutilement d'y parvenir, il fe fit une fi grande voie d’eau que tous ceux qui
ctoient à fond de calle furent noyés fans en avoir pû fortir. Quelques-uns de
ceux qui étoient fur le Pont fautèrent dans la Mer. Les autres furent en-
traînés par les flots. Il y en eut qui gagnèrent enfemble le rivage, la plû-
part nuds & tout brifés. Îls fe perfuadérent d’abord que tous les autres avoient
péri, mais en grimpant für les rochers ils entendirent les voix de ‘quelques
perfonnes qui poufloient des plaintes; & le jour fuivant, à force de crier &
de chercher le long du rivage, ils en raffemblerent plufieurs qui étoient dif-
periés fur le fable, De foixante-quatre, ils fe trouvèrent au nombre de trente-
{ix, mais la piñpart bleffés dangereufement.
EN cherchant les débris du Vaifleau, ils découvrirent un de leurs compa-
gnons pris entre deux planches , dont il avoit été fi ferré qu’il ne vêcut pas
plus de trois heures. Mais de tous ceux qui avoient eu le malheur de périr, ils
ne retrouvérent que leur Capitaine, Eybertz d'Amfterdam, étendu fur le fa-
ble à dix ou douze braïles de l'eau, la tete appuïée fur fon bras. Ils l’enter-
rérent. De toutes leurs provifions, la Mer n'avoit jetté fur le rivage qu'un
fac de farine, un tonneau de viande falée, un peu de lard, & un baril de
vin rouge. Ils n’eurent pas peu d'embarras pour faire du feu; car fe croiant
dans quelque Ifle déferte leur unique reflource étoit dans leur induftrie. Le
vent & la pluie ayant diminué vers le foir, ils amaflérent aflez de bois
pour fe mettre à couvert, avec les voiles qu'ils avoient pû fauver de leur nau-
frage.
Le 17, étant à déplorer leur condition, tantôt s’affigeant de ne voir pa-
roître perfonne, tantôt fe flattant de n'étre pas éloignés du Japon, ils dé-
couvrirent à la portée du canon, un homme qu'ils appellèrent par divers fi-
gnes, mais qui prit la fuite aufi-tôt qu'il les eût apperçus. Dans le cours
de l'après-midi, ils en virent trois autres, dont l’un étoit armé d'un moufquet
& les deux autres de fléches. Ces inconnus s’approchèrent à ia portée du
fufñil; mais remarquant que les Hollandois s’avançoient vers eux, ils leur tour-
nérent le dos, malgré les fignes par lefquels on s’efforçoit de leur faire con-
noître qu'on ne leur demandoit que du feu. Enfin, quelques Hollandois ayant
trouvé l: moyen de les joindre, celui qui portoit le moufquet ne fit pas dif-
ficulté de l'&sandonner entre leurs mains. Ils s’en fervirent pour allumer du
feu. Ces trois hommes étoient vêtus à la Chinoife, excepté leurs bonnets,
qui étoient compofés de crin de cheval. Les Hollandois s'imaginèrent avec
cffroi que c'étoient peut-être des Chinois fauvages ou des Pirates. Versle foir,
ils virent paroître une centaine d'hommes armés, vêtus comme les premiers,
qui, après les avoir comptés, pour s’aflürer de leur nombre, les cinrent renfer-
més pendant toute la nuit.
LE lendemain à midi, environ deux mille hommes, tant ächevalqu'a pied,
vinrent
Hamct.
1653.
Leur nauyf:2-
ge
Nombre de
ceux qui fe
fauvèrent,
Ils fe trou-
vent dans ua
lieu qu'ils
croient dé-
fert.
Ils décou-
vrent quels
ques Habi-
tans,
Hanrz,
1653.
Comment ils
en font trai-
tés,
Terreur pa-
nique des
Hollandois.
15 fe trou-
vent dans l'I.
fle de Quel-
paert,
On fauveles
&ébris de leur
Vuifleau,
Donne-foi
des Habitans
de life,
416 VOYAGES DANS L'EMPIRE
vinrent fe placer devant leur hute, ou leurtente, en ordre de bataille, LeSé.
cretaire & les deux Pilotes, avec un Mouflé, ne firent pas difficulté de fe
préfenter à eux. Ils furent conduits au Commandant, qui leur fit mettre au
col une groffe chaîne de fer avec une petite fonnette, & qui les obligea de
fe profterner devant lui avec cette parure. Ceux qui étoient demeurés dans la
hutte furent traités de même, tandis que les Infulaires fembloient applaudir
par de grands cris. Après les avoir laiflés quelaue tems dans cette fituation,
c'eft-à-dire, profternés fur le vifage, on leur fit ligne de fe mettre à genoux.
On leur fit plufieurs queftions qu'ils ne purent entendre. Ils ne réuflirent pas
mieux à faire connoître qu'ils avoicnt voulu fe rendre au Japon, parce que
dans ce Pays le Japon s'appelle Junare où Jirpon. Le Commandant , ayant
perdu l'efpérance de les entendre mieux, fit apporter une tafle d'atrack, qui
leur fut préfenté tour à tour, & les renvoya dans leur tente. Il fe Ft montrer
ce qui leur reftoit de provifions, & bientôt après on leur apporta du riz cuit à
l'eau. Mais comme on s’imagina qu'ils mouroient de faim, on ne leur en
donna d'abord qu’une portion médiocre, dans la crainte que l'excès ne leur
fût nuifible.
ArrÈès-midi, les Hollandois furent furpris de voir venir plufieurs de ces
barbares avec des cordes à la main. Ils ne doutèrent pas que ce ne fût pour les
étrangler. Mais leur crainte s'évanouit en les voyant cou’ir vers les débris du
Vaiffrau, pour tirer au rivage ce qui pouvoit leur être utile. Le foir on leur
don... une plus groffe portion de riz. Le Capitaine, ayañc fait fes obferva-
tions, jugea qu'ils étoient dans l'Ifle de Quelpaert, au trente-troifième degré
trente-deux minutes de latitude.
Les Infulaires employèrent le 19 à tirer au rivage tous les reftes du nau-
frage, à faire fécher les toiles & les draps, à brûler le bois pour en tirer le
fer, qu'ils aiment beaucoup. Comme la familiarité commençoit à s'établir,
les Hollandois fe préfentèrent au Commandant des forces de l'Ifle, & à l’A-
miral, qui s’étoit approché aufñi deleur Tente. Ils firent préfent à l'un & à l'au-
tre d'une lunette d'approche & d’un flacon de vin rouge. La tañle d'argent
du Capitaine ayant été trouvée entre les Rochers , ils l'offrirent auffi à ces
deux Officiers. Les lunettes & la liqueur furent acceptées. Il parut même
ue le vin étoit goûté, puifque les deux Ofliciers en burent jufqu'àa fe reflen-
tir de fes effets. Mais ils rendirent la taffe du Capitaine, avec divers témoi-
gnages d'amitié.
LE 20, on acheva de brûler le bois du Vaïfleau & de tirer le fer. Pen-
dant cette opération, le feu s'étant approché de deux piéces de canon char-
gés à boulet, les deux coups partirent avec tant de bruit , que tous les In-
fulaires prirent la fuite & n’oférent revenir qu'après avoir été raflurés par
des fignes. Je même jour, on apporta deux fois du riz aux Hollandois. Le
matin du jour fuivant, le Commandant leur fit entendre, par des fignes, qu’il
falloit lui apporter tout ce qu'ils avoient pû fauver dans leur Tente. C'étoit
pour y mettre le fcellé, & cette formalité fut éxécutée devant leurs yeux.
On lui amena au même moment quelques perfonnes de l'Ifle, qui avoient dé-
tourné, pour leur propre ufage, du fer, des cuirs & d’autres reftes de la
cargaifon. Il les fit punir fur le champ, pour faire connoître aux Etrangers
que le deffein des Fabitans n’étoit pas de leur faire tort dans leurs perfonnes
ni dans leurs biens. Chaque voleur reçut trente ou quarante coups nee
| plante
partir
lades
d'une
ils s'al
fut-fo
Le 22
céden
y din
Gouv.
une P
trois r
mais |
qu'on
capabl
fe voit
Le
compa
con, €
nir rer
d'où il
Ils rép
gazaqu
compr
vûe ,
il les fi
vir la (
AU:
enviroi
riz par
de plus
voient-
de fel,
âgé d’e
mé à Îa
qu'il éc
ponfe t
lieues ;
quelque
de fort
grace n
ques-un
VIIT
ille. Le Sé-
culté de fe
t mettre au
obligea de
rés dans la
t applaudir
e fituation,
> à genoux.
uflirent pas
» parce que
ant , ayant
atrack, qui
Et montrer
du riz cuit à
ne leur en
cès ne leur
eurs de ces
fût pour les
es débris du
foir on leur
fes obferva-
ème degré
tes du nau-
en tirer le
à s'établir,
, & à l’À-
’un & à l’au-
île d'argent
aufli à ces
parut même
"a fe reflen-
ivers témoi-
fer. Pen-
canon char-
tous les In-
aflurés par
landois. Le
ignes, qu’il
re, C'étoit
leurs yeux.
avoient dé-
reftes de la
Etrangers
s perfonnes
oups fur la
plante
DE LA CHINE, Liv. Il. Car. Il 417
plante des pieds, avec un bâton de fix pieds de long, & de la groffeur du
bras. Ce châtiment fuc fi rigoureux, qu'il en coûta les orteils à quelques-
uns des coupables.
VERs midi on fit entendre aux Ilollandois qu'ils devoient fe préparer à
partir. On offrit des chevaux à ceux qui étoient en bonne fanté, & les ma-
Jades furent portés dans des hamacks. Îls fe mirent en marche, accompagnés
d'une garde nombreufe, à pied & à cheval. Après avoir fait quatre lieues,
ils s’arrétèrent le foir dans une petite Ville, nommée Tüudiane, où leur fouper
fut-fort léger, & leur logement dans un magafin qui avoit l'air d’une étable.
Le 22, à la pointe du jour, étant partis dans le méme ordre que le jour pré-
cédent, ils gagnèrent un petit Fort, près duquel ils virent deux Galiotes. Ils
y dinèrent, & le foir ils arrivèrent à Maggan, où Mo-kjo (c), Ville où le
Gouverneur de l'Ifle fait fa réfidence. 1ls furent conduits tous enfemble fur
une Place quarrée, vis-à-vis la Maifon de Ville, où ils trouvèrent environ
trois mille hommes fous les armes. Quelques-uns vinrent leur offrir de l’eau,
mais les voyant armés d'une manière cerrible, nos Hollandois s'imaginèrent
qu'on avoit deffein de les tuer. L'habillement de cette Milice barbare étoit
capable d'augmenter leur frayeur. Il avoit quelque chofe d'effrayant, qui ne
fe voit point à la Chine ni au Japon.
Le Sécretaire fut conduit devant le Gouverneur, avec quelques-uns de fes
compagnons. Ils fe tinrent quelque-tems profternés près d’une efpèce de bal-
con, où il étoit aflis comme un Souverain. On fit figne aux autres de lui ve-
nir rendre les mêmes honneurs. Enfuite il leur fit demander par divers fignes
d'où ils venoient, & quel terme ils s’étoicnt propofé dans leur Navigation.
Ils répondirent qu'ils étotent Hollandois, & qu'ils devoient fe rendre à Nan-
gazaqui au Japon. Le Gouverneur leur déclara, d'un figne de tête, qu’il
comprenoit quelque chofe à leur réponfe, après quoi il les fit pafer en re-
vûe, quatre à quatre, & leur ayant fait fucceflivement la même queftion,
il les fit conduire dans un édifice où l'oncle du Roi, accufé d’avoir voulu ra-
vir la Couronne à fon neveu, avoit été renfermé jufqu’à fa mort.
Aussi-TÔT qu'ils furent tous entrés dans cette efpèce de prifon, elle fut
environnée d'hommes armés. On leur donna, chaque jour, douze onces de
riz par tête avec la même quantité de farine de froment , mais prefque rien
de plus; & tout ce qui leur fut offert étoit fi mal préparé, qu'à peine y pou-
voient-ils toucher. Ils fe virent ainfi réduits à vivre de riz, de farine, &
de fel, avec de l’eau pour unique boiffon. Le Gouverneur , qui paroifloit
âgé d'environ foixante-dix ans, étoit un homme trés-raifonnable & fort efti-
mé à la Cour. En les congédiant , il leur avoit fait connoître par des fignes
qu'il écriroit au Roi pour fçavoir fes intentions à leur égard, mais que la ré-
ponfe tardercit long-tems, parce que la Cour étoit éloignée de quatre-vingt
lieues ; foixante-dix par terre & dix par cau. Ils le prièrent de leur accorder
quelquefois un peu de viande & d’autres fortes d’alimens, avec la permiffion
de fortir chaque jour, fix à fix, pour prendre l'air & laver leur linge. Cette
grace ne leur fut pas refufée. Il leur fit l'honneur d’en appeller fouvent quel-
ques-uns, & de leur faire écrire quelque chofe devant lui, foit en Hollandois,
foit
(c) On lit Mocxo dans l'Original.
VIII. Part. Geg
Hart,
1653.
On fait par-
tir les Hollan-
dois pour la
Capitale de
l'Ifle.
Ils paroiffent
devant le
Gouverneur,
Ils font rens
fermés. ‘lrai.
tement qu’on
leur fait,
Bonté du
Gouverneur
de l’Ifle,
i
ITAMELL,
1653.
Les Hollan-
dois trouvent
un homme de
leur Pays.
Ses avantu-
res & lumié-
res qu'il leur
donne,
Ils conti
nuent d’être
bien traités.
Changement
dans leur fort.
418 VOYAGES DANS L'EMPIRE
foit dans fa propre langue. Ils commencèrent ainfi à pouvoir entendre quelques
termes du Pays. La fatisfaétion que cet honnete Gouverneur paroifloit prendre
à s'entretenir avec eux & même à leur procurer de petits amufemens, leur fit
concevoir l'efpérance de pafler tôt ou tard au Japon. Il eut tant de foin de leurs
malades, que, fuivant l'Auteur, ils furent mieux traités par des Idolätres qu’il
ne l'euffent été par des Chrétiens.
LE 29 d'Oétobre, le Sécreraire, le Pilote & le garçon du Chirurgien furent
conduits chez le Gouverneur. Ils y crouverent un homme añi:, qui avoit une
grande barbe roufle. Pour qui prenez-vous cet homme, leur dit le Gouver-
neur? Ils répondirent qu'ils le croyoient Ilollandois. Vous vous trompez,
reprit-il en riant, c'eft un Corélien. Après quelques autres difcours, cet hom-
me, qui avoit gardé jufqu'alors le filence, leur demanda en Follandois, qui
ils étoient & de quel Pays? Ils fatisfirent fa curiofité, en joignant à cette ex-
plication le récit de leur infortune, Aux mémes queftions qu'ils lui firent à
leur tour, il répondit que fon nom étoit Ÿean Wettevri, qu'il étoit natif de
Rip (d) en Hollande, d'où il étoit venu en 1626 à bord du Vaifleau le
Hollandia , en qualité de Volontaire ; que l'année d’après, dans un voyage
qu'il faifoit au Japon, fur la Frégate l'Ouderkerck , il avoit été jetté par le
vent fur la Côte de Corée; que, manquant d’eau & fe trouvant commandé
avec quelques autres pour en faire fur le rivage, il avoit été pris par les
Habitans, lui, & deux de fes compagnons , ‘L'héodoric Gerard & Jean Pie-
ters , qüi avoient été tués à la guerre, il y avoit dix-fept ou dix-huit ans,
dans une invafion que les ‘T'artares avoient faite en Corée: qu'il étoit âgé de
cinquante-huit ans; & que, faifant fa demeure dans la Capitale du Royaume,
le Roi lui avoit donné la commiflion de venir s’infoïmer qui ils écoient & ce
qui les avoit amenés dans fes Etats. 11 ajouta qu'il avoit fouvent demandé au
Roi la permiffion de pañler au Japon, & que pour toute réponfe ce Prince
l'avoit affuré qu'il ne l’obtiendroit jamais, à moins qu’il n'eût des aîles pour y
voler ; que l’ufage du Pays étoit d'y retenir les Etrangers, mais qu’on ne les
y laiffoit manquer de rien, & que l'habillement & la nourriture leur étoient
fournis gratuitement pendant toute leur vie.
CE difcours ne pouvoit étre fort agréable aux Follandois. Mais la joie
de trouver un fi bon Incerpréte diflipa leur mélancolie. Cependant ÆWetteuri
avoit tellement oublié la Langue de fon Pays, qu'ils eurent d'abord quelque
peine à l'entendre. Il eut befoin d’un mois entier pour rappeller fes idées.
Le Gouverneur fit prendre en forme toutes leurs dépofitions, qu’il envoya
fidellement à la Cour, & leur recommanda de ne pas s'affliger, parce que
la réponfe feroit prompte ; d'un autre côté , il leur accorda chaque jour
de nouvelles faveurs, Wettevri & les Officiers qui l’accompagnoient eu+
rent la liberté de les voir en tous tems, & celle de leur faire expliquer leurs
befoins.
Au commencement de Décembre, les trois ans de l’adminiftration de leur
bienfaiteur étant expirés, ils virent arriver un‘nouveau Gouverneur. L’Au-
teur eft ici dans l'embarras pour trouver des exprefions qui répondent à fes
fentimens. On auroit peine à s'imaginer, dit-il, quels témoignages de bonté
les Hollandois reçurent de ce généreux proteéteur avant fon départ. Les
voyant
(4) Rüp elt un grand Village de Northollande.
voya
foulid
bienf:
ouvd
jouta
la Co
du m
fauvé
une bl
qui les
un pe
M:
traités
riz, Ô
de ve
chagri
les fir
béré lc
nuit, (
fin du
s'aflür
nérent
Au
cinq d
voi{in (
la garc
petit b
te, leu
Barque
d'un p
rent le:
quet, |
rent pe
tres , |
la voil
de les
lever |
aux H
tôt joi
légère
Mais,
de la !
ILs
la terr
amene
coupa
Is ré]
quel à
e quelques
jit prendre
is, leur fit
in de leurs
lâtres qu'il
gien furent
| aAvOIt une
e Gouver-
trompez ,
, cet hom-
ndois, qui
à Cette Ex-
ui firent à
it natif de
Vaifleau le
un voyage
etté par le
commandé
ris par les
Jean Pie-
-huit ans,
it âgé de
Royaume,
ient & ce
emandé au
ce Prince
les pour y
'on ne les
ur étoient
is la joic
HWettevri
Ï quelque
fes idées,
| envoya
parce que
ique jour
ojent eu*
ucr leurs
n de leur
L’Au-
nt à fes
de bonté
tr. Les
voyant
DE LA CHINE, Liv. Il. Cruar. Il. 419
voyant mal pourvûs pour l'Ilyver, il leur fit faire à chacun deux paires de
fouliers, un habit bien doublé & une paire de bas de peau. II joignit à ce
bienfait les carefles les plus nobles. 11 déclara qu'il étoit fort afligé de ne
ouvoir les envoyer au Japon, ou les conduire avec lui au Continent, Il a-
jouta qu'ils ne devoient pas s'allarmer de fon départ, parce qu'en arrivant à
la Cour il employeroit tout fon crédit pour leur faire obtenir la liberté, ou
du moins la permifiion de le fuivre. 11 leur rendit les livres qu'ils avoient
fauvés de leur naufrage, & plulicurs parties de leurs biens, auxquels il joignit
une bouteille d'huile précicuie. Enfin, il obtint du nouveau Gouverneur,
qui les avoit déjà réduits au riz, au fel & à l'eau, que leur fubfiltance feroit
un peu plus abondante.
Mars, après fon départ, qui arriva au mois de Janvier 1654, ils furent
traités avec plus de dureté que jamais, On leur donna de l'orge au-licu de
riz, & de la farine d'orge au-lieu de farine de froment. Ils furent obligés
de vendre leur orge pour en acheter d'autres alimens. Cette rigueur, & le
chagrin de ne pas voir arriver d'ordre du Roi pour les conduire à la Cour,
les firent penfer à prendre la fuite au Printems prochain. Après avoir déli-
béré long-tems fur les moyens de fe faifir d'une Barque dans l'obfcurité de la
nuit, entn fix d'entr’eux formèren: la réfolution d'éxécuter ce deffein vers la
fin du mois d'Avril. Mais le plus hardi étant monté fur une muraille, pour
s'affürer du lieu où étoit la Barque, fut apperçu de quelques chiens, qui don-
nérent l'allarme aux Gardes par leurs abboyemens.
Au commencement de May, le Pilote, nyant eu la liberté de fortir avec
cinq de fes compagnons , découvrit, en fe promenant dans un petit Village
voifin de la Ville, une Parque aflez bien équipée, qui n’avoit perfonne pour
la garder. Il chargea fur le champ un des cinq Hollandois de prendre un
petit bateau & quelques planches courtes qu'il voyoit fur le rivage. Enfüi-
te, leur ayant fait boire à tous un coup d'eau, il fe rendit avec eux fur la
Barque , fans aucune précaution. ‘Tandis qu'ils s'efforçoient de la dégager
d'un petit Banc de fable, qui coupoit le paffage, quelques Habitans obfervé-
rent leur deflein; & l’un d’entr'eux courut jufques dans l’eau, avec un mouf-
quet, pour les forcer de retourner au rivage. Mais fes menaces les effraye-
rent peu, à l'exception d’un feul, qui, n'ayant pû joindre aflez-tôt les au-
tres , fut obligé de regagner la terre. Les cinq autres s’efforçoient de lever
la voile, lorfque le mât & la voile tombèrent dans l'eau. Ils ne laiffèrent pas
de les rétablir avec beaucoup de peine; mais comme ils recommençoient à
lever la voile, ke bout du mât fe rompit. Ces délais ayant donné le tems
aux Habitans du Willage de fe mettre dans une autre Barque, ils eurent bien-
tôt joint les fugitifs, qui fans être effrayés du nombre & des armes, fautèrent
légèrement dans la Barque ennemie & fe flattèrent de pouvoir s’en faifir.
Mais, la trouvant remplie d'eau & hors d'état de fervir, ils prirent le parti
de la foumiffion.
Izs furent conduits au Gouverneur, qui les fit d'abord étendre à piat fur
la terre, les mains liées à une grofle piéce de bois. Enfuite, s'étant fait
amenér tous les autres, liés auffi & les fers aux mains , il demanda aux fix
coupables fi leurs compagnons avoient eu quelque connoiffance de leur fuite.
Ils répondirent non, d'un aïr ferme. Wettevri reçut ordre d'approfondir
quel avoit été leur deffein. ls proteftérent qu'ils n’en avoient pas eu d'autre
: Ggg 2 que
1654.
Is ont trai.
tés plus dure-
ment par un
nouveau Gou-
verneur,
Ils forment
le projet de
s'enfuir,
Tentative
quileur réufMit
mal,
Îs font arrê-
tés , interro-
gés & punis,
HamEr,
1654.
Defcription
de l'Ifle de
Quelpaert.
Les Hollan-
dois font con-
duits à la
Cour.
Leur route.
Continua-
tion delarou-
te par diver-
fes Villes.
420 VOYAGES DANS LEMPIRE
que de fe rendre au Japon. Quoi, leur dit le Gouverneur, vous auriez ofé en-
treprendre ce voyage fans pain & fans eau? Ils lui dirent naturellement qu’ils
avoient mieux aimé s’expoler à la mort une fois pour toutes, que de mourir
à chaque moment. Là-deffus, ces malheureux reçurent chacun vingt-cinq
coups fur les fefles nues, avec un bâton long d’une brafle, & large de quatre
doigts fur un pouce d’épaifleur, plat du côté dont on frappe, & rond du
côté oppofé. Les coups furent appliqués fi rigoureufement , qu'ils en gar-
dèrent le lit pendant plus d’un mois. Le Gouverneur fit délier les autres ;
mais ils furent renfermés plus étroitement, & gardés jour & nuit.
L’'Isce de Quelpaert, nommée Chefure par les Habitans, eft fituée à dou-
ze ou treize lieuës de la Corée au Sud. Elle en a quatorze ou quinze de cir-
conférence. Du côté du Nord, elle s'ouvre par une Baye, où l’on trouve
toûjours plufieurs Barques, & d’où l’on fait voile au Continent. La Côte de
Coréc eft d’un accès dangereux pour ceux qui la connoiffent mal, parce qu’el-
le n’a qu’une feule Rade où les Vaiffeaux puiffent mouiller à l’abri. Dans
toutes les autres, on eft fouvent expofé à fe voir jetter fur les Côtes du Ja-
pon. Quelpaert eft environnée de Rochers. Ælle produit des chevaux &
d’autres beftiaux en abondance; mais comme elle paye au Roi des droits
confidérables, qui la rendent fort pauvre, .elle eft méprifée des Coréfiens du
Continent. On y voit une montagne très-haute , entièrement couverte de
bois, & quantité de collines fort nues, qui font entremélées de vallées abon-
dantes en riz.
A la fin de May, le Gouverneur reçut ordre de faire conduire les Hollan-
dois à la Cour. Six ou fept jours après, ils furent embarqués dans quatre Bar-
ques, les fers aux pieds & la main droite attachée à un bloc de bois. On ap-
préhendoit qu’ils ne fautaffent dans l’eau, comme ils l’auroient pû facile-
ment, parce que tous les Soldats de l’efcorte furent incommodés du mal
de Mer.
APRÈS avoir lutté deux jours contre le vent, ils furent repouflés dansl’Ifie
de Quelpaert, où le Gouverneur leur Ôta leurs fers pour les faire rentrer dans
leur prifon. Quatre ou cinq jours après, s'étant rembarqués de grand matin,
ils arrivérent prés du Continent vers le foir. On leur fit pañler la nuit dans
la Rade, Le lendemain ils prirent terre, &leurs chaînes leur furent ôtées, mais
avec la précaution de doubler leur garde. On amena aufli-tôt des chevaux, fur
lefquels ils fe rendirent à la Ville de Hey-nam. Ils eurent leplaifir de s’yrejoin-
dre tous; car ayant été féparés par le vent, ils avoient dcbarqué en différeys
lieux.
LE matin du jour fuivant ils arrivèrent à la Ville de Ÿe-ham, où leur Cano-
nier, qui n’avoit pas joui d’une bonne fanté depuis leur naufrage, mourut, &
fut enterré par l’ordre du Gouverneur. Le foir ils s'arrétérent dans la Ville de
Nadico; le lendemain, à San-chang ; enfuite à Tongap, après avoir traverfé u-
ne haute montagne, fur le fommet de laquelle eft un vafte Fort, nommé
Elpam-fanfiang. De-là ils fe rendirent à la Ville de Teyn; & le jour fuivant,
ayant pañlé par la petite Ville de Kuniga, ils arrivèrent le foir à Khin-ty0,
grande Ville où le Roi tenoit anciennement fa Cour, & qui eft à préfent la
réfidence du Gouverneur de la Province de Thillado. Le Commerce y eft flo-
riffant & la rend fort célèbre dans le Pays, quoiqu'elle foit à une journée de
Ja Mer. Ils gagnèrent enfuite Ÿe-/an, dernicre Ville de la même Fos ;
où
d'où ils
dence d
pañlé u
tient Si
APR
une Ri
lieuë a
Ville ils
peu fur
la même
petites
menés @
de Wett
d’où ils
merce il
pondit,
la liberte
tés. En
ils avoic
près qua
chacun «
LE le
déclarer
corps,
de riz.
la profet
Roide:C
du Roi «
chaud.
dre & de
premier
toûjours
d’autres
autant de
bre de t
der; le]
& leur a
LA «ct
pour les
enfans ét
pandu qu
gés de
jes vit m
(en:
Coréfienne
tre pas dat
tant que
Langue Co
riez ofé en-
ment qu'ils
> de mourir
vingt-cinq
e de quatre
& rond du
ils en gar-
les autres;
tuée à dou-
inze de cir-
l’on trouve
La Côte de
parce qu'el-
bri. Dans
ôtes du Ja-
chevaux &
des droits
oréfiens du
ouverte de
liées abon-
les Hollan-
quatre Bar-
s. On ap-
pû facile.
dés du mal
s dans l’Ifie
entrer dans
and matin,
à nuit dans
Drées , mais
evaux, fur
s’yrejoin-
n différens
leur Cano-
ourut, &
la Ville de
raverfé u-
, nommé
r fuivant,
Kbin-tyo ,
bréfent la
y eft flo-
burnée de
rovince;
d'où
d'où ils allèrent à la petite Ville de Gunun, puis à Feu-fan, & à Kon: Jio, réfi-
dence du Gouverneur de la Province de Tiang-fiando. Le lendemain, ayant
pallé une grande Rivière, ils entrèrent dans la Province de Sengado, qui con-
tient Sior Capitale du Royaume. nn |
Arrès avoir pailé plufieurs jours dans différentes Villes, ils traverférent
une Riviére qui ne leur parut pas moins large que la Meufe l’eft à Dort. Une
lieuë au-delà ils arrivèrent à Sior (e). Depuis leur débarquement jufqu’à cette
Ville ils comptèrent foixante-quinze lieuës, toûjours au Nord, mais tirant un
peu fur l’Oueft. Pendant les deux ou trois premiers jc:rs, ils furentlogés dans
la même maifon. Enfuite on leur donna, pour trois ou quatre enfemble, de
petites hutes, dans le quartier des Chinois qui font établis a Sior. Is furent
menés en corps devant le Roi. Ce Prince les ayant interrogés par le miniftère
de Wettevri, ils le fupplièrent humblement de les faire tranfporter au Japon,
d’où ils fe flattoient qu'avec le fecours des Hollandois qui y éxercent le Com-
merce ils pourroient retourner quelque jour dans leur Patrie. Le Roi leur ré-
pondit, que les loix de la Corée ne permettaient pas d'accorder aux Etrangers
la liberté de partir; mais qu'on auroit foin de leur fournir routesleurs néceïi-
tés. Enfüite il leur ordonna de faire en fa préfence les éxercices pour lefquels
ils avoient. le plus d'habileté, tels que de chanter, de danfer & de fauter; a-
près quoi leur ayant fait apporter quelques rafraîchiffemens, il fit préfent à
chacun de deux piéces de drap, pour fe vetir à la manière des Coréfiens.
LE lendemain ils furent conduits chez le Général des Troupes, qui leur fit
déclarer, par Wetteuri, que le Roi les avoit adiuis au nombre defes Gardes du
corps, & qu’en cette qualité on leur fourniroit chaque mois foixante-dix katis
de riz. Chacun reçut un papier, qui contenoit fon nom, fon âge, fon pays,
ja profeffion qu'il avoit éxercée jufqu'alors & celle qu'il embraffoit au fervice du
RoideCorée. Cette Patente étoit en caraétères Coréfiens fçellée du grand fceau
du Roi & de celui du Général, qui n’étoient que la fimple imprelïion d'un fer
chaud. Avec leur commiflion ils reçurent chacun leur moufquet, de la pou-
dre & des balles. On leur ordonna de faire une décharge de leurs armes, le
premier & le quatrième jour de chaque mois, devant le Général, & d'etre
toûjours prêts à marcher à fa fuite, foit pour accompagner le Roi, foit dans
d’autres occafons. Le Général fait trois revûes par mois, & les Soldats font
autant de fois l'éxercice en particulier. Les Hollandois étoient encore au nom-
bre de trente-cinq. On leur donna un Chinois & Wettevri pour.les commau-
der; le premier en qualité de Sergent; l'autre, pour veiller fur leur conduite
& leur apprendre les ufages des Coréfiens.
La curiofité porta la plûpart des Grands de la Cour à les inviter à dîner,
pour les faire tirer & danfer à la manière Hollandoife. Mais les femmes & les
enfans étoient encore plus impatiens de les voir, parce que le bruit s’étoit ré-
pandu qu’ils étoient d'une race monftrueufe, & que pour boire ils étoient obli-
gés de fe lier le nez derrière les orcilles. L’étonnement augmenta, lorfqu'on
jes vit mieux faits que les Habitans du Pays. Onadmira particulièrement la blan-
cheut
(e) 1 paroît par la Carte que la Langue cette Relation plufieurs noms écrits avec un r.
Coréfienne n’apas dr, ouque cette lettre n'en- Cette différence*& l'omiffion des Latitudes ,
tre pas dans les noms de Ville; fuppofé pour- font qu'on ne reconnoît aucun de ces noms
tant que les Miffionaires les aient écrits en dans la Carte.
Langue Coréfienne, Cependant on voit dans
Geg 3
DE LA CHINE, Liv. Il Car. Il 421
HAMEL.
1654.
Les Io!lan-
dois arivent
à la Canitule
de la Corés.
Ils paroif-
fent devant le
Roi.
On les fait
danfer &
chanter,
Ils font en-
rollés dans les
Gardes du
corps.
Fonctions de
leur einploi,
Curiofté des
Grands & du
Peuple pour
les voir.
422
ÎTAMEL,
1654.
Forterefc où
ils font en-
votés pour un
IMOiS
Froid cxcef-
fif, Comment
ils s'en défen-
dirent,
Témérité de
deux Hollan-
dois, qui leur
coûte la vie,
VOYAGES DANS L'EÉMPIRE
cheur de leur teint. La foule étoit fi grande autour d'eux, que dans les pre.
miers jours à peine pouvoient-ils fe faire un paffage dans les rues, ou trou-
ver un moment de repos dans leurs hutes. Enfin le Général arrêta cetgmpor.
tement, par la défenfe qu'il fit publier d'approcher de leurs logemens fans fa
permiflion. Cet ordre étoit d'autant plus néceflaire, que les Éfciaves mêmes
des Grands portoient la hardiefe jufqu'à les faire fortir de leurs hutes pour s’en
faire un amufement.
Au mois d'Août, on vit arriver un Envoyé Tartare, qui venoit demander
le tribut. L'Auteur, fans nous expliquer ici les motifs du Roi, raconte que ce
Prince fe crut obligé d'envoyer fes [ollandois dans une grande lortereffe, qui
eft à fix ou fept lieuës de Sior, & de les y laiffèr jufqu'au départ du Miniftre
Tartare, c'efl-a-dire, jufqu’au mois d'après. Cette l'ortere.’e eft fituce fur
une montagne nommée Numma-fan-fiang, qu'on ne peut monter en moins de
trois heures. Elle eft fi bien defendue, qu'elle fert de retraite au Roi méme
dans les tems de guerre. La plûpart des Grands du Royaume y font l:ur ré-
fidence ordinaire, fans craindre d'y manquer de proviions, parce qu'elle en
cft toûjours fournie pour trois ans.
Vers la fin de Novembre, le froid devint fi vif quelarivière étant siacée,
on y vit pafler à la fois trois cens chevaux chargés. Le Général, allarmé pour
les Floliandois, témoigna fon inquiétude au Roi. On leur fit dittribuer quel-
ques cuirs à demi-pourris, qu'ils avoient fauvés de leur naufrage, pour les
vendre & s’en acheter des habits. Deux ou trois d'entr'eux employèrent ce qui
leur revint de cette vente à fe procurer la propriété d'une peticehute, quileur
coûta neuf ou dix écus. Ils aimèrent mieux fouffrir le froid, que de fe voix
continucllement tourmentés par leurs hôtes, qui les envoyoient chercher du
bois dans les montagnes à trois ou quatre licuës dela Ville. Les autres s’ étant
vêtus le moins malqu’il leut fut poflible, pañlèrent le refte de l'hyver comme ils
en avoient pañlé plufieurs autres.
L'Envoyé ‘Tartare étant revenu à Sior au mois de Mars 1655, il leur fut
défendu fous de rigoureufes peines, de mettre le pied hors de leurs maifon:,
Cependant le jour de fon départ, Henri Fans & Henri-Fean Bos réfolurent de
fe préfenter à luidans le chemin, fous prétexte d'aller au bois. Auffi-rôt qu'ils
le virent paroître à la tête de fatroupe, ils s’'avancèrent près de fon cheval ; &
prenant les rênes d'une main, ils ouvrirent de l'autre leur robe Coréfienne,
pour faire voir par-deflous l'habit Hollandois. Cet incident caufa d’abord beau-
coup de confufion dans latroupe. L’Envoyé leur demanda fort curieufement
qui ils étoient. Mais ne pouvant fe faire entendre, il leur donna, par desfi-
gnes, l'ordre de le fuivre. Le foir, s'étant informé s’il pouvoit trouver unln-
terpréte, on lui parla de Wettevri. Il l'envoya chercher fur le champ. W'ette-
vri ne manqua pas d'en avertir le Roi. On tintur confeil, dans lequel il fut
réfolu de faire un préfent à l'Envoyé, pour empêcher que cette affaire n’allât
jufqu’aux oreilles du Khan (f). Les deux Hollandoïis furent ramenés à Sior &
refferrés dans une étroite prifon, où leur vie ne Fut pas delongue durée, Mais
leurs compagnons, qui ne les revirent plus, ignorèrent fi leur mort avoit été
naturelle ou violente. Aprés le retour de cesdeux Miférables, tousles autres fu-
rent
Cf) Hfautentendre l'Empereur dela Chine, quent qu'il faut écrire Khan ou Han.
qui cit T'artare, Les Auteurs Anglois remar-
rent cot
da s'ils
veu n’e
coups fi
voient «
Pays, «
les Côte
d'en for
Aun
ayant €
prendre
réfienne
avec la
rendre «ç
nonicr ,
Jours ap
L'EN
Icurs qua
rigoureu!
ompagn
les avoit
me, afin
Je refte L
voyage d
LE m
malheure
du Grand
des Seigr
autres,
ce fon fre
reux. JA
fiens avec
fans qu’o
informés
Le frère «
ctoit Préfi
touchèren
dûrent-ils
plufeurs f
tant pour
dérober at
affisnant
SUIVA
fous la co
leuc, juf
virent la ]
fin, ayant
midi ils ar
il
DE LA Curl N E, Liv. II Cuar. IL 423
rent conduits devant le Confeil de guerre, pour y être éxaminés. On lcurdeman- pra
da s'ils avoient eu connoiflance de la fuite de leurs conpagnons ; & leur défa- pee
veu n'empêcha point qu'ils ne fuffent condamnés à recevoir chaçun cinquante ne
coups fur la plantedes pieds. Maisle Roi leur fit grace, en déclarant qu'ils de- Le Roi fait
voient être moins confid:rés comme des vagabonds mal intentionnés pour le UE
Pays, que comme de malheureux Etrangers que la tempète avoit jettés fur Re
les Côtes du Royaume. Ils furent renvoyes dans Jeurs hutes, mais avec défenfe
ns ls pre-
, Où trou-
cet pOr-
ens fans fa
ves mêmes
es pour s’en
d'en fortir fans la permifion du Roi. es
Au mois de Juin, le Général leur fit dire par leur Interprète, qu'un Vaiffeau A pue
ayant échoué dans l'ifle de Quelpaert, X Wertevri étant trop âgé pour entre- lle de Quel
prendre ce voyage, ceux d’éntr'eux qui entendoient le mieux la langue Co- patte
réfienne devoient fe préparer, au nombre de trois, à partir pour Quelpacrt,
avec la cominidion d'obferver les circon'tances du naufrage, pour en venir
rendre compte à la Cour. L'’Aïifant & le fecond Piiote , avec un Ca-
nonier , furent cuoilis fuivant cet Ordre , & fe mirent en chemin deux
jours après.
L'EÉNvové Tartare revint su mois d'Août, & l'ordre de ne fortir de Artifice du
leurs quartiers que trois jours après fon départ leur fut renouvéilé avec de Dolpons
rigoureufes menaces. La veille de fon arrivée ils reçurent une Lettre de leurs Mes Sa
sompagnons, qui leur apprenoït qu'au-lieu de les conduire à Quelpaert, on Chine. ÿ
les avoit étroitement renfermés fur la frontière la plus Méridionale du Royau-
me, afin que fi le Chan informé de la mort des deux autres demandoit que
Je refte lui fût envoyé, on pût lui répondre qu’il en étoit péri trois dans le
voyage de Quelpaert.
LE méme Envoyé revint encore vers la fin de l’année. Quoique depuis la Etrange dan-
malheureufe entreprife des deux Hollandois il fût venu deux fois de la part #7 QUE men
du Grand-Khan fans avoir fait aucune mention de cet événement, la plûpart ol
des Seigneurs Coréfiens s'efforcèrent d'engager le Roï à fe défaire de vous les | |
autres. On tint confeil là-deffus pendant trois jours. Mais le Roi, le Prin-
ce fon frère, le Gén‘ral & quelques autres, rejettèrent un parti fi dange-
reux. Je Général propofu de les faire combattre chacun contre deux Coré-
fiens avec les mêmes armes. C’étoit le moyen, difoit-il, de fe deiivrer d'eux,
fans qu'on pût accufer le Roï du meurtre de ces pauvres Etrangers. Ils furent.
informés fecrétement de cette réfolurion par quelques perfonnes charitables.
Le frère du Roi, paflant dans leur quartier pour fe rendre au Confeil, donc il
étoit Préfident, ils fe jettèrent à fes genoux, ils implorèrent fa bonté , & le
touchèrent d'une fi vive compañfion qu'il devint leur protecteur. Aufli ne
dûrent-ils la vie qu'à fes follicitations & à l'humanité du Roi. Cependant,
plufieurs perfonnes paroiflant offenfées de cette indulgence, on réfolut, au-
tant pour les mettre à couvert des entrepriles de leurs ennemis que pour les
dérober aux lartares, de les reléguer dars la Province de Thilludo, en leur
afignant par mois cinquante livres de riz pour leur fubfiftance.
Survanr cet ordre, ils partirent de Sior à cheval au mois de Mars 1657, 1657.
fous la conduite d'un Sergent. Wettevri les accompagna , l'efpace d’une |
lieuc, jufqu'à la rivière qu'ils avoient paflée en venant de Quelpaert. Ils re. ,,11° font re-
virent la plûpart des Villes qu’ils avoient traverfées dans le même voyage. En- A Ted
fin, ayant couché à Jeam, ils en partirent le lendemain au matin, & vers Thillado. ‘
1 Han. midi ils arrivèrent dans une Ville confidérable, nommée Di fiong ou Thilla-
pening ;
t demander
onte que ce
ereffe, qui
du Miniftre
t fituce fur
»n moins de
| Roi méme
ont luur ré-
e qu'elle en
tant glacée,
larmé pour
ribuer quel-
je, pour les
yèrent ce qui
te, quileur
1e de fe voit
chercher du
utres s’ étant
er comme ils
, il leur fut
urs maifoni,
éfolurent de
fi-côt qu'ils
n cheval ;&
Corétienne,
’abord beau-
urieufement
, par desfi-
ouver un [n-
mp. W'ette-
lequel il fut
faire n’allàt
nés à Sior &
durée. Mais
ort avoit été
Les autres fu-
rent
424 VOYAGES DANS L'EMPIRE
pening, qui eft commandée par une grande Citadelle. C'eft la réfidence du
Penigfé, qui y commande dans l'abfence du Gouverneur & qui porte le titre
de Colonel de la Province. Le Sergent qui leur avoit fervi de guide les ré.
mit entre les mains de cet Officier, avec les Lettres du Roi. Hnfuite il re-
çut ordre d'aller cliercher leurs trois compagnons, qui étoient partis de Sior
l'année précédente & qui n’etoient qu'à douze lieues de Diu-fong , dans une
Ville où commandoit l'Amiral. Il furenc logés enfemble dans un édifice pu-
blic, au nombre de trente-trois.
Daxs le cours du mois d'Avril on leur apporta quelques cuirs, reftés juf-
qu'alors à Quelpaert, dont ils n'étoient éloignés que de dix-huit lieues Ils
furent chargés , pour unique occupation, d'arracher, deux fois par mois,
l'herbe qui croifloit dans la place du Château. Le Gouverneur, qui leur mar-
quoit beaucoup d’affeétion, comme tous les Habitans de la Ville, fut appellé
à la Cour, pour répondre à quelques accufations qui mirent fa vie en danger.
Mais étant aimé du Peuple, & favorifé par la plûpart des Grands, il fut
renvoyé avec honneur. Son fuccefleur traita les Hollandois moins humaire-
ment. Il les obligea d'alier chercher leur bois dans une montagne à trois lieues
de la Ville, après avoir été accoûtumés jufqu'alors à fe le voir apporter. Une
attaque d’Apopléxie les délivra de cet odieux maître, au mois de Septembre
fuivant.
CEPENDANT ils ne fe trouvèrent pas mieux de celui qui lui fuccéda. Lorfqu’ils
lui demandèrent du drap pour fe vétir, en lui faifant voir que le travail avoit
ufé leurs habits, il leur déclara qu’il n'avoit pas reçu d'ordre du Roi fur ce
point; qu’il n'étoit obligé de leur fournir que du riz, & que pour leurs autres
befoins ils devoient eux-mêmes fe les procurer. Ils lui propofèrent alors de
leur accorder la permiflion de demander l'aumône, chacun à leur tour, en lui
repréfentant que nuds comme ils étoient, & leur travail ne leur produifant
ITAMEIL.
1657.
Leur occu-
pation.
Dureté d'un
de leurs Gou-
verncurs.
Jls obticn-
nent la per-
niflion de de-
tri qu'un peu de fel (x) & de riz il leur étoit impoïible de gagner leur vie,
Cette grace leur fut accordée, & bientôt ils eurent de quoi fe garantir du
froid.
1658. Au commencement de l'année 1658, ils effuyèrent de nouveaux chagrins,
à l'arrivée d'un nouveau Gouverneur. La liberté de fortir de la Ville leur fut
Eleleureft Grée, Seulement le Gouverneur déclara que s’ils vouloient travailler pour lui,
uelle il leur donneroit à chacun trois piéces d'étoffe de coton. Mais ils réjettérent
un autre Gou. humblement cette propofition, parce qu'ils n'ignoroienc pas que ce travail
verneur, leur feroit ufer plus d’habits qu'on ne leur offroit d’étoffe. Quelques-uns d'en-
tr'eux étant tombés malades de la fiévre, dans ces circonftances, Ja frayeur
des IHabitans au feul nom de fiévre leur fit obtenir la permillion de mandicr,
à condition qu'ils ne fuflent jamais abfens de la Ville plus de quinze jours ou
de trois femaines, & qu'ils ne tournaflent point leur marche du côté de la Cour
. ni du Japon. Comme cette faveur ne regardoit que la moitié de leur Trou-
pe, ceux qui demeurérent dans la Ville reçurent ordre de prendre foin des
malades, & d’arracher l’herbe dans la Place publique (h).
Le Roi étant mort au mois d'Avril, fon fils monta fur le Trône après lui,
avec le confentement du Grand Khan.
Les Hollandois continuërent de man-
dier,
(g) On ne leur donnoit qu'une poignée CD) Hamel, pag. 581.
de fel pour une courfe d'un mille & demi,
diet,
beaucot
avantur
témoigi
Holland
cherefle
fère n’a
fur les g
par les |
gland,
ture des
pillés &
dres ne
des Efc
reffentit
de deme
ordre de
nombre
Siun-fchie
ration le
& par c«
ILs p
qui leur
furent lo
Siun-fchie
lendemai
fort mati
au Gouv
étoit lar
qui lui fu
accorda f
gens. Le:
que de ti
lens Arct
A l'en!
neur qu’il
rent la li
Ja fois.
cipaux H.:
compaflio
qu'ils avo
cette vie.
Royales.
coup le fc
comme le
(
VII. 1
ifidence du
Drte le titre
uide les ré-
nfuite il re-
tis de Sior
, dans une
édifice pu-
, reftés juf-
lieues Ils
s par mois,
ai leur mar-
fut appellé
> en danger.
rands, il fut
ns humaire-
à trois lieues
porter. Une
> Septembre
a. Lorfqu'ils
travail avoit
_ Roi fur ce
leurs autres
‘ent alors de
tour , en lui
r produifant
er leur vie.
garantir du
ix Chagrins,
ille leur fut
er pour lui,
réjettérent
e ce travail
es-uns d'en-
, la frayeur
e mandicr,
ize jours ou
é de la Cour
leur Trou-
ire foin des
e après lui,
nt de man-
dier,
>
DE LA CHINE, Lrv. Il. Cuar. li. 425
diet, fur-tout parmi les Prêtres & les Moines du Pays, qui les traitérent avec
beaucoup de charité, & qui ne fe lafloient pas de leur entendre raconter leurs
avantures & les ufages de leur Pays. Le Gouverneur qui arriva en 1660 leur
témoigna tant de bonté, qu'il regrettoit fouvent de ne pouvoir les renvoyer en
Hollande, ou du moins dans quelque lieu fréquenté des Hollandois. La fé-
cherefe fut fi grande cette année, que les vivres devinrent fort rares. La mi-
fère n'ayant fait qu'augmenter l’année fuivante , on vit quancité de voleurs
fur les grandes routes, malgré la vigueur avec laquelle ils furent pourfuivis
par les ordres du Roi, & la faim fit périr un grand nombre d'Habitans. Le
gland, les pommes de Fin, & d'autres fruits fauvages étoient la feule nourri-
ture des Pauvres. La famine devint fi preffante que plufieurs Villages furent
pillés & que les magafins méme du Roi ne furent pas refpeëtés. Ces défor-
dres ne laiffèrent pas de demeurer impunis, parce que les coupables étoient
des Efclaves de la Cour. Le mal dura jufqu'en 1662, & l'année d'après s’en
reffentit encore. La Ville de Diu-fiong, où les Hollandois n’avoient pas ceffé
de demeurer, n'étant plus capable de leur fournir des provifions, il vint un
ordre de la Cour pour en diftribuer une partie dans deux autres Villes. [ Leur
nombre étant réduit à vingt-deux ] douze furent envoyés à Say-fiane, cinq à
Siun-fchien (1), & cinq à Nam-man, qui eft feize lieuës plus loin. Cette fépa-
ration leur fut d’abord fortafligeante ; mais elle devint l'occalion de leur fuite ;
& par conféquent de leur falur.
ÎLs partirent à pied ; & leurs malades, avec leurbagage, fur des chevaux
qui leur furent accordés gratuitement. La première & la feconde nuit, ils
furent logés enfemble dans la même Ville. Le troifième jour, ils arrivèrent à
Siun-fchien, où les cinq qui étoient deftinés pour cette Ville furent laiflés. Le
lendemain, les autres paflèrent la nuit dans un Village; d'où, étant partis
fort matin, ils entrèrent vers midi dans Say-fiane. Leurs Guides les livrérent
au Gouverneur, ou à l’Amiral de la Province de Thillado , dont cette Ville
étoit la réfidence. Ce Seigneur leur parut d’un mérite diftingué. Mais celui
qui lui fuccéda bien-tôt devint leur fleau. La plus grande faveur qu'il leur
accorda fut la permifion de couper du bois, pour en faire des fléches à fes
gens. Les Domeftiques des Seigneurs Coréliens n'ont pas d'autre occupation
ue de tirer de, l’arc, parce que leurs maîtres font gloire d'entretenir d’excel-
lens Archers. | :
A l'entrée de l'Hyver, les Hollandois demandérent au nouveau Gouver-
neur qu’il leur fut permis de mandier pour fe brocurer des habits. Ils obtin-
rent la liberté de s’abfenter pendant trois jours, la moitié de leur nombre à
Ja fois. Cette permiflion leur devint d'autant plus avantageufe, que les prin-
cipaux Habitans de la Ville favorifoient leurs courfes par un mouvement de
compaflion. Elles duroient quelquefois l’efpace d'un mois entier. ‘l'out ce
qu'ils avoient amafé fe partageoit en commun. Ils continuèrent de mener
cette vie jufqu'au rappel du Gouverneur, qui fut créé Général des Troupes
Royales. C’eft la feconde dignité du Royaume. Son fuccefleur adoucit beau-
coup le fort des Hollandois de Say-fiane, en ordonnant qu'ils fuffent traités
comme leurs compagnons l'étoient dans les autres Villes. Ils furent déchar-
gés
(i) On prononce Siunskyen,
VIIT. Part. IThh
Hammer.
106650.
Mort du Roi
de Corée,
Grande fa
mine,
Où fépare les
Hollandois,
Ils conti-
nuent deinan-
dier,
(AMEL.
1663.
Bonté d’un
Gouverneur
& leur adrefTe
à lui répon-
dre.
L 1
Ils font ven-
gés d'un mau-
vais Gouver-
neur,
Apparition
de trois Co-
métes,
Jugement
des Hollan-
dois.
1064,
Leur fitua-
tion pendant
plufieurs an-
nées,
426 VOYAGES DANS L'EMPIRE
gés de tous les travaux pénibles. On ne les obligea plus qu’à pafler deux fois
en revûe chaque mois, à garder leur maïfon à. leur tour, ou du moins à faire
fçavoir au Sécretaire dans quel lieu ils alloient lorfqu'ils avoient la permiffion
de fortir.
ENTRE plufieurs autres faveurs, ce Gouverneur leuf donnoit quelquefois
à manger; & s'attendriffant fur leur infortune, il leur demandoit pourquoi,
étant fi près de la Mer, fs n'entreprenoient pas de pañler au Japon? Ils ré-
pondoient qu'ils n'ofoient hazarder de déplaire au Roi. Ils ajoûtoient que
d’ailleurs ils ignoroient le chemin & qu'ils manquoient de Vaifleau. Quoi,
reprenoit-il, n’y a-t-il point affez de Barques fur la Côte ? Ils affectoient de
répondre qu'elles ne leur appartenoient pas, & que s'ils manquoient leur en-
treprife ils craignoient d’être traités comme des voleurs & des déferteurs. Le
Gouverneur rioit de leurs fcrupules. Il ne s’imaginoit pas qu'ils lui tenoient
ce langage pour écarter fes foupçons, & que jour & nuit ils ne penfoient
qu'aux moyens de fe procurer une Barque, L’Auteur remarque ici que les Hol-
Jandois furent vangés du Gouverneur précédent. Il n’avoit joui de fa dignité
qu'environ quatre mois. Ayant été accufé d’avoir condamné trop légèrement
à mort plufieurs perfonnes de différens ordres, il fut condamné par le Roi à
recevoir quatre-vingt-dix coups fur les os des jambes, & banni perpétuel-
lement.
VERS la fin de cette année, on vitparoître une Cométe. Elle fut fuivie de
deux autres, qui parurent toutes deux à la fois, pendant l’efpace d'environ
deux mois; l’une au Sud-Eft, & l’autre au Sud-Oueft, mais leurs queues op-
pofées l’une à l’autre. La Cour en conçut tant d’allarme, que le Roi fit doubler
la garde dans tous fes Ports & furtousles Vaiffeaux. Il dou. ordre que toutes
fes Forterefles fuffent bien munies de provifions de guerre & de bouche, &
que fes ‘l'roupes fuflent éxercées tous les jours. | La crainte qu’il avoit d’être
attaqué par quelque voilin, alla jufqu'a lui faire défendre qu’on allumât du
feu pendant la nuit dans les maifons qui pouvoient être apperçues de la Mer.
On avoit vû les mêmes phénomènes lorfque les Tartares avoicent ravagé le
Pays; & l'on fe fouvenoit d’avoir été avertis par des fignes de cette nature, a.
vant la guerre des Japonois contre la Corée. Les Habitans ne rencontroient
pas les Hollandois fans leur demander ce qu’on penfoi. des Cométes dans leur
Pays. Ils répondoient qu'elles étoiënt le pronoftic de quelque terrible événc-
ment, tel que la pefte, la guerre ou la famine, & quelquefois de ces trois
malheurs enfemble. Ils parloient de bonne foi, remarque l’Auteur avec beau-
coup de fimplicité, parce qu’ils avoient été convaincus de cette vérité par
l'expérience.
Come ils pañlrent fort tranquillement l’année 1664 & Ia füuivante, tous
leurs foins fe rapportèrent à fe rendre maîtres d’une Barque. Mais ils eurent
le chagrin de ne pas réufir. Ils alloient quelquefois à la rame le long du riva-
ge, dans un batteau qui leur fervoit à chercher de quoi vivre. Quelquefois ils
faifoient le tour des petites Ifles, pour obferver tout ce qui pouvoit être fa-
vorable à leur évañon. Leurs compagnons qui étoient dans les deux autres
Villes, venoient les vifiter par intervalles. Ils leur rendoient leurs vifites,
lorfqu’ils en obtenvient la permifion du Gouverneur. Leur patience fe foute-
noit dans les plus grandes peines, affez contens de jouir d’une bonne fanté &
de ne pas manquer du néccflaire dans le cours d'an fi longefclavage. En Ge
ils
ils pere
Cour 4
faits fu
niftrati
maître
les Côt
AP:
l'ufage
Devin
heureu
Maître
le. Ils
devoir
tisfaire
un trav
beauco
demand
compat
béir. M
tandis «
zard à l:
la prou.
vis à l
roit Cac
Efpions
me. L'I
te au So
au bann
des jam
Les
neur,n
Il leur d
rent que
occupat
pêcha d
rent ch:
ter du |
penfer :
toutes f
leur avc
fous pré
voilines
nes qu'i
qui l’avi
fon ma
leur év:
craintes
20
ifTer deux fois
moins à faire
la permiflion
t quelquefois
Dit pourquoi,
ipon? Ils ré-
joûtoient que
eau. Quoi,
afFeétoienc de
oient leur en-
éferteurs. Le
s lui tenoient
ne penfoient
| que les Hol-
de fa dignité
p légèrement
par le Roi à
ni perpétuel-
fut fuivie de
ce d’environ
"S queues Op-
ai fit doubler
Ire que toutes
> bouche, &
| avoit d'être
n allumât du
s de la Mer.
nt ravagé le
te nature, a-
ncontroient
es dans leur
rible événe.
de ces trois
r avec beau-
vérité par
vante, tous
is ils eurent
png du riva-
elquefois ils
oit être fa-
deux autres
urs vifites,
e fe foute-
ne fanté &
, En 1666
ils
4
DE LA CHINE, Liv. IL Car. IL. 427
ils perdirent ce bon Gouvernevr, qui fut élevé aux premicres dignités de la
Cour en récompenfe de fes vertus. Il avoit répandu indifféremment fes bien-
faits fur toutes fortes de perfonnes, pendant deux ans d’une heureufe admi-
niftration, qui lui avoit gagné l’affcétion de tout le monde & l'eftime de fon
maître avec celle de la Nobleffe. Il avoit réparé les édifices publics, nettoyé
les Côtes, augmenté les forces maritimes, &c.
APrRès fon départ la Ville demeura trois jours fans Gouverneur, parce que
l'ufage accorde ce tems au fuccefleur pour choifir, avec le fecours de quelque
Devin (#), un moment favorable à fon inauguration. Ce choix ne fut pas
heureux pour les Hollandois. Entre pluficurs mauvais traitemens , leur nouveau
Maître voulut les faire travailler continuellement à jetter de la terre en mou-
le. Ils rejettèrent cette propofition, fous prétexte qu'après avoir rempli leur
devoir ils avoient befoin de leur tems pour fe procurer de quoi fe vêtir & fa-
tisfaire à leurs autres néceflités; que le Roi ne les avoit point envoyés pour
un travail fi rude, ou que s'ils devoient être traités avec cetterigueur, il valoit
beaucoup micux pour eux renoncer à la fubfiftance qu'on leur accordoit, &
demander d’être envoyés au Japon ou dans quelqu’autre lieu fréquenté par leurs
compatriotes. La réponfe du Gouverneur fut une menace de les forcer d'o-
béir. Mais il n'eut pas le tems d'éxécuter fesintentions, Quelques jours après,
tandis qu'il fe trouvoit à bord d'un fort beau Vaiffèau, le feu prit par ha-
zard à la chambre des poudres, qui étoit fituée devant le mât, & fit fauter
la prouë, ce qui coûta la vie à cinq hommes. Il fe difpenfa d'en donner a-
vis à l'Intendant de la Province, dans l’efpérance que cet accident demeure-
roit caché. Malheureufement pour lui, le feu avoit été apperçu par un des
Efpions que la Cour entretient fur les Côtes, comme dans] intérieur du Royau-
me. L'Intendant, qui en fut averti par cette voie, fe hâta d'en rendre comp-
te au Souverain. Le Gouverneur fut rappellé immédiatement , & condamné
au bannifiement perpétuel, après avoir reçu quatre-vingt-dix coups fur les os
des jambes. ni | |
Les Hollandois virent arriver, au mois de Juillet, un nouveau Gouver-
neur, mais fans obtenir le changement qu’ils avoient cipéré dans leur fort,
Il leur demanda chaquejour cent brafles de natte. Lorfqu'ils lui repréfenté-
rent que c'étoit leur demander l'impoffible, il les menaça de trouver quelque
occupation qui leur conviendroit mieux. Une maladie qui lui furvint 1 em-
pêcha d'éxécuter fon projet; mais outre leur devoir ordinaire, ils demeurè-
rent chargés du foin d'arracher l'herbe dans la Place du Penig-fe, & d'appor-
ter du bois propre à faire des fléches. Le chagrin de leur fituation les fit
penfer à profiter de la maladie de leur Tiran pour fe procurer une Barque à
toutes fortes de rifques. Ils employèrent, dans cette vûe, un Coréfien qui
leur avoit plufieurs obligations. Ils le chargèrent de leur acheter une Barque,
fous prétexte du befoin qu'ils en avoient pour mandier du coton dans les Ifles
voiines. Ils lui promirent, à leur retour, une part confidérable aux aumo-
nes qu'ils fe flattoient de recueillir. La Barque fut achetée. Mais le Pécheur
qui l’avoit vendue, ayant appris que c’étoit pour leur ufage, voulut rompre
fon marché, dans la crainte d’être puni de mort s'ils s’en fervoient pour
leur évafñon. Cependant l'offre de doubler le prix lui fit oublier toutes fes
craintes. AUSSITÔT
Çk) On a vû que les Chinois ont la même fuperftition.
Hhh 2
)
Hamez.
1666.
Eloge d'un
Gouverneur.
Plaintes
qu'ils font de
fon fuccef.
feur,
Ils font ven
és.
Leur cha-
grin les fait
penfer à la
fuite.
Ils achetent
une Darque,
HaAmri,
1666.
1!5 ont le
bonheur de
s'cmbarquer,
Avecquelle
hardiefe ils
s échappent.
Ils arrivent
dans des lieux
qui leur font
inconnus.
Ils voient
des Habitans
qui ne leur
difent rien.
42b VOYAGES DANS L'EMPIRE
Aussi-rôr qu'ils fe trouvèrent en liberté, ils fournirent leur Bâtiment
d'une voile, d'une ancre, de cordages, de rames & d'autres inftrumens né-
cefaires; réfolus de partir au premier quartier de la Lune, qui étoit la fai-
fon la plus favorable, Ils retinrent deux de leurs compatriotes qui étoient
venus les viliter. D'un autre côté, ils firent venir de Nxmman Jean Peter d'U:
ries, habile matelot, pour leur fervir de Pilote. Quoique les Habitans les plus
voifins de leur demeure ne fuffent pas fans quelque défiance, ils forcirent la
nuit du 4 Septembre, aufi-tôc que la Lune eut ceflé de luire, & fe gliffant
au long du mur de la Ville, avec leur provifion, qui contfiftoit en riz, avec
quelques pots d'eau & une marmite, ils gagnèrent le rivage fans avoir été dé-
couverts.
ILs commencérent par remplir un tonneau d'eau fraîche, dans une petite
Ifle qui n’eft qu'a la portée du canon. Enfüite ils eurent la hardieffe de paf-
fer devant les Vaifleaux de la Ville & devant les Frégates mêmes du Roi,
en prenant Îe large, dans le canal, autant qu'il étoit poflible. Le $ au ma-
tin, lorfqu’ils étoient prefqu’en Mer, un Pécheur leur cria, qui vive; mais
ils fe gardérent de répondre, dans la crainte que ce ne fût quelque garde a-
vancée des Vaifleaux de guerre, qui n’étoient pas loin à l'ancre. Au lever du
Soleil, le vent leur ayant manqué, ils fe fervirent de leurs rames. Vers midi,
le tems redevint plus frais. Ils portèrent alors au Sud-Eft, fur leurs fimples
conjeétures ; & doublant la pointe de la Corée dans le cours de la nuit fuivan-
te, ils n’apprehendèrent plus d’être pourfuivis.
LE 6, au matin ils fe trouvèrent fort près dela première Ifle du Japon; &
le vent ne ceffant pas de les favorifer, ils arrivèrent fans le fçavoir, devant
VIflé de Firando, où ils n’ofèrent pas relâcher, parce qu'ils ne connoifloient
pas la Rade. D'ailleurs ils avoient entendu dire aux Coréfiens, qu’il n'y avoit
aucune ile dans la route de Nangazaqui. Ainfi, continuant leur cour-
fe avec un vent frais, ils cotoyèrent, le fept, quantité d'Ifles dont le nom-
bre leur parut infini. Le foir, ils efpéroient mouiller près d'une petite Ifle;
mais des apparences d'orage qu'ils découvrirent dans l'air, & des feux qu'ils
virent de tous côtés, leur firent prendre la réfolution de ne pas interrompre
leur courfe.
Le 8, au matin, ils fe trouvèrent au même endroit d'où ils étoient partis
le foir précédent; ce qu’ils attribuërent à la violence de quelque courant.
Cette obfervation leur fit prendre le large; mais la force des vents contraires
les obligea bien-tôt de fe rapprocher de la terre. Aprés avoir traverfé une
Baye ils jettèrent l'ancre vers le milieu du jour , fans connoître le Pays. Tan-
dis qu’ils préparoient leur nourriture, quelques Habitans paflèrent & repaitè.
rent fort près d'eux, fans leur parler. Vers le foir, le vent étant un peu
tombé, ils virent une Barque chargée de fix hommes, qui avoient chacun
deux couteaux fufpendus à leur ceinture, & qui s'étant avancés à la rame
débarquèrent un homme vis-à-vis d'eux. Cette vûe leur fit lever l’ancre
avec toute la promptitude poflible. Ils employèrent leurs rames & leurs voi-
les pour fortir de la Baye. Mais la Barque les pourfuivit & les joignit bien-
tôt. Ils auroient pû fe fervir de leurs longues cannes de bambou, pour em-
pècher ces inconnus de monter à bord. Cependant, après avoir découvert
plufeurs autres Barques remplies de Japonois, qui fe détachoient du rivage,
ils prirent le parti de les aitendre tranquillement. ”
ES
LES
alloient
ge, en
leur vo
firent «
té tant
épées.
troifien
entend
qui,
pafère
apport
la plui
LE
conduit
tres à
petites.
y moui
fieurs
fait qu
furent d
gnie, q
Ils fure
à midi.
ii loua
fe mett
Les
mandan
beaucot
triotes ,
roit fat
25 d'O
de curi
logeme
tavia,
térent |
mettre
effet, s
20 de]
r Bâtiment
‘umens né-
toit la fai-
qui étoient
| Peter d'U:
ans les plus
forcirent la
fe gliffant
1riZ, avec
roir été dé-
une petite
effe de paf:
es du Roi,
4 5 au ma-
vive; mais
ue garde a-
Au lever du
Vers midi,
urs fimples
nuit fuivan-
1 Japon; &
oir, devant
onnoifloient
’il n'y avoit
leur cour-
ont le nom-
petite Ifle;
feux qu'ils
nterrompre
oient partis
e courant.
s contraires
averfé une
Pays. Tan-
& repafle-
ant un peu
ent chacun
à la rame
ver l'ancre
& leurs voi-
bignit bien-
| pour em-
découvert
du rivage;
LES
DE LA CHINE, Liv. Ill. Car. Il 429
Les gens de la première Barque leur demandèrent par des fignes, où ils
alloient. Pour réponfe ils arborèrent pavillon jaune avec les armes d'Oran-
ge, en criant Hollande, Nangazaqui. Là-deflus , on leur fit figne d'amener
jeur voile. Ils obéirent. Deux hommes étant paflés fur leur bord, ils leur
firent diverfes queftions qui ne furent pas entendues. Leur arrivée avoit jet-
té tant d'allarme fur la Côte, que p:rfonne n'y parut fans être armé de deux
épées. Le’foir, une Barqye amena fur leur bord un Officier qui tenoit le
troifième rang dans l'Ifle. Reconnoïflant qu'ils étoient Hollandois, il leur fit
entendre par des fignes qu'il y avoit fix Vaifleaux de leur Nation à Nangaza-
qui, & qu'ils étoient dans l’Ifle de Goto , qui appartenoit à l'Empereur. Ils
paflèrent crois jours dans le même lieu, gardés fort foigneufement. On leur
apporta du bois & de la viande, avec une natte pour les mettre à couvert de
la pluie, qui tomboit en abondance. 7
Le 12 ils partirent pour Nangazaqui, bien fournis de provifions, fous la
conduite du même Officier qui les avoit abordés & qui portoit quelques Let-
tres à l'Empereur. Il étoit accompagné de deux grandes Barques & de deux
petites. Le lendemain, au foir , ils découvrirent la Baye de cette Ville. Ils
y mouillèrent à minuit. Elle avoit à l'ancre cinq Bätimens Hollandois. Plu-
fieurs Habitans de Goto & diverfes perfonnes de confidération leur avoient
fait quantité de careffes, fans vouloir rien accepter de leur part. Le r4 ils
furent conduits au rivage, & reçus par les Interprétes Japonois de la Compa-
gnie, qui, leur ayant fait plufieurs queftions, prirent leurs réponfes par écrit.
Ils furent menés enfuite au Palais du Gouverneur, devant lequel ils parurent
à midi. Lorfqu'ils eurent fatisfait fa curiofité par le récit de leurs avantures,
ii Joua beaucoup le courage qui leur avoit fait furmonter tant de dangers pour
fe mettre en liberté.
Les Interprétes reçurent ordre du Gouverneur de les conduire chez le Com-
mandant Hollandois, qui fe nommoit Æilliam Volquers. Il les reçut avec
beaucoup de bonté. Nicolas Le Roi, fon Lieutenant, & tous leurs compa-
triotes, leur firent les mêmes careffes. Le Gouverneur de Nangazaqui au-
roit fouhaité de pouvoir les retenir une année entière. Il fe les fit amener le
25 d'Oétobre. Cependant, après les avoir encore interrogés avec beaucoup
de curiofité, il les rendit au Directeur de la Compagnie, qui leur donna ur
logement dans fa propre maïfon. Peu de jours aprés ils partirent pour Ba-
tavia, où ils arrivérent le 29 de Novembre. Le Général, à qui ils préfen-
térent leur Journal, leur fit un accueil trés-favorable, & leur promit de les
mettre à bord de quelques Vaïffeaux qui devoient retourner en Europe, En
effet, s'étant embarqués le 28 de Décembre , ils arrivérent à Amiterdam le
20 de Juillet 1668 (7).
(13 Relation de Hamel, pag. 585. & fuiv.
HP SK
XL
LL)
po
TYhh 3
HamrLi.
1666.
Ones inter-
rogeentin, Ils
f: font con-
noiître dans
l'Iflc de Goto.
Is fe ren-
dentà Nanga-
zaqui.
Ils font pré-
fentés au
Gouverneur ;
Ft aux Ofi-
ciers de la
Compagnie de
Hollande.
{ls partent
pour Dataviu,
& de là en
Lurope,
Nom & po-
fition de la
Corée.
Pêche de ba-
leines & de
harangs, au
Nord-Eft de
ce Royaume,
Pafage dela
Corée à la
Chine,
La Corée
fort proche du
Japon.
Chemins
fous lanége.
VOYAGES DANS L'EMPIRE
. II.
Defcription de la Corée.
Sa fituation € Jon étendue. Maœurs des Habitans.
E Pays, que les Européens ne connoiflent que fous le nom de Corée , eft
nommé par les Habitans Trozenbouk, & quelquefois Kauli. 11 s'étend
depuis trente-quatre jufqu’a quarante-quatre degrés de latitude du Nord. Sa
longueur eft d'environ cent cinquante licuës (4) du Nord au Sud; & fa lar-
geur, de foixante-quinze lieuës de l'Eft à l'Oueft. Les Habitans le repré-
fentent fous la forme d'un quarré-long, quoiqu'il ait plufieurs pointes de terre
qui s’avancent affez loin dans la Mer.
A l'Oueft, ce Royaume eit féparé de la Chine par la Baye de Nan-king.
Mais il s'y joint au Nord par une longue & haute montagne, fans laquelle il
ne feroit qu’une Ifle. Au Nord-Eit, il a pour bornes cette vaite partie de
l'Océan où les François & les Hollandois prennent tous les ans un grand nom-
bre de baleines. On y fait auffi la pêche du harang, aux mois de Décem-
bre, de Janvier, de Février & de Mars. Celui qui fe prend pendant les deux
premiers de ces quatre mois, eft auñi gros que le harang de Hollande ; mais
celui qu’on prend enfuite eft beaucoup plus petit. L’Auteur & fes compa-
gnons en conclurent qu’au-deffus de la Corée, du Japon & de la Tartarie (D),
il y a un paflage qui répond aux Détroits de Weigats. Ils demandérent fou-
vent aux Coréfiens qui fréquentent la Mer du Nord-Eft, quelles terres on
trouve au-delà. On s’accordoit à leur répondre, qu'on ne croyoit pas qu'il
y eût autre chofe de ce côté-là que l'immenfe Océan.
Pour aller de la Corée à la Chine, on s'embarque à l'extrémité de la
Baye, parce que la multitude des bêtes féroces rend le paffage de la montagne
aufii difficile en Eté, qu’il left en Fyver par l'excès du froid.. En Hyver
néanmoins, la Baye ctant prefque toûjours aflez glacée pour le paflage, on la
traverfe du côté du Nord.
Les rochers & les fables qui bordent les Côtes de la Corée , en rendent l’accés
difficile & dangereux. Du côté du Sud-Eft elles s’approchent fi fort du Japon,
que la diftance n’eft que de vingt-cinq ou vingt-fix lieues entre la Ville de P:-
Jan en Corée (c}), & celle d'O/aka au Japon. On rencontre, entre ces deux
points, l'Ifle de Suiffima, que les Coréfiens nomment Taymuta (d). Elle leur
appartenoit anciennement; mais dans un Traité de paix avec les Japonois;
ils en ont fait l'échange pour celle de Quelpaert.
LE froid eft extrême dans la Corée. En 1662, tandis que les Hollandois
vifitoient les Monaftères des montagnes, il tomba une fi prodigieufe quantité
de nége, qu'on faifoit des routes par-deflous pour pafler d’une maifon al'au-
tre, Les Habitans fe fervent, pour marcher fur la nége, d’une forte de petite
planche,
(a) De quinze feulement au degré. (ce) C'eft fans doute celle que Regis nom-
(b) Les dernières découvertes prouvent me few-chau. :
que leur conjecture étoit bien fondée. (d) Ou Tivi-ma-tau, fuivant Regis.
plancl
gueur
quemc
-ni riz
partie
vers à
trouva
nomni
bœufs
des fat
qu'iln
ligators
(e). C
les d'u:
fix joir
une fo
une in!
dance
ron, le
chouca
qui ne
LA
Villes,
fitués £
LEs
naturel
tère. |
gloire d
ceux qu
Les Ho
qu'ils o!
leurs M
Du moi
fonnes :
rent dar
réfens {
s’empar:
roit qu’i
nemi, I
qui font
gnée d’f
jeté für
en appe
(e) De
de Corée , eft
. Il s'étend
u Nord. Sa
d; & fa lar-
ans le repré-
ntes de terre
e Nan-king.
ns laquelle il
te partie de
1 grand nom-
s de Décem-
Jant les deux
lande ; mais
_fes compa-
artarie (D),
indèrent fou-
les terres on
oit pas qu'il
rémité de la
la montagne
En Hyver
fage, on
ndent l’acces
t du Japon,
Ville de Por-
tre ces deux
). Elle leur
es Japonois;
s Hollandois
ufe quantité
aifon agl'au-
te de petite
planche,
ie Regis nom-
Regis.
-ni riz.
D.E L'A CHINE, Lrv. II, Car. Il 431
planche, en forme de raquette, qu'ils attachent fous leurs pieds, Cette ri-
gueur exceffive de l'air réduit ceux qui habitent la Côte du Nord à vivre uni-
quement d'orge, qui n'eft pas même des meilleurs. Il n'y croît, ni coton,
Les perfonnes au-deffus du commun font apporter leurs vivres des
parties du Sud.
Le refte du Pays cit fi fertile, qu'il produit toutes les nécefités de Ja vie,
fur-tout du riz & d’autres fortes de grains. Il a du chanvre, du coton & des
vers à foic; mais on y eft mal inftruit de la manière de travailler la foie. On y
trouve aufii de l'argent, du plomb, des peaux de Tygres & la racine qui fe
nomme Nifi. Les beftiaux y font en grand nombre, & l'on y employe les
bœufs à labourer la terre. Hamel obferve qu'il y vit des ours, des daims,
des fanglicrs, des porcs, des chiens, des chats & divers autres animaux ; mais
qu'il ne rencontra jamais d'éléphant. Les rivières font fouvent infeftées d'4/-
ligators ou de Crocodiles, qui ont quelquefois dix-huit ou vingt aunes.de long
(e). Cet animal a les yeux petits, mais vifs, & les dents placées comme cel-
les d’un peigne. Pour manger, il ne remue que la machoire d'enhaut. Ila
fix jointures à l’épine du dos. Les Habitans racontèrent à l’Auteur qu'on avoit
une fois trouvé trois enfans dans le ventre d'un crocodile. La Corée produit
une infinité de ferpens & d’autres animaux venimeux. On y voit en abon-
dance diverfes fortes d'oifeaux, tels que le cygne, l'oie, le canard, le he-
ron, le butor, l'aigle, le faucon, le milan, le pigeon, la bécaffe, la pie, le
choucas, l'alouctte, le faifan, la poule, le vaneau; outre plufieurs efpèces
qui ne font pas connues en Europe.
La Corée eftdivifée en huit Provinces, qui contiennent trois cens foixante
Villes, grandes & petites; fans compter les Forts & les Châteaux, qui font
fitués généralement fur des montagnes (f).
Les Coréfiens ont tant de penchant pour le larcin & tant de difpofition
naturelle à tromper, qu’onne peut prendre la moindre confiance à leur carac-
tère. Ils regardent fi peu la fraude comme une infamie, qu’ils fe font une
gloire d’avoir dupé quelqu'un. Cependant la Loi ordonne des réparations pour
ceux qui ontététrompés dans un marché. Ils font d'ailleurs fimples & crédules.
Les Hollandois auroient pû leur faire croire toutes fortes de fables, parce
qu'ils ont beaucoup d’'affeétion pour les Etrangers, fur-tout leurs Prétres &
leurs Moines. Ils font d'un naturel efféminé, fans aucune marque de courage.
Du moins les Iollandois en prirent cette idée fur le récit de plufieurs per-
fonnes dignes de foi, qui avoient été témoins du carnage que les faponois fi-
rent dans la Corée lorfqu'ils en tuèrent le Roi, & de la manière dont les Co-
rélens fe laiffèrent traiter par les Tartares, qui avoient pañlé fur la glace pour
s'emparer de leur Pays. Æfetteuri, qui avoit vû toutes ces révolutions, aflu-
roit qu'il en étoit mort beaucoup plus dans les bois que par les armes de l’En-
nemi, Loin d’avoir honte de leur licheté, ils déplorent la condition de ceux
qui font obligés de combattre. On les a vûs fouvent repouflés par une poi-
gnée d'Européens, lorfqu'ils vouloient piller un Vaifleau que la tempête avoit
jetté-fur leur Côte. Ils abhorrent le fang, jufqu'à prendre la fuite lorfqu’ils
en apperçoivent dans leur chemin. Ils ne font pas moins effrayés de la vûe
des
(e) Des aunes des follande apparemment,
(f) Hamel, pag. 587. & fuiv.
Descuirrron
DE LA
CORLE,
Produétions
de la Corte.
Oifeaux en
abondance.
Divifion de
a Corée en
huit lrovin-
ces.
Les Coré-
fiens font
trompeurs &
efféminés,
Horreur
qu'ilsont
pour le fans &
pour les mala-
dics,
DESCRIPTION
DE LA
Cor.
Leurs Sim-
p'es &lcurs
Médecins.
Anciennes
mœurs du
Pays.
On y fume
beaucoup de
tabac.
Habits coin-
muns du
Pays.
Maifons des
Grinds & du
Peuple,
in VOYAGES DANS L'EMPIRE
des malades, fur-tout de ceux qui font attaqués d'une maladie contagieufe.
Lis les éloignent aufli-tôc de leurs Villes ; & les plaçant dans de petites hutes
de paille, au milieu des champs, ils les abandonnent à ceux qui font obligés
d'en prendre foin. Ces gardes font les parens ou les amis du Malade. Il font
obligés d'avertir les pallans du danger. Un Malheureux qui n'a pas d'amis
dont il puiffe efpérer de l’afiflance , meurt fans que perjunne s'approche
de lui. Si le bruit fe répand qu'une Viile foit infeétée de la pefte, on ferme
toutes les avenues avec de fortes haies, & l'on met des fignaux fur le toît des
maifons qui font attaquées particulièrement. Le Pays produit quantité de plan-
tes Médicinales ; mais elles ne font pas connues du Peuple, & la plûpart des
Médecins font employés auprès des Grands. Auili les pauvres ont-ils recours
aux Sorciers & aux Aveugles, qu'ils fuivoient autrefois à travers les rivières
& les rochers pour aller aux ‘Temples de leurs Idoles. Mais cet ufage fut
aboli en 1662 par un ordre du Roi.
AvanrT que les Tartares euflent fubjugué la Corée, on y voyoit régner
l'incontinence & la débauche. L’unique occupation des Habitans étoit de
boire, de manger & de fe livrer à toutes fortes d'excès avec les femmes. Au-
jourd'huiq''ils font tyrannifés par les ‘l'artares & les Japonois, le tribut qu'ils
payent aux premiers leur rend la vie aflez difficile dans les mauvaifes an-
nées. Depuis cinquante ou foixante ans, ils ont appris des Japonois à plan-
ter du tabac. Ils ne le connoifloient pas auparavant. On leur a dit que la
femence de cette plante eft venue de Nam-pan-kouk, c'eft-à-dire, de Hollan-
de. Ils l'ont nommée, par cette raifon, Nampankoy. L'ufage en eft fi gé-
néral à préfent dans leur Nation, qu’il eft commun aux deux féxes. On voit
fumer les enfans mêmes, dès l'âge de quatre ou cinq ans. Lorfqu’on appor-
ta du tabac en Corée pour la première fois, les Habitans en payérent Îe
même poids en argent. C’eit ce qui leur fait regarder Nampankouk , ou la
Hollande, comme un des meilleurs Pays du Monde (g).
LE fimple Peuple de la Corée n'eft vêtu que de toile de chanvre & de
mauvaifes peaux. Mais en récompenfe la Nature leur a donné la racine
ANi-fi (b), dont ils font un commerce confidérable à la Chine & au Ja-
pon (i).
Les maifons des perfonnes de qualité font fort belles. Celles du Peuple ont
peu d'apparence. Il n'a pas même la liberté de les bâtir mieux, ni de les cou-
vrir de tuiles fans une permiffion exprefle. Auñi la plûpart font-elles de chau-
me & de rofeaux. Elles font féparées l'une de l’autre par un mur ou par une
rangée de paliffades. Pour les bâtir, on plante d'abord des potçaux de bois ou
des piliers, à certaines diftances, & l'on remplit de pierre les intervalles juf-
qu’au premier étage. Le refte de l'édifice eft de bois, plâtré au dehors, &re-
vêtu dans l'intérieur de papier blanc collé. Le plein-pied eft voûté. En hyver
on fait du feu deflous ; de forte qu’on n’y eft pas moins chaudement que dans
un poile. La voûte (k) eft couverte de papier huilé. Le corps de chaque
maifon a peu d’étendue. Il ne contient qu’un étage, avec un grenier au-def-
fas pour y renfermer les provifions. Les Coréfiens n’ont que les meubles ab-
folument
(g) Hamel, pag. 591. (k) Peut être entend-il le plat-fond ou les
(h) C'eft apparemment le in feng. murs.
(1) Hamel, pag. 588,
#olum
teme
s'y ré
balle
des a
de le
uel i
emm
berté
mondé
maris.
ON
plaifir
.Chantd
fances
telleri
près d
du riz
auñi fc
Cepen
ciers d
E
de
de huit
ques, |
lcs ayet
mariage
dans to
Ilettre
fommé
Les
font ca]
voir ch
trois da
de leur
dératiot
Après «
fer fous
contagieufe.
ctites hutes
font obligés
de. Il font
| pas d'amis
s'approche
>, on ferme
ir le toït des
tité de plan-
| plûpart des
t-ils recours
les rivières
et ufage fut
»yoit régner
ns étoit de
emmes. Au-
tribut qu’ils
auvaifes an-
nois à plan-
a dit que la
, de Hollan-
n eft fi gé-
es. On voit
qu'on appor-
payérent Îe
Rouk , ou la
anvre & de
é la racine
& au Ja.
Peuple ont
de les cou-
les de chau-
ou par une
de bois ou
rvalles juf-
ors, &re-
En hyver
t que dans
de chaque
ier au-def-
eubles ab-
folument
t-fond ou les
DE LA CHINE, Liv. Ill. Cap. Il. 438
“olument néceflaires. Dans les maifons des Nobles il y a toüjours un appar-
tement avancé, dans lequel on reçoit & on loge fes amis, & qui fert pour
s'y réjouir. Chaque maïfon a généralement un grand efpace quarré ou une
bafle-cour, avec une fontaine d'eau-vive ou un étang; & un jardin, avec
des allées couvertes. Les Marchands & les principaux Bourgeois ont près
de leur demeure une forte de magafin qui contient leurs effets, & dans le-
uel ils traitent leurs amis avec du tabac & de l’arrak. L'appartement des
emmes eft dans la partie la plus intérieure de la maifon. Perfonne n'a la li-
berté d’en approcher. Quelques maris permettent à leurs femmes de voir le
monde & d’aflifter aux fêtes; mais elles y font aflifes à part, & vis-à-vis leurs
maris.
ON trouve de toutes parts, dans la Corée, des cabarets & des maifons de
plaifir, où les Habitans s'affemblent pour y voir des femmes publiques, qui
Chantent, qui danfent & qui jouent de divers Inftrumens. En Eté, cesréjouif-
fances fe font dans des lieux frais, à l'ombre des arbres. Le Pays n’a pas d'Hô-
telleries pour les voyageurs. Mais ceux qui font en voyage s’afleyent le foir
près de la première maifon qu’ils rencontrent. Aufli-tôt le maître leur apporte
du riz cuit à l’eau & leur offre fuffifamment à fouper. Ils peuvent fe repofer
auñi fouvent qu’ils le defirent, avec la certitude de recevoir les mêmes fecours.
Cependant, fur la grande route de Sior, on trouve des Hôtelleries où les Off-
ciers de l'Etat fon traités aux dépens du Public (7).
(4) Hamel, p2g. 592.
Ufages & Sciences de la Corée.
E mariage, entre les Coréfiens, eft défendu jufqu’au quatrième degré. Ii
L demande peu de foin de la part deshommes, parce qu’on fe marie dés l’âge
de huit ou dix ans. Les jeunes femmes, à moins qu’elles ne foient filles uni-
ques, habitent dès ce moment la maifon de leur beau-père, jufqu'a ce qu'’el-
les ayent appris à gagner leur vie & l’art de gouverner leur famille, Le jour du
mariage, l'homme monte à cheval, accompagné ue fes amis; il fe promene
dans tous les quartiers de la Ville, & s'arrête enfin à la porte de fa maîtrefe.
Il eft reçu par fes parens, qui la conduifent chez lui; & le mariage y eft con-
fommé fans autre cérémonie.
Les hommes peuvent avoir hors de leur maifon autant de femmes qu'ils
font capables d'en nourrir, & les voir librement; mais ils ne peuvent rece-
voir chez eux que leur véritable femme. Si les gens de qualité en ont deux ou
trois dans leurs propres demeures, elles n’y prennentaucune part à la conduite
de leur famille. Au fond, remarque l’Auteur, les Coréfiens ont peu de confi-
dération pour leurs femmes, & ne les traitent guères mieux que leurs efclaves.
Aprés en avoir eu plufieurs enfans, ils n’en font pas moins libres de les chaf-
fer fous le moindre prétexte, & d’en prendre une autre. Les femmes n’ont pas
le même privilége, à moins qu’elles ne l’obtiennent par l'autorité de la Jufti-
ce, Ce qu’il y a de plus! fâcheux pour elles, c'eft qu’en les congédiant, un
mari peut les forcer de prendre leurs enfans & de fe charger de leur entretien.
Une coutume fi barbare fert à rendre le Pays fort peuplé.
Les Coréfiens ont beaucoup d’indulgence pour leurs enfans, & n’en font
VIII. Part. lii pas
DescrirTion
DE LA
ConréÉx.
Cours & jui
dins,
Cabarets &
Hôtelleries,
Mariage des
Coréfiens,
Pluralité de:
feinmes,
l'âicheufe
condition de
ce féxe,
.
434 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Drscurrion pas moins refpeétés. [ La conduite des uns dépend, de celles desautres: fi unjés voirs
DE LA Père commet quelque mauvaife action, fon fils ne manque pas de l’imiter.] On & de
ConËt. he voit pas regner la même tendrefle dans les familles d'Éfclaves, parce que tres fi
__ Sortdesen- Jes pères font accoûtumés à fe voir enlever leurs enfans auffi-tôt que l’âge les jamai
ee rend capables de travail. Les enfans qui naïflent d’un homme libre & d’une porte
femme efclave, fonc condamnés à l'efclavage. Cenx dont le père & la mère décla
font efclaves, appartiennent au maître de leur mère (a). duite
Deuil pour A Ja mort d'un homme libre, fes enfans prennent le deuil pour trois ans, tir un
les Moits, Pendant lefquels ils ne vivent pas moins auftérement que leurs Prêtres. Ils ne mère
peuvent éxercer aucun emploi dans cet intervalle ; & s'ils occupoient quelque pectud
pote, ils font obligés de le quitter. La loi ne leur permet pas même de cou- La
cher avec leurs femmes. Les enfans qui leur naïtroicnt dans le cours de ces À coup
trois ans, ne feroient pas au rang des légitimes. La colère, les querelles, l'y- heure
vrognerie, paflent alors pour des crimes. Leurs habits de deuil font une lon- fes. Il
gue robe de chanvre, fur une efpèce de cilice, compofé de filtors prefqu'auf. Æ Ancêt
fi gros que les cordons d’un cable. Sur leurs chapeaux, qui font de rofeaux À ne na
verds entrelaflés, ils portent une corde de chanvre au-lieu de crêpe. Ilsne À tude.
marchent point fans une grande canne, ou un long bâton, qui fert à faire dif réfiens
tinguer de qui ils portént le deuil. La canne marque la mort d’un père, & le Cepen
bâton celle d’une Mère. Ils ne fe lavent point dans une fi longue contrainte. ce, où
Aufñi les prendroit-on alors pour des mulâtres. affemb
Enterre- Aussi-TÔr qu'il eft mort quelqu'un dans une famille, les parens courent À nes cél
Ft dans les rues en pouffant des cris & s’arrachant les cheveux. Ils enterrent le
Mort, avec beaucoup.de foin, dans quelqu'endroit d'une montagne choifie par
leurs Devins. Les corps font renfermés dans un double cercueil, de deux ou par la
trois doigts d’épaifleur, pour empêcher que l’eau n'y pénetre. Le cercueil fu- font cl
périeur elt orné de peintures & d'autres embelliffemens, fuivant la fortune de
chaque famille.
moign:
a | connoi
Les Coréfiens enterrent ordinairement leurs Morts dans le cours du Prin- emploi
tems ou de l'Automne. Ceux qui meurent pendant l'Eté fonc placés fous une D fois da
hute de chaume, élevée fur quatre piliers, pour att dre que le tems de la nent q
moiflon foit paflé. Lorfque celui de l'enterrement: arrivé, on rapporte le gés de
Mort à fa maifon, & l’on enferme avec lui dans le :reueil fes habits & quel- fuites «
ques joyaux. Enfuite, après avoir employé toute la nuit à fe réjouir, on partà titre de
la pointe du jour avec le corps. Les porteurs chantent & gardent une certaine été not
mefure dans leur marche, tandis que les parens &les amis font retentir l’air de Let
leurs lamentations. Trois jours après cette cérémonie, le convoi retourne au lement
tombeau du Mort, pour y faire quelques offrandes. La fçène finit par un cent q
grand repas, où tout le monde paroît fort joyeux. Les foffes n’ont que cinq grands
ou fix pieds de profondeur pour les gens du commun ; mais celles des per- reflem
fonnes de qualité font des caveaux de pierre, fur lefquels on place leur fta- preffio
tue, avec une infcription au-deffous, qui contient leurs noms, leurs qualités rente (
& leurs emplois. Chaque mois, au tems de la pleine-Lune, on coupe l'her- l'empl
be qui croît fur le tombeau, & les offrandes fe renouvellent, C'eft la plus notes |
grande fête des Coréfiens, après celle de la nouvelle année. criturc
Lorsque les enfans ont rendu à la mémoire de leurs pères tous les de- aux fe
voirs &. les
AE forte
(a) Hamel, pag, 588.
E
autres: fi unjés
'imiter.] On
s, parce que
que l’âge les
bre & d’une
re & la mère
ur trois ans,
êtres. Ils ne
vient quelque
éme de cou-
cours de ces
uerelles, l’y-
font une lon-
rs prefqu'auf-
it de rofeaux
rêpe. Ils ne
rt à faire dif-
père, & le
e contrainte.
rens courent
enterrent le
ne choifie par
, de deux ou
e cercueil fu-
a fortune de
urs du Prin.
cés fous une
e tems de la
rapporte le
bits & quel.
ir, Onparcà
une certaine
entir l’air de
retourne au
finit par un
ont que cinq
les des per-
ce leur fta-
Eurs qualités
oupe l’her-
eft la plus
tous les de-
voirs
voirs établis par l’ufage, le fils aîné prend poffeffion de la maifon paternelle
& de toutes les terres qui en dépendent. Le refte eft divifé entre les au-
tres fils; mais Hamel & fes Compagnons n’apprirent pas que les filles euffent
jamais la moindre part à la fuccelion, parce qu'en Corée une femme n'ap-
porte que fes habits en mariage. Un pére, à l’âge de quatre-vingt ans, fe
déclare incapable de l'adminiftration de fa famille & céde à fes enfans la con-
duite de fon bien. Alors l'aîné prend poileilion de la maifon, en fait bi-
tir une autre aux frais communs de la famille, pour y loger fon pére & fa
mére, prend foin de leur fubliitance, & ne cefle jamais de les traiter ref-
pectueufement. |
La Nobleffe Coréfienne & tous ceux qui font nés libres, apportent beau-
coup de foin à l'éducation de leurs enfans. Ils leur font apprendre de bonne
heure à lire & à écrire. Leurs méthodes d’inftruction ne font pas rigoureu-
fes. Ils infpirent aux écoliers une haute idée du fçavoir & du mérite de leurs
Ancêtres. Ils leur repréfentent combien il cit glorieux de s'élever à la fortu-
ne par cette voie, Ces grandes images excitent l'émulation & le goût de l’é-
tude. Le fruit qu’elles produifent eft furprenant. ‘Toute la doétrine des Co-
réfiens confifte dans l’expofition de quelques Traités qu'on leur donne à lire.
Cependant, outre cette étude particulière, il y a dans chaque Ville un édifi-
ce, où, fuivant l’ancien ufage, auquel toute la Nation eft fort attachée, on
affemble la jeunefle, pour lui lire l’hiftoire du Pays, & les procès des perfon-
nes célebres qui ont été punies de mort pour leurs crimes.
Dans chaque Province il y a toûjours deux ou trois Villes où l’on tient
des affémblées annuelles. Les écoliers s’y rendent pour obtenir quelqu'emploi
par la plume ou par l'épée. Chaque Gouverneur nomme des Députés, qui
font chargés de l’éxamen. Leur choix tombe fur les plus dignes; fur leur té-
moignage on écrit au Roi, qui diftribue les emplois à ceux dont on lui fait
connoître le mérite. Les vieux Officiers, qui n’ont encore pofltdé que des
emplois civils & militaires, s'efforcent alors de fe faire employer tout-à-la-
fois dans ces deux profeffions, pour grofiir leur revenu. Mais ils ne parvien-
nent quelquefois qu'à fe ruiner, par les préfens & la dépenfe qu’ils font obli-
gés de faire pour fe procurer des fuffrages. Ceux qui meurent dans les pour-
fuites de l'ambition font ordinairement fort fatisfaits d'obtenir en mourant le
titre de l'emploi qu’ils ont follicité, & regardentcomme un honneur d'y avoir
été norhmés. :
Leur caraétère d'écriture & leur Arithmétique ne s’apprennent pas faci-
lement. Ils ont plufieurs mots pour exprimer une même chofe. Ils pronon-
cent quelquefois vite & quelquefois lentement, fur-tout leurs Savans & leurs
grands Seigneurs. Il y a trois fortes d'écriture dans la Corée. La première
reffemble à celle de la Chine & du Japon; c'eft celle quieften ufage pour l'im-
preffion des Livres & pour les affaires publiques. La feconde n'eft pas diffé-
rente de l’écriture commune de l'Europe. Les Grands & les Gouverneurs
lemployent pour répondre aux placets qu’on leur préfente, pour faire leurs
notes fur les Lettres d'avis & pour d’autres ufages de cette nature. Cette é-
criture n’eft pas connue du Peuple. La troifiéme, qui eft la plus grofficre, fert
aux femmes & au Peuple. Ellecft plus aifée que les deux premières. Les noms
&. les chofes mêmes dont on n'a jamais entendu parler s'expriment avec une
forte de pinceau fort curieux. Les Coréfiens ont un grand nombre d’an-
Tii 2 ciens
DE LA CHINE, Liv. IL Car. IL. 435
,
DrscrtPTioN
DE LA
CotÉE.
Ordre des
familles après
la mort du
pere.
Abdication
des Vicillards,
Education
do la jeunefic.
Commentle
mérite eft dif.
tingué,
Langage &
Ecriture des
Coréfiens,
436 VOYAGES DANS L'EMPIRE
. . . L LA . ,® L]
Descrrrion Ciens Livres, foit imprimés ou manufcrits, à la confervation defquels orr
"DE LA
Corée.
Livres impri-
més & manuf-
crits,
Jgnorance
des Coréfiens
fur le refte du
Monde,
Comimentils
font leurs
comptes,
Divifion de
leurs années,
Etendue du
Commerce
des Coréfiens,
devant Suifima, & qui eft écrite ici Cenxima.
veille fi foigneufement, que la garde n’en eft confiée qu’au frère du Roi.
Plufieurs Villes en ônt les copies en dépôt, par précaution contre les rava-
es du feu.
La connoïiffance qu’ils ont du Monde eft fort imparfaite. Leurs Auteurs
aflurent que la Terre eft compofée de quatre-vingt-quatre mille Pays. Mais
ces fuppolitions trouvent peu de crédit parmiles Habitans. ,, Il faudroit donc,
» difent-ils, compter pour un Pays la moindre Ifle & le plus méprifable E-
» Cueil; car peut-on s’imaginer autrement que le Soleil fuffife pour éclairer
, tant de Régions en un feul jour? Lorfque les Hollandois leur nommoient
quelques Royaumes , ils fe mettoient à rire, en leur difant que c’étoit fans
doute des Villes ou des Villages, parce que la connoïflance qu’ils ont des
Côtes ne s'étend point au-delà de Siam, où leur Commerce fe borne. Ils
font perfuadés en effet qu’il n’y a dans le Monde que douze Royaumes, ou
douze Contrées, qui étoient autrefois foumifes à la Chine & qui lui payoient
un tribut ; mais qui ont fecoué le joug depuis la conquête des Tartares,
parce que ces nouveaux Maîtres n'ont pas été capables de les contenir dans
la foûmiffion. Ils donnent au T'artare (b) le nom de Tiekfe & d’Orankay;
a la Hollande , le nom de Nampankouk, qui eft celui que les Japonois don-
nent aux Portugais comme aux Hollandois, parce qu’ils ne les connoiflent
pas mieux.
ILs tirent leur Almanach de la Chine, faute de lumicres pour le compofe:
eux-mêmes. Ils impriment avec des planches gravées, en plaçant le papier
entre deux planches, & tirent ainfila feuille. Leurs comptes d'arithmétique.
fe font avec de petits bâtons de bois, comme en Europe avec des jettons.
Ils ne fçavent pas tenir de livres de comptes; mais lorfqu'ils achètent une
chofe ils en marquent le prix par-deflous, & marquant de même l’ufage qu’ils
en font , ils calculent fort bien la perte ou le profit.
Izs divifent leurs années par les Lunes, & tousles trois ans ils ajoûtent un:
mois d’intercalation. Ils ont des Sorciers, des Devins, ou des Charlatans,
qui ieur apprennent fi leurs Morts font en repos ou non, & fi le lieu de leur.
fépulture leur convient. La fuperftition eft fi excefive fur ce point , que.
fouvent on leur fait changer deux ou trois fois de tombeau (c).
(b) Il faut entendre l'Empereur de la Chine. (c) Hamel, pag. 392. °
Commerce ES Religion de la Corée.
ES Habitans de la Corée n’ont guéres d’autre Commerce qu'avec les Ja-
ponois & les Infulaires de Sufima (a), qui ont un magafin dans la par-
tie méridionale de la Ville de Poufan. C’eft d'eux que les Coréfiens tirent.
leur papier (b), leur bois de parfum, leur alun, leurs cornes de buñles, &
d’autres marchandifes que les Chinois & les Hollandois vendent au Japon. En
échange, ces Etrangers prennent les produétions de la Corée & les ouvrages
de fes manufactures. Les Coréfiens font aufñi quelque Commerce avec les
Parties.
Ca) Ou Tui-ma-tau, qui a été nommé ci- (b) Angl, leur poivre, KR, d. E
Parties
les frai
& qu’o
chands
prend :
véritab
qu'ils d
meurt d
rer le
Souven
dans la
éclater
fe rend
qu'il ple
après a
te. Ils
u’il y 4
Auf nc
pratique
parfums
font be:
C'eft au:
ples, de
nent juf
tres eft
plufieur
quelque
faire pt
queftion
Comme
remplie
lorfqu'il
plus ref]
aflujetti
LEU
tout lor
me, C
defquels or
ére du Roi.
tre les rava-
eurs Auteurs
Pays. Mais
udroit donc,
éprifable E-
Jour éclairer
_nommoient
c'étoit fans
x'ils ont des
borne. Ils
yaumes, OU
lui payoient
s Tartares,
ontenir dans
c d'Orankay;
iponois don-
connoiflent
le compofer
nt le papier
rithmétique.
des jettons.
chètent une
’ufage qu’ils
ajoûtent un:
Charlatans,
lieu de leur:
point , que.
ec les Ja-
lans la par-
iens tirent.
bufles, &
Japon. En
s ouvrages
e avec les
Parties
E.
DE LA CHINE, Liv. IIL Cuar. il 437
Parties Septentrionales de la Chine, en linge & en étoffes de coton. Mais
les frais en font confidérables, parce que le chemin ne fe fait que par terre
& qu'on emploie des chevaux pour le tranfport. 11 n’y a que les riches Mar-
chands de Sior qui pouflent leur commerce jufqu’à Peking, & ce voyage leur
prend au moins trois mois. | |
Quoique les poids & les mefures foient uniformes dans toutes les par-
ties du Royaume, les précautions & les ordres des Gouverneurs n'empêchent
pas qu'il ne s’y gliffé beaucoup d'abus. Les Coréfiens ne connoiffent pas d'au-
tre monnoie que leurs kafis. C’eft aufli la feule qui ait cours für les frontières
de la Chine. L'argent pañle au poids, en petits lingots, tels qu’on les appor-
te du Japon (c).
L'AuTEUR doute fi la Religion des Coréfiens en mérite le nom. On voit
faire au Peuple des grimaces ridicules devant leurs Idoles, mais avec peu de
véritable refpeét. Les Grands leur rendent encore moins d'honneur, parce
qu'ils ont plus d’eftime pour eux-mêmes que pour leurs Idoles. Lorfqu’il
meurt quelqu'un de leurs parens ou de leurs amis , ils s’affemblent pour hono-
rer le Mort dans la cérémonie des offrandes que le Prêtre fait à fon image.
Souvent ils font trente ou quarante lieuës pour afifter à cette cérémonie,
dans la feule vûe d'exprimer leur confidération pour le mérite, & de faire
éclater le fouvenir qu’ils en confervent. Dans les fêtes, lorfque le Peuple
fe rend aux Temples, chacun allume un petit morceau de bois odoriférant,
qu’il place devant l’Idole, dans un vaifleau deftiné à cet ufage, & fe retire
après avoir fait une profonde réverence. €C’eft en quoi confifte tout leur cul-
te. Ils croient d’ailleurs que le bien fera récompenfé dans une autre vie, &
qu’il y aura des punitions pour le vice. Ils n’ont ni prédication ni myftères.
Auffi ne voit-on jamais parmi eux de difpute fur la religion. Leur foi & leur
pratique font uniformes. L'office du Clergé eft d'offrir deux fois le jour des
parfums aux [doles. Les jours de fête, tous les Religieux de chaque maifon
font beaucoup de bruit, avec des tambours , des baflins & des chaudrons.
C’eft aux contributions du Peuple qu’ils doivent leurs Monaftères & leurs Tem-
ples, dont Ja plûpart font fitués fur des montagnes. Quelques-uns contien-
nent jufqu’à cinq ou fix cens Religieux ; & le nombre de cette efpèce de Pré-
tres eft fi grand, qu’on en voit jufqu’a trois & quatre mille dans le diftriét de
plufieurs Villes. ls font divifés comme en efcouades, de dix, de vingt .&
quelquefois de trente. C’eft le plus vieux qui gouverne, & qui a droit de
faire punir les négligences par vingt ou trente coups fur les fefles. S'il eft
queftion d’un crime odieux, le coupable eft livré au C 1verneur de la Ville.
Comme tout le monde a la liberté d'embraffer cette j: oiefion, la Corée eft
remplie de Religieux, d'autant plus qu’ils ont la liberté d'abandonner leur état
lorfqu'il commence à leur déplaire. Cependant la plûpart ne font pas beaucoup
plus refpeétés que des Efclaves. Le Gouvernement les accable de taxes & les
aflujettit à divers travaux. ,
Leurs Supérieurs ne laiffent pas de jouir d'une grande confidération, fur-
tout lorfqu'ils ont quelque fçavoir. Ils vont de pair avec les Grands du Royau-
me. On les namme /es Religieux du Roi. Ils portent fur leurs habits la mar-
que
(ce) Hamel, pag. 594,
ii 3
,
Däscrirrien
DE LA
CORÉE.
Leurs poids
& lcur mon-
noie,
Leur rcii-
gion.
Office de
leurs Prêtres.
Monaitères
Coréfiens,
Ordre qui
regne dans ces
lieux,
hl
438 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Descriprron que de leur Ordre. Ils ont le pouvoir de juger [comme ] les Officiers fubal-fé=
DE LA ternes & de faire leurs vilites à cheval. Ces Religieux fe rafent la tête & la
CoRÉE. barbe. Ils ne peuvent rien manger qui ait eu vie, ni entretenir de commer-
no _ ce avec les femmes. Ceux qui violent ces regles font condamnés à recevoir
réliens foixante-dix ou quatre-vingt coups für les fetes & bannis de leur Monaftére.
: En recevant la tonfure, un Religieux reçoit fur le bras l'impreffion d'une mar-
que qui ne s’efface jamais. Il travaille, eu il éxerce quelque profeflion pour
gagner fa vie. Quelques-uns prennent le parti de mandier. Mais en géné-
ral, les Monaftères obtiennent peu de fecours des Gouverneurs. On y élé-
ve les enfans; c’elt-a-dire, qu'ils y apprennent à lire & à écrire. S'ils confen-
tent à recevoir la tonfure, on les retient au fervice du Monañtire, & le pro-
fit de leur travail appartient à leur précepteur. Mais ils deviennent libres à
fa mort. Ils héritent de tout fon bien, & portent le deuil pour lui comme
pour leur propre pére. ,
Autreefpèce ON diftingue une autre forte de Religieux , qui s’abftiennent de chair,
de Réligicux. comme les précédens, & qui s’emploient au fervice des Idoles, mais qui ne
font pas rafés & qui ont la liberté de fe marier (4). Ils croient, partradition,
qu’anciennement le genre humain n'avoit qu'un langage; mais que la confu-
fion des Langues eft venue à loccalion d’une Tour, qui fut entreprife pour
° monter au Ciel. Les Nobles de la Corée fréquentent les Monaïtères pour s’y
réjouir avec des femmes publiques, qu'ils y trouvent ou qu'ils y menent, par-
ce que la plûpart de ces lieux font dans une fituation délicieufe, & que la
beauté de leurs jardins devroit les faire nommer des maifons de plaifance plû-
tôt que des Temples. Mais l’Auteur n'accufe de ces défordres que les Monaf-
tères du commun, où les Religieux aiment beaucoup à boire.
Deux Cou. S10R, Capitale du Royaume, contient deux Monaftères de femmes, dans
vens de Reli- l'un defquels on ne reçoit que de jeunes filles de qualité. L'autre en admet
gieufes. d'un rang inférieur. Elles font toutes rafées, & leurs devoirs ne font pas dif-
férens de ceux des hommes. Mais elles font entretenues aux dépens du Roi &
des Grands. Deux ou trois ans avant le départ des Hollandois, elles obtinrent
. du Roi la permifiion de fe marier (e).
(4) Les uns reffemblent aux Tautfés Chi- Ho-changs, qui fe marient,
nois, qui ne fe marient point, les autres aux (e) Hamel, pag. 590.
Autorité du Roi £ Gouvernement de la Corée.
Dépendance E Royaume eft tributaire des Tartares Orientaux, qui en firent la con-
da quête avant celle de la Chine. Ils y envoyent trois fois chaque année
un Ambaffadeur, pour recevoir le tribut, [ qui fe paye en racine de Ni-fi.] Ag
Sontribut l’arrivée de ce Miniftre, le Roï fort de fa Capitale avec toute fa Cour pour le
Eft payé trois recevoir, & le conduit jufqu’à fon logement. Les honneurs qu’on lui rend de
FA toutes parts paroillent l'emporter fur ceux qu'on rend au Roi même. Il eft
précedé par des muficiens, des danfeurs & des voltigeurs, qui s'efforcent de
l'amufer. Pendant tout le tems qu’il pafle à la Cour, toutes les rues, depuis
fon logement jufqu’au Palais, font bordées de Soldats, à dix ou douze pieds
de diftance. On nomme deux ou trois perfonnes, dont l’unique emploi eft
de recevoir des notes écrites qu'on leur jette par la fenêtre de l’Ambaffadeur,
& de les porter au Roi, qui veut fçavoir à chaque moment de quoi ce Minif-
tre
tre €
faire d
M2
un trik
cun d’
le rev
Jui qui
uns en
LE
Il s’af
& ne f
premi
tre-vin
tous le
haut.
les trois
piéce d
écharpe
dé par
& des
La gard
Capital
profon
che, al
pañe di
le dos,
Devant
avec ui
lui pré
qu'onn
murs |:
Le Ro
donne :
fenêtre
dont li
ter dan
les fept
(a)?
(b).
ficiers fubal-fée
la tête & Ja
de commer-
s à recevoir
Monaîtire.
n d'une mar-
feflion pour
is en géné-
On y élé-
S'ils confen-
» & le pro-
ent libres à
r lui comme
t de chair,
mais qui ne
ar tradition,
ie la confu-
eprife pour
es pour s’y
nent, par-
, & que la
ifance plû-
les Monaf-
imes, dans
e en admet
ont pas dif-
s du Roi &
s obtinrent
nt la con-
aque année
EN.f.] Atér
bur pour le
ui rend de
e. Ileft
forcent de
es, depuis
buze pieds
mploi eft
baffadeur ,
ce Minif-
tre
DE LA CHINE, Liv. Il. Cnar. Il. 439
tre eft occupé. Il étudie tous les moyens de lui plaire , pour l’engager à
faire des récits favorables au grand Khan de la Chine. |
Mars quoique leRoi de Corée reconnoifle fa dépendance de l'Empereur par
un tribut, fon pouvoir n’en eft pas moins abfolu fur fes propres Sujets. Au-
cun d'eux, fans excepter les Grands, n’a la propriété defes terres. Ils en tirent
le revenu fous le bon plaifir du Roi & pour le tems qu'il lui plaît, comme ce-
Jui quileur revient de la multitude extraordinaire de leurs Efclaves. Quelques-
uns en ont deux ou trois cens.
Le Confeil du Roi eft compofé des principaux Officiers de mer & de terre.
Il s’affemble chaque jour. Chacun doit attendre qu'on lui demande fon avis,
& ne fe mèler d'aucune affaire fans être appellé. Ces Confeillers tiennent le
premier rang autour du Roi, & confervent leurs emplois jufqu’à l'âge de qua-
tre-vingt ans lorfqu’ils ont une bonne conduite. L’ufage eit le même pour
tous les oflices inférieurs de la Cour. On ne les quitte que pour monter plus
haut. Les Gouverneurs des Places & les Officiers fubalternes changent tous
lestrois ans. Muisil yen a peu qui fervent jufqu’à la fin de leur terme, parce
que fur l’accufation des furveillans que le Roi entretient de toutes parts, la plû-
part font caffés pour quelque faute dans l’adminiftration (4).
Lorsque le Roi fort du Palais, il eft accompagné de toute la Nobleffe
de fa Cour. Chacun porte les marques de fon rang, qui confiftent dans une
piéce de broderie par devant & par derrière, une robe de foie noire & une
écharpe fort large. D’autres ferment le cortége (2) en bon ordre. Ileft préce-
dé par divers Officiers à pied & à cheval, dont les uns portent des Enfeignes
& des Banières, tandis que d’autres jouent de divers Inftrumens guerriers.
La garde du corps, qui vient enfüite, eft compofée des principaux Bourgeois dela
Capitale. Le Roi eft au centre, porté fous un daisfortriche. Chacun gardeun
profond filence, & la plûpart des Soldats portent un petit bâton dans leur bou-
che, afin qu'on ne puïfle les accufer d’avoir fait le moindre bruit. Si le Roi
pañle devant quelqu'un, foit Officiers ou Soldats, ils font obligés de tourner
le dos, fans ofer jetter für lui le moindre regard & fans ofer même toufler.
Devant lui marche un Sécretaire d'Etat ou quelqu’autre Officier de diftinétion,
avec une petite boëte, dans laquelle il met les plicets & les mémoires qu’on
lui préfente au bout d’une canne, ou qu'il voit fufpendus aux murs; de forte
qu'on ne voit jamais de quelle main ils lui viennent. Ceux qui pendent aux
murs lui font apportés par des Sergens, qui n’ont pas d’autres fonétions.
Le Roi fe fait préfenter toutes ces fuppliques à fon retour, & les ordres qu’il
donne à cette occafon font éxécutés fur le champ. Toutes les portes & les
fenêtres font fermées , dans les rues par lefquelles il fait fa marche. Perfonne
n'auroit la hardieffe de les entr’ouvrir; bien moins celle de regarder par-def-
fus les murs ou les paliflades (c).
Le Roi dé Corée entretient dans fa Capitale un grand nombre de Soldats,
dont l'unique occupation eft de veiller à la garde de fa Perfoune & de l’efcor-
ter dans fes marches. Les Provinces font obligées d'envoyer une fois tous
les fept ans, à leur tour, tous leurs Habitans de condition libre, pour le gar-
der
ferme le cortéze. R. d. E.
(a) Relation de Hamel, 588. & fuiv.
(c) Le mème, pag. 595.
(b) Angl. Un grand nombre de Soldats
Descrirrion
DE LA
CoRÉ &,
Autorité du
Roi fur fes Su-
jets.
Confeil Ro-
yal.
Pompe du
Roi dans fes
marches,
Comment
on lui préfen-
te des placets,
Garde du
Roi de Corée,
\
440 VOYAGES DANS L'EMPIRE
|
|
| Drscuwrrox der l'efpace de deux mois. Chaque Province a fon Général, & fous lui qua-
|
bE LA tre ou cinq Colonels, dont chacun a fous foi le même nombre de Capitaines.
CORÉr. Chaque Capitaine eft Gouverneur d’une Ville ou de quelque Fort. Il n'y a
| pas de Village qui ne foit commandé du moins par un Caporal, qui a. fous lui
| une forte de Décemvirs, ou d'Officiers dont le commandement s’étend fur
| dix hommes. Ces Caporaux doivent préfenter une fois l'an, à leur Capitai-
| ne, la lifte du Peuple qu’ils ont fous leur jurifdiétion.
| Armes des La Cavalerie Coréfienne porte des cuirafles & des cafques, des arcs & des
| TT féches , des fabres, & des fouets armés de pointes de fer. Les armes de l’In-
| i fanterie font le corfelet & le cafque, l’épée & le moufquet , ou la demi-pi-
| ue. Les Officiers n'ont que l’arc & les fléches. On oblige les Soldats de
: e pourvoir , à leurs propres frais, de cinquante charges de poudre & de bal-
Religieux les. Chaque Ville fournit auffi, à fon tour, un nombre de Religieux, pour
Soldats, + garder & entretenir à leurs dépens les Forts & les Châteaux qui font fitués
dans les défilés ou fur les revers des montagnes. Ces Religieux Soldats paf-
fent pour les meilleures Troupes de la Corée. Ils obéiflent à des Chefs tirés
de leurs Corps, qui leur font obferver la même difcipline que celle des autres
Troupes. Ainfi le Roi connoît fes Forces jufqu’au dernier homme. On eft
difpenfé du fervice à l’âge de foixante ans, & les enfans prennent alors la pla-
| ce de leur père. Le nombre des Habitans libres qui ne font point au fervi-
Li ce du Roi & qui n’y ont jamais été, joint à celui des Efclaves, forme environ
la moitié de la Nation.
,. Marine de LA Corée (4) étant environnée prefqu’entièrement par la Mer, chaque Ville
la Corée, du Royaume eft obligée d'équiper & d'entretenir un Vaïfleau. Tous les Bâti-
mens Coréfiens ont deux mâts & trente ou quarante rames, dont chacune eft
fervie par cinq ou fix hommes. Ainfi chaque Vaifleau n’a pas moins de trois
cens hommes, tant pour la manœuvre que pour le combat. On y voit quel-
à ques petites piéces de canon & quantité de feux artificiels. Chaque Province
a fon Amiral, qui fait la revûe des Vaifleaux une fois l’année, & qui en rend
compte au grand Amiral. Quelquefois le grand Amiral eft préfent lui-même
à ces revûes. Les Âmiraux particuliers & leurs Officiers fubalternes, quiman-
quent à leur devoir, font punis de mort ou par le banniffement. On a vû,
dans le Journal de Hamel, qu’en 1666 un Gouverneur qui commandoit dix-
fept Vaifleaux fut traité avec cette rigueur.
Revenus du LEs revenus du Roi, pour l'entretien de fa maifon & de fes forces, con-
Roi, fiftent dans les droits qui fe levent fur toutes les productions du Pays & fur
les marchandifes qu’on y apporte par mer. On trouve, dans toutes les Villes
& dans tous les Villages , des magafins pour la dixme , que les Fermiers Royaux,
gens néanmoins de l’ordre commun , recueilient au tems de Ja moiflon, avant
que les biens de la terre foient fortis du champ. Les Officiers publics font
payés de leurs appointemens fur les produétions des lieux de leur réfidence.
: Ce qui fe leve dans les Provinces eft afigné pour le payement des forces de
mer & de terre. Outre cette dixme, tous ceux qui ne font point enrollés dans
la milice doivent employer trois jours de l’année, au travail que leur Pays us
impofe.
| (d) En parlant de Ja Corée, les Chinois écrit ci-deflus, Xudon ou Koron; mots qui fi-
ajoutent que à Kaulis & les Mancheous ajou- gnitient Royaume,
tent à Solgon, plûtôc qu’à Sedbo, comme il eft
impo
vêtir,
tie de
tres d
La
toute
fes bie
Rien
objeéti
témoit
L'A
broder
Prince
blure d
plaifir
fin, se
peine à
que fa
laquelle
d'une €
de fer
étoit G
crire a
poufer
fon féxd
appelle
lui avoi
de cettr
pable.
IL «1
enfeveli
l'on pla
dre de |:
foit exp
pour un
la déper
ble, ell
fent la:
ou qui €
UNI
tère ou
femme :
Maître.
mais un
texte.
le Crim:
vre pou
eft bien
VIIT.
DE LA CHINE, Lrv. I. Crar. IL 4dt
(ous lui qua- impofe. Chaque Soldat, fantaflin ou cavalier, reçoit tous les ans, pour fe Drecurres
Capitaines. D vétir, crois piéces d’étoffe de la valeur de dix-huit fchellings. C'eft une par. n# ra
t. Il n'ya D tie de leur paye dans la Capitais. On ne connoît pas, duns la Corée, d'au- Couée.
ui a-fous lui D tres droits ni d’autres taxes.
s'étend fur La Juftice s'y éxécute fort févêrement. Un rébelle cft exterminé avec | Fxérutions
eur Capitai- D toutefarace. Sa maifon cit démolie, fans que perfonne ôfe larebätir. Tous ‘” Russes
| fes biens font confifqués, & quelquefois abandonnés à quelque Sujet fidéle.
s arcs & des À Rien ne peut fauver d’un chitiment rigoureux celui qui forme la moinire
rmes de l'In- D objeétion contre fa fentence. C'eft de quoi les Hoilandois furent fouvent
Ja demi-pi- Æ témoins.
s Soldats de Æ L'AuTEuRr fe rappelle que le Roi ayant prié la femme de fon frère de lui Trazique
re & de bal- D broder une robe, parce qu’elle exceiloit dans les ouvrages à l'aiguille, cette HR
gieux, pour D Princefle, qui lui portoit une haine mortelle, coufit entre l'étofte & la dou- & Jun Gone
, , , & d'un Guu
L font fitués M blure quelque charme d'une 1 puiffante nature, qu'il ne put gouter aucun verneur.
Soldats paf- plaifir ni jouir du moindre repos aufli long-tems qu'il porta fa robe. A la
s Chefs tirés fin, s'étant défié de la vérité, il fit découdre lo vrage, où l’on n’eut pas de
le des autres peine à trouver la caufe du mal. Son reffentunent fut fi vif, qu’il ordonna
me. On eft que fa fœur fût enfermée dans une chambre pavée de cuivre, au-deflous de
alors la pla- laquelle on avoit allumé un grand feu. Elle y mourut, dans les tourmens
int au fervi- d'une excelfive chaleur. La nouvelle de cette fentence n'ayant pû manquer
[me environ de fe répandre dans les Provinces, un proche parent de la Princefle , qui
étoit Gouverneur d'une Ville & fort eftimé à la Cour, eut la hardieffe d'é-
crire au Roi, pour lui repréfenter qu’une femme qui avoit eu l'honneur d’é-
poufer le frère de Sa Majefté devoit être traitée moins cruellement, & que
fon féxe méritoit plus de faveur. Le Roi, offenfé de cette indifcrétion, ft
doit ave. appeller fur le champ l'auteur de la Lettre, & lui fit couper la tête après
y que lui avoir fait donner vingt coups fur les os des jambes. Mais les crimes
ue Province de cette nature font perfonnels & n'enveloppent point la famille du cou-
quienrend able
t lui-même
ès, quiman-
On a vû,
andoit dix-
chaque Ville
ous les Bâti-
chacune eft
ins de trois
Iz en eft de même de plufeurs autres. Une femme qui tue fon mari eft Chitimens
enfevelie toute vive, jufqu'aux épaules, au milieu d'un grand chemin, & de divers cri-
, \ , . . . , Ines,
l'on place près d'elle une hache, dont tous les paflans qui ne font pas de l'or-
dre de la Nobleffe, doivent lui donner un coup fur la tête jufqu'a ce qu'elle
foit expirée. Les Juges de la Ville où le crime s’eft commis, font interdits
pour un tems. La Ville même eft privée de fon Gouverneur & tombe dans
la dépendance d’une autre Ville; ou, ce qui peut lui arriver de plus favora-
s Royaux, ble, elle demeure fous le commandement d’un Particulier. Les loix impo-
on, avan£ fent la même punition aux Villes qui fe mutinent contre leur Gouverneur ,
ublics font ou qui envoyent contr eux à la Cour des plaintes mal fondées. =
réfidence. Ux homme a le pouvoir de tuer fa femme lorfqu'il la furprend en adul- . ten
a Éoréer de tère où dans quelque défordre odieux, pourvû qu'il prouve le fait. Sila ‘P |
rollés dans femme eft efclave, le mari en eft quitte pour payer trois fois fa valeur au
Pays leur Maitre. Les Efclaves qui tuent leur Maître font livrés à de cruels fupplices ;
impofe. mais un Maître eft en droit d'ôter la vie à fon Efclave, fous le plus léger pré-
texte, La punition du meurtre eft fingulière. Après avoir long-tems foulé
mots qui fi- le Criminel aux pieds, on prend du vinaigre, dans lequel on a lavé le cada-
vre pourri du Mort; on lui en fait avaller avec un entonnoir, & lorfqu'il en
eft bien rempli, on lui frappe fur le ventre à coups de bâton, jufqu'a ce qu'il
PIIL. Part. Kkk expire,
Orces, Con-
Pays & fur
es les Villes
DESCRIPTION
DE LA
CoRÉE
Vol,
. Expoñition
des adultères.
. Choix fingu-
cr d'un
Bourreau.
Comment
les dettes fe
payent,
Bañtonade
furles os des
jambes.
Baitonade
fous la plante
des pieds.
Baftonide
fur les feffes,
VOYAGES DANS L'EMPIRE
expire. Le fupplice des voleurs eft de les fouler aux pieds jufqu'à la moic.
Un châtiment fi terrible n'empeche pas que les Coréfiens ne foient fort fujets
au larcin.
Un homme libre, qu'on furprend au lit avec une femme mariée, eft en-
levé nud, fans autre habillement qu'une petite paire de caleçons. On lui
barbouille le vifage de chaux; on lui perce chaque oreille d'une flgche; on
Jui attache fur le dos une fonnette (e), qu'on fait retencir dans tous les car-
refours où il eft expofé ; & cette punition finit ordinairement par quarante ou
cinquante coups de bâton qu'il reçoit fur les fefles, On accorde un caleçon
aux femmes, lorfqu’elles font condamnées au même fupplice.
Lrs Coréfiens font naturellement paflionnés pour les femmes, & d'une hu-
meur fi jaloufe, qu'un mari accorde rarement à fes meilleurs amis la liberté
de voir la fienne. La loi condamne à mort un homme marié qui eft furpris
avec la femme d'un autre, fur-tout entre les perfonnes de diftinction. C'eft
le père même du Criminel, s’il eft vivant, ou le plus proche de fes parens qui
doit être fon Exécuteur. On lui laiffe le choix du genre de mort; mais ordi-
nairement les hommes demandent d'être percés au travers du dos, & les fem-
mes d'être égorgées.
Ceux qui ne payent pas le Roi ou leurs créanciers , au terme dont ils font
convenus, reçoivent deux ou trois fois, par mois, des coups fur les os des
jambes, jufqu’a ce qu’ils ayent trouvé le moyen d’acquitter leurs dettes. S'ils
meurent fans avoir rempli ce devoir, leurs plus proches parens doivent payer
our eux, ou fubir le même châtiment. Ainfi perfonne n'’eft expofé à per-
dre ce qui lui eft dû. La plus légère punition, dans la Corée, eft la bafto-
nade fur les feffes ou fur le gras des jambes. Elle n’eft pas même regardée
comme une tache, parce qu’elle y eft fort commune, & qu’une parole pro-
noncée mal-à-propos fañit quelquefois pour la mériter. Les Gouverneurs in-
férieurs & les Juges fubordonnés ne peuvent condamner perfonne à mort fans
en informer le Gouverneur de la Province, ni faire le procès aux prifonniers
d'Etat fans la participation de la Cour.
La manière dont la baftonade fe donne fur les os des jambes , eft auñi étran-
ge que le fupplice même. On lie les pieds du Criminel fur un petit banc,
large de quatre doigts. On lui metun autre banc fous les jarrets, qu’on y atta-
che aufñi ferme qu’il eft poiible. Dans cette pofture on lui frappe les os avec
une latte de bois d’Aune ou de Chêne, de la longueur du bras,un peu ronde
d'un côté & plate de l'autre, large de deux doigts & de l’épaiffeur d'un écu.
On ne doit pas donner à la fois plus de trente coups. Mais, deux ou trois
heures après, on répete l'éxécution, jufqu'au nombre porté par la fentence.
LorsQU’un Criminel elt condamné à recevoir la baftonade fous la plante
des pieds, on le fait afeoir à terre, on lui lie les pieds enfemble par les gros
orteils, on les place fur le bout d’une piéce de bois, dont le refte lui pafle
entre les jambes, & dans cet état on frape fur les plantes avec un bâton de
la groffeur du bras, & long de deux ou trois pieds. On donne autant de
coups que le Juge l'a ordonné. Pour la baftonade fur les fefles, on dépouille
le coupable de fes habits, on le fait étendre à terre, la face en bas; on le lie
au
(a) Angl, un petit tambour, R, dE,
feur d
Dans
fion f
y E
d'
de T'art
de Jaik
Ru!lent
ne & |:
tuation
de, &
Il conti
dire tro
grés de
plus gra
cens tre
Mac
qu'elle a
rent ent
lorfqu’el
Hordes
ties, fut
efpace d
dant à l'
reculère
luths ou
(a) An
foixunte-ut
(b) An
'àa la moii.
fort fujets
ée, eft en-
rs. On lui
fiche ; on
ous les car-
quarante ou
un calcçon
& d'une hu-
is la liberté
i eft furpris
tion. C'eft
parens qui
, mais ordi-
& les fem-
jont ils font
r les os des
dettes. S'ils
ivent payer
pofé à per-
ft la bafto-
1e regardée
parole pro-
rerneurs in-
à mort fans
prifonniers
aufi étran-
peiit banc,
u'on y atta-
les os avec
peu ronde
d'un écu.
UX ou trois
fentence.
s la plante
par les gros
e Jui pañle
bâton de
autant de
gépouille
; on le lie
au
DE LA CHINE, Liv. II Cnar. IL 443
au banc; & l'on frappe fur lui, dans cette fituation, avec unclatte plus longue
& plus large que la précédente. Les femmes prennent uncaleçon. Cent coups
font équivalens à la mort; & cinquante méme ont quelquefois produit le mc-
me effet,
La baftonade fur 12 gras des jambes fe donne avec des baguettes de la grof-
feur du pouce. C'eft le châtiment commun des femmes & des apprentis.
Dans ces éxécutions, le”criminel jette des cris fi lamentables que la‘ compaf-
fion fait participer les fpeétateurs au fusplice (f).
(f) Relation de Hamel, pag 598, & fuiv. |
RES og ASE HE MD Déc APE De RE 2 0 fe 26 Be ic ES CARE : 282 CAE NERO x AR
CHAPITRE III.
Defcription de la Tartarie Jujette à la Chine.
INTRODUCTION.
ÿ E Pays qui porte en général le nom de Tartarie, ou plûütôt de Tatarie, eft
d'une vafte étendue., Ses bornes à l'Eft font l'Océan Oriental, ou la Mer
de Tartarie, A l'Oueft il eft bordé par la Mer Cafpienne, & par les Rivières
de Jaik & de Tobol, qui le féparent de la Ruffie; au Nord, par la Siberie
Ru‘fenne; au Sud, par le Royaume de Karazin, les deux Eukkaries, la Chi-
ne & la Corée. Il prend ainfi la moitié de l’Afie, de l'Ouelt à l'Eft, fa fi-
tuation étant entre foixante-cinq & cent foixante-fix degrés (4) de longitu-
de, & entre le trente-fepticme & le cinquante-cinquième degré de latitude,
Il contient, par conféquent , quatre-vingt-fix degrés de longitude, c’eft-à-
dire trois mille fix cens milles de longueur, de l’Oueft à l'Eft, & dix-huit de-
grés de latitude, qui font, du Nord au Sud, neuf cens foigante milles dans fa
plus grande largeur ; quoique dans d’autres endroits il n’en ait pas plus de trois
cens trente.
Macé cette vafte étendue, la Tartarie n’approche pas de la grandeur
qu'elle avoit fo#s l'Empire de Ÿenghiz-khan & de fes fucceffeurs, quila réduifi-
rent entifrement fou: leur domination, avec toute l’Afie Méridionale. Mais
lorfqu’elle fut démembrée par les divifions qui s’élevèrent engre les Chefs des
Hordes ou des Tribus, toutes les Puiffances voifines en ufurpèrent quelques par-
ties, fur-rout les RuMiens, qui conquirent du côté de l'Oueft prefque tout cet
efpace dont l'Empire de Kapchak ou de Kipjak étoit compofé, & qui, s’éten-
dant à l'Oueft du Don, formoit prefqu'un quart du Monde (b). Au Nord, ils
reculérent fort loin les bornes de la Sibérie , en fe faififfanc du Pays des E-
luths ou des Kalmuks (c), & de celui des Kalkas, particulièrement a. les
ources
R. d. E. |
(ce) D'autres écrivent & prononcent Cai-
mouks, KR, d. T,
(a) Angl. entre foixante-quinze, & cent
foixunte-un degrés, IR. d. IE.
(b) Angl, un quurt de toute la Tartarie,
Kkk 2
DiscrieTIoN
DL LA
COLE,
Baftonae
fur le gras des
jambes.
INTRODUC
TION.
Bornes dela
Tartarie &
fon étendue,
Ancienne:
ment beau.
coup plus
grande.
TION,
Etat préfent
dela Tartaric,
Obfervation
fur fes deux
principaux
Peuples,
Voyageurs
anciens & mo-
dernes qui ont
péuetré dans
la Tartarie,
MiMonaires
Jéfuites &
'eur Carte.
444 VOYAGES DANS L'EMPIRE
sixrnonuc. fources de la Rivière d'Jrtiche, où ils ont refferré ces Peuples dans des bor-
nes plus étroites du Nord au Sud. |
D'une fi grande Région, plus de la moitié appartient aujourd'hui à l'Em-
pire de la Chine, en tirant à l'ER vers la fameufe montagne d’Altay d’où la
grande Rivière d’Zrtiche tire fa fource, dans un efpace d'environ cent dix de-
grés de longitude. Quelques Milfionaires qui en ont compofé la Carte, lui
donnent.le nom de Turtarie Orientale. Mais, füuivant la plüpart des Hifto-
riens, Ce nom n'appartient qu'à cette partie qui contient le Pays des Man-
cheous. Le Père Verbieft a nommé fa première courfe, f’oyage dans la Tar-
tarie Orientale; & la feconde, F'oyage duns la Tartarie Occidentale, quoique celle-
ci ne s'étende point au de-là du Pays des Mongols, qui eft fitué, fuivant cet-
te divifion, à l'Oueft des Manchcous.
IL faut obferver ici que toute la grande Tartarie eft occupée par deux for-
tes de Peuples, dont ies branches ont formé plufieurs Nations ou plufieurs Tri-
bus, aufi différentes par leurs ufages & leurs mœurs que par leur langage. La
première eft celle qu'on connoït aujourd'hui fous le nom de Mancheous , ou de
Tartares Orientaux, comme on connoït leur Pays fous le nom de ‘l'artarie O-
rientale. 29. Les Mongols, où Mogols, nommés communément ‘T'artares
Occidentaux, dont le Pays, qui fe nomme Tartarie Occidentale, s'étend juf-
qu’à la Mer Cafpienne. Chacun de ces deux Peuples eft divifé en plufieurs
autres Nations, fur-tout les Mongols, qui font fans comparaifon les plus nom-
breux. Pendant plufieurs fiécles ils n'ont été connus de nous que fous le nom
de ‘Turcs; & les Ecrivains du Levant les ont diftingués fous le nom de Turcs
Orientaux. & Occidentaux. Au treizième fiécle, étant conduits par Jenghiz-
khan, ils fe rendirent célébres fous les noms de Mongols & de Tartares, qui
croient ceux de leurs principales Fordes.
LE Paysdes Mongols, après avoir été "pendant plufieurs fiécles, le fiége de
leur Empire, fut pendant quelque-tems très-fréquenté par les Voyageurs &
les Marchands étrangers. Outre Marco Paolo, qui y fut conduit par des vûes
de commerce, le Pape envoya, par un motif de religion, aux fucceffeurs de
Jenghiz-khan, plufieurs Prètres Européens, tels que Rubruquis, Carpin & di-
vers autres. Les Journaux de ces Milionaires ont été publiés. Hs contiennent
des Relations aflez fupportables, du Pays & de fes Habitans dans le même
fiécle. Maïs, dans la fuite, ce granl Empire étant tombé en ruine, &
plus grande partie du Pays n'étant plus qu'un défert continuel, fans Villes &
fans habitations, on ne connoît pas d'Européens qui l'ayent vifité depuis ce
changement ; & les Rufñiens ne l'ont pas fouvent traverfé pour fe rendre à la Chi-
ne, Toute la connoiflance que nous en avons nous vient des Pères Verbielt,
‘Thomas & Gerbillon, tfois Jéfuites, dont le dernier l'avoit traverfé plufieurs
fois; & des Pères Regis, Ÿartoux, Fridelli & Bonjour, quatre autres Miffio-
naires, qui en compofèrent la Carte en 1709, 1710 & 1711. On y peut
joindre les notes d'un Ecrivain curieux fur l'Hiftoire de Fenghiz-khan, com-
pofée par Abulehafi-khan (d), Roi de Karazm, & traduite de l'Allemand
en François. Ces remarques ont été recueillies par l'Editeur , nommé Ben-
tink (e), du récit de diverfes perfonnes, fur-tout de plufieurs Suédois qui
avoicnt
(4) En fancue Turque, une courte Relation de la petite Dukkarie,
(e) Le mème a puoiié auf en François
4
avoie
matio
Le Ti
proprd
fecon
LE
dans l:
donne
Europ
nent,
Depui
à la CI
ont d
tions
le Pay
fervat:
A |
neuve
la pret
ment ©
de ces
Ni-ul-b
à la CI
fans d
qu'ils c
U
Kalkas
celle d
de Pa)
que fui
la Chi
Ja ‘l'ar
juge p
de. ÎI
nombr
ne les
pu. fqu
J'artar
Cccid
détern
L E :
ceux €
aux V
s des bor-
aui à l'Em-
tay d'où la
ent dix de-
Carte, lui
des Hifto-
s des Man-
lans la Tar-
oique celle-
fuivant cet-
r deux for-
ufeurs T'ri-
angage. La
eous , ou de
J'artarie O-
nt ‘l'artares
s'étend juf-
en plufieurs
:s plus nom-
fous le nom
im de Turcs
jar Jenghiz-
artares, qui
, le fiége de
oyageurs &
ar des vûes
cceffeurs de
arpin & di-
‘ontiennent
1s le même
uine, & la
ns Villes &
depuis ce
dre à la Chi-
s Verbielt,
fé plufeurs
tres Miffio-
On y peut
ban, COM-
l'Allemand
bmmé Ben-
Suédois qui
avoient
Dukkarie,
DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. I 445
avoient fait le voyaÿce de ‘l'artaric, ou qui avoient reçu de curieufes infor-
mations des Habitans. Il les a placées, fuivant l'occalion, au bas des pages.
Le ‘Traduéteur Anglois s'eft fait une autre méthode. 11 les a mélées avec fes’
propres Obfervations, & les rejettant à la fin de l'Ouvrage, il en a formé un
fecond Voiume.
Les anciens Voyageurs, dont on vient de parler, n'ayant pas pénetré
dans la ‘T'artarie Orientale, qui faifoit alors peu de figure dans le monde, nous
donnent peu de lumières fur le Pays & les Habitans. Verbielt eft le premier
Européen, de notre connoiflance, qui foit entré dans cette partie du Conti-
nent, lorfqu'il accompagnoit en 1683 l'Empereur Kang-hi dans fon voyage.
Depuis ce tems-là, les Ruffiens, en allant de Ni-po-cheu, où de Ner-chins-koy,
à la Chine, ont traverfé quelques Cantons de la ‘l'artarie, fur lefquels ils nous
ont donné un peu plus d'éclaircifflement. Mais les plus amples explica-
tions nous viennent des Millionaires Géographes, qui, ayant traverfé tout
le Pays, nous ont tranfimis, avec leur Carte , les mémoires de leurs ob-
fervations.
A l'égard de leur Carte, ils nous apprennent , non-feulement qu’elle eft
neuve, pour les parties nfémes les plus voifines de la Chine, mais que c'eft
Ja première qui ait jamais paru, foit à la Chine, foit en Europe. Apparem-
ment que les Géographes Chinois n'avoient jamais donné aucune defcription
de ces valtes Contrées, qu’ils comprennent fous les noms de Nyu-che & de
Niul-han, quoiqu'elles foient habitées par une Nation qui a donné des loix
à la Chine, dès le treizième fiécle, fous le nom de Xin-chau. Elles étoient
fans doute inconnues aux Grands & aux Lettrés de Peking. Tel eft le mépris
qu'ils ont pour les Etrangers (f).
Juorqu'iz en foit, nos Lecteurs ne doivent pas ignorer que le Pays des
Kalkas & les autres Contrées à l’Oueft de la rivière de Tula, & au Nord de
celle d'Onon, n'ont pas été mefurés par les Mifionaires Jéfuites (g). Le lac
de Paykal où de Baykal, la rivière d'Irtiche & les Pays voifins n'ont été tracés
que fur les récits des Mongols ( b). Enfin rien ne l'a été fi parfaitement que
Ja Chine; car il paroît que les Miflionaires n'ont fait que deux voyages dans
Ja ‘Tartarie Orientale, & un feulement dans l'Occidentale , du moinsfi l’on en
juge par l'ordre qu'ils ont gardé dans leurs Tables de latitude & de longitu-
de. D'ailleurs leurs obfervations fur les latitudes ne font pas en auñi grand
nombre que celles qui regardent la Chine. Pour leurs Tables de longitude, il
ne les faut regarder que comme des réfultats de leurs mefures géométriques ,
pufquéils n'ont pas fait d'obfervations fur ce point dans leurs voyages de
artaric; d'où l'on peut conclure que ni la Côte Orientale, ni les ‘bornes
Cccidentales de la ‘lartarie jufqu’au Mont Altay ne font point encore aflez
déterminées.
Les Milionaires, refpettant les noms propres, ont crû devoir conferver
ceux qui font en ufage dans chaque Pays. Ils donnent des noms Mancheous
aux Villes de cette Nation, & des noms Mongols à celles des Mongols. Lorf-
qu'ils
(f) Da Halde, Vol, IV. pag. 2.
(g) Jbidein,.
œ )
Se /
b)
d'après les Cartes de Strablenberg, de Kytil-
ee : low & d’autres.
On les trouvera ici un peu refifiées é
LL
K kk 3
° Q
INTRODUC
TION.
Ce qu'on
doit aux
Voyageurs
modernes
Mérite de
leur Carte.
Ce qui lui
manque enco-
re. °.
Méthode des
Miffiouaires
pour les noms
propres.
[NTRAODUC-
TION.
Celle qu'on
fuit ici pour
les noms des
Auteurs,
TARTARIE
DES
MaANcHgpUs.
KR£ceis.
Chin-yang,
ou Mugden,
Erreur fur fa
Atuation,
446 VOYAGES DANS L'EMPIREFE
u’ils commencèrent leur Carte, l'Empereur ordonna que les noms Tartares
Aaflenc écrits en Tartare, & les noms Chinois en caraëtéres de la Chine, par.
ee que les noms ‘l'artares ne peuvent s'écrire en Chinois (4). Comme les
“l'artares ont deux langues, le Mancheou &le Mongol, les Miflionaires ont mis,
en caractère Européen, trois fortes de noms dans leur Carte: 1°. Les noms
Chinois des Villes que cette Nation poflédoit anciennement au de-là de la
grande Muraille, dans la Province de Lyau-tong ou de Quang-tong, qui
n'ont fouffert pour la plûpart aucune altération; 2°, Les noms Mancheous,
pour les anciennes Places du Pavs des Mancheous , qui font Youmiès com-
me les autres Provinces de la Chine, aux Gouverneurs envoyés par la Cour
Impériale; 30. Les noms Mongols, pour dillinguer les différens territoires de
plufieurs Princes Mongols, qui, malgré leur grande étendue, n'ont ni Vil-
les, ni lortereffes, ni Ponts, & font privés en quelque forte de toutes les
commodités de la vie fociale (&k).
Du Halde donne à la Relation de ce Pays le nom d'Ob/ervations Géosra-
phiques Jur la Tartarie, tirées des Mémoires des AifJionaires qui ont cempefé la Carte.
Mais comme il n'a pas diftingué les remarques particulières de chaque Auteur,
& qu'il feroit embaraflant de placer tous leurs noms à la cète de chaque pa-
ge, on ne trouvera ici que celui de Regis, qui paroît avoir eu la principale
part aux mcfures Géographiques.
(i) Non plus que les noms Européens. (k) Du Halde, ivid, pag, 2.
A À
Pays des Tartares Mancheous, nommé communénent
la Tarturie Orientul!e.
ETTE Contrée elt divifée en trois grands Gouvernemens ; Ch'a-vans
ou Muslens Kirin-ula & Tjit-fivur, donc les bornes & l'étendue font mar-
quées dans la Carte.
Gouvernerent de Chin-yang.
E Gouvernement, que les Mancheous appellent Mugden, comprend tout
l'ancien Lyau-tong (a). Ia, pour voruss, au Sud, lhgrande Muraille dela
Chine, A l'Eft, au Nord & à l'Ouctt, il n'elt fermé que par une paliffgde de
bois, haute de fept ou huit pieds, & plus propre à marquer fes limites ou à
contenir les brigands ordinaires, qu'a defendre lc pañlage contre une armée.
Les portes n’onc pas plus de force, & ne font gardées que par un petit nom-
bre de Soldats. Le nom de muraille, que ies (reographes Chinois ont don-
né à cette paliflade, a fait placer mal-à-propos dans quelques Cartes (b) la
Province de Lyau-tong en de-ça de la grande Muraille. Comme les Habitans
de cette Province ne peuvent quitter leur Pays ni entrer dans la Chine fans la
permillion
fa Nommé auf Quang -tong. Ce Gou geur.
vernement a de donguctr environ deux cens (h) Celles de Martini, deSamfon, de De-
foixunte-dix milles, & cent vingt-cinq de lur- Fer & autres, jufqu'à Delifle,
L2
RL > pe OR ed
permii
il cont
les fous
LA
regard
maitres
blics &
Souver
bunaux
font ec
Lyau-t
ment fu
tare, q
ble de
tité de
mains.
AP
beaux d
pereur (
{ont bat
gulier >.
quoiqu 1
ae tous
des tem
étoient d
LE ‘7
naire d’
quoique
pire fur
peu d'att
qu'un m:
cheu, foi
coton et
La
merce el
réc. Q
belles m:
de coton
rent (d)
les Palai
un Man
darins,
Fong-wh
maginat
{e) A
(4) Ar
parent. KR
ms Tartarces
Chine, par-
Comme les
res Ont mis,
, Les noms
de-là de la
-tOng , qui
Mancheous,
iniès com-
par la Cour
rritoires de
‘ont ni Vil-
e toutes les
ions Géozra-
pofé la Carte.
jue Auteur,
chaque pa-
à principale
C hia-yang
1e 101it mar-
prend tout
uraille de la
aliffgde de
1ites où à
ine armée.
petit nom-
s ont don-
es (b) la
6 Habitans
ine fans la
permiflion
fon, de De-
LA CHINE, Liv. IL Cuar. NL 447
D É
permilion des Mandarins, ce Gouvernement paliè pour un des plus lucratifs,
ll contenoit autrefois plufeurs Places fortifiées; mais étant devenues inuti-
les fous l:s Empereurs Manchcous, elles font tombées prefqu'en ruines.
La Capitale du Pays fe nomme Chin-yang où Mugden. Les Mancheous la
regardent comme la Capitale particulière de leur Nation. Depuis qu'ils font
maitres de la Chine, non-feulement ils l'ont ornée de plufieurs édifices pu-
blics & remplie de magafins , mais ils y ont ctabli les mêmes Tribunaux
Souverains qu'a Peking, à l'exception de celui qui fe nomme Li-pr. Ces Tri-
bunaux ne font compofés que d'Habitans naturels du Pays, & tous leurs aftes
font écrits en langue & en caractères Mancheous. Ils font Souverains, & de
Lyau-tong, & de voutes les autres parties de la artarie qui font immédiate-
ment fujetces à Fémpereur. Mugden eft auffi la réfidence d'un Général Tar-
tare, qui a fes Licutenans-Généraux, & qui commande un corps confidéra-
ble de ‘l'roupes de la même Nation. ‘Tous ces avantages y ayant attiré quan-
tité de Chinois, l: commerce de ja Tartarie eft prefqu'encièrement entre leurs
mains.
A peu de diftance des portes de la Ville, on voit deux magnifiques tom-
beaux des premiers Princes de la racerégnante, qui avoient pris le titre d'Em-
pereur dès qu'ils avoient commencé à regner dans Lyau-tong. Ces monumens
font bâtis fuivant les régles de l’Architeéture Chinoife ; mais ce qu'il y a de fin-
gulier, c'eft qu'ils font renfermés par un mur fort épais, qui a des creneaux,
quoiqu'il foit un peu moins haut que les murs de la Ville. Plufieurs Mandarins,
de tous les Ordres, font chargés de l'entretien des édifices, & rendent, dans
des teims reglés les mêmes refpeëts à la mémoire de ces deux Princes que s'ils
étoient encore fur le ‘Trône.
Le Trifayeul de l'Empereur Kang-hi a fon tombeau dans un cimetière ordi-
naire d'/nden, lieu qu'on prendroit moins pour une Ville que pour un Village,
quoique ce foit-là que les Mancheous établirent le premier fiége de leur Em-
pire fur la Monarchie Chinoife. Les autres Villes de cette Province méritent
peu d'attention. Elles font mal-peuplées, mal-bâties, & fans autre défenfe
qu'un mur de pierre (c). Cependant quelques-unes, telles qu'Z-cheu & King-
cheu, font dans une fituation avantageufe pour le commerce, & fourniffent du
coton en abondance.
La Ville de l'ong-wbhang-ching eft la meilleure & la plus peuplée. Son com-
merce efk conlidérable, parce qu’elle eft comme la clef du Royaume de Co-
réc. Quantité de Marchands Chiñois, que cette raifon y attire, ont de fort
belles maifons dans les Faux-bourgs. Leur principale marchandife eft le papier
de coton, qui eft extrémement fort, fans être moins blanc ni moins tranfpa-
rent (d). On s'en fert beaucoup à Peking, pour les chaflis de fenêtre, dans
jes Palais & les maifons de bon goût. Fong-whang-ching eft gouvernée par
un Mancheou, fous le titre de Hotongtu, qui a fous lui plufieurs autres Man-
darins, civils & militaires de la même Nation. Cette Ville tire fon nom de
Fong-whang-chan, la plus fameufe montagne du Pays, où fetrouve, fuivant li-
magination des Chinois, l’oifeau fabuleux qu'ils nomment long-whang (e).
QUoIQU'ILS
(ce) Angl. de terre battue.
(4) Angl, fans être ni fort blanc, ni tranf-
pareut, K, d. E,
Ce) Voyez ci-defflus l'Hifoire Naturelle de
la Chine,
TARTANIE
DES
Mancucous
Reo1s,
Puautés de
la Capitale,
Anciens
tombeaux de
deux Princes
Manchcous,
e
Inden, &ce
qui larend cé:
lébre,
Fong-whang. .
ching. Son
cominerce &
fes propriétés,
TARTARIE
DES |
Mancurous,
REGis.
Rarctés du
Pays.
Qualité &
pro luétions
du terroir.
Sftuation de
cette Provin-
Ces
Ses trois
principales
Villes.
Kirin-ula.
Pedne, ou
Petune,
Minñenta, ou
D'ingunta,
448 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Quorqu'izs vantent beaucouples raretés du Pays, les Miionaires n'y trou-
vérent rien de remarquable, ni dans les Rivières, ni dans les montagnes. Par
éxemple, la pointe de Sen-cha-ho, fi célebre dans les Auteurs Chinois, n'eft
que là jonétion de trois Rivières ordinaires, qui fe réuniffent dus ce lieu, &
qui fe rendent à la Mer fous un nom commun.
EN général, le terroir de la Province eft fort bon. Il produit beaucoup de
froment, de millit, de racines & de coton. IF nourrit un grand nombre de
moutons & de bœufs, richeff:s beaucoup plus rares dans toutes les Provin-
ces de la Chine. On y trouve peu de riz; mais les pommes, les poires, les
noix, les châtaignes & les noifettes y croiffent abondamment jufques dans les
forêts. La partie Orientale, qui borde l'ancien Pays des Mancheous & le Royau-
me de Corce, eft remplie de déferts & de marécages. Il n'eif pas furprenant
qu'un Empereur de la famille de Tang ait été obligé d'y élever une chauffée,
longue de vingt lieuës, pour paller en Corée à la tête de fes T'roupes; car lorf-
qu'il pleut dans cette Contrée, ce qui eft affez fréquent, l'eau pénetre telle-
ment la terre, que les revers des montagnes font prefqu'au'li marécageux que
Jes plaines. On voit encore, dans diverfes parties de la Province, les ruines
des Villes & des Villages qui ont été détruits pendant la guerre des Chinois
avec Ies Coréens (f). ;
(f) Du Hide, Vol. IV. par. 3° € fuiv,
Gouvernement de Kirin-ula.
E fccond des grands Gouvernemens eff celui de Xirin-ulu-hotun 3 fes bornes
à l'Oueft, font la païflade de Lyau-tong ; l'Ocean, à lift; le Royaume
de Corée au Sud; & au Nord, la grande Rivière de Saghalianula, dont l'em-
bouchure eft à peu près au cinquante-troifième degré. Cette Province prenant
environ douze degrés de latitude, & prefque vingt de longitude, peut avoir
fept cens cinquante milles de long fur fix cens de largeur.
ELLe eft mal-peuplée. On n’y compte que trois grandes Villes, dontles bi-
timens font miférables & les murs de terre. La principale eff fituée für la ri.
vière de Songari, qui portant dans ce lieu le nom de Kirin-ula, le donne à
cette Ville & à toute la Province; car, dans la langue du Pays, Kirin-ula-
botun fGignifie Z’ille de la Rivière de Xirin. C’eft la réfidence du Général Mur-
cheou, qui jouit de tous les privilèges d’un Viceroi, & qui commande égale-
ment les Mandarins civils & militaires. | °
La feconde Ville, nommée Pedie, ou Petune, eft fituée fur la même Ri-
viére, à quarante-cinq lieuës Nord-Oueft du Xüirin-ula-hotun. Klle eft fort in-
féricure à la première, & la plûpart des Habitans font des Soldats Tartares &
des bannis.
La troifième Ville, que la race regnañte confidère comme fon ancien patri-
moine, eft fituée fur la Rivière de Æur-ka-pira, qui va fe décharger au Nord
dans celle de Songari. On la nomme vulgairement Ninguta, quoiqu'elle s’ap-
pelle proprement Ningunta. Ces deux mots Tartares, qui fignifient fept chefs,
expriment l'origine de la Monarchie ‘Fartare, qui fut commencée par les fept
frères du Bifayeul de l'Empereur Kang-hi. Ce Prince ayant trouvé le moyen de
les établir tous fept dans cette Ville, avec leurs familles, fe vit ne
obéi
béi dt
qu'a]
famill
chcou
des n.
Villag
fidéral
lianula
Co
gion,
le con
plus él
Soldat:
autre (
crimin
fionair:
avec a
efpèce
May-fe
fort fai
facilem
grain.
L'aAv
icien a
fort étr
forte de
le from
que dé
compte
pliquer
fième ,
de , dif
les pro
vinces
beaucor
de fa fi
LE fi
gucres 4
au com
des Tat
doublecs
fort larg
ques. (
tance c
Navigat
froid s’e
jours au
V'IIT.
es n'y tron-
agnes. Par
O, a
nuois, n'eft
ce lieu, &
aucoup de
nombre de
les Provin-
poires, les
es dans les
& le Royau-
furprenant
2 chauffée,
5; carlorf-
netre telle-
cageux que
, lés ruines
des Chinois
; fes bornes
le Royaume
dont l’em-
nce prenant
peut avoir
| dont les bi-
ée fur la ri-
le donne à
s, Airin-ula-
sngral Man-
jande égale-
même Ri-
"eft fort in-
Tartares &
ncien patri-
er au Nord
qu'elle s’ap-
fept chefs,
par les fept
e moyen de
vit bientôt
obéi
DE LA CHINE, Liv. Il. Car. IL an
béi du refte de la Nation, alors difperfée dans les déferts qui s'étendent juf.
qu'à l'Océan Oriental, & divi ce en petits hameaux, chacun d’une feule
famille. Ninguta eft aujourd'hui la réfidence d'un Lieutenant-Général Man.
cheou, dont la Jurifdiction s'étend fur tous les territoires des anciens, &
des nouveaux Mancheous, nommés aufli Han-hala-titfe | & fur tous Jes
Villages de Tu-pi-ta-tfe ; fans compter quelques autres Nations moins con-
fidérables , le long des Côtes Maritimes, vers l'embouchure du Sagha-
lianula.
Come la précicufe plante du Ÿin-feng ne croît que dans cette vafte Ré-
gion, & que les Tartares Tu-pi font obligés de payer un tribut de Zibelines,
le commerce eft fi confidérable à Ninguta, qu'il y attire, des Provinces les
plus éloignées, un grand nombre de Chinois. Leurs maifons & celles des
Soldats rendent les Faux-bourgs quatre fois plus grands que la Ville. D'un
autre côté l'Empereur a pris foin de repeupler le Pays en y envoyant tous les
criminels Chinois & T'artares qui font condamnés au banniffement. Les Mif-
fionaires trouvèrent des Villages affez loin de Ninguta. A la vérité on y vit
avec aflez de peine. Le grain le plus commun eff le millet, avec une autre
efpèce qui eft inconnue en Europe, & que les Chinois du Pays nomment
May-fe-mi, parce qu'elle tient le milieu entre le froment & le riz. Elle eft
fort faine & fort en ufage dans ces froides Contrées. Peut-être croîtroit-elle
facilement dans quelques endroits de l'Europe qui ne produifent aucun autre
grain.
L’AvVOINE, qui eft fi rare dans toutes les autres parties de la Chine, croît
ici en abondance & fait la nourriture ordinaire des chevaux; ce qui paroît
fort étrange aux Tartares de Peking, qui n'ont, pour nourrir les leurs, qu’une
forte de féves noires, communes à toutes les Provinces du Nord. Le riz &
le froment font peu connus dans le Gouvernement de Xirin-ula, foit par quel-
que défaut du terroir, foit parce que les Habitans trouvent mieux leur
compte dans la quantité du grain que dans fa qualité. 1l eft difficile d’ex-
pliquer pourquoi tant de Régions, qui ne font fituées qu'au quarante-troi-
fième, au quarante-quatrième & au quarante-cinquième degrés de latitu-
de, différent fi fort de celles de l'Europe , tant pour les faifons que pour
les productions de la Nature , & ne font pas mêmes égales à nos Pro-
vinces du Nord. L’Auteur juge qe les qualités d'un terroir dépendent
beaucoup plus de l'abondance ou de la rareté des parties nitreufes, que
de fa fiiuation.
LE froid commence ici beaucoup plûtôt qu'a Paris, où la latitude n'’eft
gucres au-deffous de cinquante degrés. Les Mifionaires le trouvérent fi vif
au commencement de Septembre, qu'étant le 8 à Tondon , premier Village
des Tat/e-ke-ching , où des Tartares, ils furent obligés de prendre des robes
doublecs de peaux. Ils apprehendèrent même que le Saghalianula, quoique
fort large & fort profond, ne fe glaçàt jufqu’a fermer le pafage à leurs Bar-
ques. Cette Rivicre fe trouvoit glacée, tous les jours au matin, à une dis-
tance confidérabie de fes bords, & les Habitans les affürèrent que bien-tôt la
Navigation n'y feroit pas sûre. Plus on avance vers l'Océan Oriental, plus le
froid s'entretient dans les grandes & épaiffes forêts du Paÿs. Il fallut neuf
jours aux Miflionaires pour en traverfer une, Ils firent abbattre quantité d’ar-
VIII. Part. Lil bres
TARTARIE
DES
Mancreous,
Re£cis.
Commerce
du Jin-feng &
de Martres à
Ninguta.
Grains du
Pays, & cli-
inat.
Froid exce!
fif,
protect Diner eur Se DRE PONDEENE
TARTARIE
DES
… MancHEous
REGts.
Vaftes fo-
rêts, entre-
mêlées de bel-
les Vallées.
Les jaunes
qui s’y trou-
vent.
Jin-feng,
plante céle-
bre.
Ses qualités,
Combien elle
sftettimécala
Chine.
Maniére de
Ja trouver
dans les Dé-
ferts de Tar-
tarie,
450 VOYAGES DANS L'EMPIRE
bres par les Soldats Mancheous, pour fe procurer le moyen d'obferver la hau-
teur du Soleil. ;
EnTRre ces vaftes forêts, ils trouvoient, par intervalles, de. belles Val-
lées, arrofées par d’excellens ruifleaux, dont les bords étoient émaillés d’une
grande variété de fleurs; la plûpart communes en Europe, à l'exception du
Îys jaune , qui eft d’une couleur charmante. Les Mancheous font pañlonnés
pour cette fleur. Par fa hauteur & fa forme, elle reffemble parfaitement à
nos lys blancs; mais l'odeur en eft plus foible, comme celle des rofes qui
croiffent dans les mêmes vallées. Les plus beaux lys jaunes fe trouvent fept
ou huit lieuës au de-là de la paliffade de Lyau-tong. On en voit une quantité
furprenante entre le quarante-cinquième & le quarante-deuxième degré de
latitude, dans une plaine fans culture, qui eft bordée d’un côté par une pe-
tite Rivière, & de l’autre par une chaîne de petites montagnes.
Mais de toutes les plantes du Pays, celle qui eft la plus eftimée & qui at-
tire quantité de Botaniftes dans ces déferts eft le Ÿin-/eng , que les Mancheous
appellent Orhota, c'eft-à-dire la Reine des Plantes. On vante beaucoup fes
vertus, pour la guérifon de diverfes maladies, & pour rétablir un tempé-
ramment épuifé par le travail. Elle a toûjours pañlé pour la principale ri-
cheffe de la Tartarie Orientale. On peut juger de l’eftime qu’on en fait par
le prix où elle fe foutient encore à Peking. Une once s’y vend fept fois la
valeur de fon poids en argent.
Les Marchands Chinois avoient l’adrefle de pénétrer dans le Pays du Yin-
feng, en fe mêlant dans le cortége des Mandarins, ou parmi les Soldats,
qui vont & qui reviennent fans cefle entre Peking, Kirin-ula & Ninguta.
Les Gouverneurs favorifoient leur paflage. Mais, en 1709, l'Empereur,
voulant conferver ce profit aux Mancheous , forma de l’autre côté de la
grande Muraille un camp de dix mille hommes, pour aller cueillir tout le
Jin-feng qu’ils pourroient trouver, à condition que chacun lui apporteroit
gratuitement deux onces du meilleur, & prendroit pour le refte un poids
égal en argent. Ainfi ce Prince eut dès la première année vingt mille livres
Chinoifes de Ÿin-feng , pour trois quarts de moins qu’il ne coûte ordinaire-
ment dans fa Capitale.
Lorsque les Botaniftes commencent à chercher cette plante, ils font
obligés de quitter leurs chevaux & leur bagage. Ils ne portent avec eux ni
tentes, ni lits, ni d’autres provifions qu’un fac de millet féché au four. La
nuit, 1l fe logent à terre, fous un arbre, ou dans quelque mauvaife hute,
qu'ils conftruifent à la hâte avec des feuilles & des branches. L’Offcier,
qui campe à quelque diftance, dans un lieu où le fourage ne puifle pas lut
manquer , doit être inftruit des progrès du travail par ceux qui font chargés
de porter aux Botaniftes leur provifion de bœuf & de venaifon. Le plus grand
danger auquel ils foient expolés vient des bêtes féroces, füur-tout des tygres.
Si quelqu'un ne paroît point au fignal qu’on donne pour changer de quartier ,
on conclut qu'il eft dévoré.
Le Jin-feng ne croît que fur le penchant des montagnes couvertes de bois,
ou fur les bords des profondes rivières, ou parmi les Rochers efcarpés. 51
le feu fe met dans une forêt, on eft trois ou quatre ans fans y voir paroître
cette plante ; ce qui paroît prouver qu'elle ne peut fupporter la ae
ais
Mais
latit
ne s
autre
ges,
au-de
cafio
teur €
voien
fi elle
latitud
la, q
lextré
cultive
ou de
cheou
fiens ,
fomme
CE
tant de
bords
côté,
les Pa:
tre lefi
au No
nois,
noms (
res em
leur C
en Chi
Le
à dix]
ils tire
te MOI
Villes.
fleuve.
et la hau-
belles Val-
rillés d’une
ception du
paflionnés
aitement à
s rofes qui
uvent fept
1e quantité
> degré de
ir une pe-
e & qui at-
Mancheous
aucoup fes
un tempé-
ncipale ri-
en fait par
fept fois la
ays du Firi-
es Soldats,
& Ninguta.
Empereur,
côté de la
Ilir tout le
apporteroit
un poids
mille livres
ordinaire-
e, ils font
vec eux ni
h four. La
aife hute,
"Officier »
Île pas lui
nt chargés
plus grand
des tygres.
quartier »
s de bois,
arpés. Si
ir paroître
h chaleur.
Mais
Médecine.
DE LA CHINE, Liv. I. Car, Il ai
Mais comme elle ne fe trouve point au de-là du quarante-feptième degré de
latitude, où le froid eft encore plus fenfible, on peut conclure aufñi qu'elle
ne s’accommode pas d’un terrain trop froid. Il eft facile de la diftinguer des
autres plantes dont elle eft environnée, fur-tout par une grappe de grains rou-
ges, fort ronds, qui font comme fon fruit, ou par une tige qu’elle poufle
au-deflus de fes feuilles. ‘Tel étoit le jin-feng que les Miffionaires eurent l'oc-
cafion de voir au Village de Hon-chun, fur les frontières de la Corée. Sa hau-
teur étoit d'environ un pied & demi. Il n’avoit qu'un feul nœud, d'où s’éle-
voient quatre branches, féparées l'une de l'autre à diftances égales, comme
fi elles n’euflent point appartenu à la même plante. Chaque branche avoit
cinq feuilles; & l'on prétend que ce nombre eft toûjours le même, à moins
qu’il ne foit diminué par quelqu’accident. |
La racine de iin-feng cit la feule de fes parties qui férve aux ufages de la
Une de fes propriétés eft de faire connoître fon âge par le nom-
bre des branches qui lui reftent. L'âge augmente fon prix, car le plus gros &
le plus ferme eft le plus eftimé. Les Habitans de Hon-chun en apportèrent
trois plantes aux Mifionaires, & les avoient trouvées à cinq ou fix lieuës de
ce Village (a).
Ho\-cHunN, fitué au quarante-deuxième degré quarante-cinq minutes de
latitude, à deux lieuës de la Corée, eft le principal Village des Tartares-Quel-
la, qui fe trouvent aujourd’hui confondus avec les Mancheous. Il eft à
l'extrémité de leur Pays, dont le terroir eft affez bon, & même affez bien
cultivé; avantage qui n'eft pas commun parmi les Tartares, & qui lui vient
ou de la nécefité des vivres, parce que fes Habitans n’ont pas de Ville Man-
cheou moin: éloignée que de quarante lieuës , ou de l’éxemple des Coré-
fiens, dont les montagnes font taillées en terrafles, & cultivées jufqu’au
fommet.
Ce fut un fpectacle nouveau pour les Miffionaires , après avoir traverfé
tant de forêts, & côtoyé des montagnes épouvantables, de fe trouver fur les
bords de la rivière de d'unen-ula, avec des bois & des bêtes farouches d’un
côté, & de l’autre avec tout ce que l’art & le travail peuvent produire dans
les Pays les mieux cultivés. Ils y découvrirent de grandes Villes murées, en-
tre lefquelles ils déterminérent le pofition de quatre, qui bordent la Corée
au Nord. Mais, comme les Coréfiens n’entendent ni le T'artare ni le Chi-
nois, quoiqu'ils portent l'habit de la Chine, ils n’en pâûrent apprendre les
noms qu’en arrivant à Hon-chun, où demeurent les Interprêtes que les Tarta-
res employent pour leur commerce avec la Corée. ils les ont marqués dans
leur Carte, tels qu’ils les ont trouvés dans celle de l'Empereur , c’eft-à-dire
en Chinois.
Le Tumen-ula, qui fépare les Coréfiens des Tartares, tombe dans l'Océan,
à dix lieuës de Hon-chun. Comme ce point parut important aux Miffionaires,
ils tirèrent une bafe de quarante-trois lis Chinois, jufqu’au fommet d’une hau-
te montagne, voifine de la Mer, d’où ils avoient la vûe de deux des quatre
Villes, dont ils avoient déterminé la pofition, & celle de l'embouchure du
fleuve. Ainfi l’on peut faire fond fur leur Carte pour ce qui regarde les limi-
tes
(a) Le Père Jurtoux en deffina la figure, Poyez les Planches.
L 0
” o
TARTARIX»
DES
MaNcuarous,
REcrs.
Les Mifo-
naires la defii-
nent d'après
Nature,
Situation de
Hon.chun.
Pays des Tar-
tares-Quella.
Beau fpett:-
cle pour les
Miflionaires.
Leurs Obfer-
vations Ma-
thématiques,
TARTARIE
DES
MancHEoUs.
ReGis.
Rivière de
Tu men ula.
Muraille qui
fépare la Co-
rée de la T'ar-
tarie,
Rivière d'U-
{uri,
Tartares Vu-
pic iihabi-
tentles bords.
Leurs habits
& leurs ali-
mICNS,
452 VOYAGES DANS L'EMPIRE
tes de la Corée du côté de la Tartarie. Mais l'Empereur ne leur ayant pas
permis de pénétrer dans ce Royaume, tout ce qui appartient aux Parties O-
rientales & intérieures eft tiré des obfervations d'un Envoyé Impérial ‘qui
en fit le voyage l’année fuivante avec un Mandarin du Tribunal des Mathé-
matiques, & qui prit la latitude de la Capitale, nommée Chau-fven où Aing-
ki-tau. Les Miffionaires fe férvirent auili des Cartes de la Corce, qui leur
furent communiquées. Quoique, par cette raifon, ils ne puiflent pas garan-
tir la pofition des Villes Orientales, ni de quelques-unes au midi, ils ne font
ps difcuité d’affürer que leur Carte eft incomparablement plus correéte qu’au-
cune de celles qui avoient été publiées jufqu’alors & qui n'avoient été dref-
fées que fur des rapports incertains, ou fur quelques traditions des Géogra-
phes Chinois [ qui n'ont pas même vû les frontières de (2) ce Royaume. ]f |
Le nom de Tumen-ula eft purement Mancheou. I] répond au mot Chinois Z'au-
li-kyang, qui fignitie Rivière de dix mille lis (c). Mais la Carte nous apprend
qu’on lui donne mal-à-propos cette étendue.
Les Coréfiens avoient bâti une forte muraille du côté de la Tartarie, à
peu-près femblable à celle de la Chine. Mais la partie qui regarde Hon-churs
fut entièrement ruinée par les Mancheous, dans le tems qu'ils ravagèrent la
Corée & qu'ils en firent leur première conquête. Elle s’eft confervée prefqu’en-
tière dans des quartiers plus éloignés. Au de-là du Tumen-ula , les Mifio-
naires pénétrant dans l’ancienne Contrée des Manchevus arrivèrent fur le bord
d'une rivière nommée Sui-fond-pira » la plus confidérable du Pays, & fameufe
entre les T'artares, quoiqu’elle mérite peu d'attention. Ils y virent les ruines
d'une Ville, nommée Furdan-ho-tun, & fituée dans une plaine ouverte, qui
paroît très-propre au labourage. Cette Ville n’eft environnée que d’un mur
de terre, défendue par un foifé peu profond.
La rivière, qui fe nomme Ujuri, eft fans comparaifon la plus belle de cet-
te Contrée, autant par la clarté de fes eaux que par la longueur de fon cours,
Elle va fe rendre dans le Saghalianula, au travers du Pays des Tartares Tu-pi,
ui font raffemblés dans des Villages fur fes bords. Ælle reçoit quantité de
grandes & de petites rivières, que les Mifionaires ont inférées dans leur
Carte. Elle doit produire une quantité extraordinaire de poiffon, puifqu'il ‘
fert aùx T'artares pour leur nourriture & leur habillement. Ils ont l’art d'en
préparer la peau & de la teindre de trois ou quatre couleurs. Ils fçavent la
tailler & la coudre avec tant de délicatefle, qu’à la première vûe on la croi-
roit coufue avec de la foie [ ce n’eft qu'en défaifant quelques coutures, qu'ong$»
s'aperçoit que le fil n'eft autre chofe qu'une couroye très-fine, coupée d’une
peau encore plus mince.] La forme de leurs habits eft d’ailleurs à la Chinoife,
comme celle des Manchcous ; avec cette différence remarquable que leurs
longues robes font ordinairement bordées de verd ou de rouge, fur un fond
blanc ou gris. Les femmes portent fufpendues, au bas de leurs mantes, de
petites piéces de cuivre, ou de petites fonnettes, qui avertiffent de leur ap-
proche. Leur chevelure tombe fur leurs épaules, divifée en plufieurs treffes,
& chargée de petits morceaux de verre, d’anneaux & d'autres bagatelles
qu’elles regardent comme des ornemens précieux (4). .
L
(Ch) Que en Chinois, & Xuronou Koron en (c) Dix lis font une lieue de France.
eu Mancheou, figaifient Royaume, (4) Du Halde, Vol. IV, pag. 7. € Jüuiv,
D D étend
LA
tout l'E
l'huile |
le refte
fel ,eft
riflent €
pas mo
ordinai
goût,
doivent
ces Pay
interro
EN :
fui. E
Nation
ne une (
pour fes
battre |:
ment ju
repofer
d'Ufuri
Nations
foucoup
CET
fait diffé
de & gr
Religio
mi EUX;
nent pe
de from
ques en
refte du
vient qu
feétes di
fumée.
Quo
vent dar
qui fait |
geon ef
Leur ufa
de tout
coup de
délicieu:
tit ‘l'on
rouge ;
Mifiona
erdinair
r ayant pas
Parties, O-
ipérial , qui
des Mathé-
en Où Âing-
>, qui leur
i pas garan-
, ils ne font
rreéte qu’au-
nt été dref-
les Géogra-
Royaume. 1
hinois F'au-
ous apprend
Tartarie, à
de Hon-chur
vagérent la ,}
e prefqu’en-
les Mifio-
fur le bord
& fameufe
t les ruines
iverte, qui
e d'un mur
elle de cet-
fon cours,
tares Tu-pi,
quantité de
s dans leur
, puifqu'il
t l’art d’en
fçavent la
> on la croi-
ures, qu'on
upée d'une
Chinoife,
que leurs
ur un fond
antes, de
le leur ap-
urs trefles,
bagatelles
LA
‘rance. :
, 7 € Juiv,
DE LA CHINE, Lrv. Il. Cnap. I. 453
LA vie de cette Nation Tartare n’eft pas moins fingulière. Ils employent
tout l'Eté à la peche. Une parue du poiilon qu'ils prennent fert à faire de
l'huile pour leurs lampes. Unc autre partie fait le fond de leur: nourriture; &
Je refte, qu'ils font fécner ai soleil, tans le‘faler, parce qu ils manquent de
fel ,eft confervé pour la provition d'hiver, Les hommes & les bêtes s en nour-
rifent également, loi: que la rivicre eft glacée. Au refte les Peuples n en ont
pas moins de fance & de vigucur. Les animaux qui fervent de nourriture
ordinaire au genre limain font fort rares dans leur Pays, & de fi mauvais
goût, que lesdomeitiques memes ne le peuvent fouffrir, quelque avidité qu'ils
doivent avoir pour la chair, après avoir vecu fi long-tems de poiffon. Dans
ces Pays, on attele des chiens aux traîneaux, lorfque le cours des Rivières eft
interrompu par le froid. Aufñi les chiens font-ils fort eftimés. |
EN retournant fur leurs traces, les Mifionaires rencontrérent la Dame d U-
fui. Elle revenoit de Peking, où fon mari, qui avoit été Chef général de la
Nation, & qui, outre divers honneurs, avoit eu pour la sûreté de fa perfon-
ne une compagnie de gardes, étoit mort nouvellement. Elleavoit cent chiens
pour fes traincaux. L'ufage eft d’en faire marcher quelques-uns devant, pour
battre la route. Les autres fuivent avec le harnois, & font relevés fuccetlive-
ment jufqu’au terme. On aflüra les Miilionaires qu’ils font quelquefois, fans fe
repofer , une courfe de cent lis Chinois ou de dix lieuës de France. La Dame
d'Ufuri, au-lieu de prendre du thé, fuivant l’ufage des Chinois & des autres
Nations Tartares, fe faifoit apporter de petits morceaux d’Efturgeon fur une
e Katan.
des à Dame entendoit le Chinois. Elle avoit l'air & les manières tout-à-
fait différens des T'artares T-pi, qui font d'un naturel affez paiñble, mais ru-
de & groilier, fans aucune teinture de feçavoir, & fans aucun culte public de
Religion. Les Idoles même de la Chine n'ont pas encore trouvé d'accés par-
mi eux; vraifemblablement, remarque l'Auteur, parce que les Bonzes pren-
nent peu de goût pour un pauvre & miférable Pays, où l'on ne féme point
de froment ou de riz, & où l’on ne trouve qu'un peu de tabac dans quel-
ques endroits voifins des Villages, fur les bords de la Riviire. Tout le
refte du Pays eft couvert de forêts épaiiles & prefqu'impénétrabies. De-là
vient qu'il eft infefté d’une fi prodigieufe quantité de coufins & d'autres in-
feétes de cette nature, qu'on ne peut s’en délivrer qu'avec le fecours de la
fumée. |
uoiQUuE l’Europe produife la plûüpart des efpèces de poiffon qui fe trou-
vent dans cette Rivière, elle n’a pas cette quantité furprenante d'Etturgeons,
qui fait le principal objet de la pêche des Tartares. [ls prétendent que l’'Eftur-
geon eft le premier de tous les poiflons, & qu'aucun autre n'en approche,
Leur ufage eft d'en manger crûes certaines parties, pour profiter, difent ils,
de toutes les vertus qu'ils lui attribuent. Après l'Eflurgeon, ils font beau-
coup de cas d'un poiflon qui eft inconnu aux Européens, mais un des plus
délicieux de la nature. Sa longucyr & fa taille fonc à peu-près celles d'un pe-
tit Ton, mais fa couleur eft beaucoup plus belle. Sa chair eft tout-à-fait
rouge; ce qui le diitingne de tous les autres Poiflons. Il eft fi rare, que les
Mifionaires ne purent s'en procurer qu'une ou deux fois. Les Tlabitans tuent
ordinairement les gros pouluns à coups de dards, & fe fervenc de filets pour
LIi3 prendre
TARTARIE
DES
MancHEOUSs,
REGIS.
On attele
des chiens aux
traincaux.
Dane d'U-
furi. Ses qua-
lités & fes uf:-
cs,
IT y a peu de
religion dans
le Pays.
Grande 4-
bondance
d’efturgeons,
. Poifloi: roue
ge & déli-
cieux,
TAXTARIR
DES
Mancu£ous.
Langage des
Yu:-pis.
Tartares Ke-
chongs.
Leurs ufa-
ses.
Ifle que les
Miflionaires
firent vifiter.
Noins de
Cctte Ifle,
454 VOYAGES DANS L'EMPIRE
prendre les petits. Leurs Barques ont peu de grandeur; & leurs Canots ne
font que d’écorce d'arbres, aflez bien coufue pour les garantir de l’eau. ,
IL paroît que le langage des Vu-pis eft un mélange de celui des Mancheous,
leurs voifins à l'Ouelft & au Sud, & de celui des T'artares Ke-chongs, qui les
bordent au Nord & à l'Eft. Du moins les Chefs des Villages entendent fort
bien l’un & l’autre. Ces Chefs ne peuvent porter le nom de Mandarins, puif-
qu'ils n’en n'ont ni le pouvoir, ni le cortège & les autres marques de dignité.
Jamais les Miffionaires n'entendirent donner au Pays le nom de Royaume, ni
par les Tartares, ni par les Chinois, quoique plufieurs Géographes Européens
l'en ayent honoré.
ON peut dire la même chofe du Pays des T'artares Ke-chongs, qui s'étend
néanmoins le long du Saghalianula, depuis Tondon jufqu’a l'Océan. Dans tout
cet efpace, qui eft d'environ cent cinquante lieuës, on ne rencontre que des
Villages fort communs, la plûpart fitués fur les bords de cette grande Rivière.
Le langage y eft différent de celui des Mancheous, qui l’appellent Fiatta. Cet-
te langue Fiatta eft vraifemblablement celle de tous les Tartares qui habitent
depuis l'embouchure du Saghalianula, jufqu’au cinquante-cinquième degré de
latitude, c’eft-à-dire, jufqu’aux dernières bornes de l’Empire Chinois dans la
Tartarie Orientale. On ne s’y rafe point la tête, fuivant l’ufage de l’Empi-
re. On y porte les cheveux liés d’une efpèce de ruban, ou renfermés dans
une bourfe. Les Habitans paroïflent plus ingénieux que les ‘T'artares Yu-pis.
Ils répondirent fort clairement aux queftions que leur firent les Miffionaires
fur la Géographie du Pays, & leur attention fut fingulière pour les opéra-
tions Mathématiques.
Les Mifionaires apprirent de ces Tartares que vis-à-vis l'embouchure du
Saghalisaula on rencontre une grande Ifle, habitée par des Peuples qui leur
reflemblent. L'Empereur y envoya, fur ce récit, quelques Tartares Man-
cheous. Ils paflérent fur les Barques des T'artares Ke-chongs de la Côte Mari-
time, qui entretiennent commerce avec les Habitans des Parties Occidentales
de l’Ifle. S'ils euffent porté leurs obfervations du côté méridional, comme
ils les portérent du côté de l’Eft en allant, & du côté du Nord à leur re-
tour, les Miflionaires feroient parvenus à connoître parfaitement cette Ifle.
Mais la difette des provifions les ayant forcés de revenir trop-tôt, ils ne rap-
portèrent point de plan de la Côte Méridionale, ni d’autres noms que ceux
des Villages par lefquels ils avoient pañé. Ainfi la Carte de l'Ifle n’eft fondée
que fur lesrécitsdes Habitans, & fur cette circonftance particulière, qu'on ne
voit pas paroître de terre, le long de la Côte, au de-là du cinquante-cinquiè-
me degré de latitude; ce qui fait juger que l'Ifle ne s’étend pas plus loin.
Les Habitans du Continent lui donnent différens noms, fuivant les diffé-
rens Villages ; mais le nom général eft Saghalian-anga-hata, qui fignifie, Ifle
de l'embouchure de la Rivière noire. Celui de Æwye, qu’on lui donne quel-
quefois à Peking, n’eft connu, ni des Tartares, nidefes Habitans. Les Man-
cheous qui y furent envoyés, racontèrent aux Miflionaires qu'on n’y voit point
de chevaux ni d’autres bêtes de chærge. Les Infulaires nourriffent une forte
de cerfs privés, qui fervent à tirer leurs traïneaux, & que leur defcription
fait croire femblables à ceux de Norvege (e). ILs
(Ce) Ce font apparemment des Renes. Foy. le Voyage de M. de Maupertuis au Nord.
la Relation de la Laponie par la Motraye, & ER, d. T.
ILs
Cartes
degrés
éloigné
tuée au
qui por
tie de le
fuppofe
le corp
te l’épés
roiflent
chongs ,
nétrent
sûr par
fo, qui
tiens Ja]
te, Cet
quante (
Au d
lages, |
défert,
fe chaîn
ques Ri
l'Océan
te-cinqui
un cours
terres de
des T'art
CEux
font de
refte de
Fartares
ta, le lo
les preft
de leurs
Yu-pis;
manquer
ON tu
(F) On
detjo & Te
(g) La
prélentée «
vertes des
quantiéme
quent fa p
même par:
on vient d
tre degrés
s Canots ne
l'eau. ,
Mancheous,
ngs, qui les
endent fort
arins, puif-
s de dignité.
oyaume, ni
s Européens
qui s’étend
, Dans tout
ntre que des
ide Rivière.
Fiatta. Cet-
qui habitent
1e degré de
nois dans la
de l’'Empi-
fermés dans
ares Yu-pis.
Mifionaires
r les opéra-
bouchure du
ples qui leur
tares Man-
Côte Mari-
Dccidentales
al, comme
à à leur re-
cette Ifle.
ils ne rap-
s que ceux
’eft fondée
», qu'on ne
te-cinquiè-
s loin.
t les diffé-
cnifie, Ifle
lonne quel-
Les Man-
voit point
une forte
defcription
ILs
Es au Nord.
DE LA CHINE, Liv. II Cap. IE 455
Izs ne purent rien apprendre de la terre de Jef ( f), qui, fuivant les
Cartes Françoifes & celle du Japon par les Portugais, doit être de Cinq ou fix
degrés plus au Sud. Et vraifemblablement cette Contrée ne doit pas être fort
éloignée du Japon, puifqu'il y a beaucoup d'apparence qu’elle n’eft pas fi-
tuée au de-là du quarante-cinquième degré (g). C’eft probablement le Pays
qui porte le nom de %e-t/e dans les Géographes Chinois. Ils en font une par-
tie de la Tartarie Orientale. Ils lui donnent beaucoup d’étendue (h), & le
fuppofent ‘habité par une Nation guerrière & redoutée des Japonois, qui a
le corps heriflé de poil, des mouftaches pendantes fur la poitrine, & qui por-
te l’épée attachée par la pointe, derrière la tête. Mais tous ces récits pa-
roiflent fabuleux. Cette Nation terrible n’eft connue ni des Yu-pis ni des Xe-
chongs , dont les terres font contigues, & qui dans le tems de leurs chafles pé-
nétrent à l'Eft & à l'Oueft, jufqu’au cinquante-cinquième degré. Il eft plus
sûr par conféquent de fe fier aux Relations du Japon concernant l’Ifle de Jef-
fo, qui n’en fçauroit être fort loin, puifqu’elle fur la retraite de plufieurs Chré-
tiens Japonois, fous la conduite du Père Ÿerdme des Anges, Müffionaire Jéfui-
te. Cet homme Apoftolique fouffrit le martyre à Yendo, en 1623, avec cin-
quante Chrétiens qui l’avoient fuivi.
Au de-là du Saghalianula, on ne trouve plus qu’un petit nombre de Vil-
lages, habités par des Tartares Ke-chongs. Le refte du Pays et un véritable
défert, qui n’eft fréquenté que par les Chaffeurs. Il eft divifé par une fameu-
fe chaîne de montagnes, qui fe nomment Hin-kau-alin. On ÿ trouve quel-
ques Rivières aflez confidérables. Celle de Tu-huru-pira, qui fe décharge dans
l'Océan Oriental, tire fa fource d’une autre chaîne de montagnes au cinquan-
te-cinquième degré de latitude; point d'où plufieurs autres Rivières prennent
un cours oppofé. Celle d'Udi-pira coule vers l'Ocean feptentrional, dans les
terres des Ruffiens; tandis que celle de Silimfi-pira pafle au Sud, dans le Pays
des Tartares Ke-chongs. |
Ceux qui portent le nom de Han-halas , ou des trois familles de Hula,
font de véritables Mancheous, qui s’unirent enfemble après la ‘conquête du
refte de leur Nation. Ils en font fort éloignés, & fe trouvent mêlés avec les
Tartares Tu-pis. L'Empereur Kanghi leur donna des terres, près.de Ningu-
ta, le long des Rivières de Hu-ha-pira & de Songari-ula, fur les bords defquel-
les prefque tous leurs Villages font fitués. L’habillement de leurs femmes,
de leurs enfans & de leurs domeftiques, eft le même que celui des Tartares
Yu-pis; mais ils ont des chevaux, des bœufs, & de bonnes moiflons, qui
manquent aux Vu-pis.
ON trouve, dans ces Contrées, les ruines de plufeurs grandes Villes. Ze-
ñne-gho-botun
(f) On écrit Fefo, Fe, Feifo, Fedfo,
Yetjo & Ted/o.
(g) La Ferre de JeMo, telle qu'elle eft re-
prélentée dans nos Cartes, d'après les décou-
vertes des Hollandois, s'étend au-delà du cin-
quantième degré de latitude, & par confé-
quent fa partie Nord doit être à peu près au
même paralelle que la Côte Sud de l'ffle dont
on vient de parler, & peut-être trois ou qu‘-
ure degrés plus à l'EA, comme celle elt repré-
fentée dans la Carte de M. Kirilow, publiée
à Peterfbourg en 1734, qui paroît la meilleu-
re pour toutes ces Contrées. Iîlie donne Jefo
pour une Ifte. M. Danville en a fait deux, &
Strahlenberg en fait mal-à-propos une partie de
Kamchatka.
(b) Is la placent vers Honchun, dont on
a parlé ci-deflus, à l'extrémité la plus fepten-
trionale de la Corée.
TARTARIE
DES
Maxcusous.
REGIS.
Obfervations
fur la Terre
de Jeflo.
Pays au del |
du Saghalia-
nula,
Tartares ITa-
las.
TARTARIE
DES
Mancusous.
REGIS.
Ruines de
pluficurs an-
Ciennes Vil-
C5,
De qui el-
les font l'ou-
vrage,
Fleuve &
Montagnes
célebres par.
mi les Man-
cheous,
Erreur des
Mäncheous.
456 VOYAGES DANS L'EMPIRE
ne-gho-hotun étoit fituce fur les rives du fleuve Hur-ha-pira à cinq ou fix lieuës
de Ninguta; mais elle n'eft plus aujourd’hui qu'un hameau. La fituation d'O-
doli-hotun étoit très forte. On n'en pouvoit approcher qu'au travers de l'eau,
par unc chauflée fort étroite. 11 y refte encore quelques efcalicrs de gran-
des pierres, & quelques débris d'un Palais, auxquels on ne connoît rien de
femblable dans la Ville même de Ninguta. Il y a beaucoup d'apparence que
tous les anciens monumens de la ‘l'artarie Orientale n'ont pas été l'ouvrage
des T'artares Manchcous, & qu'ils doivent étre attribués à ceux du douzie-
me fiécle, qui fe rendirent maitres du Nord de la Chine, fous le nom de
Kinchans (5). Ces Tartares Kinchans bâtirent des Villes & des Palais dans
diverfes parties de leur Pays. Mais enfuite ils furent taillés en piéces par les
Mongols ligués avec les Chinois; & ceux qui échappèrent au carnage cher-
chérent un aïile dans les parties Occidentales de leur ancien Pays, habité au-
jourd'hui par les Tartares Solonss, qui fe prétendent defcendus des Man-
cheous. On peut conclure que Putay-ula-hotun (k) fut baie au li par les Kin-
chans, quoiqu'il ne refte de cette Ville qu'une pyranide ordinaire, & les
ruines de fes murs, hors defquels font les maïlons des Mancheous. Elle
eft à huit ou neuf lieuës de Xirin-ula-hotun, fur le fleuve Sougari, qui porte en
ce licu le nom de Putay-uli. C'eft la moindre des quatre grandes Villes du
Gouvernement de Xirin-ula;' mais c’elt fans comparaifon la plus agréable, par-
ce qu'elle eft fituée dans une plaine plus fertile & mieux cultivée.
L'Histoire des Mancheous n'a rien de plus célebre que le Songari-ula,
ou le fleuve Songari, & que la montagne d’où il tire fa fource. Cette monta-
gne eft nommée Chau-yen-aliu par les T'artares, & Chang-pe-chau, c'eft-à-dire
la montagne blanche par les Chinois, qui fe vantent d'en tirer leur origine,
avec un grand nombre de fables & de circon{tances merveilleufes, Ce qui
paroît vrai, c'eft que le Pays des Mancheous n’avoit point alors de Rivière
comparable au Songari-ula. Il abonde en poiflon. 11 eft large » profond &
navigable fans danger dans toutes fes parties, parce que la rapidité de fon cours
eft médiocre, au point même de fa jonétion avec le Saghalianula.
A l'égard de la montagne, c’elt la plus haute de toute la T'artarie Orienta.
le. On la découvre de fort loin. Comme elle eft couverte, en partie, de bois
& de fable, clle paroît toûjours blanche; ce que les Chinois attribuent faufe-
ment à la nége, puifqu'il ne s’y en trouve prefque jamais. On voit, au fom-
met, cinq rochers d'une groffeur extraordinaire, qui ont l'apparence d autant
de pyramides en ruines, & qui font continuellement humeétes par les brouil-
lards & les vapeurs qui fe forment particulièrement dans cette Contrée. En-
tre ces rochers eft un lac fort profond, d'où fort le Songari. Maïs les Man-
cheous font dans l'erreur loriqu'ils donnent la meme fource aux trois gran-
des Rivières qu'on a deja décrites fous le nom de Tumen-ula, de Ta-lu-ula, &
de Si-luc-ula, & qui, après avoir fait le circuit de la Corée, s'unifiint & fe
déchargent enfemble dans la Mer de ce Royaume (7).
(i) Apparemment les T'artares Æins, dont repréfente come le fiége de l'ancien Empire
on à déja parlé pluffeurs fois Fautare, _—
(k) la mème Ville que Verbicft appelle (1) Du Halde, Vol. iV, pag. 12, & fuiv.
fimplement Lila dans fon journal, & qu’il
Jake
ë
Gouvernement
E
ne
contre
ui tor
e dl
eft pri
des Ch
mes,
qui ne
| tarc,
! font re
D Manch
les anc
aux M
protect
Saghali
vières «
Tartarc
font ac
qu'ils f
La
tun &
quarant
L fimple
£ghalian-
{ons de
de Sag
fur lar
peuplée
fa dépa
bords «
exceller
maîtres
n'eût é
nent ur
lian-ula
Ex
ruines
aux pr
par une
(a) Is
Suttega ;
latitude
nent a
VIII
u fix lieuës
uation d’O-
s de l'eau,
s de gran-
oît rien de
arence que
à l'ouvrage
du douzié-
le nom de
Palais dans
éces par les
nage cher-
habité au-
ss des Man-
par les Kin-
ire, & les
eous. Elle
qui porte en
es Villes du
‘éable, par-
Songari-ula ,
cette monta-
c'eft-à-dire
ur origine,
es. Ce qui
de Rivière
profond &
de fon cours
rie Oricnta-
ie, de bois
uent faufle-
t, au fom-
ce d'autant
les brouil-
trée. En-
is les Man-
crois gran-
a-lu-ula, &
int & fe
jcien Empire
12, À fuiv.
DAUCI NCIHIONT
DE LA CHINE, Liv. Il. Cnar. U
Gouvernement de Tifitfikar.
E troifiôme Gouvernement eft celui de T/it/fikar (a) , quitire ce nomd'u-
ne Ville neuve, bâtie par l'Empereur Aanghi pour aflürer fes conquêtes
contre les Rufiens. Elle eft fituée près de Nanni-ula, Rivière confidérable,
ui tombe dans le Songari. Au-lieu de murs elle eft entourée d’une paliffa-
de de hauteur médiocre, mais bordée d'un affez bon rempart. La garnifon
eft principalement compofée de Tartares, & la plûpart de fes Habitans font
des Chinois que le Commerce y attire, ou qui ont été bannis pour leurs cri-
mes. Les uns & les autres ont leurs maifons hors l’enceinte du mur de bois,
qui ne contient guères que les Cours de Juitice & le Palais du Général T'ar-
tare, Ces maifons, qui font de terre & qui forment des rues affez larges,
font renfermées aufli dans des murs de terre. Le Pays eft habité par des
Mancheous, des Solons, & particulièrement par les Tuguris (b) qui en font
les anciens Peuples. Cette Nation n'eft pas fort nombreufe. Elle fe foumit
aux Mancheous, fous le Père de l'Empereur Kang-hi, après avoir imploré fa
protcétion contre. les Rufliens, qui, étant pafñlés en armes, de la Rivière de
Saghalian-ula dans celle de Songari, s’étoient aflurés de toutes les petites Ri-
vières qui y communiquent, & répandoient la terreur dans toutes les Nations
Tartares qui en habitent les bords. Les Tuguris font grands & robuftes. Ils
font accoûtumés de tous tems à femer du grain & à bâtir des maifons, quoi-
qu’ils foient environnés de T'artares qui n'ont pas ces deux ufages.
La Jurifdiétion du Gouverneur de Tficfikar s'étend fur (c) Mer-ghen-ho-
tun & fur Sanghalian-ula-hotun, deux Villes neuves. Merghen eft à plus de
quarante licuës de Tficfikar. Elle eft beaucoup mieux peuplée & n'a qu'un
fimple mur. Le territoire de ces deux Villes eft fabloneux; mais celui de Su-
ghalian-ula-hotun, où de la Ville de la Rivière noire, produit de riches moif-
fons de fromert. C’eft une plaine, qui s'étend le long de la belle Riviére
de Saghalian, & qui contient plufieurs Villages. La Ville même eft fituée
fur la rive du Sud. Elle eft bâtie dans le goût de Tfitfikar, & n’eft pas moins
peuplée, ni moins pourvûe des avantages de la nature. Cette Ville a dans
fa dépendance un petit nombre de Villages Mancheous, qui font fur jes
bords de la même Rivière, & plufeurs grandes forêts, où la chañle eft
excellente pour les Zibelines. Les Rufliens feroient parvenus à s’en rendre
maîtres, fi la Ville de Tak-/4, qu’ils avoient bâtie plus haut fur la Rivière,
n'eût été démolie par le ‘l'raité de 1689. Les Chafleurs Tartares entretien-
nent une bonne garde fur la frontière, & des Barques armées fur le Sagha-
lian-ula.
Environ treize lis (d) plus haut, du côté du Nord, on rencontre les
ruines d’une ancienne Ville nommée Æ4ykem, dont on attribue la fondation
aux premiers Empereurs de la famille de Tayming. . Ce fut dans le tems que
par une étrange vicifitude de la fortune, les Tartares Occidentaux, ou les
Mongols,
Ca) Isbrand Ides écrit Xixigar ; Brand,
Suttega; & les Jéfuites, dans leurs Tables de
latitude & de longitude, Chiskar. Ce Gouver-
ne..nt a fept cens quarante milles de long &
VIII. Part.
fix cens de large.
(b}) Isbrand Ides les appelle Targazis.
(c) Ou Mergbin.
(4) Dix lis font une licuë.
M mm
TARTARI"
DES
Maxcneous.
. R2£GI1s.
Ville neuve
de Ifitfikar.
Ses IHabi-
tans.
Ceux du
Pays.
Jurifdiction :
du Gouver-
neur.
Ruines d'Ay-
kem, ancicn-
ne Ville.
TARTARIE
DES
MANCHLOUS,
Recits.
Révolutions
qui caufèrent
fa ruine,
Rivières où
l'on pêche des
perles,
Qualités des
perles de Tar-
taric.
9
Chaffe des
martres par
les Tartarcs
Solons,
458 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Mongols, furent non-feulement chaflés par les Chinois, dont ils avoient été
long-tems les maîcres, mais attaqués avec tant de vigueur jufques dans leur
Pays, qu'aprés s'être retirés fort loin, ils fe virent obligés à leur tour de ti-
rer des Lignes, dont les Miflionaires rendent témoignage qu'on voit encore
les traces. Enfüite ne fe trouvant pas capables de réfilter à la rage de leurs
Ennemis, ils paferent le Saghalian-ula ; & pour les arrêter de l'autre côté de
cette Riviere les Chinois batirent Aykem, fous l'Empereur Tonglo. Il né pa-
roît pas que cette Ville ait fubfifté long-tems. Les Tartares, s'étant ralliés
vingt ans après, rentrérent dans leur ancien Pays, & détruifirent le boule-
vard qu’on avoit élevé contr'eux. Enfuite, pour éxercer leur vengeance, ils
ravagérent les Provinces Chinoïfes au Nord. Ils furent bien-tôt écrafés par
les forces de l'Empereur Sueu-ti; nfais ils ne ‘aifférent pas de conferver la pof-
fefion de leurs anciens territoires, par la faute du Général Chinois’, qui ne
fçut pas profiter de fa victoire pour les chafler au-delà du Saghalian-ula, &
pour rebâtir Aykem. Ce nom cit également connu des Chinois & des T'arta-
res. Il fe trouve même quelques gens à Peking qui le donnent à Saghalian-
ula-hotun, Ville neuve dont nous avons déja parlé, mais qui eft fituée dans un
autre lieu.
La Rivicre de Saghalian (e) reçoit celle de San-pira, celle de Kafin-pira,
& plufeurs autres, qui font renommées pour la péche des perles. Cette pê-
che ne demande pas beaucoup d'art. Les Pécheurs fe jettent dans ces petites
Rivières, & prennent la première huître qui fe trouve fous leur main. On
prétend qu'il n’y a pas de perles dans le Saghalian-ula; mais, fuivant les é-
clairciffemens que les Miflionaires reçurent des Mandarins du Pays, cette o-
pinion ne vient que de la profondeur de l'eau, qui ôte aux Pêcheurs la har-
diefle d'y plonger. On péche aufli des perles dans plufieurs autres petites Ri-
vières, qui fe jettent dans le Nonniula & dans le Songari telles que l’A4rom &
le Nemer, fur la route de Tfittikar à Merghen. Mais on aflûre qu'il ne s’en
trouve jamais dans les Rivières qui coulent à l’Oueft du Saghalian-ula, vers
les terres des Rufiens. Quoique ces perles foient fort vantées par les Tar-
tares, il y a beaucoup d'apparence qu'elles feroient peu eftimées des Euro-
péens, parce qu'elles ont des défauts confidérables dans la forme & dans la
couleur. L'Empereur en a plufieurs cordons de cent perles, ou plus, tou-
tes femblables, & d’une groffeur confidérable; mais elles font choifies entre des
milliers, parce qu’elles lui appartiennent toutes. Les martres du Pays font
auñi d’un grand prix parmi les ‘l'artares, parce qu'elles font d’un bon ufage
& qu’elles fe foutiennent long-tems.
Les Tartares Solons, qui vont à la chaffe des martres, font originairement
Orientaux, & fe prétendent defcendus de ceux qui échappérent, en 1204, à
la deftruétion générale dont on a rapporté l’hiftoire. Ils font plus robuftes,
plus adroits & plus braves que les autres Habitans de ces Contrées. Leurs
femmes montent à cheval, menent la charrue, chaffent le Cerf & toutes for-
tes d'animaux. On trouve un grand nombre de ces T'artares à Nierghi, Ville
allez grande, à peu de diftance du Tfitfkar & de Merghen. Les Miflionai-
res
lent He-long-kyang , ou Rivière du Dragon
(e) Cette Rivière porte divers noms en dif- {
noir; & les Rufliens la nouwment mur.
férens endroits. Elle fe nomme Onon vers fa
fource; enfuite Scbilke. Les Chinois l’appel-
res le
chaffe
net de
charg:
qu'ils
font d
noiflet
plus g
nent {(
& dan
de leur
leur er
me. |
kar les
LEs
fienne
pelle 4
quantié
gitude
au Nor
chure d
DE:
ou Nipc
king.
de la ri
récit de
princip:
qui font
à Gerb
degrés c
que les |
haut fur
Ruffiens
fa fourc.
des autr(
A ces
bitans,
LE P
Lyau-toi
un jufq
quatre d
côté-là.
(F) D'q
(g) Ou
nomment
{ur laquell
ivoient été
s dans leur
tour de ti-
Joit encore
ze de leurs
re côté de
Il né pa-
tant ralliés
t le boule-
seance, ils
écrafés par
rver la pof-
is”, qui ne
jan-ula, &
des T'arta-
| Saghalian-
iée dans un
Kafin-pira ,
Cette pe-
ces petites
main. On
vant les é-
s, cette o-
urs la har-
petites Ri-
e l’Arom &
u'il ne s’en
1-ula, vers
ar les Tar-
des Euro-
& dans la
plus, tou-
>s entre des
Pays font
bon ufage
inairement
n 1204, à
robuftes,
s. Leurs
toutes for-
ghi, Ville
Miflionai-
res
du Dragon
Amnur.
DE LA CHINE, Liv. Il. Car. ll. 459
res les virent partir le premier jour d'Oëtobre, pour aller commencer leur
chafle, vêtus de camifoles courtes & étroites de peau de loup, avec un bon.
net de la même peau & leurs arcs au dos. Ils emmenoient quelques chevaux
chargés de millet & de leurs longues robes de peau de Renard ou de Tygre;
qu'ils portent dans les tems froids, fur-tout pendant la nuit. Leurs chiens
font dreflés à la chafl:, montent fort bien dans les lieux cfcarpés, & con-
noiflent toutes les rufes des martres. La rigueur de l'Iyver, qui glace les
plus grandes rivières, ni la fcrocité des Tygres, dont les Chafleurs devien-
nent fouvent la proye, ne peuvent empêcher les Solons de retourner à ce rude
& dangereux éxercice, parce que toutes leurs richeffes confiftent dans le fruit
de leur chafle. Les plus belles peaux font réfervées pour l'Empereur, qui
leur en donne un prix fixe. Ce qui refte fe vend fort cher, dans le Pays mê-
me. Elles y fonc aflez rares, & les Mandarins ou les Marchands de Tftfi-
kar les enlèvent immédiatement,
Les bornes de ce Gouvernement, à l'Oueft & du côté de la Tartarie Ruf-
fienne , font deux rivières d’une grandeur médiocre, dont l'une, qui s’ap-
pelle Ergona (f), prend fa fource au Sud, un peu au deffous du cin-
quantième degré de latitude, & joint le Saghalian-ula à quatre degrés de lon-
gitude Eft de Peking. L'autre nommée Æigho-Kerbechi, defcend de moins loin
au Nord & tomhe auffi dans la Saghalian, un peu au Nord-Oueft de l’embou-
chure de l’Ergona.
DE cette fronticre on compte environ cinquante lieuës jufqu'a (g) Nipchu
ou MNipcheou, première Ville des Rufiens, prefqu’au même Méridien que Pe-
king. Elle eft fituée fur la rive Nord de Saghalian-ula; & fon nom lui vient
de la rivière de Nip-chu, qui fe joint à l’autre dans ce lieu. On fçait par le
récit de plufieurs Voyageurs qu’elle elt bâtie dans le goût de ‘Ifitlikar. La
principale partie de fa Garnifon eft compofée de Sibériens & de Tartares,
qui font commandés par des Officiers Ruïliens. En 1689 les Pères Thomas
& Gerbillon, Miffionaires Jéfuites, déterminèrent fa latitude à cinquante-un
degrés quarante;cinq minutes; ce qui s'accorde fort bien avec les obfervations
que les Miffionaires Géographes firent à Sughalian ula-hotun , trente lieuës plus
haut fur la rivière, dans le Pays des Tartares U/fJu-mudans. Les Domaines
Ruffiens au-delà de Nip-chu, & toute la partie du Saghalian-ula qui eft vers
fa fource, ne furent tracés fur la Carte que d'apres les récits des Mongols &
des autres T'artares de la frontière (h).
A ces éclairciffemens du Père Regis fur la Tartarie Orientale & fur fes Ha-
bitans, nous joindrons ceux dont on eft redevable au Père Gerbillon.
LE Pays des Mancheous , fuivant ce Miffionaire , et fitué au Nord de
Lyau-tong , Province la plus Orientale de la Chine. Il s’étend depuis quarante-
un jufqu’a cinquante-trois degrés de latitude du Nord; & depuis environ cent
quatre degrés de longitude (3) jufqu'à l'Océan Oriental, qui le borne de ce
côté-là. Il eft bordé au Nord par la grande rivière que les Mancheous nom-
ment
(Ch) Du Halde, Vol. IV, pag, 18. & fuiv.
(3) Ce devroit être plütôt cent quatorze
en comptant de Paris, ou cent trente-quatre
ch comptant de Ferro,
(f) D'autres écrivent Argon.
(g) Ou le Ni-po-cheou , que les Ruffiens
nomment Nerchinftoy, de la Rivière Nerchin,
fur laquelle elle eft fituée,
Mmm :
TarTarIE
DES
Mancuious,
REGr5.
Bornes dut
Gouverne-
ment de Tfit-
fikar à
l'Oueft.
Nip chu,
première Vil-
le des Ruf-
fiens,
Eclaircifte.
mens du Père
Gerbillon fur
la Tartarie Q-
rientale,
TARTARIE
DES
ManNcHEOUS.
GEUBILLON.
Idée généra-
le du Pays.
Sa divifion
en Provinces.
l'orterefle
d’Albazjn ou
Yakfa.
Embouchure
du Saghalian-
ula.
Nation des
Fiattas,
460 VOYAGES DANS L'EMPIRE
ment Saghalian-ula, les Chinois He-long-lyang , & les Ruffiens Tumur où Amur.
Au Sud, il touche au Lyau-tong & à la Corée ; & du côté de l'Oueft, au
Pays des Tartares Mongols.
Son étendue eft fort vafte de l'Eft à l'Oueft, mais il eft mal-peuplé ; fur-
tout depuis que les Empereurs de la Chine ont attiré à Peking la plus gran-
de partie de fes Habitans. Il s'y trouve néanmoins des Villes murées &
quantité de Villages ou de Hameaux, dont les Habitans s'employent à l'agri-
culture. Les principales Villes font Ula, Aykem & Ninguta, Places de Gar-
nifon, qui ont leurs Gouverneurs & d'autres Officiers civils & militaires.
C'eft dans ce Pays que les Chinois banniflent leurs Criminels, pour le re-
peupler. L'air y eft très-rude, & les terres aufli montagneufes ë auffi cou-
vertes de bois que la Nouvelle France en Amérique. Les Habitans fe logent
dans des hutes, fur le bord des rivières, & fubfiftent de la chaîfe & de la pê-
che, fur-tout ceux qui tirent le plus vers l'Orient, & qui ont quelque chofe
de barbare.
LE Pays eft divifé en Provinces, dont la plus Occidentale eft celle de So-
lon. Les Mofcovites la nomment Dawra; mais c’eft plûtôt le nom d’un Peu-
ple que celui d'un Pays. Il commence à la jonétion de l’Ergone & du Sagha-
lian-ula, fur le dernier defquels elle s'étend plus de cent cinquante lieuës vers
Ninguta. Le Gouverneur apprit à Gerbillon qu’on ne compte pas plus de dix
mil familles dans cette Province. Les Habitans font grands Chaffeurs, ha-
biles Archers, & payent leur tribut en peaux de martres. Chaque famille en
fournit deux, trois, ou plus, chaque année, füuivant le nombre de ceux qui
la compofent.
LE Pays n’a qu'une Ville, nommée Merghen ou Merghin, bâtie par l'Em-
pereur de la Chine, qui y entretient garnifon. Tout le refte n'offre que des
hutes. A la vérité les Rufliens y avoient autrefois une Fortereffe, qu'ilsnom-
moient Albagin, & qui portoit le nom de Yak/« parmi les T'artares, de celui
d’une petite rivière fur laquelle elle étoit fituée, & quife jette dans le Sagha-
lian-ula. Mais cette Fortereffe étant devenue l’occafion d'une guerre entre la
Chine & la Ruflie, parce que la Garnifon troubloit quelquefois la chafle
des Solons, fut démolie par le Traité de Nip-chu, & le territoire cédé aux
Chinois.
Depuis. Yakfa jufqu’à l'embouchure du Saghaïian-ula, dansla Mer Orien-
tale, on compte pleinement quatre cens lieuës ; du moins le Viceroi, qui avoit
fait ce voyage dans une Barque, par ordre de la Cour, en affura-t-il l'Empe-
reur. De Yakfa à Ninguta la diftance eït de cent cinquante lieuës. Plus loin,
on rencontre une Nation qui n’emploie que des chiens pour traîner fes voitu-
res, & que les Mancheous, fes voifins, nomment Meneurs de chiens (k). Ce
peuple occupe environ deux cens lieuës au long de la rivière, mais il n’en eft
pas plus nombreux. On ne lui connoît qu’un petit nombre de hameaux, fitués
à la chûte de quelque petite rivière dans ie Saghalian-ula.
EN continuant de fuivre le même fleuve jufqu’a la Mer, on trouve une
autre Nation, nommée f'iattu où Fiatta (1) dont le langage n'a pas de Len
blance
(k) Par leurfituation, ces Peuples doivent gue des Kechins. Peut-être m'eft-ce quelenom
être les T'artares Kechins. d'une des deux Nations, qu'on donne par Cet-
(1) On a vû ci-deflus que Fiatta eft lalan- te raifon à fa langue.
blanée
des M:
blent bd
font vé
(mn) pa
font de
qu'ils r4
Sauvagd
troncs «
des Bar
On ne
lian-ula
qu'il n
licuës.
GER
ue les
éfert ,
gari fo
nent le 1
tres dan
Ninguta
Au
le une
Cette I
ans le
fource ,
fort d’u
& fon c
bitans d
& quie
traîneau
élans, ©
les peau
dans le}
lorfqu'il
A lé
autres À
Chine,
pour Pa
gulier,
Ciel (4)
(m) C
Cu) L
ce Pays
les Taitar
bitent ég:
les dernie
ula jufqu’
ou Æ#mur.
Oueft, au
iplé ; fur-
plus gran-
murées &
nt à l’agri-
>s de Gar-
militaires.
our le re-
aufi cou-
s fe logent
: de la pé-
que chofe
elle de So-
_ d'un Peu-
du Sagha-
licuës vers
plus de dix
Teurs, ha-
famille en
> ceux qui
par l’Em-
re que des
qu'ilsnom-
, de celui
s le Sagha-
e entre la
la chafle
cédé aux
er Orien-
, qui avoit
il l'Empe-
Plus loin,
fes voitu-
s (k). Ce
il n’en eft
ux, fitués
ouve une
de reffem-
blance
que le nom
nne par Cet-
DE LA
blanée avec celui de la Nation voifine, comme l'un & l'autre diffère de celui
des Mancheous. Suivant la defcription qu'on fait des Kiattas , ils reflem-
blent beaucoup aux Iroquois de l'Amérique. Ils vivent de leur péche, & ne
font vêtus que de peaux de poiflons, ce qui les a fait nommer Lyu-pis
Çn) par les Chinois. Ils n’entendent pas l'agriculture. Leurs habitations
ont des hutes, dans lefquelles ils vivent fans Roi, ou fans Souverain, quoi-
qu'ils reconnoiflent un Chef, auquel ils obéiflent, à-peu-près comme les
Sauvages du Canada. Ils ont des Canots, compofés d'écorce d'arbre ou de
troncs creufés. Ceux qui habitent la Çôte maritime font fouvent vifités par
des Barques qui viennent de quelques Ifles à l'embouchure de la Rivière.
On ne donne pas, dans cet endroit, plus de trois lieuës de large au Sagha-
lian-ula; mais il eft fort profond dans toutes fes parties , & navigable, lorf-
qu'il n'eft pas glacé, jufqu'a Nipchu, c’eft-à-dire l'efpace de cinq cens
lieuës.
GERBILLON apprit du Viceroi qu’à l'Eft de cette Rivière tout le Pays
CHINE, Liv. II Cuar. I. 461
qe les T'artares appellent Songari, & les Rufliens Singola, n'eft qu'un vafte l'E
éfert, rempli de montagnes & de forêts (1), mais que les bords du Son-
gari font habités néanmoins par des Mancheous, auxquels les Rufliens don-
nent le nom de Duchari (o). En Hyver ces Peuples vont à la chaffe des mar-
tres dans leurs grandes forêts, & reviennent pañler l'Eté aux environs de
Ninguta. .
Au Nord du Saghalian-ula, environ cent lieuës au-deffous de Yak-fa, cou-
le une Rivière que les Mancheous nomment Chi-kiri , & les Rufliens Zia.
Cette Rivière a une demi-lieuë de largeur, vers l’endroit où elle fe jette
ans le Saghalian-ula ]. On raconte qu'il faut deux mois pour remonter à fa
fource, mais qu’on n'emploie pas plus de quinze jours pour revenir. Elle
fort d’une chaîne de montagnes, qui fert de limites entre les deux Empires,
& fon cours eft fort rapide vers le Sud. Les Mancheous donnent aux Ha-
bitans de fes bords le nom d’Orochons , tiré d’un animal qui fe nomme Oron ,
& qui eft une forte de petit daim, dont les Orochons fe fervent pour leurs
traîneaux. L’Auteur en vit un dans le parc de l'Empereur. Il y vit aufi des
élans, qui font fort communs dans ce Pays & dans celui des Solons. Les bel-
les peaux de martres, celles d'Ermine grife & de Renard noir, fe trouvent
dans le Pays desChi-kiris. Les Rufliens ne manquoient pas de ces belles peaux
lorfqu’ils étoient en pofleffion de Yakfa.
À l'égard des Mancheous mêmes, qui font comme Seigneurs de toutes les
autres Nations de la Tartarie Orientale, & dont le Chef eft l'Empereur de la
Chine, les Ruffiens leur donnent le nom de Bogdoys (p). Ils peuvent pañler
pour Payens, quoiqu'ils n’ayent pas de Temples, ni d'Idoles, ni de culte re-
gulier, & que dans leur langageils n'adreflent de facrifices qu'à l'Empereur du
Ciel (4). Ils rendent à leurs Ancêtres une vénération mêlée de pratiques fu-
perftitieufes,
(m) Ce mot fignifie Peau de poiffon.
(x) Les Miffionaires qui pénétrèrent dans
ce Pays &qui en ont fait la Carte, difent que
les Taitares Yupis & les Tartares Kechins ha-
bitent également à l'Eft du Songari ; mais que
les derniers occupent les bords du Saghalian-
ula jufqu’à fon embouchure,
Co) Avril dit (pag. 146.):,, Cette Province
» de Bogdoi eit nommée par les Ruffiens ,
,, Diurbari; & par les Mongols, Diurski.
(p) ils appellent l'Émpereur, Bogdoy-kan;
& Aimolon Bogdoy-kan. |
(ga) Leur religion eft la mêine à peu pres
que celle qui eft établie à 14 Chine,
Mmm 3
TanuTanie
DES
Maxenrorus,
Gi hBILLON.
Cours du
Saghalian-ula.
Déferts à
‘If
Rivière de
Chikiri ou de
Zia.
Comment les
Ruffiens nom-
mentles Man-
cheous,
TARTARIE
DES
MTANCHEOUS.
. GERBILLON.
Témoignage
de Bentink fur
cs Man-
cheous.
Ufage com-
mun des lan-
gues Chinoi-
fes &'TFarta-
tes.
Ouvrages &
Dictionaire
Tartarcs.
Ordre & di-
vifion du Dic-
tionaire,
VOYAGES DANS L'EMPIRE
perflitieufes. Depuis qu’ils font entrés à la Chine, quelques-uns ont embraffé
les fectes Idolätres; mais la plûüpart demeurent fort attachés à leur ancienne
Religion, qu'ils refpectent comme le fondement de leur Empire & comme la
fource de leur profpérité (7).
Suivant Bentink, les l'artares Orientaux ou Mancheous, qu'il appelle Mon-
gols de l'Eft, éxercent prefque tous l'agriculture, & reffemblent parfaitement
à ceux de l'Oucit, excepté qu'ils fort plus civilifés & plus blancs, fur-tout les
femmes, entre lefquelles il s'en trouve un grand nombre qui pourroient pafler
pour belles dans tous les Pays du monde. La plüpart ont des habitations fi-
xes, c'eft-à-dire des Villes & des Villages. Leur religion, ajoute le même
Auteur, n'eft ni celle de o, ni celle des Chinois. Le peu qu’ils enont cft un
mélange de l'un & de l’autre, réduit à quelques cérémonies noéturnes, qui
favorifent plus, ditBentink, la forcellerie que la religion (5): Leur langage
n’eft aufli qu'un mélange de Chinois & d’ancien Mogol, qui n'a prefque au-
cun rapport avec celui des Mogols Occidentaux (+).
74
(5) Hifloire des Turcs & des Monzois,
(r) Du Tlalle, Vol. IV. pag. 42. & fuiv,
Vol. I pag. 503. & fuiv.
(s) Cet Auteur paroit ici mal informé.
Remarques Jur le langage des Tartares Mancheous.
OUS le Gouvernement Tartare qui fubfifte aujourd'hui, l'ufage de ja lan-
gue Mancheou eft aufli commun à la Cour que celui de la langue Chinoi-
fe. . Tous les aëétes publics du Confeil Impérial ou des Cours fuprèmes de Juf:
tice font écrits dans les deux langues. Cependant le Mancheou commence à
décliner, & fe perdroit apparemment fi les Tartares n'employoient toutes
fortes de précautions pour le conferver. Ils commencèrent, fous le régne
de Chun-chi, à traduire les Claffiques Chinois & à compiler les Diétionaires en
ordre alphabétique; mais s'étant fervis des caraëtères Chinois, dont les fons
& même le fens ne peuvent être exprimés par la langue Tartare, cet ouvrage
eut peu d'utilité. L'Empereur Âarg-hi, au commencement de fon régne,
créa dans fa Capitale un office des meilleurs Grammairiens des deux Nations,
dont les uns devoient traduire les Hiftoires & les Claffiques qui n’avoient pas
été finis, tandis que les autres s’attacheroient aux Orateurs, & compoferoient
fur-tout un Diétionaire dans les deux langues. Cette commiflion fut éxécutée
avec une diligence furprenante. Lorfqu’il naifloit quelque doute aux Traduc-
teurs, ils devoient confulter les Anciens des huit Banières T'artares. S'ils
n'étoient pas fatisfaits de la réponfe, ils s’adrefloient à ceux qui étoient nou-
vellement arrivés du fond de la T'artarie. On propofa des récompenfes pour
ceux qui fourniroient des mots au Diétionaire. Après en avoir recueilli un
fr grand nombre, qu’il n’en devoit pas refter beaucoup pour un fupplément,
on prit foin de les rañger en différentes claffes.
La première regarde les Cieux ; la feconde, le tems ; la troifième [ la terre fé"
&laquatrième, |l'Empereur. Enfuite les autres appartiennent au Gouvernement
des Mandarins, aux cérémonies, aux coûtumes, à la mufique, aux livres, à la
guerre, à lachaffe, à l’homme, à la terre, à la foie, aux étoffes, aux habits ,aux
inftrumens, autravail, aux ouvriers, aux écorces, au boire & au manger, aux
grains, aux herbes, aux oifeaux, aux animaux farouches & privés, aux poiffons,
aux
_vaifes qu
aux inf
écrit @
plicatic
aifé. F
livre cf
feachar
par des
CE «
c’eft qu
éxemp!
diten !
prefïon
répétitic
Ge dans
le d'un:
forme u
Miffon:
qu'eux,
peuvent
Jeurs mo
fans obfc
que fur d
UNE
le moyen
roit autre
maux doi
langue
vrier, d’
de la que
long, la
exprime t
petits qu
deux bou
té commd
du corps
blanc, c*
rière, c’e
un Chi-ker
c'eitun À
ne Nieghe)
ze, ils fe
gon. Ilen
prime deu
Les d
ple, cet
pliés que
pour fon :
embraffé
ancienne
Lomme la
le Mon-
faitement
r-tout les
ent pañler
ations fi-
le même
ont cftun
rnes, qui
ir langage
refque au-
. Rfnnrale
) aV4ONIOS ,
de ja lan-
ue Chinoi-
ces de Juf:
mmence à
ent toutes
s le régne
onaires en
at les fons
t ouvrage
on régne,
Nations,
voient pas
poferoient
éxécutée
x ‘Lraduc-
res. S'ils
oient nou-
enfes pour
cueilli un
pplément,
[la terre .W*
rernement
vres, à la
1abits , aux
Anger , aux
x poiffons ,
aux
” vaifes qualités d’un chien.
DE LA CHINE, Liv. IL Car. III. ;
ns)
auxinfectes, &c. Les clafles font divifées en chapitres & en articles. Chaque mor,
écrit en grands caraétéres, a fous lui, en petites lettres, fa définition, fon ex.
plication & fes ufages. Les explications font nettes, élésantes & dans unftile
aifé. Flles peuvenc fervir de modéles pour bien écrire. Maïs comme ce fameux
livre cft en langue & en caractères T'artares, fon utilité fe borne à ceux qui,
feachant déja la langue, cherchent à s’y perfeétionner, ou veulent l’enrichir
par des traduétions.
CE que cette langue a de plus fingulier, comparée à la langue Françoife,
c’eft que le verbe différe aufli fouvent que le fubftantif qu'il gouverne. Par
éxemple, le verbe faire change autant de fois que le fubftantif qui le fuit. On
dit en François, faire un vers, faire une peinture, faire une flatue, c'eft une ex-
prelion commode que les Tartares ne peuvent fupporter. Ils pardonnent la
répétition d’un même verbe dans le difcours familier; mais, dans un Auteur,
Ge dans leurs écrits mêmes les plus fimples, ils la trouvent inexcufable. Cel-
le d'un même mot gans l’efpace de deux lignes n’eft pas plus pardonnée. Elle
forme une monotonie qui choque les oreilles. Ils fe mettent à rire lorfqu’un
Mifonaire Jlifant nos livres, ils entendent revenir fouvent, gwe, qu'ils,
qu'eux, &c. En vain leur dit-on que c’eit le génie de la langu® Françoife. Ils
peuvent à la vérité fe pañler de ce fecours dans la leur, car le feul ordre de
LANGUE
DES
MANCHEOUS,
Singularités
de la langue
lautare.
leurs mots produit le même effet pour les faire entendre, fans équivoque & :
fans obfeurité. Aufñli ne connoiflent-ils pas les pointes infipides qui ne roulent
que fur des jeux de mots.
UNE autre fingularité de leur langue, c’eft fon abondance, qui leur donne
le moyen d'exprimer clairement & d’une manière précife ce qui demande-
roit autrement beaucoup d'étendue. Par éxemple, quoiqu'entre tous les ani-
maux domeftiques le chien foit celui qui fournifle le moins de mots dans la
Jangue Tartare, elle en a plufieurs, outre ceux de chien, de mûtin, de lé-
vrier, d'épagneul &c, pour exprimer l’âge, le poil & les bonnes ou les mau-
Veut-on dire qu’un chien a le poil des oreilles &
de la queue fort long & fort épais? c’eft aflez du mot Tuyha. A-t-il le mufeau
long, la queue de même, les oreilles grandes & les lévres pendantes? 7010
exprime toutes ces qualités. S'il s’accouple avec une chienne ordinaire, les
petits qui en viennent fe nomment Pefaris. Un chien ou une chienne qui a
deux boucles jaunes au-deffus des paupières, s'appelle Turbe. S'il eft marque-
té comme le leopard, on le nomme Auri. S'il a le mufeau tacheté & le refte
du corps d'une même couleur, on l’appelle Palta. S'il a le col entièrement
blanc, c’eft un Cha-ku. S'il a fur la tête quelques poils qui tombent par der-
rière, c’eft un Xalia. Si fa prunelle eft moitié blanche & moitié bleue, c'eft
un Chi-keri. S'il eft bas, s’il a les jamhes courtes & trapues, & le col long,
c'eitun Kapari. Le nom commun d'un chien eft Zndagon, & celui d’une chien-
ne Nieghen. L£s petits à fept mois s'appellent Niacha. Depuis fept jufqu’a on-
ze, ils fe nomment Nukere. À feize mois ils prennent le nom général d’Znda-
gon. Il en eft de même de leurs qualités, bonnes & mauvaifes. Un mot en ex-
prime deux ou trois enfemble,
Les détails feroient infinis furles autresanimaux. Pour le cheval, par éxem-
ple, cet animal favori des Tartares, les noms ont été vingt fois plus multi-
pliés que pour le chien. Il y en a non-feulement pour fes différentes couleurs,
pour fon âge & pour toutes fes qualités, mais encore pour fes divers mouve-
mens:
Richeffe de
lalangue Tar-
tarc,
Combien de
mots pour ex-
primer un
chien.
Ilyena
Leaucoüp plus
pour le che-
val,
EE
LANGAGE
DES
MANCHEOUS.
Quatre ma-
nières d'écri-
re des Man-
cheous.
Première.
Seconde.
Lroifième.
OA
Quatriemce.
464 VOYAGES DANS L'EMPIRE
mens: [ fi étant attaché il ne peut demeurer en repos: s’il fe détache & courtiée
en toute liberté, s'il cherche Compagnie, s’il eft épouvanté de la chûte du Ca-
valier, ou de la rencontre fubite d'une bête fauvage ; s'il eft monté, com-
bien de fécouffes différentes il fait éprouver au Cavalier, Pour tout cela & pour
beaucoup d’autres chofes , il y a des (4) mots uniquement deitinés à les expri-
mer.] On ne décideroit pas aifément fi cette étrange abondance eft un orne-
ment ou un embarras (2) dans une langue. Mais d'où les Tartares ont-ils pû
tirer cette multitude furprenante de noms & de termes pour exprimer leurs
idées? Ce n’eft pas de leurs voifins. À l'Oueft ils ont les ‘l'artares Mongols,
mais à peine fe trouve-t-il huit mots qui fe reffemblent dans les deux langues ;
encore l'origine en eft-elle incertaine. AlEIE, jufqu'àla Mer, iis ont quelques
petites Nations fauvages, dont ils n'entendent point ie langage, non plusque
celui de leurs voifins au Nord. Du côté du Sud, ce font Ks Coréliens; mais
le langage & les caraëtcres de la Corée étant Chinois n’ont aucune reff:mblan-
ce avec ceux de la T'artaric. .
Les ‘Tlartares Mancheous ont quatre manières d'écrire, quoiqu'ils n’ayent
qu'une forte de caraétères (c). La premicre, qui fert à graver des infcriptions
fur la pierre ou fur le bois, demande un jour entier pour en écrire foigneule-
ment vingt ou vingt-cinq lignes, fur-tout lorfqu'elles doivent étre vûes de
l'Empereur. Si les traits du pinceau font d’une main pefante, qui les rend
trop larges & trop pleins, s’il leur manque de la netteté, fi les mots font
preflés ou inégaux, l'ouvrage doit être recommencé. On n’y fouffre point de
renvois, ni d'additions marginales. Ce feroit manquer de refpect pour le Sou-
verain. Les Infpecteurs de l'ouvrage rejettent toutes les feuilles où l’on apper-
çoit la moindre faute.
LA feconde méthode eff fort jolie, & peu différente de la premicre, quoi.
u’elle foit beaucoup plus aifée. Elle n’oblige pas de marquer d’un double trait
les finales de chaque mot, ni de retoucher ce qui eft une fois écrit, quand le
trait {croit trop épais ou trop mince.
LA troifième manicre eft plus différente de la feconde que celle-ci ne l'eft
de la première. C’eft l'écriture courante. Elle @ft fi prompte que les deux côtés
de la feuille font bien-tôt remplis. Comme les pinceaux du Pays prennent beau-
coup mieux l'encre que nos plumes, on perd moins de tems à les tremper, Si
l'on diéte à quelqu'Ecrivain, on eft furpris de la viteffe avec laquelle on voit
courir le pinceau. Ce caraëtère eft fort en ufage pour les mémoires, les pro-
cédures de la Juftice & les affaires communes. Les trois méthodes préceden-
tes ne font pas d’une égale fincfle, mais elles font également lifibles.
LA quatrième eff la plus groflière, quoique la plus courte & la plus com-
mode pour un Auteur, & pour ceux qui ont des extraits à faire ou quel-
que chofe à copier. Il faut fçavoir que dans l'écriture T'artare il ÿ a toûjours
un
(a) En ccla le Manchcou reffemble à l'A. qu'elle rend la languc plus concife & plus ex.
rabe, qui exprime les anissaux &les chofes, preflive, & qu’elle ct une grande varicté
fous différentes idées, par des mots difiérens, dans les fons.
C'eft ainfi que l'Arabc à mille mots pour cx- (c ) Les caraétères Tartares ou Mancheo:
prier un cheval, un chameau, &c, cinqgcens font originairement les lettres d'Oigur ou F1:
four du lait, une épée, &c. gor, qui font en ufage, avec quelques difit-
Ve * b 1 F 1, & Ynmnralnoc 1
(b) Eile peut être unembarras; maisen rences, parmiles Mongois & les Peuples qu
auicme tems elle eft un grand ornement, ence ‘Tibet & du Bengale.
un £
‘de ce
les a
pend
omis
fie n
à la k
la vo
O
une
les dé
pour
natur
l’autr
IL
autre
fils a!
impo
de fo
res.
il n’a
tingu
annea
ce de
der qt
nombi
me ce
Enfin
reille :
lemen
LE
pouvo
fur le
dictée
toient
ils ne
tion n
mots ;
dans f
une ve
feriand
mence
P&
ropéer
caract
he & courtié=
hûte du Ca-
nté , com-
cela & pour
à les expri-
eft un orne-
s ont-ils pû
primer leurs
ss Mongols,
ux langues ;
ont queiques
on plus que
:{1ens ; MAIS
reffemblan-
q'ils n’ayent
infcriptions
: foigneufe-
tre vûes de
qui les rend
$ mots font
fre point de
our le Sou-
1 l'on apper-
nière, quoi-
double trait
it, quand le
e-ci ne left
2s deux cûtés
enncnt beau-
tremper, Si
elle on voit
es, Îles pro-
es préceden-
vs
5
la plus com-
ire ou quel.
y a toûjours
un
cife & plus ex-
brand varicté
ou Mancheou;
l'Oigur ou F1.
quelques difit-
les Peuples du
DE LA CHINE, Liv. IL. Cirar. Nil. 465
un grand trait qui tombe perpendiculairement du haut au bas dumot. A gauche
de ce trait, on en ajoûte un comme en dents defcie, quifaic les quatre voyel-
les a, e, i, 0, diftinguées l'une de l’autre par des points à droite de la per-
pendiculaire. Un point oppofé à la dent forme la voyelle e. Si ce point eft
omis, c’eft la voyelle 4. Un point, à gauche d’un mot, près de ladent, figni-
fie n, & l’on doit lire alors ne. Si le point eft oppofé à droite, on lit no. Si,
à la droite d’un mot, on trouve un o à la place d'un point, cet o marque que
la voyelle eft afpirée, & qu'il faut lire ho, he, comme en Efpagnol.
ON fe fert ordinairement d’un pinceau ; quoiqu’on emploie quelquefois auffi
une forte de plume, compofée de Bambou , & taillée à-peu-près comme cel-
les de l'Europe. On commence par tremper le papicr dans de l’eau d’alun,
pour empêcher qu’il ne boive l'encre. Les caraétères Tartares font de telle
nature, qu’ils ne font pas moins lifibles de travers, en remontant, que de
l'autre côté.
IL n'y a point de Tartare qui ne préfère fa langue naturelle à toutes les
autres, & qui ne la croie la plus élégante & la plus riche du monde. Le
fils aîné de l'Empereur, à l’âge de trente-cinq ans, s’imaginoit qu’il étoit
impoñible de rendre le fens de la langue T'artare, & plus encore la Majefté
de fon ftile, en aucune des langues Européennes. Il les traitoit de barba-
res. La relieure de nos livres & nos gravûres lui plaifoient beaucoup, mais
il n’avoit que du dégoût pour nos lettres. Ils les trouvoit petites & mal dis-
tinguées. Il prétendoit qu’elles formoient une efpèce de chaîne, dont les
anneaux étoient irrégulièrement entrelacés, & qu’elles reflembloient à la tra-
ce des pieds d’une mouche fur une table poudreufe. Il ne pouvoit fe perfua-
der que des caraëtères de cette nature fuflent capables d'exprimer un grand
nombre de penfées & d’aétions, & tant de chofes mortes ou vivantes; com-
me ceux des Chinois & des l'artares, qui font clairs, diftinéts & gracieux.
Enfin, il foutenoit que fa langue étoit forte, majeftueufe & très-agréable à l’o-
reille; au-lieu que dans le langage des Miffionaires il n’entendoit qu'un gazouil-
lement continuel, fort approchant du jargon de Fo-kyen.
Le Père Parennin, pour convaincre ce Prince que les langues de l’Europe
pouvoient exprimer tout ce qui étoit prononcé en langue Tartare, traduifit
fur le champ, en latin, une lettre au Père Suarez (d), que le Prince avoit
dictée dans fa propre langue. Il lui fit confeffer que les caraëétères Romains é-
toient préférables à ceux de la Tartarie, parce que malgré leur petit nombre
ils ne laiflent pas d'exprimer quantité de mots Chinois & l'artares quefa Na-
ton ne peut écrire avec fes caractères. Il lui propofa pour éxemples les
mots prendre, platine, griffon, friand, qu'il fut impolñfible au Prince d'écrire
dans fa langue, parce que le ‘l'artare n'admettant point deux confonnes fans
une voyelle au milieu, il ne pouvoit rendre que perendre, pelatine, geriffon &
feriand. L'Auteur lui fit encore obferver que les ‘l'artares ne pouvoient com-
mencer aucun mot par les lettres B & D, & qu'ils étoient forcés de fubftituer
P & T, comme dans Beflia & Deus, qu'ils écrivent Peflia & Teus. Les Eu-
ropéens ayant une infinité d’autres fons qui ne peuvent être exprimés par les
caractcres ‘l'artares, quoiqu'un T'artare puiffe les prononcer, Parennin con-
clut
(4) Los Chinois anpelloient le Pere Suarez Su-lin,
R II ' Pa LE N nn
LANGAGE
DES
MaNCHLOUst
Pinceaux &
papier,
Obfervations
entre le Prin-
ce héréditaire
de la Chine &
le Père Paren-
nin, furles
langues Eurc-
péennes &
"L'attares.
LANGAGE
| LES
MANcHEOUS,
466 VOYAGES DANS L'EMPIRE
clut que l'alphabet François avoit beaucoup d'avantage fur celui de la Tar-
tarie (e).
IL objeéta d'ailleurs que chez les T'artares la voyelle e eft toûjours ouverte
qu'à l'exception de certains mots, où elle fe trouve après n, elle n'eft jamais
ce que nous appellons muette; & que dans ce dernier cas elle n'eft'diftinguée
par aucune marque. Il confeffa que le même défaut fe trouve dans la langue
Cuinoife, & que les ‘l'artares ayant la lettre r, leur langue à de l'avantage fur
celle de la Chine pour exprimer les noms étrangers; mais il foutint que la
langue ‘l'artare en elle-méme n'eft pas propre pour le ftile court & laconique ;
qu'elle a des mots trop iongs & peu convenables par conféquent à la Poëlie,
Il ajoûta qu'elle a peu de tranfiions, & que celles même qu’elle a ne font pas
affez fenübles; que les plus grands efprits ne peuvent furmonter cette difficul-
té, & demeurent fouvent dans l'embarras pour lier leurs phrafes; qu'après y
avoir penfé long-tems, ils fe voient fouvent obligés d'effacer ce qu'ils ont
écrit, fans en apporter d'autre raifon que le mauvais fon ou la dureté d’une
expreflion, l’impropriété du cour & le défaut de connexion. Le Prince ne put
défavouer que fa langue ne fut fujette à ces inconvéniens. Mais il prétendit
qu'elle ne les avoit pas dans la converfation, où le difcours lui paroïffoit fort
coulant. Parennin le pria d’obferver que ceux qui ne poflédoient pas comme
lui la langue T'artare allongeoient beaucoup les finales, & qu’ils ajoûtoient
fouvént le mot Tala, quoiqu'il ne fignifie rien; qu'ils s’applaudifloient beau-
coup lorfqu'ils n’avoient répeté que deux ou trois fois ce mot dans une conver-
fation ; que ceux qui étoient arrivés nouvellement du centre de la Tartarie en
ufoient auffi fréquemment que les autres; ce qui prouvoit affez que les Tar-
tares manquoient de tranfitions ; enfin que les Auteurs n'ofant employer le mot
de Yala dans les ouvrages de quelque élégance, fur-tout depuis que l'Empe-
reur l'avoit condamné en ceflant de s'en fervir, ils étoient fort embaraflés à
pafer d'un fujet à l’autre.
LE Princerépondit, en fouriant, que le combat n'étoit pas égal, parcequ'il
n'avoit jamais Cté en Europe; mais que s'il eut fait cé voyage, ilferoit reve-
nu aflez bien inftruit des défauts de la langue françoife pour confondre les Mif-
fionaires. Parennin repliqua que le Prince auroit pû fe tromper dans cette
cfpérince, parce que les François avoient formé une Academie dans la feule
vüe de réformer & de perfectionner la langue. Mais ayant été forcé de conve-
nir,
(e) L'Auteur Anglois n’eft point ici de l'a.
vis du l'ére Parennin, parce que les l'rançois,:
ditil, n'ont pas le ch, le kb, lea & li, que
les Manchcous ont dansleur langue; & quoi-
qu'ils fubflituent des lettres pour exprimer
ces fons, comme tcb pour ch, 04 pour w,
dgi pour ji, ils’imagin:, ajoûte-t il, qu'ils ne
peuvent parwcnirà la vraie prononciation; au-
licu que le Prince pouvoit prononcer les fons
e,.f, b & d, quoiqu'il nepütles écrire. Mais
le Prince ne pouvoit-il pas y fuppléer dans l'é.
criture par des combinaifons d’autres caraété-
res, coimince font les François, & comme ont
fait les Maincheous mêmes, puifque les lettres
d'Ojjur où F'igur dont ils fe fervent n'étoient
qu'au nombre de quatorze dans l'origine ?
( Voyez l'Hiftoire des Turcs & des Mogols,
dans la Préface du Traduéteur Anglois pag.
22.) Comme on lit ici que les Mincheous ont
plus de caraétères que les François, peut être
en ontils autant que les Peup'es du ‘Fibet,
qui fe fervent des mêines caractères avec quel-
ques différences, & qui ont trente confones
& quatre voyelles. (Voyez Aa eruditorum,
TXLPI. Sept. 1722, pag. 415.) Ainti, ajoûte
lPAuteur Angiois, la langue Mancheou fem-
ble préférable à cet égard au François, dont
l'alphabet eft un des moins propres de l'Europe
à l'expreffion des fons Orientaux. Posez cle
deffus ce qu'on en a déja dit, &l'Hiftoire gé*
nérale des l'urcs, &c, pag. 27.
héréc
gues
eftim:
au CI
,
entre]
Math
Journ:
dans |
lettres
fées d
à Lon
Halde
vrage
centre
ge de
partie
L’'E
fée un
glé de
Pekin
ouver
beauc
tres,
narqu
que d
tège (
la Tar-
ouverte,
ft jamais
iftinguée
la langue
ntage fur
it que la
conique ;
la Poëfie,
font pas
: difficul-
u'après y
qu'ils ont
té d’une
ce ne put
Drétendit
Moit fort
comme
joûcoient
nt beau-
> conver-
rtarie en
les T'ar-
r le mot
l'Empe-
araflés à
arce qu'il
Dit reve-
les Mif-
hs cette
la feule
£ conve-
nir,
Mogols,
rlois pag.
ieous ont
peut être
u ‘libet,
vec quel-
confones
sditorum,
, ajoûte
cou fein-
is, dont
l’Europe
"0 yes Ci-
toire gé»
nir, fur une autre queftion qu’on lui fit, que les François ont emprunté quan-
tité de termes des autres Nations, fur-tout en matière d'Arts & de Sciences,
le Prince s’écria que la viétoire étoit à lui: ,, Pour nous, lui dit-il, nous n'a.
» Vons emprunté que fort peu de mots des Mongols, & moins encore des
,»» Chinois, & nous les avons naturalifés par des teriminaifons. Vous faites
» gloire appareminent de vous être enrichis des dépouilles de vos voifins. En
» Vérité, vous avez bonne grace après cela de reprocher des bagatelles à la
», langue T'artare, ;
CepexDanrT les réponfes du Père Parennin fatisfirent affez le Prince
héréditaire de la Chine pour lui faire prendre une meilleure opinion des Jan-
gucs de l'Europe. Il promit même de leur donner le premier rang dans fon
citime après la fienne. A la vérité, il panchoit à donner la feconde place
au Chinois ; mais le Mifionaire protefta fortement contre cette idée, en al-
léguant la multitude d’équivoques dont cette langue eit remplie (f).
Cf) Du Halde Vol. IV. pig. 77. & fuiv.
6. IL
l’oyage dans la Tüartarie Orientale en 1682, par le Père
l'erdinand VERBIEST, Féfuie.
N doit reconnoître un nom, déjà célèbre dans ce recueil. Ce fut à Ja
O fuite de Xang-hi, dernier Empereur de la Chine, que le Père Verbicit
entreprit le voyage de la Tartarie. Il toit alors Préfident du Tribunal des
Mathématiques de Peking. Peu d'années après, il fit pafler en Europe le
Journal de fon entreprife, & celui d'un autre voyage qu'il fit l’année fuivante
dans la Tartarie Orientale (4). Les Auteurs Anglois jugent que les deux
lettres où ces Journaux font contenus furent écrites en latin, d’où étant pas-
fées d’abord en françois elles furent bientôt traduites en Anglois & publiées
à Londres en 1687, avec une relation de k Floride par Sso. Le Père du
Halde les a placées dans fa defcription de la Chine & de la Tartarie. L’ou-
vrage eft court, mais curieux. C’eft la feule relation connue d'un voyage au
centre de la Tartarie Orientale. Isbrand Ides, & ceux qui ont fait.le voya-
ge de la Rufñie à la Chine par la même route, n’ont traverfé que certaines
parties de la T'artarie Occidentale.
L'EMPEREUR fe mit en marche le 23 de Mars 1682, après avoir appai-
fé une révolte par le fupplice de trois Rois. Un des trois Kebelles fut étran-
glé dans une Province qu'il avoit conquife. Un autre, ayant été conduit à
Peking avec fes Principaux Partifans, fut coupé en piéces, dans une Place
ouverte, par divers Mandarins, dont il avoit fait mourir les parens avec
beaucoup de barbarie, Le troifième, qui avoit fervi de chef aux deux au-
tres, fe tua lui-même ; & telle fut la fin d'une gucrre de fept ans. Ie Mo-
narque Chinois prit avec lui, dans le voyage, fon fils aîné, qui n’étoit âgé
que de dix ans, & fe fit accompagner des trois premières Reines. Son cor-
tége étoit compofé des principaux Regules , des Grands de la Cour & des
premiers
a) Angl, dans la Tartarie Occidentale, R, d. FE,
Nan 2
DE LA CHINE, Lav. Il Car. LL 467
*
LANGAGE
DES
Maxcurous,
Conciufici:
de l'entretien
du Prince &
de Parennin,
VERRPIEST,
1682.
Introduction,
Dépsrt de
l'Auteur,
Repos que
l'Enpereut
S Ctuit pros
curé pout fon
voyage,
|
Î
VERBIEST.
1682.
A quoi Ver-
biett devoit
être employé.
Route par
des Pays dé-
ferts,
Pourquoi
les Villes y
font détruites.
l'ort de Chan-
Kay.
168 VOYAGES DANS L'EMPIRE
,
premiers Mandarins de tous les Ordres. L'équipage étoit fi nombreux, qu'on
y comptoit plus de fept mille perfonnes. |
Sa Majeîté defira que Verbieft fût du voyage, & fans cefle près de fa per-
fonne, pour obferver en fa préfence la difpofition dés Cieux, l'élévation du
Pole , les hauteurs des montagnes & les diftances des places. Elle le char-
gea auñfi de lui expliquer les météores, & d’autres matières de Phyfique &
de Mathématique. Dans cette vûe elle donna des ordres pour faire porter
fur des chevaux les Inftrumens néceflaires à ces opérations. Elle recomman-
da le Miffionaire au Prince fon oncle, qui étant aufi fon beau-père & 1a
feconde perfonne de l'Etat, portoit un nom qui fignifioit affècié à l'Empire.
Ce Prince reçut la commiflion de fournir toutes fortes de commodités au
Père Verbieft. 1l le logea dans fa propre tente & le fit manger à fa table,
D'un autre côté l'Empereur lui fit donner dix chevaux de fa propre écurie,
pour en changer dans le voyage. Il y en avoit un que Sa Majefté avoit
monté elle-même ; ce qui pale à la Chine pour une marque de la plus haute
diftinétion.
La route étoit au Nord-Eft. De Peking à Lyau-tong , où l'on compte
environ trois cens milles, elle eft affez unie. Les quatre cens milles qu’on
fait dans cette Province font plus inégaux, à caufe des montagnes. Au-
delà de Lyau-tong , il en refte quatre cens beaucoup plus difficiles, par des
montagnes fort efcarpées, des vallées très-profondes, & quelquefois par des
plaines défertes, où l’on marche deux ou trois jours fans rencontrer la moin-
dre chofe. Les montagnes, à l’Eft, font couvertes de gros chênes & de
forêts qui n’ont point été coupées depuis plufieurs fiécles.
Tour le Pays, au-delà de Lyau-tong, eft un véritable défert, On n'y
voit autour de foi que des montagnes & des vallées fans habitans, qui fer-
vent de retraite aux ours, aux tygres & à d’autres bêtes féroces, A peine y
trouve-t-on quelques miférables hutes fur les bords des Rivières & des tor-
rens. Dans Lyau-tong même, les Villes & les Bourgs, quoiqu’en aflez
grand nombre, n'offrent que des ruines & des tas de pierres au milieu des
ronces. Si l’on a bâti depuis peu quelques maifons dans l'enceinte de ces
Villes, les unes font de terre, les autres du débris des anciens édifices, mais
Ja plûpart couvertes de chaume & fans ordre. Il ne refte pas la moindre
trace de quantité de Bourgs & de Villages, dont la Province étoit remplie
avant les guerres. Le petit Prince Tartire, qui commença les hoftilités
avec fort peu de troupes, s’étoit fait une régle de prendre les Habitans de
toutes ces Places pour recruter fon armée. Enfüite il détruifoit les édifices,
pour ôter à fes Soldats l'efpérance de retourner dans leur patrie.
Dans l’efpace de trois mois, la Caravane Impériale fit trois ou quatre
cens lieuës au Nord-Eft. Elle n'employa pas moins de tems à fon retour.
Son premier féjour fut à Chankay (b), Fort fitué entre la Mer du Sud & les
moncagnes du Nord. Là commence la fameufe Muraille de la Chine, qui fé-
pare la Province de Pe-che-li de celle de Lyau-tong. En entrant dans cette
dernière Province, on quitta la grande route pour prendre celle des monta-
gnes, qui s'étendent fans incerruption au Nord-Eft, & l'on y emploia d’abord
quelques jours à la chaite,
VERBIEST
(ÿ) Dans les premiéres Editions Françoife & Angloife, on lit Kam-bay
\
_ fuivre l
VEE
ehoifi t
bua de
d'envir
fans roi
pas, da
fes co
fi près
eft fiv
gue, fe
Verbie
d'un jo
nards.
tarie, a
tre qua
pour fe
y tua a
feul Ma
Quoiqu’
fe trouv
qu'il ne
abfence.
APRÈ
on déco
l’on voit
vations (
c’eft-à-di
lors les :
degrés.
riation d
ron cinq|
ULA,
dire dan:
min, où
dans leur
a pûlere
de hautet
té admire
qu'on y.
(ce) La
rante un di
condes. À:
trente feco
(d) An:
Ce) jar
primées à
guaante-qu
UX , qu’on
de fa per-
ration du
Je char-
yfique &
re porter
comman-
re & la
l'Empire.
dités au
fa table.
> écurie,
té avoit
lus haute
1 compte
£s qu'on
es. Au-
par des
par des.
* Ja moin-
es & de
On n’y
qui fer-
peine y
des tor-
’en affez
ilieu des
de ces
ès, mais
oindre
remplie
loftilités
tans de
édifices,
quatre
retour.
d & les
qui fé-
s cette
monta-
d’abord
BIEST
DE LA CHINE, Lrv. IN. Car. I. 469
Vsrgirsr nous donne une idée de cet éxercice. L'Empereur, ayant
ehoili trois mille hommes de fa garde, armés d'arcs & de fléches, les dittri-
bua de tous côtés autour des montagnes, qui forment dans ce lieu un cercle
d'environ trois milles de diametre. Cette ligne, venant à fe refferrer pas à pas,
fans rompre l'ordre, réduit le grand cercle à un diametre d'environ trois cens
pas, dans lequel toutes les bêtes de cette partie de montagnes fe trouvent pri-
fes comme au filet. Les Chaffeurs quittent alors leurs chevaux, & fe tiennent
fi près l’un de l’autre qu'il ne refte pas entr'eux le moindre pañlage. La chaie
eft fi vive dans des bornes fi étroites , que les pauvres animaux , épuifés de fati-
guc, fe couchent aux pieds des Chafleurs & fe laiffent prendre fans réfiftance.
Verbieft vit deux ou troiscenschevaux fauvages, qui avoient été prisen moins
d'un jour par cetté méthode, fans compter un grand nombre de loups & derc-
nards. Une autre fois, l'Empereur s'étant donné le même amufement en T'ar-
tarie, au-delà de la Province de Lyau-tong, l’Auteur vit, dans l'enceinte, en-
tre quantité d’autres bêtes, plus de mille Cerfs, qui, ne voyant aucün jour
pour fe fauver, fe précipitèrent d'eux-mêmes fur les armesdes Chafleurs. On
y tua auf des fangliers, des ours & plus de foixante tygres. L’Auteur étoit le
feul Mandarin qui n'eut point d'armes à feu, près de la perfonne de l'Empereur.
Quoiqu'il fe fût accoûtumé à la fatigue depuis qu’on s’étoit mis en marche, il
fe trouvoit fi épuifé le foir lorfqu’il rentroit dans fa tente après ces chafles ,
qu’il ne pouvoit fe tenir debout, & qu'il fe feroit quelquefois difpenfé de
fuivre l'Empereur, s’il n'eût appréhendé que ce Prince ne fe fût offenfé de fon
abfence.
ArRrÈs avoir fait quatre cens milles, en continuant de chaffer fur la route,
on découvrit Chin-yang , Capitale de Lyau-tong. C’eft une aflez belle Ville, où
l'on voit encore les reftes d’un ancien Palais. L’Auteur trouva par fes obfer-
vations qu’elle eft à quarante-un degrés cinquante-fix minutes de latitude (c);
c’eft-à-dire deux minutes moins (4) que la latitudede Peking, quoique jufqu’a-
lors les Européens, comme les Chinois, ne l'euffent placée qu’à quarante-un
degrés. Plufieurs expériences le convainquirent que l'aiguille n’a point de va-
riation dans ce lieu; tandis qu'a Ula, qui eft à quarante-trois degrés & envi-
ron cinquante minutes (e), la variation eft de qurante-huit minutes Oueft.
ULa, fut le terme du voyage. Depuis Peking jufqu’à cette Ville, c’eft-à-
dire dans l’efpace de près d'onze cens milles, on avoit fait un nouveau che-
min, où l'Empereur pouvoit marcher commodément à cheval, & les Reines
dans leurs chariots dorés. Il eft large de dix pieds, aufñi droit & aufñli uni qu’on
a pûle rendre. Dés deux côtés regne une efpèce de petite chauffée, d’un pied
de hauteur, éxaëétement unie & paralelle. Le fond du chemin eft d’une nette-
té admirable, fur-tout dans le beau tems, par le travail continuel des ouvriers
qu'on. y emploie. On a fait une route femblable pour le retour. Les efforts
n'ont
VERBIEST.
1682.
Chaftes de
l'Empereur,
Chin yang,
Capitale de
Lyau-tong.
Ula, terme
du voyage,
Chemin neuf,
(c) La Carte des Jéfuires la place à qua-
rante un degrés cinquante minutes trente fe-
condes. Ainfi la différence eft de fix minutes
trente fecondes.
(d) Angl. deux minutes plus. R, d. Ii,
Ce) iians les Lettres du Père Verbicit, iin-
primées à Paris en 1695, la latitude eft de
Judjante-quatre degrés vingt minutes, Mais
dans le texte la latitude approche bsaucnup de
celle de Kirin-ula-hotun & de celle que Du
Halde donne à Ula. Vraifemblablement cct
Auteur a pris ces deux Villes pour la même.
Cependant il paroît par ce Journal qu'Ula eft
à trente-trois milles au Nord de Kirin-ula; &
c'eft fans doute Putay-ula-botum fur le Songari
environ à quarante-quatre degrés fix minutes,
Nnn 3
V'ERDIEST.
1682.
Ordre de la
marche de
l'Empereur,
Comment il
cit loué avec
fa fuite.
Veau NMi-
rin qu’on lui
préfentce.
| L'Empereur
beaux de fes
Ancetres,
vifite les tom-
470 VOYAGES DANS L'EMPIRE
n'ont pas été ménagés pour réduire les montagnes au niveau & pour bücir des
ponts fur les torrens. Les côtés de ces ponts étoient tendus de nattes, fur
lefquelles on avoit peint des figures d'animaux; ce qui faifoit le méme effet
que les Tapificries qu'on pend en Europe dansles procuitions publiques. L'Em-
pereur marche rarement dans ce chemin, parce qu'il s’amufe concinuellement
à la chafle; ou s'ille pren, avec les Reines, il fuit les chaufltes qui le bor-
dent, de peur que la multitude des chevaux ne rompe unefi belle route. Dans
fa marche, il étoit ordinairement à la tête de fa petite armée. Les Reines fui-
voient, à quelque diflance, avec leur cortége & leurs équipages. On voyoit
enfuite les Regules, les Grands de la Cour & les Mandarins, fuivant l'ordre de
leurs dignités. Un grand nombre de domeftiques & d’autres gens à cheval fai-
foit l’arrière-garde. |
ComnE on ne rencontre pas de Ville qui foit capable de fournir le loge-
ment & la fubfiftance à une caravane fi nombreufe, & que la plus grande par:
tie du chemin fe fait dans des Pays mal-peuplés, on eft obligé de porter tou-
tes fortes de provifions & de commodités pour trois mois. Mais on avoit fait
partir d'avance, par des chemins détournés, une prodigieufe quantité de cha-
riots, de chameaux, de mulets & de chevaux, avec la principale partie du
bagage. D'ailleurs Sa Majefté Impériale & prefque toute la Nobleffe avoit un
grand nombre de chevaux de main, pour en changer dans l’occañon; fans
parler des troupeaux de bœufs, de moutons, &c.
d'hommes, de chevaux & d'autres bites marchât afez loin de la grande route,
elle faifoit lever des nuages de pouffière, qui ne permettoicnt pas aux gens du
cortége Impérial de voir quinze pas devant eux.
Leur marche étoit reglée avec tant d'ordre, que chaque jour au foir ils
campoient fur le bord de quelque Rivière ou de quelque torrent. Les Maré-
chaux des logis partant de grand matin avec le bagage néceffaire, alloient mar.
quer des places pour les tentes de l'Empereur, des Reines, des Grands & des
Mandarins. Pendant le voyage, quelques Coréliens préfentèrent à l'Empereur
un veau de Mer. It demanda au Père Verbicit fi les Auteurs Européens par-
loient de ce poifflon. Le Miflionaire lui ayant répondu que les Jéfuites de Pc.
king avoient dans leur Bibliotheque un Livre qui traitoit de la nature du veau-
marin, avec la repréfentation de fa figure, Sa Majefté, dans l'impatience de
voir cet Ouvrage, dépêcha un courier à Peking & le reçut peu de jours après.
Elle parut fort fatisfaite, d'y trouver une defcription femblable à ce qu'elle
avoit vû de fes propres yeux. Elle donna ordre que l’animal fût gardé comme
une rareté.
PEenDanrT le féjour que ce Monarque fit à Chin-yang, & qui dura quatre
jours, il fe rendit avec les Reines au tombeau de fes Ancètres, qui n’en eftpas
fort éloigné; & de-là, après avoir renvoyé les Reines à la Ville, il fe remit
en marche pour la Tartarie Orientale. La chaflè recommença pendant quei-
ques.jours, jufqu'à Kirin, qui eft à cent milles de Chin-yang. La Ville de Ki-
rin eft fituée fur la Rivière de Songari, dont la fource eft dans le Chau-pe (f)
ou la Montagne-bianche, à quatre cens milles de Kirin, au Sud. Cette monta-
gne fi fameufe du côté de l’'Eft, pour avoir été l’ancienne habitation des T'ar-
tares
a TR NS : are as 4 ns Ta Hl honr
On alù ci deffus Charg-pe chan, qui eft ans doute le vrai nom, tiré de la blancheu
ue iun [ab.c,
uoique cette multitude,
tarcs M
Jui fait t
EN a
mettant
en form
ili fon
roit de]
ment, q
fes gard.
cette Vi
foin de t
viennent
L'En
avec que
jufqu'a ©
pire ‘l'ar
voyage €
coup à |:
d'Uia. M
eaux de |
L’Emper.
qu'il s'éto
le beau-p
qu ils furc
) . des bœuf.
L’Aur
dans ces |
nois, Ch:
hce de Ki
de /le-long
fidérables
cours au |
troit d'An
Deux
pereur par
avoit telle
cxprimée.
garde comin
pulique cette
kuraïs ou
Croix l'obie
Monarque,
qui fe trouv
ur bicir des
nattes, fur
méme effet
ues. L’Em-
inueliement
qui le bor-
‘oute. Dans
Reines fui-
On voyoit
1t l’ordre de
1 cheval fai-
nir le loge-
grande par:
porter tou-
n avoit fait
tité de cha-
é partie du
fle avoit un
rañon; fans
e multitude.
ande route,
aux gens du
"au foir is
Les Maré.-
loient mar-
ands & des
l'Empereur
>péens par-
utes de Pc-
re du veau-
patience de
jours après.
ardé comme
dura quatre
n’en eft pas
il fe remit
bndant quei-
Ville de Ki-
Chau-pe (f)
ette menta-
on des T'ar-
tares
la blanchetr
DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. ll. 4"!
tares Mancheous, eft, dit-on, fanscefle couvertedenége, & c'eft de-là qu'on
lai fait tirer fon nom.
EN arrivant à la vûe de Kirin, l'Empereur defcendit de fon cheval, & fe
mettant à genoux fur le bord de la Rivicre, il fe baïfla trois fois vers la terre
en forme de falutation. Enfüite il monta fur un trône brillant d'or, fur lequel
il ! : fon.entrée dans la Ville. Le Peuple courant en foule autour de lui, pleu-
rot de Ja joie de le voir. Ces témoignages d'affection Ie touchèrent fi vive-
ment, que pour marque de faveur il voulut fe faire voir à tout le monde, &
fes gardes reçurent défenfe d'écarter le Peuple qui fe préfentoit. On voit dans
cette Ville une efpèce particulière de Barques, donc les Habitans prennent
foin de tenir un grand nombre toûjours pret, pour repoufler les Rufliens qui
viennent fouvent leur difputer la pêche des perles fur la rivière (g).
L'EMPEREUR, après s'être arrêté deux jours à Kirin, defcendit la rivière
avec quelques perfonnes de fa fuite, accompagné de plus de cent Barques,
jufqu'à Ua (b), qui cit la plus belle Ville du Pays & l'ancien fiége de l'Em-
pire ‘l'artare, Elle eft à trente-trois milles de Kirin. Le but de ce petit
voyage étoit de s’'amufer à la pêche d’une forte de poiflon qui reffemble beau-
coup à la Plie de l’Europe, & dont la rivière eft remplie un peu au-deffous
d'Ula. Mais les pluies, qui furvinrent tout-d'un-coup , enflèrent tellement les
eaux de la rivière, que tous les filets furent brifés & gmportés par le torrent.
L'Empereur revint au bout de cinq ou fix jours, fans avoir eu l’amufement
qu'il s'étoit propofé. Dans la route, la Barque où Verbieft s'étoit mis avec
le beau-père du Monarque fut fi maltraitée par le battement des vagues,
qu'ils furent obligés de la quitter pour fe faire traîner dans un chariot par
. des bœufs.
L’AuTeur apprit des Habitans d'Ula, que Ninkrita, Place affez fameufe
dans ces Contrées, eft éloignée d'eux d'environ fept cens mille lis (i) Chi-
nois, chacun de trois cens foixante pas géometriques. Le Général de la Mi-
lice de Kirin lui raconta aufi qu'étant parti de Ninkrite fur la grande Rivière
de He-long (k), dans laquelle fe jettent le Songari & d'autres rivières plus con-
fidérables, il étoit arrivé dans l'efpace de quarante jours, après avoir faivi fon
cours au Nord-Eft, dans la Mer Orientale, que l’Auteur croit être ici le Dé-
troit d'Annian. j
Deux jours après, lorfque les pluies eurent commencé à diminuer, l'Em-
pereur parut de Kirin pour reprendre la route par laquelle il étoit venu. L’eau
avoit tellement rompu les chemins, que la fatigue de ce voyage ne peut être
exprimée. On traverfa, fans fe repoler, lesmontagnes & les vallées. On paf-
fa
grand poids, car ces deux mots n'ont pas la
même fisniäcation, Ua, en Mancheou, fieni-
fie Rivière; & Uus, en Mozoi, ficnifie Grand,
(3) C'eft peut-être la même Ville que Min.
guta où Ningunta, dont on a pulé ci-deflus,
CR) He-luim dans l'Original, fuivant l'orto-
. IV. pas, 88. & fuiv.
Ce doit être Putay-ulr, qui cit placée
ns la Carte un peu à l'Oueft du Nord: mais
fçruroit être Uluz vurt, que le ‘lraduc-
tour Anglois del'Hiftoire d'Abulelaai ki
garde comime l'ancien fiége de Fonghis-kam,
puifque cette Place n’étoit pas loin de Xara- graphe Portugaife, C'ett le He-long kung ou
kuran où Kara kuran, comine Petis de la le Sagholian ulr. Maï$ on doit cbferver que
Croix l'obierve dans l'Hiftoire de ce grand ANintrita ou Ningura ett fituée fur le Hurba,
Monarque, pag. 397. La petite reffemblance qui fe jette dans le Songaro, fort lin au Sud
qui fe trouve entre Ua & Ulug n'eft pasd'un du Hedong.
EE
Kirin & falue
Eutcrre à 5e.
noux,
prend le
plaifir de la
pêche.
Verbicft
court rifque
de fe noyer.
Retour de
l'Empereur,
Difficultés
de la marche.
VURDBILST.
1632.
Confidéra-
tion qu'il
Inarque pour
Verbieft,
Autre faveur
qu'il lui fait
daus le voya-
2"
VOYAGES DANS L'EMPIRE
472
fa des rivicres fort dangereufes, & des torrens dont les ponts étoient brifés
ou couverts par les flots. Dans quelques endroits ou trouva des étangs que
l'inondation avoit formés, & des eaux croupiffantes dont on eut beaucoup de
peine à fortir. Les animaux qui portoient le bagage demeuroient enfoncés
dans la boue fans pouvoir fe remuer, ou mouroient d'épuifement dans la rou-
te, Le fort des hommes n'étoit pas moins trifte. Ils fe virent menacés de
périr, faute de provifions & des commodités néceflüires pour une fi longue
marche. Plufieurs furent obligés de defcendre à terre pour mener leurs che-
vaux par la bride, ou de s'arreter au milieu des plaines défertes , pour leur
donner le tems de reprendre haleine. Quoique les Maréchaux des logis &
les Fouriers ne manquaflent point de pioniers ni de bois pour les fafcines , il
n’en étoit pas moins impofñible, après avoir réparé les cheminsavec beaucoup
de peine, de fuivre ceux par lefquels les chevaux & les chariots de l’avant-
garde avoient paflé. L'Empereur même & fon fils, avec tous les Seigneurs
de leur fuite, prirent plus d'une fois le parti de traverfer à pied les lieux où
le péril étoit encore plus grand à cheval. Lorfqu'’on arrivoit à l'entrée
d’un pont ou de quelqu’autre pañlage, toute la caravane s’arrétoit pour laifler
pañer l'Empereur , avec les principaux Seigneurs. Enfuite le refte de la Trou-
pe fe précipitoit en foule; & chacun s’efforçant d être le premier, il y en:
voit toûjours un grand'nombre qui tomboit dans l'eau. D'autres cherchant
des endroits moins dangereux , s’engageoïent dans des bourbiers & des fondrié-
res d’où ils ne pouvoient fe retirer. ÆEn un mot, les difficultés & les peines
furent fi exceflives, dans tous les chemins de la Tartarie Orientale, que de
vieux Officiers, qui avoient fuivi la Cour depuis trente ans, ne fe fouvenoient
pas d'avoir jamais eu tant à fouffrir dans aucun de leurs voyages.
Au milieu de ces embarras continuels, l'Empereur témoigna une attention
particulière pour le Père Verbieft. Dès le premier jour , on fut arrêté le foir
par un torrent large & rapide. Le hazard ayant fait trouver un petit bateau,
qui ne pouvoit contenir plus de quatre perfonnes, l'Empereur s’en fervit d'a-
bord pour pañler avec le Prince fon fils. Quelques Régules le fuivirent. Les
autres Princes & tous les Seigneurs & les Mandarins, avec le refte de l'Ar.
mée, attendoient le retour du bateau avec d'autant plus d’impatience, que la
nuit approchoit & que les tentes étoient pailées long-tems auparavant. Mais
l'Empereur revenant dans un autre bateau, qui s étoit trouvé de l'autre côté,
demanda tout haut Verbieft par fon nom ; X dit à fon beau-pére: ,, Qu'il
» vienne & qu’il pale avec nous. Ainli le Mitfonaire & le beau-pere de
l'Empereur pañlèrent feuls avec Sa Majelté, tandis qu'une grande partie de
la caravane demeura toute la nuit en plein air fur la rive.
La même chofe arriva le jour fuivant, & prefqu’avec les mêmes circon-
ftances. L'Empereur fe trouvant à midi fur le bord d’un autre torrent, don-
na ordre qu’on fit d’abord pafñler les tentes, les balots & le bagage. Enfuite
il eut la bonté de fe faire accompagner de Verbieft, pour pañler feul avec
lui; & le refte de fa Cour fut arrété toute la nuit fur la rive du torrent. Le
beau-père même de Sa Majefté ayant demandé s’il pouvoit palier, fous pré-
texte que le Miflionaire n’avoit pas d'autre logement que fa tente, l'Empe-
reur lui répondit qu’il pouvoit demeurer, & qu'il auroit foin lui-même de
faire loger Verbieft. En effet, lorfqu'il fut pañlé, s'étant aflis fur la rive, il
plaça le Jéfuite à fon coté, avec les deux fils du Régule de l'Occident
ai
Kolau
nuüit él
tes les
crut re
préfen
toile fi
Scienc:
fionair:
Ve
partie
arrivaf
ON
lefquel
de Lya
rendit :
quin2
torrent
cinquan
quarant
cinquan
foixante
foixante
trois ce
dans la:
ger les |
CET
T'artaric
la moiti
l'Itinéra
être la I
ÆAmbayal
botun.
(4) Du
Cet Auteu
Tradu&teu
Traduétio:
ent brifés
tangs que
aucoup de
- enfoncés
ins la rou-
enacés de
fi longue
leurs che-
pour leur
s logis &
afcines , il
beaucoup
de l’avant-
Seigneurs
s lieux où
à l'entrée
pour laiffer
de la Trou-
ilyen:
cherchant
les fondrié-
: les peines
le, que de
ouvenojient
1e attention
rêté le foir
tit bateau,
fervit d'a-
rent. Les
e de l'Ar-
ce, que là
ant. Mais
et, Qu'il
au-pére de
e partie de
es circon-
rent, don-
e, Enfuite
feul avec
rrent. Le
fous pré-
l'Empe-
i-même de
la rive, il
ident & le
Kolau
DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar. Ill,
473
Kolau de la Tartarie, qu’il diftinguoit dans toutes les occafions. Comme Ja
nuit étoit belle & le tems fort clair , il fouhaita que Verbieft nomrmit tou-
ces les Conftellations qui paroifloïient. 11 lui nomma lui-même celles qu'il
crut reconnoître. Enfuite, ouvrant une petite Carte que l'Auteur lui avoit
préfentée quelques années auparavant, il chercha l'heure de la nuït par l'E-
toile fur le Méridien, en prenant plaifir à faire voir fon habileté dans cette
Science. À toutes ces marques de bonté, il ajoûta celle d'envoyer au Mif-
fionaire plufieurs plats de fa table. ;
VerB1esT rentra dans Peking le 9 de Juin, en parfaite fanté, quoiqu’une
partie du cortège Impérial fût demeurée malade füur la route, & que d’autres
arrivaflent bleflés, ou dans une fâcheufe fituation (7).
Ox croit devoir joindre ici les noms Tartares & les diftances des Places, par
Jefquelles Verbieft avoit paflé dans la Tartarie Orientale, depuis la Capitale
de Lyau-tong jufqu’à Kirin. Le premier jour, étant parti de Chin-yang, il fe
rendit à Syau-liflo, nom Chinois de cette Place, après avoir fait quatre-vingt-
quinz lis Chinois. Le 2, à Chalay-angha, quatre-vingt-cinq lis. Le 3, àun
torrent du même nom, foixante-dix lis. Le 4, à Kiaguchen, cinquante lis.
Le 5, à Feyteri, quatre-vingt lis Le 6, au torrent de Feyteri, quatre-vingt
lis (m). Le 7, au torrent de Tfÿang, quatre-vingt(n)lis. Le 8, à Kuru(o),
cinquante lis. Le 9, à la Ville de Sapé, quarante lis. Le 10, à Quaranni-pira,
quarante lis. Le 11, à Elten-eme-ambayaga, foixante-dix lis. Le 12, à Jpotan,
cinquante-huit lis. Le 13, à Suayenni-pira, foixante lis. Le 14, à Iimen,
foixante-dix lis. Le 15, à Seuten, foixante-dix lis. Le 16, à la Ville de Kirin,
foixante-dix lis. Toute la route contient mille vingt-huit lis Chinois, qui font
trois cens foixante-neuf milles géométriques. On pourroit inférer ces Places
dans la Carte de Lyau-tong, par Martini, en prenant foin feulement de corri-
ger les latitudes fur les Obfervations qui fe trouvent dans le même Journal.
CETTE route ne peut être tracée dans la première feuille de la Carte de
Tartarie, donnée par le Père du Halde, jufqu’a la Rivière de Xuru, qui eft à
la moitié du chemin. Mais enfuite on trouve toutes les Places nommées dans
Y'Itinéraire, à l'exception de Sapé, Quaranni & Karanni-pira , qui eft peut-
être la Rivière d’Ajighe-yala. La Carte nomme les autres Places, Altan-eme
Ambayaba , Iptan, Sayan, Imen, Sewde au-lieu de Sexwten, Kinrin-ula-
botun.
(m) Angl. Le Gau torrent de Scyperi, foi-
xante lis. KR. d, E.
(n) Angl. foixante. R, d. E.
(Co) Kurupira, ou la Rivière de Kuru,
(4) Du Halde Vol. IV, pag. 93. & fuiv.
Cet Auteur termine ici cette relation. Mais fon
Traduéteur Anglois'en a ajoûté la fuite dans fa
Traduétion. *
REKIES KE
HAN
$
VIII. Part.
Ov
VERMRIEST.
168 2.
Verbieft
rentre à l'e-
king.
Noms & dif-
tances des
Places qu'il
avoit vûes,
On ne trou.
Ve qu’une par-
tic de ces
noms dans la
Carte, .
1.4
1.25
Z
O
rs
«
æ
ei
«
>
[us
pr
O
<
£
TEST TARGET (MT-3)
#4,
DZ NC <e
€ ee
474 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Table des Places de la Tartarie Orientale, dont les latitudes ont été déterminées par
obfervation , ES dont les longitudes l'ont été géometriquement (a). |
Places. Latitude.
Paxseuorun (DS AS
Kirin-ula-hatun , . ... . 43 .
Tondonkia-mon,. . . . 43 .
Ninguta-hotun, . . . . 44
Source du Huchi-pira, . . 43 .
Hongta-hotun, . . . . 42 .
Chulhey-hotun, . . . . 43 :.
Chufhey-hotun de Swifou-
DIFAs + e + + + + + 44 .
Tapku-hurta, Sud, . . , 44 .
Chulghey-hotun, fur le
Ufuripira, . . + « « 44 .
Niman-kajan,. , . . . 46 .
Hay-chu-kajan, + . . . 47 .
Hula-kajan, . . . . . 48 .
T'onden-kajan, . . . . 49 .
Edu-kajan, . . . . - . 48 .
Chefi-kajan, . . . . . 47 :
Aomili-kajan, . . . . +. 47 .
Mohora-kajan, . . «+ . 47 .
Indamu-kajan, . . . . 46. .
Nufchau-kajan, . . . . 45 .
Petuntz-hotun, . . . . 45 .
Porato-kajan, . . . . 43
Hara-paychang, ne 64e
Kojin-po-chiamon, . . . 41 .
Sufay-po, . . .
Sirani-yu-fay-po, . «+ + 42 .
Paris: 9. arc Cros Le: 40es
Chakka-hotun, . . . . 43 :
Ortou-kiamon, . . . . 44 .
Poro-hotuD, 4 + 4-5 « dd. à
Tchol-hotun, . . . . . 46 .
Tfitfikar (c)s . . . . 47 .
Kamnika-kiamen, . . . 48.
an
pur
(a) Cette Table, auffibien que toutes les
Tables de latitude, & de longitude qui ont ra1p-
port à la Chine & à la Tartarie, fe trouve à la
fin du dernier ‘Tome de la Chine du Père Du
Halde; maisles Anglois les ont placées dans le
cours de lOuvrage, avec toutes les Cartes ref-
peclives, pour £ faire honneur de leur éxaéti-
Longitude,
Le)
[e)
Le
Q
R
[e]
s
40. +. 48 + 4 10, 24 , 9o.
A7 90e J'IEte ag. o.
24 + 15 . + 13 . 16, oo.
a
51 . I . . 15 « 56 e ©.
Ç
©C=
[ie
9
59 . Oo . 18 . 45 o
SO: > “© 4 19 3 20
24 20 0. . 19 . 58 . 40
9 .+ 36 . 15 A7: 54 1 CO
49 +. 12 + 16 . Ir , 20
53 20 . . I4 12 5°
47 + 45 À ss SE s. “Oo
15 40 0 sr AE es GO
48 + oO é. $ 5 SO. 5. 0
18 O .… « 4. 2 O
4 + 15 + 2 , 46 40.
59 . 5 . . I . 25 . O
I5 + 36 . 2 58 .… 20.
5 (e) . 2 ÿ ©.
59 + O . |. I 26 +. 40.
16 * 48 . we . 30 . O.
I +. 39 .,. 2 + 57, 90.
39 SO 65 4, “6 47:80" 5 20
24 + © 7 7: "20
41 Le SE RE SES 27 20.
Merghen-hotun,
tude,
(b) Il faut remarquer que dans l’Idition de
Paris, de mème que dans l'Original Anglois,
cette Table uit remplie de fautes. Nous la
corrigeons ici d’après Du Halde, R, d. E,
Ce) Chiskar, dans l'Original,
. au Su
Merg
Sagh:
Ulu
L E
Défer
les li
tie de
d'cten
& cen
quarar
“L'artar
Ning-h
cens li
ne foit
de la (
CE”
aétions
C'ett-l:
ce, &
Kitay ,
Empir(
cles, <
du def
furent
les Art
de puit
Qu
foient
ves, a
Princes
peuver
poñitio!
Hi-fong
Keou,
AP:
Provin
DE LA CHINE, Liv. I. Cnar. Ill, 47S
TarTARIS
DÉS
MonGoLs.
minées par Places Latitude. Longitude.
Merghen-hotun, . +. . . : (o) 8 , 33
Saghalian-ula-hotun , + , . 59
Uluffu-moudan, . » , . 10 + 33
Contrées des Mongols, proprement dits. |
E Pays des Mongols, Monguls où Mongals, que les Géographes Euro- - Etendue &
péens ont nommé Mongalie, eft bordé à l’Eft par la Tartarie Orientale; pays des
. au Sud, par la grande Muraille de la Chine; à l'Oueft, par le Xubi ou legrand Mongols.
Défert (a), & par le Pays des Kalkas , duquel il eft féparé par le Âaru, ou par
les limites que l'Empereur a fixées; au Nord, par les Aalkas , & par une par-
tie de la Tartarie Orientale. C’eft une fort grande Région, qui n’a pas moins
d’étendue que la Tartarie Orientale. Sa fituation eft entre cent vingt-quatre
& cent quarante-deux degrés de longitude Orientale, & entre trente-huit &
quarante-fept degrés de latitude. Aïnfi fa longueur, depuis les bords de la
J'artarie Orientale du çôté de l'Eft, jufqu'aux parties qui font vis-à-vis de
Ning-bya & qui appartiennent à la Chine vers l'Oueit, eft de plus de trois
cens lieuës. Sa largeur, du Nord au Sud, eftd’environ deux cens; quoiqu’elle
ne foit pas la même dans toutes fes parties, comme on peut en juger par la vûe
de la Carte.
CerTre portion de la Tartarie peut paffer pourle théâtre des plus grandes Grands évés
aétions que l'Hiftoire attribue aux Tartares de l'Orient & de l'Occident. nemens dont
C'eft-là que le grand Empire de Yenghiz-khan & de fes fuccefleurs prit naiffan- A pe
ce, & qu'il eut fon fiégeprincipal. Là furent fondés les Empires de Catay, où ce È
Kitay, & de Kara-kitay. De-là vient, comme de fon origine, le préfent
Empire des ‘l'artares Orientaux ou des Mancheous. La, pendant plufieurs fié-
cles, on vit des guerres fanglantes & quantité de batailles , qui décidèrent
du deftin des Monarchies. Là, toutes les richeffes de l’Afie Méridionale
furent plufieurs fois réunies & difipées. Enfin, c’eft dans ces Déferts que
les Arts & les Sciences furent long-tems cultivées & qu’on vit fleurir quantité
de puiflantes Villes, dont on a peine à diftinguer aujourd’hui les traces.
Quoique les différentes branches qui compofent la Nation des Mongois Divifion de
o.
30. foient dans l’ufage de mener une vie errante, elles ont leurs limites refpcéti- ces Peuples,
20, D ves, au-delà defquelles il ne leur eft pas permis de s'établir. Les terres des
s 1208 Princes Mongols font divifées en quarante-neuf Xis ou Etendards. Mais elles
gd 500. peuvent être confidérées fous trois principales dénominations, prifes de leur
then-hotun, . pofition à l'égard des quatre portes de la grande Muraille de la Chine; fçavoir
Hi-fong-cheu, Kupe-cheu , Chang-kya-keu & Cha-bu-keu. En Chinois, Keu, ou
_—. Keou, fignifie Détroits des montagnes.
aber APrRÈs avoir pallé, au Nord, la porte de Hi-fong-cheu , qui eft dans la
es. Nous la Province de Pe-che-li, on fe trouve bien-tôt dansles Pays de Xarchin, d'Oban,
.R. d.E, de
(a) Les Chinois l'appellent Cha:me,
Ooo 2
TARTARIE
DES
MoncoLs.
Tartares
Karchins.
Propriétés
de leur Pays.
Ils ont con-
tribué à la
conquête de
la Chine,
Tartarcs
Korchings,
Tartares
Nagmans.
476 VOYAGES DANS L'EMPIRE
de Nayman & dans celui de Xorchin, à l'Eft duquel eft le Pays de Tumet. ro,
Karchin eft divifé en deux diétriéts, nommés à Peking, Banières ou Eten-
dards, & gouvernés par deux Princes. La feule Ville qui mérite ici quel-
que remarque dans la Carte, eft Chahan-fubarhan-botun. En langue Mancheou,
Hotun fignifie Ville; & Subarban , une Pyramide de plufeurs étages, qui fe
voit encore dans ce lieu {b).
LE Pays de Karchin elt fans comparaifon le meilleur de tous les Pays Mon-
gols. Comme les Princes qui le gouvernent à préfent font d'origine Chinoi-
4e, ils y ont attiré un grand nombre de leurs compatriotes ,. qui y ont bâti
plufieurs Bourgades. Le foin qu'ils ont apporté à la culture des terres, leur
produit leur fubfiftance, & de quoi commercer avec leurs voifins. On y trou-
ve auñi des Mines, quelques-unes fur-tout d’excellent étain, & de vaites fo-
rêts d’un beau bois, qui fe tranfporte jufqu'a Peking pour la conftruétion des
édifices. Cé Commerce fit acquérir au père du Bifayeul de la famille régnante
d'immenfes richefles, qui le mirent en état de rendre des fervices fignalés au
vieux Prince de Korchin; ce qui lui ayant fait obtenir fa fille en mariage, il
devint maître à la fin de toutes fes pofleffions. Ce fut pour fe les affürer
qu’il fe joignit aux Mancheous, lorfqu'ils entreprirent la conquête de la Chi-
ne. La nouvelle famille Impériale, qui régne aujourd'hui, lui accorda pour
récompenfe la dignité de T/ing-wang, ou de premier Régule, qui eft le plus
haut titre d'honneur qu’un Prince puiffe recevoir de l'Empereur.
LE Pays de Karchinn'a pas, du Nord au Sud, plus de quarante-deux gran-
des lieuës de France; mais il s'étend beaucoup plus de l’Eft à l'Oueft. C'’eft
dans ce Canton que l'Empereur à de belles maifons de campagne, où il s’é-
xerce fouvent à la Chaffe & où il pafle ordinairement l'Eté. Les chaleurs font
beaucoup plus fupportables dans ces quartiers qu'à Peking, quoiqu’en pañlant
la grande Muraille par la porte de XKu-pe-keu, qui n'eft pas à beaucoup près la
moitié du chemin, Peking ne foit pas à plus de quarante lieuës de %e-ho, la
plus belle de ces Retraites Impériales (c).
o. KorcHiNG eltdiviféen dix Etendards, qui comprennentles Cantons de
Turbeda & de Chaley (d). Les Tartares Korchins ont leur principale Habi-
tation fur les bords de la Rivière de Queyler. Leur Pays s'étend jufqu’à celle
de Sira-muren (e), & n'eft compofé que de plaines ftériles. Ils brûlent, au-
lieu de bois, de la fiente de chevaux & de vaches; &, faute de fources, ils
fe creufent des puits. Le principal point du Canton de Turbeda eft la Riviè-
re de Hayta-han-pira (f). Les Tartares Chaleys habitent les bords de Non-ni-
ula (g). Ainfñ, du‘ Nord au Sud, ÆKorchin comprend environ quatre degrés,
& s'étend fix lieuës au Nord du Hay-ta-ban. Mais il n'a pas plus de trois de-
grés vingt-cinq minutes de l’EfE à l’Oueit.
g. NaYMAN, qui fe trouve nommé dans quelques Cartes Royaume de Nay-
man & de Nagman, ne contient qu’une Banière, & commence à la rive Méri-
dionale du Sira-muren. La latitude , prife fur le lieu , eft de Ans
: egrés
(») Du Halde, Vol, IV. pag. 71. plus grandes Rivières.
Cc) Du Halde, Vol. IV. pig. 22. (f) Pira fignifie une Rivière, mais du fe-
(d) On lit Chalair dans l'Iliftoire de Jeu- cond ordre. ERA
ghiz-kam par Petis de la Croix. (g) Ula eit le mot Manchcou qui fignifie
(e) Muren, en langue Mongol, figniñe les une grande Rivière,
degré
elt le
4.
endro
ou Ch
voit d
nes d’
Riviér
& Oh:
foit in
fonner
fur-tor
fans cr
nuda o
ticlaf
de Mo
l'E ju
Halba ,
EN
faifoier
jourd'h
tient p
ls Cor
rukorkin
z. C
vière €
bitatior
territoi
l'Empe
Maifon
ctlef
terroir
Palais d
aux go
Le mar
gule.
fecond
pour ce
plaifir :
\
3 ‘
en deu
(h)°
(i\ K
Mancheo
(4)
met. 1°.
ou Eten-
ici quel-
ancheou,,
s, qui fe
ays Mon-
e Chinoi-
ont bâti
res, leur
)n y trou-
vaites fo-
aétion des
> régnante
ignalés au
nariage, il
les affûrer
de la Chi-
orda pour
eft le plus
deux gran-
eft. C'eft
où il s’é-
aleurs font
ren paffant
oup près la
e Fe-ho, la
Cantons de
pale Habi-
fqu’à celle
ûlent, au-
ources, ils
ft la Rivié-
de Non-ni-
re degrés,
de trois de-
me de Nay-
rive Méri-
arante-trois
degrés
, mais du fe-
bu qui fignifie
DE LA CHINE, Liv. Ill. Cunar. IL 477
degrés trente-fept minutes, & la longitude de cinq degrés à l'ER. Topirtala
eft le principal point du Nord (h).
4. OnaAN n'eft guéres habité que fur les bords du Narkoni-pira , dans les
endroits où cette Rivière reçoit quelques petits ruifleaux , tels que: Cha-ka-kol
ou Cha-ban-kol, qui donne fon nom au Village de Chaka-koi-kajan (i). On
voit de ce côté-ci, à quarante-un degrés quinze minutes de latitude, les rui-
nes d'une Ville qui fe nommoïit Orpan, ou Kurban-fubarhan-hotun , fur la petite
Rivière de Nuchuku où Nuchaka, qui fe jette dans celle de Ta-lin-bo. Nayman
& Ohan ont beaucoup moins d’étendue que Korchin , quoique leur terroir
foit incomparablement meilleur. Il eft entremélé de petites montagnes buif-
fonneufes, qui fourniflent du bois pourle feu, & qui font remplies de gibier,
fur-tout d’une incroyable quantité de cailles, qu'on eft fürpris de voir voler
fans crainte entre les jambes des paffans. Ces trois Cantons, & celui de Tur-
nuda où Turbeda, qu'ils ont à l'Eft, font extrémement froids. Le fond du ter-
roir y eft fabloneux, fec & nîtreux.
5. Tumer eft divifé en deux Baniëres, fous autant de Princes. Sa par-
tic la plus habitée eft au-delà du Subarban, où l'on voit les ruines de la Ville
de Modun-hotun. Ce Pays s'étend au Sud jufqu’à la grande Muraille, & vers
V'Ef jufqu’à la paliffade qui renferme Lyau-tong. Au Nord, il a pour bornes
Halba, où Hata-pay-chang.
EN fortant par la porte de Kupe-cheu (k), on entre fur des territoires qui
faifoient autrefois partie de Korchin & d'Oubiot, mais qui font couverts au-
jourd'hui de forêts, où l'Empereur s'éxerce à la chafle,. Ce Prince y entre-
tient plufieurs belles maifons de campagne. Plus loin, au Nord, ou trouve
les Contrées d'Oubiot , de Kechikton, de Parin, de Charot, d'Uchu-muchin, d’A-
rukorkin & d’Ababanar. é
1. Ousiror eft divifé en deux Banières de Princes Tartares, fur la Ri-
vière d’Ankin. 2. Parin, divifé aufli en deux Banières, a fes principales ha-
bitations fur les bords du ÆHara-muren, qui fe jette dans le Sira-muren. Les
territoires d'Oubiot (1) & de Parin font au-delà des maifons de plaifance de
l'Empereur du côté du Nord. Leurs Princes ont été long-tems alliés à la
Maifon Impériale, & font en grand nombre dans les deux Cantons. Parin
eft le plus étendu, mais d’ailleurs affez femblable à celui d'Oubiot, dont le
terroir eft d’une bonté médiocre. On voit dans.le Pays d'Oubiot , près du
Palais de la Princeffe , fille de l'Empereur , quelques Bâtimens qui fervent
aux gens de fa fuite, où les Milfionaires furent logés & fort bien traités.
Le mari de cette Princeffe portoit le titre de Tfin-wang ou de premier Re-
gule. Un autre Prince d'Oubiot avoit celui de Xun-vang, ou de Regule du
fecond ordre. La Princefle mère de Tfing-wang avoit fait bâtir un Palais
pour ce Prince, près de la petite Riviére de Sirghs ou Siba, quoiqu'il prit
plaifir à camper ordinairement fur les bords (#1).
3. KECHICTEN, ou Kefitun, eft divifé, comme les Cantons précédens,
en deux Banières. Ses principales habitations font fur une petite Rivitre
qui
vû plufieurs fois ci-deffus tous ces noms.
(1) Quelques Tartares pronuncent Onibu,
(m) Du Iaide, uli fup.
(h) Du Halde, Vol, IV_ pag. 72.
(5) Kwjan ou Kayan, figilie Village en
Mancheou.
(k) Les Ruffiens l'appellent Kapki, On a
Ooo 3
TARTARKIE
DES
Mowcozs,.
Tartares D-
hans.
T'artares T'u-
mcts.
Autres Pays,
Tartares
Oubiots &
Parins.
Tartares
Kechiétens,
TARTARILE
| DES
, Moncozs,
| Uchu-mu-
chins.
Charots. ‘
Arukorchins.
Abahanars,
Autres Pays
Mongols,
| Cartares ‘
| Hoachits.
Sonhiots.
| Abahays.
| Twinchuz.
Autres Pays
des ‘L'artares,
Kalka-tar-
gars
gars,
| Maomingans.
| Urats.
Ortez ou
Orthes.
[l
}
}
|
À ,
|
| Ruines de Ja.
Vilic de l'o-
to,
478 VOYAGES DANS L'EMPIRE
qui va fe rendre du Sud-Oueft dans le Sira-muren. 4. Uchu-mu.chin, où Ur-
Jimufin, a deux Banicres fur la Rivière de Halakor ou Hulgur pira. Son Prince
porte le titre de Tfing-wang, & commande une Banière de vingt-deux Nurus,
c'eft-à-dire"de vingt-deux Compagnies. 5. Charot, divifé en deux. Banières,
eft principalement habité vers la jonétion du Labau-pira & du Sira-muren.
6. Arukorchin n'a qu'une Banière , fur les bords de l'Ærukondrlen. 7. Aba-
banar a deux Banières, & fes meilleures habitations font fur le Lac de Zwol-
nor (n).
APRÈs avoir pañlé la porte de Chang-kya-keu, qui eft à l'Oueft de Xu-pe-
keu, on entre dans un Pays dont la propriété appartient à l'Empereur par
droit de conquête. Ces terres, comme celles qui bordent la grande Murail-
le depuis Ku-pe-keu jufqu'a Æi-fong-keu , font occupées par des Fermiers de
l'Empereur , des Princes, & de plufieurs Scigneurs Tartares. On y voit
auffi des Mongols de divers Cantons, foit prifonniers de guerre ou volontai-
rement foumis. Ils font rangés fous trois Banières, & commandés ‘par des
Officiers Impériaux. Auffi ne font-ils pas comptés dans les quarante-une Ba-
nières ou Kis des Mongols.
Prus loin, au Nord de Chang-kya-Reu, font les Pays des Princes Mongols
de Hoachit, de Sonhiot, d’'Abahay & de Twinchuz," 1. Hoachit où Wachit eft
divifé en deux Banières, fur la Rivière de Chi-kir ou de Chirin-pira. 2. Sonbiot
a deux Banières, & fa principale habitation fur un lac. 3. Abahay, qui eft di-
vifé aufli en deux Banières, occupe le bord de quelques Lacs, dont le plus
méridional eft celui de Suretu-buchin. 4. 'vinchug ne Contienc qu’une Banière,
près de la montagne d'Orgon-aliu (o).
Par la porte de Cha-hu-keu, on entre fur les terres de l'Empereur. Ce
u'elles ont de plus remarquable eft la Ville de Hu-bu-botin où Kukku-hotun.
C'eft dans cette Contrée qu'habitent les Âu-fay-chins, ou les Chefs de deux
Banières ‘l'artares qui portent aufi le nom de Tumets. Une partie de ces
Tartares cft defcendue des Prifonniers que firent les Mancheous de Lyau-
tong, lorfqu'ils fe rendirent maitres de plu'ieurs territoires Mongols. Les
autres font un mélange de diverfes Nations Tartares. Ils reçoivent jeurs
Chefs del'Empereur. Au-delà du territoire de Hu-bu-hotun, on trouve celui des
Princes Mongols de Kalka-targar, de Maomingan , d'Urat, & d'Ortez ou Ortus,
1. Le Pays de Kalka-targar eit arrofé par la petite Rivière Æypey-bamuren. Il
ne contient qu'une Banière. 2. Âaoningan n’en contient qu'une auf. 3. Urat
en contient trois, & fes principales habitations font fur la Rivière de Kondo-
len (p) où Quendolen. 4. Les Mongols,nommés Ortez où Ortus, font bornés
au Sud par la grande Muraille, qui n’eit que de terre dans ce lieu, comme
dans toute la Province de Chen-fi, & qui n’a pas plus de quinze pieds de hau-
teur. Des trois autres côtés, ils ont pour bornes le Æ/hang-ho , ou la Rivié-
re faune, qui, fortant de la Chine près de Ning-hya, Ville fameufe par fa
beauté, yrentre, après un grand tour, près de Pau-te-cheu. Ses détours,
vers le Nord, font marqués par des obfervations prifes en fuivant fon cours,
jufqu'à Kuir modo. Mais ces Contrévs font defertes & ne contiennent rien de
remarquable, On voit fur la meme Rivière, au-delà du mur, les ee
une
(p) Du Halde, bi fup.
(n) Jor fisnilie Las en langue Mongol.
(o) Alin fignitie Montagne en Mancheou,
{
d'une
bitans «
tecture
Leur g
tes, &
E (
n
d'Abwl
narque
Si-ta-tfl
à-dire :
Les
Pays &
qui hab
Peuples
fimple
étoit de
prifes f
qu’alors
J'artare
ce, lie
Mongol
& que c
nale cor
plus de
[L fe
font M
nation g
ainfi qu
gols, q
gard du
decen
non-feu
les de l
jangue,
UOo
méme |:
qu'ils dc
langue À
(a) H
res, pag.
HER ”) 1
, OÙ Ur-
Son Prince
uxX Nurus,
. Banières,
Sira-muren.
7. bac
c de Zwol-
de Au-pe-
pereur par
de Murail-
ermicrs de
On y voit
u volontai-
és'par des
te-une Ba-
s Mongols
Wachit eft
2. Sonbiot
qui eft di-
nt le plus
e Banière,
reur. Ce
ukku-hotun.
5 de deux
tie de ces
de Lyau-
rols, Les
vent jeurs
e celui des
ou Ortus.
unuren. Il
i. 3. Urat
de ÆKondo-
nt bornés
1, comme
ds de hau-
la Rivié-
ufe par fa
détours,
on cours,
nt rien de
les ruines
d'une
DE LA CHINE, Liv. Il Car. lit. 479
d'une Ville nommée 79-10, qui paroît avoir été fort grande, quoique les ITa-
bitans de ces Contrées ayent aufi peu d’habileté que d'inclination pour l'Archi-
teéture. Ils font gouvernés par plufeurs petits Princes, fous fix Banicres.
Leur goût les porte à fe diftinguer par la grandeur & le nombre de leurs'F'en-
tes, & par la multitude de leurs Troupeaux (4). *
(ga) Ibidem. Vol, IV. pag. 23 & 74.
Manières , Ufages & Langue des Mongols.
ES Peuples portent divers noms dans les Hiftoriens. On les trouve noim-
C més Mongols, Monguls, Mongals, Mogols, & Moguls. Suivant l'Hiftoire
d'Abu'lghazi khan, is ont tiré leur nom, de Mogul où Mungl'khan, ancien Mo-
narque de leur Nation (4). Les Chinois appellent quelquefois les Mongois,
Si-ta-tfes, ou Tartares Occidentaux ; & par dérifion, Tfau-ta-tJes (b), c'eft-
à-dire Tartares puans, parce qu'ils fentent effectivement fort mauvais.
Les Mongols l'emportent beaucoup fur les Mancheous par l'étendue de leur
Pays & par leur nombre. Oncomprend, fous leur nom, les Aulkas & les Eluths,
qui habitent les parties de l'Oueit jufqu'à la Mer Cafpienne: non que tous ces
Peuples foient proprement Mongols, puifque les Mongols ne formoient qu'une
fimple ‘Tribu entre les autres ‘T'artares Occidentaux; mais Ÿenghiz-khan, qui
étroit de cette Tribu, ayant fubjugué toutes les autres, elles furent toutes com-
prifes fous le nom général de Mongols, comme elles avoient été connues juf-
‘ qu’alors dans les parties Occidentales de l’Afie fous le nom de Tatares ou de
‘J'artares, qui étoientla Tribu la plus puiflante avant les conquêtes de ce Prin-
ce. Il eft même arrivé que les Tartares ont partagé jufqu'aujourd'hui, avec les
Mongols, l'honneur de donner leur nom aux Habitans de ces vaites Contrées,
& que de plus ils ont donné feuls leur nom au Pays; car, dans l'Afie Méridio-
nale comme en Europe, il porte le nom de T'artarie, quoiqu’on ne connoiffe
plus de Fribu particulière fous celui de Tartares.
[L faut obferver encore que les Khans des trois divifions, dont on a parlé,
font Mongols d’origine; ce qui fert beaucoup à frire conferver cette dénomi-
nation générale à toutes les ‘l'ribus ou les Hordes de ces trois divifions. C'ef
ainfi qu'on les trouve aufli fouvent nommées Kalkas Mongols & ÆEluths Mon-
gols, que Kalkas & Eluths ‘l'artares, comme les Chinois les nomment. A l’e-
gard du nom de T'artares, ondoit remarquer auffi que la véritable ortographe
de ce nom eft Tatares, & que jufqu’aujourd'hui on n'en connoît pas d'autre,
non-feulement dans les Pays Orientaux, mais encore dans les parties Oricnta-
les de l'Allemagne. Les Chinois, fur-tout, n'ayant par la lettre r dans leur
janguc, prononcent Tuta Ge Ta-tfe.
Quorque ces Peuples foient divifés fous des noms particuliers, ils ont un
méme langage, une méme religion, & les mêmes mœurs; ce qui prouve añez
qu'ils defcendent d’une méme origine. Leur langage s'appelle fimplement la
langue Mongol, S'ils ont pluñeurs dialectes, ils ne laillent pas des’entendre par-
faitement.
Ca) Hiftoire des Turcs, Mongols, Tarta- de Nieuhof, Vol. IT, pag. 426. il faut vrai-
res, pag. 7 & 9°
U5" 40) L'ar les Sudatjes, ou plûtôt Sutaÿes
fsublablement entendre les Âjuu-éa-tjes où
Vi nools
ro UNILULSS
TanTanin
DES
MonGoLs
Les Mongots
diverfement
nommés.
Origine de
leur gran-
deur,
Retnarques
fur les noms
de Mongols &
de Fartares,
Véritable
ortographe
du noin des
Tartares,
Leur Langue
€ leurs Li-
vres,
(0)
on
TARTARES
MoncoLs,
Leur taille &
leur figure,
Leurs occt-
pations.
Leur carac-
L
tére.
Ils font
propres aux
airuires.
Leurs habits,
480 VOYAGES DANS L'EMPIRE
faitement. Régis nous apprend que les caraétères qui fubfiftent fur les anciens
monumens Mongols font les mêmes que ceux d'aujourd'hui; mais qu'ils diffé-
rent de ceux du Mancheou, qui n’eftpas plus ancien que la préfente famille Im-
périale. Ils n’ont pas la moindre reffemblance avec les caraétères Chinois, &ne
font pas plus difficiles que le Romain. Ils s'écrivent ou fe gravent fur des T'a-
bles, avec un poinçon de fer. Auffi les Livres font-ils fort rares parmi les Mon-
gols. L'Empereur de la Chine en a fait traduire quelques-uns pour leur plaire,
& les a fait imprimer à Peking. Mais le plus commun de leurs Livres eft le Ca-
lendrier du Tribunal Chinois des Mathématiques, qui fe grave en caraétères
Mongols (c). |
SurvANT la peinture que Bentink nous fait des Mongols, la plüpart font
d’une taille médiocre, mais robufte. Ils ont la face large & plate, le teint
bazané, le nez plat, les yeux noirs & pleins, les cheveux noirs & auffi forts
que le crin de leurs chevaux. Ils fe les coupent ordinairement aflez près de la
tête, & n'en confervent qu’une touffe au fommet, qu’ils laiflent croître de fa
longueur naturelle. Ils ont peu de barbe ( 4).
GERBILLON les repréfente fort grofliers, mais honnêtes & de bon natu-
rel. Ils font, dit-ils, fales dans leurs Tentes, & mal-propres dans leurs habits.
Ils vivent parmi la fiente de leurs animaux, qui leur tient lieu de bois dans
leurs foyers. D'ailleurs ils excellent à la chaffe & dans l’art de mener les che-
vaux. Ils fe fervent habilement de l’arc, à pied & à cheval. En général, ils
ménent une vie fort miférable. L’averfion qu'ils ont pour le travail leur fait
préferer l'herbe de la terre aux fruits de l'agriculture.
Rec1s obferve:que la principale ambition des Mongols eft de conferver le
rang de leurs familles. Ils n’eftiment les chofes que par l'utilité, fans aucun
égard pour la rareté ou la beauté. Leur naturel eft gay & ouvert, toûjours
difpofé à la joie. Ils ont peu de fujets d'inquiétude, parce qu’ils n’ont pas de
voifins à ménager, ni d'ennemis à craindre, ni de Seigneurs auxquels ils foient
obligés de faire leur cour, ni d’affaires difficiles, ou qui les obligent à fe con-
traindre. Leurs occupations, ou plûtôt leurs amufemens continuels, font la
chaffe, la pêche, & d’autres éxercices du corps, dans lefquels ils excellent.
CEPENDANT ils font naturellement capables, non-feulement d'application
aux Sciences, mais encore des plus grandes affaires. On n’en demandera pas
d'autre preuve que la.conquête qu'ils firent de la Chine en 1624, & l’habileté
avec laquelle ils la gouvernèrent, au jugement même des Chinois. On voit
encore à la Chine des monumens de marbre, avec des infcriptions en langue
Chinoife & Mongol. Les Mancheous, qui font aujourd’hui maîtres de l'Empi-
re, ontimité leur éxemple, en faifant écrire les aétes publics & les inferip-
tions dans les deux langues (e ).
BENTINK leur donne, pour habits, de fort grandes chemifes & des cale-
çons de toile de coton. Leurs robes, dit-il, defcendent jufqu'à la cheville du
pied. Elles font ordinairement-de toile de coton ou de quelqu’autre étoffe legé-
re, qu'ils doublent de peaux de mouton. Quelquefois ils font uniquement vêtus
de ces peaux. Ils fe lient, autour des reins, avec de grandes courroies de cuir.
Leurs bottes font fort grandes, & compofées de cuir de Ruflic. Ils portent de
petits
(ce) Du Halde, bi fup.
(d) Hifloire des Turcs, des Mongols, &e.
Vol. IT. pag. 502. $
(e) Du Halde, ubi fup.
“
cuir.
de pc
doigt
robes
quelqi
Su
de mi
qu'ils
cerf,
form
ils ne
que |
eft in
ftruir
LE
des Ci
Cal
Soldat
LE
de mo
vec ce
tons n
& prel
ze livr
que ce
ceux
LE
troupe
près d
quelqu
fimple
rence (
leurs c
ne, y
fpiritu
après |
de mo
te, do
Quoiqt
plus d
cendre
ils plac
LEs
CRE
pag. 505
(g)1
VII
les anciens
ju'ils diffè-
famille Im-
1ois, &ne
ur des Ta-
ni les Mon-
eur plaire,
eseft le Ca-
_ caractères
lüpart font
e, le teint
« auffi forts
z prés de la
roître de fa
e bon natu-
leurs habits.
e bois dans
ner les che-
rénéral, ils
ail leur fait
onferver le
fans aucun
t, toûjours
l'ont pas de
els ils foient
t à fe con-
els, font la
excellent.
application
andera pas
l'habileté
. On voit
en langue
de l'Empi-
les infcrip-
& des cale-
cheville du
coffre legè-
ment vêtus
bies de cuir.
portent de
petits
DE LA CHINE, Liv. I. Cuar. Il, 48u
cuir. Leurs bottes font fort grandes, &compofées de cuir de Ruffie. Ils portent
de petits bonnets ronds, avec une bordure fourée, de la largeur de quatre
doigts. L’habillement des femmes eft à peu près le même, excepté que leurs
robes font plus longues , leurs bottes rouges, & leurs bonnets plats, avec
quelques petits ornemens (f).
Suivant Regis (g), l'habit ordinaire des Mongols eftcompofe de peaux
de mouton & d'agneau, dont ils tournent la laine du côté du corps. Quoi-
qu'ils fçachent préparer & blanchir aflez bien ces peaux, aufli-bien que celles de
cerf, de daim & de chévre fauvage, que les riches portent au printems, en
forme de veite; toutes leurs précautions n’empéchent pas qu'en s’approchant
ils ne fe faffent reconnoître à leur odeur. De-là vient le nomde Tartares puans ,*
que leur donnent les Chinois. Leurs ‘l'entes exhalent une odeur de bouc, qui
eft infupportable. Un Etranger, qui fe trouve parmi eux, eft obligé de con.
ftruire la fienne à quelque diftance.
Leurs armes font la pique, l'arc & le fabre, qu'ils portent à la manitre
des Chinois. Ils font toujours la guerre à cheval, comme les Eluths, ou les
Calmuks, qui font leurs voifins; mais ils ne font pas toûjours aufli bons (h)
Soldats.
LEURS troupeaux font compofés de chevaux, de chameaux, de vaches &
de moutons, aflezbons dans leur efpèce, mais qui ne peuvent être comparés a-
vec ceux des Calmuks, foit pour la bonté ou pour l’apparence. Leurs mou-
tons néanmoins font fort eftimés. Ils ont la queue longue d'environ deux pieds,
& prefque la même dimenfion en groficur. Elle pèfe ordinairement dix ou on-
ze livres. C’eft une mañle de graifle affez rance, car l'os n’en eft pas plus gros
que celui des autres moutons. Les Mongols n'élevent pasd'autres animaux que
ceux qui paiflent l'herbe. Ils abhorrent fur-tout les Porcs (à).
Leur maniere de vivre eft uniforme. lis errent de place en place avec leurs
troupeaux, s’arrêtant dans les lieux où ils trouvent le plus de fourage ; en Eté,
près de quelque rivière ou de quelque lac; en hiver, du côté Méridional de
quelque montagne, où la nége leur fournit de l’eau. Leurs alimens font fort
fimples. Pendant l'Eté, ils fe nourriflent de lai., fans mettre aucune diffé-
rence entre le lait de leurs vaches, de leurs jumens, de leurs brebis & de
leurs chévres. Ils boivent de l’eau bouillie avec le plus mauvais thé de la Chi-
ne, y mêlant de la crème, du beurre 6: «1 lait. Ils font auñfli une liqueur
fpiritueufe avec du lait aigre, fur-tout av : dulait de jument, qu’ils diftiilent
après l'avoir fait fermenter. Les perfonnes riches font fermenter de la chair
de mouton dans du hait aigre, ce qui forme une liqueur forte & nourriflan-
te, dont ils font ieurs délices de s'enyvrer. Ils fument beaucoup de tabac.
Quoique la polygamie ne leur foit pas défendue, ils n'ont pas ordinairement
plus d’une femme. Leur ufage elt de brûler leurs morts, & d’enterrer les
cendres dans quelque lieu élevé, où ils former. un amas de pierre, fur lequel
ils placent de petites (4) Banières.
Les Mongols, fuivant le récit de Bentink, habitent fous des Tentes, ou
dans
CF) Hiftoire des Turcs, des Mongols, &c, (b) Regis dans Du Ifalde.
pag: 505 (3) Ibidem.
(g) Dans Du Halde, uli Jup. (k) Du Halde, Vol. IV, pag. 45.
VIII, Part. _ Php.
TaArnTAnr#
MoncuLs
Leur mue
vaite odcus
Leurs armee
Leurs tfot=
peaux.
Manière.
dont ils vi-
veni.:
Leurs ali-
mens & leurs
liqueurs.
Leurs fépul-
turcs,
TARTARES
MonGoLs,
Forme de
leurs tentes,
Leur Coim-
imerce.
amas, Pré-
tres des Mon-
gois.
| Leur carac-
tcice
e
Stupidité du
Peuple,
482 VOYAGES DANS L'EMPIRE
dans des cabanes mobiles, & vivent enfemble des produétions de leurs (1)
beftiaux. Regis obferve que leurs ‘l'entes font rondes, & beaucoup plus com-
modes que les Tentes ordinaires des Mancheous, qui ne font compofées que
d’une enveloppe fimple, ou double, à peu près comme celle des Soldats en
France, & couvertes de feutre, gris ou blanc, foûtenu pardes perches, dont
le bout tient à un cercle. Elles forment ainfi une forte de cône brifé, avec
un trou rond au fommet, pour le pañlage de la fumée qui monte du centre où
eft le foyer. Elles font aflez chaudes tandis qu'on y entretient du feu; mais
elles fe réfroidiflent bientôt lorfqu'il s'éteint; & fans un foin extreme pendant
l'Hyver, on y gèleroit dans un lit. Pour remédier à ces inconvéniens, les
Mongols ont des portes fort étroites à leurs tentes, & fi bafles qu'ils n'y peu-
vent entrer fans fe courber. Ils ont l’art d'en joindre fi parfaitement les ma-
tériaux, qu'ils fe garantiffent du foufle perçant des vents du Nord (=).
QuanT au commerce, les petits Marchands de la Chine viennent en grand
nombre chez les Mongols, & leur apportent du riz, du Té hobé, qu'ils appel-
lent Kara-chay , du tabac, des étoffes de coton & d’autres étoffes communes,
diverfes fortes d'uftenciles, enfin tout ce qui convient à leurs befoins. En
échange, ils reçoivent des beftiaux ; car l’ufage de la monnoie n'eft pas con-
nu des Mongols (n). à
(1) Hiftoire des Turcs, des Mongols, &c. * (n) Hiftoire des Turcs, des Mongols, &ec,
pag. 256. ubi Jup.
Cm) Du Halde, wbi fup. page 37.
Religion des Tartares Mongols.
A feule Religion des Mongols, comme celle du Tibet, confifte, fuivant
Gerbillon, dans le culte de l'Idole Fo (a), qu’ils appellent Fu-cheki dans
leur langue. Ils croient la tranfmigration des ames. Iis rendent une obéiffan-
ce aveugle aux Lamas, qui font leurs Prêtres, & leur donnent ce qu’ils ont
de meilleur & de plus précieux. L'ignorance eft le partage de ces Prêtres.
Îls pallent pour fçavans lorfqu’ils font capables de lire les faints Livres en lan-
gue du Tibet. Leur libertinage eft exceflif, für-tout avec les femmes, qu'ils
débauchent impunément. Cependant les Seigneurs de la Nation fe condui-
fent par leurs confeils, & leur cédent le rang dans toutes les occafions pu-
bliques.
Les Lamas, obferve Regis, qui devroient s’employer à l’inftruétion de
leurs Compatriotes, trouvent plus d'avantage à courir de tentes en tentes, à
répéter certaines prières, pour lefquelles ils fe font bien payer, & à éxercer
quelques pratiques de médécine dans lefquelles ils fe prétendent fort habiles.
On trouve peu de Mongols qui fçachentlire & écrire. On voit même des La-
mas qui entendent à peine leurs prières. Aufi renferment-elles des mots tout-
à-fait hors d’ufage. Elles fe chantent, & l'air en eft ailez harmonieux. C'eft
à quoi fe réduit tout le culte religieux des Mongols. Ils n’ont pas de facrifi-
ce, ni l'ufage des offrandes. Mais le Peuple fe met fouvent à genoux, tête
auc, devant les Lamas, pour recevoir l’abfolution, & ne fe léve qu'aprés
- avoir
Ca) Du Halde, wbi fup. pag. 45,
lieuës
venir
ne, d
nom
érige
quelq
ernes
nomb
être de
l'Emp
mais q
dans |:
mélère
voir p
roît d’
de coû
Ils cha
eft cel:
nos E:
verain
CE:
bet. :
Kbukku
leurs (7)
plus com-
ofées que
oldats en
hes, dont
ifé, avec
centre où
feu; mais
e pendant
niens, les
sny peu-
nt les ma-
(m).
ten grand
’ils appel-
ommunes ,
foins. En
t pas con-
Mongols, &c.
le, fuivant
-cheki dans
ie obéiflan-
qu'ils ont
es Prètres.
res en lan-
nes, qu'ils
fe condui-
afions pu-
ruétion de
) tentes, à
à éxercer
rt habiles.
e des La-
mots tout-
eux. C'eft
de facrifi-
oux, tête
qu'apres
avoir
DE LA CHINE, Liv. NL Cuar. ll 483
avoir reçû ‘impofition des mains. L'opinion commune eft qu'ils peuvent
faire tomber de la gréle & de la pluie. Plufieurs Mandarins en affurérent les
* Miflionaires, fur le témoignage de leurs propres yeux, & leur confirmérent
ce qu'on leur avoit raconté à Peking de la forcellerie de ces Prétres. Les
* Mongols ne croyent pas que les ames pañlent dans le corps des bêtes. Ilsman-
gent par conféquent toutes fortes de viande, particuliérement la chair des bé-
tes farouches qu'ils pfennent a la chafle, quoiqu'ilsayent de grands ‘T'roupeaux
d'animaux privés.
Les Mongols ont une efpèce de dévotion, qui confifte à porter au cou des
Chapelets dont ils fe fervent pour leurs prières. 11 y a peu de leurs Princes
ui n'ayenc un Temple dans leur territoire, quoiqu'ils n'y ayent pas de mai-
ss Gerbillon vit les ruines d'un ‘Temple, à plus de deux cens cinquante
lieuës de Peking. IH avoit été bâti par des ouvriers Chinois, qu’on avoit fait
venir exprès. Les tuiles, qui ctoient verniflées, ou plûtôt émaillées de jau-
ne, avoient été apportées de Pcking. Un Lama, qui fe donnoit lui-même le
nom de fo-vivant, & qui recevoit des adorations en cette qualité, avoit fait
ériger ce Temple dans les terres du Roi de Xabul, fon frère (h). En un mot
quelque ignorans & quelque débauchés que foient les Lamas, la prévention du
Peuple eft fi grande en leur faveur, qu'il y à peu d'efpérance de faire goûter
la Religion Chrétienne aux Mongols.
UN Prince Mongol, verfé dans l’hiftoire de fes Ancêtres, à qui le Père
Gerbillon demanda dans quel tems les Lamas avoient introduit la Religion de
Fo dans fa Nation, lui répondit que c’étoit fous le régne de l'Empereur Xublay,
u'il nommoit ÆHublays mais que ces premiers Lamas, fort différens des mo-
dune , étoient fçavans, menoiënt une vieirréprochable, & faifoientun grand
nombre de miracles. L’Auteur s’imagine que les anciens Lamas pouvoient
être des Moines Chrétiens, venus de Syrie & d’Armenie, alors foumifes à
l'Empereur Kublay, pour prècher l'Evangile aux Mongols & aux Chinois;
mais que la communication de ces deux Pays avec la Chine ayant été coupée
dans la fuite par le démembrement de ce grand Empire, les Bonzes Chinois
mélèrent leurs fuperititions aux pratiques du Chriftianifme, & firent rece-
voir par degrés la Religion de Fo parmi les Mongols. Cette conjeéture lui pa-
roît d'autant plus vraifemblable, que les Lamas ont quantité de cérémonies &
de coûtumes qui reffemblent à celles des Chrétiens. Ils employent l’eau bénite.
Ils chantent dans le fervice Divin. Ils prient pour les morts. Leur habillement
eft celui que nos peintures donnent aux Apôtres. Ils portent la mître comme
nos Evêques; fans parler du grand Lama, qui repréfente parmi eux le Sou-
verain Pontife (c)..
© Ces Lamas Mongols ont à leur tête un Député, fous le Lama Dalay du Ti-
bet. Il fe nomme le Kotuktu, & le lieu de fa réfidence eft ZZu-bu-hotim, ou
Kbukku-hotun, Ville, dont on a parlé, fur les bords du Whang-ho dans le
Pays des Ortus, où Gerbillon vit ce Miniftre Eccléfiaftique en 1692.
ON doit avoir compris quel eft le Gouvernement des Mongols, en lifant
qu'ils font divifés en quarante-neuf Banières, fous un grand nombre de petits
Princes
L]
(b) Chine du Père du Halde, Vol. IV.
pag. 29. & 46 (c) Ibidem, pag. 69.
8. 29. & 46.
Ppp2
TanTanras
MoncoLrs
Dévorton
des Grands,
e
Un Lama fe
fait adorer.
QuandlaRc-
ligion de l'o
fut introduite
parmi les
Mongols.
Conjeéture
du Père Ger-
billon fur la
Religion de ce
Pays,
Gouverne:
ment des
Mongol
TARTARES
MONGOLS,
Grand noim-
hre de Princes
d'aitarcse
Tour bonté
pour leurs Su-
dctse
Etendue &
fituation du
Pays des Kal-
ns.
481 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Princes. Regis obferve que les Mancheous, après avoir conquis la Chine, don-
nèrent aux plus puiffans les titres de ang, de Pey-les de Pey-tfe, de Kong &c;
qu'ils aflignérent un revenu à (4) chaque Chef de Banière; qu'ils réglèrent les
limites des territoires, & qu'ils y établirent des loix par lefquelles ils ont été
gouvernés jufqu'aujourd'hui. Il y a, dans Peking, un grand'{ribunal, où l'on :
appelle de la Sentence de ces Princes, qui font obligés d'y comparoitre eux-
mémes, lorfqu'ils y font cités. Les Kalkas font aflujetus aux mémes reglemens,
depuis qu'ils font foumis à l'Empire de la Chine.
Les Contrees, ou les Banières des Mongols, entretiennent un grand nom-
bre de Princes; fans en excepter les plus pauvres, c'eft-a-dire celles qui font
froides, feches & fabloncufes, telles que Avrchin, Oban, Nayman & Turbeda.
La feule Banière de Aorchin, lorfque les Millionaires traverferent le Pays, en
avoit huit ou neuf, diftingués par différens titres, qui reviennent «à ceux de
Ducs, de Marquis, de Comtes &c. Le nombre n'en cit jjas fixé, parce qu'il
dépend toûjours de la volonté de l'Empereur, qui ef leur grand Ahan (e), &
qui les éleve ou les dégrade fuivant leur bonne ou leur mauvaife conduite.
Lorfqu'ils font fans titre ou fans aucun commandement militaire, ils portentle
le nom de Tay-ghis ou Tay-kis, fuivant la prononciation Chinoïfe. Cependant
ils font confidèrés, par les l'artares, comme les maîtres du Pays; & le Peuple
eft comme Efclave des Chefs de chaque famille. Ces Princes ont leur poli-
tefle, qui les diftingue du commun. Quoique leurs Sujets prennent eux-mêmes
la qualité de leurs Éfclaves, ils ne les traitent point avecrigueur, & l'accès eft
toûjours libre auprès d'eux. Cetté familiarité ne diminue rien au refpect qu'on
leur porte. Les Tartares ont appris dès l'enfance qu'ils font nés pour obeir, &
leurs maîtres pour commander (f). Mais le Gouvernement & la Religion des
Mongols reviendront avec plus d'étendue dans l'articie fuivant.
(4) On a vù cideffus que ces appointe- les Tartares prononceng ZZan, ou plütôt leus
mens annuels font fort au-deflus de ceux qui prononciation tient du A & de l’ZZ, |
ont aflignés aux Prine*s Mancheous à Peking. (f) Du Halde, uwbi Jup.
Ge) Nous écrivons Kbam où Khan: mais
& TV:
Pays des Mongols Kalkas.
D’ toutes les Nations Mongois, qui dépendent de la Chine, la plus nom:
breufe & la plus célébre eft celle des Xalkas.. Elle tire fon nom de la ri-
vière de Kalka. On donne aux terres qu’elle pofléde plus de deux cens lieuës
de l'Eft à l'Oueft, Elie habite les bords des plus belles Rivières de toute cette
partie de la ‘l'artarie. On la place au-delà des Mongols, proprement dits, à
VEN des Æluths ou des Kalmuks. Le Pays des Kalkas, fuivant Gerbillon, s’é-
tend de l'Oueft à l'Eft, depuis la montagne d’Æ{/tay jufqu’àa la Province de So-
lon; &, du Nord au Sud, depuis le cinquantièéme & le cinquante-unième de-
grés de latitude (4), jufqu’a l'extrémité Méridionale du grand défert de Cha-
0 9
e
4) Du Halde a dit ailleurs qu'il s'étend de vingt-deux degrés de l'ER à l'Oucft, & de
eq & demi du Nord au Sude | e
El
. o
e
mo, q
qu'ils
X gér
qui, !
fortbo
en ab
qui a
côte d
de cen
arbres
marais
d'afez
LES
Chine,
s'étant
lement
turares
accoit
la vie €
Lr
peu fré
fameuf
tre lieu
plufieut
nommé
au Nor
Les
fimeufe
bonnes
tes & d
nes vaft
nant fo
qui fe
frontièr
ftruits
fulter I:
Le I
que to
de large
(b) Ce
Ce) Ch
hine, don-
e Kong Ke;
glèrent les
ils ont été
al, où l'on :
loitre eux-
reglemens ,
grand nom-
es qui font
X Lüurbeda.
c Pays, en
“a ceux de
parce qu'il
an (e), &
2 conduite.
s portent le
Cependant
& le Peuple
: leur poli-
cux-mêmes
« l'accès eft
fpeét qu’on
robeir, &
cligion des
u plûtôt leu
11
plus nom-
mn de la ri-
cens licuës
toute cette
ent dits, à
illon, s’é-
ce de So-
inième dce-
rt de Cha-
1110 ,
Oucft, & de
DE LA CHINE, Liv. IL Cuar. UT. 48s
mo, qu'on met au nombre de leurs poffefions. Ils y campent en hyver, lorf.
qu'ils font moins preflés par le befoin d'eau, qui eit fort rare dans ces lieux
& généralement mauvaife.
CE défert, que les Chinois nomment Chuno, & les Tartares Aobi ou Go-
(b), environne une partie de la Chine. I n'eft nulle part fi grand ni
fi horrible que du coté de l'Ouelt Gcérbillon le tiaverfa quatre fois, en aiffç-
rens endroits, À l'Eft des montagnes qui font au-delà de la grande Muruille,
il n'a qu'environ cent lieuës, mais fans y comprendre les montagnes au Nord,
qui, malgré le petit nombre de leurs Habitans, ne laiflenc pas de renfermer de
fortbhonnes terres, debeaux paturages, desbois, des fontaines & desruiffiaux
en abondance, L'Auieur n y comprend pas non plusle Pays au-delà de Korlon,
qui a beaucoup d'eau & de paturages, quoiqu'il foit peu habité, fur-tout du
côté de l'Oucft. Le déferi cit beaucoup plus large du Nord au Sud, & plus
de cent lieuës au-delà, Dans quelques parties, il eft abfolument ftérile, fans
arbres, fans herbe & fans eau, a l'exception de quelques étangs & de quelques
marais formés par les pluies, & de quelques puits creufés par intervalles, mais
d'aflez mauvaife cau.
Les Kalkas fonc les defcendans de ces Mongols, qui furent chafés de la
Chine, vers l'an 1368, par /Æong-uu, fondateur de la race de Ming, & qui,
s'étant retirés du côté du Nord, au-delà du grand défert, s’établirent principa-
lement fur les Rivières de Selinge, d'Orkon, de Tula & de Aorlon, où les pà-
turaces font fort abondans. Il eft furprenant qu'après avoir été fi long-tems
accoütumés aux délicateffes de la Chine, ils ayent pû reprendre fi facilement
la vie errante & gro!liére de leurs Ancètres (c ).
Li Âalka-pira, ou la Rivicre de Kalka, fuivant l'obfervation de Regis, eft
peu fréquentée par les Kalkas, quoiqu'ils en tirent leur nom. Elle coule de la
fameufe montagne qui porte le nom de Suelki où Siviki, à quatre-vingt-qua-
tre lieues de Parin, & foixante-quaire de Tjitfikar. On prétend qu'il en fort
pluficurs autres Rivières, mais peu conlidérabies. Après avoir paflé par un lac,
nommé Puir, elle change fon nom en celui d'Urfon; & coulant direétement
au Nord, elle fe jeie dans le Koxlon-nor, qui eft beaucoup pius grand.
Les Rivières de Kerlon, de Tula, de Toui & de Selinga, quoique moins
fameufes dans cès Contrées par leur origine, font plus utiles au Pays par les
bonnes qualités de leurs eaux, qui produifent une grande abondance de trui-
tes & d’autres poiflons, & par la fécondité qu'elles répandent dans les plai-
nes vaftes & bien peuplées qu'elles arrofent. Le Æerlon, ou le Kerulon, pre-
nant fon cours de l'Oueft à l'E, tombe aufi dans le Lac de Aoulon-nvr ,
qui fe décharg: lui-même dans le Saghalian-ula par la Rivière d'Ergone,
frontière des Manchcous de ce côté-la. Ceux qui veulent etre mieux in-
ftruits de la fituation de ce Lac & du cours de ces Rivières doivent con
fulter la Carte.
Le Kerlon, fans avoir beaucoup de profondeur, puifqu’on le pafle pref.
que toûjours à gué fur un fond de fable, & fans avoir plus de foixante pieds
de largeur, arrofe les plus riches päturages de la Tartaric.
Là
(b) Ce mot fignifie Defert.
Ce) Chine du Père du falde, wbi fup. Vol. IV? pag. ga?
Ppp 3
TARTARES
Monwcozs,
| J
Défert de
Chao, |
de K }\êe
* Origine des
Kalkuse
Rivicres qu?
arrofent leur
Pays,
Le Kaka
Le Kerlon,,
Le Tula.
Le oui.
Le Selingas
®
Lae de Koue
lon-nor,
©
nl, nanee—
TARTARYS
MoncoLs.
.
Lac de Pay-
kal, aux Ruf-
ficns.
Villes de Se-
linghinskoy &
d'Irkutskoy.
Route com-
mode jufqu'à
Fobolskuy,
Remarques
tirées de Beu-
tink.
Rivières
d'Orkhon &
de ‘Fola,
Rivière
d'Altay ou de
Siba,
486 VOYAGES DANS L'EMPIRE
LA Rivière du Tula coule de l'E à l'Oueft. Elle eft ordinairement plus
large, plus profonde & plus rapide que le Kerlon. On trouve aufli plus de
bois fur fes bords, & d’aufli belles prairies. Du côté du Nord, elle a des
montagnes, couvertes de grands fapins, qui forment une perfpective agréa-
ble. Les Mongols de cette partie de la Tartarie en parlent avec admiration.
Cette Rivitre, s'étant jointe à celle d’Orgon, d’'Orkhon, ou d'Urhon, qui vient
du Sud-Oueft, coule vers le Nord; & groflie par quantité d’autres, telles
que le Selinga-pira, elle va fe jetter enfin dans le lac de Pay-kal (4), qui
paile pour le plus grand de toute la Tartarie, Ce lac cft du domaine des Rus-
fiens, qui étant maîtres aufli de la partie baffle du Selinga, on6 bâti fur la
rive oppofée, c’eft-à-dire près des limites communes des deux Empires, une
petite Ville nommée Seinghinskoy; & plus loin, celle d'Jrkutskoi (e), beau-
coup mieux peuplée que la précédente, & peut-être la plus floriffante de
toute la T'artarie par le Commerce.
Dans la route d’Irkutskoy à Tobolskoy, Capitale de la Sibérie & de
la Tartarie Septentrionale , on rencontre un grand nombre de Villages,
où les logemens font commodes. Mais, en allant du S:linga au Sud,
jufqu’a la grande Muraille, on eit réduit à vivre & à fe loger comme les
Fartares. *
Les eaux du Toui-pira ne font pas moins claires & moins faines que celles
du Kerlon. Après un aflez long cours, dans des plaines fertiles, cette Ri-
vière va fe perdre fous terre, près d'un Lac, & ne reparoît plus (f).
Cerre defcription des Rivières eft tirée des Mifionaires; mais nous y
joindrons quelques autres remarques de Bentink. Cet Hiftorien nous apprend
que la Rivière de Selinga à pluficurs fources, & que celle de Werch, qui
eft la principale, eft un lac, auquel les Mongols donnent le nom de Kofo-
gol (g}): que fon cours eft en ligne prefque direéte, du Sud au Nord, dans
des plaines fertiles , & qu'après avoir groili confidérablement fes eaux par
celles de plufieurs Rivières, qui s’y joignent des deux côtés, elle fe déchar-
ge dans le Lac de Pay-kal; que fes eaux , quoique bonnes & légères, ne
produifent pas beaucoup de poiflon ; que fes deux rives, depuis fes four-
ces jufqu'a une journée de Selinghinskoy , appartiennent aux Mongols ;
mais que depuis cette Ville jufqu'au Lac, les Pays voifins dépendent de la
Ruflie.
L'ORkHoN, anciennement nommé Xalaffui , coule au Nord Nord-Ouef,
& fe jette dans le Selinga. C’eft fur fes bords que le Khan des Mongols Kal-
kas & leur Xhutukku font ordinairement leur réfidence.
Le Ta, qui portoit autrefois le nom de Xollanuaer , vient de l'Eft-Sud-
ER & fe jette dans l'Orkhon. Les caravanes de Sibérie entrent fur les terres
de la Chine après avoir pañlé cette Rivière.
CELLE d’Altay, qui fe nomme aujourd’hui Sika, prend fa fource vers les
frontières des Kalmuks ou des Eluths, dans les montagnes que les J'artares
nomment Uskum-luk-tugra, vers le quarante-troifiéme degré de latitude, au
Sud des fources du Ÿenifen. De-là, coulant à l'Eft-Nord-Eft, elle fe perd
eu Nord du Défert de Gobi ou de Chamo, Sud-Sud-Eft de la fource de l'Ork-
bon.
(4) Les Cartes mettent Bay-kal. (f) Du Halde, ubi fup. pag. 23. & fuiv.
Ce) Ergouski dans le tuxte François, (g) Ou Ko-fokol. Kol où Gol fignifie Lac.
bon.
l'Emp
de VA
LE
tire
uara
te da
Mong
fes bo
La
Lac a
cent |
d'Amu
(b)°
(CPR
C
L(
Kerlon
réc. (
murs.
failoie
la Ville
re fav
ON
des Kal
feurs d
ayant €
Quoiqu
plus co
blay, q
la fes
La hon
fans do
faire a
bâti de
plaifanc
Mais c
ce d'un
pas furf
monuin
Les
te de À
Elle eft
locs d
arriva €
ement plus
ufli plus de
elle a des À
tive agréa- |
admiration. À
1, qui vient
tres, telles
1 (d), qui
ne des Rus-
bêti fur la
npires, une
(e), beau-
oriflante de
béric & de
> Villages ,
a au Sud, À
comme les |
que celles
, cette ki-
(f)- |
nais nous y À!
us apprend
Werch, qui
m de Kofo-
Nord, dans
ss eaux par
: fe déchar-
égères, ne
is fes four-
Mongoils ;
ndent de la
e
lord-Oueft,
ongols Kal-
l'Eft-Sud-
ir les terres
ce vers les
s Jartares
titude , au
le fe perd
de l'Ork-
hon.
3. & fuiv,
fignifie Lacs
&
DE LA CHINE, Liv. II. Car. IL 487
bon. Un petit Khan des Mongols ; qui cft à préfent fous la protection de
l'Empire Chinois, fait fa réfidence ordinaire. aux environs de la Rivière
de Siba. |
Le Dfan-muran (h), que d’autres nomment le Tan ou le Jan-muran,
tire fa fouree des montagnes qui traverfent le Défert de Gobi, vers le
quarante - troifième degré de latitude. Il coule au Sua-Sud-Eft, & fe jet-
te dans le Whang-ho fur les frontières du Tibet. Deux petits Khans des
Mongols, tous deux fous la proteétion de l'Empereur, font leur rélidence fur
fes bords.
La Rivière d’Argun, où d'Ergone , fort, dans le Pays des Mongols, d’un
Lac auquel ils donnent le nom d’Argun-dalay. Après un cours d'environ
cent lieuës, prefqu’à l'Eft-Nord-Eft, elle tombe dans la grande Riviere (i)
d'Amur. .
CD)" Fan-muran dans l'Hiftoire d'Abulghasi. .
(i, Hiütoire des Turcs, des Mongols, &c. Vol, IT. pag 215. & fuiv.
Ruines de plifieurs Villes, particulièrement de K AR 4-KOR AN.
ETTE partie de la T'artarie offroit autrefois plufieurs Villes, qui n'éxif-
tent plus. Les Mifionaires remarquèrent fur les bords Septentrionaux du
Kerlon les ruines d’une Ville confidérable , dont la forme avoit été quar-
réc, On diftinguoit encore les fondemens & quelques grandes parties des
murs. Elle avoit eu vingt lis Chinois de circonférence. Deux pyramides s’y
faifoient connoître par leurs débris. Son nom étoit Para-hotun , qui fignifie
la Ville du Tygre. Les Tartares regardent le cri d'un tygre comme un augu-
re favorable.
Ox voit les ruines de plufieurs autres Villes dans les Pays des Mongols &
des Kalkas, mais peu anciennes. Elles ont été bâties par les Mongols fuccef-
feurs du fameux Kublay,. où Kobolihon, fuivant la prononciation lartare, qui
ayant conquis toute la Chine devint le fondateur de la Dynaîtie de Tven.
Quoique le génie de cette. Nation lui fafle préferer fes tentes aux maifons les
plus commodes, on peut fuppoler qu'après la conquête de la Chine, Ku-
blay, qui poñédoit toutes les qualités du Chinois le plus accompli, civi-
lifa fes Sujets & leur fit prendre les nfages du Payÿs qu'ils avoient fubjugué.
La honte de paroître inférieurs à des Pcnples qu'ils avoient vaincus, les porta
fans doute à batir des Villes dans la Tartarie. Ils firent alors ce qu'on a vû
faire aux Mancheous fous le gouvernement de l'Empereur Khang-hi, qui a
bâti de grandes Villes dans les Cantons les plus reculés, & de belles maifons de
plaifance dans ceux qui touchent à la Chine, telles que Ÿe-ho & Kara-botun.
Mais comme ces Villes Mongols furent détruites & abandonnées dans l'efpa-
ce d'un ficcle, lorfque les Chinois devinrent conquérans à leur tour, il n'eft:
pas furprenant que le tems ait manqué à leurs Fondateurs pour y élever des
monumens capables d’éternifer leur mémoire.
Les Milionaires ne trouvèrent qu’une Infcription dansle Pays, fur la rou-
te de Kya-keu au Kerlon, à la diftance d'une lieuë du petit Lac de Æo-luffay.
Elle eft en caraétères Chinois, gravés fur les parties fupérieures de quelques
locs de marbre, On y lit que l'Armée commandée par l'Empereur To:g-lo
arriva dans ce lieu le 14 de May; d'où l'on peut conclure que ce Prince ne
pourfuivit
TARTARES
Moncozs,
Tfan-muran,
Argun,ou
Ergonc.
Ancienne
Ville de Pare-
hotun,
Origine &
deftruétion de
plufieurs V'il-
lies Mongols..
fricription
trouvée par
les MMiffionai-
res,
PE
PE à © nt oh RE EDP ane
TARTARES
Moncozs.
Kara-uflon,
Regis doute
fi c'eft l’an-
cienne Kara-
koram.
Ses objec.
tions,
Recherches
pour détermi-
per la pofition
te Kara-ko-
ram,
488 VOYAGES DANS LEMPIRE
pourfuivit pas les Mongols au-delà du Ker'on & fe contenta de les tenir éloi-
gnés de la grande Muraille. : |
Assez près de Para-hotun on trouve les débris d'une autre Ville, dans un
lieu nommé aujourd'hui Xara-ufJon , où l'on voit un petit Lac & une belle
Source. La plaine cft fertile. Elle nourrit un grand nombre de daims & de
mules fauvages. Regis cit embarraflé à décider fi cette Ville étoit (a) Kura-
koram, réfidence de Aongohau (b), où de fon prédécefleur Kayu-fu (ec), à
qui Saint Louis envoya un Dominiquain nommé Longumeau, en 1249 , avec
de magnifiques préfens. 1l n’eft pas aifé de comprendre, dit cet Ecrivain,
comment un Empereur de toute la T'artarie & des parties Septentrionales de
la Chine pouvoit réfider, au Nord du Saghalian-ula , dans un Pays qui n’eft
propre à fervir d'habitation qu'a des Sauvages (2), ou comment une Ville,
dans cette fituation, pouvoit entretenir un auffi grand nombre d'Officiers ,
d'Ambafladeurs & de Marchands de toutes Ics Nations qu’on le rapporte. Le
mème Auteur obferve que la polition des montagnes & des rivières dans cette
partie de la Tartarie, au-deflous du cinquantième degré de latitude, ne s’ac-
corde nullement avec ja route des Voyageurs de ce tems-là, qui n'ayant eu
ni le fecours des Mathématiques ni celui de la bouflole pour fe conduire dans
un filong voyage à l'Eft, ont pà décliner infenfiblement vers le Sud, au-lieu
d'avancer comme ils fe l’imaginoient jufqu'au foixantième paralelle du Nord.
Il fait remarquer aufi que fuivant leur Relation, le feu des tentes & de l'appar-
tement même de l'Empereur n'étoit que d'épines, de racines de bois mort &
de fiente de vache; quoique dans les parties, foit du Nord, foit du Sud, juf-
qu'à Kara-botun, la ‘Tartarie ne foit pas fans bois de chaufage, excepté dans
les plaines qui font en-deçà du cinquantième degré (e).
Comme les Mifionaires qui ont dreflé la Carte de ce Pays déclarent qu'ils
n'ont pû déterminer éxaétement la fituation de Xura-koram, le Traduëteur An-
glois de l'Ouvrage du Pcre du Halde entreprend, dans fes Notes, d'éclaircir
ce point, qu'il croit fort important pour la Géographie moyenne de Ja ‘'ar-
tarie. Il obferve que fuivant d'Ilerbelot (f), le nom de ÆKara-koran vient des
Tlabitans du Turkeftan, voilins des Tartares à l'Ouelt, 4bwlfarai (g) dit que
iXara-koram
(a) Bentink paroït douter que fa Vile de
Kara-koram ait jamais éxifté, parce qu'il ne
refte aucune tracc de ce nom, & que la IKelr-
tion de la route de Rubragius lui fembie nan-
feulement confufe, mais encore peu confor-
me aux idées que nous avons aujourd'hui du
Pays par lequel ce Voyageur prétend avoir
pallé. L'erreur de Bentink vient apparemment
de ce qu'il confond Kara-kuin avec Kara ko-
am. Ils'cit imaginé que ces deux noms é-
tôient le même, aulieu que le premier ef le
nom du Pav:, & le fecond celui de la Ville
qui y avoit été bâtie. Abu'lghazi-khan diftin-
gue clairement Fun de l'autre, quoiqu'il ne
nomme pas la Ville. Foyexl'Hifloire des Lurcs,
des Mongols, €ÿc. Vol, IE pag. 515.
(b) Nommé aufli parles Voyageurs, Man-
gu, Mongko & Munkuba. Voyez les Objer-
cations Mathimatiques du P. Suuciet, pag. 186.
(ce) Regis croit que Kayufu ou Kayul é-
Ji (Al
tant ie Tuytfu Chinois, ou le grand-père de
l'mpereur Yves ou Jun, doit être le grand-
père de Kublay, quieft nommé auffi Che-1/;
fuivant l'ufage de Fa Chine. Mais le Track
teur Anglois obférve que Fengbitz-kan, & non
Kayuk-khbam, étoit le grand-père de Kublry,
& qu'il étoit par conféquent le Zaytfu; que
Kayuk étoit fils d'Oltay, troificine ‘fils de
Tensbiz.kban, comme Aoplay étoit fils de Tu.
ay où Taulay) quatrième fils du même
Jenghiz-khan. Cette remarque, continuet-il,
peut fervir à corriger une autre méprife de
l'Auteur, qui appelle (pag. 214.) Hopidlie ou
Koblay, le quatrième fils de ‘Tay-tfu,
(d) Pourquoi Para-hotun & Kora-uflon ne
pourroient-ils pis avoir été Lâtis par les Tar-
tares, qui habitoient les rives de l'Onon?
(e) Du Halde, Vol. IV, pag. 23, & fuiv,
(f) Art. Ordu Balig. *
(g) Hift, Dynaft, pag. 320,
\æ
Kara
que |
que c
aufi-
raifoi
rem
de
me f
& ler
traits
belles
tygre
d Pe
dans |
que tc
Croix
peu él
autres
qu'un
car o
ae
réfide
l'Ung
que la
l'augn
fameu
DA
tuatio
gols é
Gi
du Péro
(i)
Mens d:
CR)
(1) 1
(m)
(n)
feccs, fl
l'II
enir éloi-
, dans un
une belle
ims & de
(a) Kara-
fu (ce), à
49 , avec
Ecrivain,
rionales de
s qui n'eft
une Ville,
Officiers ,
pportg. Le
dans cette
e, ne s'ac-
n'ayant eu
nduire dans
ud, au-licu
: du Nord.
de l'appar-
ois mort &
u Sud, juf-
cepté dans
larent qu'ils
uteur An-
| d'éclaircir
de la ‘T'ar-
m vient des
g) dit que
Sara-koram
rand-père de
être Le grand-
auf Che-t}u,
is Le Fracuic-
g-kan, & non
> de Kublry,
Lay-tfu; que
fième ‘fils de
it fils de Tu.
fils du même
continuest-il,
méprife de
) Hopi-lie ou
-tfu.
Kora-uflon ne
par les Tar-
l'Onon ?
23, & fuiv,
DE LA CHINE, Liv. lil. Cap. IL 489
Kara-koram eft la même chofe qu'Ordu-balikt; & le Père Gaubil nous affüre
que l’Hiftoire Chinoife l'appelle Ho-lin (b). Le Cordelier Rubruguis raconte
que de fon tems Xara-koram n'avoit qu'un mur de terre, & que la Place même,
aufli-bien que le Palais du Khan, étoient de méprifables édifices en compa-
raifon de ceux de l’Europe. Cependant il la repréfente (i) fort peuplée &
remplie d’un grand nombre de Palais, de Temples, &c. A l'égard de fa fon-
dation, Abu'lfarai & d'Herbelot affürent qu’elle fut l'ouvrage d'Oktay, troifie-
me fils & fucceffeur de Fenghiz-khan, après la conquête du Xin ou du Katay;
& leur témoignage s’accorde avec celui d’Abu’lghazi-khan. Mais dans les Ex-
traits de l’Hiftoire Chinoife, dont nous fommes redevables à Gaubil , il eft
arlé de cette Capitale de l'Empire Mogol comme fi elle avoit éxifté avant
Venghiz-khan (k). On y lit qu'en 1235 Oktay fit de Ho-lin une Ville neuve,
& qu’il y bâtit un magnifique Palais (7). Abu’lfarai nous apprend auffi qu'il la
peupla d'Habitans du Katay, du Turkeftan, de Perfans & de Muftara-biens (m).
Mars Abu'lghazi-khan s'arrête un peu plus aux détails, quiconcernent l'ori-
gine de cette Ville. Il raconte qu'Ugaday ou Oktay-khan, après fon retour du
Katay, l'an de l'Egire 634, & 1236 de Jefus-Chrift, continua de faire fa ré-
fidence dans le Pays de Kara-kum (n°) ou du Sable noir ; qu'il y bâtit un Palais
magnifique ; qu’il fit venir les-plus habiles Peintres du Katay pour l’orner &
qu’il donna ordre aux Princes du Sang & à fes grands Officiers de bâtir de
belles maifons à l’entour ; qu’il fit conftruire auffi une belle fontaine, avec un
tygre d'argent de grandeur naturelle, qui jettoit de l'eau (0). Le Traduéteur
du Père Du Halde juge que Kara-koram ( Ordu-balik ou Ho-lin ) étoit fituée
dans le Pays de Xara-kum, qui fignifie Sable noir, & que ce fut dans cette Ville
que tous ces ouvrages furent éxécutés; malgré le témoignage de Petis de la.
Croix (p), qui dit qu’Oktay faifoit fa réfidence ordinaire à Olug-yurt (q),
peu éloignée de Kara-koram; d'où l'on pourroit conclure que le Palais & les
autres édifices furent bâtis à Olug-yurt. Mais, peut-être Olug-yurt n'eft-il
qu'un autre nom que les Mongols donnoient à leur Ordu-balik où Kara-koram ;
car on ne trouve aucune trace de deux Villes dans les autres Auteurs. On lit
feulement que les Khans, avant Xoblay, étoient couronnés & faifoient leur
réfidence à Æo-lin où Kara-koram. De la Croix prétend que c’étoit le fiége de
l'Ung ou du Fang-khan des Kara-its , nommé communément le Prête-ean ,
que la Ville, peu confidérable en elle-même, fut prife par Fenghiz-khan, qui
l'augmenta beaucoup; & qu'Oktay-kan l'ayant rebâtie, en fit une Ville (r)
fameufe.
Dans une autre Note, le Traduéteur obferve que Gauhil nous donne la fi-
tuation éxaête de cette Ville, d'après l'HiftoireChinoife. La Nation des Mon-
gols étoit contigue, dit-il, à celle des Naymans, près de la Ville de Ho-lin
ou
Ch) Voyezles Obfervations Mathématiques
du Père Souciet, pag. 185.
(i) Voyez ci-deffous d’autres Eclaircifle-
mens dans fes propres voyages,
CR) Souriet, pag, 186. (
(2) Le même, pag. 192. (
Cm) Hit. Dynaft, pag. 3ro. (
(n) Nom général pour fignifier des Pays (
fece, Fihloneux & défaits, tels qu'il s’en trou-
VIII. Pat. Qq q
ve piufieurs {ur les bords du Karazm, près de
la Mer Cafpienne. Abu'lghazi-kham en décrit
un. Voyez l'Hift. des Turcs, des Mogols, {c.
Vol, L pag. 152. & Vol. IT. pag. 513.
) Hiftoire des Turcs, pag. 486.
) Hift. de Jenghiz-khan, pag. 22. & 362.
) Olug-yurt fignifie la grande Ville.
)
0
P
q
r) Iift, de Jenghiz-khan, pag. 27. 262.
TARTARNPS
Monwcozs.
La fituation
de Kara-ko-
ram fe trouve
dans les Ex-
traits Chinois
du Père Gau-
bil.
490 VOYAGES DANS L'EMPIRE
TarTanes ou de Kara-koram (5), au Nord du Défert fabloneux, dont la latitude (+), : propr
MONGOLS. obfervée par l'ordre de Kublay-khan, fe trouva de trente-quatre (v) degrés fouve
onze minutes; | & le calcul apprit que fa longitude étoit de dix degrés onzej# point
minutes ] Oueft de Peking. On peut inférer de-la, fuivant le Traduéteur, que À rent à
Kara-koram étoit fituée fur le bord ou près du Lac de Kurahan-ulen, & par dire,
conféquent fort loin de Aura-hotun & de Para-botun ; c'eft-à-dire, à quatre tres,
cens quatre-vingt-huit milles, Nord-Oueft du premier, & à quatre cens vingt Croix ,
” Sud-Oueft du fecond. Nous ignorons, concinue-t-il, fi les Mifionaires qui ont tr
ont dreflé la Carte de la T'artarie pénetrèrent jufqu'a ce Lac, ou s'ils s'enrap- Æ LE
‘_ portérent aux récits des Mongols. Mais quelqu'idée qu'on en prenne, il eft Monge:
furprenant qu’ils n’euflent rien appris de Aara-koram, dont les ruines doivent du Xa
encore fubfifter aux environs du Lac. C'étoicleSiége Impérial des Khans, juf- deux ,
Gb qu'au regne de Koblay , qui, pour être plus proche de fes conquêtes, le tranf- huit d
Chanson de fera dans la Ville de Chang-tu qu'il avoit bâuie. C'eft de Marco-Polo & de Hay- bords
tic par Ko. ton que nous apprenons cette dernière circonftance. Le premier donne à Chang- quatrc
blay, tu le nom de Ciandous & l’autre, .par corruption peut-être, lui donne celui plus d
de Fons. 5. Sul
LA Ville de Chang-tu étoit fituée dans le Pays de Karchin, à quarante-deux dix de
degrés vingt-deux minutes de latitude, Nord-Eft de Peking (x). Elle eft dé | rante-
truite; mais il paroît que c’eft aujourd’hui Chau-nay-manfuma, qui eft une des nutes
trois ruines marquées dans la Carte des Miflionaires, fur la Rivière de Chang- minutc
tu; car ils ne prennent pas plus connoiffance de cette célèbre Capitale que de Sur le
Kara-koram, Efltina, Kompion & d'autres anciennes Villes. Koblay pañloit le fecond
Printems & l'Eté à Chang-tu, & le refte de l'année à Cambalik(y )ou Peking. Sur l1
C’étoit-là, fuivant la conjeéture de l’Auteur, que réfidoit la Cour Tartare,
auffi long-tems que les Mongols furent en poflefion de la Chine. Mais après
nutes
latitud
le Tegi
des de
tous ce
métans
de la C
deux di
leur expulfion, l'an 1308, il eft probable que Kara-koram redevint le Siége
des Khans, quoique depuis le tems d'Oktay, Petis de la Croix les faffe réfider
à Olug-vurt (x), Ville peu éloignée de Kara-koram, ou peut-être la même,
comme on vient de l’obferver.
Le Traduéteur remarque auñi que depuis le tems «d’Ædry-Khan, quinzième
fucceffeur de Koblay, on ne parle plus, à Olug-yurt, des Princes defcendus
de Tuli-khan, mais feulement de ceux qui étoient fortis de Koblay-khan & qui
Olugyute demeurèrent Empereurs de la Chine (4). Quoiqu'il en foit, Olug-yurt éxif-
éxiftoit enco- toit vers le commencement du quinzième fiécle; car Alchi-timur, qui précéda
me poue, di} de deux fucceffions, monta fur le Trône dans cette Ville en (b) 1405.
DRE Il ne faut point efpérer après cela de découvrir quel fut fonfort, à moins qu'il
ne nous vienne de nouvelles lumières de quelque fçavant Miffionaire, tel que
le Père Gaubil. Soit qu'Olug-yurt & Kara-koram ayent été la même Vilie ou éul
non, il y a beaucoup d'apparence qu’elles ont eu le même deflin. Enfin, le celui de
Traducteur ajoûte que ceux qui ont compofé la Carte lui paroïffent avoir été voit dat
fort mal inftruits de la Géographie & de l'Hiftoire de la Tartarie avant leur re qui s
| RO la un T
(:) Obfervations Mathématiques du Père Ibid. & Marco-Polo, lib. I. cap. 65:
Souciet, pag. 185. Hiftoire de Jenshiz-khan, pag. 386. o
(t) 1bid, pag. 18$ & 202. a) Ibid, pag, 401. | (a)
(vu) Angl. de quarante quatre, KR. d, E b) Ibidem, | ou on
(x) dbidem. pag, 97. 1, 4, wula à
tude (r),
v ) degrés
egrés onzejf® È
cteur, que
en, & par
à quatre
cens vingt
naires qui
ls s’en rap-
nne , il eft
es doivent
hans, juf-
, le tranf-
& de Hay-
ne à Chang-
onne celui
rante-deux
ille eft dé-
ft une des
de Chang-
ale que de
pafloit le
u Peking.
Tartare,
Mais après
it le Siége
Te réfider
la même,
quinzième
defcendus
han & qui
yurt éxif-
i précéda
b) 1405.
oins qu’il
e, tel que
e Ville ou
Enfin, le
avoir été
avant leur
propre
I. cap. 65:
pag. 300.
geurs, on trouve Xutugtu, & par méprile,
DE LA CHINE, Liv. III. Car. ii, 491
propre tems; & c’eft par cette raifon qu'ils s’y arrêtent fi peu, ou que le plus
fouvent, lorfqu'il en touchent quelque chofe, ils s'écartent fi fort du véritable
point. Gaubil nous fait connoître, dans fon Hiftoire des Mongols qui régné-
rent à la Chine, que depuis le tems de Koblay jufqu'à leur expulfion, c’eft-à-
dire, pendant que la l'artarie & la Chine furent réunis fous les mêmes Maï-
tres, ils ne réfidèrent jamais à Xara-koram. ‘ Aïnfi la fuccefion de” Petis de la
Croix, depuis Koblay, doit étre faufle; ou dumoins, les Auteurs qu'il a fuivis
ont transformé des Gouverneurs en Empereurs.
Les Princes des Kalkas, que les Chinois nomment Kulla-te-tfes & Kalta-
Mongous , font leur réfidence ordinaire dans les lieux fuivans: r. Sur les bords
du Xalka-pira, un peu moins de quarante-huit degrés de latitude; & vers un,
deux, trois, quatre degrés de longitude-Eft. 2. Près de Puir-nor, quarante-
huit degrés de latitude; un degré vingt-neuf minutes de longitude. 3. Surles
bords du Kerlong-pira, entre quarante-fept & quarante-huit degrés de latitude ;
quatre, cinq, fix degrés de longitude Oueft. 4. Sur les bords du Tia pira,
plus de quarante-fept degrés delatitude; neuf & dix degrés de longitude Oueft.
5. Sur les bords du ÆHara-pira, quarante-neuf degrés dix minutes de latitude ;
dix degrés quinze minutes de longitude Oueft. 6. Sur le Selinga-pira, qua-
rante-neuf degrés vingt-fept minutes de latitude; douze degrés vingt-fix mi-
nutes de longitude Oueft. 7. Sur l’Iben-pira, quarante-neuf degrés vingt-trois
minutes de latitude; dix degrés trente-deux minutes de longitude Oueft. 8.
Sur le Touipira & le Kara-üjir, quarante-fix degrés vingt-neuf minutes vingt
fecondes de latitude ; quinze degrés feize minutes de longitude Oueft. 9.
Sur l'{ru-pira, quarante-fix degrés de latitude; quinze degrés trente-cinq mi-
nutes de longitude Oueft. 10. Sur le Patarik-pira , quarante-fix degrés de
latitude; quinze degrés (c) trente-deux minutes de longitude Ouett, rr. Sur
le Tegurik-pira, quarante-cinq degrés vingt-deux minutes quarante-cinq fecon-
des de latitude ; dix-neuf degrés trente minutes de longitude Ouelt. Ajoûtez à
tous ces lieux la Ville de Æumi & fon petit territoire, pofledés par des Maho-
métans, qui dépendent, comme les Kalka-te-tfes leurs voifins, de l'Empereur
de la Chine; quarante-deux degrés cinquante-treis minutes delatitude; vingt-
deux degrés vingt-trois minutes de longitude (d).
(ce) Angl. feize desrés. R. d. F. gloife, dans les Notes, pag. 250. & fuiv.
(d) Du Ilulde, Vol. IL de l'Edition An-
Religion des Kalkas.
L° Religion des Kalkas n’eft pas différente de celle des Mongols. Ils ont
auffi leur Khutuktu (a), mais qui n’eft pas foumis au Lama-Daluy comme
celui de Xbukku-hotun. Le Khutuktu des Kalkas, pendant que Regis fe trou-
voit dans leur Pays, étoit frère de leur Han ou de leur Khan. Avant la guer-
re qui s'éleva entre leur Nation & celle des Eluths, il avoit élevé près de Tu-
la un Temple magnifique, bâti de briques jaunes & verniflées par des ou-
: vricrs
Ca) On écritauîfi Hutuktu. Dans les Voya- Iotget & Rotokoye. Ces variétés viennent de
la manière différente dont on conçoit la pro-
Strahlhenbourgh écrit nonciation Tartarc,
Qgg 2
Kuufla & Kutufta,
TARTARES
Moxuozs.
Réfidenceés
des Princes
Kalkas,
Hami, Ville
Mahométance.
Khutulti
des Kalkas.
Temple qu’il
fait bâtir & fa
ruine,
RELIGION
pxs KaLkas.
Adorations
au'ilreçoit.
Ville deten-
tes.
Grand La-
na ou Lama-
Dalay, qui
habite au Ti-
bct.
Nation des
U-chu-nu-
chios.
Ufurpation
du Khutuktu
des Kaikas.
492 VOYAGES DANS L'EMPIRE
vriers de Peking. Ce bel édifice fut détruit en 1688, par Kaldan, Khan des
Eluths, & l'on en voit encore les ruines. Les Tartares, regardant cette ac-
tion comme un facrilège, font perfuadés que la deftruétion de l'armée & de la
famille de Kaldan fut un effet de la vengeance célefte,
Le Khutuktu, qui avoit été une des principales caufes de la guerre, habi-
te à préfent dans des tentes. Il eft aflis dans la plus grande, comme fur une
efpèce d'autel, où il reçoit les hommages de plufieurs Nations. 11 ne rend
le falut à perfonne. Les Grands & le Peuple le confidèrent comme un Dieu,
& lui rendent les mêmes adorations qu’à fo même. Leur aveuglement, qui
va jufqu’à la folie, les porte à croire qu’il n’ignoroit rien, & qu'il difpofe ab-
folument du pouvoir & des faveurs de Fo. Ils font perfuadés qu'il eft déja né
quatorze fois, & qu’il renaîtra encore lorfque fon tems fera fini. Les Miffio-
naires fe glorifient de lui avoir reproché une Idolâtrie fi groffiére , aux yeux
de plufieurs Princes Mongols; d’avoir relevé fon ignorance à l’occafion de
quelques demandes qu’il faifoit fur l'Europe, & de l'avoir menacé des juge-
mens de Dieu & d'un fupplice éternel. Mais il paroît que les ayant écoutés
froidement, il ne continua pas moins de recevoir les adorations des Seigneurs
T'artares (b). |
LA prévention des Mongols attiroit une foule de Peuple à Zhen-pira, où ce
Prince Lama réfidoit depuis vingt ans. On pouvoit nommer ce lieu une Ville
de tentes, où la preffe étoit beaucoup plus grande que dans aucune autre Ha-
bitation de la Tartarie. Les Rufliens de Selinghinskoy (ce), qui n’en eft pas
loin, y viennent pour le Commerce. On y trouve au!li des Bonzes de l'In-
doftan, du Pegu, du Tibet & de la Chine , quantité de T'artares des Cantons les
plus éloignés, & des Lamas de toutes fortes de rangs ; car on en diftingue dif-
férens Ordres, quoiqu'ils reconnoiffent pour leur Chef le grand Lama, qui
habite à l’Oueft de la Chine, fur la Rivière de Lafa (d). Les Chinois don-
nent le même nom au lieu qui eft confacré par fon l'emple. Mais les Tartares
voifins le nomment Barantola, & donnent à tout le Pays le nom de Tibet.
C£ fouverain Pontife du Paganifme dans les Régions Orientales, confère à
fes Lamas divers degrés de pouvoir & de dignité, dont le plus éminent eft ce-
Jui de Xbutuktu ou de lo vivant. Un titre fi diftingué n’eft le partage que d’un
petit nombre. Le plus célèbre & le plus refpeété de tous les Khutuktus eft ce-
lui des Kalkas. Il étoit regardé comme un oracle infaillible, depuis qu'il avoit
vengé fon Pays contre Kaldan avec le fecours de l'Empereur de la Chine,
qu'il avoit eu l’adrefle d'engager dans fes intérêts.
Du côté du Sud, vers le quarante-quatrième degré de latitude, les Kalkas
font féparés, par certaines montagnes de fable, d'un Pays nommé U-chu-mu-
chin, dont les FTabitans ne font pas moins infatués du Lama Khutuktu d'Iben,
quoiqu'ils ayent leurs propres Lamas (e.
BENTINK nous apprend que le Khutuktu n’étoit autrefois qu’un Subdéle-
gué du Lama-dalay dans les Pays des Mongols & des Kalmuks au Nord (f ):
établi.
(2) I! va tel paysen Europe, oùunere. fa, Lamati-fan. La rivière porte le nom de
montrance fihardie ne feroit pas écoutée 1 Kata dans la Carte, & nulle-part celui de
vec tant de fang froid,
chang,
(f) Ou des Eluths,
(4). Les Chinois nomment le Pays de La-
Lala. .
(c) Les Chinois l'appeilent Cbu-kukpoy- Ce) Du Halde, Vol. IV, pag. 29, & fuiv.
établi
derc
ment
entre
dalay
lui qu
roit e
ua b.
Kalka
que le
ce fo
dres d
pas de
elle ei
lama,
LE
de cût
fur les
rons €
font é
voit o
avec |
mas
quil c
bénéd
tres à
fa per
fermée
LE
jeune
aroît
Le &
vert p
a la m
autres
entre]
livre,
le Khi
eft aff
clamat
mas a
d'abor
Peupk
Khuiu
liqueu
C#)
(à)
Khan des
cette ac-
e & de la
re, habi-
ne fur une
1 ne rend
un Dieu,
nent, qui
lifpofe ab-
ft déja né
es Miflio-
aux yeux
ccafion de
des juge-
nt écoutés
Seigneurs
ja, Où Ce
une Ville
autre Ha-
en eft pas
es de l'In-
‘antons les
tingue dif-
ama, qui
inois don-
s Tartares
Tibet.
confère à
ent eft ce-
que d’un
tus eft ce-
u'il avoit
la Chine,
les Kalkas
-chu-mu-
u d'Iben,
Subdéle-
ord (f),
établi.
le nom de
t celui de
9, & fuiv. :
DE LA CHINE, Lrv. Il. Cuar. Il. 493
établi pour le foutien de fon autorité parmi des Peuples fi éloignés de fa réfi-
deñce; mais que ce Député s’étant accoutumé aux douceurs du commande-
ment fpirituel, eut la hardiefle d’afpirer à l'indépendance. Il conduifit cette
entreprife avec tant d’adreffe, qu’on ne parle prefque plus à préfent du Lama-
dalay parmi les Mongols. L'autorité du Khutuktu eft fi bien établie, que ce-
lui qui paroîtroit douter de fa Divinité, ou du moins de fon immortalité, fe-
roit en horreur à toute la Nation. Il eft vrai que la Cour de la Chine contri-
ua beaucoup à cette apothéofe, dans la’ vûe de divifer les Mongols & les
Kalkas (g). Elle conçut que l'éxécution de ce deflein feroit difficile tandis
que les deux Nations reconnoîtroient un même Chef de Religion, parce que
ce fouverain Prêtre feroit toûjours intéreffé à les réconcilier dans leurs moin-.
dres différends , & qu’au -contraire un Schifme eccléfiaftique ne manqueroit
pas de leur faire rompre toute forte de communication. Sur ce principe,
elle embraffa l'occafon de foutenir fecrétement le Khutuktu contre le Dalay-
lama, & fa politique n’a pas mal réufli.
LE Khutuktu n’a pas de demeure fixe, comme le Dalay-luma. Il campe
de côté & d'autre. Cependant, depuis fa féparation, il ne met plus le pied
fur les terres des Eluths. 11 campoit quelquefois, pendant l'Eté, aux envi-
rons de Nerchinskoy & de la Rivière Amur; mais depuis que les Rufliens fe
font établis dans ce Canton, il ne pañle plus au-delà Selinghinskoy. On le
voit ordinairement fur celles d'Orkhon & de Selinga, ou fur celle d'Urga,
avec le Khan Tu/thiatu. Il eft fans ceffe environné d'un grand nombre de La-
mas & de Mongols armés, qui fe raffemblent de toutes parts, fur-tout lorf-
qu'il change de camp, & qui fe préfentent à lui fur fa route pour recevoir fa
bénédiétion & lui payer fes droits. Il n’y a que les Chefs de fa Tribu ou d’au-
tres Seigneurs de la même diftinétion qui ayent la hardieffe de s'approcher de
fa perfonne. Sa manière de bénir eft en pofant fur la céte du Dévot fa main
fermée, dans laquelle il tient un chapelet à la mode des Lamas.
LE Peuple eft perfuadé qu'il vieillit à mefure que la Lune décline, &quefa
jeuneffe recommence avec la Nouvelle Lune. Dans les grands jours de fetesil
aroîc au fon des Inftrumens, qui ont quelque reffemblance avec nos trompet-
tes & nos violons ( P fous un magnifique dais de velours de la Chine, ou-
vert par-devant. Il eft affis fur un grand coufin de velours, les jambes croifées
à la manière des Tartares, avec une figure de fon Dieu (i) à chaque côté. Les
autres Lamas de diftinétion font au-deflous de lui fur des coufins moins élevés,
entre le lieu où il eft placé & l'entrée du pavillon, tenant à ia main chacun leur
livre, dans lequel ils lifent en filence & feulement des veux. Aufñi-tôt que
le Khutuktu a pris fa place, le bruit des Inftrumens ceffe, & le Peuple qui
cft affemblé devant le pavillon fe profterne à terre, en pouffant certaines ex-
clamations à l'honneur de la Divinité & de fon Prêtre. Alors quelques La-
mas apportent des encenfoirs, avec des herbes odoriférantes. lis encenfent
d’abord les KRepréfentations de la Divinité, enfuite le Khutuktu, & puis le
Peuple. Après cette cérémonie, ils dépofent leurs encenfoirs aux pieds du
Khuëuktu. On apporte aufli-tot plufñeurs vafes de porcelaine, remplis de
liqueurs & de confitures. On en place fept devant chaque image de la Di-
vinité,
Ce), Angl. & les Cilmucs. R, d, E.
{d) Ang à nos cyinbales.
(:) C'eftunc ftatus qui repréfente le Dicu
Fo.
O
.__Qgq3
RELIGION
DES KaALKAS.
l'avorifée
par la poiiti-
que des Chi-
nois,
Manicre de
vivre du Khu-
tuktu,
Comuwent il
donne fa Lbé-
nédition.
Cérémonies
des jours de
êie,
RELIGION
Dis KaALKAS,
Comment le
Khutuktu eft
traité à la
Cour Chinoi-
Ménage-
mens qu'il a,
pour les Ruf-
fiens,
Vie des La-
nas,
Ancienne
fierté des
Khans Tarta.
res à l'égard
<cs Chinois,
+
494 VOYAGES DANS L'EMPIRE
vinité, & fept autres devant le Khutuktu, qui après en avoir un peu goûté,
fait diftribuer le refte entre les Chefs des Tribus qui fe trouvent préfens, &
fe reure enfuite dans fa tente au fon des Inftrumens de mufique. |
Le Khutuktu des Kalkas n'eft pas fans confidération à la Cour Impériale.
Si le detir de fe conferver dans l'indépendance du Dalay-Lama l'intéreffe à
gagner par des préfens les Favoris de l'Empereur, & même les Jéfuites,
qui oùt à préicnt, remarque l’Auteur, beaucoup de crédit à Peking ; la
Cour, qui a be‘oin de lui & de fes Lamas pour contenir les Mongols de
l'Oue : dans la foumiflion, le traite dans toutes les occalions avec des égards
diftinsucs. Il y a quelques années qu'il reçut une marque de diftinction
fort extraordinaire. On célebroit la féte anniverfaire de l'Empereur Kang-
hi, qui encroit alors dans la foixantième année de fon âge, Le Khutuktu
ayant été averti de s'y rendre, avec tous les vaflaux de l'Empire, fut difpen-
fé de fe profterner plus d'une fois devant Sa Majefté, quoique la loi ordon-
ne trois proftrations, & cette diftinétion fut regardée comme un honneur ans
éxemple (k). |
L'INTÉRÈT du Khutuktu le porte aufi à cultiver l'amitié des Rufñiens.
Il y a quelques années que M. J/urlof, Envoyé extraordinaire de l'Empereur
Pierre à la Cour de la Chine , pañlant dans le Pays des Kalkas, le Pontife
le fit complimenter par quelques-uns de fes Lamas & joignit quelques petits
préfens à fes politefles. Il faifit d'ailleurs toutes les occafions de favorifer les
Sujets de la Ruflie, dans les petits différends qui naiffent entr'eux & les Mon-
gols des frontières (7).
Rects obferve que l’ufage des Lamas n'eft pas de vivre dans les Commu-
nautés Tartares, quoiqu'à la Chine il s'en trouve quelques-uns qui prèferent
cette méthode. Dans les autres lieux, ils ont des efpéces de Prébendes, qui
confiftent dans les terres & les troupeaux de ceux auxquels ils faccèdent, &
dont ils ont été les difciples ou les compagnons. Cependant le même Auteur
ajoûte qu'ils font leurs priéres en commun (#1).
(k}) Cetaéte de foumiffion n'eft guéres com- Vol. IL pag. 508.
patible avec la Divinité qu'on attribue à ce Khu- (#1) Chine du Père du Halle, Vol, IV4
tuktu, pag. 30.
(1) It. des Turcs , des Mongols, &c.
Eclairciffemens fur les Mongols &ÿ les Kalkas.
ERBILLON raconte que vers le commencement de la Dynaftie de
Han, c'eft-a-dire, qu'il y a plus de { dix-] huit cens ans qu'un Khangé”
Tartare fe rendit formidable aux Chinois fes voifins, par les invafions qu’il
faifoit fur leurs terres, chaque fois qu’ils négligeoient de lui envoyer un pré-
fent annuel d'argent &.de foie. Les Khans Tartares ont fouvent demandé à
l'Empereur de la Chine une de fes filles en mariage, avec menace d'employer
le fer &.le feu pour l'enlever, fi leur prière étoit rejettée. A la mort du Fon-
dateur de la même Dynaftie, un Prince Tartare eut l'audace de fe propofer
pour époux à l'Impératrice Douairière, qui gouvernoit alors avec la qualité
de Régente. Les Chinois regardèrent cette propofition comme une infulte ;
mais la politique les obligeant de diflimuier, ils accordèrent une Princeffe du
Sang à cet ambitieux Tartare. ni
ISTOIRE
L'I
Chen-
propr
de no
né à
ne, o
fut pa
deux
pouiTa
rent p
Au
nommé
de Ly
narchi
vince «
deux ç
avec u
à leur |
La
a-dire,
king &
d'un 4
d'un ail
tant à |
l'Empa
cement
tié de |:
de tous
fes arm
chaffa d
tems po
étoit ré
ou Xobk
CE I
étrange
Jong-ter
leur Go
lieu du
Tay-inin
fils, au
raillé, &
pu par |
Ses fucc
(a) À
(b) Et
ou Xatay
(ce) Ai
u goûté ,
éfens, &
mpériale.
icrefle à
Jéfuites ,
king ; la
ngols de
es égards
liftinction
ur Kang-
Khutuktu
ut difpen-
oi ordon-
incur ians
Ruñiens.
Empereur
le Pontife
ues petits
vorifer les
- les Mon-
s Commu-
prèferent
ndes, qui
èdent, &
e Auteur
, Vol. IV:
naftie de
‘un Khan”
ions qu'il
un pré-
emandé à
employer
du Fon-
propofer
: qualité
infulte ;
cefle du
STOIRE
DE LA CHINE, Liv. Il. Cuar, MI. 495
L'Histoire Chinoife donne à ces Khans, ou à ces Rois, le nom de
Chen-yu , où Ten-yu ; car la prononciation de ces deux mots lt la même. C'eft
proprement un titre, tel que celui de Roi ou de Souverain; & quelques-uns
de nos Géographes en ont fait mal-à-propos un nom de Pays, qu'ils ont uon-
né à cette partie de la T'artarie qui et à l'Oueft & au Nord-Oueft de la Chi-
ne, oùces Princes ont regné. La terreur qu'ils infpirérent aux Chinois ne
fut pas de longue durée. L'Empereur ut}, de la race de Ian, qui regnoit
deux cens vingt ans (a) avant Jefus-Chrilt, les défic tant de fois & les re-
pouf fi loin dans leurs Déferts, que pendant plus de douze cens ans ils n'eu-
rent pas la hardieffe de reparoître dans l'Empire. .
Au commencement du dixième fiécle, les ‘l'artares du Nord de la Chine,
nommés Sirans (b) dans les Hifloires Chinoifes, ayant fubjugué la Province
de Lya:-tong, rentrèrent dans les Provinces du Nord & fondèrent une Mo-
narchie que les mêmes Hiftoriens ont nominée Tay-lyuu, du nom de la Pro-
vince de Lyau-tong, par laquelle ils étoient entrés dans l'Empire. Elle dura
deux cens ans, pendant lefquels ils foumirent diverfes Hordes de Tartares,
avec une partie de la Chine Septentrionale. Ils réduifirent l'Empereur même
à leur payer un tribut confidérable en foie & en argent.
La Monarchie de Lyau fut enfin détruite par les l'artares Orientaux, c’eft-
a-dire, par ceux qui habitent les Pays qui font à l'Eft de la Montagne de Pe-
king & au Nord-Eft de la Chine. Ils étoient fujets de Lyau; mais le Prince
d'un Ayman où d’une ‘Tribu nommée Æghuta, prit les armes pour fe venger
d’un affront barbare qu'il avoit reçu du derrier deleurs Empereurs; &fe met-
tant à la tête des Aymans voilins, il fubjugua par degrés tout le Pays, ilfit.
l'Empereur prifonnier, & fonda la Monarchie de Kin (c) vers le commen-
cement du douzième fiéele. Depuis ce tems-là ils poffédèrent près de la moi-
tié de la Chine, jufqu'en 1300 , que Jenghiz-khan, le plus fameux peut-être
de tous les Conquerans, ayant réduit la ‘l'artarie Orientale & pouffé l'effort de
fes armes au-delà de la Perfe, les tourna contre les ‘l'artares de Kin, qu’il
chaffa de leurs poffefions jufqu'au dernier. Mais il ne vécut point affez long-
tems pour foumettre entièrement le vafte Empire de la Chine. Cette gloire
étoit réfervée à Æubikay, fon petit-fils, que nos Hiftoriens appellent Kublay,
ou Aoblay, comme les Chinois lui donnent le nom de Hu-pi-lye.
CE Prince fut le premier qui réduifit toute la Nation Chinoife fous un joug
étranger. Mais la Monarchie des Mongols Ctoit trop pefante pour fubfifter
Jong-tems. Leur indolence ou leur molleffe ne leur permit guères de foutenir
leur Gouvernement plus d’un fiécle. Ils furent chaflés de’ la Chine vers le mi-
lieu du quatorzième fiécle, par le fameux Æong-vu, fondateur de la race de
Tay-ining, dernière Dynaftie Chinoife, & pouflés par Turg-, fon quatrième
fils, au-delà du Défert, à plus de deux cens lieuës au Nord de la grande Mu-
raille, avec le deffein formé de les exterminer. Mais ce proïct fut interrom-
pu par la mort du vainqueur, qui arriva au retour de fa troitième expédition.
Ses fucceffeurs ayant négligé de pourfuivre ce qu'il avoit heurcufement com-
mencé
(a) Angel. quirégnoit cent vingtans. R.d.E. les Mongols nomment Æituns ce qui montre
Ch) Et Xitans, d'où vient peut-être Kitay qu'Altrkbam , dont plufieurs Auteurs par-
ou Karay. lent, croit Lmpereur de Ain,
Cc) Ain, en Chinois, fignifie, Or, que ,
J'eLatncisn-
MENS SUR LE
MONGOLs ET
LES KaALKkAS,
Premières
conquêtes des
Tartares,
Ereétion de
Ja Monarchie
de Kin.
Les Chinois
réduits fous
un joug é-
tranger.
RS
PCLAINEISSE-
Mi NS SUR LES
MONGOLS ET
LE£s KaALKkas.
Formation
des Hordes
l'utares.
Parquels de-
grés elles fe
foumirent à
l'Empereur de’
la Chine.
Ordre des
Banières Tar-
tares & titres
de leurs Prin.
Ces.
496 VOYAGES DANS L'EMPIRE
mencé, les Mongols reprirent courage & fortirent de leurs retraites. Ce fut
alors que les Princes du Sang de Jenghiz:khan fe faififfant de diverfes Con:
trées, formèrent chacun leur Horde & s'érigèrent en autant de petits Souve-
rains (d). Le titre d'Empereur des Mongols demeura au premier d'entr'eux ,
qui fe nommoit Charnar-han, & qui étoit defcendu de Kublay par la branche
aînée. Ce Prince éxigea un tribut des autres Etats Mongols & des Eluths mé-
mes, jufqu’au commencement du feptième fiécle, que fes cruautés & fes dé-
bauches ayant rendu fon gouvernement infupportable, fes propres Sujets ap-
pellèrent le Fondateur de la Monarchie des Mancheous. Ainfi le Prince Mon-
gol, devenu vañfal,de l’Empire des Mancheous, fut obligé de quitter le titre
de Han pour celui de Vang, qui lui fut donné par le bifayeul de l'Empereur
Kang-hi, vainqueur de tous les Mongols aux environs de la grande Muraille.
La Nation des Kalkas eftcomme cantonnée, fuivant l’expreffion de Regis,
fous un grand nombre de Princes, dont quelques-uns portent le nom de Han
ou d'Empereur, quoiqu'il foit certain qu'ils n’ont jamais été maîtres de la
Tartarie, & qu'a la réferve de quelques petits teriitoires dans leur voifinage
ils n’en ayent jamais pofledé d'autres que ceux qui appartiennent à leurs diffé-
rentes familles.
AvanT la guerre qui s’éleva dans le couts de 1688 entre les Eluths & les
Kalkas, la feconde de ces deux Nations avoit trois Princes qui prenoient le
titre de Hans. Le premier, nommé Chefaktu-han, dont le territoire étoit le
lus à l'Oueft, fuc pris & tué par les Eluths. Le fecond, qui fe nommoit Tu-
fiktu-ban, fe déroba par la fuite, mais ne fut pas fuivi de fes fujets, dont la
. plus grande partie fe retira dans les forêts, au Nord du Tula. Che-chin-bau,
qui étoit le troifième, & qui campoit ordinairement fur lesbordsdu Kerlon, fe
retira jufqu'à Kulon-nor fur la même Rivière, toûjours prêt à traverfer l’Er-
gone, s'il étoit forcé de pañler dans le Pays des Mancheous dont il avoit im-
ploré l’afliftance. Mais, après la guerre & la mort de Kaldan, Roi des Eluths,
qui prétendoit que les Kaïkas & les Eluths avoient toûjours dépendu de fa fa-
mille, l'Empereur foumit le refte de ces Princes & de leurs fujets, dont fes
armes viétorieufes avoient détruit la moitié.
EN 1691, Che-chin-han eut recours à la proteétion de l'Empereur avec les
Princes de fa famille, & le reconnut pour Souverain. Le titre de Han lui fût
confirmé ; mais fon fucceffeur n’obtint queceluide T/ing-vang, ou de premier
Regule que l'Empereur confera aufli à fon oncle, dans une Affemblée généra-
le des Kalkas. Cinq de ces Princes furent créés Peyles ou Regules du troific-
me rang. Un autre eut le titre de Kong, qui revient à celui de Comte. Deux
autres furent nommés Chaffaks, ou Chefs de Banière.
Pour jetter plus de jour fur cet établiffement, on doit faire obferver qu'à
Peking & dans les autres lieux, les Tartares, foit Mancheous ou Mongols,
& les Chinois mêmes, depuis la conquête de leur Empire, font divifés en dif-
férentes clafles & rangés fous des Banières. Ceux de Peking en ont huit, qui
font diftinguées par la différence de leurs couleurs. Les Mongols, au-delà de
la grande Muraille, étoient rangés, dans ces derniers tems, fous quarante-
neuf Banières, dont les Nurus ou les Compagnies étoient égales. Chaque Nu-
ru
(4) Chine du Père du Halde, Vol. IV. pag. 49. & fuiv.
s. Ce fut
erfes Con-
its Souve-
’entr'eux »
la branche
Eluths mê-
& fes dé-
Sujets ap-
ince Mon-
ter le titre
l'Empereur
e Muraille.
1 de Regis,
om de Han
îtres de la
r voifinage
leurs diffé-
Juths & les
renoient le
jire étoit le
ommoit Tu-
ts, dont la
Che-chin-bau,
u Kerlon, fe
verfer l’Er-
il avoit im-
des Eluths,
du de fa fa-
ts, dont fes
eur avec les
Han lui fût
à de premier
blée généra-
s du troifié-
omte. Deux
bbferver qu'à
bu Mongols,
ivifés en dif-
int huit, qui
, au-delà de
us quarante-
Chaque Nu-
ru
DE LA CHINE, Liv. I. Car. lil. 497
ru devoit être compofée de cent cinquante familles. Dans l'Affemblée de
1692, on établit que le Flan joindroit à fa dignité le commandement de tren-
te-fept (e) Nurus fous la première Banière des Kalkas. La feconde Banic-
re, compofée de vingt-une familles, fut donnée au premier Regule. La troi:
fième n'étoit que de douze Compagnies, & les autres en comprenoient plus
ou moins. ue
Les reftes de la famille & des fujets de Tufiktu-han (f), ayant enfin quit-
té leurs forêts, fe foumirent à l'Empereur, & furent divifés en trois Banicres
fous trois Princes, dont l’un fut nommé Pey-b, ou Regule du troifième Or-
dre ; le fecond, Kong ou Comte; & le troilième, Chafjak. Le fils de Chafak-
tu-ban, aprés avoir vû périr fon père dans la guerre contre Kaldan, alla fe jet-
ter aux pieds de l'Empereur, fans autre efcorte que trois ou quatre. Officiers.
Tous les autres, qui avoient entretenu des intelligences avec les Eluths, fe
retirérent dans leur Pays, mais la plûpart y furent ou maflucrés ou jettés dans
l'efclavage. L'Empereur fit un accueil gracieux à leur Prince. Il lui affigna
des terres aux environs de Kutuktu-hotun (g), petite Ville au-delà de la grande
Muraille, qui, n'étant pas éloignée des portes de Cha-bun-keu & de Chang-kya-
keu, en tire l'avantage d'un commerce affez confidérable. Pour réparer tou-
tes fes Arac l'Empereur lui fit préfent d'une partie de fes propres troupeaux
qui pailloient dans le même Pays. Les Mifionaires apprirent des principaux
Bergers qu'on n'y comptoit pas moins de cent quatre-vingt-dix mille moutons
divifés en deux cens vingt-cinq troupeaux, & que les bêtes à cornes étoient
prefqu'au même nombre, cent dans chaque divifion. Les haras Impériaux é-.
roient encore plus nombreux. AuîMi l'Empereur de la Chine eft-il le plus puif-
fant Prince du monde en Cavalerie (b). :
OurreE les terres qui font deftinées à la nourriture des troupeaux & des
haras de l'Empereur, ce Prince s'en eft réfervé d’autres, d'une plus grande
étendue, qui bordent cette partie de la grande Muraille, & qui font plus voi-
fins de Peking. Entre ces terres, qui font affermées, les unes payent leur
rente en nature, & d’autres en argent, qui entre dans le tréfor public pour le
falaire des Officiers de l'Etat, car l'Empereur vit du fruit de fes propres Do-
maines. _ Ces troupeaux innombrables, ces haras & ces fermes, contribuent
plus à lui attacher les Princes Mongols que toute la magnificence de fa Cour
Îl n'a pas jugé à propos de leur accorder, non plus qu’à fes anciens Vaflaux,
le pouvoir d'ordonner de la vie de leurs Sujets, ni celui de confifquer leurs
biens. La connoiflance de ces cas eft reférvée à l’un des ‘Cribunaux fupré-
Men qui porte-le nom de Mongol-chargan ; ou de Tribunal des
BENTINK obferve que les Mohgols de l'Oueft, par lefquels il faut entendre
proprement les Mongols Kalkas, reconnoiffent l'autorité d’un Khan, qui étoit
autrefois comme le grand Khan de tous les Mongols. Quoique ce Prince ait
D ie de nes depuis que les Mancheous ont conquisla Chine,
RL ee puiflant pour mettre en campagne cinquante ou foi-
e e LE
: L
Ce) Angl. de vingt-fept. R, d. E b) L :
Angl. dk .R dE. es j at p: i rie
in Fa on RE tncotk (D! Tartares n'ont pas d'Infanterie,
8) Hubu-botua dans l'Original. Les pre- (k) Auwlieu de Manc
AB AU d 2 NE e Î - fancheous, l'Aute
mières Cartes ont AXwko-botun & Kokotun. les Mongols de l'Eft, C el die nr me
*VWIIL Part. Rrr
e
EcLamersce
MUNS SUR L'S
MoxcoLs ET
LES KALKAS:
©
Troupeaux
& Haras de
l'Empereur.
Ses trou-
peaux lui at-
tacheït les
Princes Mon.
yols.
Remarques
de Bentink fur
le Gouverne :
ment des Kal-
Las.
D]
(i) Du Halde, Vol. IV. pag. 27. & fuiv.,
| ECLATRCISST-
| MENS SUR LES
Monëéois ET
LES KALKAS,
e (°]
Combien
leur Khan cit
redoutable à
la Chine,
Stérilité des
Régions l'ar-
tares,
Animaux
qu'on y troll-
ve.
Mulets fau-
vages.
498 . VOYAGES DANS L'EMPIRE
Le Prince qui régnoit fur les Kalkas, du tems de l'Auteur, s'appelloit Tu-
chiatu-kban (1). A faifoit fa demeure ordinaire fur la rivière d'Orkhon, dans
un lieu nommé Urga (m), à douze journées de Selinghinskoy, vers le Sud-Eft.
. Plufieurs petits Khans, qui habitent vers les fources de la rivière de Jenifen ,.
près des Déferts de Goby, lui payent un tribut. Quoiqu'il fe foit mis fous la
protcétion de la Chine, pour fe fortifñier contre les Kalmuks ou les Eluths,
cetre efpece de foumilfion n'eft qu'honoraire ou précaire, & ne doit être at-
tribuce qu'aux intrigues des Lamas fous le régne de fon pére. Au-lieu du tri-
but que les autres Khans payent à l'Empereur, il fe contente de-lui envoyer
(n), chaque année, de magnifiques prefens; & la Cour de Peking, qui eft
accoûtumée à ménager fi peu fes Tributaires, fait aflez connoître, par les
égards qu'elle a pour ce Prince, qu'elle le redoute plus qu'aucun de fes voi-
fins. Ce n'eft pas fans raifon, ajoûte l’Auteur; car s’il pouvoit s'accorder
avec les Kalmuks, la famille qui régne à la Chine n'auroit pas peu d’embar-
ras à fe foutenir fur le Trône (0). .
(15 Le même fans doute que Regis nom- (n) Angl. l'Empereur lui envoye. R. d.E.
me Tufiitu-kban. Co) Hifi. des Turcs, des Mongols, &c,
Cm) Urga fignifie un lieu où le Khan cam. ps. 505. On rejctte au Tome fuivant les Gucr-
pe, Les Miffionaires l'appellent Hargas. res des Kalkus & des Eluths,
G. V.
Hifloire Naturelle du Pays des Mongols €? des Kalkas.
ES terres des Mongols, jufqu'a la Mer Cafpienne, font peu propres au:
L labourage ; &, fuivant l'obfervation des Miflionaires, celles de Xorchin,
d'Ohan & de Nayman, qui bordent la. T'artarie Orientale, par laquelle ils paf-
férent deux fois en revenant de Petuna & de Tfitikar , Éardiifene les plus
mauvaifes (a). Bentink affure que les Pays des Mongols, proprement dits,
& ceux des Kalkas font. mieux fournis d'eau & de bois que la Région des Kal-
muks ou des Eluths. Cependant il obferve qu’en plufeurs endroits ils font ab-
folument inhabitables parce qu’ils manquent de ces deux fecours (b).
La Tartarie, fuivant Regis, abonde en toutes fortes de gibier & de bêtes
fauves, fans en excepter les efpèces communes en Europe, telles que le lié-
vre, le faifan & le daim. On y voit, dans les plaines, d'immenfes troupeaux
de chévres roufles, que les Chinois nomment Æhang-yang. Elles font de la
grandeur & de la forme des nôtres, mais elles ont le poil roux, & plus rude
que celles de l'Europe. Leur sûreté confifte dans la vitefle extraordinaire de
Jeur courfe. °
Les mulets fauvages font en plus petit nombre. Ils ne reffemblent
point aux mulets domeftiques (c), & ne peuvent s’accoñtumer à porter des
fardeaux. Leur chair n’elt pas moins différente: le goût en eft agréable du
moins au jugement des Tartares, qui en font beaucoup d'ufage, & qui la trou-
vent aufli faine & auffi nourriffante que celle du fanglier. Ce dernier animal
eft
(a) Du Halde, Vol. IV. pag. 21.
(b) Hift. des Turcs, &c. pag. 500.
4e) Todatfe, en Chinois, figuilie un Mu- fent leurs femblables.
let. Gerbillon , dans fon fecond voyage en
Tartarie, vit des nfblets fauvages qui produi-
Joit Tw-
m , dans
Sud-Eft.
Jenifen ;.
s fous la
Eluths,
Être at-
u du tri-
envoyer
, qui eft
, par les
fes voi-
accorder
d'embar-
e.R. dE.
gols, &c
it les Gucr-
+
‘opres au
Kor chin ,
e ils paf-
les plus
nt dits,
des Kal-
font ab-
de bêtes
e le lié-
oupeaux
bnt de la
blus rude
inaire de
emblent
orter des
éable du
i la trou-
kr animal
eft
voyage en
qui produi-
DE LA CHINE, Liv. UT. Cuar. I. 499
eft fort commun dans les bois & dans les plaines qui bordent la rive droite du
fleuve T'ula. On reconnoît fes traces à la terre qu'il remue pour trouver des
racines dont il fait fa nourriture.
" Les Chevaux &les Dromadaires fauvages ne font pasdifférens de ceux qui
font privés; mais on les trouve en plus grand nombre du côté de l'Ont :
quoiqu'il en paroifle quelquefois aufii dans le Pays des Kalkas, qui borde le //4-
mi. Les chevaux fauvages fonc fi légers, qu'ils fe dérobent aux fléchics mimes
des plus habiles chafleurs. Ils marchent en troupes nombreufes, & lorfqu'ils
rencontrent des chevaux privés, ils les environnent & les forçent de prendre
la fuite. ’
Le Han-ta-han eft un animal de la Tartarie qui reffemble à l'Elan, La chaf-
fe en eft commune dans’ le Pays des Solons, & l'Empereur Kang-hi prenoit
uelquefois plaifir à cet amufement. Les Millionaires virent des Han-ta-hans
de la grofleur de nos plus grands bœufs. 11 ne s’en trouve que dans .ccrtains
Cantons, fur-tout vers la montagne de Sevelki, dans des terrains marécageux,
qu’ils aiment beaucoup, & où là chafle en eft aifée parce que leur pefan-
teur retarde leur fuite, .
LE Chulon, ou le Chelafon, que Regis prit pour une efpèce de Linx, eft à
peu près de la forme & de la groffeur d'un loup. On fait beaucoup de cas, à
‘Peking, de la peau de cet animal. Son ufage parmi les Chinois elt pour ce
qu'ils nomment leurs Tayhus ou leurs Swrtous. Le poil en cit long, doux,
épais & de couleur grisatre. Ces peaux fe vendent fort bien auffi à la Cour
du Czar, quoique le Chulon foit fort commun en Ruflie & dans les Pays
voifins.
Le Tygre, qui fe nomme Lau-bu parmi les T'artares, infefte également la
Chine & la T'artarie. Il pafle dans ces deux Régions pour le plus féroce de
tous les animaux. Son cri feul pénètre d'horreur ceux qui ne font point ac-
coûtumés à l'entendre. Les Tygres du côté de l'EIT font d’une groffeur & d'une
légèreté furprenante. Ils ont ordinairement la peau d’un roux fauve, mou-
chetée de taches noires; mais ils’en trouve quelquefois de blanches, avec des
taches noires & grifes. Les Mandarins Militaires fe fervent deces peaux, fans
en retrancher la tête & la queue, pour couvrir leurs chaifes dans les marches
publiques. A la Cour, les Princes en couvrent leurs couflins pendant l'hiver. .
De quelque férocité que foient les Tygres en l'artarie, on obferve qu'ils
marquent beaucoup de frayeur lorfqu'ils fe trouvent environnés de chaf-
feurs qui leur préfentent l’épieu. Au-lieu que les Daïms s’agitent dans ces oc-
cafions & cherchent le moyen de s'échapper entre les rangs, un T'ygre s'ac-
croupit fur fa queue, & foutient long-tems l'aboyement des chiens & les coups
de fléches émouflées. Enfin, lorfque fa rage s'allume, il s'élance avec tant
de rapidité, en fixant les yeux fur les chafleurs, qu’il ne paroït fire qu’un
feul faut. Mais ceux du même rang tiennent la pointe de leurs épieux tour-
née vers lui, & le percent au moment qu'il eft prêt à faifir leur compagnon. ‘
Les chaffeurs Impériaux font fi prompts qu'il arrive peu d'accidens.
Le Pau (d) eft une forte de Léopard, quiala peau blanchâtre, & tachetée
, de
.‘ (4) Le nom Mongol eft Part.
Rrr 2
HrsTopni
NaTUnELLE
DU L'Ys pi3
MoncoLe,
Chevaux
Dromadaires.
Le Tan ta.
han, efpèce
d'Elan.
Le Chulon
ou le Chcla-
fon,
Utilité def
peau...
Tygres de
Tartarie.
Leur grof-
feur & leur fé-
rocité.
Pau, forte
de Léopari,
=
flisroine
NATURELLE
DU PAYS DES
MoncGcozs.
Daims,
Certs,
Chevaux
L'urtares.
Peaux au
Pays des Kal-
kas.
Peaux de
acipis.
Pêche des
Alongols, .
VOYAGES DANS L'EMPIRE
509
de rouge & de noir. Quoiqu'il ait la tête & les yeux d’un tygre, il eft moins
gros, & fon cri eft différent.
Les Daims multiplient prodigieufement dans les déferts & les forêts: de la
Tartarie. On remarque de la différence dans leur couleur, dans leur groffeur
& dans la forme de leurs cornes, fuivant les différens Cantons de cette vafte
contrée. Il s’en trouve de femblables à ceux de l’Europe.
La chaffe du Cerf, que les Chinois nomment Chau-tu, c'eft-h-dire, l'appel
du Cerf, a tant d'agrément en Tartarie, que l'Empereur Kang-hi y étoit quel-
quefois avant L lever du Soleil (e). Les chaffeurs portent quelques tetes de
biche, & contrefont le cri de-cet animal. A ce bruc les plus grands cerfs ne
manquent point de paroïtre. Ils jettent leurs regards de tous cotés. Enfin,
découvrant les têtes, ils grattent la terre avec leurs cornes & s'avancent fu:
rieufement; mais ils font tués par les chafleurs, qui fe tiennent en embufcade.
L'inrreripire des chevaux Tartares eit furprenante à la rencontre des
bêtes féroces; telles que les tygres. Ils n'acquièrent neanmoins cette qualité
wà force d'ufage, car ils font d'abord aufli timides que les autres chevaux.
Les Mongols ont beaucoup d'habileté à les dreffer. Ils en nourriffent un grand
nombre de toutes fortes de poil, & leur ufage eft de les diftinguer par diffé-
rens noms.
vec le nœud coulant d'une corde qu'ils leur jettent, pour les apprivoifer en
très peu de tems.] Pour la guérifon de leurs maladies, qu'ils connoiffent par-
faitement, ilsemploient des remédes dont nos chevaux ne fe trouveroient pas
mieux que de la nourriture ‘l'artare. {ls preférent, dans un cheval, la force à
Ja beauté. Les chevaux de T'artarie font ordinairement d’une taille médiocre ;
mais dans le nombre il s'en trouve toûjours d’aufli grands & d'au:li beaux qu'en
Europe. ‘Tels font ceux de l'Empereur & des Grands. On fe fait honneur à:
Peking d'être bien monté, & le prix commun d'un bon cheval & même d’un:
mulet, eft de fix ou fept cens livres, où quelquefois plus.
Les Ka'kas ne font pas riches en peaux de martre, mais ils ont en abon-.
dance des peaux d'écureuil, de renard & d’un petit animal femblable à l'Her-.
mine, qu'ils appellent Tuel-pi, dont on emploie la peau, à Peking, pour fai-
re des Trou-pongs, c'elt-a-dire des mantilles contre le froid. Le Tüelpi eft une
“efpèce de rat, fort commun dans quelques Cantons des Kalkas, qui creufe en.
terre des trous pour s'y loger: Chaque male fe fait le fien. Il y en a toûjours
un qui fait la garde, & qui fe précipite dans fon trou lorfqu'il voit approcher
quelqu'un. Cependant la troupe n'échappe point aux chaflurs. Lorfqu'ils ont
une tois découvert le nid, ils l’environnent, ils ouvrent la terre en deux ou
trois endroits, iis y jeitent de la paille en'lammée pour effrayer les petits ha-
bitans; &, fans autre peine, ils en prennent un fi grand nomore queles peaux
font à fort bon marché.
. La péche des Mongols n'eft pas confidérable. Leurs rivières n’approchent
pas de celles des Mancheous & des Tartares Tu-pis. Les Efturgeons qu'ils pren- .
nent quelquefois dans le Tula viennent du grand Lac de Pay-kal, avec lequel :
cette Rivitre communique S'ils'en trouve auf dans l'Urfon, commedans les
Rivicres qui font plus à l'E & particulièrement dans celle de Cha-chi-i, ils
- Ÿ
de 0
{e) Ce Prince pronoit auffi beaucoup de phaifr à la chaîfe du Tygre & des Chevres rouffes,
[Is ont une adreffe particulière pour les prendre en courant, a-g#
AL
l'Urf
cafto
teur
avec
L'
gols ;
mand
pond
LI
ner Île
Lama
arrofë
le qu
Elle y
ja fois
tageu)
il, d’:
noit a
carave
les Eu
voye «
LE
té rarc
parem
gois ql
par le
lvate,
repré
cet d
quelqu
jours E
Turqu
Tradu
toire d
fadeurs
Cf) €
a of
(&)
vol.
(1
n
©]
ft moins
êts de la.
roffeur,
te vafte
, l'appel
oit quel-
tetes de
cerfs ne
infin,
cent fu-
bu'cade,
ntre des
: qualité
hevaux.
in grand
ar diffé-
rant, 2-7
voifer en
lent par-
J1ent pas
à force à
édiocre ;:
ux qu'en
nneur à
me d’un:
n abon-.
à l'Her-.
bour fai-
eft une:
eufe en.
Loûjours
procher :
ils ont
deux ou
etits ha-
s peaux
rochent
Is pren- :
lequel :
ans les
i-i, ils
Ÿ
0
roufTes,
DE LA CHINE, Lav. Il Cnar. II, 501
y viennent du Saghalian-ula où elles fe déchargent toutes. Cette partie de
J'Urfon produit un animal amphibie qui fe nomme Turbighi, Il reflemble au
caftor ; mais fa chair eft fort cendre, & d'aufi bon goût quele chevreuil. L’Au-
teur croit qu'il ne s’en trouve qu'aux environs des Lacs de Puir & de Kulon,
avec lefquels la Rivière d'Urfon communique.
L'AGRICULTURE n'eft pas feulem:nt néghigée dans la Tartarie des Mon-
gols; elle y cft condamnée comme :natile. Lorfque les Mifionaires leur de-
mandoient pourquoi ils né cultivoient pas du moins quelques jardins, ils ré-
pondoient que l'herbe ejE pour les bêtes, & que les bêtes font pour l'homme.
Les travaux Géographiques des Mit“onaires ne leur permirent pas detour-
ner leursrecherches fur les Simples & les autr:s Plantes curieufes. D'ailleurs les
Lamas, qui font les principaux Médecins du Pays, n'employent que les fim-
ples les plus communs & es drogues qui fonc en ufage à la Chine. La feule
plante qui pafle pour rare en Tartaris, & donc onfait beaucoup dé cas, porte
à Peking le nom de Xulka-fetuen. Les Mifionaires l'ont nommée racine de Kal-
ka. Son odeur eft aromarique. Les Médecins de l'Empereur s’en fervent avec
fuccès pour la Dyffenterie & les maux d'eftomac (f).
BENTINK obferve que la rhubarbe eft fort cominune dans les Pays qui font
arrofés par la Rivière d'Orkon & par celie de Selinga vers Selinghinskoy. Cel-
le que les Rufliens vendent aux Etrangers vient des environs de cette Ville.
Elle y eft en fi grande abondance que les T'réforicrs de Sibérie en vendent à
ja fois jufqu'à deux cens cinquante quintaux. Ce commerce feroit fort avan-
tageux à la Ruffie, s'il évoit éxercé fidellement. L'auteur neconnoît pas, dit-
il, d'autre Pays que la Ruffie, d'où l’on tire à-préfent la rhubarbe. S'il en ve-
noit autrefois de la Chine, elle y étoit portée, du Pays des Mongols, par les
caravanes de Sibérie, qui faifoient ce commerce à Peking. Mais depuis que
les Européens en reçoivent direétement de la Rufñlie, il n’en vient plus par la.
voye de la Chine: ;
Les plaines de la grande Tartarie produifent quantité d’oifeaux d’une beau
té rare. Celui dont (g) on trouve la deftription dans Æbul'ghazi-khan, eft ap-
paremment une cfpèce de héron, qui fréquente cette partie du Paysdes Mon-
gois qui touche aux frontiêres de la Chine. Il eft tout-à-fait blanc, excepté
par le bec, les aîles & la queue, qu'il a d’un très-beau rouge. Sa chair eft dé.
lvate, & tire pour le goût fur la gelinotte. Cependant comine l’Auteur le.
repréfente fort rare, on peut s'imaginer que c’eft le butor, qui cittrés-rare en
citet dans la Rulie, dans la Sibérie & la grande 'artarie, mais qui fe trouve
quelquefois dans le Pays des Mongols, vers la Chine, & qui eft prefque toû-
jours blanc. Abulghazi-khan (h) dit que cet oifeau s'appelle Chungar en langue
Turque, & que ls Ruffiens le nomment Kratashot ;. ce qui fait conjeéturer au
Traducteur Anglais que c'eft le même qui porte le nom de Chon-kui dans l’hif
toire de Timur Beck (5), & qui fut prefentée à Jengaiz khan par les Ambaf.
fadeurs de Aapjiak., Petis de la Croix remarque, au meme endroit, que le Chon-
ù kui
(CF) Chine du Pére dutalde, Vol, IV. pag, fes yeux & fon bec font rouges ; & (pag. 86.)
34. & fiv. ik ajoûte la tête de la mème couicur.
Cg) Hit. des Turcs, des Mongols, &c. (2) Compofée par Petis de la Croix, pie
Vol. I. pau. 937 & 06 5e 350.
Gb) Abulghazi (pag. 37.) ditquefes pieds, :
Rrr 2
HisToire
NaturiLir
pu Pays pes
Moncots.
Turbighi,
aninal amphie
bie,
Agriculture
Simples &
autres Plan
tes, $
Rhubarbe.
Licux où el-
le croit en 3°
bondance,
Chungar,
Rewaïques
{ur cet oifcau…
e
FITSTOIRE
NATURELLE
pu Pays Dp£s
MoncoLs,
Lclaircife-
mens fur cet-
te Table des
fituations.
SITUATIONS
DANS LA
TARTARIE
OCCIDENTALE
502 VOYAGES DANS L'EMPIRE
Kui eft un oifeau de proie, qu'on préfente aux Rois du Pays, orné de plufieurs
pierres précieufes, comme une marque d'hommage; & queles Ruffiens, auñMi-
bién que les T'artares de la Crimée, font obligés, par leur dernier traité avec
les Ottomans, d'en envoyer un, chaqueannéc, à la Porte, orné d'un certain
nombre de diamans (&).
. Ck) Hift, des Turcs, des Mongols, &c. pag. 500.
$. VL
Tables des fituations dans la Tartarie Occidentale.
L paroît que les Places decette Table (4) n'ont pas reçu d'autre ordre que
celui dans lequel elles fe préfentèrent aux Miffionaites lorfqu'iis traverfé-
rent cette partie de la T'artarie. Les latitudes ont été déterminées par des ob-
fervations Aftronomiques, & les longitudes par le feul fecours de.la Géo-
métrie. Mais la vie errante des Mongols & des Kalkas ne permit point à nos
laborieux Géographes de marquer autrement les habitations fur. la Carte que
par les rivières, les lacs & les montagnes, près defquels l'ufage de ces Peu-
ples eft de camper. Æumi, où Khamul, & quelques autres Villes qui fe trou-
vent inférées dans la T'able, appartiennent à la petite Bukkarie, dont la fitua-
tion eft hors des bornes de la ‘l'artarie Occidentale. Mais on n'a pas crû les
devoir fupprimer, parce qu’il eft important de ne pas rompre le fil du voya-
ge des Miffionaires , qui peut être facilement fuivi par le moyen de cette
Table (b).
(a) Cette Table eft à la fin du quatrième & Oueit de Pekin. d
Tome de Du Halde, pag. 624 Les Traduc- (b) I s’eft glilé pluficurs fautes dans cctte
teurs Anglois l'ont diviféeen pluficurs parties, Table, nousles corrigeons diapres l'Original de
& l’out diflribuée dans les Cartes de la Tarta- Du Halde; fans que nous croyons qu’il foit
rie Occidentale. La longitude elt comptée Et nécciliire d'en avertir en détail. R. d. EL.
Places. Latitude. Longitude.
ÂAsuro (ou Ajatu)
Kiamon, . . . 13
Poro-erghi-kiamon, . 18
Talay-hay, . ., 48
Quiflu, . . . 16
Kuren-puka, , 33
Sirolin-pira, . . *
Hara-tuhutu-kiamon, 56
Ku-kya-tun, 28 . :
Uftu-kure, 24 +. 12.
Horay-kure, . 25 22,
Archato-kyamon, 21 15.
Tugito-hotok, 2 , 20,
Changtu-puritu, ‘94 . 20.
Pudan-pulak, . 45 + ©:
Soroto-pulak ,
b bb m O O O O & do us BR BR Gi
Sora
Poin
dé
Poin
Ula
Côté
Emb
Pre
Seco
Troi
Quat
Para-
- Kura
Ekuri
Tond
Jon
Le
Kirfa
Han-
Poro-
Puro
Jonét
Fg
Apka
Payfir
Talall
Erder
Koku
Hurnir
Kong
Flgor
Urtu-
Dans
Sorot
Ergul
Urtu-
Afay
Ham
Hupt
Toka
Tap
Weyl
(a
de plufieurs
liens, au.
traité avec
l'un certain
ordre que
S traverfé-
Jar des ob-
le. la Géo-
)oint à nos
Carte que
> ces Peu-
qui fe trou-
nt Ja fitua-
pas crû les
| du voya-
| de cette
>s dans cctte
l'Original de
ns qu’il foit
R. d. E.
tude.
ER.
S: + 20
; 20.
}, + 10.
, 40.
RS -
Lu. Os
Vs 80:
©.
12.°
+ 292,
ss 2%
20,
20,
‘ [e)
I. Cuar. II . 503
DE LA CHINE, Liv.
L
: Chara-omo,
(2) Dansl'Original cette Place éft plusbas, entre Ulan-hotun & Naring-charong:alin,
2
Lg Ê
+
Places. Latitude. Longitude. SITUATIONS
| DANS LA
TARTARIE
Soot -pulak, . 47 2 2œ t… D «IE + 50, Occpenrae
Point le plus méridional
de Kalka-pira, 47 28 48 + 4 à 3 + OO …. o
Point le plus Nord, 48 4. o 2 4S À 48 .… 10
Ulan-pulak, set 48 22 48 RE
Côté Suddu Kulonomo, 48 46 #0 6 in Os A à “to,
Embouchure du Kerlon, 48 50 24 + + + © . 45 , 20 .
Première ftaton qu'on
VAS" eue 0 ee AR +. 92 48 + « « © «+ &S + ©
Seconde ftation , 48 . 8 24 +. + © , 35 . 20
Troifièmeftation, , . 48 25 AU sis PEU SO “OX ‘id
Quatrième ftation, . 48 3 2e + DNS US 1
Para-hotun, + + 48 + 4 48 + + + 2 +. 49 . 30.
Kurama-omo, % , . 47 +. 51
Ekura halha, . , , 47 . 37 O + + + 5 * 15 52.
Tono-alin, . . sé 47 NT 12 + ee 6 . 35 . 16
ee des Rivières . il
l'ene & Kerlon, 48 II 48 +, «+ 7 + 22 . 50.
Kirfa-alin, . . , . 48 8 SO +. . 8 . 14 5.
Han:alin, . . . . 47 49 30 + + 9 5 +. 7, |
Poro-pira, . . . . 48 22 48 # « « 10 : 6 , 0. |
Purong-han-alin , 49 «+ 36 24 + + « II 22 «+ 45, |
Jonétion des Rivières
Eghe & Selinga (a) 49. « 27 10 « + «+ 12 + 22 « IS
Apkan-alin, . . 48 re 12 » + 12 . 45 . 36. : |
Payfiri-puritu, 48 2 SOL et er 8 4 QE +de à
Talalho-kara- palgafon, 47,3. 90 24 * + 13 + 21 .- 30 |
Erdeni-chau, . . +. 46 57 56 + « 13 + 56: . |
Koku-omo, ë. a 40 CAD 24 Det + 25 + 40 » 48 |
Hurimta-keber , , . 45 , :8 SR RE CRE il
Kongora-ajirhan-alin, , 45 +. 2 Os «x LB ‘» 19 50 4
Flgoui-pulak, , , . 45 +. 14 12 » + + 19 + 40 25e |
Urtu- p'ilak , ESS se. A 7, 50 8$ cé ss 27 «x 98 .° 30, d |
Dans la Carte, . , “t'es DT + 20 à 28 + |
Soroto-anga, « 4, + 44 + 54 Gus du a 29: 5 ME “Où !
RÉGIE ue nr à à "4 7 e) rs AE 6 49 + 86 l
Urtu-pulak, ‘+ 44 à 48 Dee + 20: 21 «+, G | ° À
Afay ou Aftana, . . 43. 2 95e à +» 02 «°° 48; 20 à
Hami où Khamul, , , 42 , 5 DO 6 ‘a Be 20 0% 20, |
Heprar-pay- she : 2 , 21 30 » + 19 + 30 … oo. ; !L
Tokalik, ; * + A4 + 8 10 « «4 + 19 + 49 . 12. ; Il
Tap fon-nor, 4 , , 40 , 38 20 « + à 18 +. 23 , 30. |
Weylo, +: : + , 40 . 26 24. 17 9 . o. .
504 . VOYAGES DANS L'EMPIRT
SITUATIONS Places. Latitude. Longitude. ,
T'ANTAREE Chara-omo 39 2 24 13 Kara
Yes x ® »” . L L re 32 * CT . . IS L ©, -K
OCCIDENTALE Hjura.omo D 7 EN aie ess AO à EN RU Ke oi : +. 0
Kifan-omo, . . . . 41 . 15 . 36 . . . 8 . 42 , oo. (b) €
Piluthay-hotun , + . 40 . 37 . 12 . . . 7 . © … oo. es d
Kutuk-hotun, +: . . 40 . 31 . 20 . .., 4 40 , 30. da Père
Kukku-hotun,. . . + 40 , 49 . 20 Ÿ . . 4 45 + 15.
Kara-hotun ,° «+ . « 41 . 15 . 36 . . , 2 0. 0
Ulan-hutok, Set Let «AL + AS CE N''AUSA À L'e.
Chan-gutu, , «+ . « 43°, O + 25 4, + I 25 + 90. Sur l'I
Ulan-hotun, . + + 41,. 46 . 48 . . . o 33 + ©.
Naring-charong-alin, .: 41 : 55 +: 19 . . . 0 30 "©. Not:
Altan-alin, . + . . 41 . 10 , 20 . . . 9 . 95 55. ment, à
Onuhin-chorong-alin, . 41 : 20 . 17 . . . 8 . 44 , 45. leu.
Kashar-Osho, . . . 41 . 21 . 22 8 6 +… 10.
Ta-han-ten-alin, . . 41 . 15 . 58 7 3 … 10.
Mok-hosho, ©. . . 40 , 45 , 54 7 35 20
Molchok-hosho, , …. 40 . 4% . 48 RS. 31 50 Cu
Kara-mannay-omo, . 40 . 18 . 12 , . , 8 4 30. hotu
Hatamal-alin, . . +. 40 + 45 . 49 . . «+ © +. 40 20. Hi-fong
Algay-tu-alin, + 4. . AI + IL . 24 . . «+ 6 , 21 404 de m
Podantu-alin, + + + 40 . 57 + © . . . 6 6 o. Rivière
Pay-hengur-alin, + + 41 . 7 . 30 . + 5& 54 20. Sira-mu
Tebalihss ste de ee AE 0 DT 00 er &! c& 53 . 45. | Sira,
Ulan-hata, . . + + 41 . 36 , 27 . . .… 4, 13 20 Haytah
Aru-fuma-hata , … + ALI + 36 + 51°. , «+ 4 + 29 +. 41 L Nonni-u
Kara-fin-alin, + . «+ 40 + 59 . 52 . . » 4 7 45 . 52. L Naymar
Ongou-alin, . : . . 40 . 59 . 6 de 4 38 . 20. Be Sir
Cherda-modo-alin, . . 40 . 52 . 3 sé 4 12 40. Topir-t:
Apka-hara-alin, + . 40 . 38 10 4 + 12 53- Shaka-k
Obtu-alin, + + . + 40 . 23 S * « + 4 26 50. Rivière
Oshi-alin, CE 13 33: Modun-
Koturantay-alin, : + 41 ,. 58 . 2o TR 57- Rivière
Agalku-alin, + + «+ 41 42 4 56 + « 4 1 , 34 O. Réfidenc
+ Kutukontey-alin, 4. .. 42 , 7 I4 + «+ I . 24 45° Habitati
" Uker-churghi, , me 4808 20 ce, 60 8 ve at 14 y 2 20 Vehu-m
Payen-obo, , . AE er CPS A ele 8 4 (0 T2, Sharot,
Serbey-alin, .: . + « 41 SR CE: 52 47. Aru-kor
* Chari-nayman-fume, « 42 , 25 , Oo . .… , .Q « II . 50. Abakan:
S Whay-yu-heu, + , . 40 , 54 , 15 S:° T. ‘x 2 10, Whachi
à Kara-hotun, . + ». . 40 . 58 48 ae LE 1e Or, 7 “Où Sonhiot
Jeho-hotun, . + «+ + A4 « 3 «+ 36 . « « I +. 30 , oo. Lac de ;
. , | Orgon-a
à . Kuku-ha
» ‘ . < » . 0 “ (c) Ce
| Où VIII.
itride.
+
+”
La
AU OGUR Om OR mUUI DB LU O5
Lai
-
NT Te NN ND LC
”
eo PET sp “
CL
DE LA CHINE, Liv. I. Cuar. If. $0$
On peut ajoûter à cette Table (b).
Kara-kuram © Holin, Lat. 44 « 11. Oo . . o Long. 10 . 1r o.
©.
24. ;
oO (Dh) Ces fituations, qui fe trouvent infé-. fervée par les Tartares, auquatorzièmefiécle.
| rées dansles Obfervations Mathématiques du La dernière, par les Miffionaires qui ont fait
ve Père Souciet (pag. 12, 188 & 153.) viennent la Carte,
30: da Père Gaubil. La première latitude fut ob-
15.
oO. - Réfidence du Khutuktu.
Q, +
30. Sur l'Iben, . « ZLat. 49 . 26 47 . . Long. 10 . 59 , o.
o.
"©. Nota. Autres Places dont les fituations ont été déterminées (a) géométrique-
55. ment, à la réferve des Latitudes marquées d'une Etoile | qui ont été obfervées Jur le
45: lieu.
10.
12. Places. | Latitude... Longitude.
20.
59: Cu AB A N-Subarhan-
30. hotun, .téaretse AE 45 AS VO à ne AS à
20. Hi-fong-keu , dans la gran-
40+ de muraille, . .. . . 40 . 26 .. Oo . . . nm . 55 . o.
0, Rivière de Queyler,.. . + 46 .. 17 + © . . . 4.. 22 , o..
20. Sira-muren , o4 Rivière de
45: DIS su 0 Chats 9 AU er A LL Garde 80 « Oo.
20. Haytahan-pira, . . . . 47 . 15 . © . . . 6 . 30 , o.
4t. Nonni-ula, . . . . . 46 .. 30 . o . 70e AS a 106
53° Nayman, qui commence fur
20, le Sas, + + 5. à #48 , 927, 0. ee C6:
40. Topir-tala, . . , , , . 43 . 15 . © . . . 4 . 45 . o.
53- Shaka-kol-kajan, . , . . 42 . 18 . 0 . . , 4 . 0 . oc.
50. Rivière de Subarhan, , * 41 . 20 , o . . , 3 . 30 .… o.:
33: Modun-hotun, . . . . 41 . 28 . oO : . : 3 . 40 , o.
57- Rivière d'Inkin, . . . , 42 , 30 . o . . 2. 41.8" ©
0. Réfidence de Parin, ss 42 36 + © , . . 2, I4 .… o.
45° Habitations de Kechieten, . 43 . © . © , .« . 1 , 10 +. o.
20. Vehu-muchin ,. . , , . 44 . 45 . © . , . 1 …« 10 . o.
T2, Sharot, EE
47: ArakOrnn,: .., 4 à 45, 90 à © + +. "O , 28 , ©:
S0- Abakanor, es ste 4050-20 a 0 vas gr JO LOI, 05
10. Whachit, .. ,., , , , 44 . 6 . oO .… .,. © , 45 + 0.
©. Sonhot, , 4 « ,. ,.., #49 « 29 » 7 + , .: 1. 28 + 0
O. Lac de Suretu-huchin, , . 44 . © . o . . . E . 31, o..
Otgomalin, + 4 «+ 4 « 4T « 41 à © à à « 4 + 20 « 0
Kuku-hotun, . , . . . 40 . 49 . © , … , 4 . 48 . o..
se Kalka-targar, ;
Ce) Ces fituations font dans l'Edition Angloife de Du Halde, Vol, II. pag. 264,
Où " PIIL Part, Sss. i
SITUATIONS
DANS LA
TARTARIE
OcctHENTALE
dE cr
506
Places,
VOYAGES DANS L'EMPIRE
Kalkatargar, .
Maomingan ,
Urat, .
Pointe d’Ortos,
Kura-modo,
Latitude.
+
+
Ve)
un
CU
S% 0000
Fix pu HurTièämeToue.
ON aa
Longitude.
… 55 ©.
* 4 o.
80 o.
. 39 O.
€ o.
TABLE :
tude. |
55 Os
4 o.
80 Oo.
30 o.
[e) oO.
TABLE
T À
B
DES CHAPITRES ET PARAGRAPHES,
L E
CONTENUS DANS CE HUITIÈME VOLUME.
VOTAGES D ANS L'ASIE.
SUITE DU LIVRE SECOND.
Defcription de la Chine contenant la Géographie & l'Hiftoire Civile &
Naturelle du Pays.
C HAPITRE IL. QUI, Meurs € Ufages
des Chinois. . . Page 1.
Paragraphe II. Cérémonies Chinoifes dans pes
voirs de la Société Civile. |
Parag. II. Fütes € amufemens des “Chinois. 16.
Parag. IV. Maria res des Chinois. + 25.
Parag. V. Deuil € funérailles des Chinois. 31.
Parag. VI. Mugnifivence des Chinvis duns teurs
Voyages, dans leurs Fêtes €ÿ dans leurs qe
vrages publics.
Cnar. lil, Divifion de la Nation Chinoife Fr”
différentes Galles, 63.
Parag. I. Claffe de la Moble(fe Chinoife, ‘conte-
nant des Mandarins € les Lettrés. . 64.
Parag. II. Claffe des Laboureurs € Confidéra-
tion que les Chinois ont pour RARE
Parag. TI. Claffe des Marchands. Commerce &
Navigation des Chinois. . . . + 82.
Parag. ÎIL. Commodités Chinoifes pour les ue
ges ES les tranfpurts par terre. . .
rs IV. Monnuie, Coin , Poids € Mu.
+ + ‘00,
Data V. Claffe des Arias de la Cbine €
Arts Manuels. . . 105.
Parag. VI. Manière de nourrir les Ve rs à Joye
€ de tirer leur produétion. .« , . . 111.
Parag. VIL Manufaîtures de Porcelaine. 121.
Parag. VII. Encre, Papier € Pinceaux des
Chinois €ÿ leur manière d'Imprimer E3 de
relier les Livres. . . … + +. 13%
Cuar. IV. Sciences des Chinois. . + 149.
Parag. L Aritbmétique. Géométrie. Aftrono-
ie. … 149.
Parag. II. Progrès des Chinois dans les We
Parties des Mathématiques. . 62.
Parag. LI. Philofophie Naturelle & Midecine
des Chinois. . . 166.
Parag. IV. Gofc des “Chinois pour la Mufique,
la Poëfie & l'Hifloire. . . . pag. 175,
Parag. V. Sciences DIRES aux Chinois.
. 180.
Parag. VL. Langue Chinoife. so + + + 194
CHar. V. Religions établies à la Chine, 208.
Parag. I. Religion SUR établie à la Chi-
ne. . e , 209.
Pareg. It. Secte de Ti. me. + + + 212,
Parag. Ill. Seëte de Fo ou Fo, à eat 5
Parag. IV. Seête de Fu-kiau. A
Parag. V. Origine € progrès du Fudayine
du Mabométifime à la Chine.
Parag. VI. Origine, progrès € ruine du Gi
tianifine à la Chine.
Car. VI. Confhiturion ue Gien ue
la Chine. . 260.
l'arag. 1. Antiquité & étendue de la Monarchie
Chinoife. . + 260.
Parag. IL. Principe du Gouvernement Chinois,
Parag. ll. Autorité de l'Empereur de la cha
Sa grindeur. Sa famille. . . . . 266.
Parag. IV. Officiers du Gouvernement pour les
affaires civiles. . . 284.
Parag. V. Tribunaux ou Cours ‘de la Chine,
304.
Parag, VI. Gouvernement Militaire e Has
de J'Empire. : 997.
CHar. VIL Hifhoire Naturelle de” la Chine.
Parag. L. Ÿ Climar, Aire Terroir. . Ne
Parag. JH. Arbres d fruit, à à ie
Perag. III. Rs de la Chine. $
Parag. IV. Oùifeaux, dits Ifeêtes € Re
tiles. . 382.,
Parag. V. Gibier de chalfe, , & diverjes autres”
efbèces d'Animaux. . + 386.
Parag. VI. Poi}on d'eau douce. à + « 390.
KES KE :
XXE
: ê . a
Sss
2 LIVRE
FABLE pes CHAPITRES Et PARAGRAPHES.
LIVRE TROISIÈME.
Defcription de la Corée, de la Tartarie Orientale & du Tibet. .
EEurires L Obfervations PA CA
€ Hiftoire de la Corée, par le Père Fean-
Baptifle Regis, TFéfuite. . . . . 395.
Paragraphe 1. Objervations Géograpbiques fur
Fa Corée, à à « à + 306,
Parag. IL Hifloire ES Révolutions de la Co-
ROUs ee er je lon dE cave en ee “AO
Cuar. Il. Voyage de quelques Hollandois dans
la Corée, avec une Relation du Pays € de
leur Naufrage dans l'Ifle de Quelpaert. 412.
Parag. I. Naufrage des Hollandois vers l'Ifle
Car. IL Defcription de la Tartarie fujette à
la Chine. eh oi ee 4 AU
Parag. 1. Pays des Tartares Mancheous, nom-
mé communément la Tarturie Orientale. 446.
Parag. 11. Foyage dans la Tartarie Orientale
en 1682 par le Père Ferdinand Verbieft , Fe.
MVEs. dé we ie ie 8 Sa 40%
Fr III. Contrées des Mongols , propremens
OO ET EE ti
Parag. IV. Pays des Mongols Kalkas. HA
Parag. V. Hiftoire Naturelle du Pays des Mon-
de Quelpaert. Leur Jéjour dans cette Ifle & gols € des Kalkas. + + + 498
Ja défcription. . . . . . . . . 414 Parag. VL Table des fituations dans la Turta-
Parag. IL. Defcription de la Cérée, fa fituation rie Occidentale. 4 4. , . . , , 502.
€7 Jon étendue mœurs des Habitans. . 430.
Fin de la Table des Chapitres du VIII. Volume.
mn
DE L'IMPRIMERIE DE PIERRE Vos À LA Have.
e e
L2
+ L’Em
F igur
bit
Dame
Sépuk
Le gr:
L’'Inte
Temp
Temp
| _.Pagod
} Forte
Mand
lita
Barqu
Diver
+
les
Educa
une
Manu!
fert
Manuf
tons
“Cloche
Obfer:
Airs C
Coméd
Prêtre
Pagode
mor
Mendi
Arbres
Arbre,
Deux !
AVIS AU RELIEUR
POUR PLACER LES CARTES ET LES FIGURES DU
e Jujette à
443:
US , MON | | 7 à O M ÆE H U 1 T IE M E. 2
tale. 446.
Orientale
Rue Je ‘ ; "
+ L'Empire de la Chine. . . . . 2 1
rep _ Figures Chinoifes; un Empereur en Robe; un Empereur dans fon Ha- |
484 bit ordinaire; un Payfan ; un Bonze. . . . se | » EC
s des Mo. Dames Chinoifes. ES
Ja re ! Sépulchres Chinois ; Laboureurs. LS GS er RE a RE T
4, 502. Le grand Thrône Impérial, . . 4 , . . , , . , + , + . 41 “
L’Intérieur d’un Temple d’Idoles. . 4, «+ . , 4» « + « «+ : 47 “ .
Temple de Quang- Fi - Myau 4e + + + 48°
Temples Chinois; Wang-Myan. . 4
à -Pagodes ou Statues du Temple s détenfeur de la Patrie; Déeffe de Lintein. 54 +
DE Forterefle de Tyen-tfing-wey. ss
À Mandarins Civils en Habit d’ Hyver & en Habie d'Eté ; ; | Mandarins Mi :
: |- litaires, Tartare , & Chinois. . . . sn 6 Ge
Barques Chinoifes. . . noue eos + + +» 87 +,
Diverfes fortes de Barques; Barque du Dragon. : ; o 93
Village Flottant; Village de Pau-ing-hyen, avec fes Moulins : à | Vent. . 96
Coins de différentes Dynafties;. Table de Compte. ns … + + 109 nn,
Le Louwa ou l'Oifeau Pêcheur, avec là manière de Pécher. # 6 x.:106
Péche Chinoïife. . . + 107
+ Education des Vers à foie; manière de lever les Coques ‘de deffus les ‘
Nates ; Bain marie pour tuer les vers dans les Coques ; Devidoir; Feuil-
, les de Papier fur lefquelles font les-Oeufs; autre Devidoir. . . , r13 <e*
1 Education des Vers à foie; manière de devider la foie des Coques dans
une chaudière d’eau chaude ; ; autre manière. . . 118
Manufaéture de foie ; Machine pour rouler les Piéces ; Devidoir qui
fert à doubler les Fils ; Machine du Tiflerand. . . 119
Manufaéture de foie ; Rouet à tordre les Fils; Rouet à devider les Pelo-
tons en bobines. . de “nt 6 cs tee 100
“Cloche d'Erfort ; Cloche de Peking. ss + + + + + 153
Obfervatoire de Peking. V on et 8 8 8 À € + v » + 159 #
Airs Chinois. ER ,
Comédiens Chinois. 2
Prêtre ou Moines de 7. a 220 ”
Pagodes ou Statues; Minifo ou la Volupté ; : le grand Kin Gang; l'Im- +
mortalité. . FOR RP PNR Le
Mendians Vagabonds, & autres Mendians. .
Arbres; Cheu ku ou Goavas ; Suping. . 4. « + » »
Arbre, Tata ou Ate; Que pe ou Canelle. , + « :
AVIS Deux fortes deCotoniers; Ÿa-ka, Lich. . 4. : +
A VIS AU RE LI E U R.
Tü-fhu ou Arbre au Vernis; Betel, Fuling ou Racine Chinoife; Arbufte .
qui produit le Thé; Rhubarbe. . . . . . .
-Manière de prendre les Canards fauvages. À CR UT
Carte de la Province de Quan-tong 54 Lyau-tong , & du Royaume de
Kauli ou. Corée. etes DUT ETES RTE ARTS NE Te
72222
Ce Huitième Volume contient.
64 Feuilles & un Titre Rouge à 1. Sol .
& Vigne. , 0 à sous tite, +, Où
84 Figures & Cartes Geographiques. à 3. fols. . 5:
| i 8 : 9.
& pour le Grand Papier. . . . 12: 14.
Ceux qui ont foufcrit, ne payeront,.
pour le petit Papier, que. . … 7:
pour le grard Pipier, que. . .10: